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Fake news sur l’énergie hydroélectrique face à l’analyse des experts

L’hydroélectricité est la deuxième source de production électrique derrière le nucléaire et la première source d’électricité renouvelable en France. Avec environ 25,7 GW (gigawatts) installés en France métropolitaine, le pays dispose de l’un des plus grands parcs hydroélectriques en Europe. Cela représente environ 20 % de la puissance électrique totale installée1. Malgré cela, l’énergie hydroélectrique est parfois décriée et souvent de manière dogmatique et erronée. Les experts du groupe UNITe – HYDROWATT, qui produit de l’électricité renouvelable depuis près de 40 ans, apportent leur analyse et rétablissent les faits.

Tahamie Farooqui

Alexandre Albanel (à droite), qui a plus de 15 ans d’expérience de l’hydroélectricité et Stéphane Maureau (à gauche), Dirigent le Groupe UNITe- HYDROWATT. Ils rétablissent ici quelques vérités au sujet des petits aménagements hydroélectriques, pour faire mieux connaître, comprendre et apprécier cette précieuse énergie renouvelable.

À propos de l’utilité de l’hydroélectricité

« L’hydraulique, à part les grandes installations de pointe, ça ne représente pas grand-chose en France » …
FAUX

L’hydroélectricité est la première source d’électricité renouvelable en France et la deuxième source d’électricité française après le nucléaire, elle couvre environ 10 % de l’électricité consommée. Le parc hydraulique français compte plus de 2 500 installations, dont plus de 90 % sont des aménagements au fil de l’eau2. Environ 2 300 de ces installations sont des petites centrales, ancrées dans les territoires, détenues notamment par des producteurs privés. La production générée par ces petites installations est équivalente à celle d’un réacteur nucléaire, soit l’alimentation électrique de 1,3 millions de foyers ! Les petits ruisseaux font des grandes rivières, et chaque kWh renouvelable compte pour notre indépendance énergétique.

  • La production hydraulique des petites installations est une source d’énergie importante en France

« L’hydraulique a un rôle marginal dans la transition écologique énergétique » …
FAUX

Le Décret du Ministère présente les chiffres objectifs suivants :

L’évolution de nouvelles capacités en hydraulique est certes moins rapide que des énergies plus nouvelles comme le photovoltaïque, mais l’hydroélectricité conservera une place essentielle au sein du mix énergétique du futur. De plus, en termes de mix énergétique, l’hydroélectricité apporte une stabilité nécessaire pour permettre l’absorption des autres énergies électriques intermittentes.

  • L’hydroélectricité apporte une contribution importante à l’objectif français de production d’électricité renouvelable.

« Maintenant que les réseaux sont interconnectés, il n’est plus pertinent de produire de l’électricité en fond de vallées » …
FAUX


Quand nous produisons de l’énergie de façon centralisée, notamment grâce au nucléaire, nous subissons de fortes pertes d’énergie sur les réseaux électriques de transport et de distribution. C’est un équivalent de plus de deux millions de foyers en électricité qui est perdu. Ces pertes sont réduites quand on rapproche les lieux de production et de consommation, ce qui est le cas avec la production décentralisée des petites installations réparties sur le territoire. De plus, la régulation dispatchée de l’énergie réactive produite en différents points du réseau permet de maintenir une meilleure stabilité du réseau national.

  • L’énergie décentralisée des centrales est bonne pour l’efficacité du réseau électrique

À propos de la compatibilité de l’hydroélectricité et du respect de l’environnement

« Compte-tenu des atouts des énergies éolienne et photovoltaïque, il n’est pas intéressant de développer une énergie ancienne comme l’hydroélectricité » …
FAUX


C’est vrai que l’énergie hydraulique est très ancienne. Ceci est un atout, car cette technique bénéficie d’un très grand retour d’expérience ; cela ne réduit en rien le fait que c’est une des énergies renouvelables d’avenir. La production d’une centrale hydroélectrique a une forte prévisibilité, ce qui est très appréciable pour la bonne gestion de l’équilibre du réseau électrique et pour la stabilité du marché de l’électricité.
Par ailleurs, les métiers liés à la préservation du parc existant et au développement régulier de nouveaux aménagements permettent de conserver le véritable savoir-faire français en maintenance industrielle et en génie hydraulique, mécanique et électrique. Ces métiers, ancrés dans les territoires des petits exploitants, participent au maintien de ces compétences en France qui sont aussi transmises aux générations futures. Enfin, le besoin d’énergie décarbonée sera tellement important à l’avenir qu’il est nécessaire de développer toutes les sources disponibles !

  • En plus des autres nouvelles énergies renouvelables, il est essentiel de conserver notre parc de centrales hydroélectriques existant et de le développer.

« L’eau prise par les turbines nuit au fonctionnement naturel des ruisseaux » …
FAUX


La plus grande majorité des aménagements fonctionnent au fil de l’eau et restituent intégralement l’eau à la rivière, avec une qualité physico chimique identique, en temps réel. À l’échelle de la rivière, la continuité des flux d’eau est donc assurée. De nombreuses installations hydroélectriques fonctionnent depuis longtemps, sur des sites où l’eau est aujourd’hui évaluée comme étant en « bon ou très bon état écologique » (au sens de la DCE – Directive Cadre européenne sur l’Eau). Le principal facteur de dégradation de la qualité de l’eau constatée en France n’est pas dû aux sites hydroélectriques, mais à des pollutions chimiques. La cause se trouve donc ailleurs. Sur le tronçon de rivière sur lequel une partie de l’eau prélevée pour être turbinée, un débit réservé minimum est laissé à la rivière. Il est suffisant pour minimiser les incidences sur les milieux aquatiques et permet le respect des autres usages de la rivière (loisirs, raft, canoë, soutien d’irrigation, soutien d’étiage en été, dilution de rejet de station d’épuration). Les différentes analyses, études d’incidences et mesures de suivi produites par le bureau d’études missionné par le producteur, puis vérifiées par l’Administration, le garantissent. Les règles spécifiques pour chaque installation sont consignées dans un Arrêté Préfectoral public qui est revu régulièrement au cours de la durée de vie de cette dernière. Il a même été remarqué que sur des aménagements de hautes chutes, la présence de centrales hydroélectriques a un effet très protecteur, car le fait d’écrêter les crues sur les linéaires de rivières (dont une partie du débit est dérivé) permet de limiter positivement l’effet « chasse d’eau » des crues, dévastateur pour le bon état naturel de la rivière.

  • L’eau prélevée et rendue aux rivières par les installations hydroélectriques est compatible avec une vie équilibrée de la rivière.

« Les turbines transforment les poissons en sushi » …
FAUX


Les technologies ont réalisé d’énormes progrès durant les dernières décennies. Le renouvellement régulier des Droit d’eau sur les aménagements existants et pour l’autorisation de tous les nouveaux sites a permis d’équiper de grilles toutes les prises d’eau afin d’éviter que les poissons rentrent dans les turbines. Cette législation intervient également sur les plus gros aménagements fluviaux, lors des périodes où les poissons migrateurs dévalent les rivières (pendant les crues principalement) à travers des modalités spécifiques de turbinage appliquées avec efficacité pour préserver les poissons. Par ailleurs, pour les installations de basses chutes, de nouvelles turbines à vitesse de rotation lente existent et laissent passer les poissons entre leurs pales.

  • Les centrales hydroélectrique modernes préservent les poissons dévalant les rivières.

« L’eau dérivée par les centrales nuit aux milieux aquatiques et à la vie piscicole » …
FAUX


Une étude d’incidences environnementale complète est systématiquement réalisée afin d’identifier les sujets à traiter pour une bonne maitrise de l’impact environnemental, en appliquant la méthode ERC (Eviter, Réduire, Compenser). Ce principe permet d’éviter au mieux les atteintes à la biodiversité et aux services qu’elle fournit et, à défaut, d’en réduire la portée. Il permet aussi de compenser les atteintes qui n’ont pu être évitées ni réduites, en tenant compte des espèces, des habitats naturels et des fonctions écologiques affectées.

  • Éviter : Les mesures envisagées peuvent concerner des choix fondamentaux liés au projet (évitement géographique ou technique). Il peut s’agir par exemple de modifier le tracé d’une conduite d’eau ou d’un canal pour éviter une zone Natura 2000 ou des zones d’habitat d’espèces protégées.
  • Réduire : Des mesures sont prises pour réduire les incidences (débits réservés à la rivière, grilles fines, implantation des ouvrages, …) pour favoriser l’intégration de l’aménagement dans son environnement. Pour mesurer l’efficacité dans le temps des mesures prises, il est pratiqué un suivi environnemental régulier pour voir les évolutions. Il est aussi important de constater que l’aménagement du territoire par l’homme, quand il est bien inspiré, engendre des bénéfices pour la préservation de notre environnement ; l’été dernier, très sec, les petites retenues d’eau associées aux barrages ont constitué des refuges favorables à la préservation des différentes espèces aquatiques présentes dans la rivière.
  • Compenser : S’il existe une incidence résiduelle, une compensation peut être initiée sur site ou sur une autre zone plus propice avec plus de résultat/bénéfice attendu (création d’une zone humide favorable à une plus grande biodiversité par exemple).
  • Les aménagements hydroélectriques d’aujourd’hui sont compatibles avec leur environnement naturel.

« C’est à cause de l’hydroélectricité que certains de nos cours d’eau sont en mauvais état » …
FAUX

Dans nos rivières, il est déplorable de constater qu’il y a une grande quantité de poissons atteints de maladies ou de malformations, que des espèces migratrices sont en voie de disparition, et que l’on assiste à un recul de la biodiversité. Les petites installations hydroélectriques multi centenaires n’avaient jamais connu cette situation autour d’elles dans leur histoire. Elles sont des cibles faciles, car elles sont visibles, mais attention à ne pas se tromper de combat ; il est important d’identifier les vraies causes insidieuses, à commencer par la pollution des rivières (qualité de l’eau, résidus médicamenteux, engrais nocifs, rejets chimiques, déchets), le réchauffement naturel des cours d’eau, les nouvelles espèces invasives ou prédatrices dévastatrices (oiseaux et poissons carnassiers), le phénomène de surpêche et les prélèvements d’eau. Notons par ailleurs qu’un certains nombres d’aménagements hydroélectriques ont l’avantage de permettre de retirer les gros déchets flottants des rivières.

  • C’est à cause de certaines dérives de nos modes de vie que nos cours d’eau sont en mauvais état, et non pas à cause des centrales hydroélectriques.

« Avec le réchauffement climatique, l’hydro a moins d’intérêt, car la production va baisser » …
FAUX


Les installations au fil de l’eau produisent historiquement le plus sur certaines saisons ; fontes de neiges pour celles en montagnes et pluies pour celles de plaines. Ces dernières années, sur l’ensemble du territoire, nous avons constaté une disparité des périodes saisonnières usuelles et de brusques intensités de production du fait de la météo, mais nous ne constatons pas de diminution globale du flux d’eau. Afin de s’adapter, les hydroélectriciens pourront changer les calibres des turbines pour optimiser la production dans les nouvelles conditions climatiques, par exemple en ajoutant de plus petites turbines pour capter les petits débits des étiages plus longs, ou de plus grosses turbines pour profiter du fort volume rapide des fortes eaux.

  • Les centrales hydroélectriques sont capables de s’adapter aux changements climatiques.

« Les tuyaux d’eau qui transportent l’eau en montagne, c’est très moche » …
OUI MAIS…


Les anciennes conduites forcées, qui ont émergé lors de l’essor industriel de nos vallées, sont encore visibles pour un certain nombre d’aménagements historiques. Aujourd’hui, pour les nouveaux sites et pour la rénovation des anciens sites, les tuyaux sont quasi systématiquement invisibles car enterrés. Les sondages sur les énergies renouvelables (IFOP d’octobre 2021) montrent que 9 Français sur 10 ont une bonne image de l’hydroélectricité3. 92% des Français jugent « souhaitable » d’en faire (Ipsos-Sopra Steria pour France Télévisions).

Chiffres clés – L’hydroélectricité en France

« Le retour à l’état des rivières sauvages d’origine, sans traces de l’homme est souhaitable » …
FAUX


De quel état originel parle-t-on ? Notre espace naturel, tout comme les rivières et les écosystèmes, a évolué au fil du temps et il n’y a pas de référentiel utopique idéal. L’homme a interagi avec son environnement pour ses besoins légitimes (alimentation en eau, pêche, navigation, énergie, agriculture, protection contre inondations) et cette symbiose naturelle est pérenne si nous conservons cet équilibre en respectant la nature. Nos amis castors bâtisseurs de retenues l’ont aussi expérimenté (!).

  • Des centrales conçues en synergie avec leur environnement sont bonnes pour le bien commun.

À propos de la compétitivité de l’hydroélectricité

« L’hydroélectricité est une énergie chère à produire » …
FAUX

Avec le maintien ou le renouvellement de notre parc nucléaire et ses coûts induits, les prix des marchés de l’électricité montrent que les énergies renouvelables sont désormais compétitives. De plus, dans le cas de l’hydroélectricité, la durée de vie des infrastructures est très longue, si bien que lorsque l’on considère la production à long terme, le réel prix moyen actualisé de l’énergie produite (LCoE) est très compétitif.

  • L’hydroélectricité est une énergie locale, durable et compétitive.

« Les petits aménagements appartiennent à des privés, qui utilisent le bien commun qu’est l’eau pour leurs profits » …
FAUX

Les tarifs d’achat de l’électricité aux producteurs sont fixés par l’Etat, sous le contrôle de la Commission de Régulation de l’Energie (CRE), de façon à garantir une rémunération normale des capitaux investis. Il n’y a donc pas d’effet d’aubaine. Lorsque les prix de marché de l’électricité sont élevés, c’est l’Etat qui bénéficie des survaleurs, tandis que les producteurs privés conservent le revenu suffisant pour une bonne exploitation normale de leurs investissements. De plus, quand on additionne les taxes, les longs remboursements d’investissements, les emplois générés de façon directe ou indirecte, les charges financières … il apparait que l’Etat est bien le premier bénéficiaire de la création de valeur.

  • La création de valeur engendrée par les installations hydroélectriques privées profitent bien à tous.
Dan Meyers

« Cela coûte cher en subventions et aides publiques » …
FAUX

À l’époque où les coûts de l’énergie étaient bas en France, de l’argent public a été nécessaire pour entretenir les centrales et maintenir le savoir-faire de la filière. Cela a eu pour effet de favoriser la rénovation, la modernisation et la construction neuve d’aménagements hydroélectriques. Aujourd’hui, ce sont les énergies renouvelables qui sont compétitives sur le marché et apportent des recettes à l’Etat, non l’inverse. Les montants sont très importants : la Commission de Régulation de l’Energie (CRE) indique que, dans les conditions actuelles, toutes les filières d’énergies renouvelables en métropole continentale ont généré des recettes pour le budget de l’Etat à hauteur de plus de 30 Milliards d’euros au titre des années 2022 et 2023. Les filières contributives sont : l’éolien terrestre, le photovoltaïque, l’hydroélectricité et le biométhane. Fin 2024, les EnR auront rapporté plus à l’Etat qu’elles n’ont coûté depuis qu’elles sont soutenues !

  • Les énergies renouvelables sont compétitives et rapportent de l’argent à l’Etat.

« Les communes ne gagnent rien » …
FAUX

La production d’électricité hydroélectrique est soumise à l’IFER, qui est un impôt prélevé au profit des collectivités territoriales. Une partie de cet IFER est reversée directement aux communes sur lesquelles se situent les installations. De plus, plusieurs sites paient des redevances aux communes, car ils sont implantés en partie sur du foncier communal, ce qui peut représenter une part importante du budget annuel d’une Mairie. Par ailleurs, un maintien local du savoir-faire de maintenance technique est aussi apprécié.

  • Les communes où sont implantées des centrales hydroélectriques y trouvent leur intérêt.

L’hydroélectricité, une technologie d’avenir ?

« Il n’y a plus de potentiel hydroélectrique en France, les sites propices existants non développés ne sont pas rentables, car les meilleurs sont déjà équipés » …
FAUX

L’étude de potentiel 2022 mis en ligne par le Ministère fait état d’un potentiel hydroélectrique restant en France de 650 MW en sites vierges et de 370 MW sur les barrages existants non équipés. Ce qui est très important. Malheureusement, plus de 75% de ce potentiel est non accessible à ce jour car sanctuarisé de façon conservative en prévention sur la biodiversité. C’est pourquoi les industriels du secteur proposent de faire évoluer la réglementation en faisant des études pragmatiques au cas par cas afin de n’équiper que les sites propices sur lesquels la compatibilité avec le respect de l’environnement est satisfaisante. Les nouvelles technologies employées permettent ce développement équilibré. Un projet met entre 7 à 10 ans à se développer aujourd’hui en France, ce qui fait partie des records européens peu glorieux …

  • Il reste un important potentiel hydroélectrique inexploité en France ; il serait pertinent de construire de nouveaux sites.

« Il vaut mieux optimiser l’existant que créer des nouveaux sites » …
FAUX

Les deux mon capitaine ! Optimiser les sites existants est nécessaire pour améliorer ce qui peut l’être, de façon plus simple, mais créer de nouveaux sites est devenu incontournable pour faire face à nos besoins croissants d’énergie décarbonée. Les prévisions indiquent une hausse de +30% des besoins en électricité d’ici 2025 : quelle énergie veut-on pour le futur ?

  • Il faut non seulement optimiser les sites hydroélectriques existants mais aussi créer de nouveaux sites.
Jeswin Thomas

« Il vaut mieux supprimer les barrages non équipés que faire des centrales» …
FAUX

Les barrages permettent de limiter la propagation des maladies et des espèces invasives dans la rivière. Les retenues associées permettent l’épuration des nitrates et d’éviter la diffusion d’éventuels anciens sédiments contaminés. Nous notons également l’augmentation de la biodiversité (libellules, amphibiens, oiseaux migrateurs) quand la rivière est ponctuée de retenues. Détruire un ouvrage construit utilement par nos anciens est un coût pour la collectivité. Alors qu’y adjoindre une centrale est un investissement pour le futur. Cela permet aussi la préservation de notre autonomie énergétique dans le temps, alors préservons notre potentiel !

Avec la montée croissante du coût de l’énergie, nous constatons que nombre de sites non rentables auparavant deviennent intéressants. Les Agences de l’Eau subventionnent de façon privilégiée les destructions de retenues avec des subventions accordées de l’ordre de 80% alors qu’une passe à poissons n’est supportée qu’à 50%.

  • Équiper les ouvrages existants avec des aménagements hydroélectriques est une bonne vision industrielle pour la pérennité de notre avenir énergétique.

En conclusion

Le développement des énergies renouvelables contribue à « satisfaire le besoin croissant d’énergie de l’humanité » et au « respect de l’environnement pour les générations futures ».

Ce double enjeu est la raison d’être d’UNITe : « évacuons les arguments faux ou surannés et les polémiques stériles. La maitrise des énergies renouvelables, dont l’hydroélectricité, est l’une des plus belles raisons d’être solidaires et optimistes face aux défis actuels ».

  1. Source : Ministère de la Transition Écologique et de la cohésion des Territoires ↩︎
  2. Site France Hydroélectricité ↩︎
  3. Sondage IFOP Octobre 2021 – Les Français et le énergies renouvelables ↩︎

Mobilités en milieu rural : 11 propositions pour plus de durabilité

Le rapport «Territoires ruraux : en panne de mobilité» publié par le Secours Catholique est le fruit d’un travail réalisé avec huit associations partenaires. Il met en lumière les problématiques rencontrées par les habitant.es de territoires ruraux concernant l’accès à une mobilité durable. Il fait 11 propositions concrètes en matière de politiques publiques pour faire de la mobilité inclusive et durable une réalité dans les territoires ruraux.

SÉBASTIEN LE CLEZIO / SC-CF

« Les ruraux se paupérisent à cause de la dépendance à la voiture »

Sonia Devaux, chargée de plaidoyer mobilité en milieu rural au Secours Catholique.

Au départ, un constat : les plus précaires sont fortement impactés par le manque d’accès à la mobilité durable en milieu rural …

Sonia Devaux, chargée de plaidoyer mobilité en milieu rural au Secours Catholique.

 » Le Secours Catholique, présent partout dans les territoires, constate en effet que la problématique de la mobilité se pose de plus en plus dans le monde rural. 10 % des ménages n’ont pas accès à la voiture et dépendent d’une association ou de leurs proches pour leurs déplacements du quotidien. Mais les propriétaires de voitures se précarisent eux aussi : comme il n’y a pas d’alternative à la voiture individuelle, leur budget explose pour se déplacer, en raison de l’augmentation des prix du carburant. » 

 » Les distances sont de plus en plus importantes pour accéder aux besoins essentiels : lieux de travail, de formation, services de santé (c’est la réalité des déserts médicaux), ou commerces, car les petits magasins ont fermé dans les villages. Les territoires ruraux sont donc plus enclavés et la dépendance à la voiture devient une source de précarité.« 


Les solutions locales servent en fait de pansement à un système défaillant.

Sonia Devaux
Transformer les territoires pour une mobilité durable accessible à toutes et à tous
© SÉBASTIEN LE CLÉZIO / SC-CF

Les solutions locales proposées par le Secours Catholique comme l’octroi d’aides financières ou les dispositifs de transport solidaire, qui ont pour objectif d’offrir un accompagnement social aux plus précaires, font face à une demande croissante et servent en fait de pansement à un système défaillant. Ce rapport dresse donc le constat d’un besoin de responsabilisation politique en vue d’établir une mobilité inclusive et durable.

Pourquoi le système actuel ne permet pas de répondre à ces besoins ?
© CHRISTOPHE HARGOUES / SC-CF
4 LEVIERS DÉCLINÉS EN 11 PROPOSITIONS POUR UNE MOBILITÉ INCLUSIVE ET DURABLE EN MILIEU RURAL- –
  • 1 – Une planification territoriale juste et équilibrée avec une offre minimale
    de transports et de services essentiels
  • 2 – Développer une offre de mobilité adaptée aux territoires ruraux
  • 3 – Accompagner le changement de culture vers une mobilité plus inclusive et plus durable
  • 4 – Mettre en place un système de financement pérenne adapté aux besoins des territoires ruraux
© CHRISTOPHE HARGOUES / SC-CF

Revêtements des voies vertes : déjouer les idées reçues pour un choix écoresponsable

Pour notre santé et celle de notre planète, donner davantage de place aux mobilités douces est une priorité. L’aménagement de voies vertes est l’un des leviers pour remettre les citoyennes et citoyens en selle ! Parce que leur conception doit être au service du climat et de la biodiversité, France Nature Environnement co-signe avec l’AF3V (Association française pour le développement des véloroutes et des voies vertes), la brochure « Revêtements des voies vertes : déjouer les idées reçues pour un choix écoresponsable »

résenté lors du colloque « Voies Vertes : Parlons revêtement ! » qui s’est tenu en Avignon le 30 mai dernier, il est disponible sur demande

Les collectivités ont un grand rôle à jouer dans le développement des mobilités actives, indispensable pour réduire notre dépendance aux énergies fossiles. Cela passe notamment par un réseau de voies vertes continu, confortable et sécurisé. Comment s’y prendre ? Quel revêtement choisir ? Quels critères prendre en compte ? Le livret fait la chasse aux idées reçues (et aux idées fausses) sur les différents types de revêtements et propose des solutions permettant de conjuguer confort, accessibilité, respect de l’environnement et adaptation au changement climatique.

Demander le guide

à l’association AF3V qui agit pour la réalisation d’un réseau ambitieux de véloroutes et de voies vertes au bénéfice de la transition écologique, de l’inclusion sociale et de la santé.

Territoires ruraux : en panne de mobilité

L’élaboration de ce rapport est le fruit d’un groupe de travail sur la mobilité en milieu rural, réuni par le Secours Catholique et regroupant 8 associations partenaires : la Fédération des Usagers de la Bicyclette (FUB), Chrétiens dans le Monde Rural (CMR), la Croix-Rouge française, Emmaüs France, le Réseau Action Climat (RAC), France Nature Environnement (FNE), la Fondation pour la Nature et l’Homme (FNH) et le Mouvement Rural de Jeunesse Chrétienne (MRJC).


