Accueil Blog Page 38

Le gradualisme ou « l’écologie des petits pas » : un obstacle de plus à l’urgence climatique ?

0

Le chercheur en sciences de la terre Aurélien Boutaud nous invite à questionner la lenteur de « l’écologie des petits pas » et de l’idéologie qui se cache derrière : le gradualisme. Après les climatosceptiques, les techno-solutionnistes, les gradualistes seraient-ils devenus des obstacles à l’urgente prise en compte du changement climatique ?

Etat d urgence climatique.

Le CO₂ nous tue à petit feu ? Ça tombe bien, les gradualistes ne sont pas pressés

Aurélien Boutaud, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

« Si l’on met en place trop vite des politiques environnementales ambitieuses, cela va créer un chaos social… Cela va aussi ruiner l’économie » Cette façon d’appréhender les défis environnementaux vous est peut-être familière. Elle a en fait un nom, il s’agit du gradualisme. Dans son dernier ouvrage Déclarer l’état d’urgence climatique (Éditions Rue de l’Échiquier), le docteur en Sciences de la Terre, Aurélien Boutaud ausculte cette idéologie venue du monde de l’économie, prend acte de sa popularité et dresse son bilan, avant d’appeler à changer de logiciel. Morceaux choisis.


Dans son dictionnaire du vocabulaire sur le climat, [l’économiste américain] Herb Simmens définit le gradualisme climatique comme « la pensée selon laquelle des actions progressives visant à enrayer le changement climatique sont adaptées, ou sont tout ce qu’il est possible de faire sur le plan politique et économique ». Il s’agit donc d’agir… mais, surtout, sans se presser. Comme l’ont montré Michael Hoexter ou Alyssa Battistoni, le gradualisme est inspiré des théories économiques néoclassiques, d’après lesquelles la dégradation du climat est la conséquence d’un défaut de fonctionnement du marché.

Comme chacun sait, ce dernier ne prend pas en compte les impacts négatifs des activités sur l’environnement, puisque le fait de polluer est généralement gratuit. La solution des économistes est donc simple : il suffit de pallier ce défaut en accordant un prix aux pollutions, par exemple en taxant les émissions de CO2 ou en allouant aux entreprises des droits à polluer qu’elles pourront s’échanger sur un marché de quotas carbone. Dans tous les cas, l’idée sous-jacente est que ce « signal prix » inciterait les acteurs économiques à réduire « progressivement » leurs émissions de gaz à effet de serre. La dimension graduelle de la démarche est explicite : il s’agit bel et bien de diluer les changements sur des décennies pour ne surtout pas brusquer le marché. Et encore moins les entreprises.

Calculs fatals : comment l’économie a sous-estimé les dommages climatiques et encouragé l’inaction / David Spratt & Alia Armistead

Dans les années 1990, les économistes ont élaboré des équations qui tendaient à conforter leurs propres certitudes. William Nordhaus a ainsi développé un modèle théorique qui prétend démontrer qu’il coûtera moins cher aux générations futures de s’adapter au changement climatique qu’aux générations présentes de lutter contre. Intitulé « DICE », ce modèle préconise une réduction modeste et progressive des émissions, qui mènerait à un « optimum » de réchauffement de… 4 °C ! Des chercheurs quelque peu malicieux ont d’ailleurs montré que, en visant un réchauffement de 12 °C, le modèle DICE prévoyait encore un bilan économique positif ! Nous voici donc rassurés : la vie sur Terre peut disparaître, puisque la croissance sera sauvée. Et les railleries des écologistes n’auront pas empêché cette démonstration à la gloire du gradualisme d’être saluée par la confrérie des économistes : en 2018, alors que le GIEC publiait son rapport le plus alarmant, la banque de Suède accordait le « prix Nobel d’économie » à… William Nordhaus : le pape du gradualisme climatique.


Pour suivre au plus près les questions environnementales, retrouvez chaque jeudi notre newsletter thématique « Ici la Terre ». Abonnez-vous dès aujourd’hui.


Développement durable, transition : le gradualisme est partout…

Au milieu des années 1990, dans un contexte international dominé par le libéralisme économique et la mondialisation, les négociations sur le climat ont assez naturellement laissé la porte ouverte à cette approche gradualiste inspirée de l’économie de l’environnement. Ainsi, le groupe 3 du GIEC, chargé de travailler sur les réponses socio-économiques au changement climatique, a été rapidement noyauté par les gradualistes. Conséquence inévitable : les messages d’alerte du groupe 1, essentiellement constitué de climatologues, n’ont eu de cesse d’être relativisés par les préconisations rassurantes du groupe 3, largement composé d’économistes.

C’est dans cet état d’esprit gradualiste que, en 1997, lors de la signature du protocole de Kyoto, les pays émergents sont parvenus à s’extraire de tout engagement, limitant les objectifs de réduction des émissions aux pays les plus industrialisés. Sans surprise, ces derniers ne se sont alors engagés que sur une baisse très modeste d’environ 5 % de leurs émissions en l’espace de quinze ans. Sous la pression des États-Unis, ces objectifs chiffrés ont par ailleurs été conditionnés à la mise en place de procédures d’inspiration libérale, caractérisées par l’attribution de quotas nationaux offerts aux entreprises les plus polluantes, et pouvant faire l’objet d’échanges sur un marché du carbone. Comme le souligne Alyssa Battistoni, les économistes néoclassiques sont ainsi parvenus à imposer dans l’agenda politique l’idée d’un changement incrémental et progressif, tout en atténuant le message alarmant des scientifiques.

Bien entendu, le cadre d’action international n’est pas le seul à être déterminant : à l’échelle nationale ou locale, de nombreux leviers ont été utilisés afin de réduire les émissions au cours des années 2000 et 2010. Que ce soit au nom du développement durable ou de la transition écologique, les stratégies nationales et autres plans climat territoriaux mobilisent aujourd’hui encore une pluralité d’outils qui vont bien au-delà des mesures économiques décrites ci-dessus. Mais bon gré mal gré, comme le remarque Margaret Klein Salamon, la fondatrice de The Climate Mobilization (TCM), même le mouvement environnementaliste et les partis les plus progressistes « se sont laissés engluer dans le gradualisme ».

Avec parfois la meilleure volonté du monde, ils se sont convaincus qu’ils apportaient leur modeste pierre à un édifice dont, en réalité, les fondations continuaient à être sabordées par l’industrie fossile et ses alliés. Durant ces années 2000 et 2010, l’idée la plus largement partagée consistait à penser que le changement était trop important pour être opéré rapidement : il fallait prendre son temps, voir loin (à l’horizon 2050 et au-delà), infléchir progressivement les décisions, modifier pas à pas les comportements, ne surtout pas contraindre ou interdire, être toujours positif, incitatif, et même ludique…

… et son bilan est catastrophique

Après presque trente ans de politiques climatiques sous influence gradualiste, le bilan de cette stratégie est catastrophique. Les engagements internationaux pris en 1997 dans le cadre du protocole de Kyoto avaient pour référence l’année 1990. Depuis cette date, les émissions annuelles de CO2, qui représentent la grande majorité des émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine, ont augmenté de 14 milliards de tonnes, soit une progression de 62 %. Cela équivaut à un accroissement moyen des émissions de près de 0,5 milliard de tonnes de CO2 chaque année. En volume annuel, cette croissance est même supérieure à celle connue durant les trente années précédentes (0,43 milliard de tonnes par an). Cela revient à dire que, non seulement les émissions n’ont pas baissé, mais elles ont continué de croître, et dans des volumes encore plus soutenus. Comme le montre le graphique ci-après, avec ou sans politique gradualiste, le résultat est à peu près le même !

Émissions mondiales de CO₂ entre 1750-2019. Fourni par l’auteur

Face à ce constat effarant, les gradualistes s’accrochent à quelques maigres signaux positifs, supposés annoncer de plus grands changements. Ils aiment également rappeler que, tout compte fait, les politiques qu’ils préconisent n’ont été sérieusement appliquées que dans une poignée de pays parmi les plus riches. Mais le bilan de ces derniers est-il pour autant plus positif ? Les pionniers du protocole de Kyoto et les soi-disant leaders de la transition sont-ils au moins parvenus à baisser leurs émissions de gaz à effet de serre de manière significative ?

L’exemple de la France permet de répondre à cette question. En réduisant ses émissions territoriales, la France fait en effet partie des bons élèves. Mais cette baisse est beaucoup trop modeste : elle atteint à peine les 20 % en trente ans. À un tel rythme, la neutralité carbone n’adviendrait pas avant le XXIIème siècle ! Surtout, ces gains sont très largement factices, puisqu’ils s’expliquent en grande partie par la délocalisation de certaines industries parmi les plus polluantes.

Déclarer l’état d’urgence climatique, Éditions de l’Échiquier. Fourni par l’auteur

En réintégrant les émissions incorporées dans les importations françaises, on constate que l’empreinte carbone de la France est restée désespérément stable et s’élève aujourd’hui à un niveau identique à celui de la fin des années 1990 : environ 650 millions de tonnes équivalent CO₂, soit près de dix tonnes par habitant et par an. En presque trente ans de politiques gradualistes, nous n’avons même pas commencé à réduire le contenu carbone de ce que nous consommons. Or pour atteindre la neutralité carbone, nous devrions à présent diviser en quelques années cette empreinte par un facteur 5 à 8. Comment comptons-nous le faire ? En conservant les mêmes recettes gradualistes ?

