Baromètre 2023 du climat des affaires des PME en Afrique francophone
La dernière édition du Baromètre a plus particulièrement cherché à rendre compte de l’impact du changement climatique sur les PME en Afrique francophone.
La résilience climatique est un des défis majeurs auquel font face les entreprises du monde entier. Les PME africaines francophones, loin d’être épargnées, doivent se développer en prenant en compte la problématique environnementale. Ce baromètre cherche à comprendre comment les PME s’adaptent à ces défis.
Encore plus de la moitié n’a pas pris de mesures pour réduire les risques environnementaux auxquels les entreprises font face, ou pour réduire leur incidence négative sur le climat.
Toutefois, les PME ayant pris des mesures ont souvent bénéficié de nouvelles opportunités qui ont accélérer leur développement (accès à de nouveaux marchés, réduction du coût des intrants, augmentation de la production,…)
Renforcer la résilience au changement climatique des PME en Afrique francophone
Depuis 2018, Le Centre du Commerce International (ITC) est partenaire du Baromètre Cpccaf. Il contribue à l’élaboration du questionnaire et choisit le thème spécifique à l’édition. Après la formation, l’accès au financement et le numérique, le thème 2023 était sur la résilience climatique.
Les données récoltées dans le cadre du Baromètre Cpccaf sont réutilisées par ITC pour réaliser une publication sur le thème de l’édition. Ainsi, les résultats du Baromètre ont une portée internationale et permettent l’amélioration du climat des affaires en Afrique francophone.
Les entreprises perçoivent les risques environnementaux, mais peinent à s’adapter
Note : Le graphique décrit les réponses à la question « Parmi les risques environnementaux suivants, lesquels ont une incidence sur votre entreprise ? ». Si les répondants ont choisi un ou plusieurs risques environnementaux (à l’exception des options « Aucun » ou « Ne sait pas »), ils sont identifiés comme étant confrontés à des risques environnementaux importants. Les données ont été pondérées en fonction de la distribution des entreprises interrogées par pays et de la contribution des secteurs économiques au produit intérieur brut (PIB) de chaque pays. Source : Enquête ITC-CPCCAF, avril-juillet 2023Note : Le graphique décrit les réponses à la question « Au cours des trois dernières années, votre entreprise a-t-elle investi dans l’une des mesures suivantes pour réduire les risques environnementaux auxquels elle fait face ? ». Celles qui ont choisi l’une des options de réponse (à l’exception de « Aucune » et « Ne sait pas ») sont identifiées comme ayant investi dans l’adaptation. Les données ont été pondérées en fonction de la distribution des entreprises interrogées par pays et de la contribution des secteurs économiques au PIB de chaque pays. Source : Enquête ITC-CPCCAF, avril-juillet 2023
L’investissement dans l’atténuation est limité mais bénéfique
Note : Le graphique décrit les réponses à la question « Au cours des trois dernières années, votre entreprise a-t-elle investi dans l’une des mesures suivantes pour réduire son incidence négative sur l’environnement ?». À droite, les réponses des entreprises sont en pourcentage (%) des entreprises qui déclarent avoir investi dans des mesures. Les données ont été pondérées en fonction de la répartition des entreprises interrogées par pays et de la contribution des secteurs économiques au PIB de chaque pays. Source: Enquête ITC-CPCCAF, avril-juillet 2023.Note : Le graphique décrit les réponses à la question « Ces investissements ont-ils ouvert l’une des opportunités suivantes pour votre entreprise ? » en pourcentage (%) des entreprises qui déclarent avoir investi dans des mesures. Les données ont été pondérées en fonction de la répartition des entreprises interrogées par pays et de la contribution des secteurs économiques au PIB de chaque pays. Source : Enquête ITC-CPCCAF, avril-juillet 2023
La mesure d’impact doit être la boussole du passage à l’échelle des entreprises ! C’est pourquoi l’Impact Tank et le Groupe SOS prennent position dans un manifeste pour permettre à la totalité des entreprises de mesurer leur impact social et environnemental.
Il est urgent d’agir… au-delà des solutions d’urgence.
Les inégalités sociales sont intolérables. 700 millions de personnes vivent encore en situation d’extrême pauvreté. Deux-tiers des richesses mondiales sont détenues par le top 1 %. Et l’écart se creuse.
Pendant ce temps, la crise climatique prend de l’ampleur et frappe les plus vulnérables en premier. Et de plus en plus fort. Le risque de réchauffement jusqu’à +5° est réel. Les migrations climatiques vont doubler d’ici 2050. La biodiversité est décimée.
Les pansements humanitaires sont indispensables mais ils ne suffisent pas. C’est à la racine qu’il faut combattre les maux du monde. Afin que les mêmes symptômes ne réapparaissent pas indéfiniment. « Changer le système »… facile à dire. Mais changer quoi, exactement ? Et comment ?
Tirons des enseignements du passage à l’échelle des projets à impact aux quatre coins du monde, et des freins rencontrés. Définissons une approche systémique de la solidarité internationale, qui met les logiques entrepreneuriales au profit des plus vulnérables et de la planète.
Elle repose sur les 5 moteurs du changement systémique. Pour les optimistes, ils sont autant de leviers d’impact positif démultiplié.
A nous de jouer pour accélérer, collectivement !
La mesure d’impact doit être la boussole du passage à l’échelle des entreprises
Les solutions existent. Elles ne sont pas théoriques.
Elles sont éprouvées depuis 40 ans par le Groupe SOS dans 50 pays d’intervention. Il est urgent de les passer à l’échelle !
La transition économique requiert de prioriser massivement les investissements à impact
5 propositions
1 – Créer les écosystèmes favorables au développement de l’Économie Sociale et Solidaire dans les pays qui n’en sont pas dotés.
2 – Accompagner les entrepreneurs vers l’impact en généralisant la mesure d’impact social et environnemental.
3 – Orienter les investissements solidaires et durables en priorité vers les entrepreneurs à impact des pays vulnérables.
4 – Œuvrer à l’autonomisation des organisations de la société civile des pays vulnérables, en leur réservant la mise en œuvre des projets sur leurs territoires et en orientant les ONG internationales vers un rôle d’accompagnement.
5 – Systématiser l’engagement par le Volontariat d’entreprise en l’ouvrant à tous les actifs au cours de leur carrière.
Le changement systémique c’est aussi permettre l’engagement des 8 milliards de citoyens, de consommateurs et de bénévoles en devenir
Les porteurs du programme national Tims lancent le premier site web de référence sur la mobilité durable et inclusive. Centre de ressources, cette nouvelle plateforme est le fruit d’un travail collaboratif qui vise à développer et professionnaliser le secteur de la mobilité durable et inclusive en France.
Un site de référence sur la mobilité durable et inclusive
L’objectif de ce site, élaboré en partenariat, est de centraliser informations et ressources expertes sur la mobilité durable et inclusive pour favoriser la montée en compétences des professionnels et des acteurs des territoires.
Pour s’informer et se former, il propose ainsi des interviews d’experts, des décryptages, des retours d’expérience et recense des ressources, des webinaires et les événements dédiés à la mobilité durable et inclusive.
Dans le Finistère, l’association Don Bosco lutte contre l’autosolisme
Il fait également la part belle aux initiatives de terrain, avec une carte des projets menés dans les territoires.
Partout en France, des initiatives en faveur de la mobilité durable et inclusive voient le jour. Que ce soit dans le cadre du programme Tims ou impulsées localement, les acteurs locaux, structures d’insertion, et collectivités locales travaillent main dans la main pour couvrir peu à peu le territoire français et permettre une mobilité durable accessible à tous.
Nouvel outil de référence pour les professionnels de la mobilité, les acteurs institutionnels, les collectivités locales, les acteurs de la transition écologique, il permet à tous publics de disposer d’informations et de ressources fiables sur ce secteur en développement.
La mobilité durable et inclusive résulte du rapprochement du secteur de la mobilité durable (autopartage, transports en commun, etc.) et de celui de la mobilité inclusive (vélo-écoles solidaire, transport d’utilité sociale…) pour répondre aux enjeux sociaux, économiques et environnementaux.
Mobilité inclusive
La mobilité est une clef de l’insertion professionnelle et sociale, c’est la liberté de choisir son quotidien et son avenir. L’efficience et la qualité des services de mobilité sont des leviers essentiels de réduction des inégalités. Afin que chacun puisse accéder à une mobilité adaptée à ses besoins, le Groupe SOS propose de repenser notre manière de concevoir la mobilité.
“L’information et la formation des professionnels et des acteurs des territoires est un enjeu clé pour développer et professionnaliser le secteur. Notre ambition est de faire de ce centre de ressources un site de référence pour ces publics, et même au-delà !”
Tims est un programme qui vise à développer la mobilité durable et inclusive en France. Il ambitionne de réaliser des économies d’énergie en encourageant des modes de mobilités plus sobres. Pour une transition juste, l’objectif est de permettre à tous, en particulier les personnes en précarité-mobilité, d’accéder aux services essentiels et d’exercer pleinement leurs droits fondamentaux
Face à une crise énergétique exacerbée et à un besoin accru de pratiques durables, ORÉE présente son rapport sur « L’appropriation stratégique de la sobriété par les entreprises », réalisé en partenariat avec le CGDD et la DGEC. Élaboré à partir des pratiques de soixante entreprises, ce rapport explore les étapes clés, retours d’expériences et recommandations précises pour la sobriété énergétique des bâtiments, les mobilités professionnelles et la sobriété matière.
Schéma récapitulatif des règlementations et facteurs incitatifs à la diminution des consommations de matières et d’énergie. Source : ORÉE
Ce document illustre comment les entreprises peuvent réduire leur empreinte écologique tout en améliorant leur résilience à travers des pratiques telles que le juste dimensionnement des équipements, la réduction des déplacements professionnels, la rénovation énergétique des infrastructures et la réduction de la consommation des ressources.
« La sobriété : une priorité désormais reconnue … et c’est une bonne nouvelle ! »
Thomas LESUEUR Commissaire Général au Développement Durable
En octobre 2022, la Première ministre Élisabeth Borne lançait le plan de sobriété en déclarant que « la sobriété est là pour s’installer. C’est une opportunité, pour nous, comme pour notre société ». Renouvelant le concept même de sobriété, elle en faisait une véritable priorité politique qui « n’est pas produire moins et faire le choix de la décroissance, [mais bien] éviter les consommations inutiles et ne pas consommer tous au même moment »
Décomposition des émissions globales de GES dans le secteur résidentiel
La sobriété dépasse le seul volet de la baisse des consommations liée aux évolutions d’usages et implique des changements des modes de production et de consommation, un questionnement continu des besoins énergétiques et des matières, voire des évolutions des modèles d’affaires.
Le concept de sobriété intègre désormais la stratégie générale de l’entreprise, parce qu’il rejoint les enjeux de décarbonation et de transition énergétique, et qu’il constitue une ressource clé pour déployer une stratégie de transition écologique dans toutes ses dimensions.
Si les entreprises travaillent depuis des années à une meilleure gestion de leurs consommations, la mise en œuvre opérationnelle de la notion de sobriété s’est accélérée en raison du contexte géopolitique et économique actuel.
Quantités de textiles, linge de maison et chaussures mis sur le marché chaque année en France (en tonnes)
une démarche de sobriété constitue pour les entreprises une opportunité de devenir plus compétitives.
Patricia SAVIN Présidente d’ORÉE
À l’heure où les limites planétaires ont des effets significatifs sur la rentabilité économique des entreprises (raréfaction des matières et hausse des coûts d’approvisionnements), se lancer dans une démarche de sobriété constitue pour celles-ci une opportunité de devenir plus compétitives.
Au niveau européen, le Green Deal encourage l’efficacité énergétique et la réduction des Gaz à Effets de Serre (GES) depuis 2019. Dans sa continuité, la Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD), entrée en vigueur le 1e janvier 2024, renforce le suivi et la responsabilité des entreprises en matière de durabilité avec une obligation de transparence sur les risques qu’elles font encourir à leur environnement et auxquels elles sont exposées.
Aperçu des gisements d’économies d’énergies possibles grâce aux actions du plan de sobriété énergétique 50 TWh (térawatt-heure) peuvent être économisés en un an grâce à plusieurs gestes réalisables à court terme en France. Le plus grand gisement d’économie est la réduction des températures à 19°C dans les logements et dans le secteur tertiaire.
En France, la sobriété est explicitement mentionnée et intégrée dans la Loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015, dans le dernier rapport du GIEC de 2022 et est inscrite dans un plan de sobriété énergétique lancé cette même année.
Ce dernier vise à répondre aux objectifs de diminution de 40 % des consommations d’énergie d’ici à 2050 et à porter la sobriété comme facteur clé de transition énergétique et écologique, induits notamment par la décarbonation et l’anti-gaspillage.
Graphique tiré des réponses à l’enquête réalisée auprès des entreprises
Pour les entreprises, l’énergie consommée est devenue un enjeu important, en termes de compétitivité, et la sobriété énergétique une opportunité de performance écologique et économique.
Diane SIMIU Directrice du climat, de l’efficacité énergétique et de l’air à la Direction générale de l’énergie et du climat
Divers chemins peuvent être empruntés pour changer les pratiques internes d’une organisation, allant de la diminution des consommations au changement de modèle économique, en plaçant la question du besoin au centre des réflexions.
Résumé
Graphique tiré des réponses à l’enquête réalisée auprès des entreprises
La crise énergétique née du conflit ukrainien et des effets prix de l’énergie qui en ont découlé, ainsi que de la disponibilité amoindrie du parc nucléaire français à l’hiver 2022, a entraîné un re-questionnement des stratégies des entreprises de tous les secteurs, devant être plus résilientes pour être plus durables.
Au-delà des situations de crise et des attentes règlementaires, la sobriété s’est imposée comme une démarche incontournable pour garantir le fonctionnement pérenne des entreprises, à la fois plus durables, adaptables et efficientes, dans un paysage économique en évolution continue.
Les différents paliers pour mieux situer son positionnement dans sa démarche de sobriété
Le présent rapport, rédigé par ORÉE à la demande du Commissariat Général au Développement Durable (CGDD), a pour vocation de servir de guide aux entreprises pour la mise en œuvre opérationnelle de la sobriété. Grâce à la contribution et aux témoignages d’une soixantaine d’entreprises, de véritables retours d’expériences ont pu être formalisés, et ont permis de mettre en lumière des bonnes pratiques sur trois axes spécifiques : la sobriété énergétique des bâtiments et des locaux professionnels, les mobilités professionnelles et la sobriété des matières.
Stratégies et scénarios présentés par Négawatt lors du Groupe de Travail sobriété
Devenant un axe stratégique fort, une démarche de sobriété doit s’appuyer sur un engagement ferme de la gouvernance de l’organisation avec la définition d’objectifs précis et la mise en place de plans d’actions adaptés pour bénéficier de résultats chiffrables et objectivables.
Elle nécessite également un changement de paradigme dans la manière dont les entreprises conçoivent leurs produits, leurs services et leurs opérations. Centrées sur la réduction des consommations énergétiques et des ressources, sur l’optimisation des processus et de plus en plus souvent sur un questionnement des besoins, les actions dans la conception, la production, la commercialisation et l’ensemble des usages professionnels sont nombreuses.
Graphique tiré des réponses à l’enquête réalisée auprès des entreprises
L’étude a montré que pour les bâtiments, locaux et installations physiques, le dimensionnement approprié des équipements, la régulation des températures et l’investissement dans la rénovation énergétique des infrastructures sont privilégiés.
Dans le domaine de la mobilité, les entreprises cherchent à réduire les déplacements professionnels non nécessaires, y compris par le télétravail, à favoriser les transports en commun et les mobilités douces.
La sobriété matière, quant à elle, consiste d’abord à réduire la consommation des ressources. Cela englobe les pratiques telles que le réemploi, l’éco-conception des produits pour prolonger leur durée de vie ou le recyclage pour valoriser les déchets.
Graphique tiré des réponses à l’enquête réalisée auprès des entreprises
Certaines entreprises vont plus loin et se posent la question d’un changement ou d’une diversification des modèles économiques, aujourd’hui essentiellement basés sur des volumes.
Pour s’assurer de l’efficacité de leurs stratégies de sobriété, les entreprises mettent en place des systèmes de mesure et de suivi adaptés pour quantifier les progrès réalisés. La transparence dans la communication de ces performances, à travers des rapports RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises) par exemple, renforce la crédibilité des engagements des entreprises et favorise la confiance des parties prenantes.
Schéma récapitulatif des axes de sobriété sur la chaine de valeur
Ces initiatives contribuent également à sensibiliser et à mobiliser les chaînes de valeur. En effet, une démarche de sobriété se veut systémique et nécessite donc d’impliquer l’ensemble de son écosystème, du fournisseur au consommateur.
Les étapes pour établir un plan d’action
Les recommandations formulées par ce rapport visent à accompagner les entreprises dans l’implémentation de pratiques sobres, comme gage de pérennité à moyen et long terme en renforçant leur positionnement sur le marché et en leur permettant de contribuer efficacement à la transition écologique
Graphique tiré des réponses à l’enquête réalisée auprès des entreprises
Depuis plusieurs décennies, la mer d’Aral est synonyme de catastrophe écologique, ayant perdu plus de 90 % de sa surface d’origine en quelques décennies. Pourtant, un espoir renaît grâce à l’engagement du Kazakhstan et à un partenariat international avec les États-Unis. Ce duo ambitieux œuvre pour redonner vie à ce joyau naturel autrefois florissant.
Le Kazakhstan préside le fond international pour le sauvetage de la mer d’Aral
Depuis janvier 2024, le Kazakhstan préside le Fonds international pour le sauvetage de la mer d’Aral (IFAS). Pour Astana, l’objectif est clair : renforcer les partenariats avec les États d’Asie centrale et les organisations internationales pour aborder les défis liés à ce réservoir d’eau autrefois indissociable de l’Asie centrale.
Cette mer, autrefois le quatrième plus grand lac du monde, est aujourd’hui un symbole de la folie des hommes. L’irrigation intensive mise en place sous l’Union soviétique a privé l’étendue d’eau — située sur la frontière entre le Kazakhstan et l’Ouzbékistan — de ses affluents. Depuis plusieurs années, les initiatives locales se multiplient pour tenter de redonner vie à la mer d’Aral et tentant d’atténuer l’impact pour les populations locales, particulièrement touchée par l’effondrement de l’industrie de la pêche.
En collaboration avec le Kirghizistan, le Tadjikistan, le Turkménistan et l’Ouzbékistan, le Kazakhstan a ainsi mis sur pied un vaste programme de « prévision hydrogéologique » afin suivre et de mesurer les flux d’eau et la consommation de toutes ces nations. Le but ? Évaluer les besoins des différentes nations et suivre l’évolution des cours d’eau, condition indispensable pour orienter à nouveau une partie des flux vers la mer d’Aral.
Un renforcement des institutions de gestion des ressources en eau régionales, qui a d’ailleurs été mis en place en collaboration avec le programme eau-énergie de la Banque mondiale.