Lire aussi :

L’ÉCO-GUIDE DE L’AUTOMOBILE

Cet éco-guide propose une vision globale, en un coup d’œil, de l’ensemble des incidences des différents types de motorisations et carburants sur l’environnement, du berceau à la tombe : les impacts sur le climat, sur la santé humaine (substances toxiques et pollution de l’air) et sur la biodiversité (écosystèmes, sols, eau) sont ici pris en compte et analysés.

Ce guide d’achat inédit et impartial permettra à chacun de définir comment répondre à ses besoins de mobilité avec la solution la moins impactante possible pour l’environnement dans sa globalité, sans angle mort.


Guide pédagogique de la mobilité durable

Comment sensibiliser les 12-15 ans aux enjeux et bonnes pratiques de la mobilité durable ? Pour répondre à cette question, France Nature Environnement, avec le soutien de Keolis, a décidé d’offrir une seconde jeunesse au « guide pédagogique de la mobilité durable ». Ce guide propose des exercices pratiques, adapté aux élèves et à leurs professeurs.

Il propose une partie théorique organisée en 10 chapitres thématiques (histoire des transports, qualité de l’air, énergie et ressources naturelles, etc.) et une partie pratique avec de nombreux outils et activités proposés.


Hydrogène : comment transformer les objectifs climatiques européens en réalité industrielle ?

A l’approche des élections européennes, France Hydrogène publie un manifeste qui identifie les priorités dont doit se saisir la prochaine mandature pour faire du développement de l’hydrogène un pilier de la décarbonation, de la réindustrialisation et de la souveraineté énergétique.

Dans un contexte économique et géopolitique tendu, des tentations émergent d’opposer décarbonation et réindustrialisation. Or, sur la trajectoire de neutralité carbone à 2050 et grâce au cadre à 2030 fixé par le Green Deal, l’Europe a déjà engagé des évolutions de ses politiques relatives à l’énergie et à l’industrie.

Le cadre législatif européen autour de l’hydrogène propre structure une demande ciblée par secteurs grâce à la fixation de quotas dans l’industrie et les transports. Cette approche inédite constitue une opportunité majeure de bâtir une industrie durablement souveraine sur les technologies hydrogène.

Transformer l’essai en cours requiert la mise en place rapide et coordonnée des outils nécessaires pour concrétiser les ambitions. France Hydrogène formule des propositions sur 5 axes pour permettre à l’hydrogène en Europe de jouer son rôle pour lutter contre le changement climatique, réindustrialiser et gagner en souveraineté énergétique.

  1. Poursuivre l’effort de décarbonation tout en apportant un soutien aux usages de l’hydrogène
  2. Agir sur les leviers de réindustrialisation et structurer la chaîne de valeur
  3. Garantir une souveraineté énergétique et industrielle
  4. Orienter les outils de financement pour aider au décollage de la filière et permettre la prise de Décisions Finales d’Investissement (FID)

Décarbonation, réindustrialisation et prise d’autonomie stratégique sont trois piliers indissociables des politiques européennes.

L’hydrogène décarboné : une pièce maîtresse pour construire ces trois piliers.

Observatoire de l’hydrogène

Propositions détaillées : note technique

Ce document fournit des détails sur les propositions du manifeste européen de France Hydrogène.

Transition environnementale : quelles nouvelles étapes pour l’Europe ?

A un mois des élections européennes du 9 juin, six think tanks engagés sur la transition écologique ont organisé une réunion publique et publié un texte commun, véritable signal d’alarme sur la nécessité d’une nouvelle étape de l’action européenne en matière de climat et de biodiversité. Sur la base de son dossier sur les enjeux écologiques des élections européennes, La Fabrique Écologique insiste sur l’importance de propositions concrètes, en particulier sur trois questions : le financement, la transition juste et la démocratie.

Le 26 avril, 6 think tanks se sont réunis pour une discussion autour des étapes de la transition écologique à incarner dans la prochaine mandature européenne. Il s’agit de La Fabrique écologique, Confrontations Europe, l’IDDRI, l’Institut Avant-garde, l’Institut Jacques Delors et le Lierre.

Les élections européennes à venir apparaissent comme un tournant politique, soit vers un recul de la transition écologique et sociale, soit vers son accélération. L’occasion de s’intéresser aux questions du financement et de l’acceptabilité sociale de la transition écologique et sociale, grandes oubliées du Pacte vert.

Les récentes crises agricoles, qui s’accompagnent d’une montée du populisme, reflètent ces manquements et dressent une critique de l’approche descendante du pouvoir, qui élude les préoccupations quotidiennes d’une partie de la population. Or, le financement de la transition écologique peut permettre de rendre celle-ci désirable.

Au cours de la prochaine mandature européenne, l’attention devrait être portée sur la réduction des inégalités sociales, tout en soulignant les bénéfices de la transition écologique et sociale, notamment en termes d’emplois et de souveraineté énergétique.

Les intervenants étaient : 

  • Nicolas Berghmans, responsable Europe, expert Energie-Climat à l’IDDRI ;
  • Michel Derdevet, président de Confrontations Europe et de la Maison de l’Europe de Paris ;
  • Adam Forrai, secrétaire général du Lierre ;
  • Géraud Guibert, président de La Fabrique Écologique ;
  • Clara Léonard, directrice générale et co-fondatrice de l’Institut Avant-garde ;
  • Phuc-Vinh Nguyen, chercheur en politique française et européenne de l’énergie à l’Institut Jacques Delors ;
  • Mathilde Boitias, directrice de La Fabrique Écologique.

Chaque think-tanks a publié des travaux pour inspirer et nourrir cette démarche : Pour retrouver les travaux des think tanks sur l’écologie dans les élections européennes :

* Confrontations Europe : https://confrontations.org/30-idees-pour-2030-de-confrontations-europe/ ; https://confrontations.org/confrontations-europe-et-iep-strasbourg/

* Institut Avant-garde : https://www.institutavantgarde.fr/elections-europeennes-2024/

* IDDRI : https://www.iddri.org/fr/publications-et-evenements/decryptage/reinventer-le-deal-quel-nouveau-recit-pour-mettre-le ; https://www.iddri.org/fr/projet/lunion-dans-tous-ses-etats-reinventer-le-deal

* Institut Jacques Delors : https://institutdelors.eu/publications/pacte-vert-vers-une-pause-reglementaire-europeenne/ ; https://institutdelors.eu/publications/en-route-vers-lobjectif-de-neutralite-climatique-quelles-transformations-pour-2030/ ; https://institutdelors.eu/publications/union-de-lenergie-2-0-pour-mettre-en-place-le-pacte-vert-europeen/

* La Fabrique Ecologique : https://www.lafabriqueecologique.fr/dossier-6-les-enjeux-ecologiques-des-elections-europeennes/

* Le Lierre : https://le-lierre.fr/note-europe/

Vers un tourisme littoral résilient préservant la biodiversité

Les enjeux liés au changement de modèle vers un tourisme résilient préservant la biodiversité littorale et la volonté de réussir concrètement et collectivement ce défi en Méditerranée étaient l’objet du séminaire de co-construction organisé par Green Cross, le 17 avril 2024 à Marseille. Synthèse et vidéos de cet événement, réalisé avec le soutien de l’OFB, l’appui de l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse et du Centre Scientifique de Monaco.

3 thèmes ont structuré la journée de travail :

  • Faire face à l’évolution des attentes et comportements, et se réinventer pour plus de résilience
  • Changer les temps, réinventer l’accueil, les formats et mobilités pour une reconnexion à la biodiversité ordinaire et extraordinaire
  • Faire du patrimoine naturel et de la finitude des ressources des atouts

Vidéos :

Jean-Charles Lardic – Mission Observatoire, Prospective et Participation citoyenne – Ville de Marseille

Accéder à toutes les vidéos

Consulter les vidéos effectuées lors de l’événement

Green Cross a dévoilé et mis en débat son « Guide méthodologique Résilience du trait de
côte, portant des clés pour agir pour les collectivités et sociétés civiles de Méditerranée
. »

Le développement de nouvelles formes de tourisme durable doit prendre en compte le coût carbone de l’économie touristique de bord de mer, la lutte contre les effets de la surfréquentation,
l’identification des projets d’adaptation, l’application de l’objectif ZAN (Zéro Artificialisation Nette)
et la préservation de la biodiversité.


Voir aussi :
Résilience des territoires littoraux et insulaires face au dérèglement climatique


La mise en place, localement, de solutions bio-inspirées et peu intrusives pour lutter contre
l’érosion, sécuriser le trait de côte, stabiliser baie et rivage, et préserver la biodiversité littorale sont des priorités directement issues des précédents travaux de Green Cross et notamment du Cahier
de recherche « Résilience des territoires littoraux et insulaires face au dérèglement climatiques »

Synthèse « Vers un tourisme littoral résilient préservant la biodiversité »

Le modèle d’élevage herbager français à taille humaine : un exemple de durabilité et de bien-être animal ?

« Le modèle d’élevage français de ruminants est un exemple de production durable et responsable, qui participe à notre souveraineté alimentaire » selon la filière viande bovine française, confrontée à une baisse de son cheptel depuis 2016, un phénomène qui pourrait atteindre une perte d’un million de vaches d’ici 2030. « Ce modèle d’élevage herbager français est unique au monde et mérite d’être préservé, afin de maintenir notre souveraineté alimentaire et conserver notre capacité à proposer une viande durable au consommateur« . Pour les amateurs de viande, soucieux du bien-être animal autant que de leur empreinte carbone, c’est sans doute la solution la plus vertueuse pour le vivant, humain et bovin …


C’est dans le Puy de Dôme, à 1 200 mètres d’altitude, que Marine Van Simmertier et son mari Michel élèvent 80 vaches Salers. Et parmi elles, on retrouve Ovalie, la vache égérie de l’édition 2023 du Salon International de l’Agriculture.

MARINE VAN SIMMERTIER,
ÉLEVEUSE DE VACHES SALERS DANS LE PUY DE DÔME (63)

« Chez nous, avec Michel, nous avons 40 vaches chacun. Cela reste une exploitation à taille humaine. Dans un élevage herbager, les vaches passent la plupart de leur temps en extérieur dans les pâtures. Chez nous en zone de montagne, les vaches pâturent 6 mois de l’année, les 6 autres mois, elles sont en bâtiment, parce que les conditions climatiques hivernales ne permettent pas de les laisser dehors. »

« Aimez la viande, mangez-en mieux. »
« Naturellement Flexitariens »

Campagne de communication collective d’INTERBEV, Association Nationale Interprofessionnelle du Bétail et des Viandes
Modèle d’élevage herbager français

L’ÉLEVAGE HERBAGER FRANÇAIS : UNE SOLUTION POUR UNE AGRICULTURE ET UNE ALIMENTATION DURABLE

Les atouts environnementaux de l’élevage bovin français sont nombreux selon Interbev. En particulier, l’entretien des prairies et des haies joue un rôle fondamental dans la préservation d’une biodiversité riche et variée. L’élevage herbivore français serait même l’un des plus vertueux à l’échelle mondiale et l’un des rares secteurs, avec la forêt et l’agriculture, capables de compenser une partie de ses émissions de gaz à effet de serre.

Les 13 millions d’hectares de prairies et parcours sur lesquels pâturent les bovins et autres ruminants constituent l’un des principaux puits de carbone. Toute nouvelle conversion en France de prairies en terres cultivables entraine inévitablement une libération du stock de carbone du sol et nuit directement à l’atteinte des objectifs climatiques. Le maintien de ces prairies passe nécessairement par la préservation de notre modèle d’élevage bovin herbager, qui est essentiel à la dynamique des écosystèmes et des territoires ruraux, rappelle l’interprofession.

LUTTER CONTRE LE CHANGEMENT CLIMATIQUE & PRÉSERVER LA BIODIVERSITÉ AVEC L’ÉLEVAGE A L’HERBE

La France compte une surface totale en herbe de 13 millions d’hectares, dont 10 millions d’hectares de prairies permanentes qui jouent un rôle essentiel dans la lutte contre le changement climatique, en stockant d’importantes quantités de carbone dans les sols, en préservant la qualité de l’eau et en protégeant la biodiversité.

Pour le maintien de la part de prairies dans la surface agricole utile (SAU), la filière élevage et viande bovine française se fixe comme objectif de promouvoir l’herbe comme ressource de base de l’alimentation des ruminants, en faisant preuve de flexibilité pour tenir compte des aléas climatiques.

L’herbe représente aujourd’hui en moyenne 60 % de la ration alimentaire des ruminants et jusqu’à 80 % pour celle des bovins « viande », selon Devun et al. 2012.

LA RELATION HOMME-ANIMAL : L’AUTRE ENJEU DU MODÈLE L’ÉLEVAGE HERBAGER FRANÇAIS

Le bien-être et la santé des animaux sont des enjeux essentiels du modèle d’élevage herbager français et constituent des priorités fondamentales pour les éleveurs. Devant des attentes sociétales fortes, les professionnels de la filière Élevage et Viande renforcent leurs actions pour garantir le bien-être animal à chaque maillon de la chaîne, de l’élevage à l’abattage en passant par le transport.

BOVIWELL : L’OUTIL D’ÉVALUATION DU BIEN-ÊTRE DES BOVINS EN ÉLEVAGE

BoviWell est un outil de mesure du bien-être des animaux en exploitations ( de bovins viande et bovins lait). Co-construit entre les acteurs des filières, appuyés par des experts scientifiques et techniques, il s’agit d’un outil adapté du référentiel scientifique européen Welfare Quality®. Il s’appuie également sur la définition du bien-être des animaux donnée par l’ANSES (2018) et sur sa traduction par le principe des 5 libertés individuelles, reconnu à l’échelle internationale :

  • absence de faim, de soif et de malnutrition
  • absence de peur et de détresse
  • absence de stress physique et/ou thermique
  • absence de douleur, de lésions et de maladie
  • liberté d’expression d’un comportement normal de son espèce.
Ceva Santé Animal – Le bien-être animal, qu’est-ce que c’est ?

Cet outil est en cours de déploiement dans la filière bovine.

Un toit solaire moins cher qu’un toit traditionnel en tuiles ?

Les systèmes de toitures solaires sont désormais moins chers que les toitures en tuiles normales, selon le fabricant suisse de matériaux de construction solaires Megasol Energie. Cela s’explique à la fois par les coûts liés à la rénovation des anciennes toitures comme à la construction des nouvelles, aux aides et subventions liées au solaire photovoltaïque ainsi qu’à la longue durée de vie des toits solaires.

Fenêtres de toit intégrées sans soudure. Ici exemple du toit solaire « level ». Photo Megasol Energie SA

Un supplément rapidement amorti

« En fonction de la situation, l’investissement pour la réalisation de toits solaires n’est qu’une fois et demie plus élevée que pour les toits en tuiles conventionnelles – et après quelques années seulement d’exploitation, le toit solaire revient déjà moins cher« , explique Falk Baumann, directeur de la société de charpenterie et de photovoltaïque Baumann Falk. L’installateur allemand de la commune de Crinitzberg OT Lauterhofen peut se prévaloir d’une longue expérience dans le domaine de l’installation de toits solaires.

Les pièces d’ajustement peuvent être découpées et intégrées directement sur le chantier. Photo Zimmerei & Photovoltaik Falk Baumann

« Nous avons installé le toit solaire ‘Level’ du fabricant suisse de panneaux solaires Megasol sur le bâtiment de notre entreprise. Comme pour de nombreux autres projets, il s’est avéré qu’une grande partie des coûts étaient également liés à une rénovation de toiture conventionnelle : Planification, trajets, échafaudage, lattes de bois, revêtement du toit (par ex. tuiles), frais de montage, etc. Le surcoût se compose uniquement des modules solaires, du câblage et de l’onduleur »

Revêtement solaire en chevauchement pour une couverture intégrale de la surface.

Ce surcoût est vite amorti grâce au rendement électrique élevé. Le toit solaire s’autofinance et devient ainsi moins cher qu’un toit en tuiles traditionnel : « Un toit en tuiles normal ne peut pas faire ça« , dit Falk Baumann en souriant.

Système de toiture solaire ‘Level’ Megasol Energie SA

Des toits solaires aux détails résolus

Comme de nombreux autres systèmes de toitures solaires, la toiture solaire ‘Level’ utilisée est une toiture solaire chevauchée, c’est-à-dire « en écailles« . Il peut remplacer tous les toits en tuiles avec une sous-toiture correspondante. Il repose sur un lattage en bois qui ressemble beaucoup à un lattage de tuiles.

Grâce aux grands formats, dont la surface est plusieurs fois supérieure à celle d’une tuile, le toit solaire est rapidement installé. Des fenêtres de toit peuvent également être installées sans problème, en le prenant en compte lors de la conception du toit solaire. Il est également possible d’installer un garde-neige intégré au système.

Système de toiture solaire ‘Level’ Megasol Energie SA

Les éventuels travaux de nettoyage ou d’entretien peuvent être effectués facilement grâce à la protection antichute intégrée au système. De plus, le système de toit solaire est plus léger qu’un toit en tuiles et donc beaucoup plus léger que la combinaison d’un toit en tuiles et d’une installation photovoltaïque sur le toit. Cela permet d’alléger la toiture, ce qui est particulièrement important pour les bâtiments anciens.

Enfin, l’intégration à la toiture est esthétique. Falk Baumann conclut : « Pour notre bâtiment d’entreprise, nous avons été convaincus non seulement par la rapidité d’installation, mais aussi par la simplicité d’intégration des modules du toit solaire ‘Level’. Ceux-ci sont réalisés avec des panneaux composites en aluminium qui peuvent être découpés directement sur le chantier. Cela permet de gagner du temps et de réduire les coûts« .

Le « paradis énergétique » de Jordan Bardella

Sous des dehors plus mainstream que naguère, le programme de Jordan Bardella en matière énergétique et climatique est en réalité un programme de casseur et non de constructeur, de soumission et non de souveraineté. Conservatisme et souverainisme ne se conjuguent pas aisément sur le sujet énergétique où l’on oublie souvent que nous dépendons aux deux tiers des énergies fossiles et qu’il en a malheureusement toujours été ainsi. Les mesures proposées nous enfermeraient dans la dépendance aux énergies fossiles, gaz et pétrole en tête. Voilà la triste vérité du parti qui caracole en tête des intentions de vote aujourd’hui. Une publication de la série « Européennes 2024 » par Nicolas Goldberg, responsable du pôle énergie du Think Tank progressiste Terra Nova

Introduction

Tout à sa stratégie de respectabilisation, le Rassemblement national a décidé d’abandonner nombre de ses combats passés en matière énergétique et climatique tant ils apparaissent aujourd’hui anachroniques : formellement, les amis de Marine Le Pen et de Jordan Bardella reconnaissent ainsi que l’Europe doit jouer un rôle dans la lutte contre le réchauffement climatique et ne souhaitent plus sortir du marché européen de l’électricité. Pertinentes ou non sur le fond, certaines de leurs propositions sont aujourd’hui marquées d’un caractère très mainstream dans le champ conservateur et parfois au-delà chez d’autres sensibilités politiques : indexer le prix de l’électricité sur ses coûts de production, mettre des limites au libre-échange, baisser la TVA sur l’énergie ou refuser la libéralisation des concessions hydrauliques… tout ceci se retrouve dans les programmes de plusieurs autres formations.

Mais, comme toujours avec le RN, la respectabilité se fissure lorsqu’on examine les propositions de plus près : opposition à l’éolien et au solaire, absence d’ambition dans l’efficacité et la sobriété, opposition à l’interdiction de vente des véhicules à essence, encouragement des consommations fossiles… Certaines propositions relèvent également du « yaka fokon » (comme sur l’hydroélectrique) ou entrent en contradiction les unes avec les autres (le RN promeut ainsi le « juste échange » mais s’abstient sur l’ajustement carbone aux frontières). Inventaire…

La nostalgie d’un passé fantasmé

En matière énergétique, le RN a trouvé son slogan : « Refaire de la France un paradis énergétique ». Mais l’a-t-elle vraiment jamais été ? Encore aujourd’hui, elle dépend à 60% d’énergies fossiles importées. Si nous avons un jour pensé que la France était « souveraine » sur le plan énergétique, c’est parce que nous avions malheureusement oublié ces consommations fossiles longtemps invisibilisées car le gaz et le pétrole étaient le plus souvent accessibles et bon marché. La guerre en Ukraine nous a hélas rappelé une réalité que de nombreuses crises antérieures avaient déjà soulignée (des « chocs pétroliers » du XXe siècle à l’explosion des prix de la fin des années 2000, cf. graphique ci-après).

Est-ce un effet de la jeunesse du candidat ? Jordan Bardella semble avoir la mémoire bien courte et passe à côté des principaux enjeux. Notre facture d’importations d’énergies – essentiellement du pétrole et du gaz – est en effet colossale et représente une grande part de notre déficit commercial : 44 milliards € en solde net en 2019 pour un déficit commercial en biens de 59 milliards €, et 116 milliards € en solde net lors de la terrible année 2022 pour un déficit commercial global record de 164 milliards €. Au niveau européen, en 2022, les importations des 27 en la matière ont atteint la somme de 700 milliards €, soit presque l’équivalent du plan de relance européen de la même année (750 milliards €). Et tout cela au profit de régimes pas toujours recommandables, qu’il s’agisse d’Etats pétroliers du Moyen-Orient dont le RN dénonce régulièrement la contribution au financement des mouvements islamistes ou encore de la Russie avec laquelle plusieurs membres du RN entretiennent toujours des relations très cordiales.

A défaut d’être celle du paradis, la voie de la souveraineté nationale aussi bien que de la décarbonation commande donc de sortir des énergies fossiles, donc de ne pas encourager leur consommation et de développer les autres sources d’énergie. Est-ce bien la direction suivie par le RN ? Pas vraiment…

Une fiscalité favorable aux fossiles

D’une part, le RN envisage une politique fiscale qui risque fort d’encourager la consommation d’énergies fossiles. C’était déjà le cas dans le programme de Marine Le Pen pour l’élection présidentielle de 2022, qui souhaitait baisser de 20% à 5.5% la TVA sur les carburants, comme nous l’avions montré ici même. Jordan Bardella présente aujourd’hui la même idée d’une autre façon : « Baisser la contribution française nette (surplus) versée à l’UE pour participer au financement de la baisse de la TVA de 20 à 5,5% sur les énergies : électricité, gaz, fioul et carburants ». Les élections européennes sont l’occasion de réchauffer les mêmes plats. Avec les mêmes travers :

  • Cette mesure n’aurait aucun impact pour les entreprises qui paieraient leur énergie au même prix,
  • Elle encouragerait en revanche les ménages à consommer davantage de carburants ou, en tout cas, à moins se soucier des alternatives à la mobilité thermique. Le développement du véhicule électrique s’en trouverait pénalisé ainsi que les constructeurs qui ont commencé à investir des sommes considérables dans l’électro-mobilité.
  • Elle aurait les mêmes défauts d’indifférenciation que la première version du bouclier tarifaire, protégeant tout le monde de la même façon, ceux qui en ont besoin comme ceux qui n’en ont aucun besoin et qu’il faudrait au contraire pousser à investir dans d’autres mobilités ou d’autres motorisations. Il a même été évalué par l’Insee que les ristournes sur le carburant comme sur les autres énergies profitent davantage aux plus aisés, moins incités à diminuer leurs consommations excédentaires.

Si l’on veut aider les ménages modestes à faire face à leurs contraintes de mobilité sans abandonner l’objectif de sortie des énergies fossiles, ce sont d’autres solutions, plus ciblées, qu’il faudrait envisager, comme les chèques énergies en particulier.

La guerre contre les énergies renouvelables

D’autre part, la sortie des énergies fossiles et la quête d’une véritable souveraineté énergétique impliquent de développer les sources d’énergie décarbonée susceptibles d’être produites sur notre sol, comme le nucléaire et les énergies renouvelables électriques. Ces dernières ne font malheureusement pas partie des projets du RN qui misent tout sur le nucléaire. « En imposant les énergies intermittentes, lit-on dans le programme de Jordan Bardella, la Commission saccage le système électrique français qui garantit pourtant notre sécurité d’approvisionnement, une énergie décarbonée et un prix attractif ».