Aurélien Boutaud, Chercheur associé à l’UMR 5600 EVS, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


A quoi servent les limites planétaires ?

Drôle de limites que les limites planétaires. On vous en parle généralement pour vous annoncer qu’on les a dépassées. Elles sont au nombre de neuf et nous permettent de penser la crise environnementale au-delà du seul changement climatique. Car elles fixent divers seuils au-dessus desquels les conditions de la vie sur terre sont sérieusement menacées. Mais quelles sont ces limites ? Comment les mesure-t-on ? Qu’est-ce que ce cadre de pensée permet ? Les limites planétaires ont-elles elles aussi des limites ? Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les limites planétaires sans oser le demander, c’est justement le thème du webinaire proposé par The Conversation France avec les chercheurs Natacha Gondran (Mines Saint Étienne) et Aurélien Boutaud (Unité de Recherche Mixte UMR 5600 « Environnement, Villes et Sociétés »). Un évènement en partenariat avec AFP Audio.

Webinaire The Conversation : « À quoi servent les limites planétaires ? »

S’inspirer de la sagesse de l’escargot pour ralentir et respecter les limites de la planète !

L’économiste Henri Jorda nous donne des raisons d’admirer l’escargot. La lenteur de ce gastéropode, nous rappelle-t-il, était considérée pendant tout le Moyen Âge comme un gage d’application et de persévérance, avant que la modernité et sa vitesse ne balaient tout. Aujourd’hui cependant, refuser de se presser ne serait-il pas une question de survie pour respecter les limites planétaires ?

La sagesse de l’escargot : une invitation à ralentir et à respecter les limites de la planète ?

Dessin de José Guadalupe Posada Jean Charlot, CC BY

Henri Jorda, Université de Reims Champagne-Ardenne (URCA)

Jusqu’à la fin du Moyen Âge, les animaux lents, comme l’âne et l’escargot, étaient associés à la sagesse. Mais, dès le XVe siècle, le temps ne doit plus être perdu car il vaut de l’argent, et la lenteur cesse d’être admirée. Aujourd’hui, avec la « Grande Accélération » qui essouffle la planète et les vivants, la sagesse de l’escargot redevient cependant un emblème des comportements à adopter par l’humanité, notamment pour le mouvement Slow et la décroissance. Retour sur les rapports contrastés que nous entretenons avec cette incarnation de la lenteur.

La disqualification de la patience et de la lenteur

À la fin du Moyen Âge, la patience était encore une qualité précieuse pour qui souhaitait faire des affaires. Les meilleures affaires étaient celles qui réclamaient le plus de temps, pour aller chercher la marchandise, la transporter, la vendre sur les marchés et les foires. La plus grande patience était alors récompensée par les plus grands profits, bien des années après la mise de fonds initiale.

Les marchands du Moyen Âge étaient de fait patients en affaire et suivaient très scrupuleusement les préceptes religieux en employant leur temps de manière utile, pour plaire à Dieu. Pour les chrétiens, le temps est un don divin qu’il ne faut pas gaspiller, car cela reviendrait à voler Dieu, un péché capital connu sous le nom de paresse. À partir du XIIIe siècle, la paresse devient même le péché qui connaît les condamnations morales les plus sévères, « la mère de tous les vices », car elle ouvre la porte à bien d’autres péchés, y compris capitaux, comme la gourmandise et la luxure.

Escargot peint
Détail de l’Annonciation de Francesco Del Cossa. L’historien de l’art Daniel Arasse s’est interrogé sur la présence du gastéropode entre Marie et l’Ange Gabriel et rappelle, dans Histoires de peintures, que l’escargot était alors considéré comme né de la rosée du matin (et à cet égard similaire à la Vierge, née de la rosée des cieux) mais aussi, que l’escargot était peut-être une figure de Dieu lui-même (qui est représenté de forme et taille similaire à l’escargot dans le tableau de Del Cossa) car Dieu avait lui aussi été lent et méthodique, notamment en laissant passer un sacré laps de temps entre la chute et l’incarnation. Détail de l’Annonciation de Francesco Del Cossa, CC BY

Les péchés auront leur bestiaire, car commettre un péché, c’est être un animal n’ayant conscience ni du bien ni du mal. Comme la paresse est un péché intérieur et solitaire, s’observant difficilement, les animaux qui la représentent sont ceux qui se cachent, comme la chauve-souris et le hibou. Dès la fin du Moyen Âge, l’âne rejoint ce bestiaire de paresseux alors qu’il était jusque-là, dans la tradition biblique, associé à la patience, au travail obstiné et à la sagesse : dans la Genèse, c’est l’âne qui transporte Abraham et les charges de blé de Joseph.

Au tournant du XVe siècle, l’âne devient de fait celui qui n’avance pas et n’obéit pas, qui piétine sur place. Ce qui passait pour de l’opiniâtreté et de la sagesse devient de la sottise et de l’indolence. De la même manière, l’escargot et la limace, qui étaient jusque-là associés à la patience, seront les autres symboles de la paresse, pour leur lenteur, leur lâcheté (le limaçon rentre dans sa coquille) et leur diablerie (les cornes de l’animal). Ce bestiaire est réuni dans la gravure de Brueghel l’Ancien pour représenter la paresse.

Gravure de Brueghel l’Ancien représentant la paresse. Musée ALBERTINA, CC BY

Les temps modernes et leur accélération

Avec l’avènement de la modernité, la vitesse se trouve ensuite érigée comme vertu cardinale, associée à la puissance, et, à l’inverse, la lenteur connote la fragilité, à l’inadaptation. C’est ce que montre notamment l’historien Laurent Vidal dans Les Hommes lents. La civilisation européenne érige alors en contre-modèle de l’homme moderne, l’Indien d’Amérique et le hamac qui lui sert de symbole, forgeant ainsi une image d’homme sauvage, paresseux, lent, immoral.

À partir du XVIIIe siècle, les autres indolents seront les Noirs et les colonisés, représentés « sous la forme de simples corps soumis au pur régime des émotions », écrit Laurent Vidal. Enfin, les nouveaux hommes lents seront les ouvriers, dont les figures les plus connues de l’organisation du travail tâcheront de combattre la lenteur.

Cabane indienne et hamacs. Gravure de 1852 représentant les voyages de Christophe Colomb.

D’abord, l’ingénieur américain Frederick Taylor et son chronométrage des temps élémentaires destiné à augmenter la vitesse d’exécution, pour faire passer les ouvriers d’une « allure lente ordinaire » à une « allure très rapide », écrit-il dans la Direction des ateliers (1912). Puis, l’industriel américain Henry Ford et sa chaîne de montage, avec son tempo régulier qui fait perdre aux ouvriers toute autonomie dans l’emploi de leur temps car « la tâche vient à l’ouvrier et non l’inverse », dit-il dans Propos d’hier pour aujourd’hui (1926).

Enfin, le père du système de production Toyota, Taiichi Ohno, pour qui le stock est le mal absolu, du travail humain gaspillé, le symptôme d’organisations obèses par « excès de production ». Son antidote : développer les « capacités réflexes » en produisant juste à temps et en cultivant le changement par l’amélioration continue. Dans L’esprit Toyota (1989), il compare les ouvriers à des sportifs qui battent des records de productivité.

Caricature du Fordisme, 1927
Caricature du Fordisme, 1927. Tobias Higbie/Flickr, CC BY

Cette mise en tension gagne désormais l’ensemble des organisations, qui éliminent toutes les sources de gaspillage, la première d’entre elles étant le temps. C’est ainsi que le lean management (mot à mot « gestion allégée ») se présente comme le meilleur remède à la lenteur des organisations qui ont laissé se développer en leur sein des stagnations, des arrêts, des opérations qui ne produisent aucune valeur. Le Lean réduit en permanence le temps passé entre la commande et la livraison du bien ou du service, et, pour cela, il réalise un flux continu en supprimant les temps d’attente, de déplacement, tous les temps perdus à ne pas gagner d’argent. Aucune minute n’est gaspillée car « chaque seconde de vie de chacun est précieuse », écrivent Michael Ballé et Godefroy Beauvallet, dans Le Management Lean (2013).


Pour suivre au plus près les questions environnementales, retrouvez chaque jeudi notre newsletter thématique « Ici la Terre ». Abonnez-vous dès aujourd’hui.


La lenteur pour retrouver les plaisirs perdus

Si la lenteur a ainsi été disqualifiée par la modernité, elle a aussi été l’emblème de la résistance à l’ordre établi. C’est ainsi que les ouvriers, suspectés de flânerie, ralentissaient les cadences, freinaient collectivement, à la vue d’un chronomètre. Et tout au long de la modernité, la paresse et la lenteur ont fait l’objet d’éloges dénonçant les conditions de l’industrie, l’exploitation des humains et de la nature, l’enfermement disciplinaire de l’usine, l’exportation du travail par la colonisation… Dans ces éloges, la civilisation du travail a fabriqué un monde froid, technicien, bureaucratisé, artificiel, qu’il faut fuir pour retrouver le goût des plaisirs simples et le sens du merveilleux. Car les rêves ont été brisés par un travail qui mesure, calcule, programme et accélère le temps.