La structure organisationnelle de l’IFAS – International Fund for Saving the Aral Sea
Le Kazakhstan a réussi à convaincre les États-Unis de s’impliquer dans le sauvetage de la mer d’Aral
C’est dans ce contexte, en avril dernier, que le Kazakhstan a persuadé les États-Unis de s’investir dans la restauration de la mer d’Aral par le biais de l’USAID.
Le projet « Oasis », qui se concentre dans le la région de Kyzylorda au sud du Kazakhstan, vise à restaurer l’environnement de l’ancienne mer d’Aral : avec un budget de 1,35 million de dollars, ce vaste plan americano-kazakhstanais soutient la plantation de saxaouls — un arbuste typique de l’Asie centrale — pour stabiliser le paysage désertique et prévenir les tempêtes de sable. Ces arbres robustes, capables de stabiliser jusqu’à quatre tonnes de sable, sont essentiels pour contrer les tempêtes de sable et de poussière dans la région. Selon les spécialistes, le taux de survie des arbres plantés atteint 78 %, un chiffre prometteur qui dépasse les attentes initiales.
En jugulant le désert, Astana et Washington espèrent faciliter la réapparition de l’étendue d’eau. D’ailleurs, le directeur de l’Exécutif de l’IFAS, Serikaliy Mukataev, a souligné l’importance du soutien de l’USAID pour atténuer les impacts de ce redoutable désert, « le plus jeune du monde » selon ses mots. Il a noté que seuls la moitié des 2,2 millions d’hectares de l’ancien fond marin de l’Aral sont propices à la plantation, rendant le projet Oasis crucial pour l’amélioration environnementale de la région.
En combinant une meilleure gestion des ressources hydriques de toute la région et une politique de reforestation pour juguler l’avancée du désert, États, Institutions internationales et ONG espèrent redonner vie à la mer d’Aral, l’historique oasis des routes de la soie.
Le 22 mai est la journée internationale de la diversité biologique. L’occasion de s’intéresser à la richesse des espèces végétales et animales de notre planète. Avec 2 millions d’espèces inventoriées et 6 à 18 millions restant encore à découvrir, il y a de quoi faire ! Le RESES réédite son guide pratique pour remettre la biodiversité au cœur du monde étudiants et faire éclore des campus verts et vivants.
“La planète va mal !”
Les émissions de gaz à effet de serre explosent, la planète se réchauffe, Le climat perd la boule.
Stacy Algrain, fondatrice du média “La Corneille” dédié entièrement au vivant
La question environnementale se retrouve souvent résumée au dérèglement climatique, éclipsant l’érosion de la biodiversité. Plus encore que le climat, l’Humanité a déréglé les mécanismes complexes du vivant, nature, faune et flore, à la base des écosystèmes, au risque de provoquer ce que les scientifiques qualifient de 6ème extinction de masse.
Tout comme notre espèce s’est mobilisée pour faire du climat un enjeu du débat public, nous pouvons réitérer cette performance pour les enjeux de biodiversité.
[Gilles Bœuf] L’humain dans la biodiversité
Avec la vision systémique, la rigueur scientifique, la connaissance des naturalistes, ces émotions qui font se mouvoir celles et ceux qui se soulèvent, un sentiment de responsabilité, d’humilité et de justice, il est possible de “Raviver les braises du vivant !”
Baptiste Morizot
La biodiversité, de quoi parle-t-on ?
Les 3 échelles de la biodiversité
D’où vient ce mot ? C’est un raccourci de « biologie » et « diversité ».
Le terme de “biodiversité” est défini en 1992 par la Convention sur la diversité biologique des Nations Unies. Il s’agit d’un mot-valise visant à mettre en avant la diversité de toutes les formes du vivant :
Diversité écosystémique : C’est la diversité des écosystèmes1, qui sont les milieux de vie.
Diversité spécifique : C’est la diversité des espèces existant sur la planète.
Diversité génétique : C’est la diversité des individus au sein des espèces.
Un écosystème
Nature, vivant et biodiversité : quelle différence ?
Le terme “nature” peut être trompeur puisqu’il semble …
Exclure l’être humain, qui appartient pourtant à la nature.
Être l’opposition de la culture alors que rares sont les endroits vierges de toute intervention humaine. Par exemple, les espaces de la planète considérés comme sauvages (tels que l’Amazonie ou le Serengeti) ont en réalité été façonnés et protégés par les peuples autochtones.
La biodiversité est la …
fraction vivante de la nature dans toute sa complexité
Gilles Bœuf, biologiste français
La nature est un terme qui rassemble le vivant, le minéral, l’environnement.
Le vivant correspond littéralement à ce qui vit, à ce qui est commun à l’ensemble des organismes.
La biodiversité est la diversité des formes du vivant.
La crise de la biodiversité
Dans son rapport de 2019, l’IPBES2 (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) nous dit que « La nature décline globalement à un rythme sans précédent dans l’histoire humaine et le taux d’extinction des espèces s’accélère, provoquant dès à présent des effets graves sur les populations humaines du monde entier.«
Cet effondrement s’observe au niveau du nombre d’espèces (des espèces entières sont menacées d’extinction), mais aussi au sein des espèces avec un déclin de l’abondance3 d’individus au sein d’une espèce.
La crise actuelle est particulière du fait de la vitesse d’extinction qui est 100 à 1000 fois plus rapide que celle des crises passées.
Tout comme pour le dérèglement climatique, les humains sont responsables de l’effondrement de la biodiversité. C’est pour cela que l’on parle d’Anthropocène4, terme qui désigne une nouvelle ère géologique dans laquelle les actions humaines sont les principales forces de changements sur Terre. Certains parlent également de Capitalocène, un concept qui sous-entend que c’est le capitalisme en tant que système économique et organisation sociale qui est principalement responsable des dérèglements environnementaux actuels, et non l’humanité toute entière.
[Pierre-Henri Gouyon] Effondrement de la biodiversité : pourquoi on a tout faux !
L’enjeu est de rendre visible que toutes les formes de vie sont elles aussi, depuis toujours, non pas un décor pour nos tribulations humaines, mais les habitants de plein droit du monde.
Manières d’être vivant, Baptiste Morizot, Actes Sud
» La microfaune des sols fait, littéralement, les forêts et les champs. Les forêts et la vie végétale des océans fabriquent l’atmosphère respirable qui nous accueille. Les pollinisateurs font ce que nous appelons le “printemps” : c’est leur action bourdonnante, invisible et planétaire, qui appelle chaque année au monde, à la sortie de l’hiver, les fleurs, les fruits, les dons de la terre et leur retour immémorial. Les abeilles, bourdons et oiseaux fabriquent cette saison dans ce qu’elle a de vivant. »
Le lien avec le milieu étudiant
Qu’ils soient situés en milieu urbain, péri-urbain ou rural, les campus sont avant tout des lieux de vie, qui s’intègrent dans des territoires plus vastes. Ils pourraient devenir des lieux propices à la biodiversité végétale et animale, afin de lutter contre la destruction des espaces naturels.
Les campus pourraient même devenir de véritables sanctuaires pour la biodiversité, car les établissements de l’enseignement supérieur sont moins menacés par la pression urbaine extérieure et les promoteurs immobiliers.
Le monde étudiant a un rôle clef à jouer, pour transformer les campus en espaces verts et vivants. La présence de biodiversité sur les campus a par ailleurs de multiples bénéfices :
– L’amélioration de la santé mentale des étudiant·es – La création d’espaces de rencontres – La garantie d’accès à des espaces verts pour des personnes plus éloignées de la nature – Et l’augmentation de l’attractivité des établissements.
Les multiples raisons de rendre les campus verts et vivants
Agir en faveur de la biodiversité n’est pas toujours la priorité sur les campus, car l’accent est souvent mis sur la transition bas carbone des établissements. Or, laisser la biodiversité s’y installer présente des intérêts non négligeables !
I. Protéger la faune, la flore et la fonge : La destruction des habitats étant la première cause d’érosion de la faune, de la flore et de la fonge5, insérer de la biodiversité sur le campus permet de recréer des habitats et d’offrir gîte et couvert aux différentes espèces.
II. Sensibiliser les usagers : Avoir de la biodiversité sur les campus permet la sensibilisation des usagers. En effet, la nature présente sur le campus va permettre d’amplifier leur attention à l’égard du vivant.
La méconnaissance de la biodiversité et de ses enjeux est un des freins principaux à sa prise en compte à tous les niveaux : du comportement quotidien du citoyen aux décisions de politique publique.
Source : Guide de bonnes pratiques Sciences participatives et biodiversité, décembre 2016
III. Améliorer la santé mentale des étudiants : De nombreuses études prouvent que par sa présence, la nature diminue le stress et la fatigue mentale et que la relation avec elle participe à l’amélioration du bien être mental.
IV. Améliorer le cadre de travail et d’apprentissage : Les campus sont des lieux sur lesquels enseignent, apprennent, travaillent et se rencontrent différents usagers et usagères. La biodiversité apporte des bénéfices quant à la qualité de vie et d’étude de ces personnes.
Source : L. BOURDEAU-LEPAGE, « De l’intérêt pour la nature en ville, cadre de vie, santé et aménagement urbain », décembre 2019
V. Participer à l’exemplarité et l’attractivité de l’établissement : Depuis la loi de 2009 de programmation relative à la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement, les établissements d’enseignement supérieur ont l’obligation de mettre en place une démarche de développement durable à travers la création d’un Plan Vert. Or, parmi les axes du référentiel DD&RS qui évalue les actions menées, se retrouve le développement d’une politique en faveur de la biodiversité consistant à « mettre en place une gestion durable et agir en faveur de la biodiversité sur les sites de l’établissement ». Le Plan climat-biodiversité et transition écologique de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (juin 2023) a pour objectif l’inscription des enjeux de la transition écologique au cœur des stratégies d’établissements. L’enseignement supérieur est un acteur qui doit contribuer à la réalisation des engagements climat et biodiversité pris par la France.
Un établissement qui se veut exemplaire dans une démarche de développement durable doit intégrer la biodiversité sur son campus.
J’agis sur mon campus – Fiches actions
J’installe un compost
Je donne à boire et à manger aux oiseaux pendant les grands froids
Je mets en place un jardin partagé, sauvage ou cultivé
J’organise une sortie d’observation de la nature
J’organise un inventaire de la biodiversité
Je lutte contre la pollution lumineuse
J’organise ou je participe à un chantier nature
Je fais du plaidoyer pour faire évoluer la gestion des espaces verts
Ensemble d’êtres vivants (végétaux, animaux, champignons, micro-organismes…) qui vivent en interaction (entraide, protection ou prédation) dans et avec un milieu spécifique. ↩︎
Organisme intergouvernemental qui fournit aux décideurs des expertises validées par la communauté scientifique et prenant en compte l’ensemble des connaissances disponibles sur la biodiversité. L’IPBES (plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) est l’équivalent du GIEC pour la biodiversité. ↩︎
Diminution du nombre d’individus constitutifs d’une espèce. ↩︎
Nouvelle ère géologique dans laquelle les humain·es sont la principale force de transformation. ↩︎
Une équipe de scientifiques publie de nouveaux résultats dans Conservation Biology, sur l’impact des changements climatiques à venir sur la biodiversité du bassin méditerranéen. L’Université de Bretagne rappellent l’urgence de développer les solutions fondées sur la nature sur les littoraux du bassin méditerranéen pour faire face à la montées des eaux.
De fortes vagues s’écrasent contre les digues du port des Sables-d’Olonne, dans l’ouest de la France. Jean-Sébastien Evrard / AFP
Montée des eaux : sur les littoraux, l’urgence de développer les solutions fondées sur la nature
L’UICN définit les SFN comme des « actions visant à protéger, gérer durablement et restaurer les écosystèmes naturels et modifiés, qui répondent aux défis de la société de manière efficace et adaptative tout en bénéficiant aux personnes et à la nature ».
Au cours de la dernière décennie, le concept des SFN semble surtout avoir été appliqué à des environnements terrestres, en particulier urbains, malgré l’abondance des possibilités qu’offrent les écosystèmes marins et côtiers, notamment pour la protection des côtes.
Changement climatique et gestion côtière
Traditionnellement, la protection des côtes reposait sur les méthodes de protection conventionnelles (digues, épis, brise-lames, enrochements) pour se défendre contre la mer. Face au changement climatique et ses effets associés – élévation du niveau de la mer, événements climatiques plus fréquents et plus extrêmes – ces types d’ouvrages ne suffisent plus : ils ne constituent qu’une solution temporaire et les coûts d’entretien pourraient devenir irréalisables.
Dans ce contexte combiné à celui d’une conscience accrue vis-à-vis de la biodiversité, une évolution progressive s’est opérée vers des solutions d’abord plus douces – avec le développement de l’ingénierie écologique (pieux hydrauliques, épis en bois, géotextiles, rechargement du profil de plage, etc.) – et plus récemment vers des solutions fondées sur la nature.
Dunes, marais salants ou herbiers sous-marins
Sur le littoral, les SFN s’appuient sur les services écosystémiques des écosystèmes côtiers tels que les dunes, les marais salants, les herbiers sous-marins ou encore les mangroves afin de réduire les risques d’érosion et de submersions.
Illustration de solutions fondées sur la nature (Grande Plage de Gâvres, Morbihan, photos prises avant (2018) et après (2022) l’installation de casiers de ganivelles pour la régénération dunaire). Laboratoire GEO-OCEAN UBS
Parmi leurs nombreux avantages, ils offrent une protection naturelle contre les inondations et les tempêtes en atténuant l’énergie des vagues et en stabilisant les sédiments par la végétation.
La réduction de la hauteur des vagues par les marais maritimes a par exemple été estimée à 72 %. Les écosystèmes côtiers bénéficient aussi beaucoup à la biodiversité en fournissant des habitats qui peuvent servir de nurserie, de nidification ou de sources de nourriture pour la faune.
Des solutions adaptables
De même, la capacité de stockage du carbone des habitats côtiers végétalisés, en particulier les marais maritimes et les mangroves, peut contribuer dans un sens à l’effort global de réduction des émissions des gaz à effet de serre, ce qui représente un moyen essentiel pour aider à atténuer les effets du changement climatique.
Contrairement aux solutions traditionnelles, les SFN peuvent évoluer avec la montée du niveau de la mer ou, si nécessaire, être facilement adaptées. Il existe différentes approches pour gérer ces écosystèmes côtiers et marins qui peuvent constituer la base des SFN, comme les aires marines protégées, les outils de gestion durable et les projets de restauration et/ou de préservation – par exemple, le projet Adapto en France.
Des formes de conceptions « hybrides » peuvent également être envisagées, en combinaison avec des solutions d’ingénieries plus classiques.
De nombreux freins à leur développement
Si leur déploiement s’est accéléré dans le monde, de nombreux freins subsistent pour qu’elles soient généralisées.
Concept plutôt « récent », les SFN littorales ne sont pas encore aussi bien comprises que les ouvrages conventionnels : l’insuffisance de retours d’expériences, de suivis et de rapports d’évaluation requiert que scientifiques et académiques approfondissent les connaissances et évaluent leur performance avec davantage de projets. Les investissements, point clé pour la mise en place et la pérennité de ce type de projets, font également défaut. Rares sont, à ce stade, les sources de financement qui sont spécifiquement dédiées aux SFN pour les littoraux.
Enfin, la définition des SFN semble engendrer des confusions. « Infrastructure naturelle », « infrastructure verte », « adaptation et atténuation basées sur les écosystèmes », « travail avec la nature » etc. Une panoplie de principes et de termes peuvent être associés aux SFN, ce qui rend la notion vague pour les communautés scientifiques, politiques et citoyennes. Une harmonisation claire permettrait une meilleure communication entre les acteurs.
Cette confusion se reflète dans les accords internationaux et les réglementations. La mention de SFN peut varier d’un instrument à l’autre et entre les pays, et la question des SFN de manière large n’est parfois abordée qu’indirectement, en insistant sur le fait que l’adaptation contribue à la protection des écosystèmes mais sans faire une référence directe au terme « solution fondée sur la nature », à l’exemple de l’article 7 de l’accord de Paris. Comme le précise le rapport de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique sur le sujet, les politiques existantes et outils actuels nécessitent des changements et devraient être davantage utilisés pour renforcer l’application des SFN.
Défis à venir
Il est également essentiel de mettre l’accent sur l’amélioration des connaissances et la sensibilisation des jeunes. Le concept de SFN demeure plutôt absent dans les programmes d’éducation et dans les études supérieures, il s’agit donc de les intégrer dans le futur. Connaissances scientifiques et locales devraient aussi être partagées au sein de groupes de travail dédiés à la thématique entre les chercheurs.
Les solutions fondées sur la nature (SFN) représentent sans aucun doute une opportunité pour répondre au défi sociétal du changement climatique, tout en permettant la préservation de la biodiversité et la réduction des risques littoraux.
La collaboration entre les différents acteurs du littoral et les projets d’expérimentaux doit toutefois être renforcée pour donner à ces stratégies de plus grandes chances d’être intégrées aux politiques d’adaptation.
Cet article est rédigé dans le cadre du projet Adalitt-Breizh, porté par le Laboratoire Geo-Ocean de l’Université Bretagne Sud et co-financé par l’Union européenne (FEDER Région Bretagne).
La hausse du niveau marin : une menace pour les zones humides méditerranéennes
Une équipe de scientifiques1 publie de nouveaux résultats dans Conservation Biology, sur l’impact des changements climatiques à venir sur la biodiversité du bassin méditerranéen.
L’étude s’intéresse à 938 zones humides côtières de 8 pays du pourtour méditerranéen importantes pour l’hivernage des oiseaux d’eau. Elle évalue le risque de submersion marine pour ces zones humides, selon différents scénarios de hausse du niveau marin à l’horizon 2100 du Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC), afin de localiser les plus menacées par la montée de la mer où mettre en place des mesures d’adaptation en priorité. Les chercheurs ont ainsi pu mettre en évidence les risques importants qui pèsent sur ces milieux à fort enjeu de conservation de la biodiversité et plus particulièrement sur les oiseaux d’eau qui en dépendent fortement.
La montée des eaux en Méditerranée menace fortement les oiseaux
Plus de 320 zones humides côtières (soit près d’un tiers de celles étudiées) sont menacées par la hausse du niveau marin à venir, y compris dans les scénarios climatiques les plus optimistes. Parmi les plus exposées au risque de submersion marine, figurent les zones humides considérées comme d’importance internationale pour les oiseaux d’eau et celles bénéficiant d’un statut de protection. Le Parc naturel régional de Camargue, qui abrite la plus grande zone humide française, pourrait par exemple subir la submersion d’une surface de terres équivalente à quatre fois la superficie de Paris. Parmi les espèces les plus à risques, on retrouve notamment des oiseaux des lagunes côtières tels que l’emblématique Flamant rose (Phoenicopterus roseus).
