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Écolo, oui … mais avec de petits arrangements avec nos consciences

Nous sommes nombreux à en avoir conscience : adopter des modes de vie plus écologiques est devenu une nécessité. Pour autant, nous n’agissons pas de manière écologiquement vertueuse en toutes circonstances (loin de là), et, surtout, nous nous accordons, parfois inconsciemment, des « écarts » après avoir fourni une bonne action sur le plan environnemental. C’est ce qu’on appelle « l’effet de compensation morale », à découvrir dans ce nouvel article de notre série « Nos vies mode d’emploi ».

Circuler au quotidien en vélo mais s’autoriser ponctuellement à voyager en avion, petit arrangement avec sa conscience écologique. Vitalinka

« Écolo, oui mais » : ces petits arrangements avec nos consciences

Lisette Hafkamp Ibanez, Inrae; Gilles Grolleau, ESSCA School of Management; Simon Mathex, Inrae et Sophie Clot, University of Reading


Tant pis pour votre empreinte carbone, vous décidez finalement d’acheter ces délicieux avocats acheminés de l’autre bout du monde, ou, pire, de prendre l’avion vers cette destination tant rêvée, vous disant que c’est bien mérité, après tous les efforts que vous avez fournis pour l’environnement pendant l’année – achats durables, vélo pour vous rendre au travail, tri de vos déchets…

Hypocrisie environnementale ? Pas nécessairement. On appelle cela la compensation morale. D’abord observé en psychologie, ce biais comportemental désigne le fait qu’une précédente « bonne action » peut vous déculpabiliser et vous inciter à en réaliser une « mauvaise ».

La compensation morale, souvent inconsciente, est un arbitrage interne qu’opère l’individu. Pour le comprendre, aidons-nous d’une métaphore bancaire : imaginons que nous possédons une sorte de « compte moral » sur lequel nous recensons les bonnes et les mauvaises actions comme des crédits et des débits, le principe de base étant de maintenir le compte dans le positif, ou tout du moins à l’équilibre.

Acheter des yaourts 0 %, mais se laisser aller avec des goûters hyper-sucrés, craquer pour un soda glacé après une séance de sport, prendre l’ascenseur après être venu en vélo au travail… Cette compensation se retrouve dans des enchaînements d’efforts et de petites récompenses que nous nous attribuons sans nécessairement nous en rendre compte mais qui peuvent au final menacer l’atteinte de notre objectif initial.

Environnement et compensation morale

Il existe de multiples études documentant ce biais dans le domaine de l’environnement.

Ainsi, des chercheurs de l’université de Nankin en Chine, ont mené une expérience auprès de 80 individus qui ont réparti aléatoirement leurs achats entre un magasin en ligne de produits conventionnels et une boutique de produits biologiques.

Ils ont observé que les participants ayant acquis des produits biologiques ont consommé plus d’eau dans une tâche expérimentale ultérieure par rapport à ceux ayant acheté des produits conventionnels. De plus, ces mêmes personnes ont également reporté une intention plus faible de s’engager dans des actions en faveur de l’environnement.

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Parfois, il suffit qu’un proche, parent ou ami, réalise une action vertueuse, comme un don à une association environnementale ou l’achat d’un véhicule écologique, pour que l’individu se sente autorisé à relâcher ses efforts en termes d’achats de produits écologiques ou d’utilisation des transports en commun, ce qui rend incertains les bénéfices globaux de l’action vertueuse.

Exemple avec cette étude menée en 2019, qui met les participants dans une situation où ils imaginent qu’un proche fait le choix d’un réfrigérateur. Une partie des participants apprend que ce dernier a opté pour un réfrigérateur économe en énergie par souci environnemental, alors que l’autre partie est informée que ce proche s’est orienté vers un réfrigérateur conventionnel. Ceux dont le proche avait sélectionné un équipement économe en énergie ont exprimé des intentions comportementales pro-environnementales plus faibles.

Dans d’autres cas, le simple engagement mental à faire mieux ou plus dans le futur (« à partir du mois prochain, je recycle tous mes déchets ») permettrait à l’individu de se sentir libre d’en faire moins dans l’immédiat (« je ne trie rien aujourd’hui »). On fait ainsi face à une sorte de « procrastination écologique » : repousser à plus tard ma bonne action m’autorise dès maintenant à adopter un comportement peu souhaitable.

Le contexte social joue aussi sur les efforts en faveur de l’environnement. Ainsi, l’individu se prête plus volontiers à des actions vertueuses si une forme de contrôle social est exercée, par exemple par des collègues soucieux de l’environnement (et vérifiant que le chauffage du bureau n’est pas trop élevé et le papier de l’imprimante recyclé). S’il échappe à ce contrôle, l’individu peut se permettre quelques libertés (chauffer sa chambre d’hôtel de manière excessive en déplacement).

Quel bilan pour l’environnement ?

Les travaux sur la compensation morale sont relativement récents. La première étude en psychologie date de 2001 et il faut attendre le début des années 2010 pour voir apparaître les premières recherches dans le domaine de l’environnement. D’abord en 2010, avec cette étude sur la consommation « verte»  puis en 2012 avec ce travail portant sur le rapport à la consommation d’électricité suivis de nos propres travaux sur l’hypocrisie morale (2013) ou de ceux de collègues portant sur la consommation d’eau et d’électricité.

En conséquence, l’effet global sur l’environnement de la compensation morale est encore difficile à déterminer.

On sait cependant que la compensation morale peut complètement fausser l’évaluation qu’on peut faire d’une politique publique. Par le biais d’une expérience de terrain auprès de 154 ménages américains en 2011, dans la ville de Lynnfield (Massachusetts), près de Boston, des chercheurs ont dressé le bilan énergétique d’une politique de communication testée pour réduire la consommation d’eau domestique.

Il s’agissait d’un simple prospectus qui était distribué aux ménages, leur indiquant leur volume de consommation d’eau et celui de leurs voisins les plus économes. Ce prospectus est un « nudge » qui s’appuie sur une norme sociale (ici le niveau de consommation des voisins les plus efficaces) pour inciter les ménages à réduire leur consommation d’eau en se conformant à cette norme.

Si cette politique a bien eu l’effet escompté en réduisant la consommation d’eau de 6 %, elle a également eu pour conséquence indésirable d’augmenter la consommation d’électricité de ces mêmes ménages de 5,6 %. Ainsi, en faisant les comptes entre l’électricité économisée à ne pas chauffer l’eau (estimée à 0,5kWh/personne/jour) et l’électricité consommée en plus (0.89kWh/personne/jour) à cause de la compensation morale, le bilan de la politique est négatif et affiche une augmentation de la consommation globale d’électricité des ménages.


Comment habiter ce monde en crise, comment s’y définir, s’y engager, y faire famille ou société ? Notre nouvelle série « Nos vies mode d’emploi » explore nos rapports intimes au monde induits par les nouvelles réflexions technologiques, écologiques ou encore liées au genre survenues au tournant du XXIe siècle.

À lire aussi :


D’autres études de terrain ont montré que la souscription à une offre d’électricité verte ou la possibilité d’acheter des crédits carbones pouvait entraîner une augmentation de la consommation d’électricité.

Les femmes plus respectueuses de l’environnement que les hommes

Nous pouvons tous être sujets à la compensation morale, dans le sens où chacun peut être susceptible de rationaliser ou de justifier un comportement moins vertueux en se livrant à des actions jugées méritantes pour compenser, même si ces actions ne sont que symboliques ou superficielles.

Cependant, l’ampleur et la fréquence de ce phénomène peuvent varier d’une personne à l’autre en fonction de ses valeurs personnelles et des raisons pour lesquelles la bonne action est accomplie.

Par exemple, ceux qui attachent une grande importance à la protection de l’environnement semblent avoir plus tendance à compenser une action vertueuse par une action moins vertueuse. Une explication à cela serait que plus on accorde de l’importance à l’environnement, plus l’action vertueuse réduirait notre culpabilité à réaliser ensuite une action moins vertueuse.

Ainsi, si les femmes ont généralement plus tendance à adopter des comportements respectueux de l’environnement que les hommes, elles sont du coup plus susceptibles de se livrer à de la compensation morale.

Enfin, une bonne action ne génère pas le même effet de compensation morale suivant si elle a été réalisée de manière volontaire ou obligatoire ou suivant si l’individu a été rémunéré pour la faire ou l’a réalisée gratuitement. Une étude montre que lorsque les individus sont payés pour réaliser une bonne action, cela ne génère pas ensuite de compensation morale. On peut penser que le fait d’être payé atténue l’aspect moral et gratifiant du fait d’avoir réalisé un geste vertueux.

Des pistes pour des politiques publiques plus efficaces

Toutes les politiques publiques qui visent à inciter les individus à adopter des comportements plus souhaitables collectivement peuvent engendrer cette compensation, ce qui remet en cause leur efficacité. Alors, existe-t-il des moyens pour l’atténuer ?

Une première piste de réponse serait de rappeler les raisons qui ont poussé à accomplir la bonne action initiale.

Si par exemple un individu investit dans une voiture électrique, il faudrait pour éviter qu’il compense cette bonne action en conduisant davantage, lui rappeler les raisons environnementales pour lesquelles il a choisi cet achat.

Cela pourrait prendre la forme d’un simple mail, ou d’un message au moment où il démarre la voiture.

Une autre approche pourrait être d’informer, au moment opportun, les individus sur le risque de l’effet de compensation et de les encourager à ne pas adopter une approche comptable de leurs bonnes actions. Cela revient à prendre conscience que certaines de nos actions (laisser les lumières allumées) peuvent annuler l’effet d’un effort préalable (prendre des douches plus courtes). Naturellement, une fois éclairés sur cet effet, nous pourrions nous trouver plus enclins à ajuster nos comportements et réduire la compensation afin d’éviter le sentiment du « tout ça… pour ça ! »

Enfin, s’efforcer d’orienter le discours sur le but final (je réduis mon empreinte carbone) plutôt que sur des actes isolés (je me déplace de plus en plus à vélo), en adoptant une vision plus globale pour faire en sorte que nos efforts pourrait également amener à une prise de conscience.

Nous espérons que la lecture de ce texte vous aidera à empêcher la compensation de votre prochaine BA pour l’environnement.


Lisette Hafkamp Ibanez, Directrice de recherche en économie comportementale et environnementale, CEE-M, Inrae; Gilles Grolleau, Professor, ESSCA School of Management; Simon Mathex, Doctorant en économie de l’environnement et en économie comportementale, CEE-M, Inrae et Sophie Clot, Professeure, University of Reading

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Européennes 2024 : des enjeux cruciaux pour le climat

Les élections européennes ne sont pas seulement essentielles pour la démocratie. Elles le sont aussi pour la transition climatique. Shutterstock

Christian de Perthuis, Université Paris Dauphine – PSL

Sur le montant de nos impôts, le calcul de nos retraites, l’organisation de notre système éducatif ou de santé, l’Europe n’est pas décisionnaire. En matière de climat, cependant, elle pèse lourd.

Les objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre sont décidés à l’échelle de l’Union européenne (UE). Ainsi, c’est le Conseil des chefs d’État qui a adopté l’objectif de réduire de 55 % les émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2030 pour viser la neutralité en 2050, décision ensuite traduite dans la loi par les députés sortants du Parlement européen.

L’UE joue également un rôle crucial dans la mise en œuvre des politiques climatiques. Les normes réglementaires, comme celle abondamment discutée par les candidats sur l’interdiction des ventes de voitures neuves thermiques à partir de 2035, sont européennes. C’est enfin l’UE qui a la main sur le système d’échange des quotas de CO₂, grand absent des débats malgré son rôle dans les réductions d’émission.

Pour mieux cerner les enjeux climatiques du scrutin, examinons où en est l’UE en matière de réduction d’émissions et les leviers dont elle dispose pour atteindre l’objectif de – 55 %.

L’empreinte carbone de l’UE diminue, mais pas assez rapidement

En 2023, les émissions brutes de l’UE (mesurées hors séquestration du CO2 par les forêts) sont en recul d’un tiers par rapport à 1990. Contrairement à une idée reçue, cette baisse ne résulte pas de délocalisations d’émissions de CO2 que nous réimporterions via l’achat de produits émetteurs à des pays tiers. Depuis 2005, l’empreinte de consommation de l’UE, qui inclut ces émissions incorporées aux importations, diminue au même rythme que les émissions sur le territoire de l’UE.

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S’il a fallu 33 ans pour réduire de 33 % les émissions, atteindre – 55 % sur les 7 ans qui restent d’ici 2030 est-il un objectif atteignable ? Il faut en réalité distinguer deux périodes :

  • Les émissions de l’UE ont stagné entre 1990 et 2005.
  • Depuis 2005, elles suivent une tendance baissière de 2 % par an, une fois gommées les fluctuations de court terme.
Évolution des émissions de gaz à effet de serre de l’UE. Agence Européenne de l’Environnement (estimation provisoire pour 2023), Fourni par l’auteur

La cause de cette rupture de tendance est clairement identifiable. 2005 marque le démarrage effectif des politiques climatiques européennes, avec l’entrée en vigueur du Protocole de Kyoto et celle du système d’échange de quotas de CO₂.

Pour atteindre l’objectif de – 55 %, il faudra doubler ce rythme de baisse tendanciel d’ici 2030. C’est l’objet de la panoplie des mesures du « Pacte vert » et de leurs déclinaisons sectorielles. Si on conteste ces mesures, ce qui est bien sûr le droit de chacun en démocratie, il faudra leur proposer des substituts ou renoncer à l’objectif de -55 %. C’est dans ces termes qu’il conviendrait d’organiser le débat public.

L’énergie et l’industrie en pointe, le transport à la traîne

Deux secteurs, la production d’énergie (électricité, chaleur, raffinage du pétrole) et l’industrie ont réalisé 80 % des réductions d’émissions (voir tableau ci-dessous). Ce sont les secteurs couverts par le système d’échange des quotas dont la réforme est un maillon essentiel du Pacte vert.

Un prix élevé du quota de CO2 accélère l’arrêt des centrales électriques utilisant le charbon ou d’autres combustibles fossiles. La suppression des allocations gratuites de quotas encore accordées à l’industrie manufacturière, couplée à la taxe carbone à la frontière, devra faciliter la décarbonation des procédés industriels les plus émetteurs en protégeant les secteurs concernés (acier, ciment, engrais…) de la concurrence des pays tiers.

Or, les candidats plébiscitent la taxe à la frontière mais bottent en touche sur les autres volets de la réforme du marché des quotas de CO2.

Les émissions générées par le transport – un quart du total, un tiers si on inclut les transports internationaux – sont encore nettement au-dessus de leur niveau de 1990. C’est dans ce secteur qu’il faut impérativement trouver des réductions d’émission supplémentaires d’ici 2030 en s’attaquant aux transports routiers, principale source d’émissions de CO2 du secteur, mais aussi à l’aérien et au fret maritime.

L’électrification des véhicules, visée sur les nouveaux véhicules par les normes européennes, n’est que l’un des vecteurs de cette transformation. Il faudra aussi jouer sur le partage entre transports individuels et collectifs, la vitesse des déplacements, leur nombre, l’organisation de la logistique. L’inclusion des transports domestiques dans un second système de quotas de CO2, à partir de 2027, devra faciliter cette transition vers la mobilité bas carbone qui implique aussi de repenser l’organisation des mobilités à l’échelle des territoires.

On aurait aimé que les candidats se prononcent sur les conditions sociales et économiques permettant l’émergence de cette mobilité bas carbone qui va impacter nos modes de vie.

Progrès sur les bâtiments, tête-à-queue agricole

Pour viser l’objectif de – 55 %, il faudra également consolider les baisses d’émissions dans l’agriculture et les bâtiments. La période récente a vu une accélération des réductions d’émission liées à l’usage des bâtiments (résidentiels ou professionnels), avec le renchérissement des factures à la suite du conflit ukrainien, mais aussi grâce au déploiement des pompes à chaleurs dont les effets s’additionnent à ceux des rénovations thermiques des bâtiments.

Sur l’agriculture, l’évolution récente a plutôt pris l’allure d’un tête-à-queue. La baisse passée des émissions agricoles, notamment dans l’élevage bovin, a été le reflet des difficultés économiques des producteurs, bien plus que le résultat de politiques climatiques embryonnaires. La PAC, par laquelle transite la majorité des soutiens agricoles, n’a que marginalement intégré les enjeux climatiques via des écoconditionnalités. Sous la pression du mouvement des agriculteurs, l’Europe a reculé sur les volets agricoles du Pacte vert qui privilégiaient la norme sur les instruments d’accompagnement économiques ou financiers.

Au-delà de formules incantatoires sur la souveraineté alimentaire ou l’agroécologie, il y a urgence à reconstruire la PAC pour assurer la résilience de l’agriculture européenne face au dérèglement climatique et faire refluer ses émissions. C’est particulièrement le cas en France où l’agriculture compte pour 20 % des émissions nationales, contre 11 % dans l’ensemble de l’UE.

L’affaiblissement du puits de carbone forestier

Sur les émissions brutes, l’UE est dans la bonne direction, avec un gros bémol pour l’agriculture, mais pas dans le bon tempo. On vient de le voir. Ce n’est pas le seul levier à mobiliser pour atteindre l’objectif de réduction de 55 %. Cela implique aussi de porter la séquestration du CO2 atmosphérique grâce aux forêts et aux autres puits de carbone à 310 millions de tonnes (Mt) de CO2 en 2030 (34 Mt pour la France). Or, en matière de séquestration du CO2, ce n’est pas le tempo qui est insuffisant, mais la direction suivie qui est mauvaise.