Depuis les années 1980, s’est constitué un mouvement autour de la lenteur, le Slow. Le journaliste et sociologue italien Carlo Petrini, fonde ainsi en 1986 l’association Slow Food, à la suite d’une protestation contre l’ouverture d’un McDonald’s à Rome. D’après ce mouvement, dont le symbole est l’escargot, il ne s’agit pas d’aller lentement tout le temps, mais de trouver le bon rythme : « Nous nous battons pour le droit à déterminer notre propre temps », dit Petrini. Aux antipodes du turbo-capitalisme, qui menace du surmenage la planète et ses habitants, la Slow Food privilégie, au contraire, le plaisir des repas, mais aussi les exploitations agricoles de petite échelle qui travaillent sans précipitation.

Pancarte Slow Food dans une manifestation à Berlin en 2020. Stefan Müller, CC BY

La promotion de la lenteur s’étend depuis à d’autres dimensions de la vie. C’est ainsi que plusieurs villes deviennent « lentes » en réduisant la place de l’automobile, machine qui exprime et alimente la passion de la vitesse. La lenteur se manifeste aussi dans le monde académique, avec la Slow Science qui résiste aux injonctions de productivité de la recherche connues sous le slogan « publish or perish » (mot à mot « publier ou périr »). La Slow Science cherche à promouvoir, dans le travail scientifique, le plaisir et la convivialité, pour apprécier « la qualité d’un travail bien fait » et « tirer plaisir et fierté de son travail ».

La décroissance par une révolution des mentalités

D’autres alternatives à l’accélération renvoient à ce qu’il est convenu d’appeler la décroissance. Pour l’une de ses figures françaises, l’économiste Serge Latouche, la décroissance pourrait réaliser les promesses trahies de la croissance capitaliste : travailler moins en gagnant plus, travailler tous grâce à la civilisation des loisirs, et ne plus travailler du tout grâce aux nouvelles technologies. La décroissance, selon Latouche, propose de retrouver la sagesse de l’escargot qui nous enseigne la « nécessaire lenteur ».

La décroissance s’inspire en cela du philosophe allemand Ivan Illich. C’est dans Le genre vernaculaire (1983) qu’Illich met en scène l’escargot pour représenter la « croissance négative » qu’il appelle de ses vœux pour apprendre à vivre dans certaines limites :

« L’escargot construit la délicate architecture de sa coquille en ajoutant l’une après l’autre des spires toujours plus larges, puis il cesse brusquement et commence des enroulements cette fois décroissants. C’est qu’une spire encore plus large donnerait à la coquille une dimension seize fois plus grande. Au lieu de contribuer au bien-être de l’animal, elle le surchargerait. Dès lors, toute augmentation de sa productivité servirait seulement à pallier les difficultés créées par cet agrandissement de la coquille au-delà des limites fixées par sa finalité. » (p. 53).

La critique décroissante porte, en définitive, sur la mesure de notre bonheur par un PIB qui doit toujours croître alors que la planète et les vivants atteignent leurs limites. Les coûts cachés de la croissance sont tellement nombreux (pollutions de la planète, maladies des vivants) que la croissance est devenue pathogène. La réduction du temps de travail est l’une des conditions nécessaires pour continuer à envisager l’existence humaine dans une planète vivable. Mais la sagesse de l’escargot est difficilement compatible avec le capitalisme financier qui requiert des profits à court terme.

La décroissance en appelle alors à une « révolution mentale », une déconstruction des imaginaires. Rien ne sera possible sans une « dépollution » de nos mentalités éduquées selon les principes d’efficacité et de vitesse qui, depuis le Moyen Âge, disqualifient la lenteur et la paresse. L’escargot a, pourtant, une forme de sagesse : point trop n’en faut pour éviter de s’effondrer dans sa coquille.

La réduction du temps de travail permettrait ainsi d’orienter l’emploi de notre temps vers des activités non profitables, mais nécessaires sur le plan social et écologique. Elle conduirait à une réduction des activités néfastes ou inutiles pour les humains et la planète, ce que l’économiste Timothée Parrique appelle le « grand ralentissement », qui doit d’abord concerner les activités dont l’empreinte écologique est la plus lourde.

Mais la compétition entre les nations, entre les organisations, entre les individus, rend impossible la victoire des escargots, sauf à changer les règles du jeu capitalistes fondées sur la concurrence, sauf à considérer que la vie humaine n’est pas une course.

Henri Jorda, Maître de conférences Sciences économiques, Université de Reims Champagne-Ardenne (URCA)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Réussir l’éducation canine de son chien et le promener sans laisse !

Vous avez certainement déjà vu un chien obéir à la voix de son maître, sans laisse. Vous aimeriez vous aussi pouvoir promener un jour librement avec votre chien en ville, sans qu’il détourne le museau pour décoder toutes les odeurs laissées par un congénère et sans utiliser de laisse ou collier électrique. Un chien obéissant doit avant tout être complice et en confiance avec son maître.

FLOUFFY

La plupart des chiens que l’on croise en milieu urbain tirent sur leur laisse, qui ne semble être jamais assez longue … A ce sujet, lire l’avis d’Esprit Dog sur les chiens qui tirent sur leur laisse :

https://www.challenges.fr/vie-pratique/l-avis-d-esprit-dog-sur-les-chiens-qui-tirent-la-laisse_863655

Si la laisse reste pourtant obligatoire dans certains lieux publics pour des raisons évidentes de sécurité, il est possible de dresser son chien à obéir sans sa laisse, dans le respect et la confiance réciproques !

Il est important de commencer par apprendre à votre chien à marcher en laisse à vos côtés. La laisse est alors à considérer comme un lien de communication qui, une fois détachée, lui permettra une liberté toute aussi importante pour répondre à ses propres besoins canins. Nombreux sont les chiens qui deviennent hyperactifs et aboient sans cesse, car une promenade en laisse courte génère beaucoup de frustration.

Promenade en laisse pour les besoins de l’humain ou celui du chien ?

L’humain est l’une des seules espèces animales qui marche en ligne droite. Alors que le chien en liberté suit un parcours d’odeurs et de distractions. Avec une laisse, le maitre impose son mode de fonctionnement à son chien. En l’obligeant à agir systématiquement à l’encontre de son instinct, inutile de se demander pourquoi le chien a des « problèmes de comportement » …

Un chien a besoin de pouvoir courir librement et explorer son environnement régulièrement.

Bruce Galpin

Sur un terrain privé ou dans un parc public, pour laisser courir votre chien librement et par plaisir, vous devez vous assurer que vous garderez le contrôle à distance ! C’est l’obéissance sans laisse …

Promener son chien sans laisse ni collier impose du respect

Si vous êtes dans un lieu qui exige que votre chien porte un harnais, un collier ou une laisse, vous devez le faire ! Si vous le laissez libre dans là où c’est interdit, vous vous exposez à des plaintes et à des amendes pour infraction.

Un chien ne doit pas être laissé libre s’il ne répond pas au rappel de son maitre.

L’idée qu’un chien soumis doit obéir sans hésitation et en tout temps à son maître est un mythe. Un chien qui écoute son maitre sans laisse n’est pas plus soumis qu’un chien n’est dominant s’il ne suit son maitre que lorsqu’il est en laisse. Dans la nature, les chiens comme les loups se déplacent librement sans suivre au pas le « dominant ».

Eva Blue

L’obéissance sans laisse nécessite beaucoup de pratique, en prenant en compte les différentes difficultés : durée, distance et distraction.

Une bonne relation avec son chien est une base essentielle pour obtenir l’obéissance sans laisse. Le travail consiste à apprendre à votre chien que rester près de vous a de la valeur pour lui. Les chiens aiment découvrir le monde en suivant leur odorat mais ce sont aussi des animaux opportunistes. Ce qui signifie qu’ils iront là où se trouve ce qui a le plus de valeur pour eux.

Il est donc impératif d’avoir de la valeur pour votre chien, au moins autant, sinon plus, que ce qui peut l’intéresser !

Jametlene Reskp

Outre les récompenses pour l’encourager à rester près de vous, votre chien doit apprendre que vous, son maitre humain, avez de la valeur : vous êtes agréable, présent par le corps et l’esprit quand vous êtes près de lui et vous avez une belle énergie dans vos interactions avec lui.

Quelques astuces pour atteindre l’obéissance sans laisse

#1 – Apprendre au chien qui s’enfuit à revenir : avant d’envisager de laisser votre chien libre, vous devez vous assurer d’en avoir le contrôle à tout moment, en lui apprenant à revenir quand vous l’appelez.
Le rappel efficace est la base : récompensez-le dès qu’il ignore les distractions et revient vers vous sans hésitation.

Si vous souhaitez avoir un rappel infaillible avec votre chien, vous pouvez suivre les conseils d’Esprit Dog

#2 – Apprendre la position au pied à son chien ou à son chiot : l’astuce consiste à lui donner la plupart de ses récompenses lorsqu’il est près de votre jambe plutôt qu’en face de vous. Cela va aussi l’encourager à rester à vos côtés lors de la marche, pour des promenades sans tension sur la laisse jusqu’à arriver à une marche sans laisse !

Pour obtenir de l’aide et des conseils avisés, vous pouvez suivre l’une des formations en ligne de dressage de chiens par Esprit Dog :

Analyse des investissements nécessaires pour atteindre la neutralité carbone de l’Europe à horizon 2050

0

À une semaine des élections européennes, et alors que s’ouvre à Bonn la préparation de la COP29 de décembre en Azerbaïdjan, le rapport Road to Net Zero (« En route vers la neutralité climatique ») de l’Institut Rousseau compile le travail de 150 chercheurs et experts de toute l’Europe. Il analyse et chiffre les investissements publics et privés nécessaires pour atteindre la neutralité carbone de l’Europe à horizon 2050. L’Ademe évalue les coûts d’adaptation aux changements climatique à 260 milliards d’euros par an, pour la France seulement, en cas d’inaction. 

