Edgar Morin qui est décédé à l’âge de 104 ans, est une figure importante qui devrait inspirer un maximum de gens. Il a entrepris un immense chantier dont les principes fondateurs font partie de l’essentiel que chacun doit se sentir en capacité d’appliquer pour espérer un jour une humanité capable d’affronter les tempêtes.

Penser le vivant comme un tout
Nous avons pris l’habitude de découper les problèmes en petits morceaux pour les comprendre, mais les défis actuels ne peuvent plus être compris de cette façon. Le mot « complexe » ne signifie pas « compliqué ». Il signifie que plusieurs éléments sont tellement liés entre eux qu’on ne peut pas les séparer sans perdre une partie de la réalité. Pour Edgar Morin, le monde ressemble davantage à une toile tissée qu’à une machine composée de pièces indépendantes.
Passer d’une pensée de séparation à une pensée des liens
Depuis plusieurs siècles, la science occidentale a souvent progressé en analysant les choses séparément : l’économie d’un côté, la politique de l’autre, la nature ailleurs. Cette méthode a permis d’immenses progrès, mais elle montre aujourd’hui ses limites.
Par exemple :
- le changement climatique influence l’économie ;
- l’économie influence les choix politiques ;
- les choix politiques influencent les comportements sociaux ;
- les comportements sociaux influencent l’environnement.
Tout est relié
Edgar Morin propose donc une pensée qui cherche à comprendre les interactions plutôt que les éléments isolés.

Nous nous construisons grâce aux autres et à notre environnement
On croit souvent que devenir autonome signifie être indépendant. Edgar Morin montre que c’est l’inverse.
Un être humain devient autonome grâce à de nombreuses dépendances digérées :
- il dépend de l’air qu’il respire ;
- de la nourriture qu’il mange ;
- de la culture qu’il reçoit ;
- de l’éducation ;
- des relations humaines.
Plus nous sommes nourris par notre environnement, plus nous pouvons développer notre autonomie. L’autonomie n’est donc pas l’absence de dépendance ; elle est le résultat d’un ensemble de relations.
Nous apprenons de trois sources
Soi-même : l’autoformation
Nous apprenons par notre réflexion, nos expériences, nos choix.
Les autres : la socioformation
Nous apprenons par la famille, les amis, les enseignants, les collègues, la société.
Le monde : l’écoformation
Nous apprenons aussi grâce aux lieux où nous vivons, au climat, aux paysages, aux animaux, aux plantes, aux objets et aux contraintes matérielles.
Un enfant élevé au bord de la mer, à la montagne ou dans une grande ville ne développera pas la même sensibilité.

Edgar Morin, un siècle de sagesse en trois leçons
Toute connaissance doit être réflexive
Morin insiste sur un point souvent oublié : lorsque nous observons le monde, nous ne sommes jamais totalement neutres. Nous regardons toujours la réalité à travers :
- notre histoire ;
- notre culture ;
- nos valeurs ;
- nos émotions.
Pour mieux comprendre le monde, il faut donc aussi apprendre à s’observer soi-même. Comprendre le monde suppose aussi de comprendre comment nous le regardons. Le panorama des filtres à travers lesquels nous observons le monde sera bientôt accessible sur PHVA.

Les effets agissent sur leurs causes
Dans la pensée classique, une cause produit un effet. Edgar Morin ajoute que l’effet peut ensuite modifier la cause. Par exemple :
- une société crée une école ;
- l’école forme des citoyens ;
- ces citoyens transforment ensuite la société.
La cause et l’effet se nourrissent mutuellement dans une boucle. C’est pourquoi les phénomènes humains et écologiques sont rarement linéaires.
Les contraires peuvent être complémentaires
Edgar Morin appelle cela le « principe dialogique ». Dans la vie, des réalités opposées peuvent être vraies en même temps :
- liberté et responsabilité ;
- autonomie et dépendance ;
- individu et société ;
- ordre et désordre.
Au lieu de choisir un seul côté, il faut apprendre à penser les deux ensemble.
Chaque partie contient quelque chose du tout

Ce que la pensée complexe d’Edgar Morin apporte à l’éducation
Edgar Morin utilise l’image de l’hologramme. Dans un hologramme, chaque fragment contient une image du tout. De même :
- chaque personne porte en elle une partie de l’histoire de sa société ;
- chaque famille reflète certains aspects de son époque ;
- chaque expérience de vie peut révéler des mécanismes plus généraux.
Le particulier peut nous aider à comprendre l’universel.
Une planète confrontée à des crises liées entre elles
Morin considère que l’humanité traverse plusieurs crises simultanées non séparées : écologique ,économique, sociale, politique, du sens. Par exemple, la dégradation de l’environnement peut provoquer des difficultés économiques, qui peuvent elles-mêmes alimenter des tensions sociales et politiques.
Pour cette raison, aucune solution purement technique ne suffira.
La possibilité d’une métamorphose
Malgré son inquiétude, Edgar Morin est resté porteur d’espérance. Il estime que lorsqu’un système rencontre des problèmes qu’il ne peut plus résoudre, deux chemins sont possibles :
- 1. la dégradation ;
- 2. la métamorphose.
La métamorphose est un changement profond de manière de vivre et de penser. Selon lui, ses premiers signes sont déjà visibles :
- une conscience de l’unité de l’humanité malgré sa diversité ;
- une conscience écologique de notre dépendance envers la biosphère ;
- une conscience citoyenne mondiale ;
- une capacité à dialoguer malgré les désaccords.
Pour Edgar Morin, le grand défi du XXIe siècle est d’apprendre à penser les liens entre les êtres humains, les sociétés, la nature et la planète, afin de répondre à des problèmes qui sont eux-mêmes profondément interconnectés.