La capacité d’absorption des puits de carbone naturels de l’UE a perdu un peu plus de 100 Mt durant la dernière décennie et a été divisée par deux en France. La superficie des massifs forestiers continue de s’étendre, mais la croissance des arbres est affaiblie par les changements climatiques : sécheresses, tempêtes, incendies et surtout remontée des invasifs qui propagent de nouvelles maladies. Comme pour l’agriculture, il y a urgence à construire des politiques publiques qui protègent la capacité des puits de carbone forestiers face au durcissement des conditions climatiques.

Le match France/Allemagne

Pour atteindre l’objectif européen de – 55 % en 2030, chaque pays contribue différemment suivant la structure de son économie et ses contraintes domestiques. Ainsi, la France vise un objectif de réduction de – 50 % par rapport à 1990 et l’Allemagne de – 67 %. Les deux pays suivent des stratégies différentes en matière énergétique pour atteindre ces objectifs. L’Allemagne a choisi de se retirer du nucléaire et d’investir massivement dans l’énergie renouvelable. Pour certains, cette stratégie est une impasse conduisant à une « relance du charbon ». Pour d’autres, c’est la preuve que le renouvelable est «  la solution ».

Examinons les faits. En 2023, l’Allemagne émet encore 8 tonnes équivalent CO2 par habitant, quand la France est descendue à 5,5 tonnes. L’écart provient principalement de la production d’électricité bien moins émettrice en France, où les trois-quarts du courant sont fournis par le parc nucléaire.

Mais l’Allemagne réduit nettement plus rapidement ses émissions qui sont, en 2023, en recul de 56 % sur le niveau de 1990, contre seulement – 30 % en France. L’écart résulte principalement de la forte baisse des émissions du secteur électrique allemand, où le charbon ne fournit plus que 26 % de l’électricité en 2023, contre près de 50 % 10 ans auparavant, grâce au développement accéléré des renouvelables. Il n’y a donc pas de relance du charbon en Allemagne, contrairement à une opinion répandue en France.

Émissions de gaz à effet de serre par habitant en France et en Allemagne. C. De Perthuis / Inventaires nationaux (chiffres provisoires pour 2023), Fourni par l’auteur

Pour autant, l’option de sortir en priorité du nucléaire a un coût élevé pour le climat, car elle ralentit le désinvestissement du charbon. L’arrêt de huit réacteurs à la suite de la catastrophe de Fukushima en 2011 a entraîné un recours accru aux centrales thermiques jusqu’en 2015. Sur la période récente, la fermeture des dernières centrales nucléaires (totale depuis avril 2023) a pesé sur l’offre d’électricité décarbonée en Allemagne et a contribué à la reprise temporaire des émissions du secteur électrique en 2021 et 2022.

Si l’Allemagne était sortie du nucléaire plus progressivement, les investissements massifs dans le renouvelable auraient permis un recul encore plus rapide des émissions de CO2.

L’exemple allemand nous montre combien il est important, dans le débat sur le nucléaire, de distinguer les choix concernant l’utilisation du parc existant de ceux concernant le nouveau nucléaire. Des éléments à verser au débat de ce côté du Rhin, si un jour les choix énergétiques y sont discutés au Parlement comme le prévoit explicitement la loi.

Christian de Perthuis, Professeur d’économie, fondateur de la chaire « Économie du climat », Université Paris Dauphine – PSL

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Le gradualisme ou « l’écologie des petits pas » : un obstacle de plus à l’urgence climatique ?

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Le chercheur en sciences de la terre Aurélien Boutaud nous invite à questionner la lenteur de « l’écologie des petits pas » et de l’idéologie qui se cache derrière : le gradualisme. Après les climatosceptiques, les techno-solutionnistes, les gradualistes seraient-ils devenus des obstacles à l’urgente prise en compte du changement climatique ?

Etat d urgence climatique.

Le CO₂ nous tue à petit feu ? Ça tombe bien, les gradualistes ne sont pas pressés

Aurélien Boutaud, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

« Si l’on met en place trop vite des politiques environnementales ambitieuses, cela va créer un chaos social… Cela va aussi ruiner l’économie » Cette façon d’appréhender les défis environnementaux vous est peut-être familière. Elle a en fait un nom, il s’agit du gradualisme. Dans son dernier ouvrage Déclarer l’état d’urgence climatique (Éditions Rue de l’Échiquier), le docteur en Sciences de la Terre, Aurélien Boutaud ausculte cette idéologie venue du monde de l’économie, prend acte de sa popularité et dresse son bilan, avant d’appeler à changer de logiciel. Morceaux choisis.


Dans son dictionnaire du vocabulaire sur le climat, [l’économiste américain] Herb Simmens définit le gradualisme climatique comme « la pensée selon laquelle des actions progressives visant à enrayer le changement climatique sont adaptées, ou sont tout ce qu’il est possible de faire sur le plan politique et économique ». Il s’agit donc d’agir… mais, surtout, sans se presser. Comme l’ont montré Michael Hoexter ou Alyssa Battistoni, le gradualisme est inspiré des théories économiques néoclassiques, d’après lesquelles la dégradation du climat est la conséquence d’un défaut de fonctionnement du marché.

Comme chacun sait, ce dernier ne prend pas en compte les impacts négatifs des activités sur l’environnement, puisque le fait de polluer est généralement gratuit. La solution des économistes est donc simple : il suffit de pallier ce défaut en accordant un prix aux pollutions, par exemple en taxant les émissions de CO2 ou en allouant aux entreprises des droits à polluer qu’elles pourront s’échanger sur un marché de quotas carbone. Dans tous les cas, l’idée sous-jacente est que ce « signal prix » inciterait les acteurs économiques à réduire « progressivement » leurs émissions de gaz à effet de serre. La dimension graduelle de la démarche est explicite : il s’agit bel et bien de diluer les changements sur des décennies pour ne surtout pas brusquer le marché. Et encore moins les entreprises.

Calculs fatals : comment l’économie a sous-estimé les dommages climatiques et encouragé l’inaction / David Spratt & Alia Armistead

Dans les années 1990, les économistes ont élaboré des équations qui tendaient à conforter leurs propres certitudes. William Nordhaus a ainsi développé un modèle théorique qui prétend démontrer qu’il coûtera moins cher aux générations futures de s’adapter au changement climatique qu’aux générations présentes de lutter contre. Intitulé « DICE », ce modèle préconise une réduction modeste et progressive des émissions, qui mènerait à un « optimum » de réchauffement de… 4 °C ! Des chercheurs quelque peu malicieux ont d’ailleurs montré que, en visant un réchauffement de 12 °C, le modèle DICE prévoyait encore un bilan économique positif ! Nous voici donc rassurés : la vie sur Terre peut disparaître, puisque la croissance sera sauvée. Et les railleries des écologistes n’auront pas empêché cette démonstration à la gloire du gradualisme d’être saluée par la confrérie des économistes : en 2018, alors que le GIEC publiait son rapport le plus alarmant, la banque de Suède accordait le « prix Nobel d’économie » à… William Nordhaus : le pape du gradualisme climatique.


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Développement durable, transition : le gradualisme est partout…

Au milieu des années 1990, dans un contexte international dominé par le libéralisme économique et la mondialisation, les négociations sur le climat ont assez naturellement laissé la porte ouverte à cette approche gradualiste inspirée de l’économie de l’environnement. Ainsi, le groupe 3 du GIEC, chargé de travailler sur les réponses socio-économiques au changement climatique, a été rapidement noyauté par les gradualistes. Conséquence inévitable : les messages d’alerte du groupe 1, essentiellement constitué de climatologues, n’ont eu de cesse d’être relativisés par les préconisations rassurantes du groupe 3, largement composé d’économistes.

C’est dans cet état d’esprit gradualiste que, en 1997, lors de la signature du protocole de Kyoto, les pays émergents sont parvenus à s’extraire de tout engagement, limitant les objectifs de réduction des émissions aux pays les plus industrialisés. Sans surprise, ces derniers ne se sont alors engagés que sur une baisse très modeste d’environ 5 % de leurs émissions en l’espace de quinze ans. Sous la pression des États-Unis, ces objectifs chiffrés ont par ailleurs été conditionnés à la mise en place de procédures d’inspiration libérale, caractérisées par l’attribution de quotas nationaux offerts aux entreprises les plus polluantes, et pouvant faire l’objet d’échanges sur un marché du carbone. Comme le souligne Alyssa Battistoni, les économistes néoclassiques sont ainsi parvenus à imposer dans l’agenda politique l’idée d’un changement incrémental et progressif, tout en atténuant le message alarmant des scientifiques.

Bien entendu, le cadre d’action international n’est pas le seul à être déterminant : à l’échelle nationale ou locale, de nombreux leviers ont été utilisés afin de réduire les émissions au cours des années 2000 et 2010. Que ce soit au nom du développement durable ou de la transition écologique, les stratégies nationales et autres plans climat territoriaux mobilisent aujourd’hui encore une pluralité d’outils qui vont bien au-delà des mesures économiques décrites ci-dessus. Mais bon gré mal gré, comme le remarque Margaret Klein Salamon, la fondatrice de The Climate Mobilization (TCM), même le mouvement environnementaliste et les partis les plus progressistes « se sont laissés engluer dans le gradualisme ».

Avec parfois la meilleure volonté du monde, ils se sont convaincus qu’ils apportaient leur modeste pierre à un édifice dont, en réalité, les fondations continuaient à être sabordées par l’industrie fossile et ses alliés. Durant ces années 2000 et 2010, l’idée la plus largement partagée consistait à penser que le changement était trop important pour être opéré rapidement : il fallait prendre son temps, voir loin (à l’horizon 2050 et au-delà), infléchir progressivement les décisions, modifier pas à pas les comportements, ne surtout pas contraindre ou interdire, être toujours positif, incitatif, et même ludique…

… et son bilan est catastrophique

Après presque trente ans de politiques climatiques sous influence gradualiste, le bilan de cette stratégie est catastrophique. Les engagements internationaux pris en 1997 dans le cadre du protocole de Kyoto avaient pour référence l’année 1990. Depuis cette date, les émissions annuelles de CO2, qui représentent la grande majorité des émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine, ont augmenté de 14 milliards de tonnes, soit une progression de 62 %. Cela équivaut à un accroissement moyen des émissions de près de 0,5 milliard de tonnes de CO2 chaque année. En volume annuel, cette croissance est même supérieure à celle connue durant les trente années précédentes (0,43 milliard de tonnes par an). Cela revient à dire que, non seulement les émissions n’ont pas baissé, mais elles ont continué de croître, et dans des volumes encore plus soutenus. Comme le montre le graphique ci-après, avec ou sans politique gradualiste, le résultat est à peu près le même !

Émissions mondiales de CO₂ entre 1750-2019. Fourni par l’auteur

Face à ce constat effarant, les gradualistes s’accrochent à quelques maigres signaux positifs, supposés annoncer de plus grands changements. Ils aiment également rappeler que, tout compte fait, les politiques qu’ils préconisent n’ont été sérieusement appliquées que dans une poignée de pays parmi les plus riches. Mais le bilan de ces derniers est-il pour autant plus positif ? Les pionniers du protocole de Kyoto et les soi-disant leaders de la transition sont-ils au moins parvenus à baisser leurs émissions de gaz à effet de serre de manière significative ?

L’exemple de la France permet de répondre à cette question. En réduisant ses émissions territoriales, la France fait en effet partie des bons élèves. Mais cette baisse est beaucoup trop modeste : elle atteint à peine les 20 % en trente ans. À un tel rythme, la neutralité carbone n’adviendrait pas avant le XXIIème siècle ! Surtout, ces gains sont très largement factices, puisqu’ils s’expliquent en grande partie par la délocalisation de certaines industries parmi les plus polluantes.

Déclarer l’état d’urgence climatique, Éditions de l’Échiquier. Fourni par l’auteur

En réintégrant les émissions incorporées dans les importations françaises, on constate que l’empreinte carbone de la France est restée désespérément stable et s’élève aujourd’hui à un niveau identique à celui de la fin des années 1990 : environ 650 millions de tonnes équivalent CO₂, soit près de dix tonnes par habitant et par an. En presque trente ans de politiques gradualistes, nous n’avons même pas commencé à réduire le contenu carbone de ce que nous consommons. Or pour atteindre la neutralité carbone, nous devrions à présent diviser en quelques années cette empreinte par un facteur 5 à 8. Comment comptons-nous le faire ? En conservant les mêmes recettes gradualistes ?

Aurélien Boutaud, Chercheur associé à l’UMR 5600 EVS, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


A quoi servent les limites planétaires ?

Drôle de limites que les limites planétaires. On vous en parle généralement pour vous annoncer qu’on les a dépassées. Elles sont au nombre de neuf et nous permettent de penser la crise environnementale au-delà du seul changement climatique. Car elles fixent divers seuils au-dessus desquels les conditions de la vie sur terre sont sérieusement menacées. Mais quelles sont ces limites ? Comment les mesure-t-on ? Qu’est-ce que ce cadre de pensée permet ? Les limites planétaires ont-elles elles aussi des limites ? Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les limites planétaires sans oser le demander, c’est justement le thème du webinaire proposé par The Conversation France avec les chercheurs Natacha Gondran (Mines Saint Étienne) et Aurélien Boutaud (Unité de Recherche Mixte UMR 5600 « Environnement, Villes et Sociétés »). Un évènement en partenariat avec AFP Audio.

Webinaire The Conversation : « À quoi servent les limites planétaires ? »

S’inspirer de la sagesse de l’escargot pour ralentir et respecter les limites de la planète !

L’économiste Henri Jorda nous donne des raisons d’admirer l’escargot. La lenteur de ce gastéropode, nous rappelle-t-il, était considérée pendant tout le Moyen Âge comme un gage d’application et de persévérance, avant que la modernité et sa vitesse ne balaient tout. Aujourd’hui cependant, refuser de se presser ne serait-il pas une question de survie pour respecter les limites planétaires ?

La sagesse de l’escargot : une invitation à ralentir et à respecter les limites de la planète ?

Dessin de José Guadalupe Posada Jean Charlot, CC BY

Henri Jorda, Université de Reims Champagne-Ardenne (URCA)

Jusqu’à la fin du Moyen Âge, les animaux lents, comme l’âne et l’escargot, étaient associés à la sagesse. Mais, dès le XVe siècle, le temps ne doit plus être perdu car il vaut de l’argent, et la lenteur cesse d’être admirée. Aujourd’hui, avec la « Grande Accélération » qui essouffle la planète et les vivants, la sagesse de l’escargot redevient cependant un emblème des comportements à adopter par l’humanité, notamment pour le mouvement Slow et la décroissance. Retour sur les rapports contrastés que nous entretenons avec cette incarnation de la lenteur.

La disqualification de la patience et de la lenteur

À la fin du Moyen Âge, la patience était encore une qualité précieuse pour qui souhaitait faire des affaires. Les meilleures affaires étaient celles qui réclamaient le plus de temps, pour aller chercher la marchandise, la transporter, la vendre sur les marchés et les foires. La plus grande patience était alors récompensée par les plus grands profits, bien des années après la mise de fonds initiale.

Les marchands du Moyen Âge étaient de fait patients en affaire et suivaient très scrupuleusement les préceptes religieux en employant leur temps de manière utile, pour plaire à Dieu. Pour les chrétiens, le temps est un don divin qu’il ne faut pas gaspiller, car cela reviendrait à voler Dieu, un péché capital connu sous le nom de paresse. À partir du XIIIe siècle, la paresse devient même le péché qui connaît les condamnations morales les plus sévères, « la mère de tous les vices », car elle ouvre la porte à bien d’autres péchés, y compris capitaux, comme la gourmandise et la luxure.

Escargot peint
Détail de l’Annonciation de Francesco Del Cossa. L’historien de l’art Daniel Arasse s’est interrogé sur la présence du gastéropode entre Marie et l’Ange Gabriel et rappelle, dans Histoires de peintures, que l’escargot était alors considéré comme né de la rosée du matin (et à cet égard similaire à la Vierge, née de la rosée des cieux) mais aussi, que l’escargot était peut-être une figure de Dieu lui-même (qui est représenté de forme et taille similaire à l’escargot dans le tableau de Del Cossa) car Dieu avait lui aussi été lent et méthodique, notamment en laissant passer un sacré laps de temps entre la chute et l’incarnation. Détail de l’Annonciation de Francesco Del Cossa, CC BY

Les péchés auront leur bestiaire, car commettre un péché, c’est être un animal n’ayant conscience ni du bien ni du mal. Comme la paresse est un péché intérieur et solitaire, s’observant difficilement, les animaux qui la représentent sont ceux qui se cachent, comme la chauve-souris et le hibou. Dès la fin du Moyen Âge, l’âne rejoint ce bestiaire de paresseux alors qu’il était jusque-là, dans la tradition biblique, associé à la patience, au travail obstiné et à la sagesse : dans la Genèse, c’est l’âne qui transporte Abraham et les charges de blé de Joseph.

Au tournant du XVe siècle, l’âne devient de fait celui qui n’avance pas et n’obéit pas, qui piétine sur place. Ce qui passait pour de l’opiniâtreté et de la sagesse devient de la sottise et de l’indolence. De la même manière, l’escargot et la limace, qui étaient jusque-là associés à la patience, seront les autres symboles de la paresse, pour leur lenteur, leur lâcheté (le limaçon rentre dans sa coquille) et leur diablerie (les cornes de l’animal). Ce bestiaire est réuni dans la gravure de Brueghel l’Ancien pour représenter la paresse.

Gravure de Brueghel l’Ancien représentant la paresse. Musée ALBERTINA, CC BY

Les temps modernes et leur accélération

Avec l’avènement de la modernité, la vitesse se trouve ensuite érigée comme vertu cardinale, associée à la puissance, et, à l’inverse, la lenteur connote la fragilité, à l’inadaptation. C’est ce que montre notamment l’historien Laurent Vidal dans Les Hommes lents. La civilisation européenne érige alors en contre-modèle de l’homme moderne, l’Indien d’Amérique et le hamac qui lui sert de symbole, forgeant ainsi une image d’homme sauvage, paresseux, lent, immoral.

