Grâce à la Société d’aménagement du littoral de Nouakchott (SALN), la capitale mauritanienne est en train de moderniser ses infrastructures urbaines et l’aménagement de la façade atlantique. Une initiative impliquant acteurs publics et privés, dont le président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a pu louer les avancées lors de sa visite à Paris en avril.

Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani n’a pas fait le déplacement pas hasard. En visite d’État à Paris du 14 au 17 avril dernier, le président mauritanien a replacé son pays sur l’échiquier sahélien et n’a pas caché son souhait d’attirer de nouveaux investissements français. El Ghazouani s’est réjoui que « la profondeur et l’intensité des relations entre la Mauritanie et la France représentent une grande opportunité pour donner un nouvel élan à la coopération bilatérale et renforcer les liens d’amitié et de partenariat entre les deux pays sur la base du bénéfice mutuel ». Un gage de relations solides, sous forme de victoire diplomatique à la fois pour Nouakchott et pour Paris. « Ce que cette visite met en lumière, c’est l’entrée dans une phase nouvelle des relations franco-mauritaniennes, souligne l’analyste politique mauritanien Mansour Ly. Il ne s’agit plus de dépendance unilatérale. Il ne s’agit pas non plus de rupture. Il s’agit d’une interdépendance assumée, dans laquelle chaque partie apporte ce que l’autre ne peut produire seule. »
Un projet structurant pour Nouakchott
En arrivant au pouvoir en 2019, le président El Ghazouani a tracé sa feuille de route avec un ambitieux programme de développement appelé Taahoudaty (« Mes engagements » en hassaniyya) : réduction des inégalités sociales, développement de l’éducation et de la santé, lutte contre la pauvreté des populations les plus vulnérables, améliorations des infrastructures… Dans ce dernier domaine, le réaménagement du territoire de la capitale mauritanienne et du cordon dunaire qui la protège de l’océan était annoncé comme l’une des priorités. C’est ainsi qu’est née en 2021 la Société d’aménagement du littoral de Nouakchott (SALN), dans le cadre du Schéma directeur d’aménagement urbain (SDAU) de la capitale.
L’objectif affiché : redessiner quelques 1000 hectares de Nouakchott, intégrer au mieux le développement urbain de la capitale dans son environnement côtier si particulier – un coup d’œil sur GoogleEarth suffit à comprendre – et lutter contre les conséquences du réchauffement climatique. Quatre axes ont été mis en avant par la SALN pour relever ces défis : protéger la ville des risques de submersion, limiter l’étalement urbain, harmoniser la place de la ville dans son environnement littoral et assurer la sécurité du million et demi d’habitants de Nouakchott face aux risques climatiques. Une initiative récompensée lors de la Cérémonie des Prix de l’Innovation FinanceYourCities (FYC) en 2025.
Un partenariat public-privé réussi
Désormais dirigée par Jean-Christophe Bonnois – nommé le 22 avril à la direction générale de l’entreprise –, la SALN va pouvoir continuer de développer ce programme structurant destiné à valoriser le littoral atlantique. Elle peut s’appuyer pour cela sur la vision commune des acteurs publics et privés impliqués dans le projet. À sa création, cette entreprise d’économie mixte a en effet réuni deux actionnaires, à parts égales : l’État de la République islamique de Mauritanie d’un côté, et le Urban Resilience Fund (TURF) de l’autre. Cette entité privée est un fonds de résilience urbaine géré par la société à mission française Meridiam, spécialisée dans le développement d’infrastructures durables dans de nombreux pays aux quatre coins du monde, dont plus de dix pays sur le continent africain avec de très grands projets notamment en Égypte, au Sénégal ou en Côte d’Ivoire.
En Mauritanie, l’entreprise française a ainsi mobilisé 60 millions d’euros pour dans les projets de la SALN. « Nouakchott est aujourd’hui fortement menacée par les risques d’érosion et de submersion, estime Meridiam. La ville a été bâtie en partie en deçà du niveau de la mer et son cordon dunaire a fortement été fragilisé ces dernières années par l’érosion naturelle, l’urbanisation et le développement d’activités industrielles et économiques. La vulnérabilité du littoral de Nouakchott s’est accélérée sous les effets du changement climatique. » Ce type de topographie en bordure d’océan est en effet problématique selon les différents rapports du GIEC, et sans grands projets d’infrastructures, les zones résidentielles et économiques pourraient être menacées.
Ce projet revêt donc une importance vitale pour la capitale mauritanienne et pour son activité économique. « En tant que ville côtière, Nouakchott est particulièrement exposée à la montée du niveau de la mer, à l’érosion côtière et aux événements pluvieux extrêmes, détaille la SALN. Le marché aux poissons de Nouakchott sera en danger si des mesures de protection ne sont pas mises en œuvre. Ce marché, fréquenté par 30000 personnes par jour, est l’un des principaux pôles socio-économiques de la ville. Le projet vise à fournir des solutions durables basées sur la nature pour protéger Nouakchott et favoriser une croissance économique durable. » Pour le gouvernement dirigé par Moctar Ould Diay et pour la présidente de la région de Nouakchott Fatimetou Mint Abdelmalek, l’enjeu est de taille : la capitale mauritanienne abrite en effet près d’un quart de la population totale du pays et concentre l’essentiel de l’activité économique et des services – hors industries extractives.
Paris-Nouakchott, une relation solide
Pour Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, consolider une relation solide avec la France s’inscrit dans une stratégie globale, le président mauritanien tissant également des liens avec d’autres pays européens comme le Royaume-Uni. Mais à Paris lors de sa visite officielle, El Ghazouani a trouvé en Emmanuel Macron un partenaire attentif. Le locataire de l’Élysée s’est en effet félicité de voir la France doubler son portefeuille de projets en Mauritanie au cours des deux années écoulées. Mis à part l’engagement de Meridiam dans la Société d’aménagement du littoral de Nouakchott (SALN) ainsi que dans le terminal à conteneurs du port de Nouakchott – pour un investissement de 155 millions d’euros –, l’État français est également impliqué via l’Agence française de développement (AFD) à hauteur de 488 millions d’euros, ventilés dans un panel de projets allant de l’agriculture à l’énergie en passant par l’alimentation en eau potable.
Rendez-vous est d’ores et déjà pris entre les deux présidents qui se retrouveront au sommet Africa Forward de Nairobi les 11 et 12 mai prochain, au cours duquel les questions de financement du développement et les rencontres d’affaires seront au centre des discussions. « La Mauritanie offre à la France ce que d’autres capitales sahéliennes lui refusent désormais, analyse Mansour Ly. Un interlocuteur souverain, stable, non hostile, et surtout capable de poser les termes de la coopération sans céder à la rhétorique de la confrontation. » Tout le monde a donc à y gagner.