Les résultats de cette étude soulignent l’urgence de lutter contre le changement climatique et d’élaborer des stratégies d’adaptation à la hausse du niveau marin limitant son impact sur la biodiversité. Ces deux défis peuvent être relevés par la mise en œuvre de Solutions fondées sur la Nature, telles que la restauration des zones humides côtières
Référence : Verniest, F., Galewski, T., Boutron, O., Dami, L., Defos du Rau, P., Guelmami, A., Julliard, R., Popoff, N., Suet, M., … & Le Viol, I. (2024). Exposure of wetlands important for nonbreeding waterbirds to sea-level rise in the Mediterranean. Conservation Biology. DOI : https://doi.org/10.1111/cobi.14288
Fabien Verniest a remporté le 7 mai le deuxième prix ex æquo de thèse du ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires. Il s’agissait de la première édition de ce prix créé à l’occasion de la Fête de la science pour renforcer les liens entre le monde scientifique et l’administration au bénéfice de l’action publique, et récompenser l’excellence de travaux en la matière. Les travaux de Fabien Verniest portent sur les apports des méthodes d’évaluation de l’exposition aux changements climatiques et d’usage des sols à la planification des aires protégées et se penchent sur le cas des oiseaux d’eau hivernant en Méditerranée. Une partie de ces recherches font l’objet de cette publication scientifique Exposure of wetlands important for nonbreeding waterbirds to sea-level rise in the Mediterranean dont Fabien Verniest est le premier auteur.
Équipe coordonnée par le Centre d’Écologie et des Sciences de la Conservation (Muséum national d’Histoire naturelle, CNRS, Sorbonne Université) et l’institut de recherche pour la conservation des zones humides méditerranéennes de la Tour du Valat ↩︎
Alors que les attaques continuent contre le Pacte vert à l’approche des élections européennes, états, entreprises et ONG se mobilisent pour sauver un paquet législatif essentiel pour atteindre la neutralité carbone et restaurer les écosystèmes naturels.Tour d’horizon avec Novethic et La Croix
Près de 150 ONG européennes ont écrit une lettre ouverte aux dirigeants européens le 13 mai dans laquelle elles s’inquiètent du “démantèlement des mesures vertes” au sein de l’UE. “Certains politiciens dans les capitales européennes, et dans les institutions de l’UE à Bruxelles, accélèrent les crises de la nature et du climat, risquant les vies des personnes qu’ils représentent”, met en garde le courrier, signé notamment par Les Amis de la Terre, Greenpeace, le WWF, ou France Nature Environnement. “Nous vous exhortons à arrêter avant qu’il ne soit trop tard”, lancent les organisations.
Mardi 14 mai, dans une lettre commune initiée par l’Irlande, 11 pays dont la France, ont appelé à débloquer la législation du Pacte vert sur la restauration de la nature, qui a été retirée faute de majorité, lors de la réunion des ministres de l’Environnement le 17 juin prochain. “Une telle ratification serait à la hauteur de l’engagement de faire (de l’UE) un leader mondial dans la restauration de la nature et d’adhérer à l’ambition définie” par la COP15 Biodiversité de Montréal de 2022, indique le courrier.
Today Minister @EamonRyan, together with colleagues from 🇩🇪🇫🇷🇪🇸🇩🇰🇱🇺🇨🇿🇱🇹🇸🇮🇪🇪🇨🇾, wrote to all member states urging them to adopt the 🇪🇺Nature Restoration Law at the #ENVI Council on June 17.
Minister Ryan said “Failure to agree would be carte blanche to destroy nature”. pic.twitter.com/ZnD1k6mBdN
Le Bureau européen de l’environnement (BEE), qui fédère 180 organisations environnementales, a élaboré un “Pacte européen pour l’avenir” qui pourrait succéder au Pacte vert. Il allie transition écologique et transition juste. Alors que les débats actuels se focalisent sur le Pacte de compétitivité et que l’agenda stratégique européen des cinq prochaines années semblent avoir mis de côté la dimension environnementale, la secrétaire générale du BEE Patrizia Heidegger, appelle à ne pas “revenir au vieux réflexe d’opposer la prospérité économique à l’action environnementale et climatique”.
Le Conseil économique social et environnemental (CESE) a rendu un avis le 14 mai estimant que le Pacte vert “doit être pérennisé”, avec “le souci de ne pas aggraver, voire de simplifier la charge administrative et la complexité juridique”. “Il s’agit de mieux accompagner socialement et économiquement la transition écologique et de renforcer son acceptabilité sociale. Ceci implique d’organiser le débat démocratique, notamment dans les instances de dialogue existantes, avec les acteurs économiques, sociaux et citoyens, avec les collectivités”.
Dans une tribune publiée dans La Croix début mai plusieurs dirigeants de mouvements européens d’entreprises à impact ont défendu le Pacte vert : “Le besoin de poursuivre la transition – et donc de ne pas renoncer au Green Deal – est crucial à plus d’un titre, écrivent-ils. Il est temps de voir émerger en Europe un système économique dans lequel l’impact positif n’est plus considéré comme une charge, mais comme un avantage pour les entreprises européennes”.
« L’Europe doit penser la transition avec les entreprises »
Face à la crise sociale et environnementale, des chefs d’entreprise1 dénoncent les incohérences du système européen, qui continue à favoriser une production à l’étranger au détriment du made in Europe. Pour eux, il est temps que l’Europe se tourne vers un modèle durable, qui privilégie les entreprises européennes.
» La transition se fera avec les entreprises ou ne se fera pas. Face à la crise sociale et aux déséquilibres environnementaux, les entreprises ont un rôle clé à jouer, qui répond d’ailleurs à une demande croissante portée par consommateurs, employés et même investisseurs, tous désormais attentifs à la durabilité des modèles économiques et à l’impact positif des entreprises sur la société. Cependant, nous ne pouvons que constater aujourd’hui le chemin qu’il reste encore à parcourir pour aligner l’ensemble de l’économie européenne sur nos objectifs de durabilité.
Une part croissante de l’économie offre pourtant de bonnes raisons d’espérer. Sur le continent, des dizaines de milliers d’entreprises, avec des formes et des modèles différents mais complémentaires, contribuent déjà positivement aux grands objectifs de transition de l’Union européenne. Ces entreprises pionnières sont de toutes tailles et opèrent dans tous les secteurs de l’économie, avec l’ambition de combiner performance économique et impact positif sur la société.
Elles mettent en œuvre des pratiques innovantes dans leurs activités, privilégient la circularité et les circuits courts, promeuvent la sobriété, les technologies durables, et mettent le partage et l’inclusivité au cœur de leurs modèles d’organisation. Par leur nature, elles contribuent à créer une économie plus juste et plus inclusive qui respecte les limites planétaires.
Cependant, ces entreprises sont confrontées à un système économique de la prime aux vices qui favorise les modèles d’affaires et les pratiques les plus néfastes – émissions de carbone, surconsommation des ressources, mépris des droits sociaux et humains, effondrement de la biodiversité, pollution des sols, etc. Un système qui favorise aujourd’hui la production à l’autre bout du monde et l’exploitation de la misère sociale, au détriment de la protection de l’environnement et des emplois de qualité en Europe. Un système qui favorise la surproduction et la surconsommation de produits de mauvaise qualité, au détriment du made in Europe, de l’économie circulaire et des circuits courts, et de nos objectifs de sobriété et de développement durable. Nos règles économiques sont obsolètes et éloignent notre économie de nos grands objectifs de durabilité.
Alors que le système aujourd’hui les fragilise, il devrait au contraire soutenir le développement de ces entreprises pionnières et encourager l’ensemble du tissu économique européen à évoluer vers des modèles d’affaires plus durables et inclusifs. Le contexte général actuel ne semble pourtant pas aller dans le sens d’un changement de paradigme. L’Union européenne (UE) subit un fort ralentissement économique et peine à atteindre ses objectifs en matière sociale, de climat, d’économie circulaire et de biodiversité, tandis que le Green Deal, qui a initié la transition de l’économie européenne, est aujourd’hui progressivement remis en cause pour des raisons purement politiques, en réponse à la pression de puissants lobbys industriels. Enfin, et pour ne rien arranger, la possible montée de l’extrême droite aux élections européennes représente une menace potentielle majeure pour les initiatives progressistes telles que le Green Deal, qui se heurte déjà à une résistance significative.
Ne pas renoncer
Le besoin de poursuivre la transition – et donc de ne pas renoncer au momentum du Green Deal – est pourtant crucial à plus d’un titre. Renoncer, c’est mettre en danger le développement et la prospérité de cette économie pour le bien commun et de ces entreprises à l’avant-garde des transitions. Renoncer, c’est également mettre en péril les objectifs de durabilité de l’Union, et prendre le risque que l’Europe ralentisse davantage sa transition vers une économie plus inclusive, juste et verte. Renoncer, enfin, c’est privilégier le business as usual et miser sur la résilience des modèles économiques de nos entreprises européennes, mis pourtant à mal lors des crises de ces dernières années. En cela, c’est renoncer à des modèles plus économes en ressources, plus autonomes et vecteurs de cohésion sociale, par nature plus protecteurs des entreprises face aux chocs.
La concurrence internationale exige un nouveau modèle de la performance économique juste qui soutient le modèle social européen. Pour éviter le déclin de l’économie européenne, nous devons donner la priorité aux entreprises qui contribuent au bien commun, en en faisant les clés de voûte d’une économie davantage tournée vers l’impact environnemental et social. Il est temps de voir émerger en Europe un système économique dans lequel l’impact positif n’est plus considéré comme une charge, mais comme un avantage pour les entreprises européennes. C’est le seul moyen de restaurer à la fois la souveraineté et la résilience de l’Union européenne, tout en assurant la contribution des entreprises aux principaux défis de notre temps. «
Signataires : Caroline Neyron, Directrice générale du Mouvement Impact France Emery Jacquillat, président de la Camif, cofondateur et ambassadeur Europe de la Communauté des entreprises à mission Arthur ten Wolde, Directeur d’Ecopreneur.eu Stefan Panhuijsen, Directeur de Social Enterprise NL Benoît Quittre, Président de Kaya – Coalition belge des écopreneurs Viktorija Braziunaite, Directrice de la Lithuanian Social Business Association Toby Gazeley, Policy Lead de Euclid Network – the European Social Enterprise Network Yvonne Zwick, Présidente du conseil d’administration de B.A.U.M e. V – Network for Sustainable Business Iara Beekma Reis, Directrice des affaires publiques de New ERA (New European Reuse Alliance) Daniela Pavlova, Directrice de SANNAS, Asociación de Empresas Triple Balance Victoria Carreras, Présidente de SANNAS, Asociación de Empresas Triple Balance Carlos Cordero, Directeur de Sustentia, membre du conseil d’administration de SANNAS, Asociación de Empresas Triple Balance Yvonne Jamal, Co-fondatrice and Directrice de JARO Institute for sustainability and Digitalization Frédéric Benhaim, Président d’Entreprendre Vert Elsa Da Costa, Directrice générale d’Ashoka France Mauro Del Barba, Président d’Assobenefit ↩︎
Alors que les Français se disent inquiets des effets du changement climatique et estiment qu’il est urgent d’agir, la nécessité de la [transition écologique] est (presque) unanimement partagée. Avec elle revient souvent l’idée que les efforts associés à cette transition ne seront consentis qu’à la condition qu’ils soient perçus comme « justes ». Pour clarifier la notion, l’Agence de la transition écologique (Ademe) a publié un avis qui permet de démystifier quatre idées reçues sur le sujet.
Au fil du temps, l’expression de transition juste est devenue un peu fourre-tout, présentée comme une baguette magique censée résoudre toutes les difficultés inhérentes à la transition. Jekesai Njikizana / AFP
Si le concept de « transition juste » peut sembler récent, il a en fait émergé dès 1993 dans les milieux syndicaux étasuniens, avant de se diffuser plus tard hors du monde du travail. En 2010, l’expression a été inscrite dans l’accord de la COP16, puis sacralisée dans le préambule de l’accord de Paris de 2015. Elle a aussi fait l’objet, en 2018, d’une déclaration spécifique, la déclaration de Silésie sur la solidarité et la transition juste.
Au fil du temps, son sens s’est élargi. L’expression de transition juste est devenue un peu fourre-tout, présentée comme une baguette magique censée résoudre toutes les difficultés inhérentes à la transition.
Pour clarifier la notion, l’Agence de la transition écologique (Ademe) a publié en avril un avis qui permet de démystifier quatre idées reçues sur le sujet.
Idée reçue n°1 : « La transition sera juste ou ne sera pas »
Première idée reçue à s’être imposée : la transition ne peut se déployer qu’à condition d’être juste. En d’autres termes, elle ne vaudrait la peine d’être menée que si elle est porteuse de justice sociale.
Cette exigence vient du fait, réel, que la transition peut accroître à court terme certaines vulnérabilités. Il existe en effet différents chemins pour la réaliser et tous n’auront pas les mêmes impacts sur nos sociétés.
Rappelons néanmoins que le plus injuste demeure ne pas mener du tout de transition. D’après les rapports du GIEC, le changement climatique va renforcer les inégalités – entre les pays et au sein des pays. Avec des vulnérabilités accrues chez certaines populations – pays du sud mais aussi les agriculteurs, les personnes âgées et très jeunes, les habitants des littoraux ou encore les femmes.
En outre, exiger de la transition d’être juste à tout prix, c’est oublier que l’avènement d’une société juste dépend de bien d’autres facteurs. Il serait absurde de faire peser sur cette évolution, plus que sur toute autre, la responsabilité de la justice sociale. Politiques sociales, trajectoire économique, répartition des patrimoines et des revenus, politiques d’inclusion, mondialisation, intelligence artificielle, crises géostratégiques… sont autant d’éléments qui entrent aussi en jeu.
Idée reçue n°2 : « La transition va massivement créer du chômage »
C’est autour des questions d’emplois perdus qu’est née la notion de transition juste en 1993 aux États-Unis, lorsque les syndicats de secteurs polluants prennent conscience que les régulations environnementales doivent être accompagnées pour éviter qu’elles ne frappent trop durement les travailleurs des filières concernées.
Encore aujourd’hui, les craintes vis-à-vis de l’impact qu’aura la transition sur l’emploi sont prégnantes, et correspondent, en partie, à une réalité. Certains secteurs d’activités – comme l’industrie automobile – vont inéluctablement subir des pertes d’emploi majeures du fait de la transition.
Méfions-nous toutefois de cette vision microéconomique. Car à l’échelle macroéconomique, les projections de l’Ademe estiment que la transition sera, à l’horizon 2050, pourvoyeuse d’emplois nets, grâce à l’éclosion de nouveaux secteurs – dans les énergies renouvelables ou les nouvelles mobilités.
En la matière, le risque porte davantage sur le manque de compétences qu’il faudra combler pour réaliser la transition que sur le manque d’emplois proposés. Pour la rénovation énergétique en France d’ici à 2030, il faudrait former de 170 000 à 250 000 travailleurs supplémentaires dans le secteur du bâtiment.
La rénovation énergétique des bâtiments, secteur-clé pour l’emploi dans la transition. Shutterstock
L’enjeu est donc aussi celui de la formation aux compétences des métiers de la transition, en plus de l’accompagnement des chômeurs des secteurs polluants et des filières en reconversion.
De la même façon que pour la justice sociale, il faut relativiser le rôle de la transition dans les évolutions du travail par rapport à la dynamique économique générale. Ne nous leurrons pas, la transition ne va ni résoudre ni créer un chômage de masse.
Les impacts qu’elle aura en la matière doivent être mis en regard d’autres évolutions. Si 10 000 emplois seront perdus entre 2021 et 2026 dans l’industrie automobile, c’est peu au regard des 100 000 qui l’ont été sur les 10 dernières années et des autres 100 000 qui pourraient l’être d’ici 2035, du fait, en premier lieu, des arbitrages internationaux du secteur (délocalisations, approvisionnement dans les pays à bas coût et abandon de la production des petits modèles).
Idée reçue n°3 : « La transition va renforcer la pauvreté et les inégalités »
Il est inexact d’affirmer que la transition va accroître la pauvreté et les inégalités à terme, en 2050.
Toutefois, à court terme, elle engendrera des coûts supplémentaires, en particulier pour les personnes les plus vulnérables et les plus dépendantes des énergies fossiles, notamment pour la mobilité. Il est donc indispensable d’améliorer l’accessibilité matérielle comme financière des solutions bas carbone, spécialement en matière de rénovation énergétique et de véhicule électrique.
De même, un changement de régime alimentaire (moins de viande et de gaspillage alimentaire, plus de légumineuses et plus de bio) pourrait se traduire, selon l’assiette de départ, par une économie de 30 % ou au contraire un surcoût de 67 % des dépenses alimentaires, notamment pour les personnes aux revenus les plus faibles qui consomment déjà peu de viande et jamais de produits bio.
Selon les projections de l’Ademe, la transition devrait néanmoins avoir, à l’horizon 2050, des effets positifs sur les revenus à l’échelle macroéconomique. Grâce à la diminution de la facture énergétique et à la création d’emplois, le revenu disponible des ménages pourrait augmenter entre 3,8 et 7 % par rapport à un scénario tendanciel (en l’absence de mesure supplémentaire en faveur de la transition).
En revanche, il est indéniable qu’une contribution progressive sur l’ensemble du spectre social devra être instaurée pour tenir compte des disparités d’impact de la transition. Il s’agit non seulement de ne pas précariser les plus pauvres, mais aussi de ne pas appauvrir les classes moyennes ni d’accroître un sentiment de déclassement.
Là encore, rappelons que d’autres facteurs politiques, sociaux et économiques déterminent et détermineront l’avenir des inégalités sociales. À cet égard, citons la part de salariés payés au smic, passée de 12 à 17,3 % entre janvier 2021 et janvier 2023. Cette évolution n’est nullement imputable à la transition.
Idée reçue n°4 : « La transition menace les libertés individuelles »
Du fait de l’urgence d’agir qu’elle porte, la transition est parfois perçue comme dangereuse pour la démocratie. Selon cet argument, elle ne pourrait se faire qu’en piétinant les libertés individuelles par des restrictions décidées unilatéralement.
À l’inverse, le GIEC considère la consultation de l’ensemble des parties prenantes comme l’une des conditions de réussite de la transition. Car contourner les instances de participation démocratique au nom de l’urgence d’agir mène à un double écueil, non seulement moral mais aussi pratique.
Vouloir gagner quelques mois en imposant des décisions sans concertation serait profondément inefficace. C’est le meilleur moyen de générer en aval un défaut d’appropriation des décisions et d’engendrer des résistances – comme celles observées pendant la crise des « gilets jaunes » – qui retarderont significativement les avancées écologiques.
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L’idée de transition juste est historiquement adossée à celle de dialogue social et à l’idée que l’inclusion de l’ensemble des parties prenantes était une condition de réussite de la transition. Elle implique potentiellement de repenser des processus de participation (convention citoyenne pour le climat par exemple), dans un contexte français marqué par une défiance forte envers les institutions et la classe politique. Elle pourrait donc être, au contraire, une excellente occasion de renouer le dialogue social et citoyen.
Associer transition et justice
Répondre à ces quatre idées reçues nous permet de rappeler qu’il n’y a lieu ni d’enchanter ni de diaboliser la transition. Sa réalisation n’est pas une option, elle est indispensable au bien-être des populations française et mondiale à une échéance de 10 ou 20 ans. Elle aura des effets à court et moyen terme qu’il faut appréhender et anticiper, mais il serait irresponsable d’en faire le bouc émissaire de toutes les difficultés que rencontrent, par ailleurs, nos sociétés : il s’agit d’associer, de cumuler, transition et justice, pas de jouer l’une contre l’autre.