Les « énergies intermittentes » désignent généralement l’éolien et le solaire qui produisent effectivement de manière variable (selon la puissance du vent et l’ensoleillement). Selon Jordan Bardella, elles seraient donc néfastes pour le mix électrique français. Pourtant, aucun scénario crédible de décarbonation en France ne pourra être réalisé sans développer massivement l’éolien et le solaire, comme l’ont montré les travaux prospectifs de RTE ou ceux de l’ADEME. Car pour décarboner, il faudra notamment électrifier de nombreux usages, et donc augmenter notre production d’électricité. Or cette augmentation ne pourra se faire d’ici 2035 que par le solaire et l’éolien car les nouveaux réacteurs nucléaires que le Rassemblement national appelle de ses vœux ne seront pas prêts d’ici là.

Le RN semble cependant concentrer désormais ses griefs sur l’éolien. Il est en effet écrit plus loin dans le même programme que les énergies intermittentes désignent spécifiquement l’éolien (« Nous nous opposons au développement des énergies intermittentes (éoliennes) imposées par l’UE »). On se souvient cependant que Marine Le Pen déclarait pendant la campagne présidentielle 2022 vouloir mettre en place un moratoire sur le solaire… Est-ce à dire que ce ne serait plus le cas aujourd’hui ? Impossible de le savoir.

Programme de Marine Le Pen en 2022 : un moratoire sur l’éolien et le solaire. Est-ce toujours le cas pour le solaire ? Le programme de Jordan Bardella le laisse entendre sans l’affirmer clairement, contrairement à l’éolien

Rappelons au passage que les producteurs éoliens ont reversé plus de 13 milliards € à l’Etat pendant la crise énergétique (2022–2023) du fait des contrats pour différence qu’ils avaient souscrits (ces contrats leur garantissent des prix de rachat constants quand les prix de marché sont à la baisse mais les obligent à reverser à l’Etat une grande part de leurs profits quand les prix sont à la hausse comme ce fut le cas en 2022). Ces producteurs ont en outre permis d’éviter d’importer plus de gaz dans un contexte où les prix des fossiles s’envolaient et où il fallait compenser la baisse brutale de production d’électricité nucléaire du fait de l’état de notre parc. Au total, sur les deux années 2022–2023, les producteurs d’énergies renouvelables pourraient avoir apporté aux recettes de l’Etat l’équivalent des deux tiers des subventions publiques allouées au secteur depuis plus de 20 ans (cf. graphique ci-après).

Sources : CGCSPE, CRE, calculs Comwatt

 

Prix de l’électricité : les erreurs de calculs du RN

Mais l’Union européenne ne se contente pas selon Jordan Bardella de « saccager le système électrique français » : elle organiserait également « la flambée des factures énergétiques en indexant le prix français de l’électricité sur le prix européen du gaz ». En réalité, si les factures des Français ont flambé, c’est surtout en raison de la baisse brutale de production nucléaire domestique en 2022 et des risques de sécurité d’approvisionnement, la France étant soudainement passée d’exportatrice nette à importatrice nette d’électricité, le plus souvent produite à partir de gaz… Jordan Bardella explique désormais partout ne plus vouloir sortir du marché européen de l’électricité mais faire en sorte que le prix de l’électricité pour les Français n’en dépende pas, avec un tarif indexé sur les coûts de production, ce qui pose certains problèmes comme nous le verrons plus loin. Il est à noter que pour éviter l’exposition des consommateurs aux variations des prix de marché, le Parlement européen a bien voté une réforme fournissant tout un arsenal d’outils pour rapprocher les prix des coûts de production avec les contrats long terme et les contrats pour différence (CfD). Le RN a voté contre, s’opposant justement au mécanisme des CfD pour le parc nucléaire français au motif que cela nécessiterait de revoir la structure d’EDF, ce qui est probable, mais ce qui pourrait tout de même profiter au consommateur quoi qu’en dise le RN.

Tout en restant dans le marché européen de l’électricité, Jordan Bardella veut donc « baisser de 30% à 40% la facture d’électricité, en rétablissant un prix français de l’électricité (…) proche des coûts de production ». La facture d’électricité des ménages étant composée pour un tiers de taxes, un tiers de coûts de réseau et un tiers d’électricité, en réalité, les deux tiers de leur facture ne dépendent pas du marché. Quant au troisième tiers, il comporte aujourd’hui une part de nucléaire régulé et une autre part liée au prix de marché. Ainsi, le marché ne représente qu’un sixième de la facture d’électricité d’un ménage… On se demande dans ces conditions comment mathématiquement le RN pourrait baisser de 30 à 40% une facture d’électricité en changeant uniquement les règles d’exposition aux variations du marché…

Lorsqu’en 2016, le gouvernement de l’époque a modifié la formule du tarif réglementé de l’électricité, passant d’un tarif indexé sur les coûts à un tarif combinant nucléaire régulé et complément de marché, l’objectif était justement d’éviter une flambée des prix de l’électricité pour les ménages, à un moment où les marchés de l’électricité étaient bas et où EDF demandait des augmentations du tarif pour couvrir ses coûts. S’il est vrai qu’un tarif indexé sur les coûts aurait été plus avantageux que le tarif actuel pendant la crise récente, même avec une baisse de taxe, cela n’aurait certainement pas permis une baisse de 30%, les coûts du système électrique français s’étant considérablement accrus pendant la crise avec la baisse de production du parc électrique domestique ainsi que le recours aux importations et au gaz à un moment où son prix était au plus haut.

Par ailleurs, les prix de marché de l’électricité étant désormais retombés, il n’est absolument pas dit qu’un tarif indexé sur les coûts (74€/MWh selon EDF pour le seul nucléaire, auquel il faudrait ajouter le coût des autres sources pour avoir un coût complet) serait beaucoup plus avantageux qu’un tarif de marché dont les prix à plus long terme se négocient à 65€/MWh pour l’ensemble de la consommation de base et dont il est attendu de nouvelles baisses.

Les barrages hydroélectriques dans l’impasse

« Nous nous opposons à la libéralisation des concessions de nos barrages hydroélectriques », déclare également Jordan Bardella dans son programme. Comme tout le monde, est-on tenté d’ajouter, l’hydraulique français étant dans une impasse juridique depuis plusieurs années. Mais, au-delà des proclamations, quelle est la solution pour sortir de cette impasse ? La France doit depuis 10 ans mettre en concurrence les concessions hydroélectriques et ne le fait pas. De ce fait, tous les investissements dans l’hydroélectrique opéré par EDF sont bloqués pour ne pas briser les contrats de concessions en cours. C’est un immense gâchis. Trois solutions sont alors possibles :

  • Céder et mettre en concurrence les concessions hydroélectriques, ce que l’ensemble des partis politiques rejettent ;
  • Adopter un régime de quasi-régie, où EDF pourrait continuer à opérer les concessions hydrauliques, à condition qu’elles soient séparées du reste du groupe et que l’Etat soit l’acteur principal de décision dans la gouvernance. Cette solution a déjà eu l’aval de la Commission sous certaines conditions ;
  • Basculer « en régime d’autorisation », c’est-à-dire vendre les barrages à EDF qui en deviendrait propriétaire. Cette troisième solution est désormais poussée par EDF, ayant un temps voulu privilégier la quasi-régie, pour conserver l’intégrité du groupe. Ce ne serait toutefois pas sans poser des problèmes juridiques, l’Etat devant généralement a minima réaliser des appels d’offre pour la session de ses actifs.

Malheureusement, le programme de Jordan Bardella s’arrête à la déclaration de principe et ne dit pas comment il compte éviter la mise en concurrence des barrages hydroélectriques, alors que c’est justement là le nœud du projet. A moins de vouloir tout simplement déroger aux règles européennes sans concertation, ce qui est plusieurs fois mentionné dans le programme, rappelant ainsi les anciennes positions du RN sur la sortie de l’Union européenne.

L’introuvable « diplomatie écologique »

Jordan Bardella souhaite enfin « déployer une diplomatie écologique en exportant le savoir-faire industriel français en matière d’énergie décarbonée ». On le comprend : quand on a trouvé la clé du « paradis énergétique », autant essayer de la partager en exportant au passage nos solutions industrielles. Au fil de la lecture, nous pourrions imaginer qu’il s’agit ici de miser sur nos savoir-faire dans le nucléaire et l’hydraulique pour proposer un modèle alternatif de décarbonation à nos voisins et partenaires. En réalité, Jordan Bardella semble l’ignorer, mais c’est déjà le cas : les industriels nationaux concernés n’ont pas attendu les fulgurances du Rassemblement national pour essayer d’exporter leurs solutions, le plus souvent avec le soutien de la diplomatie française. Mais, quelles que soient nos performances à l’exportation dans ces domaines, ce mix de solution est insuffisant pour se décarboner. En outre, les énergies qui progressent le plus dans le monde aujourd’hui sont l’éolien et le solaire. En tirant un trait sur ces « énergies intermittentes », comme le propose Jordan Bardella, la France se marginaliserait, alors même que sur l’éolien en mer où l’Europe peut encore faire figure de leader, la France dispose d’un magnifique potentiel de production.

Quelques incohérences et de gros trous dans la raquette

Moins directement liées au secteur de l’énergie, d’autres mesures du programme de Jordan Bardella sont censées concourir à l’effort de décarbonation. Essayant de conjuguer patriotisme économique et lutte contre le réchauffement, Jordan Bardella propose ainsi de « Passer du libre-échange au juste échange et de favoriser les boucles locales ». Mais alors pourquoi s’est-il abstenu lors du vote sur le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (« taxe carbone aux frontières ») qui consistait précisément à permettre la réciprocité sur la prise en compte du climat dans les processus de production ? Mystère…

Le RN se prétend désormais convaincu de l’origine humaine du réchauffement climatique et affirme que même si l’Europe ne représente qu’une faible part des émissions de CO2, elle doit prendre sa part à l’effort. Mais alors pourquoi s’être opposé à l’interdiction à la vente des véhicules neufs émetteurs de gaz à effet de serre à partir de 2035 au Parlement européen ? Interdiction qui, par ailleurs, n’empêchera pas les propriétaires de véhicules thermiques de continuer à les utiliser, voire de les vendre sur le marché d’occasion…

Sur ce dernier point, le programme de Jordan Bardella tente toutefois une explication : « Plutôt que d’interdire brutalement et sans étude d’impact la vente des voitures thermiques individuelles, l’Europe doit favoriser l’innovation dans le secteur pour ne pénaliser ni les consommateurs ni les emplois industriels. »

« Miser sur l’innovation », « ne pénaliser ni les consommateurs ni les industriels »… ce sont là les éléments de langage habituels de l’immobilisme : il faudrait tout changer sans déranger personne et miser sur la technologie sans revoir les usages. Si l’effort d’innovation est en marche (par exemple sur les nouvelles chimies des batteries, etc.), c’est bien parce que les pouvoirs publics ont fixé des échéances claires et ainsi stimulé l’investissement des constructeurs. Par ailleurs, aucun scénario sérieux de décarbonation ne prétend que l’on pourrait y arriver uniquement par ce moyen.

Rappelons par ailleurs que la loi française prévoit déjà d’interdire la vente de véhicules neufs émetteurs à partir de 2040 et que d’autres pays, comme le Royaume-Uni ou l’Inde, ont déjà pris des mesures similaires. Continuer à vendre des véhicules thermiques neufs au-delà de 2035, ce serait en réalité nous enfermer dans les consommations fossiles pour encore 30 ans, et donc renoncer à la neutralité carbone en 2050. C’est assez cocasse dans un chapitre du programme de Jordan Bardella censé être consacré au climat…

Enfin, cet inventaire ne serait pas complet sans évoquer les « trous dans la raquette » du programme de Jordan Bardella. On n’y trouvera notamment aucune occurrence des mots « sobriété » et « efficacité ». L’ébriété énergétique est en réalité la norme pour le RN.

On n’y trouvera non plus aucune mention d’Euratom, l’un des traités fondateurs de l’Union européenne en matière de coopération sur le nucléaire, malgré l’insistance du programme du RN sur cette énergie. Est-ce à dire que les travaux sur le nucléaire ne peuvent se faire dans le cadre européen ? Plusieurs initiatives ont montré l’inverse.

Conclusion

Baisse de la TVA sur les carburants, désinvestissement des énergies renouvelables, pari exclusif sur le nucléaire et l’hydraulique qui ne permettront pas une large électrification des usages, opposition à la fin des véhicules émetteurs à partir de 2035, absence totale de propositions en matière de sobriété et d’efficacité énergétique… Les comptes sont vite faits : en réalité, derrière le rideau des apparences et des déclarations générales, le RN mise sur la pérennité des consommations d’énergies fossiles. Beaucoup de points suggèrent que le renoncement à la sortie de l’Union européenne relève d’un simple exercice de toilettage rhétorique puisque le RN propose finalement de déroger à un grand nombre de règles et d’objectifs qui sont aujourd’hui au cœur du projet européen.

Le programme de Jordan Bardella en matière énergétique et climatique est un programme de casseur et non de constructeur, de soumission et non de souveraineté. Voilà la triste vérité du parti qui caracole en tête des intentions de vote aujourd’hui.

« Urgence climatique » : une action à l’inverse des mots, malgré l’enfer des chiffres

On parle depuis plus de 20 ans d’urgence climatique ! Cette expression remonte à 1997 dans la presse française, nous rappelle Iris Viloux (Université Paris-Panthéon-Assas). Et paradoxalement, malgré sa démocratisation, l’injonction à agir qu’elle contient n’est pas (encore) advenue … L’action avance lentement, à l’inverse des mots urtilisés et malgré l’enfer des chiffres. Car l’urgence d’agir est supposée se traduire dans les objectifs chiffrés des politiques climatiques. Mais est-ce vraiment le cas ? Marc Delepouve (CNAM) a étudié la façon dont le monde politique reprend les travaux du GIEC. Pour lui, ils conduisent à une sous-estimation des risques du fait de la simplification du savoir scientifique réduit à quelques chiffres.

Tag « Urgence Climatique » en marge de la manifestation du 1er mai 2022. Paola Breizh/Flickr, CC BY

Iris Viloux, Université Paris-Panthéon-Assas

Dans un de ses derniers reportages, Enquête exclusive, une des émissions les plus populaires de la télévision française, proposait aux téléspectateurs le sujet suivant : « Urgence climatique : quand la jeunesse se radicalise ». L’émission promettait de présenter les modes de mobilisation des militants écologistes contemporains :

« Ils bloquent des autoroutes, aspergent de soupe des œuvres d’art ou crèvent les pneus des véhicules 4×4. Ces militants écologistes d’un nouveau genre sont prêts à tout pour faire entendre leur voix face à ce qu’ils appellent l’inaction climatique ».

« L’inaction climatique » – sous-entendue, des pouvoirs publics – est attribuée ici au discours des militants, permettant à la chaîne de maintenir l’idée à distance. « L’urgence climatique » est, en revanche, présentée comme une évidence, qui n’a pas besoin d’être attribuée à un locuteur quelconque. Elle fonctionne comme un référent social : l’équipe de journalistes part du principe que tout le monde comprend ce que cela signifie et adhère à cette idée.

Pourtant, l’« urgence climatique » n’est pas le « réchauffement », le « changement » ou le « dérèglement climatique », l’expression dépasse la simple description du phénomène : l’idée de l’urgence donne à l’expression une valeur performative. Plus concrètement, parler d’urgence climatique c’est postuler l’urgence à agir.


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Comment l’expression s’est-elle démocratisée ? Que dit-elle de notre rapport à l’action environnementale ? Invoquer sans cesse « l’urgence climatique » a-t-il permis le passage à l’action présupposé par l’expression ?

Pour répondre à ces questions, je me suis intéressée à la circulation de l’expression dans les médias, les discours militants et politiques. Et en particulier à à ses premières apparitions dans la presse française : j’ai donc analysé les 150 articles parus entre la fin des années 1990 et 2008 qui comportaient « urgence climatique ». Cela permet d’identifier les premiers énonciateurs du terme, ainsi que les transformations de sens et les appropriations subis par l’expression à mesure de sa circulation.

Ce cadrage du problème climatique comme une urgence est tout sauf anodin. Il ne s’est pas imposé naturellement dans le débat public et résulte en fait d’un travail mené par des groupes d’acteurs afin d’obtenir des réponses de la part des pouvoirs publics.

Apparue pour la première fois en 1997 dans la presse française, l’expression s’est démocratisée, avant de basculer peu à peu dans le langage courant.

Une expression d’abord consacrée aux épisodes météorologiques extrêmes

L’urgence climatique apparaît pour la première fois dans la presse française en 1997. Avant qu’elle ne s’intègre durablement au discours public dès 2019, ses usages demeurent rares, à l’exception de quelques pics d’apparitions discontinus (2009, 2015, 2018), tributaires de contextes particuliers.

Avant 2006, ses usages, exceptionnels, sont pour la plupart réservés à des épisodes météorologiques extrêmes, caractéristiques du traitement médiatique des questions environnementales sans mise en perspectives des causes de ces dérèglements.

En juillet 2003 par exemple, un article de Libération sur les pertes subies par les éleveurs à cause de la canicule mentionne « l’urgence climatique prise en compte par le ministre de l’Agriculture en nommant un « monsieur Sécheresse » en la personne de Pierre Portet, ingénieur général de l’agriculture ». L’urgence climatique due à la sécheresse estivale anormale est ici circonstancielle et localisée.

Mike Erskine

Un usage pour se démarquer et se positionner

Elle est également utilisée, dans quelques rares cas, pour désigner l’urgence du changement climatique par des personnalités publiques et des partis politiques. Ces derniers ne sont pas exclusivement étiquetés écologistes ou appartenant à l’opposition. On peut notamment citer le parti Génération Écologie, puis Greenpeace en 2005, Al Gore, WWF, le Réseau Action Climat et France Nature Environnement en 2006, mais aussi le ministre de la Recherche de Chirac en 2001.

Dès ces premiers usages pourtant épars, l’expression remplit des fonctions idéologiques et stratégiques : elle permet à ceux qui l’emploient de se distinguer et de se positionner.

Ainsi, lorsque le ministre de la Recherche de Jacques Chirac, Roger-Gérard Schwartzenberg, l’utilise pour se féliciter du lancement d’un satellite en 2001, c’est une manière de s’inscrire dans la stratégie présidentielle de l’auteur du célèbre : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », Chirac étant le premier président à faire de l’écologie un sujet de politiques publiques.

D’autre part, c’est aussi une façon de justifier le programme de recherche qu’il parraine et dans lequel s’inscrit le lancement de ce satellite de surveillance des océans. Évoquer l’urgence climatique lui permet de cadrer un problème à la fois localisé et relié au changement climatique, auquel le programme répond. Dans un des articles reprenant les communiqués du ministre, « l’urgence climatique » perd ensuite ses marques de citation, attribuant par défaut l’expression au journaliste. Un indice que l’expression commence déjà à s’intégrer dans le discours général.

Se positionner sur l’urgence est aussi un enjeu pour les écologistes d’opposition. En campagne en 2006, France Gamerre, présidente de Génération Écologie, associe l’expression à l’urgence énergétique dans une interview reprenant les termes du débat « urgence politique, urgence climatique et urgence santé » organisé par son parti en août 2005. De quoi lier les enjeux économiques et environnementaux, mais aussi extraire l’écologie d’un positionnement bourgeois. Cette rhétorique lui permet de se présenter comme une candidate différente.

Elle est suivie, quelques mois après, par sa concurrente la plus proche, Dominique Voynet, pour les Verts. Elle ajoute ce sujet à sa campagne en évoquant l’urgence dans un discours au Conseil national des Verts en mars, puis en meeting et dans une interview télé en avril, illustrant la rapidité des phénomènes de mise à l’agenda en période électorale.

En 2007 le thème intègre durablement le discours des Verts, en témoigne notamment une lettre ouverte, parue dans Libération en juin et signée par de nombreux cadres du parti, qui déclare :

« Nous avons besoin de vous pour mettre les Verts français à la hauteur des enjeux de l’urgence écologique ».

Markus Spiske

Les ONG s’en emparent pour politiser l’urgence

Pour les ONG, actrices majeures de la publicisation de l’expression – c’est-à-dire, le fait de la porter à la connaissance du public –, celle-ci constitue un outil de politisation.

En 2005, dans sa campagne contre l’implantation du réacteur ITER à Cadarache dans les Bouches-du-Rhône, Greenpeace mobilise l’urgence climatique pour décentrer la critique.

Plutôt que de porter seulement sur le choix du site, elle porte désormais plus globalement de la politique du gouvernement en matière de lutte contre le changement climatique. L’expression est très efficace, puisqu’elle oppose la temporalité longue d’une technologie en phase de test et la situation de danger imminent appelant une réaction immédiate.

Puis d’autres organisations du climat (Agir pour l’Environnement, France Nature Environnement, Réseau Action Climat et le WWF en 2007), l’utilisent à leur tour. En juin 2007, elles lancent la campagne « Urgence climatique chauffe qui peut ! » réclamant la réglementation des émissions de CO2 des voitures.

Outre les ONG, quelques personnalités publiques se font lanceuses d’alerte sur le climat et entrepreneuses de la cause de l’urgence. Al Gore et sa vérité qui dérange contribuent à la publicisation de l’urgence, préférant cependant l’expression « planetary emergency » que l’on traduit par « urgence planétaire ».

En France, Nicolas Hulot, alors animateur populaire d’Ushuaïa Nature alerte sur « l’urgence écologique » dans une lettre ouverte au Président en 2006, puis dans son pacte écologique de janvier 2007.

« Face à l’urgence climatique, les discours ne suffisent pas » conclut cette vidéo promotionnelle de Greenpeace France.

Quand l’urgence climatique devient mainstream

Mais l’intensification des usages de l’expression en 2007 doit bien davantage à l’implication des journalistes, qui jouent un rôle central de prescripteurs de l’information. Le contexte était celui d’une actualité environnementale intense (sortie du rapport du GIEC, G8 et ses contre mobilisations, Grenelle de l’environnement, attribution du prix Nobel de la paix à Al Gore et au GIEC…).

Dans bien des cas cependant, l’expression est soit une citation implicite, soit une attribution à des locuteurs qui ne l’ont pas vraiment utilisée. Un article de Ouest France prête, à tort, par exemple, à Angela Merkel l’usage de l’expression dans son discours de préparation au G8 de 2007 devant le Bundestag en écrivant :

« Alors que la chancelière allemande Angela Merkel veut faire de ce sommet […] un “signal fort sur l’urgence climatique” […] »

Elle n’évoque en fait qu’un « signal important » (« ganz wichtiges Signal ») et « les questions mondiales urgentes de notre époque », (« die drängende globale Fragen unserer Zeit ») dont la protection du climat fait partie.

Ce désordre dans les citations révèle l’intégration de l’expression au langage commun, parachevée par les journalistes. Dès lors que sa paternité n’est plus un enjeu, c’est que l’expression a gagné un caractère consensuel.

L’urgence climatique s’installe, en parallèle, dans le discours des politiques au pouvoir. La conférence de Paris, puis le Grenelle de l’environnement en 2007, ont un poids non négligeable dans la mise en circulation de l’expression. Elle représente toujours un enjeu de positionnement pour les politiques.

Cela apparaît de manière particulièrement claire dans les travaux de préparation du Grenelle à l’hémicycle. Pendant un débat à l’Assemblée Nationale en octobre, la notion circule d’une prise de parole à l’autre, chaque député de groupes politiques différents essayant d’imposer sa définition et s’en réclamant.

La notion d’urgence est finalement entérinée par le premier article de la loi Grenelle 1 en 2009, sous la forme imposée par Nicolas Hulot avec son pacte de 2007 et reprise par Nicolas Sarkozy : « l’urgence écologique ».

Une expression au succès ambivalent

Circulant entre le discours des organisations du climat, ceux des politiciens et des journalistes, l’expression fait la preuve de son intertextualité. Elle illustre la manière dont les discours se nourrissent les uns les autres. Employée simultanément par une variété d’acteurs poursuivant des buts différents, elle pénètre plus facilement dans le langage courant. Mais elle échappe de fait à un marquage idéologique clair et donne lieu à une dispersion qui contribue à l’appauvrir, quitte à faire rimer banalisation avec dépolitisation.

Le paradoxe de l’expression se dessine alors : tandis que l’abondance de ses apparitions témoigne de sa médiagénie, c’est-à-dire la compétence d’un objet médiatique à circuler dans l’espace social, sa persistance dans les discours, près de quinze ans après ses premières apparitions, souligne sa faiblesse performative.