À partir du XVIIIe siècle, les autres indolents seront les Noirs et les colonisés, représentés « sous la forme de simples corps soumis au pur régime des émotions », écrit Laurent Vidal. Enfin, les nouveaux hommes lents seront les ouvriers, dont les figures les plus connues de l’organisation du travail tâcheront de combattre la lenteur.

Cabane indienne et hamacs. Gravure de 1852 représentant les voyages de Christophe Colomb.

D’abord, l’ingénieur américain Frederick Taylor et son chronométrage des temps élémentaires destiné à augmenter la vitesse d’exécution, pour faire passer les ouvriers d’une « allure lente ordinaire » à une « allure très rapide », écrit-il dans la Direction des ateliers (1912). Puis, l’industriel américain Henry Ford et sa chaîne de montage, avec son tempo régulier qui fait perdre aux ouvriers toute autonomie dans l’emploi de leur temps car « la tâche vient à l’ouvrier et non l’inverse », dit-il dans Propos d’hier pour aujourd’hui (1926).

Enfin, le père du système de production Toyota, Taiichi Ohno, pour qui le stock est le mal absolu, du travail humain gaspillé, le symptôme d’organisations obèses par « excès de production ». Son antidote : développer les « capacités réflexes » en produisant juste à temps et en cultivant le changement par l’amélioration continue. Dans L’esprit Toyota (1989), il compare les ouvriers à des sportifs qui battent des records de productivité.

Caricature du Fordisme, 1927
Caricature du Fordisme, 1927. Tobias Higbie/Flickr, CC BY

Cette mise en tension gagne désormais l’ensemble des organisations, qui éliminent toutes les sources de gaspillage, la première d’entre elles étant le temps. C’est ainsi que le lean management (mot à mot « gestion allégée ») se présente comme le meilleur remède à la lenteur des organisations qui ont laissé se développer en leur sein des stagnations, des arrêts, des opérations qui ne produisent aucune valeur. Le Lean réduit en permanence le temps passé entre la commande et la livraison du bien ou du service, et, pour cela, il réalise un flux continu en supprimant les temps d’attente, de déplacement, tous les temps perdus à ne pas gagner d’argent. Aucune minute n’est gaspillée car « chaque seconde de vie de chacun est précieuse », écrivent Michael Ballé et Godefroy Beauvallet, dans Le Management Lean (2013).


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La lenteur pour retrouver les plaisirs perdus

Si la lenteur a ainsi été disqualifiée par la modernité, elle a aussi été l’emblème de la résistance à l’ordre établi. C’est ainsi que les ouvriers, suspectés de flânerie, ralentissaient les cadences, freinaient collectivement, à la vue d’un chronomètre. Et tout au long de la modernité, la paresse et la lenteur ont fait l’objet d’éloges dénonçant les conditions de l’industrie, l’exploitation des humains et de la nature, l’enfermement disciplinaire de l’usine, l’exportation du travail par la colonisation… Dans ces éloges, la civilisation du travail a fabriqué un monde froid, technicien, bureaucratisé, artificiel, qu’il faut fuir pour retrouver le goût des plaisirs simples et le sens du merveilleux. Car les rêves ont été brisés par un travail qui mesure, calcule, programme et accélère le temps.

Depuis les années 1980, s’est constitué un mouvement autour de la lenteur, le Slow. Le journaliste et sociologue italien Carlo Petrini, fonde ainsi en 1986 l’association Slow Food, à la suite d’une protestation contre l’ouverture d’un McDonald’s à Rome. D’après ce mouvement, dont le symbole est l’escargot, il ne s’agit pas d’aller lentement tout le temps, mais de trouver le bon rythme : « Nous nous battons pour le droit à déterminer notre propre temps », dit Petrini. Aux antipodes du turbo-capitalisme, qui menace du surmenage la planète et ses habitants, la Slow Food privilégie, au contraire, le plaisir des repas, mais aussi les exploitations agricoles de petite échelle qui travaillent sans précipitation.

Pancarte Slow Food dans une manifestation à Berlin en 2020. Stefan Müller, CC BY

La promotion de la lenteur s’étend depuis à d’autres dimensions de la vie. C’est ainsi que plusieurs villes deviennent « lentes » en réduisant la place de l’automobile, machine qui exprime et alimente la passion de la vitesse. La lenteur se manifeste aussi dans le monde académique, avec la Slow Science qui résiste aux injonctions de productivité de la recherche connues sous le slogan « publish or perish » (mot à mot « publier ou périr »). La Slow Science cherche à promouvoir, dans le travail scientifique, le plaisir et la convivialité, pour apprécier « la qualité d’un travail bien fait » et « tirer plaisir et fierté de son travail ».

La décroissance par une révolution des mentalités

D’autres alternatives à l’accélération renvoient à ce qu’il est convenu d’appeler la décroissance. Pour l’une de ses figures françaises, l’économiste Serge Latouche, la décroissance pourrait réaliser les promesses trahies de la croissance capitaliste : travailler moins en gagnant plus, travailler tous grâce à la civilisation des loisirs, et ne plus travailler du tout grâce aux nouvelles technologies. La décroissance, selon Latouche, propose de retrouver la sagesse de l’escargot qui nous enseigne la « nécessaire lenteur ».

La décroissance s’inspire en cela du philosophe allemand Ivan Illich. C’est dans Le genre vernaculaire (1983) qu’Illich met en scène l’escargot pour représenter la « croissance négative » qu’il appelle de ses vœux pour apprendre à vivre dans certaines limites :

« L’escargot construit la délicate architecture de sa coquille en ajoutant l’une après l’autre des spires toujours plus larges, puis il cesse brusquement et commence des enroulements cette fois décroissants. C’est qu’une spire encore plus large donnerait à la coquille une dimension seize fois plus grande. Au lieu de contribuer au bien-être de l’animal, elle le surchargerait. Dès lors, toute augmentation de sa productivité servirait seulement à pallier les difficultés créées par cet agrandissement de la coquille au-delà des limites fixées par sa finalité. » (p. 53).

La critique décroissante porte, en définitive, sur la mesure de notre bonheur par un PIB qui doit toujours croître alors que la planète et les vivants atteignent leurs limites. Les coûts cachés de la croissance sont tellement nombreux (pollutions de la planète, maladies des vivants) que la croissance est devenue pathogène. La réduction du temps de travail est l’une des conditions nécessaires pour continuer à envisager l’existence humaine dans une planète vivable. Mais la sagesse de l’escargot est difficilement compatible avec le capitalisme financier qui requiert des profits à court terme.

La décroissance en appelle alors à une « révolution mentale », une déconstruction des imaginaires. Rien ne sera possible sans une « dépollution » de nos mentalités éduquées selon les principes d’efficacité et de vitesse qui, depuis le Moyen Âge, disqualifient la lenteur et la paresse. L’escargot a, pourtant, une forme de sagesse : point trop n’en faut pour éviter de s’effondrer dans sa coquille.

La réduction du temps de travail permettrait ainsi d’orienter l’emploi de notre temps vers des activités non profitables, mais nécessaires sur le plan social et écologique. Elle conduirait à une réduction des activités néfastes ou inutiles pour les humains et la planète, ce que l’économiste Timothée Parrique appelle le « grand ralentissement », qui doit d’abord concerner les activités dont l’empreinte écologique est la plus lourde.

Mais la compétition entre les nations, entre les organisations, entre les individus, rend impossible la victoire des escargots, sauf à changer les règles du jeu capitalistes fondées sur la concurrence, sauf à considérer que la vie humaine n’est pas une course.

Henri Jorda, Maître de conférences Sciences économiques, Université de Reims Champagne-Ardenne (URCA)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Réussir l’éducation canine de son chien et le promener sans laisse !

Vous avez certainement déjà vu un chien obéir à la voix de son maître, sans laisse. Vous aimeriez vous aussi pouvoir promener un jour librement avec votre chien en ville, sans qu’il détourne le museau pour décoder toutes les odeurs laissées par un congénère et sans utiliser de laisse ou collier électrique. Un chien obéissant doit avant tout être complice et en confiance avec son maître.

FLOUFFY

La plupart des chiens que l’on croise en milieu urbain tirent sur leur laisse, qui ne semble être jamais assez longue … A ce sujet, lire l’avis d’Esprit Dog sur les chiens qui tirent sur leur laisse :

https://www.challenges.fr/vie-pratique/l-avis-d-esprit-dog-sur-les-chiens-qui-tirent-la-laisse_863655

Si la laisse reste pourtant obligatoire dans certains lieux publics pour des raisons évidentes de sécurité, il est possible de dresser son chien à obéir sans sa laisse, dans le respect et la confiance réciproques !

Il est important de commencer par apprendre à votre chien à marcher en laisse à vos côtés. La laisse est alors à considérer comme un lien de communication qui, une fois détachée, lui permettra une liberté toute aussi importante pour répondre à ses propres besoins canins. Nombreux sont les chiens qui deviennent hyperactifs et aboient sans cesse, car une promenade en laisse courte génère beaucoup de frustration.

Promenade en laisse pour les besoins de l’humain ou celui du chien ?

L’humain est l’une des seules espèces animales qui marche en ligne droite. Alors que le chien en liberté suit un parcours d’odeurs et de distractions. Avec une laisse, le maitre impose son mode de fonctionnement à son chien. En l’obligeant à agir systématiquement à l’encontre de son instinct, inutile de se demander pourquoi le chien a des « problèmes de comportement » …

Un chien a besoin de pouvoir courir librement et explorer son environnement régulièrement.

Bruce Galpin

Sur un terrain privé ou dans un parc public, pour laisser courir votre chien librement et par plaisir, vous devez vous assurer que vous garderez le contrôle à distance ! C’est l’obéissance sans laisse …

Promener son chien sans laisse ni collier impose du respect

Si vous êtes dans un lieu qui exige que votre chien porte un harnais, un collier ou une laisse, vous devez le faire ! Si vous le laissez libre dans là où c’est interdit, vous vous exposez à des plaintes et à des amendes pour infraction.

Un chien ne doit pas être laissé libre s’il ne répond pas au rappel de son maitre.

L’idée qu’un chien soumis doit obéir sans hésitation et en tout temps à son maître est un mythe. Un chien qui écoute son maitre sans laisse n’est pas plus soumis qu’un chien n’est dominant s’il ne suit son maitre que lorsqu’il est en laisse. Dans la nature, les chiens comme les loups se déplacent librement sans suivre au pas le « dominant ».

Eva Blue

L’obéissance sans laisse nécessite beaucoup de pratique, en prenant en compte les différentes difficultés : durée, distance et distraction.

Une bonne relation avec son chien est une base essentielle pour obtenir l’obéissance sans laisse. Le travail consiste à apprendre à votre chien que rester près de vous a de la valeur pour lui. Les chiens aiment découvrir le monde en suivant leur odorat mais ce sont aussi des animaux opportunistes. Ce qui signifie qu’ils iront là où se trouve ce qui a le plus de valeur pour eux.

Il est donc impératif d’avoir de la valeur pour votre chien, au moins autant, sinon plus, que ce qui peut l’intéresser !

Jametlene Reskp

Outre les récompenses pour l’encourager à rester près de vous, votre chien doit apprendre que vous, son maitre humain, avez de la valeur : vous êtes agréable, présent par le corps et l’esprit quand vous êtes près de lui et vous avez une belle énergie dans vos interactions avec lui.

Quelques astuces pour atteindre l’obéissance sans laisse

#1 – Apprendre au chien qui s’enfuit à revenir : avant d’envisager de laisser votre chien libre, vous devez vous assurer d’en avoir le contrôle à tout moment, en lui apprenant à revenir quand vous l’appelez.
Le rappel efficace est la base : récompensez-le dès qu’il ignore les distractions et revient vers vous sans hésitation.

Si vous souhaitez avoir un rappel infaillible avec votre chien, vous pouvez suivre les conseils d’Esprit Dog

#2 – Apprendre la position au pied à son chien ou à son chiot : l’astuce consiste à lui donner la plupart de ses récompenses lorsqu’il est près de votre jambe plutôt qu’en face de vous. Cela va aussi l’encourager à rester à vos côtés lors de la marche, pour des promenades sans tension sur la laisse jusqu’à arriver à une marche sans laisse !

Pour obtenir de l’aide et des conseils avisés, vous pouvez suivre l’une des formations en ligne de dressage de chiens par Esprit Dog :

Analyse des investissements nécessaires pour atteindre la neutralité carbone de l’Europe à horizon 2050

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À une semaine des élections européennes, et alors que s’ouvre à Bonn la préparation de la COP29 de décembre en Azerbaïdjan, le rapport Road to Net Zero (« En route vers la neutralité climatique ») de l’Institut Rousseau compile le travail de 150 chercheurs et experts de toute l’Europe. Il analyse et chiffre les investissements publics et privés nécessaires pour atteindre la neutralité carbone de l’Europe à horizon 2050. L’Ademe évalue les coûts d’adaptation aux changements climatique à 260 milliards d’euros par an, pour la France seulement, en cas d’inaction. 

UNE TRANSITION GLOBALE, ÉCONOME ET AMBITIEUSE

Les niveaux de gaz à effet de serre atteignent des niveaux record. Les températures mondiales atteignent des niveaux records. L’élévation du niveau de la mer atteint un niveau record. La glace de mer de l’Antarctique est à un niveau record. C’est une cacophonie assourdissante de records battus.

Professeur Petteri Taalas, Secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale, 2023

LES BESOINS D’INVESTISSEMENTS CLIMAT SELON L’INSTITUT ROUSSEAU VS. COM UE1

Sources : Rapport RtNZ (2024) et Impact assessment « path to climate neutrality by 2050 » de la commission UE (2024) en euros 2022 et 2023 sur les 4 principaux secteurs étudiés.

Dans l’étude de la Commission européenne, le sur-investissement est même estimé à plus de 640 milliards d’euros par an mais les années considérées pour évaluer la « dépense actuelle » sont antérieures à celles du rapport Road to Net
Zero (2019-2022), qui correspond à 1040 milliards d’euros d’investissements dans ces 4 secteurs (contre 1160 milliards en ajoutant l’agriculture, la R&D et les puits).

Comment décarboner tous les secteurs de l’économie ?

Combien d’investissements cela nécessite-t-il, par secteur, par pays, par mesure ?

À l’heure de l’austérité budgétaire, comment financer la transformation nécessaire de notre économie ? 

Pour répondre à ces questions, l’Institut Rousseau a observé en détail sept grands pays – la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas, la Pologne et la Suède – pour évaluer les investissements publics et privés nécessaires pour atteindre les objectifs de neutralité carbone à l’horizon 2050. L’ensemble de ces résultats sont compilés au sein du rapport Road to Net Zero qui étudie dans le détail 37 leviers de décarbonation et plus de 70 politiques publiques.

En parallèle, la Commission européenne a récemment publié son étude d’impact2 « L’objectif climatique de l’Europe à l’horizon 2040 et la voie vers la neutralité climatique d’ici 2050 pour construire une société durable, juste et prospère ».

Chacune de ces deux études constate que des investissements supplémentaires substantiels, par rapport à ceux prévus sur la même tendance (“les investissements tendanciels”), sont absolument nécessaires.

En revanche, la comparaison entre ces deux études met en exergue une différence d’approche notable : le scénario de la Commission européenne préconise une “simple” décarbonation des usages quand l’Institut Rousseau propose une transition écologique plus globale intégrant des mesures de réduction des consommations énergétiques.

De cette différence d’approche découle un triple constat. La transition écologique globale couplée à des mesures de réduction des consommations énergétiques que propose l’Institut Rousseau est :

Deux fois moins coûteuse pour l’ensemble de l’économie par rapport aux scénarios reposant principalement sur l’électrification des secteurs énergivores.

Possible, car s’appuyant sur des politiques déjà mises en œuvre dans certains pays ou régions d’Europe.

Synonyme d’une bien plus grande souveraineté économique pour les pays de l’UE, en réduisant largement leur dépendance aux importations, de fossiles et de matériaux critiques à court terme, et de gaz verts à plus long terme.

UNE TRANSITION POSSIBLE ET SOUHAITABLE

Les politiques publiques nationales et locales étudiées dans le rapport prouvent qu’il est possible de réorienter la stratégie de l’Europe vers une transition globale limitant les investissements supplémentaires grâce à des efforts mieux ciblés.

Dans le secteur des transports, l’exemple de l’Autriche et du Danemark ont démontré que doubler les parts modales du ferroviaire (fret et voyageurs) et du vélo (dans les agglomérations) était réalisable en investissant massivement dans les infrastructures. L’extension de ces modèles permettra de réduire progressivement les flottes d’automobiles et de camions et leurs coûts associés (de l’achat des véhicules aux carburants).

Dans le secteur des bâtiments, des expérimentations locales en France et l’exemple de l’Allemagne démontrent qu’il est possible d’atteindre des rythmes de rénovation performante compatibles avec les objectifs climatiques (et dépasser les 2% du parc immobilier rénové chaque année) à la double condition :
– De centrer les aides sur les rénovations globales (incluant l’isolation) et non sur les changements de systèmes de chauffage, comme c’est très majoritairement le cas actuellement.
– De fournir un accompagnement technique systématique et gratuit aux propriétaires des logements (les aides sont aujourd’hui distribuées sans accompagnement, ce qui mène à des travaux non optimaux voire à de la fraude).

D’autres exemples de « politiques exemplaires » (encadrées dans le rapport principal) ont été utilisés pour préciser les soutiens publics nécessaires dans les différents domaines, avec des besoins relativement limités dans certains secteurs (notamment l’Énergie) et nettement plus importants dans d’autres (comme l’Agriculture).