Exiger de la transition qu’elle n’ait que des co-bénéfices pour tous et tout le temps équivaut aussi à la condamner. D’autres processus géostratégiques, économiques, financiers, politiques, technologiques, sanitaires ou démographiques continueront de peser sur notre société, dont les conséquences sur l’activité économique, la cohésion sociale et politique seront au moins aussi importantes que les politiques de transition écologique, qui sont indispensables au maintien d’une vie décente sur la planète.
Moins connu que l’Accord de Paris, le Traité sur la charte de l’énergie (TCE), signé en 1994, protège les investissements étrangers dans le domaine de l’énergie sans distinguer les fossiles des renouvelables. Ses effets sur l’ambition climatique sont dévastateurs. Les industriels peuvent ainsi réclamer des milliards aux États s’ils mettent en place des politiques pro-renouvelables qui défavorisent leurs actifs. Même si la France et l’UE ont décidé de dénoncer ce traité l’an dernier, une clause de survie de 20 ans s’applique … Un grave problème de cohérence du droit international, pour Sabrina Robert de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, d’autant plus qu’il existe plus de 2200 autres traités d’investissement du même type susceptibles d’avoir les mêmes effets.
Le droit international protège les investissements dans les énergies fossiles, et c’est un problème
Le traité sur la charte de l’énergie (TCE) s’oppose à l’accord de Paris en cela qu’il protège les investissements étrangers dans l’énergie fossile. Gillian Thomas / Flickr, CC BY
Peu connu du grand public, le Traité sur la charte de l’énergie (TCE) protège les investissements étrangers dans le domaine de l’énergie des pays signataires… mais sans distinguer les fossiles des renouvelables. Le résultat : des procès jugés à huis clos par des tribunaux d’arbitrage privés, où les industriels réclament des milliards aux États qui oseront mettre en place des politiques pro-renouvelables qui défavoriseraient leurs actifs.
Mais le vent a tourné. Le 9 avril 2024, les députés européens ont voté en faveur de la sortie de l’Union européenne et de ses États membres de ce traité que de plus en plus de personnes qualifient désormais de « climaticide ». Ils validaient ainsi la proposition de retrait coordonné faite quelques mois plus tôt par la Commission européenne.
Auparavant, cette dernière avait pourtant défendu le maintien du traité, dès lors que celui-ci pouvait être renégocié. Un texte de TCE modernisé, largement inspiré des propositions européennes, avait d’ailleurs abouti à l’été 2022. Mais le processus de renégociation a avorté en raison du retrait de plusieurs États membres, dont celui de la France annoncé en octobre 2022 – devenu effectif le 8 décembre 2023.
Dans les deux cas – renégociation du traité ou sa dénonciation – il s’agit de mettre un terme à une anomalie juridique : le TCE offre aux investissements étrangers dans les énergies fossiles une protection exorbitante, parfois proche d’un mécanisme d’assurance contre les risques climatiques. Il peut constituer un obstacle à la poursuite par les États de politiques environnementales ambitieuses.
Face à l’urgence climatique et aux engagements pris par les États dans le cadre de l’accord de Paris et des COP successives quant à la sortie progressive des énergies fossiles, la dénonciation de ce traité n’est que la manifestation d’une obligation de mise en cohérence du droit international.
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Cette obligation ne concerne d’ailleurs pas uniquement le TCE. Il est devenu le symbole de l’incompatibilité entre les traités d’investissement et les enjeux climatiques parce qu’il porte précisément sur le domaine de l’énergie, et notamment les énergies fossiles. Mais en réalité, il existe à l’heure actuelle plus de 2200 autres traités du même type, susceptibles d’avoir les mêmes effets.
Il s’agit d’une anomalie juridique systémique du droit international. Les États ont l’obligation de la résoudre, en vertu d’un principe général de cohérence du droit international et de prévalence des enjeux climatiques. Pour y parvenir, plusieurs voies diplomatiques sont envisageables.
Le TCE, traité signé en 1994 entre l’UE, ses États membres, des États d’Europe de l’Est et le Japon, peut en effet être mobilisé par des investisseurs étrangers, devant un tribunal arbitral spécial pour contester les conséquences de mesures prises dans le but de poursuivre les objectifs climatiques de l’accord de Paris : sortie de l’exploitation du charbon, refus de nouveaux permis d’exploitation d’hydrocarbures…
En cas de requête fructueuse, les investisseurs peuvent alors obtenir des montants d’indemnisation qui dépassent de loin ce qu’ils pourraient obtenir devant le juge interne. En parallèle, ce dernier peut également être saisi de requêtes d’investisseurs étrangers, mais sur le fondement du droit interne de l’État hôte, et dans le cadre des recours de droit commun, comme le recours pour excès de pouvoir devant le juge administratif français par exemple.
La mer au large de Pescara, sur la côte adriatique, où le projet de forage pétrolier de la société britannique Rockhopper a été bloqué. Luigi Alesi/Flickr, CC BY-NC
L’une des affaires les plus récentes a opposé l’entreprise britannique Rockhopper à l’Italie. Le tribunal a considéré que le refus d’exploiter de nouveaux gisements de pétrole dans la mer Adriatique, décidée par le gouvernement dans le but de préserver la biodiversité marine et de limiter l’exploitation des hydrocarbures, était une expropriation illicite pour laquelle l’investisseur avait droit à une indemnisation de 190 millions d’euros.
D’autres affaires comparables sont actuellement en cours de jugement devant les tribunaux arbitraux, sur le fondement du TCE ou d’autres traités d’investissement. Une étude récente estime que le coût total des dommages et intérêts décidés dans le cadre de tels arbitrages pourrait s’élever à 340 milliards de dollars américains, soit plus que les financements globaux dédiés à la lutte contre les changements climatiques pour 2020.
Si toutes n’aboutissent pas, ce contentieux peut avoir un effet dissuasif qui retarde d’autant l’adoption de mesures urgentes d’atténuation et d’adaptation au changement climatique.
Résoudre une anomalie juridique
La contrariété entre les traités d’investissement et le droit international du climat apparaît d’autant plus intenable à l’aune des derniers engagements pris par les États lors de la COP 26 à Glasgow et de la COP 28 à Dubaï, qui mentionnent :
l’accélération des « efforts destinés à cesser progressivement de produite de l’électricité à partir de charbon sans dispositif d’atténuation » et l’engagement dans « une transition juste, ordonnée et équitable vers une sortie des combustibles fossiles dans les systèmes énergétiques ».
Si la portée juridique des décisions des COP n’est pas claire (les engagements qui y sont pris ne sont pas, en tant que tels, juridiquement opposables aux États), il n’en reste pas moins que les États ont, unanimement, reconnu la nécessité d’amorcer un changement profond du système énergétique mondial. Or, maintenir en vigueur des traités qui protègent les énergies fossiles est clairement incompatible avec cet objectif.
Face à cette anomalie juridique, une obligation de mise en cohérence des traités internationaux devrait être reconnue à la charge des États.
Cette obligation repose d’abord sur le principe général de bonne foi. Si le droit international attend d’un État qui a signé un traité – mais ne l’a pas encore ratifié – qu’il s’abstienne d’actes qui priveraient cet accord de son objet et de son but (article 18 de la Convention de Vienne sur le droit des traités), sans aucun doute attend-il également d’un État qu’il ne maintienne aucun instrument international susceptible de compromettre la réalisation d’autres engagements internationaux de portée universelle et visant à répondre à une urgence unanimement reconnue. S’il en était autrement, quel serait le degré de sincérité et d’efficacité des engagements climatiques des États ?
Elle repose ensuite sur le principe d’équité, au cœur de la justice environnementale. Non seulement l’équité impose que le coût de la transition climatique soit supporté par les acteurs économiques, d’autant plus que le caractère insoutenable des activités dans le domaine des énergies fossiles est établi depuis longtemps. Mais cette équité exige également de protéger plus particulièrement les pays en développement, qui sont les plus exposés aux risques de contentieux climatiques devant les tribunaux d’investissement. Et cela alors même que le droit international du climat leur reconnaît le droit de bénéficier du soutien – notamment financier – des pays développés dans la mise en œuvre de leurs propres obligations climatiques.
La difficile mise en cohérence climatique des traités d’investissement
Afin de satisfaire cette obligation de mise en cohérence, les États disposent de plusieurs options. La première est celle à laquelle s’est finalement ralliée l’UE au sujet du TCE : la dénonciation pure et simple. Toutefois, cette option est pavée d’incertitudes.
D’une part, la dénonciation du seul TCE ne suffit pas. Pour s’inscrire dans une posture parfaitement cohérente, l’UE devrait également demander aux États membres de dénoncer l’ensemble des autres traités d’investissement, de même facture que le TCE qui peuvent avoir les mêmes effets potentiels que celui-ci. La France, par exemple, est partie à 84 traités bilatéraux de ce type, avec des pays d’Afrique, d’Amérique du Sud ou encore d’Asie et d’Europe de l’Est.
L’UE et les États membres devraient aussi s’abstenir de soutenir de nouveaux traités qui reproduisent en grande partie le dispositif de protection juridique exceptionnelle pour les investissements fossiles. Or, de ce point de vue, on peut mentionner le CETA, qui a fait l’objet d’un vote négatif au Sénat français le mois dernier, mais qui continue d’être soutenu par le gouvernement. S’il devait entrer en vigueur, il aurait pour conséquence d’offrir aux investisseurs canadiens – y compris ceux dans les énergies fossiles – ce type de protection renforcée.
D’autre part, la dénonciation d’un traité d’investissement emporte avec lui l’activation systématique d’une clause de survie qui permet aux investisseurs de continuer à bénéficier de la protection conventionnelle, pendant une période qui peut aller de cinq à vingt ans. Pour le TCE, cette période est de vingt ans, ce qui signifie pour la France qu’elle pourra encore faire l’objet de plaintes d’investisseurs étrangers jusqu’au 8 décembre 2043.
Selon les spécialistes, il semble que la clause de survie puisse être neutralisée en cas de dénonciation par l’ensemble des parties au traité. Mais il est peu probable que la communauté internationale s’entende pour une solution si radicale.
La deuxième voie est celle de la renégociation. Elle était initialement privilégiée par l’UE au sujet du TCE. Celle-ci, avec le Royaume-Uni, était d’ailleurs parvenue à sortir les investissements fossiles du champ d’application du TCE modernisé. Toutefois, les autres parties contractantes ne l’avaient pas suivi. Dès lors, cette modification n’aurait eu qu’une portée limitée.
Un processus de renégociation des traités d’investissement de plus grande envergure, qui prendrait la forme d’un traité multilatéral modificateur, à l’image de la Convention BEPS négociée sous les auspices de l’OCDE en matière de fiscalité internationale, pourrait être imaginé.
L’objet pourrait être d’exclure les énergies fossiles du champ d’application matériel des traités, d’introduire des clauses de carve-out, qui permettraient aux États d’invoquer une exception climatique, ou même un veto climatique. Celui-ci empêcherait tout simplement les investisseurs d’attaquer les mesures étatiques prises en application du droit du climat devant un tribunal spécial.
De nouvelles voies de renégociation
En réalité, les propositions de renégociation ne manquent pas, ni dans la doctrine, ni dans les travaux des institutions internationales. Le plus difficile est de déterminer le modus operandi de cette renégociation.
La renégociation au cas par cas de chaque traité serait un processus trop long. L’adoption d’un moratoire multilatéral pourrait être plus efficace. Mais se pose alors la question du forum dans lequel cette renégociation pourrait avoir lieu. De nombreuses institutions économiques semblent être des candidates toutes désignées (Banque mondiale, CNUCED, OCDE…).
Mais l’hypothèse d’un « dépaysement » de la question qui pourrait être confiée à une instance non économique mérite aussi d’être examinée. Ici, l’inscription de la négociation de ce moratoire lors d’une prochaine COP sur le climat aurait tout son sens. Il s’agirait d’une étape forte dans la lutte contre les changements climatiques, qui viendrait attester que les engagements précédents des États au sujet des énergies fossiles ne sont pas de simples bouts de papier, mais des objectifs qu’ils entendent sincèrement et efficacement poursuivre.
Sabrina Robert, Professeure de droit international public à l’Université de Nantes, membre associée à l’Institut de recherche en droit internationale et européen de la Sorbonne à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Plusieurs Etats américains tiennent responsable les compagnies pétrolières des dégâts causés par le réchauffement climatique et demandent des comptes au tribunal. @iStock
Méga-fusions et avenir radieux : comment les entreprises pétrolières voient le futur
Pour les compagnies pétrolières, l’avenir s’annonce radieux. En attendant que des réglementations comme la taxe carbone aux frontières soient mises en place, si elles le sont un jour, les géants pétroliers continuent de réaliser de superprofits, raconte Alain Naef de Sciences Po.
Depuis la Révolution industrielle en 1850, les habitants de la terre utilisent de plus en plus de pétrole. Rawpixel
Au cours des dernières semaines, Chevron et ExxonMobil, les deux plus grandes entreprises de pétrole américaines, ont annoncé des fusions. Les deux entreprises ont racheté des concurrents plus petits : ExxonMobil a acquis Pioneer pour 60 milliards de dollars, et Chevron a racheté Hess pour 53 milliards. Ces investissements dans le secteur du pétrole vont leur permettre d’agrandir leur capacité de production. En d’autres termes, ces entreprises pensent que les ventes de pétrole vont se poursuivre malgré les effets catastrophiques du changement climatique.
On pourrait pourtant penser, entre l’Accord de Paris en 2015 et la peur ambiante autour du changement climatique, que ces sociétés envisagent de changer leur activité et se concentrer plus sur les énergies renouvelables. Certes, en Europe, Shell et BP on fait de légers efforts pour investir dans les énergies renouvelables à la marge de leurs activités. Mais aux États-Unis, il n’en est rien. Les entreprises pétrolières ont de grands projets d’expansion dans le secteur des énergies fossiles. Et ces récents achats de concurrents montrent que les entreprises pétrolières américaines les plus puissantes voient la vie en rose.
Toujours plus de pétrole
La guerre en Ukraine et les augmentations de prix du pétrole qui ont suivi ont augmenté la confiance en l’avenir des producteurs de pétrole. Après avoir atteint des prix négatifs pour quelques jours en 2020, le pétrole s’échange désormais à nouveau à un prix qui donne de l’espoir aux majors américaines ExxonMobil et Chevron.
Si l’on regarde l’histoire, leur optimisme est justifié. Depuis la Révolution industrielle en 1850, les habitants de la Terre utilisent de plus en plus de pétrole. Et les technologies énergétiques ne se remplacent jamais mais s’additionnent : la découverte du pétrole n’a pas réduit l’utilisation du charbon, qui est plus polluant. Et les énergies renouvelables n’ont pas réduit l’extraction de gaz ou pétrole. L’humanité utilise aujourd’hui plus de charbon que jamais, et la production de charbon a augmenté presque chaque année depuis 1850.
Donc si le passé est un guide pour le futur, les producteurs de pétrole ont bien de quoi se réjouir. Même si en privé, les géants du pétrole célèbrent leur avenir radieux, en public, ils ont bien compris que le vent avait tourné en termes d’opinion publique sur le climat. En regardant de loin, on pourrait presque croire que les grands patrons de Chevron et Exxon sont des activistes du climat.
En 2017, Darren Woods, le patron de Exxon, avait ainsi écrit au président américain Donald Trump pour l’exhorter de rester dans les accords de Paris. Un acte digne de Greta Thunberg. Trump avait en effet exclu les États-Unis de ce traité signé aujourd’hui par 195 pays (l’actuel locataire de la Maison-Blanche, Joe Biden, a par la suite changé cela). Darren Woods et son entreprise Exxon sont aussi de grands défenseurs de la taxe carbone et publiquement, Exxon comme Chevron intervient souvent en faveur d’une taxe sur le CO2.
Un étonnant soutien à la taxe carbone
La taxe carbone prévoit de taxer les entreprises en fonction des tonnes de CO2 qu’elles émettent. Comme les entreprises pétrolières sont parmi les plus polluantes au monde, elles ont un intérêt à éviter ces taxes. Mais une nouvelle étude que j’ai récemment publiée dans le journal Ecological Economics montre que la majorité des grandes entreprises pétrolières soutiennent les taxes carbone, y compris Exxon et Chevron.
En effet, 78 % des grandes entreprises pétrolières se déclarent en faveur d’une taxe carbone parmi celles qui se sont exprimées. Beaucoup d’entreprises pétrolières ne communiquent pas sur le sujet, mais celles qui le font apparaissent le plus souvent favorables à une taxation sur la pollution, surtout pour les 50 plus grandes entreprises de gaz et pétrole.
Mais pourquoi ? C’est comme si les boulangers demandaient une taxe sur le blé… Des interviews sous couvert d’anonymat avaient déjà montré que les lobbyistes d’ExxonMobil soutiennent la taxe carbone, car ils savaient qu’elle était impossible à implémenter politiquement. En effet, un lobbyiste d’Exxon interviewé en caméra cachée avait admis qu’aux États-Unis, une telle loi impopulaire aux yeux des électeurs ne passerait jamais le Congrès.
Enfin, la mise en place d’une fiscalité du carbone nécessite la mise en place d’une coordination internationale. En effet, si la Chine commençait à taxer ses entreprises pour le CO2 qu’elles émettent, mais que les États-Unis refusaient, cela rendrait la Chine moins concurrentielle. Les produits chinois taxés seraient alors plus chers et se vendraient moins. Au vu de la fragmentation géopolitique du monde, un accord international semble donc peu probable.
Une taxe carbone aux frontières pourrait constituer une manière de sortir de cette impasse. C’est l’idée de l’Union européenne qui met progressivement en place depuis le 1er octobre 2023 un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF). Ce mécanisme taxerait tout bien produit à l’étranger qui n’a pas déjà été taxé dans son pays de production.
De cette manière, il s’agirait d’une taxe de douane pour tous les pays qui refusent de mettre en place une taxe carbone. Cette taxe pourrait être une solution, mais l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pourrait la juger contre les règles de libre-échange.
En attendant que toutes ces « réglementations-licornes » soient mises en place, Exxon, TotalÉnergies et toutes les grandes entreprises pétrolières continuent de réaliser des superprofits…
Sarah Sermondadaz, cheffe de rubrique Environnement + Énergie
Ingénieure de formation, journaliste scientifique par vocation. Elle a notamment travaillé pour Sciences et Avenir, puis pour le jeune média suisse Heidi.news, dont elle a été rédactrice en chef adjointe. Elle a également donné des cours à l’Académie du journalisme et des médias de l’Université de Neuchâtel et à l’ESJ de Lille. Elle est diplômée de l’INSA de Lyon, de l’ESJ de Lille, et a un MBA en administration des entreprises de l’IAE de Paris.