Beaucoup utilisée par les mouvements écologistes contemporains, car considérée comme en accord avec la science et mobilisatrice, son usage n’est pas exempt de dangers, d’après les militants. Certains estiment son inefficacité due à son ancienneté :

« C’est vrai que ça fait dix ans qu’on parle d’urgence » constatait une militante écologiste avec qui j’ai pu conduire un entretien.

D’autres soulignent l’angoisse et la démobilisation qu’elle peut susciter. Ainsi que le risque d’appropriation par des ennemis politiques, ce qui montre qu’elle demeure un enjeu de positionnement malgré sa banalisation.

L’expression témoigne également de l’entrée de la question des temporalités dans les discours écolos militants, avec la collapsologie notamment. Mais elle masque les inégalités profondes devant le droit à l’avenir : l’urgence n’est pas la même pour tout le monde.

En fin de compte, l’expression « urgence climatique » semble avoir échoué, pour l’instant, à transformer de manière significative l’action publique : l’enjeu écologique résiste décidément à la performativité du langage. On ne peut d’ailleurs que déplorer l’absence d’engagements assortis aux déclarations d’État d’urgence climatique.

Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU, ne cesse de recourir à des formules de plus en plus alarmistes dans l’espoir de provoquer un sursaut. Il déclarait en septembre 2023 :

« l’humanité a ouvert les portes de l’enfer » en ne voulant pas se détourner de son addiction aux énergies fossiles.

De leur côté, certains collectifs militants, à l’instar de Dernière Rénovation optent pour la rhétorique du compte à rebours : on se souvient de l’action d’Alizée, militante du collectif qui s’était attachée au filet du court de tennis de Roland-Garros en 2022. Son t-shirt affichait en anglais « il nous reste 1028 jours ».

Les formules rivalisent pour dénoncer les responsables, nous exhorter collectivement et obliger nos dirigeants à agir à la hauteur de l’imminence du désastre, mais sans trouver de répondant.

Iris Viloux, doctorante au Centre d’Analyse et de Recherche Interdisciplinaire sur les Médias (CARISM), Université Paris-Panthéon-Assas

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


Urgence climatique : en parler, sans paralyser

à lire dans l’édition de La Croix du vendredi 3 mai 2024 et sur la-croix.com

Longtemps perçu comme une question abstraite, le réchauffement climatique produit des effets tangibles. Pour ceux qui informent sur ces effets se pose la question de la façon dont parler de la crise. Au-delà des discours, le choix du vocabulaire à adopter divise les linguistes.

https://www.la-croix.com


Climat : derrière les objectifs chiffrés, une édulcoration des connaissances scientifiques ?

Certains phénomènes imprévisibles, durs à quantifier, menacent les objectifs chiffrés laborieusement fixés par les politiques climatiques.

Marc Delepouve, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

Grâce au travail du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), les gouvernements n’ont eu d’autre choix que de prendre au sérieux le changement climatique et ses conséquences. Leurs décisions s’appuient ainsi sur les rapports du groupe d’experts, qui évaluent l’état des lieux des savoirs scientifiques et tracent plusieurs scénarios d’évolution future du climat.

Pour autant, ces décisions du monde politique répondent-elles fidèlement à l’ampleur du risque climatique ? Dans ma thèse, j’ai étudié les travaux du GIEC et leur utilisation par le monde politique.

J’en ai tiré une conclusion : les politiques climatiques reposent sur une simplification extrême du savoir scientifique, réduite à quelques chiffres. Et c’est dangereux, car cela va de pair avec une sous-estimation des risques.


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La difficile traduction des évaluations scientifiques en objectifs chiffrés

La COP26, tenue en 2021, s’est conclue par le Pacte de Glasgow où, pour la première fois, un accord politique international s’appuyait sur de tels chiffres. Cet accord portait sur :

  • l’objectif d’une réduction des émissions de dioxyde de carbone de 45 % en 2030 par rapport à 2010,
  • et sur l’objectif de neutralité carbone en 2050 (c’est-à-dire, des émissions nettes de CO2 nulles, autrement dit la compensation des émissions anthropiques de CO2 par une captation d’un montant équivalent).

Ces deux objectifs devenaient, dès lors, la référence adoptée par les politiques au plan international en vue de ne pas dépasser un réchauffement de 1,5 °C en 2100 par rapport à l’époque préindustrielle. Le pacte de Glasgow complétait ainsi l’accord de Paris qui avait introduit l’objectif de 1,5 °C, aux côtés de celui de 2 °C, déjà introduit en 2009 lors de la COP15 tenue à Copenhague.

À quoi servent les COP ? Une brève histoire de la négociation climatique

Deux ans plus tard, la COP28, tenue à Dubaï, reprenait dans sa conclusion l’accent mis à Glasgow sur l’objectif 1,5 °C, et en faisait la mise à jour sous la forme de trois objectifs chiffrés :

  • « réduire les émissions de gaz à effet de serre de 43 % entre 2019 et 2030 […] »
  • « […] de 60 % entre 2019 et 2035 […] »
  • « […] et parvenir à des émissions nettes de dioxyde de carbone nulles d’ici à 2050 ».

Les deux objectifs politiques de réduction d’émission de CO2 de Glasgow trouvent leur source dans le rapport spécial sur un réchauffement de 1,5 °C publié en octobre 2018 par le GIEC. Les trois objectifs de Dubaï, quant à eux, trouvent leur source dans le 6ᵉ rapport d’évaluation du GIEC, dont les différentes parties ont été publiées entre 2021 et 2023.

Toutefois, une lecture de ces rapports du GIEC permet de constater que ces objectifs ne sont qu’une libre traduction politique de scénarios climatiques de ces rapports. Comprendre : ils n’en sont nullement une traduction scientifique.

Le problème de cette traduction politique, c’est qu’elle omet de prendre en considération que les modélisations climatiques utilisées pour établir ces scénarios laissent de côté des phénomènes potentiellement amplificateurs du réchauffement climatique.

Ma Ti

Des « bombes climatiques » qui ajoutent à l’imprévisibilité

Parmi ces phénomènes, trois ont particulièrement attiré mon attention, car ils présentent le risque d’aggraver le changement climatique. Ce sont :

Chacun de ces trois phénomènes est susceptible d’émettre massivement du méthane et du CO2 dans l’atmosphère. Chacun d’entre eux pourrait ainsi devenir la cause d’une accélération du réchauffement climatique, laquelle viendrait en retour intensifier ces phénomènes et leurs émissions de gaz à effet de serre, d’où une accélération supplémentaire du réchauffement. Il existe ici un risque réel de boucles de rétroactions positives – autrement dit, de cercles vicieux.

Dans ma thèse, j’ai montré pourquoi dès le XXIe siècle ces trois phénomènes pris dans leur ensemble, qui plus est combinés avec d’autres phénomènes non pris en compte par les scénarios, présentent le risque d’enclencher un emballement climatique. Pourtant, ces trois phénomènes sont totalement ignorés lors de l’élaboration des scénarios du GIEC. Cela en raison de leur haut niveau d’imprévisibilité et de la difficile quantification de leurs futures émissions de gaz à effet de serre (GES).

Le bouleversement en cours de la vie dans les mers et océans est particulièrement éclairant. Il pourrait avoir des conséquences importantes sur le climat, car le rôle du vivant marin est majeur sur la composition de l’atmosphère et en particulier pour réguler la composition en CO₂ de l’air. Les mers et océans subissent en effet de plein fouet le réchauffement climatique ainsi qu’un ensemble d’autres perturbations anthropiques, comme l’acidification. La combinaison de ces perturbations crée un environnement du vivant marin inédit, si bien que ce dernier entre en zone inconnue. Son évolution d’ici à la fin du XXIe siècle est largement incertaine et présente le risque d’occasionner un surplus important de GES dans l’atmosphère.

Chris LeBoutillier

La quantophrénie, ou les limites de la quantification

Pourquoi le politique néglige-t-il ces éléments ? D’abord en raison de la méthode de décision par consensus entre les États. Mais aussi, d’après moi, en raison d’un biais quantophrénique. La quantophrénie est un biais de la pensée aujourd’hui très présent au sein des sociétés humaines, en particulier chez les décideurs politiques et économiques, mais aussi chez de nombreux scientifiques.

Ce terme trouve son origine dans « Fads And Foibles In Modern Sociology And Related Sciences ». Cet ouvrage, publié en 1956, a pour auteur le sociologue Pitrim Sorokin, fondateur du département de sociologie de l’Université de Harvard.

J’ai opéré un élargissement de son usage hors des Sciences humaines et sociales (SHS), et l’ai définie comme :

« la tendance à limiter les représentations des phénomènes ou objets aux seules représentations quantifiées, à nourrir les processus de décision politique de ces seules représentations quantifiées, et à largement utiliser des critères quantitatifs comme outils de la mise en œuvre et de l’évaluation des politiques publiques et du travail ».

Cette tendance, qui se déploie au détriment des formes de savoir non quantifié, a été documentée par de nombreux spécialistes. Quelques exemples, de façon non exhaustive :

  • Ida Hoos démontrait en 1979 que les modèles quantifiés utilisés pour évaluer des technologies ne prenaient pas en considération les implications institutionnelles, sociales et sociétales, et n’étaient pas fiables pour évaluer l’avenir incertain.
  • En 1993, Alain Desrosières exposait le développement de l’usage des outils statistiques et probabilistes au cours de l’histoire moderne.
  • En 2008, Wendy Nelson Espeland et Mitchell Nelson observaient les conséquences politiques, sociales et culturelles de la quantification des phénomènes sociaux.
  • En 2011, j’ai publié un ouvrage (2011) qui s’intéressait aux conséquences de la quantophrénie en termes de déshumanisation des rapports sociaux, de rapports de domination et d’absence de prise en compte de l’imprévisible.
  • En 2015, Alain Supiot explorait l’usage des nombres dans la gouvernance des populations, laquelle se substitue au gouvernement et fait surgir des liens d’allégeance oligarchique.
  • Plus récemment en 2019 et 2020, David Demortain explorait la quantification de l’action publique et Olivier Martin dressait une histoire de la quantification, de ses usages et de ses implications sur les sociétés humaines, de la préhistoire à nos jours, du comptage du bétail à l’algorithmique.
Melissa Bradley

Le « reste causal » pour penser l’imprévisible

En effet, toute quantification repose sur un ou plusieurs aspects d’un phénomène ou objet étudié. Elle laisse donc sur le côté les aspects non pris en compte. C’est pourquoi j’ai introduit dès ma thèse la notion de reste associé à une quantification. Puis je l’ai déclinée en une notion de « reste causal », que j’ai appliquée aux scénarios du GIEC. Ce « reste causal », associé à un scénario chiffré d’évolution future d’un phénomène donné, regroupe l’ensemble des phénomènes qui influenceront ou pourraient influencer cette évolution, mais qui ne sont pas pris en compte par le scénario.

Il est à noter que la mission du GIEC est d’évaluer la littérature scientifique disponible. Ainsi, les scénarios dits « du GIEC » ne sont pas élaborés par le GIEC, mais par des institutions de recherche. Le reste causal associé résulte de contraintes méthodologiques.

Dans le cas de ces scénarios, le reste causal contient un certain nombre de phénomènes identifiés scientifiquement, imprévisibles dans leur ampleur et leur temporalité, porteurs du risque d’une amplification du réchauffement dont les dommages pourraient être graves et irréversibles. Parmi ces phénomènes se trouvent les trois sources naturelles de gaz à effet de serre présentées plus haut.

Les pays du monde entier approuvent un appel historique à une « transition » hors des énergies fossiles

Ce que cela signifie pour les politiques climatiques

Les objectifs politiques des COP26 et 28 constituent des avancées notables du consensus de l’ensemble des nations. Ces objectifs sont chiffrés, ce qui n’est guère surprenant dans le contexte de quantophrénie particulièrement prégnant dans le champ politique. Toutefois, ils reposent sur une quantification qui ne prend pas en considération un reste causal chargé d’imprévisibilité, non quantifiable et porteur d’une menace majeure.

Une politique d’atténuation du changement climatique au plus proche de l’ensemble des connaissances scientifiques disponibles doit prendre en considération les phénomènes du reste causal associé aux scénarios du GIEC. Par conséquent, une telle politique doit viser des objectifs de réduction des émissions de GES plus ambitieux que ceux de la COP28. De plus, elle doit assurer une protection des mers et océans et, au plus vite, réduire les perturbations anthropiques de ces derniers.

Prioriser l’action sur les points les plus imprévisibles, tout en prenant en compte les scénarios climatiques publiés par le GIEC, ce sont les conditions nécessaires pour réduire au maximum le risque d’un emballement climatique, dont les dommages pour l’humanité seraient irréversibles et d’une extrême gravité.

Marc Delepouve, Chercheur associé au CNAM, Docteur en épistémologie, histoire des sciences et des techniques, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

70 % des journalistes environnementaux ont subi des attaques liées à leur travail

Un nouveau rapport publié par l’UNESCO à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée le 3 mai, alerte sur les actes de violence et d’intimidation croissants à l’encontre des journalistes couvrant l’environnement et le dérèglement climatique. Au moins 749 journalistes ou médias traitant des questions environnementales ont été attaqués au cours des 15 dernières années, et la désinformation en ligne a considérablement augmenté au cours de cette période. L’UNESCO appelle à un soutien plus important des journalistes environnementaux et à une meilleure gouvernance des plateformes numériques.

« Sans informations scientifiques fiables sur la crise environnementale actuelle, nous ne pourrons jamais espérer la surmonter. Pourtant, à travers le monde, les journalistes sur lesquels nous comptons pour enquêter à ce sujet et garantir l’accès à l’information sont confrontés à des risques inacceptables, et la désinformation sur le climat est omniprésente sur les réseaux sociaux. En cette Journée mondiale de la liberté de la presse, nous devons réaffirmer notre engagement à défendre la liberté d’expression et à protéger les journalistes du monde entier »

Audrey Azoulay, Directrice générale de l’UNESCO

Dans son dernier rapport Press and Planet in Danger, l’analyse de l’UNESCO révèle qu’entre 2009 et 2023, au moins 749 journalistes et médias couvrant les questions environnementales ont été victimes de meurtres, de violences physiques, de détentions et arrestations, de harcèlement en ligne ou de poursuites judiciaires. Plus de 300 attaques ont eu lieu entre 2019 et 2023, soit une augmentation de 42 % par rapport aux cinq années précédentes (2014-2018).

Lancé lors de la Conférence de la Journée mondiale de la liberté de la presse 2024 organisée à Santiago du Chili du 2 au 4 mai 2024, le rapport souligne qu’il s’agit d’un problème mondial, avec des attaques perpétrées dans 89 pays de toutes les régions du monde.

Une hausse des agressions physiques  

L’Observatoire de l’UNESCO des journalistes assassinés fait état d’au moins 44 meurtres de journalistes environnementaux au cours des 15 dernières années, parmi lesquels seulement cinq ont donné lieu à des condamnations, soit un taux d’impunité alarmant de près de 90 %. Le rapport révèle en outre que d’autres formes d’agressions physiques sont également répandues, avec 353 incidents recensés. Il constate également que ces agressions ont plus que doublé au cours des dernières années, passant de 85 entre 2014 et 2018 à 183 entre 2019 et 2023.

Lors d’une consultation menée par l’UNESCO en mars 2024 auprès de plus de 900 journalistes environnementaux issus de 129 pays, 70 % d’entre eux ont déclaré avoir subi des attaques, des menaces ou des pressions liées à leurs activités. Parmi eux, deux sur cinq ont par la suite subi des violences physiques.  
D’après les données récoltées, les femmes journalistes sont plus exposées que les hommes au harcèlement en ligne, ce qui confirme la tendance identifiée dans le précédent rapport de l’UNESCO The Chilling : global trends in online violence against women journalists.

Outre les agressions physiques, un tiers des journalistes interrogés a déclaré avoir été censuré, et près de la moitié (45 %) a déclaré s’autocensurer lorsqu’ils couvrent l’environnement, par crainte d’être attaqués, de voir leurs sources dévoilées, ou par conscience du fait que leurs articles pourraient porter atteinte aux intérêts des parties prenantes concernées.

Une feuille de route mondiale contre la désinformation sur le climat

L’un des principaux résultats de la Conférence de la Journée mondiale de la liberté de la presse sera une feuille de route mondiale de l’UNESCO contre la désinformation sur le climat, qui identifie les rôles que les gouvernements, les médias, les universités et les chercheurs, la société civile et les plateformes numériques peuvent jouer pour soutenir et protéger les journalistes environnementaux et promouvoir l’intégrité de l’information diffusée en ligne sur l’environnement et le dérèglement climatique.

La Directrice générale de l’UNESCO, aux côtés du Président chilien Gabriel Boric pour l’ouverture de la Conférence sur la liberté de la presse, doit annoncer le lancement d’un programme de subventions destiné à apporter un soutien juridique et technique à plus de 500 journalistes environnementaux victimes de persécutions, ainsi que de nouvelles initiatives visant à promouvoir une réflexion critique sur la désinformation liée au climat et à améliorer la régulation des plateformes numériques, conformément aux Principes pour la gouvernance des plateformes numériques.

En savoir plus

La Quinzaine du commerce équitable : du pouvoir d’achat au pouvoir d’agir !

« Le commerce équitable, des valeurs qui nous rapprochent ! » C’est le thème 2024 de la Quinzaine du Commerce équitable qui mobilise chaque année les acteurs du secteur autour d’un enjeu commun : promouvoir une économie plus juste pour les producteurs d’ici et d’ailleurs et encourager l’adoption de modes de consommation plus durables et plus équitables, accessibles à toutes et tous. Du 4 au 26 mai 2024, entreprises, collectivités et associations engagées organisent des centaines d’opérations partout en France pour toucher toujours plus de consom’acteurs : promotions, débats, conférences, animations, diffusion de films, jeux, dégustations, etc.

L’objectif de cette Quinzaine pour le collectif Commerce Équitable France qui l’a coordonne est de sensibiliser les participants et les encourager à prendre la mesure des changements positifs apportés par le commerce équitable en leur proposant diverses animations telles que des débats, des conférences, des visites de fermes, des animations, des diffusions de films, des jeux ou encore des dégustations, etc.  

Commerce équitable : de quoi parle-t-on ?

Le commerce équitable garantit une juste rémunération des producteurs pour s’assurer que celles et ceux qui sont à l’origine des produits de notre quotidien puissent vivre dignement de leur métier. Le commerce équitable est également la garantie d’accompagner les producteurs dans la mise en œuvre et l’adoption de modes de production permettant de faire face aux enjeux du réchauffement
climatique et de la protection de la biodiversité.

Le commerce équitable est régulé en France par la loi de 2014 sur l’économie sociale et solidaire, qui en fixe les 7 principes fondamentaux détaillés ci-dessus. Aujourd’hui, ce sont plus de 10 000 produits, proposés par plus de 500 entreprises, qui sont issus du commerce équitable.

A la suite de la Quinzaine du commerce équitable, le 18 juin 2024, Commerce Équitable France présentera l’Observatoire du commerce équitable, un état des lieux complet de la consommation équitable en France. Comme chaque année, celui-ci rassemble et consolide les chiffres de consommation du commerce équitable sur le marché français, compilant les données économiques de l’ensemble du secteur.

8 labels signalent ces produits garantissant leur conformité avec les 7 principes de la loi.

Quinzaines du Commerce équitable 2021 – 2020

Retour sur l’édition 2021 : La rencontre avec le commerce équitable peut tout changer

Fondé en 1997 et composé d’une trentaine d’organisations (entreprises engagées, labels, réseaux de distribution, associations de consommateur·rices et d’éducation à la citoyenneté mondiale, organisations de solidarité internationale et acteur·rices de la recherche et de l’enseignement…), le collectif Commerce Équitable France accompagne les transitions écologiques et sociales des modes de production et de consommation par la promotion du commerce équitable en France et à l’étranger.

Retour sur l’édition 2020 : Une campagne qui donne du sens, depuis chez moi !

Le commerce équitable, un modèle résilient face aux crises

L’agriculture et l’alimentation sont au cœur de questions de société majeures : l’insuffisance des revenus et la paupérisation des agriculteurs, la perte d’attractivité du métier d’agriculteur, la disparition des exploitations agricoles françaises, l’effondrement de la biodiversité et la pollution causées par l’agriculture industrielle… Ces multiples défis témoignent des difficultés à transformer notre agriculture et notre alimentation dans un contexte d’accroissement des inégalités sociales, de crise économique et climatique.

Depuis plus de quarante ans, le commerce équitable propose de réduire les inégalités sociales et environnementales engendrées par le commerce conventionnel. Véritable levier performant pour une transition écologique et solidaire, le commerce équitable garantit aux producteurs des prix stables et rémunérateurs pour vivre dignement de leur travail, améliorer leurs conditions de vie et adopter des modes de production respectueux de leur environnement, en permettant par exemple d’investir dans la transition agroécologique.

« Loin ou proche, le commerce équitable, des valeurs qui nous rapprochent ! »

La Quinzaine du commerce équitable 2024 célèbre un commerce équitable et international pour tous les consommateur·rices !

La demande des consommateurs pour des produits combinant plus de transparence et plus de proximité s’incarne aujourd’hui dans la montée en puissance du discours sur le « consommer local ». Pour autant, leur appétence pour les produits qui viennent de loin (café, cacao, bananes etc.) et qui ne peuvent être produits chez nous reste très forte. Dès lors, plutôt que d’opposer ce qui vient loin à ce qui vient de près, le commerce équitable, garantit un prix juste pour les producteurs et les productrices d’ici et d’ailleurs et peut devenir une véritable boussole pour aider les consommateurs à choisir des produits en phase avec leurs valeurs de proximité et de solidarité.

Les solutions que construisent chaque jour les acteurs du commerce équitable reposent sur un socle universel de valeurs de respect, de dignité humaine et de respect de l’environnement. Ces valeurs se déclinent dans des engagements transformateurs : un prix juste payé aux producteurs, qui leur permet de vivre dignement et d’investir dans la transformation écologique de leurs modes de production. Ces principes sont sans frontières et se déclinent dans
toutes les géographies.

Les labels de commerce équitable : des outils indispensables pour garantir la traçabilité des produits, la fiabilité des allégations et le repérage par les consommateurs

En 2024, 500 000 foyers français produisent et consomment leur électricité grâce au soleil

A l’occasion de la journée internationale du soleil le 3 mai, Effy publie son bulletin annuel des bonnes nouvelles et décrypte « la bonne affaire du solaire« . Devenu au fil des ans un véritable phénomène de société, le solaire s’est fait une place en France sur les toits de près de 500 000 familles. L’étude démontre qu’une installation, ‘correctement’ dimensionnée, permet de couvrir entre 40% et 50% de sa facture d’électricité, autant pour les petites installations que pour les gros consommateurs.

Le meilleur de l’énergie solaire, sur-mesure et accessible à tous par Effy

494 500 foyers équipés à l’issue du 1er trimestre 2024, en hausse de 80 % sur un an

5 fois plus d’autoconsommateurs en France en seulement 3 ans

D’après les dernières données d’Enedis, la France compte au 1er trimestre 2024 précisément 494 490 logements dotés d’une installation d’autoconsommation individuelle photovoltaïque. Une hausse de 79 % par rapport au premier trimestre de l’année dernière.

En 2021, lors du lancement des solutions Effy de travaux d’autoconsommation, 110 000 familles étaient alors équipées. C’est donc cinq fois plus d’autoconsommateurs en France en seulement 3 ans.

Entre l’énergie autoconsommée et la revente du surplus, les familles réalisent jusqu’à 50% d’économies1

L’étude compare la profitabilité des équipements en étudiant 4 grands profils d’auto-consommateurs :

  • du plus ‘électro frugal’ (7 panneaux pour couvrir l’éclairage et les équipements électriques de la maison)
  • au plus ‘électro utilisateur’ (30 panneaux pour couvrir éclairage, équipements, eau chaude, PAC et même recharge de la voiture électrique).

Une simulation qui révèle que les systèmes peuvent couvrir jusqu’à 50 % des consommations en moyenne, y compris pour les plus petites installations.