UNE TRANSITION GLOBALE, ÉCONOME ET AMBITIEUSE

Les niveaux de gaz à effet de serre atteignent des niveaux record. Les températures mondiales atteignent des niveaux records. L’élévation du niveau de la mer atteint un niveau record. La glace de mer de l’Antarctique est à un niveau record. C’est une cacophonie assourdissante de records battus.

Professeur Petteri Taalas, Secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale, 2023

LES BESOINS D’INVESTISSEMENTS CLIMAT SELON L’INSTITUT ROUSSEAU VS. COM UE1

Sources : Rapport RtNZ (2024) et Impact assessment « path to climate neutrality by 2050 » de la commission UE (2024) en euros 2022 et 2023 sur les 4 principaux secteurs étudiés.

Dans l’étude de la Commission européenne, le sur-investissement est même estimé à plus de 640 milliards d’euros par an mais les années considérées pour évaluer la « dépense actuelle » sont antérieures à celles du rapport Road to Net
Zero (2019-2022), qui correspond à 1040 milliards d’euros d’investissements dans ces 4 secteurs (contre 1160 milliards en ajoutant l’agriculture, la R&D et les puits).

Comment décarboner tous les secteurs de l’économie ?

Combien d’investissements cela nécessite-t-il, par secteur, par pays, par mesure ?

À l’heure de l’austérité budgétaire, comment financer la transformation nécessaire de notre économie ? 

Pour répondre à ces questions, l’Institut Rousseau a observé en détail sept grands pays – la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas, la Pologne et la Suède – pour évaluer les investissements publics et privés nécessaires pour atteindre les objectifs de neutralité carbone à l’horizon 2050. L’ensemble de ces résultats sont compilés au sein du rapport Road to Net Zero qui étudie dans le détail 37 leviers de décarbonation et plus de 70 politiques publiques.

En parallèle, la Commission européenne a récemment publié son étude d’impact2 « L’objectif climatique de l’Europe à l’horizon 2040 et la voie vers la neutralité climatique d’ici 2050 pour construire une société durable, juste et prospère ».

Chacune de ces deux études constate que des investissements supplémentaires substantiels, par rapport à ceux prévus sur la même tendance (“les investissements tendanciels”), sont absolument nécessaires.

En revanche, la comparaison entre ces deux études met en exergue une différence d’approche notable : le scénario de la Commission européenne préconise une “simple” décarbonation des usages quand l’Institut Rousseau propose une transition écologique plus globale intégrant des mesures de réduction des consommations énergétiques.

De cette différence d’approche découle un triple constat. La transition écologique globale couplée à des mesures de réduction des consommations énergétiques que propose l’Institut Rousseau est :

Deux fois moins coûteuse pour l’ensemble de l’économie par rapport aux scénarios reposant principalement sur l’électrification des secteurs énergivores.

Possible, car s’appuyant sur des politiques déjà mises en œuvre dans certains pays ou régions d’Europe.

Synonyme d’une bien plus grande souveraineté économique pour les pays de l’UE, en réduisant largement leur dépendance aux importations, de fossiles et de matériaux critiques à court terme, et de gaz verts à plus long terme.

UNE TRANSITION POSSIBLE ET SOUHAITABLE

Les politiques publiques nationales et locales étudiées dans le rapport prouvent qu’il est possible de réorienter la stratégie de l’Europe vers une transition globale limitant les investissements supplémentaires grâce à des efforts mieux ciblés.

Dans le secteur des transports, l’exemple de l’Autriche et du Danemark ont démontré que doubler les parts modales du ferroviaire (fret et voyageurs) et du vélo (dans les agglomérations) était réalisable en investissant massivement dans les infrastructures. L’extension de ces modèles permettra de réduire progressivement les flottes d’automobiles et de camions et leurs coûts associés (de l’achat des véhicules aux carburants).

Dans le secteur des bâtiments, des expérimentations locales en France et l’exemple de l’Allemagne démontrent qu’il est possible d’atteindre des rythmes de rénovation performante compatibles avec les objectifs climatiques (et dépasser les 2% du parc immobilier rénové chaque année) à la double condition :
– De centrer les aides sur les rénovations globales (incluant l’isolation) et non sur les changements de systèmes de chauffage, comme c’est très majoritairement le cas actuellement.
– De fournir un accompagnement technique systématique et gratuit aux propriétaires des logements (les aides sont aujourd’hui distribuées sans accompagnement, ce qui mène à des travaux non optimaux voire à de la fraude).

D’autres exemples de « politiques exemplaires » (encadrées dans le rapport principal) ont été utilisés pour préciser les soutiens publics nécessaires dans les différents domaines, avec des besoins relativement limités dans certains secteurs (notamment l’Énergie) et nettement plus importants dans d’autres (comme l’Agriculture).

Investissements dans le secteur des puits de carbone

Les besoins d’investissements supplémentaires et de modification des soutiens publics actuels sont très disparates en fonction des pays : de 2 fois moins que la moyenne de l’UE (+1,6% du PIB) pour l’Italie et -25% pour l’Allemagne à près de 2 fois plus pour la Pologne.

Au-delà de la nécessité de renforcer les investissements, le scénario détaillé par le rapport Road to Net Zero est également conditionné à la transformation des soutiens publics actuels, notamment dans leurs modalités. Ainsi, si l’Allemagne et l’Italie ont un besoin de dépenses publiques supplémentaires moins élevé, les modalités de leurs soutiens publics actuels doivent malgré tout être fortement modifiées.

Ces différences et leurs explications sont détaillées dans les « Synthèses pays » de l’Institut Rousseau et les principaux écarts entre pays sont résumés dans son « rapport synthétique en français ».

FOCUS SUR LA FRANCE

UNE TRANSITION AU SERVICE DES ENJEUX DE SOUVERAINETÉ DE L’UNION EUROPÉENNE

Outre l’économie de nouvelles dépendances aux gaz verts, la stratégie de transition globale mise en avant dans le rapport Road to Net Zero permet, contrairement aux politiques actuelles ou aux autres scénarios évoqués (comme par exemple celui de la Commission européenne), une réduction des dépendances extérieures nettement plus rapide et importante.

  1. L’étude de la Commission européenne n’intégrant pas les investissements dans les infrastructures ferroviaires et cyclables (environ 100 milliards par an dans le rapport Road to Net Zero), l’Institut Rousseau a ajouté les investissements prévus sur le seul réseau « Trans-européen », estimés à au moins 65 milliards par an dans l’étude d’impact « réseaux de transports » de 2021 de la Commission (pour l’essentiel ferroviaires). ↩︎
  2. Europe’s 2040 climate target and path to climate neutrality by 2050 building a sustainable, just and prosperous society ↩︎

Pour la première fois, les revenus mondiaux issus de la tarification carbone ont dépassé 100 milliards de dollars

0

La Banque mondiale a publié mardi dernier son rapport annuel sur l’état de la tarification carbone à travers le monde. Pour la première fois, les revenus mondiaux issus de la tarification carbone ont dépassé 100 milliards de dollars. Une partie de ces revenus pourrait être utilisée pour compenser son impact financier sur les citoyens, sous forme d’un « versement climat ». Une telle redistribution est déjà en place au Canada, en Suisse, en Autriche et bientôt en Allemagne.

104 milliards de dollars. C’est le montant qu’a rapporté la tarification carbone à travers le monde en 2023. Tous les ans, la Banque mondiale publie un état des lieux de la tarification carbone, et anticipe ses futures évolutions. La dernière version du rapport, publiée mardi dernier, est riche d’informations.

Appliquée par de plus en plus de pays, la tarification carbone consiste à mettre un prix explicite sur les émissions de gaz à effet de serre. Malgré l’impact sociétal qu’ont ces émissions à travers le changement climatique, elles demeurent gratuites en l’absence d’une tarification carbone. La tarification carbone permet de favoriser la sobriété, l’efficacité énergétique et d’accélérer le développement des alternatives bas-carbone comme les pompes à chaleur, les véhicules électriques, la géothermie, le train, les énergies renouvelables, et bien d’autres.

Qu’en disent les experts ? Est-ce une mesure vraiment utile pour réaliser la transition écologique ? Dans son dernier rapport, le GIEC souligne bien que la tarification du carbone est un levier efficace pour réduire les émissions : « Il y a une abondance de preuves que la tarification carbone réduit les émissions »1. Cependant, le rapport précise que « même si la couverture [de la tarification carbone] a augmenté pour atteindre plus de 20 % des émissions globales, l’étendue de la couverture et le prix du carbone sont plus bas que ce qui est nécessaire pour une diminution drastique des émissions »2 [2].

Actuellement, il y a plus de 75 initiatives de tarification carbone (taxe carbone ou marché carbone) réparties et mises en œuvre dans plus de 40 pays. Au total, ces 75 mécanismes couvrent 24 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Ce pourcentage de couverture est en rapide augmentation. Il y a 10 ans, à peine 7 % des émissions de gaz à serre mondiales étaient couvertes. Il y a 20 ans, c’était moins de 1 % ! Plusieurs pays sont en voie d’appliquer une tarification carbone, comme le Brésil, l’Inde, le Chili, la Colombie et la Turquie.