Le collectif « Les Décarbonautes » demande au gouvernement d’organiser une Assemblée de codécision pour que la France atteigne de manière certaine la neutralité carbone en 2050. Parce que la communauté scientifique, via le GIEC, dit qu’il y a une urgence vitale à transformer nos modes de vie pour protéger le climat. Parce que les décisions politiques ne sont pas à la hauteur du problème. La France doit choisir entre appliquer maintenant les politiques publiques qui nous permettront de réellement changer nos modes de vie ou accepter les conséquences de l’inaction pour pouvoir rester dans le confort maintenant et subir plus tard des changements cataclysmiques. A-t’on vraiment le choix ? Les Décarbonautes choisissent l’Assemblée Nationale de codécision …
De nombreux agriculteurs utilisent des méthodes agroécologiques pour garder leurs sols vivants, s’appuient sur la faune auxiliaire pour gérer les ravageurs des cultures et veillent à préserver la ressource en eau. À travers un livret pédagogique, illustré de photographies professionnelles de Raphaël Fourau, France Nature Environnement Occitanie Méditerranée a souhaité raconter leurs histoires et les défis qu’ils tentent de relever face au changement climatique, appelant à une transformation radicale des modes de production agricole.
Le réseau Natura 2000 couvre près de 13% du territoire français, mais atteint 30% de la surface terrestre sur l’ex-région Languedoc-Roussillon.
Natura 2000 est un réseau européen de sites remarquables à protéger. En France, la moitié des surfaces de ce réseau sont des zones agricoles. Le choix des pratiques agricoles y est donc essentiel pour atteindre les objectifs de conservation de la biodiversité. La gestion des sites Natura 2000 est basée sur la participation volontaire des acteurs, qui s’engagent grâce à des contrats ou chartes.
DU RIZ BIOLOGIQUE DÉSHERBÉ PAR DES CANARDS
De nombreux agriculteurs sont des fervents militants de la protection de la nature. Ces femmes et ces hommes voient la diversité biologique de ces espaces naturels comme une opportunité sur laquelle s’appuyer pour produire sain et bon. Ils utilisent des méthodes agroécologiques pour garder leurs sols vivants, s’appuient sur la faune auxiliaire pour gérer les ravageurs des cultures et veillent à préserver la ressource en eau.
Consommer bio près de chez soi, c’est déjà participer à son échelle à la transition agroécologique !
S’APPUYER SUR L’OBSERVATION DU VIVANT POUR CULTIVER LES OLIVIERS
À travers un livret pédagogique, illustré de photographies professionnelles de Raphaël Fourau, FNE Occitanie-Méditerranée a souhaité raconter leurs histoires, et les défis qu’ils tentent de relever face au changement climatique, qui appelle une transformation radicale des modes de production agricole.
DIVERSIFIER POUR RÉSISTER
Ces femmes et ces hommes nous montrent qu’il est possible de concilier la protection de la nature avec la production d’une nourriture saine.
DES SOLS VIVANTS POUR UNE VIGNE RÉSISTANTE. Avec la taille respectueuse des flux de sève.
Tous les agriculteurs rencontrés par FNE se questionnent sur l’adaptation de leurs pratiques et de leurs exploitations aux changements climatiques. Tous sont convaincus qu’il est possible de le faire en s’appuyant sur la diversité du vivant : en ajoutant de nouvelles productions, en se penchant sur les cépages anciens ou en essayant de nouvelles méthodes agroécologiques.
ils sont les précurseurs de l’agriculture de demain, et témoignent qu’une agriculture économiquement viable, respectueuse de la nature et des humains, est possible.
Pour accélérer la réduction de l’impact environnemental des emballages ménagers et des papiers, Citeo appelle l’Union Européenne à poursuivre l’harmonisation des règles entre les États membres et fait onze propositions pour un modèle économique, environnemental et souverain. Si la précédente mandature a permis des avancées significatives, les prochaines années seront décisives à la mise en pratique d’une économie circulaire en Europe.
«Les avancées permises par le pacte vert doivent s’accompagner d’un passage à l’échelle de l’économie circulaire, au bénéfice de tous ceux qui y contribuent, acteurs économiques comme citoyens. C’est tout l’enjeu des élections à venir! »
Jean Hornain, Directeur général de Citeo
«A l’occasion du débat démocratique qui s’ouvre, notre volonté est de faire comprendre le rôle essentiel que joue l’économie circulaire pour concilier les politiques industrielle et environnementale nécessaires à la bonne santé du marché intérieur en proposant des pistes concrètes aux futurs décideurs européens».
Jean Hornain, Directeur général de Citeo
LES 11 PROPOSITIONS DE CITEO
1/ Harmoniser les règles au niveau européen dans le cadre du règlement sur les emballages et les déchets d’emballages (Proposal Packaging and Packaging Waste)
La prochaine mandature doit préciser les pourtours et moyens de la nouvelle réglementation européenne en matière d’emballages1. Citeo propose 8 pistes concrètes, parmi lesquelles l’harmonisation du marquage des règles de tri. L’info-tri française constitue un excellent modèle, permettant flexibilité et adaptabilité aux systèmes de collecte nationaux.
2/ Donner aux consommateurs les moyens d’agir grâce à des informations environnementales fiables
Alors que plus de 50 % des allégations environnementales sur les emballages sont trompeuses2, Citeo défend l’autonomisation des consommateurs et une harmonisation des initiatives au sein de l’Union Européenne concernant le champ d’application de la directive sur les allégations environnementales ; les exigences de justification et de communication ; le marquage ; la vérification ; le soutien aux micros, petites et moyennes entreprises ; la responsabilisation des entreprises.
3/ Considérer les déchets comme de nouvelles ressources
Citeo propose d’aller plus loin dans la révision de la directive-cadre déchets qui se limite au gaspillage alimentaire et au textile. Parmi les 8 pistes défendues, figure l’interdiction de la mise en décharge pour donner la priorité à la réduction, au réemploi et au recyclage.
4/ Définir un cadre législatif contraignant pour les matières premières biosourcées et non fossiles
Alors que de nouveaux matériaux apparaissent pour palier l’usage de plastique d’origines fossiles, il est nécessaire de fixer un cadre prenant en compte l’ensemble du cycle de vie de la matière pour que l’impact environnemental reste réellement positif, et sans aggraver la pollution plastique et l’appauvrissement de la biodiversité.
5/ Conjuguer économie circulaire et enjeux sanitaires
La réglementation relative aux matériaux et objets en plastique recyclé au contact de denrées alimentaires doit être simplifiée. Les délais de processus d’autorisation d’un procédé de recyclage, compris aujourd’hui entre 2 et 7 ans, doivent être raccourcis et le suivi renforcé pour garantir aux entreprises une visibilité leur permettant d’investir et d’innover.
6/ Étendre le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières pour soutenir l’utilisation des matières recyclées européennes
Ce dispositif vise à lutter contre les fuites de carbone en soumettant certains produits importés dans l’Union Européenne à une tarification du carbone équivalente à celle appliquée aux industriels européens fabriquant ces produits (ciment, fer et acier, aluminium, engrais, électricité et hydrogène). Citeo plaide pour y intégrer les polymères, le verre et le papier afin de permettre une concurrence équitable et de soutenir le prix des matières premières secondaires.
7/ Ouvrir le système d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre de l’Union Européenne
Ce dispositif constitue aujourd’hui le principal outil pour réduire les émissions de gaz à effet de serre d’une manière rentable. Citeo plaide pour étendre son champ d’application aux installations d’incinération des déchets municipaux et de mise en décharge afin d’encourager le réemploi et le recyclage.
8/ Faire de l’économie circulaire un levier de l’autonomie stratégique européenne
L’Union Européenne vise l’autonomie stratégique, soit la volonté de réduire sa dépendance vis-à-vis des pays tiers, s’agissant notamment des matières premières, des technologies critiques et des infrastructures. L’économie circulaire est un moyen d’y parvenir en garantissant une gestion durable et efficace des ressources, un approvisionnement des matières premières au plus près des besoins, des chaînes de valeur plus soutenables, et le développement du tissu économique local et de l’emploi.
9/ Intégrer l’économie circulaire dans les accords commerciaux de l’UE
Pour permettre une meilleure prise en compte des enjeux de l’économie circulaire et de la gestion des déchets, Citeo plaide pour une mention explicite de ces sujets dans le cadre de la mise en œuvre d’accords commerciaux existants et futurs.
10/ Développer les outils numériques au service d’une meilleure gestion des déchets d’emballages
Les technologies numériques peuvent contribuer à une approche plus durable des matériaux et à une meilleure information du consommateur. Citeo soutient la mise en place d’un passeport numérique des produits qui permettra des avancées significatives dans la traçabilité des emballages et la consigne dématérialisée.
11/ Développer des programmes novateurs d’éducation à l’économie circulaire
Citeo propose la mise en place d’un diplôme environnemental en France pour certifier les connaissances des élèves en matière d’environnement et souhaite le développer en collaboration avec d’autres états membres. Une collaboration européenne est cruciale pour permettre la création d’une génération consciente et engagée dans la construction d’un avenir durable.
Au mois de mai, il y a UNE chose très simple à mettre en œuvre pour aider la vie sauvage : ranger les tondeuses à gazon ! En laissant les plantes pousser et fleurir, les insectes pollinisateurs et les oiseaux bénéficient de la diversité végétale et le jardin résiste mieux face aux chaudes journées d’été. Hugo Clément nous explique tout.
En matière de “sobriété”, ce n’est pas toujours facile de réduire l’usage de la voiture et, pour certains, c’est très difficile, voire impossible, quand on dépend de son véhicule pour aller travailler par exemple. Faire isoler sa maison, c’est souvent très coûteux. Renoncer à partir en vacances loin de chez soi, pour certains, c’est même un sacrifice inenvisageable. Bref, la sobriété peut parfois paraître inaccessible.
Mais il y a une chose qu’on peut décider de faire aujourd’hui, tout de suite, qui ne coûte rien, qui ne change pas notre vie et qui a un impact positif sur l’environnement. c’est la tonte ! De l’herbe bien sûr, pas des moutons.
Hugo Clément
En mai, laissez la tondeuse au garage !
Sur les terre-pleins, les bords de route, dans des parcs ou des ronds-points, on a tous vu ces employés communaux, en combinaison, en train de couper les « herbes folles » avec leur machine pétaradante.
Pourtant, cela ne sert à rien. Ça coûte de l’argent, ça utilise du pétrole, ça fait un boucan d’enfer, et surtout, c’est très mauvais pour la biodiversité.
Il y a infiniment plus de vie dans un espace recouvert de plantes et de fleurs sauvages que sur une pelouse coupée à ras.
Car les herbes folles, qui poussent spontanément et que beaucoup de gens considèrent encore comme “sales”, sont un habitat et une réserve de nourriture pour les animaux, qu’il s’agisse des insectes, des oiseaux ou des petits mammifères.
Il y a infiniment plus de vie dans un espace recouvert de plantes et de fleurs sauvages que sur une pelouse coupée à ras. Évidemment, cela vaut aussi pour nos jardins.
Certains peuvent trouver qu’une pelouse parfaitement tondue est plus esthétique qu’un terrain où poussent les plantes sauvages (ce n’est pas notre avis), mais d’un point de vue scientifique, il n’y a QUE des avantages à ranger la tondeuse au garage, surtout au printemps.
Le mouvement “No Mow May” (“pas de tonte en mai”) né en Grande-Bretagne en 2019 est en train de prendre de l’ampleur en France et je vous invite à y participer. En effet, le mois de mai est une période propice pour la croissance et la floraison des plantes sauvages, mais aussi pour la faune, dont les insectes et les oiseaux (qui font leurs nids à cette période).
Laissez une partie de votre jardin pousser librement !
Que les choses soient claires : il ne s’agit pas de transformer tout son jardin en jungle luxuriante. C’est normal de vouloir y accéder facilement et d’en profiter pour installer une table, des chaises, des transats…
Mais faites le test, si vous avez la chance d’avoir un peu de terrain : laissez au moins une partie pousser librement, sans la tondre, et vous verrez la différence très rapidement : davantage de papillons, d’abeilles, de coccinelles qui luttent contre les ravageurs, ou encore d’oiseaux qui viennent casser la croûte ou chercher des brindilles pour faire leur nid… Vous pourrez tracer quelques cheminements au milieu des herbes folles, pour pouvoir vous y promener et vous émerveiller du résultat. On appelle cela la “tonte différenciée”.
Un exemple de tonte différenciée, qui permet de laisser des zones pousser librement, tout en pouvant circuler.
Une expérience a été menée en 2020 au King’s College de Londres, où une section de pelouse n’a pas été tondue, contrairement à d’habitude. Les résultats ont été spectaculaires puisque trois fois plus d’espèces de plantes, d’insectes et d’araignées ont été recensées dans l’espace non tondu. Même des chauves-souris y ont trouvé leur compte !
“Nous avons constaté que la zone non tondue était extrêmement bénéfique pour la biodiversité, explique la docteur Cicely Marshall, spécialiste des plantes à l’université de Cambridge. J’ai été vraiment surprise par l’ampleur du changement dans une si petite zone.”
Autre avantage : les herbes hautes permettent de diminuer la température du sol et de le protéger de la sécheresse, en préservant l’humidité qui s’y trouve. Une pelouse coupée à ras n’aura pas le temps de développer son système racinaire et deviendra rapidement jaune en cas de canicule, alors qu’un terrain en libre évolution sera beaucoup plus résistant et résilient. Les profondes racines des plantes sauvages permettent également à l’eau de mieux s’infiltrer dans le sol. En prévision des chaudes journées d’été, c’est plutôt utile…
Ne taillez pas vos haies entre mars et septembre, pour protéger les oiseaux
Au-delà du mois de mai, il est conseillé de ne jamais tondre son gazon à ras, et de laisser au moins 7 centimètres de végétation toute l’année, en laissant certaines zones pousser librement.
De même, évitez de tailler vos haies entre mars et septembre, pour ne pas déranger les oiseaux qui viendraient y faire leurs nids et augmenter l’ombre au sol. Quant à ceux qui s’inquiéteraient d’une éventuelle prolifération des moustiques, sachez que la tonte ou la taille ne permettent pas de réduire leur présence, contrairement à l’élimination des eaux stagnantes, dans le fond des pots de fleurs par exemple.
Alors on pourrait penser que tout cela est anecdotique par rapport aux défis de préservation de la biodiversité. Mais pas du tout ! Car si on met bout à bout tous les jardins des particuliers et tous les espaces verts des communes de France, cela représente une surface immense. L’enjeu est donc gigantesque.
Ces espaces non tondus permettent à la faune sauvage de respirer un peu, loin du béton et loin des pesticides utilisés dans les zones agricoles… En plus, observer toute cette vie dans son jardin ou dans le parc de sa ville, c’est beau, ça fait du bien et c’est gratuit. On s’y met ?
» Un potager pas comme les autres. Cultiver la différence » avec Tom le jardinier est un appel à cultiver la différence, dans un monde où la diversité végétale est menacée par l’uniformisation et les conséquences du changement climatique. En semant les graines d’un potager pas comme les autres, refuge pour les légumes anciens, vous contribuez à sauvegarder la biodiversité.
Dans un monde où la diversité végétale est à la fois menacée par la standardisation et le réchauffement climatique, ce livre vous permet de découvrir comment transformer votre potager en un refuge pour les légumes rares et anciens. L’assurance d’une abondance de récoltes et un moyen concret de préserver notre patrimoine végétal.
Grâce à Tom le jardinier, un guide tout autant expert que passionné, le lecteur apprend à réaliser un potager unique, durable et esthétique. En associant méthodes traditionnelles, savoirs ancestraux et solutions d’avenir, ce livre apporte une vision novatrice du jardinage, où chaque variété de légumes compte dans la préservation d’une biodiversité essentielle à notre survie.
Une aventure de jardinage inédite, qui allie simplicité, diversité et respect de la nature.
Tous les secrets pour choisir et cultiver 25 légumes rares, anciens et résilients face au changement climatique (shiso, cardon, concombre amer, larme de job, poire melon, épinard de Malabar…) : où s’approvisionner en graines et jeunes plants de qualité sans se faire arnaquer, les bons gestes et les bonnes pratiques selon chaque variété…
Des conseils et des astuces pour conserver et cuisiner les fruits de son travail
Une méthode adaptée quel que soit l’espace dont on dispose : pour faire de son grand jardin comme de son balcon un territoire de biodiversité gourmande, abondante et durable.
Une aventure qui va au-delà du potager : En nous faisant découvrir des potagers différents, des collectionneurs et des conservateurs de légumes rares, oubliés ou méconnus, Tom nous fait devenir acteur de la biodiversité.
Tom le jardinier
Tom le jardinier a grandi au milieu des rangs de légumes et des arbres en Suisse. Enfant, il a cultivé son premier mètre carré de potager grâce à son grand-père, semant des myosotis et faisant pousser une jungle de tournesols, de salades et de radis. Guidé par la passion, il a suivi une formation d’horticulteur qui l’a mené jusqu’à la production de jus de pomme ou d’eau-de-vie. Il a ensuite créé son propre jardin bio. Un grave problème de santé l’a forcé à changer de voie, le conduisant vers le graphisme. Il cultive aujourd’hui ses deux passions.
Au-delà de la simple culture de légumes, cet ouvrage est une invitation à cultiver la différence.
En encourageant chacun à diversifier ses cultures pour préserver la biodiversité alimentaire, cette aventure personnelle et collective préserve notre héritage végétal unique.
Il y a cinquante ans, en avril 1974, l’agronome René Dumont, premier candidat vert aux élections, se plaisait à jouer les prophètes. Notre civilisation allait « s’effondrer », alertait-t-il. Le choix était simple : « L’utopie ou la mort ». Ce livre raconte en détail cette campagne présidentielle prémonitoire, la naissance de l’écologie politique et sa prescience.
Le diagnostic était posé. Les causes de la crise écologique identifiées. Et tout le monde s’est moqué de lui.
Il y a cinquante ans, en avril 1974, le temps d’une campagne présidentielle, René Dumont a lancé des fusées de détresse dans le désert. Cet agronome mondialement connu s’est retrouvé sur le devant de la scène presque par hasard. Tout autant érudit que fantasque et théâtral, le tout premier candidat vert se plaisait à jouer les prophètes. Notre civilisation allait « s’effondrer », alertait-t-il. Le choix était simple : « L’utopie ou la mort ».
Sous forme de récit vivant et fourmillant d’anecdotes, ce livre raconte en détail cette campagne présidentielle étonnante et prémonitoire. Faire le récit de cette histoire – qui n’a jamais fait l’objet d’un livre – c’est aussi raconter une époque, celle de la naissance de l’écologie politique, de sa candeur mais aussi de sa prescience.
Ce livre fait écho aux livres de Dumont édités au Seuil, dont L’Utopie ou la mort. Il rappelle les choix précurseurs qu’ont fait Les Éditions Le Seuil sur l’écologie dans les années 1970, avec Illich et Gorz, notamment.
Il y eut deux avertissements solennels en 1970 pour dévoiler cette course folle entraînant l’humanité vers le pire : le rapport Meadows sur la dégradation extérieure de la planète et celui d’Ivan Illich dénonçant la dégradation intérieure de notre civilisation. Les crises climatique et écologique occupent le devant de la scène, mais la profondeur des questionnements nécessaires, quant à nos façons de produire, de travailler, de consommer et de nous épanouir, manque souvent à ce brouhaha médiatique. Les réalistes du club, industriels et savants, nous annoncent un effondrement total de notre civilisation au cours du prochain siècle si se prolongent les croissances exponentielles de la population industrielle, et la misère à perpétuité du Tiers Monde.