Ex:  cas d’une famille vivant dans une maison tout électrique (éclairage, eau chaude, PAC)

Une famille de 4 personnes vit à Lyon dans une maison de 120 m2 Elle a une facture d’électricité de 3923€/an couvrant le chauffage, l’eau chaude sanitaire, la cuisson et les équipements de la maison (électroménager…)
Elle peut couvrir 44% de sa facture d’électricité grâce à une installation solaire bien dimensionnée. En l’occurrence une installation de 9 kWc avec 22 panneaux permettant de générer 1759€/an (905€ grâce à l’autoconsommation de l’électricité directement produite par les panneaux et 853€ grâce à la revente du surplus de l’électricité qui n’est pas consommée). 

Avec l’électrification des usages, bien dimensionner les projets solaire

Pour les ‘besoins électriques basiques’ : l’installation de 3kWc

Budget estimé (Hors déduction de la prime à l’investissement) entre 7000€ et 8500€

Une installation de 3kWc est parfaitement adaptée pour l’éclairage et les appareils électroménagers

Pour également chauffer son eau : l’installation de 6 kWc

Budget estimé de 15000€

Lorsque les besoins s’étendent à l’eau chaude sanitaire en plus des usages basiques, un système de 6 kWc est plus adapté, même si la consommation d’eau chaude sanitaire peut être importante.

Lorsque le chauffage est électrique (PAC compris): l’installation de 9kWc

Budget estimé de 20000€

Il est important de bien dimensionner son installation dès lors que le logement utilise de l’électricité pour l’ensemble des usages quotidiens, notamment lorsqu’il y a une pompe à chaleur air/eau.

Pour les maisons 100% électriques et la recharge d’une voiture : l’installation de 12 kWc

Budget estimé de 27000€

Pour les foyers qui habitent des maisons tout électrique et souhaitent couvrir d’autres usages, à commencer par leur voiture électrique, l’installation de 12 kWc est finalement la plus adaptée. L’installation permet de couvrir tous les besoins de la maison et d’assurer une partie de la recharge électrique d’un véhicule électrique standard. NB: attention aux tarifs de revente! Au-delà de 12kWc installés, le tarif de rachat passe de 0,1301 ct/€ à 0,0778 ct/€.

© Effy

Avec un ticket d’entrée à 7000€ et des aides en baisse, le solaire est un vrai choix d’investissement pour les familles

Alors que le solaire continue de fédérer de plus en plus de familles partout en France, la seule ‘ombre au tableau’ concerne les dispositifs d’aide à l’installation. Jusqu’ici estimée à 1000€ en moyenne pour une installation de 3 kWc (7 panneaux), la prime à l’investissement prévue par EDF va baisser de 14 % à partir du 1er mai. Toutefois, les tarifs de revente de l’électricité produite par les particuliers devraient quant à eux augmenter de 3 centimes.

Avec un ticket d’entrée de 7000€ (après déduction de la prime à l’investissement), les travaux d’installation de panneaux photovoltaïques se révèlent être de vrais choix d’investissement pour les familles.

Prix constatés pour les installations avec Effy, après déduction de la prime à l’investissement. (Les prix varient selon le choix des équipements)

Décrypter le phénomène solaire avec le portrait-robot de l’autoconsommateur et la maison solaire idéale

Portrait de l’autoconsommateur Effy
La maison solaire idéale selon Effy
  1. et pas uniquement celles qui optent pour les plus gros équipements ↩︎

Quel avenir pour les semences paysannes ? Entre partage informel, changement des lois et utilisation du numérique

Moins de 3 % des graines traditionnellement cultivées par l’homme sont aujourd’hui utilisées pour la production alimentaire mondiale. Si les semences dites « de ferme » continuent d’occuper une place importante dans les agricultures vivrières des pays du Sud, ce sont les semences industrielles qui assurent les volumes massifs de production à l’échelle globale. Alors quel avenir pour les semences paysannes ? Face à cette mainmise marchande, certains acteurs entrent en résistance en pratiquant la culture et l’échange de semences dites paysannes. Comment mettre en commun ces semences et les connaissances qui leur sont liées, pour promouvoir un autre rapport au vivant dans notre relation à l’agriculture et l’alimentation ? Un article de George Aboueldahab, Enseignant-chercheur à l’EDC Paris Business School, Myriam Kessari, Enseignante-Chercheuse à l’Institut Agronomique Méditerranéen de Montpellier et PALPACUER Florence, Professeur des Universités en Sciences de Gestion à l’Université de Montpellier.

Daniel/Flickr, CC BY

George Aboueldahab, EDC Paris Business School; Myriam Kessari, Université de Montpellier et PALPACUER Florence, Université de Montpellier

Moins de 3 % des graines traditionnellement cultivées par l’homme sont aujourd’hui utilisées pour la production alimentaire mondiale. Et pour cause, celles-ci sont, dans de nombreux pays, tenues hors des circuits commerciaux. Si les semences dites « de ferme » continuent ainsi d’occuper une place importante dans les agricultures vivrières des pays du Sud, ce sont les semences industrielles qui assurent les volumes massifs de production à l’échelle globale.

La France figure à cet égard parmi les pionniers du paradigme industriel qui s’appuie, dès les années 1930, sur des critères de standardisation par lesquels les semences sont rendues prévisibles, productives et commercialisables. Un vaste marché s’est depuis élaboré autour de semences devenues standardisées, dont la diversité inhérente au vivant se trouve exclue, comme le sont une multitude de semences issue d’écosystèmes variés.

Face à cette mainmise marchande cependant, certains acteurs entrent en résistance en continuant de pratiquer la culture et l’échange de semences dites paysannes. Ils s’interrogent quant aux façons les plus adéquates de mettre en commun ces semences et les connaissances qui leur sont liées, pour promouvoir un autre rapport au vivant dans notre relation à l’agriculture et l’alimentation.

Semoir agricole. Fotokostic/Shutterstock

La construction juridico-légale d’une semence marchandisée

Pour comprendre comment nous en sommes arrivés là, il faut d’abord s’arrêter sur le cadre légal qui régit l’échange et le commerce de graine aujourd’hui.

Avant l’industrialisation de l’agriculture, les semences utilisées par les paysans étaient le fruit du travail de toute une communauté mobilisée autour d’une même variété. C’est cette communauté qui assurait la multiplication des graines, sa transmission d’une génération à l’autre, ainsi que le partage des connaissances paysannes et du savoir-faire associé. La culture de ces variétés ayant avant tout pour objectif de nourrir la communauté, la commercialisation portait surtout sur l’éventuel surplus qui était écoulé dans des marchés de proximité. L’agriculture traditionnelle a également toujours œuvré au maintien d’une diversité des semences afin de permettre aux cultures de s’adapter à différents contextes géographiques, mais aussi climatiques.

De nos jours, cependant la mise en marché de la semence industrielle s’inscrit dans une construction juridico-légale complexe, dont les semences paysannes se trouvent exclues. En effet de par leur nature, ces variétés paysannes ne répondent pas aux caractéristiques de distinction, homogénéité et stabilité (DHS) qui sont celles de la semence industrielle et qui sont obligatoires pour toute commercialisation.

De fait, pour répondre au critère de distinction, une variété doit être nettement différenciée de toutes les autres connues. Une variété est également jugée homogène si ses plantes présentent des caractères similaires, et stable si la conformité de ces caractères est garantie sur le cycle de reproduction défini.

Or, parce qu’elle est en coévolution constante avec son environnement, une semence paysanne ne peut être parfaitement homogène, ni parfaitement stable. C’est au contraire grâce à son hétérogénéité et son caractère évolutif qu’une telle semence peut s’adapter aux contextes dans lesquels elle est cultivée, et cette capacité d’adaptation est considérée comme une richesse dans la philosophie des cultures paysannes.

Une richesse qui sera progressivement écartée du champ de la commercialisation en France. Dès 1932 un catalogue officiel recense et fixe les « variétés » commercialisables. Le décret du 11 juin 1949 vient ensuite interdire la commercialisation de toute semence non inscrite au catalogue.

Siège de l’Union pour la protection des obtentions végétales (UPOV), à Genève en Suisse. l’UPOV compte aujourd’hui 79 membres. Ville Oksanen, CC BY

En 1961, la création de l’Union pour la Protection des « Obtentions végétales » (UPOV) à l’initiative de la France étend cette architecture juridico-légale à l’échelle internationale, dans l’objectif de protéger les investissements techniques requis pour le contrôle et la sélection productive des variétés semencières, qui sont de plus en plus réalisés par de grandes firmes privées.

Grande dame, l’UPOV laisse toutefois à l’agriculteur le « privilège » de continuer d’utiliser librement ses propres graines d’une année sur l’autre, un droit qui se trouvera réduit uniquement à la conservation et l’échange non marchand des semences en 1978, avant de devenir facultatif, laissé au bon vouloir des États, au début des années 1990.

Une confiscation marchande contestée

Cet appareillage juridico-légal s’est trouvé de plus en plus contesté à partir des années 1980, par des personnalités telles que la militante écologiste indienne Vandana Shiva ou encore par des mouvements comme Let’s Liberate Diversity à l’échelle européenne ou Red de Semillas Libres en Colombie. En France, le Réseau Semences Paysannes, fondé en 2003 et Kokopelli, créé en 1999 font partie des acteurs qui revendiquent un rapport aux semences en tant que communs, et qui considèrent l’autonomie semencière paysanne comme un élément central d’une agriculture respectueuse du vivant.

Plus globalement, les mouvements en faveur d’une agroécologie paysanne vont dénoncer un système de propriété et d’usage des semences qui se fonde sur des réglementations complexes, opaques, peu accessibles et difficilement lisibles pour les paysans. Ils refusent de voir les paysans devenus dépendants de fournisseurs industriels pour une ressource si essentielle à leur activité.

Les mouvements de l’agroécologie paysanne luttent alors pour « libérer » les semences de leur confiscation marchande. Ils rejettent une approche industrialiste qui favorise les innovations biotechniques privées au détriment du commun semencier. Leurs luttes peuvent prendre différentes formes : certaines organisations choisissent de mener une bataille législative au niveau français, mais aussi européen, et voient parfois leurs combats couronnés de succès. Par exemple, la loi du 10 juin 2020 met fin à l’interdiction de la vente de semences paysannes à des jardiniers amateurs, celle-ci redevenant alors une pratique légale.

Reportage de France 24 mettant en scène l’association Triticum. Les semences paysannes y sont présentées comme plus apte à résister aux maladies, et à s’adapter à la sécheresse.

D’autres choisissent de passer à l’offensive et n’hésitent pas à mener des activités en partie illégales, en l’occurrence, la commercialisation de semences non-inscrites dans le catalogue officiel. Cela peut parfois donner lieu à des condamnations et des amendes, comme c’est régulièrement le cas pour Kokopelli.

Ces mouvements continuent néanmoins d’avoir une approche proactive, à l’échelle locale, qui se fonde sur des initiatives de diffusion et de préservation des variétés paysannes à travers des banques de semences ou des réseaux d’échange informels. Le partage et la diffusion de ces variétés paysannes mettent directement en œuvre une autre agriculture, qui protège ces semences d’une appropriation industrielle. Il s’agit ici d’organiser des filières d’approvisionnement alternatives, qui limitent la dépendance paysanne vis-à-vis des modèles basés sur les droits de propriété intellectuelle.

Maddi Bazzocco

Des semences paysannes gérées en communauté

Les mouvements des semences paysannes misent ainsi sur le « commoning », un concept qui désigne les processus d’organisation par lesquels des acteurs sociaux vont gérer une ressource tout en empêchant sa privatisation.

Le commoning s’incarne par la formation de communautés, réseaux, collectifs et associations qui conservent, utilisent et échangent, hors marché, des variétés de semences paysannes encore « libres » car non brevetées ni cataloguées.

Contrairement aux semences DHS, dont le réusage est limité, les variétés paysannes visent, et permettent, une autonomie agricole en matière de reproduction des semences. La semence coévolue dans son environnement, et avec la communauté humaine qui assure sa conservation et sa diffusion. Les modes d’opération de ces communautés peuvent dès lors se trouver en tension avec le cadre juridique qui régule le secteur semencier aux niveaux national et international.

Au niveau national, les semences paysannes continuent ainsi d’être échangées et partagées à l’occasion de fêtes paysannes et bourses des graines qui constituent des occasions de diffusion des variétés paysannes. Ces événements ont surtout une portée locale, mais certains paysans et sympathisants n’hésitent pas à traverser la France pour s’y rendre. Si aujourd’hui la législation semble évoluer vers plus de flexibilité (loi du 10 juin 2020), c’est ce type d’événement qui a facilité la transmission des variétés paysannes dans des contextes législatifs plus contraignants.

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Christian Joudrey

Des connaissances coconstruites et menacées

La préservation et l’usage des semences paysannes se fondent donc sur des savoirs traditionnels, ancrés localement et liés aux spécificités des variétés locales. Ces connaissances ont été préservées et transmises d’une génération à l’autre, d’une manière qui conserve le caractère subjectif des connaissances et qui permet leur adaptation à de nouveaux contextes. Ces savoirs peuvent aller du simple poids des graines, des conditions de culture, ou de la période de semis, jusqu’à des connaissances plus complexes sur d’éventuelles résistances ou caractères désirables inhérents aux variétés (productivité, facilité de la récolte, etc.).

Ils s’avèrent également centraux pour la transition agroécologique, dès lors que cette transition va avoir recours à des variétés anciennes, sélectionnées par les paysans, adaptées à l’environnement local, souvent moins gourmandes en eau et qui ne dépendent que peu, ou pas, des intrants chimiques.

Mais ces savoirs paysans, tout comme les variétés anciennes, sont aujourd’hui menacés tant par les difficultés de transmission que par les risques de privatisation et d’industrialisation des éléments qu’ils contiennent. La FAO souligne ainsi le rôle du recours aux variétés industrielles dans la perte de plus de 75 % de la diversité génétique des plantes. En effet, quand des paysans abandonnent une semence paysanne locale, les savoirs associés sont souvent également perdus. En France, des communautés paysannes montrent pourtant qu’il est possible de faire vivre des variétés anciennes, comme dans le cas de l’oignon rose de Menton.

L’oignon rose de Menton, une espèce sauvée de l’oubli par les semences paysannes, raconte ce reportage de France 3 Provence.

Mais si les liens physiques et les rencontres ont permis jusque-là la survie de ces savoirs, suffiront-ils à permettre une plus large transmission ? À l’heure où l’essence est chère, les déplacements coûteux, et où tout, ou presque, se trouve sur Internet, la question de la numérisation de ces savoirs se pose et ne trouve pas de réponse unanime ou facile.

Le paradoxe partage/protection : mettre en commun face au risque de confiscation

Certaines initiatives (associatives, artisans-semenciers, conservatoires, etc.) tentent ainsi de développer des outils numériques pour garder une traçabilité des variétés et des personnes qui les détiennent.

En s’appuyant sur une recherche-action participative, nous avons travaillé avec des paysans et des artisans semenciers sur la façon dont les outils numériques pourraient être utilisés pour partager ces connaissances entre les acteurs des semences paysannes.

Il ressort que le numérique pourrait faciliter le partage des connaissances associées aux variétés paysannes au sein des communautés qui les font vivre et aiderait à la diffusion des communs semenciers. De plus, il serait particulièrement intéressant pour suivre la généalogie des semences et contribuer à leur sauvegarde (ou prévenir de leur disparition).

Pourtant, cette même traçabilité peut aussi mettre en péril les semences en rompant avec le caractère informel de la détention et du partage des savoirs (conditions précises de culture, traits génétiques souhaitables, etc.) auquel les communautés paysannes demeurent attachées.

La formalisation de connaissances tacites ou interpersonnelles implique aussi une forme de standardisation qui supprime l’ancrage et la subjectivité des savoirs.

Ces craintes d’appropriation et de standardisation façonnent les stratégies organisationnelles des mouvements des semences paysannes face à l’adoption des outils numériques. Ainsi, en contexte de lutte où la menace est forte, les mouvements militants privilégient des stratégies défensives qui viennent peut-être et pour partie brider leur potentiel proactif alternatif.

Notre recherche-action atteste ainsi d’un positionnement réticent quant à l’usage du numérique pour la gestion des semences paysannes et pour le partage des connaissances liées. Ces conclusions font apparaître une condition majeure pour la mise en commun des semences et des savoirs associés par de nouveaux outils tels que le numérique : celle d’un relâchement de la contrainte juridico-légale qui confisque aujourd’hui le rapport au vivant dans un modèle marchand trop éloigné de la nature.

George Aboueldahab, Enseignant-chercheur, EDC Paris Business School; Myriam Kessari, Enseignante-Chercheuse à l’Institut Agronomique Méditerranéen de Montpellier, Université de Montpellier et PALPACUER Florence, Professeur des Universités en Sciences de Gestion, Université de Montpellier

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Sécheresses, inondations, vagues de chaleur… Quel rôle du changement climatique dans les épisodes extrêmes ?

Les JO de Paris seront-ils les plus chauds de l’histoire ? Ils sont déjà scrutés par les scientifiques qui tentent de mesurer les effets du changement climatique. Les physiciennes de l’atmosphère Cathy Clerbaux et Sarah Safieddine (Sorbonne Université) utilisent pour cela un indicateur de la température humide. Car le cocktail chaleur et humidité peut-être mortel, surtout lorsqu’on produit un effort physique conséquent. Le chercheur en sciences du climat Davide Faranda (CNRS) travaille lui sur la science de l’attribution : il cherche à comprendre ce qui est imputable au changement climatique dans la récurrence d’événements météorologiques extrêmes. Ce domaine de recherche pointe un risque d’épisode caniculaire pendant les JO de Paris plus grave que celui de 2003.

Le lien entre les catastrophes naturelles et le changement climatique peut-être évalué au cas par cas a posteriori. Shutterstock

Davide Faranda, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

Chaque catastrophe naturelle causée par un épisode météorologique rare (vague de chaleur, sécheresses, inondations, orages…) entraîne régulièrement son lot de commentaires et de questionnements : le changement climatique est-il bien en cause ? Comment savoir ? Alors que le souvenir de la canicule de 2003 est encore cuisant, les risques d’un été caniculaire se font déjà craindre pour les Jeux olympiques de Paris à l’été 2024.

Depuis quelques années, il est possible de distinguer l’influence de la variabilité naturelle de la météo et l’influence des changements climatiques : on parle de science de l’attribution climatique.

Davide Faranda, directeur de recherche CNRS au laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) de l’Institut Pierre-Simon Laplace et membre du consortium européen XAIDA, qui développe des méthodes permettant de rattacher à l’évolution du climat les événements météorologiques extrêmes, revient sur cette discipline scientifique en plein essor.

Que veut-on dire par science de l’attribution ?

L’attribution climatique consiste à regarder un événement météorologique extrême donné qui s’est produit dans le passé, et à quantifier le rôle joué par le changement climatique dans sa survenue. Autrement dit, son enjeu est de distinguer la météo de tous les jours, qui sera en phase avec la variabilité statistique du climat, qui connaît des épisodes extrêmes rares rencontrés à une fréquence donnée (par exemple décennale, centennale…) de l’influence du changement climatique.

On cherchera ainsi à calculer dans quelle mesure le changement climatique a rendu cet événement plus probable – plus fréquent – et plus intense. C’est un domaine assez nouveau, qui a pris de l’essor après la canicule de 2003, qui avait causé plus de 35’000 morts en Europe. Il a notamment été popularisé dans le rapport du GIEC sur les causes physiques du réchauffement paru en août 2021. Les éléments scientifiques rattachant les extrêmes météo au climat sont très forts, notamment pour les canicules, les précipitations extrêmes, les sécheresses et les cyclones tropicaux.

Changements en fréquence et en intensité des événements extrêmes à cause du changement climatique. GIEC

Au-delà des orages, des cyclones et des vagues de chaleur, nous souhaitons aussi, dans le cadre de Xaida, nous intéresser aux événements faisant intervenir plusieurs extrêmes simultanément, comme les feux de forêt. Des recherches à ce sujet sont en cours.

Pourquoi est-ce une science aussi jeune ?

Pour pouvoir relier un événement donné à l’évolution du climat, il faut pouvoir simuler un monde « contrefactuel » tel qu’il serait en l’absence de changement climatique. On recourt donc à des modèles numériques qui permettront de calculer la probabilité de tel ou tel événement rare dans le monde actuel d’une part, et dans un monde sans réchauffement à gaz à effet de serre d’autre part.

À noter qu’il n’existe actuellement pas de consensus scientifique sur la meilleure façon de construire ce monde contrefactuel, pas même dans les modélisations du GIEC. Plusieurs méthodes de calcul coexistent pour modéliser les événements, chacune avec ses avantages et ses inconvénients.

La principale difficulté, c’est donc d’avoir assez de données pour construire ce contrefactuel. C’est aujourd’hui la disponibilité des données météo selon un maillage géographique de plus en plus fin (grâce à la multiplication des réseaux d’observation, au sol et par satellite) qui a permis de faire d’énormes progrès. En soi, ClimaMeter, l’outil d’attribution rapide des événements météo extrêmes que nous développons au LSCE, aurait pu tourner sur un ordinateur des années 1950. Mais à l’époque, nous n’aurions pas eu assez de données pour faire fonctionner les modèles.

Quels événements extrêmes ClimaMeter a déjà reliés au climat ?

L’outil a déjà permis de rattacher plus de 40 événements météorologiques extrêmes au changement climatique, parmi lesquels des tempêtes, comme le cyclone Belal qui a touché La Réunion en janvier 2024, des inondations comme celles à Dubaï en avril 2024 ou en France à l’automne 2023, des vagues de chaleur (comme celle d’octobre 2023 en Europe, des vagues de froid (comme celle de janvier 2024 aux États-Unis)…

Analyse ClimaMeter des inondations de Dubaï. ClimaMeter / Davide Faranda

Pour chaque événement, on calcule ainsi dans quelle mesure il s’agit d’un événement rare (si ce type d’événement est déjà survenu dans le passé), et dans quelle mesure il peut s’inscrire dans la variabilité naturelle du climat, ou s’il a été renforcé par le changement climatique d’origine humaine.

Quelle est la méthodologie utilisée par ClimaMeter ?

À la différence d’autres méthodologies, comme celles de l’initiative World Weather Attribution, qui va s’intéresser directement à la probabilité d’occurrence des variables météorologiques (températures, paramètres des vents, etc.) retrouvées dans l’événement étudié (on parle d’approche probabiliste inconditionnelle), nous adoptons une approche non seulement statistique, mais également conditionnelle. Nous recherchons les causes possibles, en termes de circulation atmosphérique (cyclones, anticyclones…), de ces variables : pression atmosphérique, précipitations, températures, vents…

Pour cela, nous recherchons des analogues de l’événement sous examen dans deux « mondes » issus de deux jeux de données distincts :

  • 1979-2001, qui correspond à un climat réchauffé, mais déjà du « passé »,
  • 2001-2023, qui correspond au climat réchauffé actuel.

Cette approche nous a permis de nous intéresser à des événements qui auraient été autrement impossibles à attribuer, par exemple les tempêtes ou encore des systèmes orageux. L’objectif derrière ClimaMeter, c’est de pouvoir évaluer les effets du changement climatique sur les événements extrêmes dans des zones où il existe peu d’études d’attribution, mais beaucoup de demandes d’évaluation de l’évolution du risque de ces événements pour les populations. Par exemple dans les Caraïbes, ou dans les zones méditerranéennes, où des cyclones méditerranéens (ou medicanes) pourraient faire des dégâts, à l’image du médicane Apollo, qui a frappé la Sicile en 2021 et provoqué des inondations.

L’enjeu est aussi socio-économique : ces modèles peuvent aider à estimer si le risque d’inondation à Venise est plus élevé avec ou sans barrage, par exemple.


Les JO 2024 permettront-ils de mieux comprendre les dangers de la température humide ?

Sarah Safieddine, Sorbonne Université et Cathy Clerbaux, Sorbonne Université

La cérémonie d’ouverture aura-t-elle lieu comme prévu ? Combien de touristes viendront in fine dans la capitale ? Est-ce qu’il y aura une canicule ?

Alors que la France entière se pose de multiples questions sur les prochains Jeux olympiques (JO) de Paris, en tant que physiciennes de l’atmosphère, ces JO seront pour nous l’occasion de scruter un indicateur de plus en plus utilisé pour mesurer les effets de la chaleur sur le corps humain, notamment lors d’un effort : celui de la température humide.