Cependant, le rapport souligne que le prix du carbone est encore bien souvent trop bas. Moins de 5 % des émissions mondiales sont couvertes par une tarification supérieure à 64 € par tonne de CO2e. Or, selon les experts de la Commission de haut niveau sur les prix du carbone (High-Level Commission on Carbon Prices), il faudrait un prix global du carbone autour de 75 € par tonne de CO2e à l’horizon 2030 pour respecter l’Accord de Paris et contenir le réchauffement climatique en dessous de 2°C d’ici la fin du siècle.

Comparé aux deux superpuissances économiques que sont les États-Unis et la Chine, l’Union européenne est championne en la matière. Son marché carbone, appelé système d’échange de quotas d’émission (SEQE), a été implémenté en 2005, et couvre les centrales électriques, les sites industriels polluants et l’aviation. Le « Pacte vert » européen prévoit son extension au transport maritime et à l’incinération des déchets. De plus, le commencement d’un nouveau marché carbone européen ciblant le secteur routier et le bâtiment est prévu pour 2027. Ainsi, l’UE sera la première superpuissance économique à couvrir plus de 75 % de ses émissions de gaz à effet de serre territoriales avec une tarification carbone.

Pour protéger les entreprises européennes d’une concurrence déloyale, une taxe carbone aux frontières va aussi être progressivement mise en place. Cette taxe carbone aux frontières est également une incitation forte pour les autres pays à mettre en œuvre chez eux leur propre tarification carbone. Plutôt que de payer la taxe carbone à la frontière européenne, les pays exportateurs peuvent choisir de mettre en place une tarification carbone sur leur territoire et conserver les revenus. C’est ce qui est prévu dans plusieurs pays, qui vont démarrer ou renforcer leur tarification carbone en réponse à la future taxe européenne, comme l’Inde, l’Indonésie, le Maroc, la Turquie, l’Ukraine ou l’Uruguay, toujours selon le rapport de la Banque mondiale.

En plus de réduire les émissions de gaz à effet de serre, la tarification carbone génère une source importante de revenus pour les gouvernements. Comme le rapport de la Banque mondiale l’indique, les revenus mondiaux issus de la tarification carbone ont dépassé 100 milliards de dollars pour la première fois en 2023. Plus de la moitié de ces revenus sont utilisés pour des investissements bas carbone. Environ un tiers des revenus sont alloués au budget des gouvernements et utilisés pour d’autres dépenses. Enfin environ 10 % des revenus sont utilisés pour une redistribution aux entreprises et aux ménages.

Pour renforcer la transparence, l’équité et l’acceptation de la tarification carbone, plusieurs pays ont fait le choix de redistribuer la majeure partie des revenus de leur tarification carbone directement aux citoyens. Une telle redistribution est déjà en place au Canada, en Suisse, en Autriche et bientôt en Allemagne. Dirk Messner, président de l’Umweltbundesamt (UBA, homologue allemand de l’ADEME), soutient publiquement que l’Allemagne devrait implémenter une redistribution et servir de modèle aux autres pays européens qui devront aussi compenser les impacts financiers qu’aura le futur marché carbone sur le transport routier et le bâtiment sur la population.

Au sein du Lobby Climatique Citoyen, nous proposons justement de redistribuer les revenus du marché carbone sur le transport routier et le bâtiment directement aux citoyens, sous forme d’un « versement climat » national. Cette mesure est équitable et transparente. Comme le Canada, la Suisse, l’Autriche et bientôt l’Allemagne, nous pouvons le faire ! Nous appelons nos représentants politiques au gouvernement à mettre en place une telle redistribution.

Versement climat

  1. GIEC. 2022. AR6 WG3. Chapitre 13. Section 13.6.3.3. « Environmental effectiveness and co-benefits » Lien ↩︎
  2. GIEC. 2022. AR6 WG3. Chapitre 13. Résumé pour décideurs. Lien ↩︎

Garantir sa juste part d’eau à la nature pour assurer les services vitaux qu’elle rend chaque jour

A l’approche de la saison estivale, les gestionnaires de milieux naturels et aquatiques de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur lancent un appel pour garantir une « juste part d’eau à la nature », car la nature n’est pas un usager de l’eau parmi d’autres, elle en est aussi la source. Une initiative qui s’accompagne de propositions, car des solutions existent et des projets innovants sont menés, avec de la technologie, des progrès et des solutions fondées sur la nature.

Centre d’Information sur l’Eau (C.I.eau) – Le cycle de l’eau

Sur notre planète, l’eau existe sous différents états : liquide dans les océans, les rivières, les lacs et les nappes, solide sous forme de glace, de neige et de givre ou gazeux dans l’air. Selon les conditions physico-chimiques, l’eau se déplace d’un état à un autre par évaporation, précipitation, infiltration et ruissellement.

La nature joue un rôle essentiel dans le grand cycle de l’eau. Quand les milieux naturels et aquatiques se dégradent, le cycle de l’eau se dégrade aussi. Ce qui contribue aux phénomènes de sécheresses et d’inondations croissants sous l’effet du changement climatique.

Même en vacances, chaque goutte compte !

La nature est souvent considérée comme un usager de l’eau au même titre que l’agriculture, l’industrie ou le tourisme alors qu’elle en est la source.

La part d’eau laissée à la nature est régulièrement réduite, voire sacrifiée dès lors qu’il y a tension entre les usages et ce, malgré les mises en garde des experts … avec des conséquences qui dramatiques comme pour le Parc national de Doñana en Andalousie !

Ce manque d’eau s’ajoute aux autres pressions qui détruisent la biodiversité. 41 % des espèces de vertébrés observées en région Sud voient leur population décliner entre 2000 et 2021. La technologie et le progrès ne suffiront pas à compenser le rôle inestimable assuré par la nature dans le grand cycle de l’eau.

Centre d’Information sur l’Eau (C.I.eau) – Pourquoi l’eau n’est-elle pas une ressource inépuisable ?

Les gestionnaires de milieux naturels et aquatiques de la région ont une connaissance précise, technique et scientifique, essentielle pour éclairer les politiques publiques. Ce qui en fait de véritables sentinelles de la nature. Ils nous alertent sur l’accélération de la dégradation de ces milieux, liée notamment au manque d’eau, dans un contexte où les besoins pour les humains sont en augmentation…

Il est temps de garantir sa juste part d’eau à la nature !1

Des solutions existent et des projets innovants voient le jour en s’appuyant sur l’expertise des gestionnaires et sur le concept des Solutions Fondées sur la Nature : préservation des espaces naturels, des zones humides, agroécologie, génie écologique, nature en ville et désimperméabilisation des sols etc.

Mieux comprendre les enjeux, partager les bonnes pratiques et les solutions pour permettre de garantir sa juste part d’eau à la nature.

Pourquoi doit-on garantir sa juste part d’eau à la nature ?

Le bassin méditerranéen est, et devrait rester, parmi les régions les plus affectées par le changement climatique, en particulier en ce qui concerne les précipitations et le cycle hydrologique. L’évolution des températures globales régionales va avoir des conséquences importantes en région Provence-Alpes-Côte d’Azur à la fois sur la santé des milieux aquatiques et sur nos usages de l’eau.

Changement climatique observé : la baisse des précipitations
Changement climatique observé : la hausse des températures

Cette tension de plus en plus intense sur l’eau impacte la faune et la flore de la région, déjà en forte diminution du fait de l’artificialisation des sols et de la surexploitation des ressources. Il est impératif de considérer le fonctionnement global de l’écosystème de chaque territoire et la place centrale de la nature.

Comment peut-on garantir sa juste part d’eau à la nature ?

Les gestionnaires sont des experts à solliciter sur l’ensemble des projets pour avoir une connaissance précise et scientifique des enjeux et une aide à la décision précieuse.

Les Solutions Fondées sur la Nature permettent d’utiliser des techniques efficaces qui s’appuient sur le fonctionnement de la nature et contribuent à sa préservation : maintien des espaces naturels, des zones humides, agroécologie, génie écologique, nature en ville et désimperméabilisation des sols, …

© PNR Verdon

Quand l’homme, à la sueur de son front, à force de courage et de détermination, redonne vie à la terre abandonnée.

C’est aussi une démarche initiée sur le plateau de Valensole en 2014.
Le plateau de Valensole a connu de profonds changements durant ces dernières décennies. Couverts d’amandiers à l’ombre desquels pâturaient des troupeaux de moutons au sortir de la seconde guerre mondiale, il s’est peu à peu départi de ses arbres et de ses ouailles pour laisser place à de vastes étendues de lavandin et de blé dur.
A droite, le plateau de Valensole dans les années 60 avec ses petites parcelles et les nombreux amandiers et à gauche le plateau aujourd’hui. Source : Géoportail

Le projet de restauration de la rivière du Colostre vise à répondre aux obligations réglementaires, à préserver la ressource en eau et à laisser s’exprimer la biodiversité en accord avec les activités humaines et en garantissant la sécurité de chacun.

L’Action publique est nécessaire pour impulser des dynamiques locales, régionales et nationales, en matière de préservation de la biodiversité et de gestion de l’eau.


Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE) pour l’atteinte du bon état des milieux aquatiques et Plan de Bassin d’adaptation au Changement Climatique (PBACC) pour adapter les territoires au changement climatique

Sur le plan international, depuis plusieurs années, un nouveau champ juridique émerge pour redonner pleinement ses droits à la nature !