Investissements dans le secteur des puits de carbone

Les besoins d’investissements supplémentaires et de modification des soutiens publics actuels sont très disparates en fonction des pays : de 2 fois moins que la moyenne de l’UE (+1,6% du PIB) pour l’Italie et -25% pour l’Allemagne à près de 2 fois plus pour la Pologne.

Au-delà de la nécessité de renforcer les investissements, le scénario détaillé par le rapport Road to Net Zero est également conditionné à la transformation des soutiens publics actuels, notamment dans leurs modalités. Ainsi, si l’Allemagne et l’Italie ont un besoin de dépenses publiques supplémentaires moins élevé, les modalités de leurs soutiens publics actuels doivent malgré tout être fortement modifiées.

Ces différences et leurs explications sont détaillées dans les « Synthèses pays » de l’Institut Rousseau et les principaux écarts entre pays sont résumés dans son « rapport synthétique en français ».

FOCUS SUR LA FRANCE

UNE TRANSITION AU SERVICE DES ENJEUX DE SOUVERAINETÉ DE L’UNION EUROPÉENNE

Outre l’économie de nouvelles dépendances aux gaz verts, la stratégie de transition globale mise en avant dans le rapport Road to Net Zero permet, contrairement aux politiques actuelles ou aux autres scénarios évoqués (comme par exemple celui de la Commission européenne), une réduction des dépendances extérieures nettement plus rapide et importante.

  1. L’étude de la Commission européenne n’intégrant pas les investissements dans les infrastructures ferroviaires et cyclables (environ 100 milliards par an dans le rapport Road to Net Zero), l’Institut Rousseau a ajouté les investissements prévus sur le seul réseau « Trans-européen », estimés à au moins 65 milliards par an dans l’étude d’impact « réseaux de transports » de 2021 de la Commission (pour l’essentiel ferroviaires). ↩︎
  2. Europe’s 2040 climate target and path to climate neutrality by 2050 building a sustainable, just and prosperous society ↩︎

Pour la première fois, les revenus mondiaux issus de la tarification carbone ont dépassé 100 milliards de dollars

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La Banque mondiale a publié mardi dernier son rapport annuel sur l’état de la tarification carbone à travers le monde. Pour la première fois, les revenus mondiaux issus de la tarification carbone ont dépassé 100 milliards de dollars. Une partie de ces revenus pourrait être utilisée pour compenser son impact financier sur les citoyens, sous forme d’un « versement climat ». Une telle redistribution est déjà en place au Canada, en Suisse, en Autriche et bientôt en Allemagne.

104 milliards de dollars. C’est le montant qu’a rapporté la tarification carbone à travers le monde en 2023. Tous les ans, la Banque mondiale publie un état des lieux de la tarification carbone, et anticipe ses futures évolutions. La dernière version du rapport, publiée mardi dernier, est riche d’informations.

Appliquée par de plus en plus de pays, la tarification carbone consiste à mettre un prix explicite sur les émissions de gaz à effet de serre. Malgré l’impact sociétal qu’ont ces émissions à travers le changement climatique, elles demeurent gratuites en l’absence d’une tarification carbone. La tarification carbone permet de favoriser la sobriété, l’efficacité énergétique et d’accélérer le développement des alternatives bas-carbone comme les pompes à chaleur, les véhicules électriques, la géothermie, le train, les énergies renouvelables, et bien d’autres.

Qu’en disent les experts ? Est-ce une mesure vraiment utile pour réaliser la transition écologique ? Dans son dernier rapport, le GIEC souligne bien que la tarification du carbone est un levier efficace pour réduire les émissions : « Il y a une abondance de preuves que la tarification carbone réduit les émissions »1. Cependant, le rapport précise que « même si la couverture [de la tarification carbone] a augmenté pour atteindre plus de 20 % des émissions globales, l’étendue de la couverture et le prix du carbone sont plus bas que ce qui est nécessaire pour une diminution drastique des émissions »2 [2].

Actuellement, il y a plus de 75 initiatives de tarification carbone (taxe carbone ou marché carbone) réparties et mises en œuvre dans plus de 40 pays. Au total, ces 75 mécanismes couvrent 24 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Ce pourcentage de couverture est en rapide augmentation. Il y a 10 ans, à peine 7 % des émissions de gaz à serre mondiales étaient couvertes. Il y a 20 ans, c’était moins de 1 % ! Plusieurs pays sont en voie d’appliquer une tarification carbone, comme le Brésil, l’Inde, le Chili, la Colombie et la Turquie.

Cependant, le rapport souligne que le prix du carbone est encore bien souvent trop bas. Moins de 5 % des émissions mondiales sont couvertes par une tarification supérieure à 64 € par tonne de CO2e. Or, selon les experts de la Commission de haut niveau sur les prix du carbone (High-Level Commission on Carbon Prices), il faudrait un prix global du carbone autour de 75 € par tonne de CO2e à l’horizon 2030 pour respecter l’Accord de Paris et contenir le réchauffement climatique en dessous de 2°C d’ici la fin du siècle.

Comparé aux deux superpuissances économiques que sont les États-Unis et la Chine, l’Union européenne est championne en la matière. Son marché carbone, appelé système d’échange de quotas d’émission (SEQE), a été implémenté en 2005, et couvre les centrales électriques, les sites industriels polluants et l’aviation. Le « Pacte vert » européen prévoit son extension au transport maritime et à l’incinération des déchets. De plus, le commencement d’un nouveau marché carbone européen ciblant le secteur routier et le bâtiment est prévu pour 2027. Ainsi, l’UE sera la première superpuissance économique à couvrir plus de 75 % de ses émissions de gaz à effet de serre territoriales avec une tarification carbone.

Pour protéger les entreprises européennes d’une concurrence déloyale, une taxe carbone aux frontières va aussi être progressivement mise en place. Cette taxe carbone aux frontières est également une incitation forte pour les autres pays à mettre en œuvre chez eux leur propre tarification carbone. Plutôt que de payer la taxe carbone à la frontière européenne, les pays exportateurs peuvent choisir de mettre en place une tarification carbone sur leur territoire et conserver les revenus. C’est ce qui est prévu dans plusieurs pays, qui vont démarrer ou renforcer leur tarification carbone en réponse à la future taxe européenne, comme l’Inde, l’Indonésie, le Maroc, la Turquie, l’Ukraine ou l’Uruguay, toujours selon le rapport de la Banque mondiale.

En plus de réduire les émissions de gaz à effet de serre, la tarification carbone génère une source importante de revenus pour les gouvernements. Comme le rapport de la Banque mondiale l’indique, les revenus mondiaux issus de la tarification carbone ont dépassé 100 milliards de dollars pour la première fois en 2023. Plus de la moitié de ces revenus sont utilisés pour des investissements bas carbone. Environ un tiers des revenus sont alloués au budget des gouvernements et utilisés pour d’autres dépenses. Enfin environ 10 % des revenus sont utilisés pour une redistribution aux entreprises et aux ménages.

Pour renforcer la transparence, l’équité et l’acceptation de la tarification carbone, plusieurs pays ont fait le choix de redistribuer la majeure partie des revenus de leur tarification carbone directement aux citoyens. Une telle redistribution est déjà en place au Canada, en Suisse, en Autriche et bientôt en Allemagne. Dirk Messner, président de l’Umweltbundesamt (UBA, homologue allemand de l’ADEME), soutient publiquement que l’Allemagne devrait implémenter une redistribution et servir de modèle aux autres pays européens qui devront aussi compenser les impacts financiers qu’aura le futur marché carbone sur le transport routier et le bâtiment sur la population.

Au sein du Lobby Climatique Citoyen, nous proposons justement de redistribuer les revenus du marché carbone sur le transport routier et le bâtiment directement aux citoyens, sous forme d’un « versement climat » national. Cette mesure est équitable et transparente. Comme le Canada, la Suisse, l’Autriche et bientôt l’Allemagne, nous pouvons le faire ! Nous appelons nos représentants politiques au gouvernement à mettre en place une telle redistribution.

Versement climat

  1. GIEC. 2022. AR6 WG3. Chapitre 13. Section 13.6.3.3. « Environmental effectiveness and co-benefits » Lien ↩︎
  2. GIEC. 2022. AR6 WG3. Chapitre 13. Résumé pour décideurs. Lien ↩︎

Garantir sa juste part d’eau à la nature pour assurer les services vitaux qu’elle rend chaque jour

A l’approche de la saison estivale, les gestionnaires de milieux naturels et aquatiques de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur lancent un appel pour garantir une « juste part d’eau à la nature », car la nature n’est pas un usager de l’eau parmi d’autres, elle en est aussi la source. Une initiative qui s’accompagne de propositions, car des solutions existent et des projets innovants sont menés, avec de la technologie, des progrès et des solutions fondées sur la nature.

Centre d’Information sur l’Eau (C.I.eau) – Le cycle de l’eau

Sur notre planète, l’eau existe sous différents états : liquide dans les océans, les rivières, les lacs et les nappes, solide sous forme de glace, de neige et de givre ou gazeux dans l’air. Selon les conditions physico-chimiques, l’eau se déplace d’un état à un autre par évaporation, précipitation, infiltration et ruissellement.

La nature joue un rôle essentiel dans le grand cycle de l’eau. Quand les milieux naturels et aquatiques se dégradent, le cycle de l’eau se dégrade aussi. Ce qui contribue aux phénomènes de sécheresses et d’inondations croissants sous l’effet du changement climatique.

Même en vacances, chaque goutte compte !

La nature est souvent considérée comme un usager de l’eau au même titre que l’agriculture, l’industrie ou le tourisme alors qu’elle en est la source.

La part d’eau laissée à la nature est régulièrement réduite, voire sacrifiée dès lors qu’il y a tension entre les usages et ce, malgré les mises en garde des experts … avec des conséquences qui dramatiques comme pour le Parc national de Doñana en Andalousie !

Ce manque d’eau s’ajoute aux autres pressions qui détruisent la biodiversité. 41 % des espèces de vertébrés observées en région Sud voient leur population décliner entre 2000 et 2021. La technologie et le progrès ne suffiront pas à compenser le rôle inestimable assuré par la nature dans le grand cycle de l’eau.

Centre d’Information sur l’Eau (C.I.eau) – Pourquoi l’eau n’est-elle pas une ressource inépuisable ?

Les gestionnaires de milieux naturels et aquatiques de la région ont une connaissance précise, technique et scientifique, essentielle pour éclairer les politiques publiques. Ce qui en fait de véritables sentinelles de la nature. Ils nous alertent sur l’accélération de la dégradation de ces milieux, liée notamment au manque d’eau, dans un contexte où les besoins pour les humains sont en augmentation…

Il est temps de garantir sa juste part d’eau à la nature !1

Des solutions existent et des projets innovants voient le jour en s’appuyant sur l’expertise des gestionnaires et sur le concept des Solutions Fondées sur la Nature : préservation des espaces naturels, des zones humides, agroécologie, génie écologique, nature en ville et désimperméabilisation des sols etc.

Mieux comprendre les enjeux, partager les bonnes pratiques et les solutions pour permettre de garantir sa juste part d’eau à la nature.

Pourquoi doit-on garantir sa juste part d’eau à la nature ?

Le bassin méditerranéen est, et devrait rester, parmi les régions les plus affectées par le changement climatique, en particulier en ce qui concerne les précipitations et le cycle hydrologique. L’évolution des températures globales régionales va avoir des conséquences importantes en région Provence-Alpes-Côte d’Azur à la fois sur la santé des milieux aquatiques et sur nos usages de l’eau.

Changement climatique observé : la baisse des précipitations
Changement climatique observé : la hausse des températures

Cette tension de plus en plus intense sur l’eau impacte la faune et la flore de la région, déjà en forte diminution du fait de l’artificialisation des sols et de la surexploitation des ressources. Il est impératif de considérer le fonctionnement global de l’écosystème de chaque territoire et la place centrale de la nature.

Comment peut-on garantir sa juste part d’eau à la nature ?

Les gestionnaires sont des experts à solliciter sur l’ensemble des projets pour avoir une connaissance précise et scientifique des enjeux et une aide à la décision précieuse.

Les Solutions Fondées sur la Nature permettent d’utiliser des techniques efficaces qui s’appuient sur le fonctionnement de la nature et contribuent à sa préservation : maintien des espaces naturels, des zones humides, agroécologie, génie écologique, nature en ville et désimperméabilisation des sols, …

© PNR Verdon

Quand l’homme, à la sueur de son front, à force de courage et de détermination, redonne vie à la terre abandonnée.

C’est aussi une démarche initiée sur le plateau de Valensole en 2014.
Le plateau de Valensole a connu de profonds changements durant ces dernières décennies. Couverts d’amandiers à l’ombre desquels pâturaient des troupeaux de moutons au sortir de la seconde guerre mondiale, il s’est peu à peu départi de ses arbres et de ses ouailles pour laisser place à de vastes étendues de lavandin et de blé dur.
A droite, le plateau de Valensole dans les années 60 avec ses petites parcelles et les nombreux amandiers et à gauche le plateau aujourd’hui. Source : Géoportail

Le projet de restauration de la rivière du Colostre vise à répondre aux obligations réglementaires, à préserver la ressource en eau et à laisser s’exprimer la biodiversité en accord avec les activités humaines et en garantissant la sécurité de chacun.

L’Action publique est nécessaire pour impulser des dynamiques locales, régionales et nationales, en matière de préservation de la biodiversité et de gestion de l’eau.


Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE) pour l’atteinte du bon état des milieux aquatiques et Plan de Bassin d’adaptation au Changement Climatique (PBACC) pour adapter les territoires au changement climatique

Sur le plan international, depuis plusieurs années, un nouveau champ juridique émerge pour redonner pleinement ses droits à la nature !

  1. Un appel qui se fonde notamment sur les travaux menés lors d’une Université intitulée « L’eau et les gestionnaires de milieux face aux enjeux d’aujourd’hui et de demain », organisée par l’ARBE en septembre 2023 avec le soutien de la Région Sud, de l’État (DREAL, OFB, Agence de l’eau) en partenariat avec le Conservatoire des Espaces Naturels de Provence-Alpes-Côte d’Azur, la Tour du Valat, le Parc naturel régional du Verdon et le Département des Alpes de Haute-Provence. ↩︎

15 recommandations de la Plateforme RSE pour atteindre les ODD

Les entreprises contribuent-elles réellement aux objectifs de développement durable définis par l’ONU ? Pas vraiment, d’après la Plateforme RSE de France Stratégie, qui pour éviter les dérives, formule 15 recommandations pour la Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) permette d’atteindre les Objectifs de développement durable (ODD) à l’horizon 2030.

17 objectifs de développement durable portés par l’Organisation des Nations Unies d’ici à 2030

« Les Objectifs de développement durable donnent la marche à suivre pour parvenir à un avenir meilleur et plus durable pour tous. Ils répondent aux défis mondiaux auxquels nous sommes confrontés : pauvreté, inégalités, climat, dégradation de l’environnement, prospérité, paix et justice. interconnectés, il est important d’atteindre chacun de ces objectifs d’ici à 2030 ».

Le constat réalisé par l’ONU à l’occasion du mi-parcours de l’Agenda 2030 est alarmant : à peine 20 % des cibles des objectifs de développement durable (ODD) seront atteintes d’ici 2030 si la trajectoire actuelle est maintenue.

Source : SDSN (juin 2023), SDSN (2023), Sustainable Development Report 2023. Implementing the SDG Stimulus. Includes the SDG Index and Dashboards, op. cit

Les ODD constituent des engagements des États, mais la réalisation des ODD implique tous les acteurs économiques.

Source : SDSN (2023), Sustainable Development Report 2023. Implementing the SDG Stimulus. Includes the SDG Index and Dashboards, op. cit.

Les entreprises sont libres de transcrire les ODD, cibles et indicateurs dans le respect des normes qui s’appliquent. Les entreprises qui intègrent les ODD dans leurs stratégies donnent le signe de vouloir se placer au-delà des réglementations, à la condition bien sûr qu’elles les appliquent scrupuleusement. C’est notamment le cas des entreprises dont l’intégration des ODD dans leurs stratégies va au-delà des exigences réglementaires. Cette démarche relève d’un engagement volontaire.

Il existe peu de données disponibles pour l’intégration opérationnelle des ODD dans les stratégies des entreprises et celles-ci ne permettent pas de réaliser un état des lieux précis des contributions des entreprises françaises, européennes et internationales aux ODD. Le baromètre ODD mis en place par le Pacte mondial de l’ONU – Réseau France depuis plusieurs années permet toutefois d’apprécier la situation de ces entreprises membres.

Les données issues de cette enquête annuelle font apparaître que les ODD 3 « Bonne santé et bien-être », 5 « Égalité des sexes », 8 « Travail décent et croissance économique », 12 « Consommation et production responsables » et 13 « Mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques » sont largement priorisés par les entreprises françaises.

Les ODD sont majoritairement utilisés par ces entreprises au travers d’une mise en parallèle avec leurs stratégies existantes.

Toutefois, les actions engagées en lien avec les ODD ne relèvent pas systématiquement d’une évaluation des impacts de l’entreprise et de sa chaîne de valeur.

Peu d’actions sont mises en œuvre par les entreprises françaises pour les ODD 1 « Pas de pauvreté », 2 « Faim « zéro » », 6 « Eau propre et assainissement », 14 « Vie aquatique » et 16 « Paix, justice et institutions efficaces ». Les ODD s’adressant en priorité aux États, certaines entreprises ne se sentent pas forcément légitimes sur ces ODD en particulier. Le manque d’opérationnalité et les difficultés de mise en œuvre expliquent en partie le manque d’actions des entreprises sur ces ODD.