Cet indice thermique permet d’évaluer un ressenti qui vous est sans doute familier : lors des pics de chaleur, quand la température dépasse 35°C, nous avons tous fait l’expérience d’un ressenti très différent selon le taux d’humidité : à température égale, une chaleur sèche restant bien plus supportable qu’une chaleur humide. La chaleur et l’humidité peuvent même se révéler une combinaison mortelle, rendant la vie à l’extérieur particulièrement insupportable.

S’il existe de nombreuses façons de mesurer le confort thermique, notamment pendant les vagues de chaleur, le terme de température ou chaleur humide, en anglais, wet bulb temperature (WBT), est de plus en plus utilisé par les scientifiques et les médias, pour une raison simple : plus celle-ci s’approche de la température du corps humain, plus elle devient dangereuse.

Pourquoi chaleur et humidité riment avec danger

Car lorsque le taux d’humidité est élevé, le mécanisme de la transpiration via lequel l’humain contrôle sa température corporelle fonctionne beaucoup moins bien. Le seuil «critique» de la température humide pour l’humain, c’est-à-dire le point à partir duquel une personne en bonne santé ne peut espérer survivre pendant plus de six heures, était jusqu’à peu considéré comme atteint vers 35°C de température humide. Par exemple, cette valeur est atteinte à une température extérieure de 35°C et 100% taux d’humidité ou même à 38°C et 80% d’humidité. Mais des études très récentes montrent que ce seuil mortel serait beaucoup moins élevé puisqu’il se situerait plutôt vers 30-31°C si le corps ne peut pas se refroidir rapidement. Une hyperthermie s’installe alors et des lésions cérébrales et organiques peuvent apparaître entraînant d’autres conséquences dangereuses, voire mortelles.

Ce que les Jeux olympiques peuvent nous apprendre sur la température humide

Pendant les jeux Olympiques de 2020 à Tokyo, pour prendre en compte l’effet combiné de la chaleur et de l’humidité sur les activités physiques, la température humide a été utilisée comme indice pour estimer le risque de pathologies en lien avec la chaleur. Ces derniers jeux étaient de fait particulièrement élevés : considérés comme les plus chauds de l’histoire, leurs participants se sont indirectement infligé des conditions proches de la torture, avec des températures aux alentours de 30-31°C et un taux d’humidité de 60%. Or l’effort physique intense typiquement nécessaire lors des épreuves d’athlétisme ou les sports d’équipes en extérieur entraîne des contractions musculaires libérant une quantité considérable de chaleur et donc une forte augmentation de la température musculaire et de la température centrale du corps.

Ce n’est que dans un second temps que la chaleur produite est dissipée principalement sous forme de transpiration. Pour donner un ordre de grandeur : le ressenti en termes de confort ou stress thermique était le même pour un participant aux JO à Tokyo en 2021, qu’un joueur de football à la coupe du monde au Qatar en 2022 (40ºC et 25% d’humidité).

Nos travaux de recherche passés ont permis de cartographier les régions du monde considérées à risque par la combinaison dangereuse température-humidité. Mais c’est aussi un point d’attention de nos recherches actuelles dans le cadre de la préparation des Jeux olympiques qui se dérouleront à Paris cet été.

Juillet est le mois le plus chaud de l’année en Île-de-France. Si la chaleur est exacerbée par un temps orageux et/ou une humidité élevée, les conditions externes seront insupportables pour les compétitions.

Pour mieux anticiper, des analyses locales lors d’événements ponctuels, comme durant les JO de Paris cet été, vont être utiles pour mieux comprendre les impacts sur la santé de la combinaison température-humidité. En associant les données médicales des athlètes avec des mesures météorologiques locales, on devrait mieux estimer l’impact de la température humide sur les organismes soumis à des efforts intenses.

Une histoire liée à l’entraînement militaire

Récolter ce genre de données est crucial, car aussi dangereux qu’ils puissent être, les effets de la température humide sont encore trop mal connus.

Historiquement, les pathologies liées à de fortes températures humides ont d’abord été un objet d’étude militaire, car les maladies liées à la chaleur constituaient un problème grave dans l’armée, la marine et le corps des marines américains tout au long des années 1940 et 1950. 200 morts et plusieurs centaines de maladies dues à la chaleur ont ainsi été répertoriés entre 1940 et 1953. Trois ans plus tard, en 1956, dans des documents confidentiels de la recherche navale américaine, aujourd’hui rendus publics, le terme température humide apparaît pour la première fois. La température humide s’est dès lors avérée un indice de chaleur pratique pour évaluer le stress thermique sur les individus en activité en extérieur, et pour prédire et quantifier les maladies causées par la chaleur. Son utilité a de fait été rapidement prouvée : malgré un temps plus chaud en 1956 aux États-Unis, grâce à ce nouvel indice, l’incidence des maladies liées à la chaleur a été réduite de deux tiers dans les troupes navales de l’armée américaine.

Mais à l’échelle du globe, l’intérêt public par la température humide reste lui relativement récent. Le diagramme ci-dessous montre le pourcentage des recherches Google de l’expression «wet bulb temperature» pour les 10 dernières années dans le monde entier. On note une augmentation nette dans les recherches en 2021, et ce pendant tous les étés depuis.

Les chiffres représentent l’intérêt au fil du temps de la recherche « « wet bulb temperature» par rapport au point le plus élevé du graphique. Une valeur de 100 correspond à la popularité maximale du terme «wet bulb temperature». Une valeur de 50 signifie que le terme est deux fois moins populaire. Sarah Safieddine depuis les données : https://trends.google.com/trends, Fourni par l’auteur

Une température avec des formules différentes

Mais au juste, comment la mesure-t-on cette fameuse température humide ?

L’outil mobilisé pour cela est en fait un thermomètre dont le réservoir de mercure est contenu dans une boule de coton (ou «bulbe») humide exposé à l’air. À 100 % d’humidité, la température du bulbe humide (ici appelée température humide) est égale à la température de l’air (température du bulbe sec) ; à une humidité plus faible, la température humide est inférieure à la température du bulbe sec en raison du refroidissement par évaporation.

C’est là tout le paradoxe et la difficulté de la mesure de la température humide : elle indique certes un chiffre en degré Celsius plus bas que la température sèche mais un fort taux d’humidité demeure en parallèle un grand danger car notre transpiration corporelle qui permet au corps de se refroidir par évaporation est mise en péril.

Ce type de mesures à bulbe humide reste cependant encore rare car historiquement, les mesures des bulletins météorologiques n’intégraient pas cette donnée, car le concept même de température humide est relativement récent, et car les scientifiques la calculent ainsi indirectement.

Une dispersion importante des observations géographique et historique

Ces dernières années, des recherches ont pu être faites sur l’évolution de la température humide avec le changement climatique à l’échelle planétaire. Les chercheurs Tom Raymond et Colin Matthews ont par exemple examiné les données relatives à la température et à l’humidité provenant de 7000 stations météorologiques réparties dans le monde entier. Ils ont ainsi constaté que la température humide extrême est deux fois plus fréquente aujourd’hui qu’il y a quarante ans.

Cette carte montre les cas de températures humides maximales documentés, avec des couleurs plus chaudes allant du jaune au rouge signifiant les pires combinaisons mesurées de température humide. Carte de Jeremy Hinsdale ; adaptée de Raymond et coll., Science Advances, 2020. Carte interactive ici : https://news.climate.columbia.edu/wp-content/data-viz/heat-humidity-map, Fourni par l’auteur

Bien que le nombre de stations météorologiques utilisées dans cette étude (7000) puisse être considéré comme élevé, les stations sont principalement localisées dans les pays développés et la répartition n’est pas homogène sur l’ensemble du globe.

On note aussi le déficit de stations de mesures dans les pays chauds et/ou humides (Afrique, Amérique du Sud, la péninsule Arabique et le sud de l’Asie), où le danger de fortes températures humides est pourtant particulièrement inquiétant.

Manque de connaissance sur les processus locaux à l’échelle de la ville

Il faudrait donc, à l’avenir pouvoir analyser de manière plus homogène et ciblée les effets de la température humide, notamment dans les pays du Sud. Néanmoins, l’état des connaissances permet déjà de dresser certains effets aggravants.

L’effet physiologique de la température humide est par exemple particulièrement intense dans les villes, qui sont généralement des îlots de chaleur urbains, c’est-à-dire une zone d’élévation de température localisée en milieu urbain par rapport aux zones rurales voisines. Aujourd’hui, les liens physiques entre la température humide et les îlots de chaleur urbains restent cependant encore mal connus.

La température humide peut être également particulièrement élevée dans les villes côtières comme celles du golfe persique (telles que Dubaï et Abu Dhabi), en particulier en soirée, lorsque l’air est saturé d’humidité. Cette illustration est une moyenne, mais la variabilité en journée peut comporter des valeurs beaucoup plus élevées de la température humide.

On note enfin que lorsqu’on s’éloigne de la côte, la température humide diminue, alors que la température de l’air ambiant reste la même. Lorsque l’humidité est basse (régions désertiques), la température humide l’est aussi.

Moyenne sur 13 ans [2008-2020] de la température humide pendant l’été pour les villes du golfe Persique et du golfe d’Oman. Sarah Safieddine, Fourni par l’auteur

Une variabilité diurne complexe

L’animation ci-dessous montre un exemple de la grande variabilité en journée de la température humide pendant l’intense vague de chaleur enregistrée en Inde en avril 2022. Pour contourner le manque d’observations locales, et pour créer cette animation, nous nous sommes basées sur des données de modèles de météorologie dites reanalyses. Celles-ci regroupent et assimilent plusieurs jeux de données (sols, satellites, avions, modèles, etc.) pour créer un produit de qualité suffisante.

Animation de la température humide (WBT) par heure locale de la journée du 25 avril 2022. Source : Sarah Safieddine

Des études ont montré qu’en l’absence de mesures significatives qui permettraient d’atténuer la hausse des températures due au changement climatique, le seuil limite de survie (= 31 °C ou 35°C donc selon les différentes études) sera atteint et dépassé dans les années à venir, en particulier en Afrique, dans la péninsule Arabique et en Asie du Sud. Ici, pour le cas de l’Inde en 2022, on constate par exemple que ce seuil a été dépassé pendant plusieurs heures durant la journée du 25 avril 2022 (et pendant plusieurs heures quelques jours avant et après). La température humide est hélas élevée dans les régions qui sont aussi les plus peuplées du monde.

Pour les villes côtières, c’est la double peine : elles sont plus chaudes et plus humides.

La température humide est la plus intense sur les côtes (taux d’humidité plus grands) et pendant l’après-midi, quand les températures et les taux d’humidité combinés atteignent leur maximum. On note que sur la frontière indo-pakistanaise, proche de l’océan Indien, la température humide reste encore dangereusement élevée même à 18h30, fin de la journée de travail.

Un domaine de recherche pluridisciplinaire encore largement mal connu

On sait que la capacité du corps humain à supporter la chaleur et l’humidité ne va pas évoluer aussi rapidement que les perturbations du climat à venir. Les projections climatiques des rapports du GIEC montrent que l’augmentation de température dépendra fortement de la vitesse avec laquelle les émissions de gaz à effet de serre diminuent. Mais les projections climatiques de la température humide sont encore entachées d’incertitudes, en particulier aux échelles locales quand on ne dispose pas de mesure d’humidité. De ce fait, les effets sociétaux et épidémiologiques sont difficiles à prévoir, et les mesures à prendre en terme d’aménagements du territoire sont compliquées à mettre en place.

Sarah Safieddine, Chargée de recherche CNRS (LATMOS/IPSL), Sorbonne Université et Cathy Clerbaux, Directrice de recherche au CNRS (LATMOS/IPSL), professeure invitée Université libre de Bruxelles, Sorbonne Université

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


Peut-on utiliser la méthodologie de ClimaMeter pour prévoir le risque d’événements extrêmes, comme une vague de chaleur pendant les Jeux olympiques de Paris à l’été 2024 ?

Ce n’est pas l’objectif de ClimaMeter, même si nous avons repris la méthodologie du projet pour évaluer le risque de vague de chaleur pendant les JO de Paris 2024, dans la revue npj Climate and Atmospheric Science. Nous avons montré que ce risque est bien plus élevé qu’en 2003, et que le record de 2003 pouvait être dépassé de plus de 4 °C en Île-de-France avant 2050.

Les épisodes chauds ainsi simulés correspondent à l’ajout d’une « goutte froide » cyclonique à une situation anticyclonique proche de celle de 2003. Cette « goutte froide » est susceptible de transporter de l’air très chaud du Sahara vers la France, et d’apporter une chaleur supplémentaire par rapport à la situation de 2003.

Cette étude n’est pas une prévision pour 2024, mais un avertissement quant à la possibilité de périodes de chaleur prolongées en Île-de-France à un horizon très proche.

Davide Faranda, Senior Researcher, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

HALANGA : l’histoire d’un fabuleux combat pour le respect de la Nature et du Vivant !

Se reconnecter à la magie de la nature, se laisser emporter par le souffle de l’aventure ! Après « Les mangeurs de pierre« , premier volume paru en septembre 2023, suite et fin du périple de Hannah et ses compagnons avec « Les hommes-oiseaux« , en librairie le 16 mai 2024. Une saga écrite par une autrice de talent, qui réussit avec Halanga sa première incursion en littérature jeunesse. Un récit merveilleux d’une grande douceur, qui explore notre rapport avec le vivant, notre connexion avec la nature, et nous invite à l’éveil de nos sens.

« Un roman haletant dont l’intrigue et l’action démarrent dès la première page. L’auteure nous plonge dans un monde de beauté où la cruauté humaine n’a pas de limites, tout comme le courage de certains de se battre pour la liberté des autres. »

PAGE DES LIBRAIRES

Un roman d’aventures palpitant, aux airs de fantasy, avec une galerie de personnages savamment incarnés et une héroïne courageuse et libre.

Une ode passionnante à la nature, à la connexion entre les êtres et les mondes — animal et végétal. Une invitation à l’éveil de nos sens, à l’écoute, à la contemplation, au respect de la vie et de l’autre.

Halanga – Tome 1 : Les mangeurs de pierre

Un grand roman d’aventures, merveilleux et enchanteur, qui explore notre connexion avec le vivant. 1er tome d’un diptyque passionnant ! 

À Halanga, on vivait sans manquer de rien avant que Sixte ne prenne le pouvoir, laissant la population mourir de faim. Hannah décide alors de partir en quête d’une plante miraculeuse qui pousse au-delà des Montagnes blanches, dans l’Est sauvage. C’est le début d’un long voyage, en compagnie de plusieurs résistants. Sur la route, pour braver les dangers, Hannah devra plus que jamais compter sur son don ; car elle est une Oreille, capable de comprendre le langage des arbres et du vent…

Katrina Kalda présente brièvement son premier roman à un public de libraires

Halanga – Tome 2 : Les hommes-oiseaux

Après « Les mangeurs de pierre », suite et fin du périple de Hannah et ses compagnons ! L’histoire d’un fabuleux combat pour la liberté. 

Hannah atteint enfin les contrées de l’Est sauvage, où se dresse une forêt d’arbres géants. Qui sont ces hommes aux allures d’oiseaux qui l’habitent ?
À l’ouest des montagnes, la cité de pierre est envahie. Renvoyée de force à Halanga, Prunelle découvre son funeste destin : épouser Sixte, dont le pouvoir est sans limite.
Pour venir en aide aux siens et défier le tyran, Hannah devra rallier ceux qui, dans l’ombre, continuent de résister. Et espérer que les arbres, le vent et la pluie soient de nouveau derrière elle…

L’ autrice Katrina Kalda

Katrina Kalda est née en 1980 en Estonie.

Elle est arrivée en France à l’âge de dix ans.

Elle a étudié les lettres à l’École normale supérieure de Lyon.

Agrégée de lettres modernes, elle passe le concours de conservateur des bibliothèques en 2014.

Actuellement, elle travaille à la bibliothèque de l’université de Tours. 

Elle est l’autrice de quatre romans côté adultes chez Gallimard (collection blanche) : Un roman estonien (2010), Arithmétique des Dieux (2013), Le pays où les arbres n’ont pas d’ombre (2016) et La mélancolie du monde sauvage (2021). Elle a reçu le Prix du rayonnement de la langue et de la littérature française, par l’Académie française (2013), le prix Richelieu de la francophonie (2015), et le prix des lecteurs des littératures européennes de Cognac (2018).

4 questions à Katrina Kalda

Vous avez déjà publié plusieurs romans pour adultes. Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous tourner vers la littérature jeunesse ?

L’univers de Halanga s’est imposé alors que je travaillais sur un autre livre, pour un public adulte. C’était inattendu, mais tellement prégnant que j’ai mis mon projet de côté pour noter les grandes lignes du roman. À l’époque, je vivais dans une maison en lisière de forêt ; c’est peut-être l’atmosphère particulière de ce lieu qui a déclenché le récit. Petite fille, en Estonie, j’étais aussi une grande lectrice, notamment des romans d’autrices d’Europe du Nord mettant en scène des enfants très autonomes, souvent solitaires, et une nature accueillante, mais aussi dangereuse. Je pense aux livres d’Astrid Lindgren, de Selma Lagerlöf, à ceux de Tove Jansson avec sa vallée enneigée, cernée par les montagnes, la mer, et ses maisons toujours ouvertes aux hôtes de passage. J’étais une enfant très rêveuse, alors ces livres m’ont énormément accompagnée ; je crois aussi qu’ils ont été un contrepoint à la grisaille de la ville soviétique et aux longs hivers du nord. Finalement, ce n’est pas si étonnant que je revienne vers la littérature jeunesse.

Votre héroïne est embarquée dans une quête palpitante qui va la mener loin des cinq vallées de Halanga. Que fuit-elle et qu’espère-t-elle trouver ?

Hannah assiste à l’avènement d’un pouvoir autoritaire qui, au début du diptyque, va faire basculer tous ses repères. En quelques jours, elle perd son foyer, son père, et le mentor qui l’a formée. Sixte, le tyran, est comme Hannah un personnage très fort, entier et idéaliste. Tous deux ont des visions du monde très tranchées et surtout antinomiques. Hannah est donc confrontée à un choix douloureux : se mettre au service du tyran, en reniant ses valeurs, ou bien fuir. Elle choisit de partir, ce qui signifie aussi quitter le jeune homme qu’elle aime, et ressentir la culpabilité de ceux qui s’en vont, alors que d’autres restent et tentent de résister…

Hannah va se lier avec des personnages très différents les uns des autres. Comment avez-vous imaginé la dynamique du groupe ?

Dans un groupe humain, il s’établit souvent un subtil équilibre entre des personnalités très différentes. Là où Hannah est fougueuse et pleine de courage, Fenouil est un garçon discret, timide, qui pourrait sembler lâche au premier abord, mais qui se révèle incroyablement persévérant et curieux. Frêne est, lui, un jeune homme très fort, aux jugements parfois durs, mais qui dissimule une blessure qu’il n’arrive pas à dépasser. Quant à Prunelle, elle semble l’exact opposé de Hannah, toujours soignée, polie, douce, alors que Hannah est sauvage et impulsive. Mais Prunelle est surtout prisonnière d’une image de soi qu’on lui a imposée et qui lui fait horreur. Et enfin, il y a Aube, le bébé qu’il faut éloigner du tyran et qui se révélera porteuse d’un don hors du commun… Le hasard qui les fait cheminer ensemble va les obliger à s’adapter, à faire preuve d’empathie, à dépasser leurs préjugés. Finalement, Halanga, c’est aussi une belle histoire d’amitié.

Hannah va aussi développer son don d’Oreille, une capacité fascinante et merveilleuse, qui commence pourtant par l’observation de signes auxquels nous pourrions tous être attentifs…

C’est vrai, le talent de Hannah repose avant tout sur le fait de se rendre attentive à ce qui l’entoure. Elle perçoit le moindre bruit, le moindre changement dans l’air, elle remarque des fragrances infimes qui restent imperceptibles à d’autres. Pour acquérir cette qualité de présence au monde, elle a dû beaucoup s’exercer en pratiquant quelque chose qui pourrait se rapprocher de la méditation. Peut-être Halanga pourrait-il donner envie de s’arrêter un instant pour remarquer ne serait-ce que la couleur du ciel ou la forme des feuilles d’un arbre sous lequel on passe tous les jours sans lever les yeux ?

L’alimentation locale : atouts et limites

Le décryptage d’Ophélie Petiot vise à analyser les ressorts de la consommation locale : les raisons qui peuvent motiver cette pratique, ses avantages, mais aussi ses limites. Elle invite à se questionner sur les définitions du terme « local » qui varient selon le contexte socioculturel, la zone géographique et les revendications associées. Ce décryptage propose également une analyse des répercussions écologiques liées à la consommation de certains produits spécifiques, et montre les résistances sociales et économiques pouvant découler de la relocalisation des moyens de production.

Les récentes crises agricoles qui ont traversé l’Europe, suite à l’imposition de normes environnementales sans compensations financières, ont donné un nouveau souffle à la consommation locale. Cette dernière s’en retrouve ainsi motivée par de nouvelles préoccupations telles que la lutte contre la concurrence déloyale et la promotion de l’emploi local.

Le décryptage d’Ophélie Petiot vise à analyser les ressorts de la consommation locale : les raisons qui peuvent motiver cette pratique, ses avantages, mais aussi ses limites. Les définitions du terme « local » varient selon le contexte socioculturel, la zone géographique, et les revendications associées. Ce décryptage analyse aussi les répercussions écologiques liées à la consommation de certains produits spécifiques et les résistances sociales et économiques pouvant découler de la relocalisation des moyens de production.

Si le localisme permet potentiellement d’avoir une moindre empreinte carbone et de favoriser l’emploi local, ses impacts réels ne vont pas toujours dans ce sens. 

Et si consommation locale ne signifiait pas toujours consommation durable et cachait une réalité plus contrastée ? Si l’on vous disait que le kilogramme de viande de veau de race à viande équivaut à 48,6 kg de GES en production locale contre 22,8 kg de GES pour le kilogramme de haricots verts hors-saison importés par avion depuis l’Afrique subsaharienne, seriez-vous étonné.e.s ?

Thomas Le

Introduction

En février 2024, le salon de l’agriculture s’est tenu dans une ambiance tendue. Les agriculteurs français ont notamment exprimé leur préoccupation concernant la concurrence déloyale d’autres produits provenant de l’Union européenne ou d’ailleurs, et leur mécontentement face à des rémunérations insuffisantes. La colère avait atteint son paroxysme en janvier 2024 : les agriculteurs avaient organisé des barrages à proximité de Paris dénonçant des rémunérations insuffisantes et les difficultés à produire face à l’augmentation des importations de denrées alimentaires à plus bas prix en provenance de l’extérieur de la France – Union européenne ou hors Union européenne.
Dans ce contexte, si l’alimentation locale est populaire auprès des consommateurs, les importations de certains produits continuent de croître fortement comme celle de la viande de poulet originaire d’Ukraine1 moins coûteuse. En 2022, la FNSEA, avait déjà dénoncé ces importations qui ne sont pas soumises à la réciprocité des normes imposées2 comme une concurrence déloyale. A ces difficultés s’ajoute une position de faiblesse des agriculteurs face aux industriels et aux distributeurs. Les principaux syndicats d’agriculteurs (FNSEA et Jeunes Agriculteurs) réclament dans une liste de revendications3 le respect total des lois Egalim devant garantir une juste rémunération de leurs produits dans le cadre des négociations commerciales avec les industriels et les distributeurs. Comment dans ce cadre réussir à garantir le maintien d’une agriculture locale et de produits locaux ?
Hormis les relations entre les agriculteurs, les transformateurs et les distributeurs, le rôle du consommateur dans l’achat de produit locaux est central. Encourager la production de denrées alimentaires locales nécessite d’abord d’acheter ces produits. Bien qu’ils soient invités à consommer français, les consommateurs se tournent-ils plus naturellement vers les produits locaux ? Les consommateurs sont-ils prêts à payer plus cher une alimentation issue de la production française voire plus locale ? Pour répondre à ces questions, ce décryptage propose une analyse de « l’alimentation locale », de ses atouts et de ses limites.

I – Les avantages de l’alimentation locale : une définition selon le point de vue du consommateur.