L’agronome français mondialement connu avait posé il y a 50 ans le diagnostic de l’urgence écologique. Arthur Nazaret l’auteur de ce livre est en plateau pour évoquer ce destin assez singulier Par TV5MONDE Patrice Férus
Journaliste politique, Arthur Nazareta longtemps couvert la gauche et les Verts pour Le Journal du Dimanche, qu’il a quitté quand Vincent Bolloré en a pris le contrôle. Il est l’auteur d’Une histoire de l’écologie politique (La Tengo), qui s’est imposé comme une référence.
L’Agence Parisienne du Climat et ses partenaires, dont la Métropole du Grand Paris, la Ville de Paris et l’ADEME Ile-de-France ont sélectionné 30 solutions, prestataires et retours d’expérience pour adapter les villes au changement climatique, qui viendront alimenter courant 2024 la plateforme AdaptaVille, un dispositif francilien pour accompagner et accélérer l’adaptation des collectivités locales.
Un écosystème de solutions d’adaptation au changement climatique pour la ville
L’impact du changement climatique est particulièrement important au sein des villes denses. Canicules, grands froids, gaspillage énergétique, destruction de la biodiversité… face à ces aléas, de nombreux acteurs locaux ont développé des solutions concrètes afin de lutter contre les conséquences actuelles et futures du changement climatique.
ADAPTAVILLE : Une plateforme de solutions concrètes pour s’adapter au changement climatique
AdaptaVille est une plateforme visant à répertorier les solutions écologiques résilientes qui ont fait leurs preuves sur le territoire : végétalisation, désimperméabilisation, îlots de fraîcheur, gestion de l’eau, revêtements…
La mission d’AdaptaVille consiste à faciliter la reproduction de ces solutions d’adaptation au changement climatique par les politiques publiques au niveau local, départemental, régional ou national.
Pourquoi est-il nécessaire d’accélérer l’adaptation de nos villes ?
Les données de la station Paris-Montsouris, au cœur du périmètre métropolitain, montrent que le changement climatique est déjà bien réel. Le climat actuel (2000- 2019) y est plus chaud de 2,3 °C par rapport à la période préindustrielle (1873-1902).
Les villes de la Métropole du Grand Paris doivent s’adapter aux aléas et enjeux induits par le changement climatique sur le territoire : canicules plus fréquentes et plus intenses, épisodes de fortes précipitations, risques d’inondations accrus, épisodes de sécheresses. Ces aléas vont s’intensifier, et nous impactent déjà tant dans nos modes de vie quotidiens qu’en termes de santé pour les plus fragiles.
Si l’intensification des aléas climatiques nécessite d’agir à court terme, des solutions plus pérennes et plus structurantes sont indispensables pour préserver l’habitabilité de la ville.
Certaines solutions, bien que séduisantes à première vue, s’avèrent finalement peu efficaces et répondent très partiellement aux objectifs de réduction de la chaleur en ville. C’est pourquoi les solutions ont été sélectionnées par l’Agence Parisienne du Climat et ses partenaires sur la base de 5 critères : 1- Contribuer à la lutte contre les aléas climatiques et leurs conséquences sur le territoire 2- Être adaptées à la ville dense 3- Être déployées ou expérimentées et présenter un retour d’expérience fiable 4- Avoir fait leurs preuves ou être en cours d’évaluation 5- Être réplicables
Plusieurs solutions d’adaptation fondées sur la nature (végétalisation de façade avec des lianes de houblon, arbre de pluie), sélectionnées cette année, complèteront le panel de fiches solutions existantes.
Les solutions grises, qui permettent d’adapter le bâti ou l’espace public, sont aussi des indispensables pour adapter nos villes et notre patrimoine bâti, particulièrement sensible à la chaleur, aux inondations et au risque de retrait-gonflement des argiles. De nombreuses solutions pour améliorer l’habitabilité estivale ont été sélectionnées : rénovation avec des matériaux biosourcés, pose d’occultations, rafraîchissement adiabatique, solutions de récupération, gestion et réutilisation des eaux de pluie à l’échelle d’un bâtiment.
AdaptaVille pour structurer la filière Adaptation en Ile-de-France
Avec ce troisième appel à candidature, l’Agence Parisienne du Climat élargit son réseau d’acteurs professionnels et renforce le lien entre entreprises, collectivités, bailleurs sociaux et tous les acteurs de l’aménagement de l’espace urbain. L’objectif est de faciliter la mise en synergie, la collaboration avec l’ensemble des acteurs de conseil et d’accompagnement, mais aussi des maitres d’ouvrage, maitres d’œuvre et entreprises.
Si une diversité de solutions à combiner entre elles pour plus d’impacts positifs et de co-bénéfices existent aujourd’hui afin de transformer l’espace urbain bâti et non bâti, il s’agit de les partager largement et de répondre aux besoins d’acculturation et d’accompagnement aux changements de pratiques.
C’est ce que propose un programme d’animation territoriale qui permet de partager les bonnes pratiques et retours d’expériences sur le terrain : visites de sites,ateliers participatifs, guides pratiques, webinaires, rencontres annuelles…
Dans un nouveau rapport, dévoilé aujourd’hui à la Maison du Zéro Déchet, Zero Waste France, le Réseau National des Ressourceries et Recycleries et les Amis de la Terre France pointent l’emballement de la production dans l’ameublement et la décoration. Les associations demandent au gouvernement de prendre des mesures pour encadrer les pratiques du secteur et soutenir les alternatives, comme le réemploi et la réparation.
Un surinvestissement de la maison désastreux pour l’environnement
Entre 2017 et 2022, le nombre d’éléments d’ameublement mis sur le marché en France a augmenté de 88%, passant de 269 à 505 millions d’unités mises sur le marché. Le nombre de déchets d’éléments d’ameublement (DEA) collectés a quant à lui été multiplié par un peu plus de 2 entre 2014 et 2020, selon l’Ademe.
LA HAUSSE DU MARCHÉ DES ÉLÉMENTS D’AMEUBLEMENT
“Depuis les confinements liés au Covid, la maison a été surinvestie par ses habitant·es : lieu d’enfermement subi, mais aussi espace refuge, elle a été transformée et personnalisée de façon encore plus forte qu’auparavant”
Pauline Debrabandere, coordinatrice de campagnes de Zero Waste France
MEUBLES D’APPOINT, COUETTES ET CHAISES DE JARDIN EN PLUS FORTE PROGRESSION
“Évidemment, les géants de la fast-fashion, de l’e-commerce et de la grande distribution, mais aussi les acteurs émergents du déstockage et du e-commerce, ont tout fait pour renforcer cette tendance afin d’en tirer un maximum de profit, avec des conséquences désastreuses pour la planète”.
Pauline Debrabandere, coordinatrice de campagnes de Zero Waste France
MISES SUR LE MARCHÉ D’ÉLÉMENTS D’AMEUBLEMENT PAR CATÉGORIES, EN MILLIERS DE TONNES
Légende : les différentes catégories d’éléments d’ameublement CAT01 : meubles de salon, séjour, salle à manger CAT02 : meubles d’appoint CAT03 : meubles de chambre à coucher CAT04 : literie CAT05 : meubles de bureau CAT06 : meubles de cuisine CAT07 : meubles de salle de bains CAT08 : meubles de jardin CAT09 : sièges CAT10 : meubles techniques, commerciaux et de collectivités CAT11 : produits rembourrés d’assises et de couchage
Aujourd’hui, les éco-organismes dédiés collectent 1,3 million de tonnes de déchets d’ameublement, soit seulement 42% en tonnage des éléments mis sur le marché. Près de la moitié de ces déchets collectés sont non-réutilisables, non-réparables et non recyclables. Ainsi, ils sont purement et simplement brûlés en incinérateur et en cimenterie, ou enfouis en décharge.
Fast-fashion, fast-déco : même combat
Au-delà des quantités astronomiques de meubles et d’éléments de décoration mis sur le marché, d’autres facteurs attestent de l’émergence d’un système de fast-déco reposant sur les mêmes pratiques que la fast-fashion : renouvellement rapide des collections, conditions de travail parfois contraires à la dignité humaine, dumping environnemental et social, prix très bas et promotions permanentes, utilisation des réseaux sociaux et “gamification”…
Aujourd’hui, une enseigne milieu de gamme comme Maisons du Monde commercialise chaque année 3 000 nouvelles références, parmi les 15 000 proposées. De nouveaux acteurs, comme Shein et Action, ont fait irruption sur le marché de la déco low-cost, en s’appuyant sur des communautés très actives sur les réseaux sociaux, friandes de “hauls” et d’”unboxing”. Résultat : 46 % des acheteur·ses de produits de décoration renouvellent au moins une fois par an des éléments de leur pièce à vivre.
“Face à une saturation de biens, le secteur de la décoration fait le choix d’accélérer son rythme de production vers des niveaux insoutenables pour la planète. Avec toujours le même objectif : donner envie en créant de toute pièce un besoin superficiel”
Pierre Condamine, chargé de campagne surproduction aux Amis de la Terre France
UN MARCHÉ DE LA DÉCORATION EN PLEIN ESSOR
“A l’heure du dépassement des limites planétaires, il est urgent d’encadrer le secteur afin de limiter sa consommation démesurée de ressources.”
Pierre Condamine, chargé de campagne surproduction aux Amis de la Terre France
Le réemploi et la réparation, des alternatives qui ont besoin de soutien
Il existe des alternatives efficaces pour limiter l’impact des meubles et de la décoration, comme le réemploi et la réparation. Selon une estimation de RREUSE, réseau européen des entreprises sociales du réemploi, les activités de ses membres ont permis en 2022 de détourner environ 1 million de tonnes de marchandises et de matériaux de sites d’enfouissement où ils auraient dû finir leur vie, et d’étendre la durée de vie d’environ 214 500 tonnes d’objets grâce au réemploi. Cette activité compense ainsi chaque année les émissions annuelles de CO2 de plus de 108 000 citoyen·nes européen·nes.
Mais bien que le réemploi et la réparation soient légalement prioritaires sur le recyclage et l’incinération, ces activités restent marginales. Par exemple, le taux de meubles réemployés, parmi ceux collectés par les éco-organismes, est en baisse constante depuis 2017 et n’a jamais dépassé 3%.
En particulier, le réemploi des meubles se heurte à de nombreuses difficultés, du fait de la baisse de qualité des objets collectés, du manque de foncier pour gérer ce flux particulièrement consommateur d’espace, du risque de détérioration des objets pendant la collecte, mais aussi du manque de financement du réemploi et de la réparation.
“L’explosion de la production de meubles de faible qualité a des impacts très négatifs sur le taux de réemploi dans les Ressourceries et Recycleries”
Catherine Mechkour Di Maria, Secrétaire générale du Réseau National des Ressourceries et Recycleries.
LE FONDS RÉPARATION, UNE INCITATION POUR LES CONSOMMATEUR·ICES À RÉPARER LEURS BIENS
“Plus de la moitié des meubles que nous recevons vont directement en benne pour recyclage, alors que celui-ci est non-prioritaire par rapport au réemploi. Quand on rajoute à cela le coût important du foncier pour le stockage et la vente dans cette filière, on débouche sur un problème structurel : le réemploi des meubles est complètement sous-financé en France”.
Catherine Mechkour Di Maria, Secrétaire générale du Réseau National des Ressourceries et Recycleries.
Les propositions des associations pour mettre la fast-déco au placard
Zero Waste France, Les Amis de la Terre France et le Réseau National des Ressourceries et Recycleries demandent des mesures contraignantes pour :
réduire les quantités de meubles et éléments de décoration commercialisées en France, afin de respecter la limite de +1,5°C fixée par l’Accord de Paris.
doubler les montants investis pour le développement du réemploi dans le secteur de l’ameublement et de la décoration, sous l’impulsion de l’Etat.
soumettre les éléments de décoration au principe du pollueur-payeur à travers la filière à responsabilité élargie du producteur (REP) dédiée, au même titre que les éléments d’ameublement.
limiter et encadrer les pratiques marketing et la publicité incitant à la surconsommation.
faire baisser le coût de la réparation des meubles et éléments de décoration sous le seuil psychologique de 33% du prix neuf, grâce à des aides adaptées (“bonus réparation”).
interdire ou a minima mettre en place des pénalités fortement dissuasives dès 2025 pour les produits non recyclables ou fabriqués avec des ressources non gérées durablement, comme les fleurs en plastique.
La série « L’envers des mots » est consacrée à la façon dont notre vocabulaire s’étoffe, s’adapte à mesure que des questions de société émergent et que de nouveaux défis s’imposent aux sciences et technologies. Des termes qu’on croyait bien connaître s’enrichissent de significations inédites, des mots récemment créés entrent dans le dictionnaire. D’où viennent-ils ? En quoi nous permettent-ils de bien saisir les nuances d’un monde qui se transforme ? De « validisme » à « silencier », de « bifurquer » à « dégenrer », pour The Conversation France, les chercheurs s’arrêtent sur ces néologismes pour nous aider à mieux les comprendre, et donc mieux participer au débat public
« L’envers des mots » : Biens communs
La notion de biens communs renvoie à ces ressources qui sont gérées de manière collective. Shutterstock
De l’anglais « commons », désignant à l’origine des terres partagées par des communautés villageoises, notamment pour le pâturage des animaux, la notion de « communs » ou « biens communs » désigne des ressources gérées de manière collective. Elle soulève de nombreux débats dans le champ intellectuel alors que domine depuis deux siècles le principe de la propriété privée.
Les économistes s’y sont intéressés en amont des juristes, notamment sous l’impulsion, du prix Nobel d’économie 2009, Elinor Ostrom, qui aborde cette question dès 1983, lors de la conférence d’Annapolis. Ils se sont attachés aux conditions dans lesquelles des communautés humaines de différents types d’écosystèmes peuvent à la fois vivre des ressources qu’elles prélèvent dans ces écosystèmes et veiller à leur reproduction à long terme, c’est-à-dire à leur « soutenabilité ».
Ce lien central entre droit (ou faculté) de prélever et de jouir d’une ressource sous condition de préserver l’écosystème dans son ensemble est ici pensé d’une manière entièrement nouvelle par rapport à ce qui prévaut dans la relation jusqu’ici décrite entre droits de propriété et biodiversité.
C’est avec la commission Rodatà, mise en place en 2007 par le ministre italien de la Justice, qu’émerge une véritable piste de réflexion pour une définition de « bien commun » (beni comuni). Dans un contexte de privatisation des biens et des services publics, l’Italie connaît dans les années 2000 un mouvement social remettant en cause les ressources comme l’eau. Se posait la question de savoir si l’eau devait restait un bien public, question à laquelle les votants ont été majoritairement favorables.
Les biens communs étaient définis comme « les choses qui expriment des utilités fonctionnelles pour l’exercice des droits fondamentaux ainsi que le libre développement de la personne ». Quel que soit le propriétaire de ces biens, une personne publique ou privée, la loi devait en garantir « la jouissance collective » (la fruizione collettiva) dans des conditions et limites compatibles avec l’exigence prioritaire de leur préservation « au bénéfice des générations futures ».
Ainsi, un régime approprié de contrôle juridictionnel et de responsabilité prévoyait que toute personne aurait eu la possibilité d’agir en justice pour garantir la sauvegarde des « biens communs » et l’accès à ceux-ci, en revanche, seul l’État aurait pu agir en réparation d’éventuels dommages. Cependant, la chute du gouvernement de Romano Prodi a mis fin aux prémices d’une avancée définitionnelle. Les biens communs sont alors restés, selon les mots du chercheur Benoît Grimonprez :
« un concept théorique explicatif de nombreuses situations juridiques (concernant l’eau, le climat, la biodiversité…). Ils s’inscrivent aussi dans un discours performatif, qui porte en lui une critique politique de l’exercice des droits de propriété, des libertés d’entreprendre et de circulation des marchandises. La catégorie juridique, si tant est qu’on puisse l’identifier, demeure orpheline d’un régime propre ».
Or, le « bien commun » ne peut exister que s’il est soutenu par la norme juridique et que si son existence est pleinement reconnue et sanctionnée positivement par le droit. En France une proposition de loi du 19 octobre 2021 entendait ajouter à l’article 714 du code civil qui définit les choses communes, un alinéa définissant la notion :
« Le statut de bien commun peut être attribué à des biens matériels ou immatériels, quel que soit leur régime de propriété, au regard de leur destination commune, de l’usage collectif qui en est ou pourrait en être fait, de leur caractère de ressource nécessaire à toutes et tous, des droits fondamentaux qui peuvent s’y rattacher, de l’histoire collective qui a permis leur constitution ou encore, de leur caractère de rareté et de leur caractère patrimonial remarquable eu égard aux menaces qui pourraient les mettre en danger ».
Le rapporteur de la commission des lois a modifié les critères de cette définition des biens communs afin de faire référence à l’« intérêt patrimonial ou environnemental », ce qui aurait pour avantage de prendre en considération plus largement les biens patrimoniaux et environnementaux, qu’ils soient remarquables ou ordinaires.
Cela étant, selon la définition proposée, tout est susceptible d’être catégorisé de « commun ». Le commun n’est pas tant lié à la nature même de l’objet qu’à la fonction qu’on lui donne et à la gouvernance qu’on lui applique comme Elinor Ostrom a déjà pu le démontrer. La proposition de loi du 19 octobre 2021 n’a pas été adoptée. Cet abandon marque l’absence d’avis sur la reconnaissance de biens communs à ce jour en France.
Depuis 1810, le Code pénal dispose de l’interdiction de certains comportements qui peuvent porter atteinte à trois matérialités : les personnes (Livre II), les biens (Livre III) et l’État (Livre IV). Ainsi, quiconque enfreint un interdit posé par la loi s’expose à des sanctions… L’objectif est triple :
anticiper les comportements que l’on souhaite éradiquer de la société en brandissant le glaive de la justice (vertu préventive de la peine) ;
sanctionner ceux qui franchissent le Rubicon malgré la menace (vertu réparatrice de la peine) ;
éduquer les délinquants aux fins d’éviter la récidive (vertu pédagogique de la peine).
Ainsi le droit pénal a la lourde tâche de fixer des limites à nos actions : ce que la société accepte, tolère et rejette. Et c’est donc naturellement, au cœur d’un anthropocène théorisé et assumé, que la question des atteintes portées à l’environnement a été, petit à petit, intégrée à la matière pénale depuis le début des années 1970.
En cette nouvelle ère géologique caractérisée « par l’avènement des hommes comme principale force de changement sur Terre, surpassant les forces géophysiques », dire les atteintes causées à l’environnement que la société accepte, tolère et rejette. Avec tout ce que cela emporte de subjectivité et de plasticité dans le temps : ce que l’on acceptait hier peut être encore toléré aujourd’hui, avant d’être probablement rejeté demain.