Source : Pacte mondial de l’ONU – Réseau France, PwC (2024), Baromètre ODD et entreprises françaises en action. Édition 2023, op. cit

À l’échelle internationale et européenne, les données sont insuffisantes mais certaines enquêtes montrent une très faible contribution positive des entreprises aux ODD. Sur la base des données disponibles, peu d’entreprises utilisent les ODD et leurs cibles comme des leviers de transformation de leurs modèles d’affaires.

Pour réaliser l’Agenda 2030 et permettre la réalisation d’un modèle commun de paix et de prospérité pour les peuples et la planète, l’ensemble des parties prenantes a un rôle majeur à jouer.

La RSE et les ODD sont intimement liés. Intégrer les ODD à sa stratégie RSE est
pertinent en cela que les ODD constituent un langage commun à l’ensemble des parties prenantes1 et que leurs cibles proposent des référentiels utiles pour l’action et l’évaluation.


Le portage inégal des ODD au niveau des politiques publiques et des instances entrepreneuriales constitue un frein majeur à lever pour favoriser l’intégration des ODD dans les stratégies RSE des entreprises, même si des évolutions positives ont été réalisées ces dernières années. Par ailleurs, une nécessaire mise en cohérence des programmes d’enseignement devrait faciliter davantage l’appropriation par tous des ODD et le développement des compétences nécessaires à la mise en œuvre des actions contribuant aux ODD.

En outre, l’analyse d’impact des contributions positives et négatives des stratégies RSE aux ODD est nécessaire, et des réponses pour ce faire doivent être apportées aux entreprises qui ne disposent pas nécessairement des ressources internes, humaines et budgétaires, dédiées à la RSE.

Mais les entreprises peuvent s’appuyer sur le dialogue social pour enrichir leur stratégie RSE, dont les ODD sont un élément de référence dans la norme ISO 26 000. Le rôle des fédérations professionnelles se révèle également très important dans la prise en compte de la dimension sectorielle des ODD afin d’accompagner les entreprises, et notamment les plus petites, pour utiliser les ODD de manière opérationnelle en fonction de leur secteur d’activité.

https://www.agenda-2030.fr/ressources/article/les-rosaces-des-odd

Par ailleurs, pour mobiliser et fédérer les acteurs aux enjeux du développement durable, l’échelon territorial est particulièrement approprié. Les collectivités territoriales jouent, à ce titre, un rôle majeur dans la mobilisation des acteurs locaux sur les territoires.

Source : IFA, ORSE et PwC France et Maghreb (2022), Baromètre (1re édition) : La Responsabilité sociétale des entreprises, nouvelle priorité stratégique des administratrices et administrateurs ?, op. cit.

L’État, quant à lui, doit mieux soutenir les entreprises dont les actions contribuent à l’atteinte des ODD en mobilisant les fonds publics et privés. Enfin, les investisseurs privés jouent également un rôle majeur : la finance dite « à impact » suscite de plus en plus d’intérêt auprès des investisseurs.

Les parties prenantes sont de plus en plus sensibles à la prise en compte des enjeux du développement durable par les entreprises mais également aux impacts de leurs activités.

Le renforcement du cadre réglementaire européen a pour objectif d’intégrer davantage ces préoccupations. Une entreprise qui n’incarne pas ces évolutions avec sérieux se mettra en péril par la perte de marchés, de financements, de clients, de potentiels nouveaux salariés, etc. Les attentes des parties prenantes créent ainsi des opportunités pour les entreprises et les réglementations sont un outil pour faciliter leur réponse à ces demandes sociétales.

Les nouvelles obligations réglementaires, et notamment la Corporate Sustainability Reporting Directive – CSRD, ne sont pas à voir comme des contraintes pour l’entreprise, mais comme des opportunités pour adapter, repenser ou réinventer son modèle d’affaires. Les nouvelles réglementations appellent les entreprises à remettre en question leurs modèles économiques et les invitent à adopter une approche plus holistique dans toutes les dimensions de leurs activités.

À cet égard, l’intégration des ODD dans les stratégies RSE sont un levier puissant à destination des entreprises pour s’engager dans la transition de leur modèle d’affaires.

Les ODD sont un outil facilitateur, une boussole qui permet aux entreprises de guider et structurer leurs actions, en réponse à l’intensification des attentes des parties prenantes pour créer les conditions d’un monde plus juste et durable.

RSE et ODD : l’avis de la Plateforme RSE

  1. à l’échelle locale, nationale et internationale ↩︎

Toutes les ressources pour intégrer l’économie circulaire dans les projets d’aménagement et d’urbanisme

Les travaux de l’ADEME et du Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires sur l’économie circulaire appliquée à l’urbanisme ont permis d’identifier les principaux leviers d’action pour intégrer l’économie circulaire à la planification stratégique et l’aménagement opérationnel. Vidéo, guide, grille d’évaluation, matrice d’indicateurs … découvrez toutes les ressources des circuits de l’économie circulaire.

La frise « sobriété de l’aménagement urbain »

Démarche Économie Circulaire et Urbanisme de l’ADEME (ECU)

Cette vidéo présente l’intégration de l’économie circulaire dans les projets d’urbanisme à l’échelle de l’aménagement opérationnel et de la planification urbaine : la boite outils développée, l’ensemble des ressources, libres d’accès, à destination des porteurs de projet d’aménagements urbains. C’est l’objet de la démarche ECU de l’ADEME (Economie circulaire et Urbanisme)

14 territoires pionniers

L’ADEME a accompagné 14 territoires pionniers dans l’expérimentation de l’intégration de l’économie circulaire en activant les leviers de l’urbanisme à l’échelle de l’aménagement opérationnel et de la planification urbaine.

Projets issus de l’expérimentation Économie circulaire et urbanisme de l’ADEME

L’intégralité des enseignements et la documentation de l’expérimentation sont compilées dans le guide économie circulaire et urbanisme « Une démarche, des outils pour construire son projet ».

Un guide et des outils pour construire son projet

Aide à la sélection d’outils

L’objectif est d’aiguiller un acteur désireux d’en savoir plus, un élu ou un porteur de projet, sur les outils et méthodes à mobiliser à chaque étape de sa démarche.

Grille de questionnement des usages d’un projet d’aménagement urbain

Cet outil a pour objectif d’identifier les questions à se poser pour guider la conception d’un projet d’aménagement urbain. Il est accessible en version Excel.

Comprendre les 5 axes de travail

Les outils

1. Méthodologie générale : Grands principes d’intégration de l’économie circulaire dans les projet d’urbanisme.

2. Aide au déploiement des matériaux écologiques en circuit court, sur l’étude de cas de la commune de Langouët.

3. Déconstruction et réemploi : Éléments de contexte et de méthode pour une approche de la déconstruction et du réemploi dans le projet urbain, sur l’étude de cas du projet Cadran Solaire, porté par Grenoble Alpes Métropole et la ville de La Tronche

4. Usages et nouveaux services urbains : Éléments de contexte et de méthode pour intégrer les usages au sein du projet d’aménagement.

5. Gouvernance et politiques publiques : Des clés pour structurer la gouvernance et les politiques publiques autour du projet d’économie circulaire.

6. Approche circulaire de la mobilité : Éléments de contexte et de méthode pour une approche circulaire de l’organisation des mobilités, en particulier en territoire rural

7. Aide à la rédaction d’un CCTP de consultation d’un AMO ECU : Accompagne les maîtres d’ouvrage dans l’élaboration de leurs consultations d’AMO en Économie Circulaire
· Pour des opérations d’aménagement urbain ou de NPNRU.
· Pour le lancement d’une mission d’assistance à l’élaboration ou à la révision du SCOT

8. Grille d’évaluation générale d’un projet ECU : Des pistes d’évaluation de la prise en compte de l’économie circulaire dans leurs projets urbains

9. Grille de questionnements sur les usages d’un projet ECU : Des clés pour guider la définition et la conception des projets ECU en fonction de leur typologie et des usages.

10. Matrice d’indicateurs ECU : Permettre aux porteurs de projets d’appliquer une liste d’indicateurs mesurant l’intégration de l’économie circulaire à leur démarche, à chaque étape du projet.

121 projets innovants qui s’inspirent du Vivant pour proposer de nouvelles solutions d’avenir

Venez rencontrer et découvrir la France qui innove et entreprend en s’inspirant de la nature pour imaginer un autre futur, à Paris les 11 et 12 Juin 2024. Biomim’expo rassemble les acteurs et parties prenantes du Biomimétisme et des innovations bio-inspirées, les approches qui s’inspirent de la Nature pour innover et créer les conditions d’un modèle de développement renouvelé et respectueux de l’environnement.

Jamais, et nulle part ailleurs, un événement n’avait rassemblé un aussi large écosystème, d’excellence, d’audace, et d’avant-garde.

Biomim’expo est le rendez-vous référent sur le sujet du « biomimétisme ».

Prendre modèle sur quelque chose de plus grand que nous, quoi de plus évident au fond ?

Ce Village 2024 de l’équipe de France de la bio-inspiration (avec quelques internationaux) a doublé de taille versus la précédente édition !

Vous découvrirez que … 

… des substituts aux molécules pétrosourcées existent, tant pour l’industrie que pour l’agriculture ; 

… les microalgues, les plantes et la biodiversité moléculaire recèlent de trésors pour nous soigner, séquestrer le carbone ou purifier l’air ; 

… l’architecture se réinvente pour repenser des habitats durables et harmonieux, avec, pour et comme le Vivant ; 

… l’IA peut être intelligemment associée à la recherche pour mieux comprendre et nous inspirer de cette vie prodigieuse qui nous entoure et encore si mal connue ; 

… nos modèles économiques et nos stratégies d’entreprises aussi peuvent être repensés et optimisés en prenant modèle sur la « Nature company » ; 

… de nouveaux outils de collecte et d’interprétation des données peuvent aider à protéger la biodiversité et à réagir face au réchauffement climatique ; 

… des plantes et des champignons peuvent dépolluer les sols ; 

Vous verrez aussi qu’on peut associer la recherche et le sport de haut niveau pour allier performance sportive et performance environnementale ; 

… que la bio-inspiration peut contribuer à réinventer la beauté et le soin tout en réduisant les impacts ; 

… qu’on peut réinventer le cycle de l’eau en ville et en tirer de multiples bénéfices 

… que de nouveaux imaginaires collectifs sont en train d’éclore ; que l’intelligence collective est créative ; 

Vous découvrirez également …

… plus de 40 startups qui révolutionnent leurs métiers et filières par l’approche du biomimétisme et des innovations de rupture inspirées du Vivant …

… et une matériauthèque inédite de 300 échantillons d’une incroyable diversité. 

… et tant d’autres choses passionnantes …

Concilier transition agricole et alimentaire, c’est possible !

Soutenir l’agriculture et renforcer la souveraineté alimentaire sont des ambitions qui s’ajoutent à celles des stratégies françaises et européennes. Afterres2050 est le premier scénario de transition agricole et alimentaire pour la France qui décrit un chemin de transition écologique pour concilier les différents enjeux et atteindre plusieurs objectifs : nourrir sainement 68 millions de personnes, ralentir la course du dérèglement climatique et s’y adapter, remplacer les ressources fossiles, faire face à la stagnation des rendements et à la perte des terres agricoles, maintenir et protéger les écosystèmes et la biodiversité, lutter contre les pollutions (eau, air, sol)…

Afterres2050 définit l’ensemble de leviers à activer pour y parvenir : régimes alimentaires, systèmes de culture et d’élevage, usage des surfaces et de la biomasse (pour l’énergie, la chimie, les matériaux), sylviculture, imports-exports

Dans une vidéo tournée lors de la dernière université Afterres2050, Sylvain Doublet, responsable Prospective à Solagro et co-scénariste d’Afterres2050, livre un décryptage du scénario en 3 Actes :

  • du portrait de l’agriculture et de l’alimentation en France aujourd’hui,
  • aux engagements de la France (SNBC, SNANC, ZAN, PNNS, Stratégie nationale pour la biodiversité, directive pesticides, neutralité carbone…) 
  • pour ensuite présenter la voie étroite à construire ensemble, en agissant à la fois sur l’offre et la demande, pour réussir la transition écologique

Cette vidéo a été tournée dans le cadre de l’Université Afterres2050 organisée par Solagro en novembre 2023 à Toulouse, rassemblant 200 participant·e·s : agriculteurs·rices, scientifiques, membres de collectivités territoriales, de structures d’État, d’ONG, d’entreprises, d’organismes techniques… une diversité d’acteurs et actrices pour mettre en récits les transitions et engager l’action.

« La Stratégie nationale bas carbone exige une division par 6 des gaz à effet de serre de l’agriculture pour atteindre la neutralité carbone et un doublement de la quantité de biomasse-énergie, le plan national d’adaptation au changement climatique prévoit une résilience climatique du secteur agricole, la stratégie nationale biodiversité notamment une réduction massive des pesticides et un développement des infrastructures agroécologiques, la directive cadre sur l’eau le bon état qualitatif et quantitatif de 100% des masses d’eau, le plan national nutrition santé une nourriture saine pour la santé humaine et celle des écosystèmes…

Afterres propose une voie étroite quantifiée pour répondre à l’ensemble de ces objectifs de la transition écologique.

Chiffré et réaliste, le scénario s’enrichit de l’expérimentation de solutions dans de nombreux territoires – Terres de Sources, le PNR des Boucles de la Seine Normande, Valence Romans Agglo, le Grand Genève – et exploitations agricoles, notamment celles du réseau OSAÉ – Osez l’agroécologie. La transition vers une agriculture et une alimentation plus durable est possible, mais elle nécessite d’être soutenue. »

Sylvain Doublet
responsable Prospective à Solagro et co-scénariste d’Afterres2050


Afterres 2050 : Un horizon pour l’agriculture et l’alimentation

Le plaisir est essentiel pour engager les Français dans la transition alimentaire

Une étude Jacquet Brossard menée avec BVA révèle que pour une écrasante majorité des Français, les produits sources de plaisir peuvent être des alliés dans l’adoption de pratiques alimentaires durables. L’étude souligne aussi l’importance des discours positifs pour engager le plus grand nombre dans la transition alimentaire.

il faut réenchanter les récits, comme les recettes, pour faire du plaisir de se nourrir, un accélérateur de la transition alimentaire.

Jacquet Brossard

En bref, les infos à retenir :

  • 1 Français sur 3 pense que l’alimentation est avant tout un moment de plaisir 
  • Plus d’un Français sur deux déclare ne pas savoir ce qu’est la transition alimentaire mais 78% se sentent concernés par le sujet une fois la définition connue 
  • Pour 2 Français sur 3, l’accès à des produits alliant plaisir et transition alimentaire est le 2ème levier le plus efficace (après l’accessibilité prix) pour favoriser la transition alimentaire
  • 52% des Français ne sont ni motivés, ni confiants, vis-à-vis des discours actuels sur la transition alimentaire 

La « transition alimentaire » : une notion encore méconnue des consommateurs

L’étude révèle que la notion de « transition alimentaire » demeure encore largement méconnue du grand public français. En effet, 53% des répondants de cette étude ont admis ne pas savoir ce qu’était la transition alimentaire, tandis que seulement 11% ont déclaré être capables de donner une définition précise. 

Qu’est-ce que la transition alimentaire ? La transition alimentaire est l’évolution de notre modèle alimentaire vers plus de respect de la santé humaine, de notre planète et du bien-être des animaux. Elle regroupe toutes les actions que mettent en place les acteurs de la filière alimentaire pour y parvenir : producteurs, transformateurs, distributeurs, restaurateurs, consommateurs.

Dès lors que la notion est explicitée, l’intérêt des Français pour la transition alimentaire se révèle significatif.

✔ 78% des sondés déclarent se sentir concernés par cette démarche, témoignant d’une réelle volonté d’adopter une alimentation plus responsable.  

✔  60% des Français interrogés affirment mettre en place des actions en faveur de la transition alimentaire dans leur quotidien, comme consommer des produits de saison (81%).  

Le plaisir, au cœur des pratiques alimentaires des Français : véritable levier en faveur de la transition alimentaire 

Pour 1 Français sur 3, l’alimentation est avant tout un moment de plaisir. En effet, 93% des Français déclarent que le critère principal de choix dans leurs achats alimentaires est le goût.  

Conséquence de cette prédominance du plaisir gustatif, 88% des Français trouvent qu’il est essentiel de conserver des produits sources de plaisir dans leur alimentation quotidienne. Une donnée soutenue par les résultats de la campagne « Top 30 marques préférées des Français », dans laquelle 9 des 10 premières marques préférées des Français viennent de l’industrie agro-alimentaire, démontrant ainsi le poids, et de fait, la responsabilité, des marques alimentaires, pour être moteurs de la transition et embarquer le plus grand nombre vers des pratiques plus vertueuses.

Plus encore, une large majorité de Français (86%) estiment que les produits sources de plaisir peuvent jouer un rôle crucial dans la transition vers une alimentation plus durable. Jacquet Brossard s’attache depuis plus de 100 ans à créer des produits plaisir, tout en intégrant des démarches d’amélioration continue des recettes, agissant ainsi aux côtés des Français soucieux d’adopter une alimentation plus vertueuse :

  • Réduction du sucre et du sel, suppression de l’huile de palme et réduction des additifs, sans faire de compromis sur le plaisir.
  • 100% des produits Jacquet sont sans huile de palme, 73% des produits ont une teneur en sel <1,1%. 100% de la gamme pain de mie est sans sucres ajoutés. 95 % des références ont un Nutri-Score A ou B.
  • Réduction du sucre de 36% dans les brownies Brossard, 90% de la gamme est sans huile de palme ni sirop de glucose-fructose.

Plaisir et transition alimentaire : une alliance gagnante mais des actions et des discours positifs attendus 

La légitimité des acteurs de la filière agricole 

Une proportion significative de 35% des Français estime que les agriculteurs sont les acteurs les plus légitimes pour parler de transition alimentaire. Grâce à son modèle unique de filière intégrée « du grain au pain », composée de 400 agriculteurs français, Jacquet Brossard revendique ainsi 100% de blé français dans la composition de ses recettes afin de répondre aux attentes des consommateurs soucieux de l’origine et de la qualité des produits qu’ils consomment. 