L’alimentation locale était autrefois la norme pour les consommateurs. Achetés dans de petits commerces, à proximité immédiate de leur domicile, les produits locaux faisaient partie intégrante de leur alimentation. Avec la mondialisation et l’ouverture des marchés, l’origine géographique des produits consommés n’a cessé de se diversifier. Pourtant dans ce contexte, qu’il s’agisse de biens matériels ou d’alimentation, le local paraît plus sûr, de qualité et est de fait volontiers plébiscité. Dans le cas de l’alimentation, ce besoin de confiance est encore renforcé car le produit est avalé.
« Face à une consommation standardisée et largement désincarnée, face à une société de plus en plus fragmentée, les produits locaux, formidables vecteurs d’ancrage, d’identité, de confiance et de proximité, apparaissent comme une valeur refuge » précisent Emily Mayer et Philippe Goetzmann4.
Le produit local dispose de plusieurs atouts pour le consommateur. Ces produits participent d’abord à l’encouragement de l’activité économique à proximité du lieu de vie. Ils sont perçus comme étant à l’origine d’emplois et de dynamisme pour les territoires qui les accueillent car les aliments locaux consommés sont souvent des aliments transformés. Les Français ont en effet réduit de de 25 %5 entre 1986 et 2010 le temps consacré à la préparation de leurs repas à domicile. Cette réduction du temps de préparation des repas s’accompagne d’une hausse de la consommation des aliments transformés. Souvent perçus comme pratiques, découpés, voire déjà cuisinés, ils sont intégrés à l’alimentation quotidienne. Selon l’INSEE la part des plats préparés dans les achats alimentaires des Français a d’ailleurs augmenté de 4,4 % par an en volume depuis les années 1960. Ces aliments transformés le sont en amont par des acteurs économiques via l’industrie agroalimentaire.
« Nous consommons beaucoup de produits transformés. La clé du local se situe certes dans l’agriculture, mais encore plus dans l’industrie. » Emily Mayer et Philippe Goetzmann, La consommation de produits locaux, de l’héritage à la richesse productive, Fondation Jean-Jaurès, 2023.
Même si un aliment local est souvent caractérisé comme artisanal et en circuit court6, pour acheter local les consommateurs se tournent plus naturellement vers les supermarchés et hypermarchés où les produits agroalimentaires occupent une place essentielle. Finalement, peu de produits locaux n’y ont pas recours. Cette consommation favorise la production industrielle au sein des territoires. Par ailleurs, la sécurité sanitaire des produits est un autre atout perçu par les acheteurs, français ou internationaux. Les normes sanitaires imposées aux entreprises françaises sont de fait un réel facteur de compétitivité7.
Aussi, les produits locaux sont associés à un gage de qualité dont les consommateurs français sont attentifs. Entré au patrimoine immatériel de l’humanité de l’Unesco en 2010, le repas gastronomique8 fait partie intégrante de la culture française. La France bénéficie d’une alimentation de plaisir, une véritable culture alimentaire souvent enviée dans le reste du monde. Disposant de nombreux terroirs et d’une grande diversité de produits alimentaires, les spécialités sucrées, salées, ainsi que les nombreuses boissons sont autant de produits cuisinés et consommés chaque année en France et dans le monde. Cette culture particulière s’exprime d’abord par le temps passé à table où, en ce domaine, les Français sont champions du monde selon l’OCDE.
https://fr.statista.com
Graphique présentant le classement des Etats passant le plus de temps à table, selon Statista
Avec une moyenne de 2 h 13 par jour passés à table, les Français sont les premiers au monde à passer autant de temps autour d’une table pour se nourrir. Cette spécificité s’explique par le fait que l’alimentation est, en plus d’un acte nourricier, un acte social et de culture. Le choix des aliments consommés y est aussi très varié. Lors du petit-déjeuner, déjeuner ou dîner les aliments consommés diffèrent. Cette culture de l’alimentation est d’autant plus complexe qu’elle varie aussi de région en région, voire à une échelle plus fine. Certaines villes s’identifient à leurs plats emblématiques (la bouillabaisse à Marseille, le cassoulet à Toulouse etc.), tandis que certains territoires préfèrent la cuisine au beurre et d’autres à l’huile… Ces spécificités locales sont un marqueur d’identité. Même si une multitude de produits locaux sont consommés en France, le repas est de part et d’autre du territoire un moment de plaisir dans lequel le choix des produits est central.
« Le repas gastronomique met l’accent sur le fait d’être bien ensemble, le plaisir du goût, l’harmonie entre l’être humain et les productions de la nature. Parmi ses composantes importantes figurent : le choix attentif des mets parmi un corpus de recettes qui ne cesse de s’enrichir ; l’achat de bons produits, de préférence locaux, dont les saveurs s’accordent bien ensemble ; le mariage entre mets et vins ; la décoration de la table ; et une gestuelle spécifique pendant la dégustation (humer et goûter ce qui est servi à table) » Claire Villiers, Les Français champions du monde du temps passé à table », à partir des sources OCDE, Statista, 2023.
Les aliments ne sont pas choisis au hasard pour composer un repas par les consommateurs français : une multitude de facteurs entrent en compte lors de l’acte d’achat. Ils privilégient des produits de qualité, des produits dans lesquels ils s’identifient, intégrés à leur culture alimentaire, sûrs d’un point de vue sanitaire mais également abordables financièrement. De nombreux critères entrent en compte dans le choix des produits locaux.

« Quand on pense « aliments », les premières idées qui viennent à l’esprit gravitent généralement autour des questions de goût et de plaisir sensoriel, puis de sûreté, de nutrition et de santé, mais également de technologie, de provenance et d’agronomie, et souvent de prix. Puis en approfondissant la réflexion, d’autres dimensions s’associent, notamment sociales et culturelles (socialisation, convivialité, identité, patrimoine, etc.), politiques et économiques (sécurité et souveraineté, plans nationaux, droit, commerce international, emplois, etc.) et environnementales (émissions de gaz à effet de serre, pollutions chimiques, exploitation des ressources naturelles, biodiversité, etc.). » Christine Cherbut, « De la complexité du rapport à l’aliment », Annales des Mines – Réalités industrielles, mai 20209.

Dans le choix des produits alimentaires, il existe donc aussi des facteurs culturels, sociaux et politiques. Le consommateur exprime sa culture et ses convictions par l’acte d’achat. La consommation relève de fait d’une marque d’engagement du consommateur. 

II – L’alimentation locale : un acte d’engagement, plébiscité dans la limite du pouvoir d’achat du consommateur.

L’engagement du consommateur pour une alimentation locale dépend en substance de sa définition de ce qu’est le « local » avant l’acte d’achat. Consommer des produits alimentaires locaux, c’est se nourrir à proximité immédiate de l’espace dans lequel on vit. Cette acception renvoie à la notion de proximité, en réalité très relative. Correspond-t-elle à la ville ou au village dans lesquels le consommateur réside ? Ou bien au département, à la région ou au pays tout entier ? Toute la question est de pouvoir caractériser le « local » d’un point de vue géographique, ce que certains consommateurs ont réussi à définir pour leur propre alimentation. Ces consommateurs particuliers sont surnommés les « locavores ». Selon Monique Poulot, il s’agit d’un mouvement initié dès les années 1980 qui consiste à s’approvisionner en aliments dans un périmètre géographique restreint.
« Cette belle histoire s’inscrit dans un mouvement de fond, initié aux États-Unis dans les années 1980, de remise en cause des habitudes alimentaires contemporaines fondées sur l’internationalisation croissante des marchés et le développement d’instruments efficaces de distribution alimentaire. » Poulot, Monique. « Vous avez dit « locavore » ? De l’invention du locavorisme aux États-Unis », Pour, numéro 3, 2012, p. 349‑54.
Initié aux Etats-Unis, ce mouvement engagé du locavorisme s’exporte peu à peu sur la planète. Pour être locavore, les biens consommés doivent être produits au maximum entre 160 km et 250 km. Mais cette définition du local varie d’un consommateur à un autre : elle peut être synonyme d’une consommation régionale, ou nationale. Elle varie en fonction du sentiment d’appartenance de chacun à un territoire et de sa façon de le percevoir. Cet élément est perceptible en Europe où la considération de ce qu’est le « local » n’est pas la même d’ouest en est. Par exemple, si les Français, les Allemands, les Italiens, les Espagnols et les Portugais déclarent à plus de 70 % que consommer local c’est d’abord acheter des biens de consommation régionaux, il n’en est pas de même à l’est. Les Hongrois, Roumains ou Tchèques considèrent en effet qu’une production locale est avant tout nationale10.
Les produits locaux recouvrent une dimension militante du consommateur. Ce dernier achète local par choix. Le consommateur éclairé modifie ainsi sa consommation pour qu’elle réponde davantage à ses valeurs. Il devient acteur de sa consommation, ou « consom’acteur ».
« Le consom’acteur veut consommer différemment : citoyen informé, conscient de son rôle, il veut utiliser son pouvoir d’achat pour faire passer un message, un choix en faveur de produits éthiques et équitables, qui ne répondent pas seulement à des caractéristiques commerciales, mais à des données sociétales. Il interroge, de l’intérieur, le système de consommation ; il lui demande des engagements, des principes, des valeurs ». Dominique Schelcher, Le bonheur est dans le près : le commerce au cœur du vivre ensemble, Paris, L’Archipel, 2022, p.5
Cette conscientisation croissante du consommateur s’accompagne d’une augmentation de l’achat de produits locaux. Selon une enquête IPSOS11, les consommateurs français étaient en 2014 de plus en plus attentifs à l’origine des produits, mais également au lieu de fabrication de ces derniers. 8 Français sur 10 déclarent être plus vigilants sur l’origine d’un produit alimentaire. Cette enquête précise que 69 % de ces consommateurs déclarent acheter des produits locaux de manière plus fréquente. En achetant des produits locaux, le consommateur se voit donc muni de différents moyens d’action, principalement trois selon l’observatoire Cetelem : encourager l’économie locale, favoriser l’emploi de proximité et consommer des produits de bonne qualité12. D’autres motivations existent cependant, comme la volonté de réaliser des achats plus écologiques, participer au rayonnement culturel des produits locaux de sa région, ou encore mieux connaître la composition des produits. Si cette consommation est bien ancrée en France et en croissance, ailleurs la consommation locale est également un mode de consommation décrit comme « responsable ». En Allemagne, les circuits courts apparaissent ainsi comme des alternatives intéressantes pour la consommation de produits alimentaires. L’alimentation locale est une réelle demande en Europe, bien qu’elle ne soit parfois pas la première préoccupation des consommateurs.
Graphique issu du rapport Food Safety in the EU de l’EFSA, avril 2022, page 14.
Quand vous achetez de la nourriture, lequel de ces éléments est le plus important pour vous ? En premier ? Et ensuite ? (Au maximum 3 réponses sont attendues)
À la question « quand vous achetez de la nourriture, lequel des éléments suivants est le plus important », les personnes appartenant à 5 pays mettent en premier « l’origine géographique du produit » (dans l’ordre : Slovénie, France, Luxembourg, Suède et Allemagne). En revanche dans 15 Etats c’est « le coût » qui est le premier critère. Si l’origine géographique des produits est une vraie préoccupation, le pouvoir d’achat des consommateurs reste une priorité. Dans le cas français, d’autres études montrent d’ailleurs que le prix reste aussi la première motivation d’achat13.
Selon l’observatoire Cetelem, le prix est ainsi le principal critère d’achat suivi de la qualité et du goût14. A 58 %, les consommateurs accepteraient de payer un produit local plus cher, entre 5 % et 10 % au maximum, ce qui pèse sur la marge potentielle des produits locaux. Cela explique que malgré le fait que les consommateurs français souhaitent à plus de 51 % davantage de produits locaux et à 49 % des produits fabriqués en France dans les hypermarchés ou supermarchés15, la consommation de produits locaux reste modérée. Ainsi les produits locaux ne représentent que 2,2 % du chiffre d’affaires des produits de grande consommation en France16.
Raul Gonzalez Escobar

III – Les limites de l’alimentation locale pour le consommateur : un local toujours plus durable et sûr ?

La consommation locale semble aller de pair avec une durabilité alimentaire. Dans la mesure où les biens consommés seraient produits localement ils sont spontanément considérés comme plus écologiques. En réduisant les distances et le transport des marchandises, la consommation locale réduirait de fait la production de gaz à effet de serre. Pourtant, ce calcul n’est pas si simple et représente la première limite de l’alimentation locale. Les émissions de gaz à effet de serre (GES) varient beaucoup entre produits et modes de production. Par exemple, selon l’Ademe, la consommation de haricots verts hors-saison importés par avion depuis l’Afrique subsaharienne présente un volume très important de GES émis. Un kilogramme de ces légumes équivaut en effet, depuis sa production à son transport jusqu’au lieu de consommation (en passant par sa transformation et son conditionnement) à plus de 22,8 kg de GES par kg d’aliment ingéré17. Par comparaison, dans le cas de haricots verts locaux, les émissions reviendraient à 0,7 kg de GES. En produisant localement, la réduction de la production de gaz à effet de serre semblerait donc très nette pour un même produit. Mais tout dépend des techniques de production et du respect de la saisonnalité. L’empreinte carbone d’une alimentation locale, fondée sur des fruits et légumes de saison sera faible. Mais selon Gautier Avril fondateur de la société Pure control qui propose des solutions de pilotage énergétique, une tomate produite en France sous serre en Bretagne et en hiver émet autant de gaz à effet de serre qu’une tomate produite en Afrique du Sud et transportée en camion jusqu’au marché français18. Et, dans le cas de la consommation de viande locale, les émissions de carbone restent très élevées. Selon l’Ademe, le kilogramme de viande de veau de race à viande (charolaise, limousine, etc.) équivaut à 48,6 kg de GES en production locale.
En fonction des produits achetés, privilégier une alimentation locale semble plus durable et s’inscrit dans une démarche d’engagement du consommateur. Néanmoins, d’après la sociologue Sophie Dubuisson-Quellier membre du Haut conseil pour le climat, cet engagement de la part du consommateur est variable d’un pays à l’autre de l’Europe19. Si 61 % des consommateurs suédois pensent que la consommation locale permet de s’engager en faveur de l’environnement, ils ne sont que 16 % en Bulgarie. En France, 44 % des consommateurs considèrent que consommer local est d’abord un acte en faveur de l’environnement20. En effet, privilégier les productions alimentaires locales permet de réduire les coûts de transport ainsi que les chaines d’approvisionnement. Pourquoi alors ne pas relocaliser certaines productions ? Ce n’est pas si simple. En effet ces relocalisations peuvent se heurter à certaines résistances locales. Leur impact paysager, leur utilisation des ressources locales, les nuisances qu’elles apportent (bruits, odeurs, etc.) sont un frein potentiel à l’implantation de nouvelles industries agroalimentaires.
L’alimentation locale peut s’apparenter, dans l’imaginaire du consommateur, à un produit réalisé entièrement dans un périmètre restreint. Or ce n’est pas toujours le cas. Pour consommer local, l’acheteur se tourne naturellement vers des certifications, des labels qui encouragent les produits régionaux. Ceux-ci sont répartis dans la France entière. Label rouge, Appellation d’Origine Protégée (AOP), Appellation d’Origine Contrôlée (AOC), Indication Géographique21, Indication Géographique Protégée (IGP), Spécialité Traditionnelle Garantie et Production Biologique, etc., sont autant de signes de qualité et d’origine des produits que l’on trouve sur le territoire français. Ces labels imposent un cahier des charges à la production alimentaire. Parfois strictes, les règles à appliquer pour obtenir ces précieux labels sont un gage de qualité. Ces labels à vocation nationale sont aussi couplés à de nombreux labels régionaux qui certifient une production de l’aliment à l’échelle d’une région. Mais bénéficier d’un label régional ne signifie pas nécessairement que l’entièreté des produits utilisés dans la confection de l’aliment provient de la région. Des labels régionaux mentionnent explicitement l’utilisation d’aliments extérieurs à la région dans la confection de leurs produits finis. C’est le cas du sigle Produit en Bretagne respectant la règlementation européenne.
                « Des ingrédients bretons quand ils sont disponibles
Quand un ingrédient est disponible dans la qualité et la quantité nécessaire, il doit être sourcé en Bretagne. Si le ou les ingrédients principaux ne sont pas disponibles dans la qualité et/ou la quantité requises, ils peuvent être achetés à l’extérieur, mais le produit ne pourra revendiquer le logo que s’il a été transformé substantiellement (cf définition du règlement européen) et apporte une valeur ajoutée notable. Ce qui prime, c’est le savoir-faire et l’emploi. Produit en Bretagne n’est pas Produit de Bretagne. C’est pour nous l’action de produire qui importe en tout premier lieu, et de ce fait l’emploi. » Passage issu du site internet officiel du label « Produit en Bretagne »22.
Certains acteurs locaux dénoncent sur ce point un manque d’informations sur des produits commercialisés dans cette région. L’association Blé Noir Tradition Bretagne, titulaire d’une Indication Géographique Protégée (IGP), se préoccupe ainsi de la concurrence déloyale de transformateurs qui utilisent du blé noir en provenance de l’Europe de l’Est, voire même d’Asie23. En ce sens, consommer local, peut aussi être à l’origine d’une empreinte environnementale importante bien qu’elle favorise l’activité et l’emploi sur le territoire d’origine.
De plus toutes les marques locales ne sont pas détenues par des artisans ou de petits industriels locaux. Les grandes entreprises développent aussi des stratégies d’investissement dans des marques locales pour diversifier leur offre. Consommer local, ne signifie pas nécessairement encourager les petites et moyennes entreprises des territoires où elles sont situées.
« Comme les distributeurs, les grands industriels de l’agroalimentaire sont confrontés à ce mouvement. Depuis cinquante ans, le développement de la grande classe moyenne les a amenés à adopter des stratégies de massification et de standardisation. Ils ont ainsi souvent absorbé les capacités de production et les produits de marques locales. Comme celui des enseignes qui ont connu le même mouvement, le cimetière des marques est rempli de marques locales qui se sont développées en perdant leur ancrage. […] Des années 1960 à l’an 2000, les grands brasseurs mondiaux ont absorbé la quasi-totalité des brasseurs locaux et concentré la production sur quelques marques internationales. Vingt ans plus tard, l’explosion des microbrasseries les a amenés à inverser leur stratégie et, à côté des marques mondiales, à distribuer une grande variété de petites marques, de niche ou locales. » Fondation Jean-Jaurès. Emily Mayer et Philippe Goetzmann, à partir de l’étude de l’IRI, « La consommation de produits locaux: de lhéritage à la richesse productive ».
Lorsque des entreprises transnationales investissent dans des marques locales, une concurrence se développe donc entre producteurs locaux et grands groupes. En Haute-Savoie, par exemple, des petites coopératives laitières ont résisté face à l’installation de Lactalis par son acquisition de la marque locale Pochat et Fils24. Ces luttes d’influence peuvent rendre plus difficile la communication à l’égard des consommateurs voire les détourner des marques concernées.
Enfin, pour que l’offre en produits locaux soit suffisamment abondante pour le consommateur, il faut que le tissu productif local permette de la produire. Or, toutes les régions ne sont pas en mesure de transformer tous les produits de consommation quotidienne. Si la région Bretagne dispose de 1187 unités légales en agroalimentaire, la région Centre Val-de-Loire n’en dispose que de 50925. Certaines régions peuvent donc davantage répondre aux besoins de produits locaux des consommateurs. La consommation locale est ainsi plus importante dans les régions où l’identité régionale est forte. En Alsace, dans le Bas-Rhin, les produits locaux représentent par exemple 8,3 % du chiffre d’affaires des produits de grande consommation, de frais et libre-service contre 0,4 % en Seine-et-Marne26.

Conclusion

Ce décryptage sur les différentes formes prises par l’alimentation locale a permis de décrire un paysage plus complexe qu’on ne l’imagine au premier abord : implication des grands groupes agroalimentaires dans la production et la distribution locale, ambivalence des consommateurs qui continuent majoritairement à faire passer le prix au premier rang dans l’acte d’achat, complexité des labels et des appellations de qualité qui ne traduisent pas toujours le recours ultime aux produits locaux, empreinte carbone élevée de certains produits locaux.
Il n’en demeure pas moins que le goût des Français pour les aliments locaux, reflet d’une culture gastronomique qui a des racines historiques et populaires, offre un fondement solide à un renforcement de la place de l’alimentation locale dans la consommation. C’est un atout indéniable en termes de santé et environnement et de relocalisation des productions.
Tania Malréchauffé

Notes de bas de page

  1. L’interprofession ANVOL déclarait dans son bulletin numéro 489 du 06 septembre 2023, une augmentation de 137% des importations de poulets ukrainiens sur le marché européen.  ↩︎
  2. Information tirée du communiqué de presse de la FNSEA intitulé « l’exigence de réciprocité des normes à l’importation est possible et indispensable ! » du 15 juin 2022. ↩︎
  3. Liste de revendications issue du communiqué « #on marche sur la tête / synthèse des revendications FNSEA » du 24 janvier 2024. ↩︎
  4. Etude d’Emilie Mayer et Philippe Goetzmann publiée sur le site de la Fondation Jean-Jaurès, à partir des données IRI/CIRCANA : https://www.jean-jaures.org/publication/la-consommation-de-produits-locaux-de-lheritage-a-la-richesse-productive/ ↩︎
  5. Chiffre issu du rapport INSEE Première numéro 1568, Cinquante ans de consommation alimentaire : une croissance modérée, mais de profonds changements, octobre 2015. ↩︎
  6. Fondation Jean-Jaurès. Emily Mayer et Philippe Goetzmann, à partir de l’étude de l’IRI, « La consommation de produits locaux : de l’héritage à la richesse productive ». https://www.jean-jaures.org/publication/la-consommation-de-produits-locaux-de-lheritage-a-la-richesse-productive/ ↩︎
  7. Selon Ly, Carole. « L’excellence sanitaire : une obligation, qui constitue un facteur de compétitivité à l’international ». Annales des Mines – Réalités industrielles Mai 2020, no 2 (2020): 46 50. ↩︎
  8. https://ich.unesco.org/fr/RL/le-repas-gastronomique-des-francais-00437 ↩︎
  9. L’analyse de Christine Cherbut : https://www.cairn.info/revue-realites-industrielles-2020-2-page-5.htm ↩︎
  10. Étude Think Local, Act Local de l’observatoire Cetelem en 2019, les consommateurs de 17 pays européens sont ici interrogés (échantillon de 13 800 individus âgés de 18 à 75 ans dans les Etats suivants : France, Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Danemark, Espagne, Hongrie, Italie, Norvège, Pologne, Portugal, République tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Slovaquie, Suède. Accessible sur ce lien : https://observatoirecetelem.com/lobservatoire-cetelem-de-la-consommation/think-local-act-local-penser-local-agir-local ↩︎
  11. Réalisée en partenariat avec Bienvenue à la ferme, accessible sur ce lien : https://www.ipsos.com/fr-fr/consommer-local-ce-que-veulent-les-francais ↩︎
  12. Selon l’étude Think Local, Act Local de l’observatoire Cetelem en 2019 ↩︎
  13. D’après le sondage l’inflation, quel impact sur le frigo des Français, par OpinionWay pour Sofinscope, février 2023. ↩︎
  14. Selon l’étude Think Local, Act Local de l’observatoire Cetelem en 2019. ↩︎
  15. Chiffre de l’IRI, issu de l’étude shopperscan 2021 ↩︎
  16. Chiffre IRI, l’offre locale en Grande Distribution, 2022. ↩︎
  17. Selon l’étude Food GES de l’Ademe, 2015. ↩︎
  18. Selon les chiffres de l’article Bilan carbone : une tomate sous serre équivaut-t-elle à une tomate d’Afrique du Sud accessible sur ce lien : https://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/ille-et-vilaine/rennes/bilan-carbone-une-tomate-sous-serre-equivaut-elle-a-une-tomate-d-afrique-du-sud-2691438.html ↩︎
  19. Dubuisson-Quellier, Sophie. « Chapitre 2. Consommation et respect de l’environnement », La consommation engagée, sous la direction de Dubuisson-Quellier Sophie. Presses de Sciences Po, 2018, pp. 31-50. ↩︎
  20. Selon l’étude Think Local, Act Local de l’observatoire Cetelem en 2019. ↩︎
  21. Indication s’appliquant aux spiritueux, la France en compte 35 selon le « Panorama des industries agroalimentaires » du Ministère de l’Agriculture et de la souveraineté alimentaire, 2022. ↩︎
  22. Site officiel : https://www.produitenbretagne.bzh/les-garanties-du-logo/ ↩︎
  23. Information issue l’entretien avec Christine Larsonneur, directrice de l’association Blé Noir Tradition Bretagne, dans le journal Ouest France : https://www.ouest-france.fr/bretagne/ploermel-56800/ploermel-ble-noir-ras-le-bol-de-la-concurrence-deloyale-5198941 ↩︎
  24. Information issue de l’article du journal Le Monde, « Au pays du reblochon, les petites coopératives laitières s’organisent face au géant Lactalis », par Fanny Hardy en 2022 : https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/09/27/au-pays-du-reblochon-les-petites-cooperatives-laitieres-s-organisent-face-au-geant-lactalis_6143371_3234.html ↩︎
  25. « Panorama des industries agroalimentaires ». Ministère de l’Agriculture et de la souveraineté alimentaire, 2022. ↩︎
  26. Selon Le scan de l’info de l’IRI, « Très grande disparité de l’ancrage des marques locales sur le territoire », mai 2022. ↩︎

Action Justice Climat pour une écologie populaire et émancipatrice

Alternatiba devient Action Justice Climat. Les groupes locaux de Paris, Lyon et Montpellieront décidé de fonder un nouveau mouvement à la croisée des luttes. Ce processus démocratique a permis d’embarquer tous leurs activistes dans ce projet. Des centaines de personnes ont contribué aux réflexions collectives sur les priorités politiques du mouvement, en choisissant son nouveau nom, en travaillant sur sa nouvelle identité visuelle, etc. Action Justice Climat : ces trois mots portent en eux l’essentiel de leurs combats, un projet d’écologie populaire et émancipatrice.