L’écocide serait le fait de « tuer notre habitat », c’est-à-dire de détruire les écosystèmes qui constituent notre matrice existentielle. Shutterstock
Cette pénalisation fragmentaire et évolutive des atteintes à l’environnement a conduit à une forme d’inefficacité. On punit peu et on punit mal. Ainsi, face à des destructions d’écosystèmes entiers par les activités humaines, la nécessité de définir une incrimination spécifique ayant pour objet de prévenir les atteintes majeures à l’environnement, et de punir sévèrement les auteurs de ces atteintes, s’est imposée auprès de nombreux juristes, écologues, sociologues et philosophes. Il s’agit de dire par la création d’une nouvelle infraction qu’il y a des comportements anti-écologiques que la société entend proscrire du vivre ensemble.
Ainsi, depuis la seconde moitié du XXe siècle, un véritable combat pour la reconnaissance et la sanction de l’écocide a été portée par les activistes écologistes. Mot-valise constitué du préfixe « éco- » (du grec « oikos », « maison, habitat ») et du suffixe « -cide » (du latin « caedere », « tuer »), l’écocide – par analogie avec homicide (le fait de tuer un homme) – est donc le fait de « tuer notre habitat », c’est-à-dire de détruire les écosystèmes qui constituent notre matrice existentielle. En y ajoutant l’intentionnalité, l’écocide il peut être considéré comme l’« assassinat de notre environnement » dans la mesure où le caractère volontaire et prémédité de nos actes est de moins en moins à mesure que les scientifiques nous alertent.
Ainsi, début 2021, la Convention citoyenne pour le climat a proposé dans son rapport final la création d’un crime d’écocide (proposition SN 7.1.1). Intégré au Livre V du code pénal (« Autres crimes et délits »), un Titre III disposerait « Des infractions en matière d’environnement » incluant – notamment – un nouvel article établissant l’écocide comme
« toute action ayant causé un dommage écologique grave consistant en un dépassement manifeste et non négligeable d’au moins une des limites planétaires et dont l’auteur savait ou aurait dû savoir qu’il existait une haute probabilité de ce dépassement ».
Cette infraction serait punie de vingt ans de réclusion criminelle et d’une amende de 10 millions d’euros dont le montant pourrait être porté à 20 % du dernier chiffre d’affaires connu à la date de la commission des faits et en fonction des avantages tirés.
Finalement, la loi climat-résilience du 22 août 2021 a retenu une définition beaucoup plus restrictive et technique : intégré au Code de l’environnement, l’écocide constitue le fait, « en violation manifestement délibérée d’une obligation particulière de prudence ou de sécurité prévue par la loi ou le règlement » (art. L. 231-1 C. env.) et « lorsqu’il est commis de manière intentionnelle » (art. L. 231-3 C. env.), « d’émettre dans l’air, de jeter, de déverser ou de laisser s’écouler dans les eaux superficielles ou souterraines ou dans les eaux de la mer dans la limite des eaux territoriales, directement ou indirectement, une ou plusieurs substances dont l’action ou les réactions entraînent des effets nuisibles graves et durables sur la santé, la flore, la faune […] » ; la peine étant de dix ans d’emprisonnement et l’amende pouvant être portée à 4,5 millions d’euros jusqu’au décuple de l’avantage tiré de la commission de l’infraction.
Une formulation très imparfaite mais une formulation qui permet tout de même une première reconnaissance juridique de l’écocide… En attendant une définition plus simple, plus large, plus pédagogique et plus efficace au sein d’un nouveau livre du code pénal dédié spécifiquement à la protection de notre environnement si fragile et si menacé ?
Cet article s’intègre dans la série « L’envers des mots », consacrée à la façon dont notre vocabulaire s’étoffe, s’adapte à mesure que des questions de société émergent et que de nouveaux défis s’imposent aux sciences et technologies. Des termes qu’on croyait déjà bien connaître s’enrichissent de significations inédites, des mots récemment créés entrent dans le dictionnaire. D’où viennent-ils ? En quoi nous permettent-ils de bien saisir les nuances d’un monde qui se transforme ?
De plus en plus fréquent dans les discours médiatiques et le langage courant, le terme résilience aurait été utilisé pour la première fois par Emmy Werner. Cette psychologue du développement se pencha dans les années 1980-1990 sur les conséquences à long terme du stress survenu au cours des périodes prénatales et périnatales, à partir d’une recherche longitudinale sur 698 personnes de l’île de Kauaï à Hawaii, de leur naissance à l’âge adulte.
Dans cette recherche, ce qui a étonné l’auteure fut qu’un tiers des enfants à risque n’avaient pas connu de problèmes particuliers pendant leur enfance et étaient devenus des adultes heureux et compétents. En outre, bon nombre des enfants ayant connu des problèmes ont été capables de rebondir à l’adolescence et à l’âge adulte. C’est pour qualifier ces sujets « vulnérables, mais invincibles » qu’Emmy Werner a utilisé le mot « résilience ».
La définition de la résilience proposée en 2001 par la Fondation de l’Enfance et par le groupe de travail dirigé par Michel Manciaux envisage cette notion comme « … la capacité d’une personne, d’un groupe, à se développer bien, à continuer à se projeter dans l’avenir en dépit d’événements déstabilisants, de conditions de vie difficiles, de traumatismes parfois sévères ».
Pour la professeure en psychologie Marie Anaut, la résilience implique « l’adaptation face au danger, le développement normal en dépit des risques et le ressaisissement de soi après un traumatisme ». Retenons également la définition de Boris Cyrulnik pour qui la résilience est « la capacité à réussir, à vivre et à se développer positivement, de manière socialement acceptable, en dépit du stress ou d’une adversité qui comportent normalement le risque grave d’une issue négative ».
L’importance de la résilience a surtout été mise en évidence dans la littérature relative au développement de l’enfant et de l’adolescent. Elle est souvent définie en fonction des facteurs de protection liés à l’individu lui-même et à son environnement. Des facteurs de résilience ont été relevés chez les personnes décrites comme ayant des ressources personnelles (estime de soi, la confiance en soi, l’autodiscipline, le courage et l’optimisme face à l’adversité) ou encore possédant des capacités cognitives supérieures à la moyenne, un sentiment de compétence, un lieu de contrôle interne, le sens de l’humour, de l’empathie et des compétences sociales.
D’autres facteurs contribueraient à la protection des individus : l’adaptabilité au changement, l’autonomie, l’indépendance, les habiletés à résoudre les problèmes, la capacité à donner du sens à l’événement et la religion. Le contexte familial semble également jouer un rôle. Le fait d’avoir des parents chaleureux, de bénéficier de leur soutien, l’absence de conflits, la structuration de la vie de famille sont des facteurs propices à une bonne résilience.
Notons enfin que le soutien social des pairs, des professionnels, de la famille élargie, de professeurs et de voisins est également à prendre en compte. Il prend diverses formes comme le fait de bénéficier d’une présence réconfortante, de conseils ou d’informations susceptibles de constituer une aide pour mieux comprendre les événements ou les épreuves auxquels il faut faire face.
La position qui domine actuellement la littérature consiste à aborder la résilience en termes de processus. Celle-ci est alors envisagée dans une perspective développementale, c’est-à-dire qu’elle est fonction du stade de développement dans lequel se trouve le sujet, ce qui conduit à des différences de réactions suivant l’âge, l’évolution, la construction psychique, l’entourage du sujet. Ce n’est pas une qualité « fixe » ou un trait de personnalité de l’individu, elle peut être soumise à des variations conséquentes selon les circonstances. Ainsi, la résilience ne se révèle pas dans le quotidien de la vie, mais dans l’épreuve qui seule est susceptible de mobiliser cette ressource, qu’il convient d’aller puiser au plus profond de soi.
Ainsi, pour mobiliser les processus de résilience, les individus doivent être confrontés à des événements aversifs ou traumatisants, comportant de la violence, une effraction physique ou psychique (par exemple, la perte d’un proche, un accident, une maladie…). Il peut aussi s’agir également d’une accumulation d’événements aversifs ou de carences graves et répétées, comme des négligences affectives.
Les processus de résilience peuvent être mis en œuvre dans des situations variées qui contribuent à rompre l’équilibre de l’individu adapté à son environnement. Certaines expériences suscitant des émotions fortes et négatives (comme la peur, la confusion, la défiance, etc.) pourraient constituer des risques pour le bien-être et l’équilibre mental de l’individu. Ainsi, une grande variété de situations est susceptible de mobiliser les processus de résilience, si tant est tant qu’elle soit alors mobilisable.
Le recyclage classique vise simplement la retransformation d’un objet usagé vers son état d’origine, et qui gardera donc la même fonctionnalité et esthétique. C’est ce qui se passe avec les bouteilles en plastique. Le surcyclage, lui, permet de valoriser un objet en un nouveau de qualité supérieure – des déchets textiles seront ainsi convertis en pièces de mode. À l’inverse, le sous-cyclage tend vers l’élaboration d’un nouvel objet de valeur moindre, dans le cas par exemple de livres qui deviendront des cartons d’emballage.
D’après le dictionnaire Larousse, le terme surcyclage est très peu employé dans la langue française, en faveur de sa traduction anglaise « upcycling » ou littéralement « recyclage par le haut », également appelé « suprarecyclage » du côté québécois. L’upcycling est un type de recyclage ayant pour objectif de donner une seconde vie à des matières ou objets destinés à être jetés en les transformant en produits à valeur ajoutée, esthétiques et/ou utiles, et souvent détournés de leur utilisation première.
Ce concept de valorisation de la matière a toujours existé et les premiers exemples enregistrés datent du XVIIe siècle, en particulier dans la mode. En effet, afin de suivre les tendances, les anciennes robes étaient réutilisées pour en créer de nouvelles ou confectionner des sacs et chaussures.
Au début du XXe siècle, les artistes se servent d’objets usagés divers dans leurs créations, on peut citer les cas de Marcel Duchamp dès 1915 ou de Pablo Picasso dans les années 1940. Puis, pendant la Seconde Guerre mondiale, due à la pénurie de textile causée par la fabrication massive d’uniformes de guerre en Grande-Bretagne, la campagne « Make Do and Mend » fut lancée, encourageant la réparation et recyclage des vêtements.
Plus tard, dans les années 1950, Robert Rauschenberg s’inspire des travaux des années 1920 et crée la « junk art » ou l’art des déchets, consistant en l’utilisation de matériaux de récupération pour créer des œuvres d’art, un bel exemple d’upcycling. Puis la récession du début des années 80 pousse la population, et en particulier les jeunes générations à porter et personnaliser leurs vêtements de seconde main.
Enfin, c’est en 1994 que les termes upcycling et down-cycling sont inventés par Reiner Pilz, un architecte d’intérieur allemand, ayant déclaré à propos la prochaine directive européenne sur les déchets et du recyclage :
« Le recyclage, j’appelle ça du sous-cyclage, ils détruisent des briques, ils détruisent tout. Ce dont nous avons besoin est le surcyclage. Où de la valeur est ajoutée aux anciens produits, et non perdue. »
Ensuite, Gunter Pauli publie le premier livre dédié à l’upcycling au titre éponyme en 1998, suivi en 2002 par le best-seller Cradle to Cradle : Créer et recycler à l’infini de William McDonough et Michael Braungart, ce qui augmente fortement la popularité du terme upcycling. Ces ouvrages évitent le gaspillage des matières premières en promouvant leur réutilisation en créant de nouveaux produits.
Ces dix dernières années, le surcyclage s’est fortement développé en parallèle de la mise en place d’actions et de lois visant à promouvoir l’économie circulaire. En plus de leur réemploi, le surcyclage des objets et matières limite grandement leur impact environnemental, et participe également à la création d’emplois dans de nombreux secteurs, de la récupération des objets, en passant par leur transformation ou réparation, jusqu’à leur réemploi.
L’industrie de la mode est l’un des pionniers de l’upcycling, et participe toujours activement au développement des procédés de valorisation des tissus, afin de retransformer les millions de tonnes de déchets textiles générés dans le monde chaque année, invendus compris et limiter leur impact environnemental et sociétal. Le surcyclage des vêtements est devenu nécessaire et de plus en plus de grandes marques se spécialisent dans ce domaine comme Readymade au Japon, mais encore Maison Margiela et Marine Serre en France, ou encore de plus petites marques parisiennes comme Paris RE Made et Mout-Mout.
Les secteurs de la décoration, de l’art et du design sont également très impliqués dans le surcyclage de leurs matériaux. Par exemple, l’artiste plasticien portugais Bordalo II sculpte des animaux géants à partir de déchets dans les rues de Lisbonne.
Le surcyclage ou upcycling se définit ainsi comme un moyen de valorisation de la matière ayant un grand intérêt économique, environnemental et culturel.
Marion Négrier, Post-doctorante en chimie des matériaux au CEMEF (Mines Paris – PSL), en collaboration avec le centre RAPSODEE (IMT Mines Albi) et avec le le Centre Thermodynamique des Procédés, Mines Paris – PSL
Réduire notre dépendance aux pesticides est un des enjeux des différents types d’agricultures durables : agriculture biologique, agroécologie, permaculture, biodynamie … Pour s’y retrouver entre tous ces modèles agricoles, l’écologue des sols Marie-Liesse Vermeire et l’agronome Raphaël Belmin (CIRAD) nous proposent de jouer aux sept familles de l’agriculture durable.
Les sept familles de l’agriculture durable
Les modèles d’agricultures durables sont nombreux, mais ils n’ont pas les mêmes pratiques et objectifs. Raphaël Belmin, Fourni par l’auteur
Le modèle dominant de l’agriculture conventionnelle, parfois également appelée industrielle ou intensive, est de plus en plus contesté. Ce système de production agricole, qui cherche à maximiser la production grâce au travail des machines et à des intrants divers (engrais et pesticides de synthèses, semences hybrides, carburant pour les machines, eau d’irrigation…), est décrié pour ses conséquences.
Il existe cependant d’autres modèles : l’agriculture biologique, l’agriculture régénérative, l’agriculture de conservation, l’agriculture climato-intelligente, la biodynamie, la permaculture ou encore l’agroécologie.
Porteuses de nombreuses promesses, ces agricultures ne sont cependant pas toujours faciles à différencier et à évaluer. Nous proposons de les passer au crible pour mieux les distinguer dans leur positionnement, leurs objectifs et leurs pratiques.
La nature comme dénominateur commun
Toutes ces formes d’agriculture proposent d’imiter ce qui se passe dans la nature et de travailler de concert avec elle pour produire des aliments de manière durable. Nous les appellerons ici « agricultures écologisées ». On les oppose souvent à l’agriculture conventionnelle, pour qui les ressources naturelles sont réduites à des facteurs de production neutres et substituables.
Ces modèles alternatifs se distinguent de l’agriculture de précision ou de l’agriculture raisonnée, qui s’appuient sur la technologie pour une application plus efficiente et plus ciblée des intrants, mais sans remettre en question les principes de l’agriculture conventionnelle.
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Ces agricultures écologisées opèrent toutefois selon des modes de fonctionnement très différents.
Certaines formes d’agriculture sont certifiées. Leurs pratiques sont réglementées par un cahier des charges et font l’objet de contrôles. C’est le cas de l’agriculture biologique mais aussi de la biodynamie, régies respectivement par les standards internationaux IFOAM (Organics International) et DABSF (Demeter International).
D’autres sont gouvernées non pas par un cahier des charges, mais par des principes fondamentaux reconnus par les agriculteurs. On peut citer ici la permaculture, l’agriculture de conservation et l’agroécologie, qui ont des règles parfois très différentes notamment concernant le recours aux pesticides, la fertilisation ou le travail du sol, comme on le verra ci-dessous.
Un jeune horticulteur de Basse-Casamance (Sénégal) qui pratique l’agroécologie. Raphael Belmin / CIRAD
De ce fait, il existe une grande diversité d’interprétations et de mises en pratique des principes. Cette souplesse constitue un avantage clé pour les agriculteurs libres d’adapter leurs pratiques au contexte local, mais en retour, elle rend très difficile l’évaluation des performances agronomiques et économiques de ces modèles.
Il existe enfin des modèles agricoles qui se fixent des résultats à atteindre sans renvoyer explicitement à des corpus de pratiques ou principes clairs et stabilisés. C’est le cas de l’agriculture régénérative (qui entend régénérer les ressources naturelles) et de l’agriculture climato-intelligente (qui veut améliorer le stockage de carbone par les sols).
Étant donné cette difficulté méthodologique, nous ne sommes pas en mesure de les comparer avec les autres et les laisserons de côté dans la suite de l’article.
11 mesures pour une Europe agricole et forestière durable
À l’approche des élections européennes, la Fédération Nationale Entrepreneurs des Territoires réaffirme le rôle fondamental des entreprises de travaux agricoles, ruraux et forestiers. Elle publie un manifeste de 11 mesures à prendre pour assurer la pérennité de ces filières.
À travers 11 propositions, ce manifeste met en lumière les priorités des entreprises de travaux agricoles, ruraux et forestiers (ETARF), qui sont autant de leviers pour que le mandat 2024-2029 sécurise un cadre européen, innovant et favorable au développement d’une agriculture et d’une forêt durables.
Pour la FNEDT, seule la combinaison des forces de tous les professionnels des filières permettra de relever les défis du renouvellement des générations et des adaptations au changement climatique.
Des philosophies différentes
C’est aussi dans leurs ambitions respectives et dans les valeurs défendues que ces modèles agricoles diffèrent.
Dans les cas de l’agriculture de conservation, il s’agit avant tout de proposer des changements de pratiques pour améliorer les performances agronomiques et écologiques à l’échelle d’une exploitation.
L’agriculture biologique et la permaculture, en revanche, intègrent également les aspects de justice sociale à l’échelle de la ferme, ou du territoire.
L’agroécologie, quant à elle, vise une transformation profonde des systèmes agricoles et alimentaires. Elle prend en compte tous les moteurs du changement (recherche, gouvernance des filières, politiques agricoles, etc.) dans un souci de justice sociale et de souveraineté alimentaire.
La biodynamie, enfin, se concentre également sur une amélioration des performances écologiques à l’échelle de l’exploitation (elle vise à gérer la ferme comme un organisme vivant), mais on lui reproche souvent, de par ses liens avec l’anthroposophie, sa dimension ésotérique (croyances en l’impact des astres et de créatures surnaturelles sur les cultures), voire ses possibles dérives sectaires).
Avec ou sans pesticides ?
Concrètement, c’est aussi dans les choix réalisés pour se protéger des ravageurs, en limitant le recours aux pesticides, voire en s’en affranchissant totalement, que ces agricultures écologisées diffèrent.
Comment les différents types d’agriculture se protègent des ravageurs ? Marie-Liesse Vermeire, Fourni par l’auteur
Nombreux sont les indésirables qui sont tout autant intéressés que nous par nos plantes cultivées : mouches, vers, bactéries et champignons… La réponse, en agriculture conventionnelle, est simple : empoisonnons-les. Au risque de contaminer l’environnement, nos assiettes, et d’éliminer au passage leurs ennemis naturels, des auxiliaires naturels pourtant bien utiles pour les maîtriser.