  1. Un appel qui se fonde notamment sur les travaux menés lors d’une Université intitulée « L’eau et les gestionnaires de milieux face aux enjeux d’aujourd’hui et de demain », organisée par l’ARBE en septembre 2023 avec le soutien de la Région Sud, de l’État (DREAL, OFB, Agence de l’eau) en partenariat avec le Conservatoire des Espaces Naturels de Provence-Alpes-Côte d’Azur, la Tour du Valat, le Parc naturel régional du Verdon et le Département des Alpes de Haute-Provence. ↩︎

15 recommandations de la Plateforme RSE pour atteindre les ODD

Les entreprises contribuent-elles réellement aux objectifs de développement durable définis par l’ONU ? Pas vraiment, d’après la Plateforme RSE de France Stratégie, qui pour éviter les dérives, formule 15 recommandations pour la Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) permette d’atteindre les Objectifs de développement durable (ODD) à l’horizon 2030.

17 objectifs de développement durable portés par l’Organisation des Nations Unies d’ici à 2030

« Les Objectifs de développement durable donnent la marche à suivre pour parvenir à un avenir meilleur et plus durable pour tous. Ils répondent aux défis mondiaux auxquels nous sommes confrontés : pauvreté, inégalités, climat, dégradation de l’environnement, prospérité, paix et justice. interconnectés, il est important d’atteindre chacun de ces objectifs d’ici à 2030 ».

Le constat réalisé par l’ONU à l’occasion du mi-parcours de l’Agenda 2030 est alarmant : à peine 20 % des cibles des objectifs de développement durable (ODD) seront atteintes d’ici 2030 si la trajectoire actuelle est maintenue.

Source : SDSN (juin 2023), SDSN (2023), Sustainable Development Report 2023. Implementing the SDG Stimulus. Includes the SDG Index and Dashboards, op. cit

Les ODD constituent des engagements des États, mais la réalisation des ODD implique tous les acteurs économiques.

Source : SDSN (2023), Sustainable Development Report 2023. Implementing the SDG Stimulus. Includes the SDG Index and Dashboards, op. cit.

Les entreprises sont libres de transcrire les ODD, cibles et indicateurs dans le respect des normes qui s’appliquent. Les entreprises qui intègrent les ODD dans leurs stratégies donnent le signe de vouloir se placer au-delà des réglementations, à la condition bien sûr qu’elles les appliquent scrupuleusement. C’est notamment le cas des entreprises dont l’intégration des ODD dans leurs stratégies va au-delà des exigences réglementaires. Cette démarche relève d’un engagement volontaire.

Il existe peu de données disponibles pour l’intégration opérationnelle des ODD dans les stratégies des entreprises et celles-ci ne permettent pas de réaliser un état des lieux précis des contributions des entreprises françaises, européennes et internationales aux ODD. Le baromètre ODD mis en place par le Pacte mondial de l’ONU – Réseau France depuis plusieurs années permet toutefois d’apprécier la situation de ces entreprises membres.

Les données issues de cette enquête annuelle font apparaître que les ODD 3 « Bonne santé et bien-être », 5 « Égalité des sexes », 8 « Travail décent et croissance économique », 12 « Consommation et production responsables » et 13 « Mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques » sont largement priorisés par les entreprises françaises.

Les ODD sont majoritairement utilisés par ces entreprises au travers d’une mise en parallèle avec leurs stratégies existantes.

Toutefois, les actions engagées en lien avec les ODD ne relèvent pas systématiquement d’une évaluation des impacts de l’entreprise et de sa chaîne de valeur.

Peu d’actions sont mises en œuvre par les entreprises françaises pour les ODD 1 « Pas de pauvreté », 2 « Faim « zéro » », 6 « Eau propre et assainissement », 14 « Vie aquatique » et 16 « Paix, justice et institutions efficaces ». Les ODD s’adressant en priorité aux États, certaines entreprises ne se sentent pas forcément légitimes sur ces ODD en particulier. Le manque d’opérationnalité et les difficultés de mise en œuvre expliquent en partie le manque d’actions des entreprises sur ces ODD.

Source : Pacte mondial de l’ONU – Réseau France, PwC (2024), Baromètre ODD et entreprises françaises en action. Édition 2023, op. cit

À l’échelle internationale et européenne, les données sont insuffisantes mais certaines enquêtes montrent une très faible contribution positive des entreprises aux ODD. Sur la base des données disponibles, peu d’entreprises utilisent les ODD et leurs cibles comme des leviers de transformation de leurs modèles d’affaires.

Pour réaliser l’Agenda 2030 et permettre la réalisation d’un modèle commun de paix et de prospérité pour les peuples et la planète, l’ensemble des parties prenantes a un rôle majeur à jouer.

La RSE et les ODD sont intimement liés. Intégrer les ODD à sa stratégie RSE est
pertinent en cela que les ODD constituent un langage commun à l’ensemble des parties prenantes1 et que leurs cibles proposent des référentiels utiles pour l’action et l’évaluation.


Le portage inégal des ODD au niveau des politiques publiques et des instances entrepreneuriales constitue un frein majeur à lever pour favoriser l’intégration des ODD dans les stratégies RSE des entreprises, même si des évolutions positives ont été réalisées ces dernières années. Par ailleurs, une nécessaire mise en cohérence des programmes d’enseignement devrait faciliter davantage l’appropriation par tous des ODD et le développement des compétences nécessaires à la mise en œuvre des actions contribuant aux ODD.

En outre, l’analyse d’impact des contributions positives et négatives des stratégies RSE aux ODD est nécessaire, et des réponses pour ce faire doivent être apportées aux entreprises qui ne disposent pas nécessairement des ressources internes, humaines et budgétaires, dédiées à la RSE.

Mais les entreprises peuvent s’appuyer sur le dialogue social pour enrichir leur stratégie RSE, dont les ODD sont un élément de référence dans la norme ISO 26 000. Le rôle des fédérations professionnelles se révèle également très important dans la prise en compte de la dimension sectorielle des ODD afin d’accompagner les entreprises, et notamment les plus petites, pour utiliser les ODD de manière opérationnelle en fonction de leur secteur d’activité.

https://www.agenda-2030.fr/ressources/article/les-rosaces-des-odd

Par ailleurs, pour mobiliser et fédérer les acteurs aux enjeux du développement durable, l’échelon territorial est particulièrement approprié. Les collectivités territoriales jouent, à ce titre, un rôle majeur dans la mobilisation des acteurs locaux sur les territoires.

Source : IFA, ORSE et PwC France et Maghreb (2022), Baromètre (1re édition) : La Responsabilité sociétale des entreprises, nouvelle priorité stratégique des administratrices et administrateurs ?, op. cit.

L’État, quant à lui, doit mieux soutenir les entreprises dont les actions contribuent à l’atteinte des ODD en mobilisant les fonds publics et privés. Enfin, les investisseurs privés jouent également un rôle majeur : la finance dite « à impact » suscite de plus en plus d’intérêt auprès des investisseurs.

Les parties prenantes sont de plus en plus sensibles à la prise en compte des enjeux du développement durable par les entreprises mais également aux impacts de leurs activités.

Le renforcement du cadre réglementaire européen a pour objectif d’intégrer davantage ces préoccupations. Une entreprise qui n’incarne pas ces évolutions avec sérieux se mettra en péril par la perte de marchés, de financements, de clients, de potentiels nouveaux salariés, etc. Les attentes des parties prenantes créent ainsi des opportunités pour les entreprises et les réglementations sont un outil pour faciliter leur réponse à ces demandes sociétales.

Les nouvelles obligations réglementaires, et notamment la Corporate Sustainability Reporting Directive – CSRD, ne sont pas à voir comme des contraintes pour l’entreprise, mais comme des opportunités pour adapter, repenser ou réinventer son modèle d’affaires. Les nouvelles réglementations appellent les entreprises à remettre en question leurs modèles économiques et les invitent à adopter une approche plus holistique dans toutes les dimensions de leurs activités.

À cet égard, l’intégration des ODD dans les stratégies RSE sont un levier puissant à destination des entreprises pour s’engager dans la transition de leur modèle d’affaires.

Les ODD sont un outil facilitateur, une boussole qui permet aux entreprises de guider et structurer leurs actions, en réponse à l’intensification des attentes des parties prenantes pour créer les conditions d’un monde plus juste et durable.

RSE et ODD : l’avis de la Plateforme RSE

  1. à l’échelle locale, nationale et internationale ↩︎

Toutes les ressources pour intégrer l’économie circulaire dans les projets d’aménagement et d’urbanisme

Les travaux de l’ADEME et du Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires sur l’économie circulaire appliquée à l’urbanisme ont permis d’identifier les principaux leviers d’action pour intégrer l’économie circulaire à la planification stratégique et l’aménagement opérationnel. Vidéo, guide, grille d’évaluation, matrice d’indicateurs … découvrez toutes les ressources des circuits de l’économie circulaire.

La frise « sobriété de l’aménagement urbain »

Démarche Économie Circulaire et Urbanisme de l’ADEME (ECU)

Cette vidéo présente l’intégration de l’économie circulaire dans les projets d’urbanisme à l’échelle de l’aménagement opérationnel et de la planification urbaine : la boite outils développée, l’ensemble des ressources, libres d’accès, à destination des porteurs de projet d’aménagements urbains. C’est l’objet de la démarche ECU de l’ADEME (Economie circulaire et Urbanisme)

14 territoires pionniers

L’ADEME a accompagné 14 territoires pionniers dans l’expérimentation de l’intégration de l’économie circulaire en activant les leviers de l’urbanisme à l’échelle de l’aménagement opérationnel et de la planification urbaine.