Des attentes vis à vis des discours ambiants 

L’étude révèle des sentiments ambivalents vis-à-vis des discours actuels sur le sujet de la transition alimentaire. Preuve que les discours anxiogènes ne convainquent pas, 52% des interrogés déclarent ressentir une émotion négative (indifférence, anxiété…) en écoutant les récits actuels.

Pour favoriser la transition alimentaire, les actions jugées les plus impactantes par les Français sont :  

  • La consommation de produits de saison (73%)  
  • La consommation de produits locaux (69%) 

Des actions souhaitées pour favoriser la transition alimentaire 

Deux actions se démarquent pour favoriser la transition alimentaire : la proposition de prix plus abordables (81%) et l’accès à des produits qui allient plaisir et transition alimentaire (67%).

42% des Français se disent motivés à agir si les discours autour de l’alimentation et de notre modèle alimentaire français étaient plus positifs.

Etude BVA pour Jacquet Brossard

« Jacquet Brossard s’engage à proposer des produits de qualité et accessibles, tout en contribuant à des discours positifs et mobilisateurs autour de la notion de transition alimentaire, essentielle pour l’avenir de notre alimentation. En capitalisant sur ce qui a fait son succès : des produits « plaisir » ancrés dans le quotidien des Français, l’entreprise souhaite faire du plaisir de se nourrir, un accélérateur de la transition alimentaire.« 

Renforcer la résilience des entreprises face au changement climatique

La Conférence permanente des chambres consulaires et organisations intermédiaires africaines et francophones (Cpccaf) est, depuis son origine en 1973, au service de la croissance des entreprises africaines et francophones. Depuis 2013, elle organise un Baromètre du climat des affaires des entreprises africaines francophones, avec un Focus changement climatique.

Baromètre 2023 du climat des affaires des PME en Afrique francophone

La dernière édition du Baromètre a plus particulièrement cherché à rendre compte de l’impact du changement climatique sur les PME en Afrique francophone.

La résilience climatique est un des défis majeurs auquel font face les entreprises du monde entier. Les PME africaines francophones, loin d’être épargnées, doivent se développer en prenant en compte la problématique environnementale. Ce baromètre cherche à comprendre comment les PME s’adaptent à ces défis.

Encore plus de la moitié n’a pas pris de mesures pour réduire les risques environnementaux auxquels les entreprises font face, ou pour réduire leur incidence négative sur le climat.

Toutefois, les PME ayant pris des mesures ont souvent bénéficié de nouvelles opportunités qui ont accélérer leur développement (accès à de nouveaux marchés, réduction du coût des intrants, augmentation de la production,…)

Renforcer la résilience au changement climatique des PME en Afrique francophone

Depuis 2018, Le Centre du Commerce International (ITC) est partenaire du Baromètre Cpccaf. Il contribue à l’élaboration du questionnaire et choisit le thème spécifique à l’édition. Après la formation, l’accès au financement et le numérique, le thème 2023 était sur la résilience climatique.

Les données récoltées dans le cadre du Baromètre Cpccaf sont réutilisées par ITC pour réaliser une publication sur le thème de l’édition. Ainsi, les résultats du Baromètre ont une portée internationale et permettent l’amélioration du climat des affaires en Afrique francophone.

Les entreprises perçoivent les risques environnementaux, mais peinent à s’adapter

Note : Le graphique décrit les réponses à la question « Parmi les risques environnementaux suivants, lesquels ont une incidence sur votre entreprise ? ». Si les répondants ont choisi un ou plusieurs risques environnementaux (à l’exception des options « Aucun » ou « Ne sait pas »), ils sont identifiés comme étant confrontés à des risques environnementaux importants. Les données ont été pondérées en fonction de la distribution des entreprises interrogées par pays et de la contribution des secteurs économiques au produit intérieur brut (PIB) de chaque pays.
Source : Enquête ITC-CPCCAF, avril-juillet 2023
Note : Le graphique décrit les réponses à la question « Au cours des trois dernières années, votre entreprise a-t-elle investi dans l’une des mesures suivantes pour réduire les risques environnementaux auxquels elle fait face ? ». Celles qui ont choisi l’une des options de réponse (à l’exception de « Aucune » et « Ne sait pas ») sont identifiées comme ayant investi dans l’adaptation. Les données ont été pondérées en fonction de la distribution des entreprises interrogées par pays et de la contribution des secteurs économiques au PIB de chaque pays.
Source : Enquête ITC-CPCCAF, avril-juillet 2023

L’investissement dans l’atténuation est limité mais bénéfique

Note : Le graphique décrit les réponses à la question « Au cours des trois dernières années, votre entreprise a-t-elle investi dans l’une des mesures suivantes pour réduire son incidence négative sur l’environnement ?». À droite, les réponses des entreprises sont en pourcentage (%) des entreprises qui déclarent avoir investi dans des mesures. Les données ont été pondérées en fonction de la répartition des entreprises interrogées par pays et de la contribution des secteurs économiques au PIB de chaque pays.
Source: Enquête ITC-CPCCAF, avril-juillet 2023.
Note : Le graphique décrit les réponses à la question « Ces investissements ont-ils ouvert l’une des opportunités suivantes pour votre entreprise ? » en pourcentage (%) des entreprises qui déclarent avoir investi dans des mesures. Les données ont été pondérées en fonction de la répartition des entreprises interrogées par pays et de la contribution des secteurs économiques au PIB de chaque pays.
Source : Enquête ITC-CPCCAF, avril-juillet 2023

5 propositions pour une approche systémique du développement international

La mesure d’impact doit être la boussole du passage à l’échelle des entreprises ! C’est pourquoi l’Impact Tank et le Groupe SOS prennent position dans un manifeste pour permettre à la totalité des entreprises de mesurer leur impact social et environnemental.

Il est urgent d’agir…
au-delà des solutions d’urgence.

Les inégalités sociales sont intolérables. 700 millions de personnes vivent encore en situation d’extrême pauvreté. Deux-tiers des richesses mondiales sont détenues par le top 1 %. Et l’écart se creuse.

Pendant ce temps, la crise climatique prend de l’ampleur et frappe les plus vulnérables en premier. Et de plus en plus fort. Le risque de réchauffement jusqu’à +5° est réel. Les migrations climatiques vont doubler d’ici 2050. La biodiversité est décimée.

Les pansements humanitaires sont indispensables mais ils ne suffisent pas. C’est à la racine qu’il faut combattre les maux du monde. Afin que les mêmes symptômes ne réapparaissent pas indéfiniment. « Changer le système »… facile à dire. Mais changer quoi, exactement ? Et comment ?

Tirons des enseignements du passage à l’échelle des projets à impact aux quatre coins du monde, et des freins rencontrés. Définissons une approche systémique de la solidarité internationale, qui met les logiques entrepreneuriales au profit des plus vulnérables et de la planète.

Elle repose sur les 5 moteurs du changement systémique. Pour les optimistes, ils sont autant de leviers d’impact positif démultiplié.

A nous de jouer pour accélérer, collectivement !

La mesure d’impact doit être la boussole du passage à l’échelle des entreprises

Les solutions existent.
Elles ne sont pas théoriques.

Elles sont éprouvées depuis 40 ans par le Groupe SOS dans 50 pays d’intervention. Il est urgent de les passer à l’échelle !

La transition économique requiert de prioriser massivement les investissements à impact

5 propositions

1 – Créer les écosystèmes favorables au développement de l’Économie Sociale et Solidaire dans les pays qui n’en sont pas dotés.

2 – Accompagner les entrepreneurs vers l’impact en généralisant la mesure d’impact social et environnemental.

3 – Orienter les investissements solidaires et durables en priorité vers les entrepreneurs à impact des pays vulnérables.

4 – Œuvrer à l’autonomisation des organisations de la société civile des pays vulnérables, en leur réservant la mise en œuvre des projets sur leurs territoires et en orientant les ONG internationales vers un rôle d’accompagnement.

5 – Systématiser l’engagement par le Volontariat d’entreprise en l’ouvrant à tous les actifs au cours de leur carrière.

Le changement systémique c’est aussi permettre l’engagement des 8 milliards de citoyens, de consommateurs et de bénévoles en devenir

Tims : des ressources en ligne pour une mobilité durable et inclusive

Les porteurs du programme national Tims lancent le premier site web de référence sur la mobilité durable et inclusive. Centre de ressources, cette nouvelle plateforme est le fruit d’un travail collaboratif qui vise à développer et professionnaliser le secteur de la mobilité durable et inclusive en France.

Un site de référence sur la mobilité durable et inclusive

L’objectif de ce site, élaboré en partenariat, est de centraliser informations et ressources expertes sur la mobilité durable et inclusive pour favoriser la montée en compétences des professionnels et des acteurs des territoires. 

Pour s’informer et se former, il propose ainsi des interviews d’experts, des décryptages, des retours d’expérience et recense des ressources, des webinaires et les événements dédiés à la mobilité durable et inclusive.

Dans le Finistère, l’association Don Bosco lutte contre l’autosolisme

Il fait également la part belle aux initiatives de terrain, avec une carte des projets menés dans les territoires. 

Partout en France, des initiatives en faveur de la mobilité durable et inclusive voient le jour. Que ce soit dans le cadre du programme Tims ou impulsées localement, les acteurs locaux, structures d’insertion, et collectivités locales travaillent main dans la main pour couvrir peu à peu le territoire français et permettre une mobilité durable accessible à tous.

> Voir toutes les initiatives

Nouvel outil de référence pour les professionnels de la mobilité, les acteurs institutionnels, les collectivités locales, les acteurs de la transition écologique, il permet à tous publics de disposer d’informations et de ressources fiables sur ce secteur en développement. 

La mobilité durable et inclusive résulte du rapprochement du secteur de la mobilité durable (autopartage, transports en commun, etc.) et de celui de la mobilité inclusive (vélo-écoles solidaire, transport d’utilité sociale…) pour répondre aux enjeux sociaux, économiques et environnementaux.


Mobilité inclusive

La mobilité est une clef de l’insertion professionnelle et sociale, c’est la liberté de choisir son quotidien et son avenir. L’efficience et la qualité des services de mobilité sont des leviers essentiels de réduction des inégalités. Afin que chacun puisse accéder à une mobilité adaptée à ses besoins, le Groupe SOS propose de repenser notre manière de concevoir la mobilité.


Tims : zoom sur le projet local de l’ALEC de Montpellier

Un site développé dans le cadre du programme Tims

C’est dans le cadre du programme Tims – pour une mobilité durable et inclusive – que ce site web de référence a pu être imaginé, développé et mis en ligne, par les quatre porteurs nationaux du programme :  le réseau Cler, le Réseau Mob’inles acteurs territoriaux de la mobilité inclusive, Auvergne-Rhône-Alpes Energie Environnement (AURA-EE) et le Réseau des Agences Régionales de l’Énergie et de l’Environnement

“L’information et la formation des professionnels et des acteurs des territoires est un enjeu clé pour développer et professionnaliser le secteur. Notre ambition est de faire de ce centre de ressources un site de référence pour ces publics, et même au-delà !” 

Soazig Rouillard, coordinatrice du programme Tims

Le programme Tims en bref

Tims est un programme qui vise à développer la mobilité durable et inclusive en France. Il ambitionne de réaliser des économies d’énergie en encourageant des modes de mobilités plus sobres. Pour une transition juste, l’objectif est de permettre à tous, en particulier les personnes en précarité-mobilité, d’accéder aux services essentiels et d’exercer pleinement leurs droits fondamentaux


L’appropriation stratégique de la sobriété par les entreprises

Face à une crise énergétique exacerbée et à un besoin accru de pratiques durables, ORÉE présente son rapport sur « L’appropriation stratégique de la sobriété par les entreprises », réalisé en partenariat avec le CGDD et la DGEC. Élaboré à partir des pratiques de soixante entreprises, ce rapport explore les étapes clés, retours d’expériences et recommandations précises pour la sobriété énergétique des bâtiments, les mobilités professionnelles et la sobriété matière.

Schéma récapitulatif des règlementations et facteurs incitatifs à la diminution des consommations de matières et d’énergie. Source : ORÉE

Ce document illustre comment les entreprises peuvent réduire leur empreinte écologique tout en améliorant leur résilience à travers des pratiques telles que le juste dimensionnement des équipements, la réduction des déplacements professionnels, la rénovation énergétique des infrastructures et la réduction de la consommation des ressources.

« La sobriété : une priorité désormais reconnue … et c’est une bonne nouvelle ! »

Thomas LESUEUR
Commissaire Général au Développement Durable

En octobre 2022, la Première ministre Élisabeth Borne lançait le plan de sobriété en déclarant que « la sobriété est là pour s’installer. C’est une opportunité, pour nous, comme pour notre société ». Renouvelant le concept même de sobriété, elle en faisait une véritable priorité politique qui « n’est pas produire moins et faire le choix de la décroissance, [mais bien] éviter les consommations inutiles et ne pas consommer tous au même moment »

Décomposition des émissions globales de GES dans le secteur résidentiel

La sobriété dépasse le seul volet de la baisse des consommations liée aux évolutions d’usages et implique des changements des modes de production et de consommation, un questionnement continu des besoins énergétiques et des matières, voire des évolutions des modèles d’affaires.

Le concept de sobriété intègre désormais la stratégie générale de l’entreprise, parce qu’il rejoint les enjeux de décarbonation et de transition énergétique, et qu’il constitue une ressource clé pour déployer une stratégie de transition écologique dans toutes ses dimensions.

Si les entreprises travaillent depuis des années à une meilleure gestion de leurs consommations, la mise en œuvre opérationnelle de la notion de sobriété s’est accélérée en raison du contexte géopolitique et économique actuel.

Quantités de textiles, linge de maison et chaussures mis sur le marché chaque année en France (en tonnes)

une démarche de sobriété constitue pour les entreprises une opportunité de devenir plus compétitives.

Patricia SAVIN
Présidente d’ORÉE

À l’heure où les limites planétaires ont des effets significatifs sur la rentabilité économique des entreprises (raréfaction des matières et hausse des coûts d’approvisionnements), se lancer dans une démarche de sobriété constitue pour celles-ci une opportunité de devenir plus compétitives.

Au niveau européen, le Green Deal encourage l’efficacité énergétique et la réduction des Gaz à Effets de Serre (GES) depuis 2019. Dans sa continuité, la Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD), entrée en vigueur le 1e janvier 2024, renforce le suivi et la responsabilité des entreprises en matière de durabilité avec une obligation de transparence sur les risques qu’elles font encourir à leur environnement et auxquels elles sont exposées.

Aperçu des gisements d’économies d’énergies possibles grâce aux actions du plan de sobriété énergétique
50 TWh (térawatt-heure) peuvent être économisés en un an grâce à plusieurs gestes réalisables à court terme en France. Le plus grand gisement d’économie est la réduction des températures à 19°C dans les logements et dans le secteur tertiaire.

En France, la sobriété est explicitement mentionnée et intégrée dans la Loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015, dans le dernier rapport du GIEC de 2022 et est inscrite dans un plan de sobriété énergétique lancé cette même année.

Ce dernier vise à répondre aux objectifs de diminution de 40 % des consommations d’énergie d’ici à 2050 et à porter la sobriété comme facteur clé de transition énergétique et écologique, induits notamment par la décarbonation et l’anti-gaspillage.

Graphique tiré des réponses à l’enquête réalisée auprès des entreprises

Pour les entreprises, l’énergie consommée est devenue un enjeu important, en termes de compétitivité, et la sobriété énergétique une opportunité de performance écologique et économique.

Diane SIMIU
Directrice du climat, de l’efficacité énergétique et de l’air
à la Direction générale de l’énergie et du climat

Divers chemins peuvent être empruntés pour changer les pratiques internes d’une organisation, allant de la diminution des consommations au changement de modèle économique, en plaçant la question du besoin au centre des réflexions.

Résumé

Graphique tiré des réponses à l’enquête réalisée auprès des entreprises

La crise énergétique née du conflit ukrainien et des effets prix de l’énergie qui en ont découlé, ainsi que de la disponibilité amoindrie du parc nucléaire français à l’hiver 2022, a entraîné un re-questionnement des stratégies des entreprises de tous les secteurs, devant être plus résilientes pour être plus durables.

Au-delà des situations de crise et des attentes règlementaires, la sobriété s’est imposée comme une démarche incontournable pour garantir le fonctionnement pérenne des entreprises, à la fois plus durables, adaptables et efficientes, dans un paysage économique en évolution continue.

Les différents paliers pour mieux situer son positionnement dans sa démarche de sobriété

Le présent rapport, rédigé par ORÉE à la demande du Commissariat Général au Développement Durable (CGDD), a pour vocation de servir de guide aux entreprises pour la mise en œuvre opérationnelle de la sobriété. Grâce à la contribution et aux témoignages d’une soixantaine d’entreprises, de véritables retours d’expériences ont pu être formalisés, et ont permis de mettre en lumière des bonnes pratiques sur trois axes spécifiques : la sobriété énergétique des bâtiments et des locaux professionnels, les mobilités professionnelles et la sobriété des matières.

Stratégies et scénarios présentés par Négawatt lors du Groupe de Travail sobriété

Devenant un axe stratégique fort, une démarche de sobriété doit s’appuyer sur un engagement ferme de la gouvernance de l’organisation avec la définition d’objectifs précis et la mise en place de plans d’actions adaptés pour bénéficier de résultats chiffrables et objectivables.

Elle nécessite également un changement de paradigme dans la manière dont les entreprises conçoivent leurs produits, leurs services et leurs opérations. Centrées sur la réduction des consommations énergétiques et des ressources, sur l’optimisation des processus et de plus en plus souvent sur un questionnement des besoins, les actions dans la conception, la production, la commercialisation et l’ensemble des usages professionnels sont nombreuses.