Les agricultures écologisées mobilisent activement cet arsenal de biodiversité : prédateurs et parasites des indésirables, plantes répulsives, extraits de plantes (huiles essentielles par exemple) ou d’animaux (comme la propolis), microorganismes, etc.
L’agriculture biologique, avec la biodynamie, sont les modèles les plus stricts : seuls les produits listés dans les standards sont autorisés, et les pesticides synthétiques sont formellement proscrits. La biodynamie prescrit également l’usage de neuf « préparations biodynamiques », à base de plantes, minéraux et fumiers animaux, qui sont utilisés en sprays sur les champs ou dans les composts à des doses très faibles (similaire à l’homéopathie) dont l’efficacité demeure difficile à prouver.
Les pesticides de synthèse vont aussi à l’encontre des principes de protection de la santé des sols, de respect et utilisation de la biodiversité, et d’économie d’énergie au cœur de l’agroécologie et de la permaculture. Cependant, l’interprétation faite par certains agriculteurs de ces principes laisse la porte ouverte à une utilisation limitée de pesticides de synthèse.
Enfin, l’agriculture de conservation ne prend pas en compte la protection des cultures dans ses principes.
Les solutions pour fertiliser les sols sans engrais minéraux
Dans la nature, rien ne se perd et rien ne se crée, tout se transforme. Les nutriments du sol sont prélevés par les plantes, puis restitués au sol lorsque ces plantes meurent, ou via les excréments d’animaux qui les ont consommées. Cependant, à la récolte, ces nutriments sont exportés pour finir dans nos assiettes. Il faut donc compenser ces pertes.
Pour ce faire, l’agriculture conventionnelle a recours à des engrais chimiques de synthèse, dont l’usage intensif pose de nombreux problèmes. Leur production et leur transport consomment des énergies fossiles et émettent des gaz à effet de serre, et ils peuvent occasionner des pollutions (par exemple, les fertilisants phosphatés contiennent souvent du cadmium, du mercure et du plomb). Leur usage en excès déséquilibre la vie du sol, notamment en le vidant de sa matière organique.
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Cette dernière est pourtant l’or brun de l’agriculture : elle maintient la structure du sol en agissant comme un ciment, nourrit les organismes vivants qui y sont présents, et séquestre du carbone (luttant ainsi contre les changements climatiques).
Comment les différents types d’agriculture assurent la fertilisation des sols ? Marie-Liesse Vermeire, Fourni par l’auteur
Les agricultures écologisées cherchent ainsi à régénérer et conserver la matière organique du sol en privilégiant une diversité de fertilisants organiques : résidus de plantes, compost ou dérivés d’animaux (excréments, os, écailles de poisson, etc.).
Les standards de l’agriculture biologique et de la biodynamie interdisent les engrais de synthèse. Ils contrôlent également de manière très stricte la qualité des matières organiques appliquées, ainsi que leur origine. Les fertilisants organiques contenant des contaminants ou toxines ne sont pas autorisés par la biodynamie. Cela inclut les matières issues de l’industrie ou des élevages industriels, qui peuvent contenir des métaux lourds, des résidus d’antibiotiques et autres polluants.
L’usage d’engrais de synthèse ou de matières organiques contenant des contaminants va également à l’encontre des principes de recyclage, de réduction d’intrants, de santé des sols et d’économie d’énergie défendus par la permaculture et l’agroécologie. Cependant, tout comme pour les pesticides, l’interprétation faite par certains agriculteurs de ces principes laisse la porte ouverte à une utilisation limitée d’engrais de synthèse.
Enfin, la fertilisation ne fait pas partie des principes de l’agriculture de conservation, si ce n’est via l’obligation de maintenir les résidus de culture au sol.
Travailler ou non le sol
Le travail du sol est une pratique très ancienne qui a pour objectif d’améliorer l’aération du sol et le drainage, créer un substrat optimal pour la germination des semences et la croissance des plantes, incorporer la matière organique dans le sol et gérer les mauvaises herbes. L’agriculture conventionnelle a poussé cette pratique à l’extrême en utilisant des machines lourdes permettant de travailler le sol en profondeur. Mais le passage répété de ces engins contribue à compacter les sols, aux dépens de leur structure, des organismes qui y vivent et de la quantité de matière organique stockée.
Comment les différents types d’agriculture durable se positionne vis-à-vis du travail du sol. Marie-Liesse Vermeire, Fourni par l’auteur
Dans la nature, ce sont les insectes et les vers de terre qui travaillent les sols. Ils creusent des galeries qui permettent à l’air et l’eau de s’infiltrer et de préparer le sol pour le développement des racines. C’est leur travail qui est détruit par le passage de la charrue.
C’est ici que l’agriculture de conservation sort du lot : le travail du sol y est proscrit ou fortement réduit dans le but de laisser ces ingénieurs du sol faire leur travail.
L’agriculture biologique, à l’inverse, autorise le travail du sol afin notamment de lutter contre les mauvaises herbes.
La biodynamie, de son côté, autorise un travail sur sol léger.
Les principes de réduction des intrants (pétrole) et de santé des sols de l’agroécologie et de la permaculture préconisent également une limitation du travail du sol.
Cultiver la diversité animale et végétale
Dans la nature, des centaines, voire des milliers d’espèces animales et végétales cohabitent. Chacune joue un rôle dans l’équilibre global des écosystèmes. L’agriculture conventionnelle a contribué à une uniformisation extrême des paysages agricoles et à une réduction de la diversité végétale cultivée. La FAO rapporte que seulement neuf espèces de plantes représentent aujourd’hui 66 % du poids de toutes les récoltes mondiales !
Or, les paysages et parcelles dominés par la monoculture sont particulièrement vulnérables face aux bioagresseurs et aux événements climatiques extrêmes. Les animaux sont quant à eux élevés en grand nombre dans des espaces fermés, et séparés des cultures.
Comment les différentes agricultures durables prennent en compte la diversité biologique. Marie-Liesse Vermeire, Fourni par l’auteur
Les agricultures écologisées, à l’inverse, encouragent la diversité et les synergies entre espèces afin de gagner en résilience. Les animaux sauvages et domestiques sont réintroduits dans les fermes, pour les services qu’ils rendent, pour améliorer la fertilité des sols (grâce à leurs excréments) et pour la gestion des indésirables.
La biodynamie est le standard le plus strict. Il impose la rotation et l’association des cultures, autrement dit le fait de changer de culture d’année en année, et de cultiver plusieurs plantes au même endroit. Il impose aussi la construction d’habitats pour la biodiversité auxiliaire, en consacrant au minimum 10 % de la surface de l’exploitation à des infrastructures écologiques (haies, bandes enherbées, etc.). Enfin, il impose une certaine diversité d’animaux dans l’exploitation agricole, dont l’alimentation doit provenir à 50 % de la ferme.
Ces pratiques sont également préconisées par les principes de biodiversité, de synergie et de bien-être animal de l’agroécologie et de la permaculture.
L’agriculture biologique est un peu plus souple, car les rotations et associations de cultures, ainsi que le maintien d’aires naturelles, sont recommandées, mais pas imposées. Il n’est pas non plus obligatoire d’associer agriculture et élevage.
La diversification des cultures et les rotations constituent le troisième principe de l’agriculture de conservation, cependant elle ne prend pas en compte l’élevage.
Concernant la bonne santé et la biodiversité des sols, une récente métaétude de l’INRAE établissait que les modèles agricoles les plus vertueux étaient, dans l’ordre, la biodynamie, l’agriculture biologique, l’agriculture de conservation. Cette étude n’incluait cependant pas la permaculture et l’agroécologie.
Que retenir de cet inventaire ? Ces formes d’agriculture écologisées partagent des valeurs communes de respect de l’environnement et participent toutes à la transformation des systèmes agricoles et alimentaires vers plus de durabilité. Elles font des choix différents pour l’ensemble de pratiques agricoles qui les constituent.
Dans la pratique, beaucoup d’agriculteurs innovent en s’inspirant de différents modèles à la fois, signe que ces modèles, loin d’être en compétition, peuvent avant tout être complémentaires.
Marie-Liesse Vermeire, Chercheuse en écologie du sol, Cirad et Raphaël Belmin, Chercheur en agronomie, photographe, accueilli à l’Institut sénégalais de recherches agricoles (ISRA, Dakar), Cirad
Alors que le déclin des insectes ne ralentit pas, de nouvelles questions se posent quant à la manière dont les plantes, qui ont besoin des pollinisateurs, s’adaptent. Comment font-elles pour se reproduire dans ces conditions ? Les réponses de Samson Acoca-Pidolle, Doctorant en écologie évolutive à l’Université de Montpellier.
Dans la nature, les plantes bénéficient de stratégies de défenses induites par la diversité du vivant, dont peut s’inspirer notre agriculture. Par exemple, dans un champ de blé qui pousse au milieu d’autres espèces de plantes, les ravageurs auront plus de mal à repérer les épis convoités. C’est un des principes du vivant la diversité favorise la robustesse de l’écosystème. La diversité végétale peut aider à lutter contre les maladies, mauvaises herbes, insectes herbivores… et à limiter le recours aux pesticides, comme l’ont observé Aude Vialatte, Anaïs Tibi et Vincent Martinet (INRAE). Un atout de taille, alors que le nouveau plan Ecophyto soulève de nombreuses inquiétudes.
Comment la diversité végétale peut nous aider à réduire les pesticides
Paysage agricole près de Sourcieux-les-Mines (Rhône) INRAE/Marie-Christine Lhôpital, Fourni par l’auteur
C’est une exploitation viticole qui ne ressemble pas à celles qui l’entourent. La vigne y pousse au milieu de l’herbe et à l’ombre d’arbres fruitiers. Mais la particularité de n’arrête pas là : la maîtresse des lieux, la viticultrice Marie-Pierre Lacoste-Duchesne cultive sans pesticides de synthèse et utilise également deux fois moins de traitements au cuivre que la moyenne de sa région, la Nouvelle-Aquitaine.
Frugalité en pesticide et abondance en végétaux, ces deux phénomènes ne se retrouvent pas ici par hasard. Intégrer davantage de diversité végétale dans les parcelles et les paysages est une solution pour contrôler les espèces qui causent du tort aux cultures (maladies, mauvaises herbes, insectes herbivores…) et un levier pour sortir des pesticides.
C’est le résultat d’une récente expertise scientifique collective conduite par l’INRAE et faisant la synthèse de plus de 2000 articles scientifiques internationaux.
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Mais comment expliquer cela ? Et pourquoi l’option prise par notre viticultrice, qui a ces dernières années par exemple, planté de nombreux arbres n’est pas plus privilégiée ?
La diversité végétale, un levier de réduction des pesticides
En agriculture, la diversification végétale consiste à semer des mélanges de variétés ou d’espèces cultivées, pratiquer l’agroforesterie, allonger les rotations, ou encore créer des paysages diversifiés avec des prairies, des bois et des haies. Autant de pratiques qui participent à la protection des cultures.
Notre expertise scientifique collective a recensé les mécanismes écologiques qui expliquent cet effet positif. D’une part, un environnement plus diversifié détourne les ravageurs des plantes cultivées. C’est un peu comme si les plantes jouaient à cache-cache avec les ravageurs. Un insecte repère sa plante hôte visuellement et olfactivement : si on la mélange avec d’autres plantes très différentes, il a du mal à la trouver.
Cela est démontré en agroforesterie, par exemple lorsque l’on cultive du blé sous des arbres : la canopée des arbres masque le blé aux pucerons des céréales, qui ne repèrent donc pas ce dernier lors de leurs déplacements aériens et passent leur chemin. De même, les maladies dues à des bactéries ou des champignons se transmettent beaucoup moins facilement d’une plante cultivée à l’autre si elles sont mélangées parmi d’autres variétés ou espèces.
Système agroforestier orge-noyer. Bertrand Nicolas/INRAE, Fourni par l’auteur
Cela a été montré par exemple en verger de pommiers, dans lesquels des mélanges de variétés limitent les épidémies de tavelure (maladie due par divers champignons affectant le pommier, le poirier et divers autres arbres fruitiers). Ces principes sont les mêmes que ceux dont nous avons fait l’expérience durant l’épidémie de Covid : la mise en place de barrières à la diffusion du virus entre humains, et l’existence d’une différence de sensibilité au virus au sein de la population sont des freins à la transmission.
Fourni par l’auteur
D’autre part, la diversité végétale se révèle particulièrement hospitalière pour les prédateurs naturels des ravageurs des cultures en fournissant aux oiseaux et insectes qui chassent ces nuisibles de quoi se nourrir (proies, pollens, nectars) et des habitats pour passer l’hiver et l’été, se reproduire, nicher…
La végétation non cultivée, située dans la parcelle (bandes enherbées ou fleuries, arbres isolés…), en son pourtour (haies, fossés…) ou sous forme de tâches (« patches ») dans le paysage (bosquets, prairies permanentes…), héberge ainsi des insectes utiles. Par exemple les coccinelles ou les coléoptères de la famille des carabes, ainsi que des oiseaux ou encore des chauves-souris qui mangent les indésirables.
Des pesticides à la diversification végétale : de quoi parle-t-on ?
Il ne s’agit pas de remplacer un à un les pesticides chimiques par une solution alternative, il s’agit de changer la logique d’ensemble pour restaurer les processus naturellement à l’œuvre dans l’écosystème agricole, là où la chimie s’y substitue.
Les pesticides chimiques présentent les avantages d’être faciles à mettre en œuvre et peu coûteux pour l’agriculteur. En supprimant les espèces indésirables, ils ont certes un effet immédiat, mais présentent de multiples désavantages à plus long terme, bien documentés par d’autres synthèses récentes : perte de la biodiversité, pollution environnementale, atteintes à la santé humaine.
Pratiquer la diversification végétale est plus complexe car elle nécessite de repenser ses modes de production, mais elle offre de multiples bénéfices, tant pour les agriculteurs que pour la société dans son ensemble.
En plus du contrôle des espèces indésirables, la diversité favorise aussi la pollinisation, la fertilité des sols, la régulation de l’eau, soit autant de services écosystémiques qui contribuent à la production agricole en limitant les besoins d’intrants chimiques. La diversité végétale atténue également la pollution de l’eau par les pesticides, améliore le stockage du carbone, contribue à limiter les inondations et les sécheresses.
Système agroforestier légumes fruitiers. Bertrand Nicolas/INRAE, Fourni par l’auteur
Y a-t-il une baisse des rendements de production ?
On constate que les rendements sont globalement comparables à ceux des cultures sous pratiques conventionnelles, mais avec une grande variabilité en fonction des situations. En effet, les systèmes diversifiés ne sont pas toujours conduits dans des conditions optimales. D’une part, les variétés commerciales n’ont pas été sélectionnées pour être performantes en systèmes diversifiés ni en l’absence d’intrants de synthèse.
D’autre part, la biodiversité locale a été façonnée et appauvrie par l’usage historique et généralisé des pesticides ; or la biodiversité est à la base de la fourniture de services écosystémiques qui soutiennent la production agricole en conditions diversifiées. On peut légitimement penser qu’il existe une grande marge d’amélioration des systèmes diversifiés tant en termes de production que de résilience face au changement climatique, là où les systèmes conventionnels atteignent leurs limites.
Les rendements des cultures conventionnelles ont en effet atteint un palier depuis plus de 10 ans. Le contexte du changement climatique, marqué par des épisodes fréquents et intenses de sécheresse, d’inondation, de canicule, de gelées tardives et de mégafeu, fragilise durement les systèmes de cultures conventionnels.
Les études scientifiques montrent que les systèmes diversifiés sont de leur côté plus résistants (maintien des rendements) et résilients (fonctionnement écosystémique rétabli) à ces épisodes climatiques.
Des difficultés en amont et en aval
Mais alors, pourquoi la diversification reste-t-elle minoritaire ?
Parce qu’elle se heurte à de nombreux verrous d’ordres économique, sociotechnique et institutionnel. L’expertise scientifique collective montre que ces verrous sont liés à l’organisation très optimisée du système agroalimentaire conventionnel. La transition agroécologique nécessite un changement profond de ce système à tous ses niveaux organisationnels. Les politiques visant à faire évoluer les pratiques, telles le plan Ecophyto en France, qui suscite des inquiétudes, ou la Politique agricole commune, ciblent essentiellement les agriculteurs.
Paysage agricole diversifié. Aude Vialatte, Fourni par l’auteur
Or les choix des agriculteurs dépendent étroitement des acteurs situés en amont (semenciers, équipementiers, recherche et développement, conseil…) et en aval (débouchés) de la production agricole. Par exemple, le coût élevé des équipements spécialisés (semis, récolte de mélanges, entretien des haies) ou les standards imposés par les entreprises de transformation agroalimentaire (calibre des fruits, pureté variétale, date de maturité) sont bloquants pour engager la diversification des cultures.
Autrement dit, si on incite l’agriculteur à diversifier ses cultures mais qu’il ne peut pas facilement les produire ni les vendre, il ne va pas le faire. C’est l’ensemble des filières qui doit évoluer.
Quels moteurs pour changer les pratiques ?
Mais alors comment faire ? La transformation du modèle agricole français au sortir de la 2e Guerre mondiale a prouvé l’efficacité de politiques ambitieuses pour engager et accompagner des changements de grande ampleur. Mais les quelques travaux évaluant les politiques agricoles récentes et actuelles concluent qu’elles ne sont pas à la hauteur de l’enjeu.
En complément d’un cadre politique national et européen volontariste, les initiatives territoriales sont d’importants moteurs de changement. Ainsi, les plans alimentaires territoriaux (PAT) peuvent aider le développement de circuits courts et de débouchés locaux pour des produits de diversification végétale.
Par exemple les légumineuses (comme les pois, luzerne, féverole…) sont préconisées dans la diversification (en mélange, dans les rotations ou en interculture) car elles fertilisent naturellement les sols, et elles ont surtout pour débouchés les élevages. Sauf que la majorité des territoires français ont perdu leurs élevages au profit de grandes cultures spécialisées, et que les besoins en protéines végétales des animaux sont actuellement comblés en France par l’importation de soja.
Les accords internationaux et une organisation de cette filière au niveau mondial contraignent les différents plans « protéines » français et européens qui ont échoué à contrer les forces économiques en jeu. Pour intégrer les légumineuses dans les productions agricoles, des solutions territoriales de débouchés sont à étudier (par exemple méthaniseurs, pâturages itinérants, ou encore restauration collective).
Chaque territoire est particulier : il n’y a pas de solution générique mais des solutions locales à co-construire avec les agriculteurs, les filières, les coopératives, les institutions locales comme les chambres d’agriculture et les communautés de communes, les syndicats de rivière, les associations d’environnement, etc.
Notre expertise scientifique collective suggère ainsi que les recherches doivent intégrer des démonstrateurs territoriaux pour documenter les cas de transition agroécologique, en retirer les enseignements génériques ainsi que les facteurs spécifiques locaux. C’est ce qu’engagent des laboratoires de recherche INRAE et CNRS
Aude Vialatte, Directrice de recherche en agroécologie, Inrae; Anaïs Tibi, Ingénieure de recherche, coordinatrice d’Expertises scientifiques collectives, Inrae et Vincent Martinet, Directeur de Recherche en économie des ressources naturelles, Inrae
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