Projets issus de l’expérimentation Économie circulaire et urbanisme de l’ADEME

L’intégralité des enseignements et la documentation de l’expérimentation sont compilées dans le guide économie circulaire et urbanisme « Une démarche, des outils pour construire son projet ».

Un guide et des outils pour construire son projet

Aide à la sélection d’outils

L’objectif est d’aiguiller un acteur désireux d’en savoir plus, un élu ou un porteur de projet, sur les outils et méthodes à mobiliser à chaque étape de sa démarche.

Grille de questionnement des usages d’un projet d’aménagement urbain

Cet outil a pour objectif d’identifier les questions à se poser pour guider la conception d’un projet d’aménagement urbain. Il est accessible en version Excel.

Comprendre les 5 axes de travail

Les outils

1. Méthodologie générale : Grands principes d’intégration de l’économie circulaire dans les projet d’urbanisme.

2. Aide au déploiement des matériaux écologiques en circuit court, sur l’étude de cas de la commune de Langouët.

3. Déconstruction et réemploi : Éléments de contexte et de méthode pour une approche de la déconstruction et du réemploi dans le projet urbain, sur l’étude de cas du projet Cadran Solaire, porté par Grenoble Alpes Métropole et la ville de La Tronche

4. Usages et nouveaux services urbains : Éléments de contexte et de méthode pour intégrer les usages au sein du projet d’aménagement.

5. Gouvernance et politiques publiques : Des clés pour structurer la gouvernance et les politiques publiques autour du projet d’économie circulaire.

6. Approche circulaire de la mobilité : Éléments de contexte et de méthode pour une approche circulaire de l’organisation des mobilités, en particulier en territoire rural

7. Aide à la rédaction d’un CCTP de consultation d’un AMO ECU : Accompagne les maîtres d’ouvrage dans l’élaboration de leurs consultations d’AMO en Économie Circulaire
· Pour des opérations d’aménagement urbain ou de NPNRU.
· Pour le lancement d’une mission d’assistance à l’élaboration ou à la révision du SCOT

8. Grille d’évaluation générale d’un projet ECU : Des pistes d’évaluation de la prise en compte de l’économie circulaire dans leurs projets urbains

9. Grille de questionnements sur les usages d’un projet ECU : Des clés pour guider la définition et la conception des projets ECU en fonction de leur typologie et des usages.

10. Matrice d’indicateurs ECU : Permettre aux porteurs de projets d’appliquer une liste d’indicateurs mesurant l’intégration de l’économie circulaire à leur démarche, à chaque étape du projet.

121 projets innovants qui s’inspirent du Vivant pour proposer de nouvelles solutions d’avenir

Venez rencontrer et découvrir la France qui innove et entreprend en s’inspirant de la nature pour imaginer un autre futur, à Paris les 11 et 12 Juin 2024. Biomim’expo rassemble les acteurs et parties prenantes du Biomimétisme et des innovations bio-inspirées, les approches qui s’inspirent de la Nature pour innover et créer les conditions d’un modèle de développement renouvelé et respectueux de l’environnement.

Jamais, et nulle part ailleurs, un événement n’avait rassemblé un aussi large écosystème, d’excellence, d’audace, et d’avant-garde.

Biomim’expo est le rendez-vous référent sur le sujet du « biomimétisme ».

Prendre modèle sur quelque chose de plus grand que nous, quoi de plus évident au fond ?

Ce Village 2024 de l’équipe de France de la bio-inspiration (avec quelques internationaux) a doublé de taille versus la précédente édition !

Vous découvrirez que … 

… des substituts aux molécules pétrosourcées existent, tant pour l’industrie que pour l’agriculture ; 

… les microalgues, les plantes et la biodiversité moléculaire recèlent de trésors pour nous soigner, séquestrer le carbone ou purifier l’air ; 

… l’architecture se réinvente pour repenser des habitats durables et harmonieux, avec, pour et comme le Vivant ; 

… l’IA peut être intelligemment associée à la recherche pour mieux comprendre et nous inspirer de cette vie prodigieuse qui nous entoure et encore si mal connue ; 

… nos modèles économiques et nos stratégies d’entreprises aussi peuvent être repensés et optimisés en prenant modèle sur la « Nature company » ; 

… de nouveaux outils de collecte et d’interprétation des données peuvent aider à protéger la biodiversité et à réagir face au réchauffement climatique ; 

… des plantes et des champignons peuvent dépolluer les sols ; 

Vous verrez aussi qu’on peut associer la recherche et le sport de haut niveau pour allier performance sportive et performance environnementale ; 

… que la bio-inspiration peut contribuer à réinventer la beauté et le soin tout en réduisant les impacts ; 

… qu’on peut réinventer le cycle de l’eau en ville et en tirer de multiples bénéfices 

… que de nouveaux imaginaires collectifs sont en train d’éclore ; que l’intelligence collective est créative ; 

Vous découvrirez également …

… plus de 40 startups qui révolutionnent leurs métiers et filières par l’approche du biomimétisme et des innovations de rupture inspirées du Vivant …

… et une matériauthèque inédite de 300 échantillons d’une incroyable diversité. 

… et tant d’autres choses passionnantes …

Concilier transition agricole et alimentaire, c’est possible !

Soutenir l’agriculture et renforcer la souveraineté alimentaire sont des ambitions qui s’ajoutent à celles des stratégies françaises et européennes. Afterres2050 est le premier scénario de transition agricole et alimentaire pour la France qui décrit un chemin de transition écologique pour concilier les différents enjeux et atteindre plusieurs objectifs : nourrir sainement 68 millions de personnes, ralentir la course du dérèglement climatique et s’y adapter, remplacer les ressources fossiles, faire face à la stagnation des rendements et à la perte des terres agricoles, maintenir et protéger les écosystèmes et la biodiversité, lutter contre les pollutions (eau, air, sol)…

Afterres2050 définit l’ensemble de leviers à activer pour y parvenir : régimes alimentaires, systèmes de culture et d’élevage, usage des surfaces et de la biomasse (pour l’énergie, la chimie, les matériaux), sylviculture, imports-exports

Dans une vidéo tournée lors de la dernière université Afterres2050, Sylvain Doublet, responsable Prospective à Solagro et co-scénariste d’Afterres2050, livre un décryptage du scénario en 3 Actes :

  • du portrait de l’agriculture et de l’alimentation en France aujourd’hui,
  • aux engagements de la France (SNBC, SNANC, ZAN, PNNS, Stratégie nationale pour la biodiversité, directive pesticides, neutralité carbone…) 
  • pour ensuite présenter la voie étroite à construire ensemble, en agissant à la fois sur l’offre et la demande, pour réussir la transition écologique

Cette vidéo a été tournée dans le cadre de l’Université Afterres2050 organisée par Solagro en novembre 2023 à Toulouse, rassemblant 200 participant·e·s : agriculteurs·rices, scientifiques, membres de collectivités territoriales, de structures d’État, d’ONG, d’entreprises, d’organismes techniques… une diversité d’acteurs et actrices pour mettre en récits les transitions et engager l’action.

« La Stratégie nationale bas carbone exige une division par 6 des gaz à effet de serre de l’agriculture pour atteindre la neutralité carbone et un doublement de la quantité de biomasse-énergie, le plan national d’adaptation au changement climatique prévoit une résilience climatique du secteur agricole, la stratégie nationale biodiversité notamment une réduction massive des pesticides et un développement des infrastructures agroécologiques, la directive cadre sur l’eau le bon état qualitatif et quantitatif de 100% des masses d’eau, le plan national nutrition santé une nourriture saine pour la santé humaine et celle des écosystèmes…

Afterres propose une voie étroite quantifiée pour répondre à l’ensemble de ces objectifs de la transition écologique.

Chiffré et réaliste, le scénario s’enrichit de l’expérimentation de solutions dans de nombreux territoires – Terres de Sources, le PNR des Boucles de la Seine Normande, Valence Romans Agglo, le Grand Genève – et exploitations agricoles, notamment celles du réseau OSAÉ – Osez l’agroécologie. La transition vers une agriculture et une alimentation plus durable est possible, mais elle nécessite d’être soutenue. »

Sylvain Doublet
responsable Prospective à Solagro et co-scénariste d’Afterres2050


Afterres 2050 : Un horizon pour l’agriculture et l’alimentation

Le plaisir est essentiel pour engager les Français dans la transition alimentaire

Une étude Jacquet Brossard menée avec BVA révèle que pour une écrasante majorité des Français, les produits sources de plaisir peuvent être des alliés dans l’adoption de pratiques alimentaires durables. L’étude souligne aussi l’importance des discours positifs pour engager le plus grand nombre dans la transition alimentaire.

il faut réenchanter les récits, comme les recettes, pour faire du plaisir de se nourrir, un accélérateur de la transition alimentaire.

Jacquet Brossard

En bref, les infos à retenir :

  • 1 Français sur 3 pense que l’alimentation est avant tout un moment de plaisir 
  • Plus d’un Français sur deux déclare ne pas savoir ce qu’est la transition alimentaire mais 78% se sentent concernés par le sujet une fois la définition connue 
  • Pour 2 Français sur 3, l’accès à des produits alliant plaisir et transition alimentaire est le 2ème levier le plus efficace (après l’accessibilité prix) pour favoriser la transition alimentaire
  • 52% des Français ne sont ni motivés, ni confiants, vis-à-vis des discours actuels sur la transition alimentaire 

La « transition alimentaire » : une notion encore méconnue des consommateurs

L’étude révèle que la notion de « transition alimentaire » demeure encore largement méconnue du grand public français. En effet, 53% des répondants de cette étude ont admis ne pas savoir ce qu’était la transition alimentaire, tandis que seulement 11% ont déclaré être capables de donner une définition précise. 