Graphique tiré des réponses à l’enquête réalisée auprès des entreprises

L’étude a montré que pour les bâtiments, locaux et installations physiques, le dimensionnement approprié des équipements, la régulation des températures et l’investissement dans la rénovation énergétique des infrastructures sont privilégiés.

Dans le domaine de la mobilité, les entreprises cherchent à réduire les déplacements professionnels non nécessaires, y compris par le télétravail, à favoriser les transports en commun et les mobilités douces.

La sobriété matière, quant à elle, consiste d’abord à réduire la consommation des ressources. Cela englobe les pratiques telles que le réemploi, l’éco-conception des produits pour prolonger leur durée de
vie ou le recyclage pour valoriser les déchets.

Graphique tiré des réponses à l’enquête réalisée auprès des entreprises

Certaines entreprises vont plus loin et se posent la question d’un changement ou d’une diversification des modèles économiques, aujourd’hui essentiellement basés sur des volumes.


Pour s’assurer de l’efficacité de leurs stratégies de sobriété, les entreprises mettent en place des systèmes de mesure et de suivi adaptés pour quantifier les progrès réalisés. La transparence dans la communication de ces performances, à travers des rapports RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises) par exemple, renforce la crédibilité des engagements des entreprises et favorise la confiance des parties prenantes.

Schéma récapitulatif des axes de sobriété sur la chaine de valeur

Ces initiatives contribuent également à sensibiliser et à mobiliser les chaînes de valeur. En effet, une démarche de sobriété se veut systémique et nécessite donc d’impliquer l’ensemble de son écosystème, du fournisseur au consommateur.

Les étapes pour établir un plan d’action

Les recommandations formulées par ce rapport visent à accompagner les entreprises dans l’implémentation de pratiques sobres, comme gage de pérennité à moyen et long terme en renforçant leur positionnement sur le marché et en leur permettant de contribuer efficacement à la transition
écologique

Graphique tiré des réponses à l’enquête réalisée auprès des entreprises

Le Kazakhstan et les États-Unis s’activent pour sauver la mer d’Aral

Depuis plusieurs décennies, la mer d’Aral est synonyme de catastrophe écologique, ayant perdu plus de 90 % de sa surface d’origine en quelques décennies. Pourtant, un espoir renaît grâce à l’engagement du Kazakhstan et à un partenariat international avec les États-Unis. Ce duo ambitieux œuvre pour redonner vie à ce joyau naturel autrefois florissant.

Le Kazakhstan préside le fond international pour le sauvetage de la mer d’Aral

Depuis janvier 2024, le Kazakhstan préside le Fonds international pour le sauvetage de la mer d’Aral (IFAS). Pour Astana, l’objectif est clair : renforcer les partenariats avec les États d’Asie centrale et les organisations internationales pour aborder les défis liés à ce réservoir d’eau autrefois indissociable de l’Asie centrale.

Cette mer, autrefois le quatrième plus grand lac du monde, est aujourd’hui un symbole de la folie des hommes. L’irrigation intensive mise en place sous l’Union soviétique a privé l’étendue d’eau — située sur la frontière entre le Kazakhstan et l’Ouzbékistan — de ses affluents. Depuis plusieurs années, les initiatives locales se multiplient pour tenter de redonner vie à la mer d’Aral et tentant d’atténuer l’impact pour les populations locales, particulièrement touchée par l’effondrement de l’industrie de la pêche.

En collaboration avec le Kirghizistan, le Tadjikistan, le Turkménistan et l’Ouzbékistan, le Kazakhstan a ainsi mis sur pied un vaste programme de « prévision hydrogéologique » afin suivre et de mesurer les flux d’eau et la consommation de toutes ces nations. Le but ? Évaluer les besoins des différentes nations et suivre l’évolution des cours d’eau, condition indispensable pour orienter à nouveau une partie des flux vers la mer d’Aral. 

Un renforcement des institutions de gestion des ressources en eau régionales, qui a d’ailleurs été mis en place en collaboration avec le programme eau-énergie de la Banque mondiale.

La structure organisationnelle de l’IFAS – International Fund for Saving the Aral Sea

Le Kazakhstan a réussi à convaincre les États-Unis de s’impliquer dans le sauvetage de la mer d’Aral

C’est dans ce contexte, en avril dernier, que le Kazakhstan a persuadé les États-Unis de s’investir dans la restauration de la mer d’Aral par le biais de l’USAID. 

Le projet « Oasis », qui se concentre dans le la région de Kyzylorda au sud du Kazakhstan, vise à restaurer l’environnement de l’ancienne mer d’Aral : avec un budget de 1,35 million de dollars, ce vaste plan americano-kazakhstanais soutient la plantation de saxaouls — un arbuste typique de l’Asie centrale — pour stabiliser le paysage désertique et prévenir les tempêtes de sable. Ces arbres robustes, capables de stabiliser jusqu’à quatre tonnes de sable, sont essentiels pour contrer les tempêtes de sable et de poussière dans la région. Selon les spécialistes, le taux de survie des arbres plantés atteint 78 %, un chiffre prometteur qui dépasse les attentes initiales.

Patrick Schneider – Mer d’Aral

En jugulant le désert, Astana et Washington espèrent faciliter la réapparition de l’étendue d’eau. D’ailleurs, le directeur de l’Exécutif de l’IFAS, Serikaliy Mukataev, a souligné l’importance du soutien de l’USAID pour atténuer les impacts de ce redoutable désert, « le plus jeune du monde » selon ses mots. Il a noté que seuls la moitié des 2,2 millions d’hectares de l’ancien fond marin de l’Aral sont propices à la plantation, rendant le projet Oasis crucial pour l’amélioration environnementale de la région.

En combinant une meilleure gestion des ressources hydriques de toute la région et une politique de reforestation pour juguler l’avancée du désert, États, Institutions internationales et ONG espèrent redonner vie à la mer d’Aral, l’historique oasis des routes de la soie.

Guide pratique du RESES pour faire éclore la biodiversité sur les campus étudiants

Le 22 mai est la journée internationale de la diversité biologique. L’occasion de s’intéresser à la richesse des espèces végétales et animales de notre planète. Avec 2 millions d’espèces inventoriées et 6 à 18 millions restant encore à découvrir, il y a de quoi faire ! Le RESES réédite son guide pratique pour remettre la biodiversité au cœur du monde étudiants et faire éclore des campus verts et vivants.

“La planète va mal !”

Les émissions de gaz à effet de serre explosent, la planète se
réchauffe, Le climat perd la boule.

Stacy Algrain, fondatrice du média “La Corneille” dédié entièrement au vivant

La question environnementale se retrouve souvent résumée au dérèglement climatique, éclipsant l’érosion de la biodiversité. Plus encore que le climat, l’Humanité a déréglé les mécanismes complexes du vivant, nature, faune et flore, à la base des écosystèmes, au risque de provoquer ce que les scientifiques qualifient de 6ème extinction de masse.

Tout comme notre espèce s’est mobilisée pour faire du climat un enjeu du débat public, nous pouvons réitérer cette performance pour les enjeux de biodiversité.

[Gilles Bœuf] L’humain dans la biodiversité


Avec la vision systémique, la rigueur scientifique, la connaissance des naturalistes, ces émotions qui font se mouvoir celles et ceux qui se soulèvent, un sentiment de responsabilité, d’humilité et de justice, il est possible de “Raviver les braises du vivant !

Baptiste Morizot

La biodiversité, de quoi parle-t-on ?

Les 3 échelles de la biodiversité

D’où vient ce mot ?
C’est un raccourci de
« biologie »
et
« diversité ».

Le terme de “biodiversité” est défini en 1992 par la Convention sur la diversité biologique des Nations Unies. Il s’agit d’un mot-valise visant à mettre en avant la diversité de toutes les formes du vivant :

  • Diversité écosystémique : C’est la diversité des écosystèmes1, qui sont les milieux de vie.
  • Diversité spécifique : C’est la diversité des espèces existant sur la planète.
  • Diversité génétique : C’est la diversité des individus au sein des espèces.
Un écosystème

Nature, vivant et biodiversité : quelle différence ?

Le terme “nature” peut être trompeur puisqu’il semble …

  • Exclure l’être humain, qui appartient pourtant à la nature.
  • Être l’opposition de la culture alors que rares sont les endroits vierges de toute intervention humaine. Par exemple, les espaces de la planète considérés comme sauvages (tels que l’Amazonie ou le Serengeti) ont en réalité été façonnés et protégés par les peuples autochtones.

La biodiversité est la …

fraction vivante de la nature dans toute sa complexité

Gilles Bœuf, biologiste français
  • La nature est un terme qui rassemble le vivant, le minéral, l’environnement.
  • Le vivant correspond littéralement à ce qui vit, à ce qui est commun à l’ensemble des organismes.
  • La biodiversité est la diversité des formes du vivant.

La crise de la biodiversité

Dans son rapport de 2019, l’IPBES2 (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur
la biodiversité et les services écosystémiques) nous dit que « La nature décline globalement à un rythme sans précédent dans l’histoire humaine et le taux d’extinction des espèces s’accélère, provoquant dès à présent des effets graves sur les populations humaines du monde entier.« 

Cet effondrement s’observe au niveau du nombre d’espèces (des espèces entières sont menacées d’extinction), mais aussi au sein des espèces avec un déclin de l’abondance3 d’individus au sein d’une espèce.

La crise actuelle est particulière du fait de la vitesse d’extinction qui est 100 à 1000 fois plus rapide
que celle des crises passées.

Tout comme pour le dérèglement climatique, les humains sont responsables de l’effondrement de la biodiversité. C’est pour cela que l’on parle d’Anthropocène4, terme qui désigne une nouvelle ère géologique dans laquelle les actions humaines sont les principales forces de changements sur Terre.
Certains parlent également de Capitalocène, un concept qui sous-entend que c’est le capitalisme en tant que système économique et organisation sociale qui est principalement responsable des dérèglements environnementaux actuels, et non l’humanité toute entière.

[Pierre-Henri Gouyon] Effondrement de la biodiversité : pourquoi on a tout faux !

L’enjeu est de rendre visible que toutes les formes de vie sont elles aussi, depuis toujours, non pas un décor pour nos tribulations humaines, mais les habitants de plein droit du monde.

Manières d’être vivant, Baptiste Morizot, Actes Sud

 » La microfaune des sols fait, littéralement, les forêts et les champs. Les forêts et la vie végétale
des océans fabriquent l’atmosphère respirable
qui nous accueille. Les pollinisateurs font ce que nous appelons le “printemps” : c’est leur action bourdonnante, invisible et planétaire, qui appelle chaque année au monde, à la sortie de l’hiver, les fleurs, les fruits, les dons de la terre et leur retour immémorial. Les abeilles, bourdons et oiseaux fabriquent cette saison dans ce qu’elle a de vivant. »

Le lien avec le milieu étudiant

Qu’ils soient situés en milieu urbain, péri-urbain ou rural, les campus sont avant tout des lieux de vie, qui s’intègrent dans des territoires plus vastes. Ils pourraient devenir des lieux propices à la biodiversité végétale et animale, afin de lutter contre la destruction des espaces naturels.

Les campus pourraient même devenir de véritables sanctuaires pour la biodiversité, car les
établissements de l’enseignement supérieur sont moins menacés par la pression urbaine extérieure et les
promoteurs immobiliers.

Le monde étudiant a un rôle clef à jouer, pour transformer les campus en espaces verts et vivants.
La présence de biodiversité sur les campus a par ailleurs de multiples bénéfices :

– L’amélioration de la santé mentale des étudiant·es
– La création d’espaces de rencontres
– La garantie d’accès à des espaces verts pour des personnes plus éloignées de la nature
– Et l’augmentation de l’attractivité des
établissements.

Les multiples raisons de rendre les campus verts et vivants

Agir en faveur de la biodiversité n’est pas toujours la priorité sur les campus, car l’accent est souvent mis sur la transition bas carbone des établissements. Or, laisser la biodiversité s’y installer présente des intérêts non négligeables !

I. Protéger la faune, la flore et la fonge : La destruction des habitats étant la première cause d’érosion de la faune, de la flore et de la fonge5, insérer de la biodiversité sur le campus permet de recréer des habitats et d’offrir gîte et couvert aux différentes espèces.

II. Sensibiliser les usagers : Avoir de la biodiversité sur les campus permet la sensibilisation des
usagers. En effet, la nature présente sur le campus va permettre d’amplifier leur attention à l’égard du vivant.

La méconnaissance de la biodiversité et de ses enjeux est un des freins principaux à sa prise en compte à tous les niveaux : du comportement quotidien du citoyen aux décisions de politique publique.

Source : Guide de bonnes pratiques Sciences participatives et biodiversité, décembre 2016

III. Améliorer la santé mentale des étudiants : De nombreuses études prouvent que par sa présence, la nature diminue le stress et la fatigue mentale et que la relation avec elle participe à l’amélioration du bien être mental.

IV. Améliorer le cadre de travail et d’apprentissage : Les campus sont des lieux sur lesquels enseignent, apprennent, travaillent et se rencontrent différents usagers et usagères. La biodiversité apporte des bénéfices quant à la qualité de vie et d’étude de ces personnes.

Source : L. BOURDEAU-LEPAGE, « De l’intérêt pour la nature en ville, cadre de vie, santé et aménagement urbain », décembre 2019

V. Participer à l’exemplarité et l’attractivité de l’établissement : Depuis la loi de 2009 de programmation relative à la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement, les établissements
d’enseignement supérieur ont l’obligation de mettre en place une démarche de développement durable à travers la création d’un Plan Vert. Or, parmi les axes du référentiel DD&RS qui évalue les actions menées, se retrouve le développement d’une politique en faveur de la biodiversité consistant à « mettre en place une gestion durable et agir en faveur de la biodiversité sur les sites de l’établissement ».
Le Plan climat-biodiversité et transition écologique de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (juin 2023) a pour objectif l’inscription des enjeux de la transition écologique au cœur des stratégies d’établissements. L’enseignement supérieur est un acteur qui doit contribuer à la réalisation des
engagements climat et biodiversité pris par la France.

Un établissement qui se veut exemplaire dans une démarche de développement durable doit intégrer la biodiversité sur son campus.

J’agis sur mon campus – Fiches actions

  • J’installe un compost
  • Je donne à boire et à manger aux oiseaux pendant les grands froids
  • Je mets en place un jardin partagé, sauvage ou cultivé
  • J’organise une sortie d’observation de la nature
  • J’organise un inventaire de la biodiversité
  • Je lutte contre la pollution lumineuse
  • J’organise ou je participe à un chantier nature
  • Je fais du plaidoyer pour faire évoluer la gestion des espaces verts
  • J’organise un événement de sensibilisation
  1. Ensemble d’êtres vivants (végétaux, animaux, champignons, micro-organismes…) qui vivent en interaction
    (entraide, protection ou prédation) dans et avec un milieu spécifique. ↩︎
  2. Organisme intergouvernemental qui fournit aux décideurs des expertises validées par la communauté
    scientifique et prenant en compte l’ensemble des connaissances disponibles sur la biodiversité. L’IPBES
    (plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) est l’équivalent du GIEC pour la biodiversité. ↩︎
  3. Diminution du nombre d’individus constitutifs d’une espèce. ↩︎
  4. Nouvelle ère géologique dans laquelle les humain·es sont la principale force de transformation. ↩︎
  5. Ensemble des champignons d’un même territoire. ↩︎

Montée des eaux : l’urgence de solutions fondées sur la nature pour le bassin méditerranéen

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Une équipe de scientifiques publie de nouveaux résultats dans Conservation Biology, sur l’impact des changements climatiques à venir sur la biodiversité du bassin méditerranéen. L’Université de Bretagne rappellent l’urgence de développer les solutions fondées sur la nature sur les littoraux du bassin méditerranéen pour faire face à la montées des eaux.

De fortes vagues s’écrasent contre les digues du port des Sables-d’Olonne, dans l’ouest de la France. Jean-Sébastien Evrard / AFP

Montée des eaux : sur les littoraux, l’urgence de développer les solutions fondées sur la nature

Par Mouncef Sedrati, Université Bretagne Sud; Glen Bulot, Université Bretagne Sud; Laura Dalour, Université Bretagne Sud et Noé Metge, Université Bretagne Sud

L’expression « solutions fondées sur la nature » (SFN) est apparue dans les années 2000, notamment lorsque les grandes organisations internationales, telles que l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et la Banque mondiale, ont cherché des solutions pour travailler avec les écosystèmes pour s’adapter aux effets du changement climatique.

L’UICN définit les SFN comme des « actions visant à protéger, gérer durablement et restaurer les écosystèmes naturels et modifiés, qui répondent aux défis de la société de manière efficace et adaptative tout en bénéficiant aux personnes et à la nature ».

Au cours de la dernière décennie, le concept des SFN semble surtout avoir été appliqué à des environnements terrestres, en particulier urbains, malgré l’abondance des possibilités qu’offrent les écosystèmes marins et côtiers, notamment pour la protection des côtes.

Changement climatique et gestion côtière

Traditionnellement, la protection des côtes reposait sur les méthodes de protection conventionnelles (digues, épis, brise-lames, enrochements) pour se défendre contre la mer. Face au changement climatique et ses effets associés – élévation du niveau de la mer, événements climatiques plus fréquents et plus extrêmes – ces types d’ouvrages ne suffisent plus : ils ne constituent qu’une solution temporaire et les coûts d’entretien pourraient devenir irréalisables.

Dans ce contexte combiné à celui d’une conscience accrue vis-à-vis de la biodiversité, une évolution progressive s’est opérée vers des solutions d’abord plus douces – avec le développement de l’ingénierie écologique (pieux hydrauliques, épis en bois, géotextiles, rechargement du profil de plage, etc.) – et plus récemment vers des solutions fondées sur la nature.