Ce nouveau nom, simple et explicite, correspond une volonté de nommer clairement les choses et permettre à toutes celles et tous ceux qui veulent passer de la rage à l’action.

il n’y a pas de justice climatique sans justice sociale.

1er mai 2024 : 1ère manif d’Action Justice Climat !

Face à la montée d’un discours qui fait peser le poids de la transition écologique sur les individus, le mouvement AJC fait le choix de dénoncer les responsables du dérèglement climatique, à savoir les multinationales et les gouvernements qui en sont complices, et exige qu’ils en assument les conséquences.

Un mouvement engagé pour le climat et la justice sociale.
À Paris, en Ile-de-France et à l’échelle nationale, nous participons à la construction d’une société plus soutenable, juste et égalitaire pour toutes et tous.

Action Justice Climat
Pour le mouvement Action Justice Climat à la croisée des luttes, il était important d’être là le 1er mai pour défendre nos acquis sociaux. Aujourd’hui, le monde du travail se précarise, les conditions se dégradent, le travail tue et ce sont les moins diplômé·es, les jeunes, les femmes et les minorités de genre qui en subissent le plus durement les conséquences.

Partant du constat que les personnes discriminées en raison de leur classe, leur genre, leur origine ou leur couleur de peau, sont parmi les plus vulnérables face aux aléas climatiques, ce mouvement souhaite continuer à travailler pour que soit pris en compte leurs droits.

Les réactionnaires et les capitalistes s’emparent de la question climatique,
y proposant des réponses identitaires ou libérales,
en prétendant que la technologie et la croissance nous sauveront
des conséquences du dérèglement climatique.

Action Justice Climat

Le mouvement s’est fixé comme un devoir de « construire un contre-discours solide et radical face à la droite et l’extrême droite« . Ils n’y parviendront pas seuls, c’est pourquoi ils souhaitent ‘créer des alliances avec d’autres luttes afin de contribuer à l’émergence d’un large front social’.

« Pour lutter contre un système économique défaillant, nous nous mobilisons et appelons à repenser urgemment notre rapport au travail, en tant que société, pour sortir d’un système néolibéral qui nous broie ». Notre vie est trop précieuse pour la sacrifier au profit d’un capitalisme mortifère, qui exploite les ressources humaines comme environnementales. Réduire le temps de travail, c’est laisser aux individus plus de temps pour créer du lien social, contribuer autrement à la société, jardiner, militer, s’engager dans des associations ou simplement se reposer… C’est prendre le temps de prendre soin de soi, de ses proches, de son environnement.

c’est en unissant nos forces que nous parviendrons à faire entendre nos voix.
 

Action Justice Climat
Avec plus de 300 personnes, le collectif est un espace de luttes partagées, qui procure de la joie aux personnes qui y participent et alimente en même temps leur détermination à se battre pour une société plus juste et plus soutenable. « Un espace où on se donne de la force les un·es aux autres, on se rencontre et on s’organise pour amplifier la dynamique de la mobilisation citoyenne pour une émancipation collective. » 

Le militantisme soutenable est un fondement non-négociable du mouvement, qui s’efforce collectivement de prendre conscience des « multiples mécanismes de domination qui parcourent la société » et reste attentif à ne pas les reproduire en interne.

Pour avoir une chance de voir nos luttes être victorieuses, nous souhaitons que notre mouvement soit durablement un espace bienveillant, accueillant et sécurisant.

Action Justice Climat

Le militantisme soutenable

Action Justice Climat souhaite faire du militantisme soutenable un vrai fondement transversal de l’engagement politique du collectif.

Nous sommes des centaines d’activistes, dont l’écrasante majorité participe à la lutte en tant que bénévoles. Des parcours militants divers nous ont fait comprendre que c’est uniquement un fonctionnement véritablement démocratique et horizontal, prenant soin les un·es des autres, qui peut prétendre à porter un discours cohérent et à changer le monde en mieux à notre échelle, petit à petit. 

Jan pour Action Justice Climat Paris

Manifeste Action Justice Climat

 » Nous sommes des citoyennes et des citoyens engagé·es dans la lutte pour un monde juste et soutenable.

La réalité climatique et sociale est désormais à l’agenda politique et médiatique, et plus personne ne peut ignorer ses causes.

C’est pourquoi nous soutenons Action Justice Climat dans sa démarche de construction d’un mouvement au croisement des luttes sociales et climatiques, portant une vision d’écologie populaire et émancipatrice pour faire advenir un projet de société juste pour toutes et tous.

Bien loin de l’écologie des puissants, qui fait porter la responsabilité aux individus, nous pensons qu’il faut construire la lutte à partir de la réalité des gens, avec les personnes les plus directement touchées.

Les conséquences du dérèglement climatique, résultant des systèmes de domination et des inégalités en place, sont déjà tangibles et forment un terreau fertile à une convergence entre les idéologies fascistes et les intérêts capitalistes.

Pour nous, les décisions politiques et économiques ne doivent pas sacrifier les plus vulnérables ni reposer sur l’exploitation du vivant.

Les véritables responsables sont les multinationales et leurs dirigeant·es qui s’enrichissent au détriment du bien commun en sabotant notre avenir avec la complicité de nos gouvernements

Nous croyons à la force de la mobilisation citoyenne non-violente. C’est cette force qui permet à des milliers de personnes comme nous de passer de la rage à l’action.

Nous sommes des citoyen·nes prêt·es à s’opposer aux violences d’État, aux actes et idées d’extrême droite, au système d’oppressions patriarcal, colonialiste et capitaliste.

Ces combats ne doivent pas être menés séparément ni s’opposer ; à problèmes systémiques, réponses systémiques.

C’est pourquoi il faut tisser des liens entre les luttes, investir les espaces de discussions et d’entraide et en créer de nouveaux.

Personne ne sait comment changer de système en un claquement de doigts, ni ce qui arrivera, mais nous partageons le chemin qu’emprunte Action Justice Climat : celui de la construction commune d’un mouvement populaire et radical pour le climat et la justice sociale. « 

La France accueille l’infrastructure de recherche européenne dédiée à la biotechnologie

Ce printemps 2024, la France devient le pays hôte désigné du siège de la future infrastructure de recherche européenne dédiée à la biotechnologie, IBISBA-ERIC, une plateforme de recherche et développement en soutien à l’innovation industrielle. À travers la force du nœud français IBISBA-FR, sous l’égide du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et piloté par INRAE, aux côtés d’Aix-Marseille université, du CEA, du CNRS, d’INSA Toulouse et de Nantes université, l’objectif est d’accélérer la montée en puissance du secteur des biotechnologies européennes pour soutenir la transition vers une bioéconomie circulaire au niveau mondial.

© Free Media Canva

Bioénergies, molécules pour la chimie et les matériaux, ingrédients pour l’alimentation humaine et animale, chimie fine pour les industries cosmétique, pharmaceutique et phytosanitaire, services à l’environnement, traitement des effluents et déchets solides, recyclage de matériaux et matières résiduaires, autant de secteurs sur lesquels IBISBA-France, coordonné par INRAE avec ses 5 partenaires de recherche, concentre déjà ses efforts.

IBISBA-EU est une infrastructure de recherche européenne distribuée portant sur les biotechnologies pour le développement et la mise à disposition de produits et services à l’échelle industrielle. Sa vocation est de contribuer par ses activités de R&D au développement de ce secteur critique pour la bioéconomie circulaire.

IBISBA-FR est la composante nationale d’IBISBA-EU. Le nœud français a pour vocation de proposer des modules de service et d’apporter son expertise scientifique et technologique à IBISBA-EU. Il a aussi pour rôle d’encourager l’adoption par les plateformes de recherche françaises de normes et pratiques requises pour la production de services dans le cadre d’IBISBA-EU.

Le nœud français est ainsi une structure à périmètre évolutif, pouvant intégrer de nouvelles plateformes au cours du temps en fonction des besoins.

https://agroserv.eu

Concrètement, d’ici 2026, IBISBA-ERIC a pour mandat de développer les activités R&D en biotechnologies en mettant en relation les acteurs de la recherche et de l’innovation à l’échelle européenne. En proposant un catalogue de services, accessible au travers d’un portail unique, IBISBA apporte à ses utilisateurs la richesse et l’excellence en R&D de ses partenaires présents dans 11 pays européens : France, Allemagne, Belgique, Espagne, Finlande, Grèce, Italie, Irlande, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suède.

Bioindustry 4.0 est une initiative de pointe qui aspire à façonner le développement de procédés de biofabrication intelligents et durables.

Capteurs de processus et méthodes de calcul, jumeaux numériques basés sur l’intelligence artificielle, conception et apprentissage fédéré, Bioindustry 4.0 vise à responsabiliser le secteur de la bio-industrie et rendre le développement des bioprocessus plus rapide et moins coûteux, et la biofabrication plus fiable.

Fin mars, le lancement de l’initiative sur les biotechnologies et la bioproduction de l’Union européenne reconnaissait déjà IBISBA comme l’une des actions R&D clés de l’accélération et montée en compétitivité du secteur des biotechnologies en Europe, via des technologies durables et trans-sectorielles, s’appliquant à un grand nombre de secteurs industriels.

Ainsi, la montée en puissance d’IBISBA doit accompagner cette initiative européenne, qui vise la levée des verrous scientifiques, technologiques et législatifs aux investissements à long terme en matière d’infrastructures, de compétences et de création d’emplois.

* Industrial Biotechnology Innovation and Synthetic Biology Accelerator – European Research Infrastructure Consortium

Élections européennes : Votez pour la Nature !

La LPO publie 20 propositions pour une politique européenne véritablement respectueuse du vivant, alors qu’une nouvelle analyse révèle comment les eurodéputés sortants de chaque pays membres ont voté pour protéger le climat et la nature au cours de la législature précédente 2019-2024.

Dans un rapport transmis aux principaux candidats aux élections européennes, la LPO dévoile ses 20 propositions pour une Europe en faveur de la biodiversité, réparties en 5 objectifs

  • Protéger les espèces en danger
  • Préserver et restaurer les écosystèmes naturels
  • Limiter le réchauffement climatique
  • Renouer avec une agriculture respectueuse du vivant
  • Défendre l’océan et les espèces marines

Loup © Staffan Widstrand
  • Défendre les directives Oiseaux et Habitats
  • Réduire au minimum de moitié le trafic illégal des espèces sauvages, à l’intérieur et à l’extérieur de l’UE, d’ici 2030
  • Interdire immédiatement et définitivement la chasse des espèces en mauvais état de conservation en Europe.
  • Maintenir le statut de protection des grands prédateurs en Europe
  • Augmenter les financements dédiés à la protection de la biodiversité en Europe

Forêt, prairie et Marais © Grigory Bruev
  • Protéger strictement au moins 10 % des terres et des mers d’ici 2030
  • Atteindre l’objectif Zéro Artificialisation Nette pour lutter contre la dégradation des sols
  • Adopter et assurer la pleine mise en œuvre du règlement européen sur la restauration de la Nature

Mine à ciel ouvert et centrale électrique © Vander Wolf
  • Bannir du réseau Natura 2000 les infrastructures énergétiques industrielles
  • Supprimer les subventions aux énergies fossiles
  • Imposer des objectifs contraignants pour la rénovation énergétique des bâtiments

Vaches dans le bocage © philippe Devanne
  • Réduire d’au moins 50 % l’utilisation de produits phytosanitaires et d’engrais de synthèse à l’échéance 2030
  • Consacrer a minima 50 % des aides de la PAC à la préservation et la restauration des habitats naturels et des milieux agricoles
  • Soutenir plus massivement le développement de l’agriculture biologique
  • interdire les subventions néfastes à la biodiversité
  • Adopter des pratiques d’élevage permettant d’éviter les zoonoses et la contamination de la faune sauvage

Huppe fasciée © Wild Media

Climate Action Network (CAN) est le plus grand réseau climatique au monde composé de plus de 1 900 organisations de la société civile dans plus de 130 pays, la lutte contre la crise climatique.



Pollution plastique © Kube
  • Promouvoir des pratiques de pêche compatibles avec la préservation des océans
  • Garantir une transition énergétique respectueuse des écosystèmes marins
  • Faire adopter un traité mondial de lutte contre la pollution plastique
  • Proposer un Pacte européen ambitieux pour la sauvegarde de l’Océan

L’Union Européenne connait un tournant historique. Les élections du 9 juin seront déterminantes, ne serait-ce que pour la mise en œuvre de sa transition écologique, nécessaire à la sauvegarde de la nature et du climat.

Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine et sur fond de crise agricole, les régressions environnementales se succèdent à un rythme inquiétant. Le Parlement européen détricote une à une les ambitions initiales du Pacte Vert de 2019, censé rendre l’Europe climatiquement neutre avant 2050.


Epandage de pesticides dans un vignoble © Ewald Fröch

Ainsi, les conditionnalités écologiques de la Politique agricole commune viennent d’être allégées, le règlement sur la restauration de la nature est en difficulté, celui sur l’utilisation durable des pesticides a été  repoussé, le dangereux herbicide glyphosate a été prolongé pour 10 ans, il est envisagé d’abaisser le statut de protection du loup, etc.

Progressistes, girouettes ou archaïques ?

Élaboré conjointement par BirdLife International, WWF, Climate Action Network, le Bureau européen de l’environnement, Transport & Environment, le bilan écologique du Parlement européen a examiné le comportement de vote de chaque eurodéputé au cours de la législature 2019-2024.

Le résultat est noté sur 100. Les partis politiques français se classent en 3 groupes : ils ont agi soit comme des progressistes responsables, soit comme des girouettes retardant l’action réelle en raison de votes inégaux et incohérents, ou pire comme des archaïques échouant à relever le défi des crises auxquelles l’Europe est confrontée.


Le 9 juin prochain, les électeurs et électrices françaises sont appelées à aller voter pour choisir leurs eurodéputé·es. Avec 81 sièges, soit 10% du Parlement européen, la France est la deuxième nation la plus représentée après l’Allemagne : l’issue du scrutin est donc décisive pour orienter la politique européenne des 5 prochaines années. Et les enjeux sont de taille ! France Nature Environnement se mobilise pour que chaque citoyen et chaque citoyenne puisse faire entendre sa voix et voter en faveur d’un monde juste et vivable. 

En juin prochain, les citoyens pourront demander des comptes à leurs représentants sur leurs récentes performances parlementaires et exiger des ambitions écologiques plus élevées de la part de leurs représentants dans les années à venir.

« La nature s’effondre, nous entrainant avec elle. L’Europe a prouvé qu’elle pouvait sauver des espèces au bord de l’extinction, nettoyer les rivières et protéger des habitats précieux. Alors que les sondages montrent une prise de conscience des Européens, soucieux de l’effondrement de la biodiversité et  inquiets de la crise climatique, les futurs parlementaires seront responsables de l’avenir et jugés en conséquence. »

Allain Bougrain Dubourg, Président de la LPO

Les conséquences dévastatrices du changement climatique sur le secteur du bâtiment

Une étude conjointe de l’Observatoire de l’Immobilier Durable (OID) et de l’Institut de l’Économie pour le Climat (I4CE) met en lumière les risques majeurs que le changement climatique fait peser sur le secteur du bâtiment en France, appelant à une action immédiate pour l’adaptation et l’atténuation. Renforcer la résilience des bâtiments est un chantier d’envergure auquel les acteurs de l’immobilier ont pour unique choix de se préparer. C’est également dans ce contexte que l’OID poursuit le développement de Bat-ADAPT, son outil d’aide à la décision permettant de réaliser une analyse de résilience climatique pour le bâtiment.

Une récente étude menée en partenariat avec l’Observatoire de l’Immobilier Durable (OID) et l’Institut de l’Économie pour le Climat (I4CE) met en lumière les conséquences dévastatrices du dérèglement climatique sur le secteur du bâtiment en France. L’année 2023 a été la plus chaude jamais enregistrée depuis le début de l’ère préindustrielle, avec une anomalie de la température globale moyenne de l’atmosphère de +1,45 °C. En 2024, cette tendance se poursuit et s’installe désormais comme une nouvelle norme, avec le mois de mars enregistrant la température la plus chaud (+1,68°C), marquant ainsi le 10ème mois consécutif à battre un record de chaleur.

Le changement climatique est une réalité, l’urgence est là, l’inaction est impensable, l’atténuation un impératif et l’adaptation incontournable.

Le calcul du risque climatique

Inconfort, inhabitabilité, fissures, endommagement et incendies : l’avenir pour le secteur du bâtiment face à des risques croissants

Le rapport met en évidence une augmentation significative de l’exposition liés au changement climatique, pour les vagues de chaleur, la sécheresse et les retrait-gonflement des argiles (RGA), les feux de forêt et les inondations liées aux précipitations intenses, qui auront un impact direct sur le confort, la sécurité et les modes de vies des français.es.

L’étude porte spécifiquement sur les aléas ci-dessus

Dans une France à +4°C :

  • La quasi-totalité du territoire hexagonale sera fortement ou très fortement exposée aux vagues de chaleur, à l’exception des zones de hautes montagnes et de l’extrême nord-ouest.
  • En raison des périodes de sécheresses plus intenses et plus fréquentes, on observera une intensification majeure du phénomène de retrait et gonflement des argiles, avec une très forte exposition couvrant les 2/3 du territoire.
  • Autrefois concentrée dans le sud de la France (80% des zones méditerranéennes sont classées à une exposition très forte ou exceptionnelle), une exposition supérieure à la moyenne aux feux de forêt concernera près de la moitié du territoire.
  • Pour les précipitations moins fréquentes mais plus intenses, le nord de la France (Normandie et Hauts-de-France) et l’est (Grand-Est) seront les plus fortement exposés à des inondations, avec respectivement 52% et 56% des surfaces concernées par une exposition très forte.
Évolution du niveau d’exposition au risque de vague de chaleur et îlots de chaleur urbains

Un appel à l’action pour l’adaptation et l’atténuation

Face à ces défis, l’étude souligne l’urgence de s’adapter au changement climatique tout en poursuivant les efforts d’atténuation.

 » Il est impératif que le secteur du bâtiment intègre des stratégies d’adaptation pour faire face aux impacts du changement climatique, qui sont déjà une réalité incontournable, Il est crucial comprendre les risques, anticiper les impacts et adapter le bâtiment »

Cristhian Molina, Chef de projets, à l’OID
Évolution du niveau d’exposition au risque de sécheresse et retrait et gonflement des argiles

Pour les quatre aléas étudiés, l’exposition est très sensible au degré de réchauffement considéré (+2,1°C, +2,7°C, +4°C). Chaque fraction de degré compte, les efforts d’atténuation doivent s’accélérer pour éviter un scénario catastrophe qui pourrait aller au-delà des +4°C et des conséquences désastreuses déjà modélisées.


Le réveil climatique de la France a sonné

La France a pris un tournant décisif en matière de politique climatique en mettant l’accent sur l’adaptation, auparavant négligée au profit de l’atténuation. Le rapport de la Cour des comptes, soulignant les lacunes et les besoins urgents en matière d’adaptation au changement climatique, a renforcé ce changement de paradigme. Face à la perspective d’un réchauffement de +4°C, le secteur immobilier doit se mobiliser à intégrer à la fois l’atténuation et l’adaptation, assurant la sécurité, le confort, l’habitabilité des bâtis et les modes de vie des générations futures.

Alors que nous nous dirigeons vers un futur incertain, la prévision et la préparation seront nos meilleurs alliés. Il est crucial de reconnaître que s’adapter au changement climatique n’est pas simplement une option, mais une nécessité impérieuse pour assurer la sécurité et la prospérité des générations futures. La politique d’adaptation doit être vue comme une composante intégrale de notre réponse au changement climatique, aussi importante que les efforts d’atténuation.

Cristhian Molina – Chef de projets OID

Comment prendre en compte le point de vue d’un animal ?

Quels efforts, quelle créativité faut-il mettre en œuvre pour arriver à prendre en compte le point de vue d’un autre ? La question des perspectives est au cœur de la peinture qui a cherché, au moins depuis la Renaissance, à reproduire sur le tableau le point de vue d’un observateur humain. Plus récemment, certains éthologues ont radicalisé le projet des peintres en cherchant à reproduire la perspective d’autres animaux. Thibault De Meyer montre comment, en poussant le projet perspectiviste le plus loin possible on donne naissance à une toute nouvelle philosophie non-anthropocentrique et relationnelle, indispensable pour notre temps, loin du naturalisme et du relativisme.

En tentant de reproduire le point de vue  d’autres animaux, les éthologues modifient de fond en comble les paramètres de perception et, par ricochets, les notions connexes d’objet, de sujet, de corps et d’environnement se voient transformées.

Pourquoi les zèbres ont des zébrures ?

Un biologiste se met en quête pour comprendre comment ces équidés si singuliers sont perçus par ses espèces compagnes, c’est-à-dire les espèces qui vivent à proximité. À l’opposé d’une tendance relativiste qui coince chacun dans son propre point de vue, Thibault De Meyer montre que la notion de perspective peut produire et encourager des rencontres interspécifiques.

Avec les biologistes et les éthologues dont il décrit les travaux avec passion et minutie, il développe une conception relationnelle des perspectives. Cette conception infléchit également la notion moderne de la perspective en peinture et en architecture.

La perspective linéaire imposait une distance entre le sujet et l’objet de perception, entre la nature et la culture. Cette distance, caractéristique du naturalisme a été un des moteurs conceptuels de la dégradation de ce qu’on appelle l’environnement.

Hans Veth

Dans ce livre vous êtes invités dans un monde extraordinaire peuplé d’êtres concrets, vivants, passionnants… Mais surtout, ce que vous allez apprendre, et qui pourrait sérieusement affecter la manière dont nous pensons, voyons, sentons, traduisons, c’est un geste. Un geste qui célèbre les points de vue. Un geste précieux qui donne la confiance et la joie.

Vinciane Despret
Zèbre vu par un humain, un zèbre, un lion et une hyène, extrait de l’article de Melin et al. « Zebra stripes through the eyes of their predators » – Melin et al.

En relatant de nombreux épisodes de l’histoire de la biologie et de l’éthologie, mais aussi de l’histoire de l’art et de l’architecture, en ignorant les frontières disciplinaires, Thibault De Meyer entre en dialogue avec des penseurs et penseuses tels Leibniz, Nietzsche, Gilles Deleuze, Michel Serres, Bruno Latour, Donna Haraway, Philippe Descola ou encore Vinciane Despret.

Podcast audio sur l’invention de la perspective animale

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A propos de l’auteur

Thibault De Meyer est professeur de philosophie des sciences et des techniques à l’université de Namur.

Thibault De Meyer est professeur de philosophie des sciences et des techniques à l’université de Namur.Screenshot