Dunes, marais salants ou herbiers sous-marins

Sur le littoral, les SFN s’appuient sur les services écosystémiques des écosystèmes côtiers tels que les dunes, les marais salants, les herbiers sous-marins ou encore les mangroves afin de réduire les risques d’érosion et de submersions.

Illustration de solutions fondées sur la nature (Grande Plage de Gâvres, Morbihan, photos prises avant (2018) et après (2022) l’installation de casiers de ganivelles pour la régénération dunaire). Laboratoire GEO-OCEAN UBS

Parmi leurs nombreux avantages, ils offrent une protection naturelle contre les inondations et les tempêtes en atténuant l’énergie des vagues et en stabilisant les sédiments par la végétation.

La réduction de la hauteur des vagues par les marais maritimes a par exemple été estimée à 72 %. Les écosystèmes côtiers bénéficient aussi beaucoup à la biodiversité en fournissant des habitats qui peuvent servir de nurserie, de nidification ou de sources de nourriture pour la faune.

Des solutions adaptables

De même, la capacité de stockage du carbone des habitats côtiers végétalisés, en particulier les marais maritimes et les mangroves, peut contribuer dans un sens à l’effort global de réduction des émissions des gaz à effet de serre, ce qui représente un moyen essentiel pour aider à atténuer les effets du changement climatique.

Contrairement aux solutions traditionnelles, les SFN peuvent évoluer avec la montée du niveau de la mer ou, si nécessaire, être facilement adaptées. Il existe différentes approches pour gérer ces écosystèmes côtiers et marins qui peuvent constituer la base des SFN, comme les aires marines protégées, les outils de gestion durable et les projets de restauration et/ou de préservation – par exemple, le projet Adapto en France.

Des formes de conceptions « hybrides » peuvent également être envisagées, en combinaison avec des solutions d’ingénieries plus classiques.

De nombreux freins à leur développement

Si leur déploiement s’est accéléré dans le monde, de nombreux freins subsistent pour qu’elles soient généralisées.

Concept plutôt « récent », les SFN littorales ne sont pas encore aussi bien comprises que les ouvrages conventionnels : l’insuffisance de retours d’expériences, de suivis et de rapports d’évaluation requiert que scientifiques et académiques approfondissent les connaissances et évaluent leur performance avec davantage de projets. Les investissements, point clé pour la mise en place et la pérennité de ce type de projets, font également défaut. Rares sont, à ce stade, les sources de financement qui sont spécifiquement dédiées aux SFN pour les littoraux.

Enfin, la définition des SFN semble engendrer des confusions. « Infrastructure naturelle », « infrastructure verte », « adaptation et atténuation basées sur les écosystèmes », « travail avec la nature » etc. Une panoplie de principes et de termes peuvent être associés aux SFN, ce qui rend la notion vague pour les communautés scientifiques, politiques et citoyennes. Une harmonisation claire permettrait une meilleure communication entre les acteurs.

Cette confusion se reflète dans les accords internationaux et les réglementations. La mention de SFN peut varier d’un instrument à l’autre et entre les pays, et la question des SFN de manière large n’est parfois abordée qu’indirectement, en insistant sur le fait que l’adaptation contribue à la protection des écosystèmes mais sans faire une référence directe au terme « solution fondée sur la nature », à l’exemple de l’article 7 de l’accord de Paris. Comme le précise le rapport de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique sur le sujet, les politiques existantes et outils actuels nécessitent des changements et devraient être davantage utilisés pour renforcer l’application des SFN.

Défis à venir

Il est également essentiel de mettre l’accent sur l’amélioration des connaissances et la sensibilisation des jeunes. Le concept de SFN demeure plutôt absent dans les programmes d’éducation et dans les études supérieures, il s’agit donc de les intégrer dans le futur. Connaissances scientifiques et locales devraient aussi être partagées au sein de groupes de travail dédiés à la thématique entre les chercheurs.

Les solutions fondées sur la nature (SFN) représentent sans aucun doute une opportunité pour répondre au défi sociétal du changement climatique, tout en permettant la préservation de la biodiversité et la réduction des risques littoraux.

La collaboration entre les différents acteurs du littoral et les projets d’expérimentaux doit toutefois être renforcée pour donner à ces stratégies de plus grandes chances d’être intégrées aux politiques d’adaptation.


Cet article est rédigé dans le cadre du projet Adalitt-Breizh, porté par le Laboratoire Geo-Ocean de l’Université Bretagne Sud et co-financé par l’Union européenne (FEDER Région Bretagne).

Mouncef Sedrati, Enseignant-chercheur en géomorphologie littorale et géologie marine, Université Bretagne Sud ; Glen Bulot, Chargé de mission pour l’Observatoire Citoyen du Littoral Morbihannais, Université Bretagne Sud; Laura Dalour, Ingénieure et chargée de mission pour l’Observatoire Citoyen du Littoral Morbihannais, Université Bretagne Sud et Noé Metge, Chargé de mission OCLM Sciences participatives, Université Bretagne Sud

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


La hausse du niveau marin : une menace pour les zones humides méditerranéennes

Une équipe de scientifiques1 publie de nouveaux résultats dans Conservation Biology, sur l’impact des changements climatiques à venir sur la biodiversité du bassin méditerranéen.

L’étude s’intéresse à 938 zones humides côtières de 8 pays du pourtour méditerranéen importantes pour l’hivernage des oiseaux d’eau. Elle évalue le risque de submersion marine pour ces zones humides, selon différents scénarios de hausse du niveau marin à l’horizon 2100 du Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC), afin de localiser les plus menacées par la montée de la mer où mettre en place des mesures d’adaptation en priorité. Les chercheurs ont ainsi pu mettre en évidence les risques importants qui pèsent sur ces milieux à fort enjeu de conservation de la biodiversité et plus particulièrement sur les oiseaux d’eau qui en dépendent fortement.

La montée des eaux en Méditerranée menace fortement les oiseaux


Plus de 320 zones humides côtières (soit près d’un tiers de celles étudiées) sont menacées par la hausse du niveau marin à venir, y compris dans les scénarios climatiques les plus optimistes. Parmi les plus exposées au risque de submersion marine, figurent les zones humides considérées comme d’importance internationale pour les oiseaux d’eau et celles bénéficiant d’un statut de protection. Le Parc naturel régional de Camargue, qui abrite la plus grande zone humide française, pourrait par exemple subir la submersion d’une surface de terres équivalente à quatre fois la superficie de Paris. Parmi les espèces les plus à risques, on retrouve notamment des oiseaux des lagunes côtières tels que l’emblématique Flamant rose (Phoenicopterus roseus).

Carte des zones humides côtières d’importance pour les oiseaux d’eau menacées par la submersion marine selon le scénario futur de hausse du niveau marin le plus pessimiste (+ 161 cm). © Fabien Verniest


Les résultats de cette étude soulignent l’urgence de lutter contre le changement climatique et d’élaborer des stratégies d’adaptation à la hausse du niveau marin limitant son impact sur la biodiversité. Ces deux défis peuvent être relevés par la mise en œuvre de Solutions fondées sur la Nature, telles que la restauration des zones humides côtières


Référence :
Verniest, F., Galewski, T., Boutron, O., Dami, L., Defos du Rau, P., Guelmami, A., Julliard, R., Popoff, N., Suet, M., … & Le Viol, I. (2024). Exposure of wetlands important for nonbreeding waterbirds to sea-level rise in the Mediterranean. Conservation Biology. DOI : https://doi.org/10.1111/cobi.14288

Fabien Verniest a remporté le 7 mai le deuxième prix ex æquo de thèse du ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires. Il s’agissait de la première édition de ce prix créé à l’occasion de la Fête de la science pour renforcer les liens entre le monde scientifique et l’administration au bénéfice de l’action publique, et récompenser l’excellence de travaux en la matière. Les travaux de Fabien Verniest portent sur les apports des méthodes d’évaluation de l’exposition aux changements climatiques et d’usage des sols à la planification des aires protégées et se penchent sur le cas des oiseaux d’eau hivernant en Méditerranée. Une partie de ces recherches font l’objet de cette publication scientifique Exposure of wetlands important for nonbreeding waterbirds to sea-level rise in the Mediterranean dont Fabien Verniest est le premier auteur.


  1. Équipe coordonnée par le Centre d’Écologie et des Sciences de la Conservation (Muséum national d’Histoire naturelle, CNRS, Sorbonne Université) et l’institut de recherche pour la conservation des
    zones humides méditerranéennes de la Tour du Valat ↩︎

Pour sauver le Pacte Vert européen, mobilisation générale !

Alors que les attaques continuent contre le Pacte vert à l’approche des élections européennes, états, entreprises et ONG se mobilisent pour sauver un paquet législatif essentiel pour atteindre la neutralité carbone et restaurer les écosystèmes naturels. Tour d’horizon avec Novethic et La Croix

Près de 150 ONG européennes ont écrit une lettre ouverte aux dirigeants européens le 13 mai dans laquelle elles s’inquiètent du “démantèlement des mesures vertes” au sein de l’UE. “Certains politiciens dans les capitales européennes, et dans les institutions de l’UE à Bruxelles, accélèrent les crises de la nature et du climat, risquant les vies des personnes qu’ils représentent”, met en garde le courrier, signé notamment par Les Amis de la Terre, Greenpeace, le WWF, ou France Nature Environnement. “Nous vous exhortons à arrêter avant qu’il ne soit trop tard”, lancent les organisations.

Mardi 14 mai, dans une lettre commune initiée par l’Irlande, 11 pays dont la France, ont appelé à débloquer la législation du Pacte vert sur la restauration de la nature, qui a été retirée faute de majorité, lors de la réunion des ministres de l’Environnement le 17 juin prochain. “Une telle ratification serait à la hauteur de l’engagement de faire (de l’UE) un leader mondial dans la restauration de la nature et d’adhérer à l’ambition définie” par la COP15 Biodiversité de Montréal de 2022, indique le courrier.

Le Bureau européen de l’environnement (BEE), qui fédère 180 organisations environnementales, a élaboré un “Pacte européen pour l’avenir” qui pourrait succéder au Pacte vert. Il allie transition écologique et transition juste. Alors que les débats actuels se focalisent sur le Pacte de compétitivité et que l’agenda stratégique européen des cinq prochaines années semblent avoir mis de côté la dimension environnementale, la secrétaire générale du BEE Patrizia Heidegger, appelle à ne pas “revenir au vieux réflexe d’opposer la prospérité économique à l’action environnementale et climatique”.

Le Conseil économique social et environnemental (CESE) a rendu un avis le 14 mai estimant que le Pacte vert “doit être pérennisé”, avec “le souci de ne pas aggraver, voire de simplifier la charge administrative et la complexité juridique”. “Il s’agit de mieux accompagner socialement et économiquement la transition écologique et de renforcer son acceptabilité sociale. Ceci implique d’organiser le débat démocratique, notamment dans les instances de dialogue existantes, avec les acteurs économiques, sociaux et citoyens, avec les collectivités”.

Dans une tribune publiée dans La Croix début mai plusieurs dirigeants de mouvements européens d’entreprises à impact ont défendu le Pacte vert : “Le besoin de poursuivre la transition – et donc de ne pas renoncer au Green Deal – est crucial à plus d’un titre, écrivent-ils. Il est temps de voir émerger en Europe un système économique dans lequel l’impact positif n’est plus considéré comme une charge, mais comme un avantage pour les entreprises européennes”.


« L’Europe doit penser la transition avec les entreprises »

Face à la crise sociale et environnementale, des chefs d’entreprise1 dénoncent les incohérences du système européen, qui continue à favoriser une production à l’étranger au détriment du made in Europe. Pour eux, il est temps que l’Europe se tourne vers un modèle durable, qui privilégie les entreprises européennes.

 » La transition se fera avec les entreprises ou ne se fera pas. Face à la crise sociale et aux déséquilibres environnementaux, les entreprises ont un rôle clé à jouer, qui répond d’ailleurs à une demande croissante portée par consommateurs, employés et même investisseurs, tous désormais attentifs à la durabilité des modèles économiques et à l’impact positif des entreprises sur la société. Cependant, nous ne pouvons que constater aujourd’hui le chemin qu’il reste encore à parcourir pour aligner l’ensemble de l’économie européenne sur nos objectifs de durabilité.

Une part croissante de l’économie offre pourtant de bonnes raisons d’espérer. Sur le continent, des dizaines de milliers d’entreprises, avec des formes et des modèles différents mais complémentaires, contribuent déjà positivement aux grands objectifs de transition de l’Union européenne. Ces entreprises pionnières sont de toutes tailles et opèrent dans tous les secteurs de l’économie, avec l’ambition de combiner performance économique et impact positif sur la société.

Elles mettent en œuvre des pratiques innovantes dans leurs activités, privilégient la circularité et les circuits courts, promeuvent la sobriété, les technologies durables, et mettent le partage et l’inclusivité au cœur de leurs modèles d’organisation. Par leur nature, elles contribuent à créer une économie plus juste et plus inclusive qui respecte les limites planétaires.

Transition environnementale : quelles nouvelles étapes pour l’Europe ? 6 think tanks engagés sur la transition écologique publient un texte commun sur la nécessité d’une action européenne en matière de climat et biodiversité

Un système à repenser

Cependant, ces entreprises sont confrontées à un système économique de la prime aux vices qui favorise les modèles d’affaires et les pratiques les plus néfastes – émissions de carbone, surconsommation des ressources, mépris des droits sociaux et humains, effondrement de la biodiversité, pollution des sols, etc. Un système qui favorise aujourd’hui la production à l’autre bout du monde et l’exploitation de la misère sociale, au détriment de la protection de l’environnement et des emplois de qualité en Europe. Un système qui favorise la surproduction et la surconsommation de produits de mauvaise qualité, au détriment du made in Europe, de l’économie circulaire et des circuits courts, et de nos objectifs de sobriété et de développement durable. Nos règles économiques sont obsolètes et éloignent notre économie de nos grands objectifs de durabilité.

Alors que le système aujourd’hui les fragilise, il devrait au contraire soutenir le développement de ces entreprises pionnières et encourager l’ensemble du tissu économique européen à évoluer vers des modèles d’affaires plus durables et inclusifs. Le contexte général actuel ne semble pourtant pas aller dans le sens d’un changement de paradigme. L’Union européenne (UE) subit un fort ralentissement économique et peine à atteindre ses objectifs en matière sociale, de climat, d’économie circulaire et de biodiversité, tandis que le Green Deal, qui a initié la transition de l’économie européenne, est aujourd’hui progressivement remis en cause pour des raisons purement politiques, en réponse à la pression de puissants lobbys industriels. Enfin, et pour ne rien arranger, la possible montée de l’extrême droite aux élections européennes représente une menace potentielle majeure pour les initiatives progressistes telles que le Green Deal, qui se heurte déjà à une résistance significative.

Ne pas renoncer

Le besoin de poursuivre la transition – et donc de ne pas renoncer au momentum du Green Deal – est pourtant crucial à plus d’un titre. Renoncer, c’est mettre en danger le développement et la prospérité de cette économie pour le bien commun et de ces entreprises à l’avant-garde des transitions. Renoncer, c’est également mettre en péril les objectifs de durabilité de l’Union, et prendre le risque que l’Europe ralentisse davantage sa transition vers une économie plus inclusive, juste et verte. Renoncer, enfin, c’est privilégier le business as usual et miser sur la résilience des modèles économiques de nos entreprises européennes, mis pourtant à mal lors des crises de ces dernières années. En cela, c’est renoncer à des modèles plus économes en ressources, plus autonomes et vecteurs de cohésion sociale, par nature plus protecteurs des entreprises face aux chocs.

La concurrence internationale exige un nouveau modèle de la performance économique juste qui soutient le modèle social européen. Pour éviter le déclin de l’économie européenne, nous devons donner la priorité aux entreprises qui contribuent au bien commun, en en faisant les clés de voûte d’une économie davantage tournée vers l’impact environnemental et social. Il est temps de voir émerger en Europe un système économique dans lequel l’impact positif n’est plus considéré comme une charge, mais comme un avantage pour les entreprises européennes. C’est le seul moyen de restaurer à la fois la souveraineté et la résilience de l’Union européenne, tout en assurant la contribution des entreprises aux principaux défis de notre temps. « 

  1. Signataires :
    Caroline Neyron, Directrice générale du Mouvement Impact France
    Emery Jacquillat, président de la Camif, cofondateur et ambassadeur Europe de la Communauté des entreprises à mission
    Arthur ten Wolde, Directeur d’Ecopreneur.eu
    Stefan Panhuijsen, Directeur de Social Enterprise NL
    Benoît Quittre, Président de Kaya – Coalition belge des écopreneurs
    Viktorija Braziunaite, Directrice de la Lithuanian Social Business Association
    Toby Gazeley, Policy Lead de Euclid Network – the European Social Enterprise Network
    Yvonne Zwick, Présidente du conseil d’administration de B.A.U.M e. V – Network for Sustainable Business
    Iara Beekma Reis, Directrice des affaires publiques de New ERA (New European Reuse Alliance)
    Daniela Pavlova, Directrice de SANNAS, Asociación de Empresas Triple Balance
    Victoria Carreras, Présidente de SANNAS, Asociación de Empresas Triple Balance
    Carlos Cordero, Directeur de Sustentia, membre du conseil d’administration de SANNAS, Asociación de Empresas Triple Balance
    Yvonne Jamal, Co-fondatrice and Directrice de JARO Institute for sustainability and Digitalization
    Frédéric Benhaim, Président d’Entreprendre Vert
    Elsa Da Costa, Directrice générale d’Ashoka France
    Mauro Del Barba, Président d’Assobenefit ↩︎