Qu’est-ce que la transition alimentaire ? La transition alimentaire est l’évolution de notre modèle alimentaire vers plus de respect de la santé humaine, de notre planète et du bien-être des animaux. Elle regroupe toutes les actions que mettent en place les acteurs de la filière alimentaire pour y parvenir : producteurs, transformateurs, distributeurs, restaurateurs, consommateurs.

Dès lors que la notion est explicitée, l’intérêt des Français pour la transition alimentaire se révèle significatif.

✔ 78% des sondés déclarent se sentir concernés par cette démarche, témoignant d’une réelle volonté d’adopter une alimentation plus responsable.  

✔  60% des Français interrogés affirment mettre en place des actions en faveur de la transition alimentaire dans leur quotidien, comme consommer des produits de saison (81%).  

Le plaisir, au cœur des pratiques alimentaires des Français : véritable levier en faveur de la transition alimentaire 

Pour 1 Français sur 3, l’alimentation est avant tout un moment de plaisir. En effet, 93% des Français déclarent que le critère principal de choix dans leurs achats alimentaires est le goût.  

Conséquence de cette prédominance du plaisir gustatif, 88% des Français trouvent qu’il est essentiel de conserver des produits sources de plaisir dans leur alimentation quotidienne. Une donnée soutenue par les résultats de la campagne « Top 30 marques préférées des Français », dans laquelle 9 des 10 premières marques préférées des Français viennent de l’industrie agro-alimentaire, démontrant ainsi le poids, et de fait, la responsabilité, des marques alimentaires, pour être moteurs de la transition et embarquer le plus grand nombre vers des pratiques plus vertueuses.

Plus encore, une large majorité de Français (86%) estiment que les produits sources de plaisir peuvent jouer un rôle crucial dans la transition vers une alimentation plus durable. Jacquet Brossard s’attache depuis plus de 100 ans à créer des produits plaisir, tout en intégrant des démarches d’amélioration continue des recettes, agissant ainsi aux côtés des Français soucieux d’adopter une alimentation plus vertueuse :

  • Réduction du sucre et du sel, suppression de l’huile de palme et réduction des additifs, sans faire de compromis sur le plaisir.
  • 100% des produits Jacquet sont sans huile de palme, 73% des produits ont une teneur en sel <1,1%. 100% de la gamme pain de mie est sans sucres ajoutés. 95 % des références ont un Nutri-Score A ou B.
  • Réduction du sucre de 36% dans les brownies Brossard, 90% de la gamme est sans huile de palme ni sirop de glucose-fructose.

Plaisir et transition alimentaire : une alliance gagnante mais des actions et des discours positifs attendus 

La légitimité des acteurs de la filière agricole 

Une proportion significative de 35% des Français estime que les agriculteurs sont les acteurs les plus légitimes pour parler de transition alimentaire. Grâce à son modèle unique de filière intégrée « du grain au pain », composée de 400 agriculteurs français, Jacquet Brossard revendique ainsi 100% de blé français dans la composition de ses recettes afin de répondre aux attentes des consommateurs soucieux de l’origine et de la qualité des produits qu’ils consomment. 

Des attentes vis à vis des discours ambiants 

L’étude révèle des sentiments ambivalents vis-à-vis des discours actuels sur le sujet de la transition alimentaire. Preuve que les discours anxiogènes ne convainquent pas, 52% des interrogés déclarent ressentir une émotion négative (indifférence, anxiété…) en écoutant les récits actuels.

Pour favoriser la transition alimentaire, les actions jugées les plus impactantes par les Français sont :  

  • La consommation de produits de saison (73%)  
  • La consommation de produits locaux (69%) 

Des actions souhaitées pour favoriser la transition alimentaire 

Deux actions se démarquent pour favoriser la transition alimentaire : la proposition de prix plus abordables (81%) et l’accès à des produits qui allient plaisir et transition alimentaire (67%).

42% des Français se disent motivés à agir si les discours autour de l’alimentation et de notre modèle alimentaire français étaient plus positifs.

Etude BVA pour Jacquet Brossard

« Jacquet Brossard s’engage à proposer des produits de qualité et accessibles, tout en contribuant à des discours positifs et mobilisateurs autour de la notion de transition alimentaire, essentielle pour l’avenir de notre alimentation. En capitalisant sur ce qui a fait son succès : des produits « plaisir » ancrés dans le quotidien des Français, l’entreprise souhaite faire du plaisir de se nourrir, un accélérateur de la transition alimentaire.« 

Renforcer la résilience des entreprises face au changement climatique

La Conférence permanente des chambres consulaires et organisations intermédiaires africaines et francophones (Cpccaf) est, depuis son origine en 1973, au service de la croissance des entreprises africaines et francophones. Depuis 2013, elle organise un Baromètre du climat des affaires des entreprises africaines francophones, avec un Focus changement climatique.

Baromètre 2023 du climat des affaires des PME en Afrique francophone

La dernière édition du Baromètre a plus particulièrement cherché à rendre compte de l’impact du changement climatique sur les PME en Afrique francophone.

La résilience climatique est un des défis majeurs auquel font face les entreprises du monde entier. Les PME africaines francophones, loin d’être épargnées, doivent se développer en prenant en compte la problématique environnementale. Ce baromètre cherche à comprendre comment les PME s’adaptent à ces défis.

Encore plus de la moitié n’a pas pris de mesures pour réduire les risques environnementaux auxquels les entreprises font face, ou pour réduire leur incidence négative sur le climat.

Toutefois, les PME ayant pris des mesures ont souvent bénéficié de nouvelles opportunités qui ont accélérer leur développement (accès à de nouveaux marchés, réduction du coût des intrants, augmentation de la production,…)

Renforcer la résilience au changement climatique des PME en Afrique francophone

Depuis 2018, Le Centre du Commerce International (ITC) est partenaire du Baromètre Cpccaf. Il contribue à l’élaboration du questionnaire et choisit le thème spécifique à l’édition. Après la formation, l’accès au financement et le numérique, le thème 2023 était sur la résilience climatique.

Les données récoltées dans le cadre du Baromètre Cpccaf sont réutilisées par ITC pour réaliser une publication sur le thème de l’édition. Ainsi, les résultats du Baromètre ont une portée internationale et permettent l’amélioration du climat des affaires en Afrique francophone.

Les entreprises perçoivent les risques environnementaux, mais peinent à s’adapter

Note : Le graphique décrit les réponses à la question « Parmi les risques environnementaux suivants, lesquels ont une incidence sur votre entreprise ? ». Si les répondants ont choisi un ou plusieurs risques environnementaux (à l’exception des options « Aucun » ou « Ne sait pas »), ils sont identifiés comme étant confrontés à des risques environnementaux importants. Les données ont été pondérées en fonction de la distribution des entreprises interrogées par pays et de la contribution des secteurs économiques au produit intérieur brut (PIB) de chaque pays.
Source : Enquête ITC-CPCCAF, avril-juillet 2023
Note : Le graphique décrit les réponses à la question « Au cours des trois dernières années, votre entreprise a-t-elle investi dans l’une des mesures suivantes pour réduire les risques environnementaux auxquels elle fait face ? ». Celles qui ont choisi l’une des options de réponse (à l’exception de « Aucune » et « Ne sait pas ») sont identifiées comme ayant investi dans l’adaptation. Les données ont été pondérées en fonction de la distribution des entreprises interrogées par pays et de la contribution des secteurs économiques au PIB de chaque pays.
Source : Enquête ITC-CPCCAF, avril-juillet 2023

L’investissement dans l’atténuation est limité mais bénéfique

Note : Le graphique décrit les réponses à la question « Au cours des trois dernières années, votre entreprise a-t-elle investi dans l’une des mesures suivantes pour réduire son incidence négative sur l’environnement ?». À droite, les réponses des entreprises sont en pourcentage (%) des entreprises qui déclarent avoir investi dans des mesures. Les données ont été pondérées en fonction de la répartition des entreprises interrogées par pays et de la contribution des secteurs économiques au PIB de chaque pays.
Source: Enquête ITC-CPCCAF, avril-juillet 2023.
Note : Le graphique décrit les réponses à la question « Ces investissements ont-ils ouvert l’une des opportunités suivantes pour votre entreprise ? » en pourcentage (%) des entreprises qui déclarent avoir investi dans des mesures. Les données ont été pondérées en fonction de la répartition des entreprises interrogées par pays et de la contribution des secteurs économiques au PIB de chaque pays.
Source : Enquête ITC-CPCCAF, avril-juillet 2023

5 propositions pour une approche systémique du développement international

La mesure d’impact doit être la boussole du passage à l’échelle des entreprises ! C’est pourquoi l’Impact Tank et le Groupe SOS prennent position dans un manifeste pour permettre à la totalité des entreprises de mesurer leur impact social et environnemental.

Il est urgent d’agir…
au-delà des solutions d’urgence.

Les inégalités sociales sont intolérables. 700 millions de personnes vivent encore en situation d’extrême pauvreté. Deux-tiers des richesses mondiales sont détenues par le top 1 %. Et l’écart se creuse.

Pendant ce temps, la crise climatique prend de l’ampleur et frappe les plus vulnérables en premier. Et de plus en plus fort. Le risque de réchauffement jusqu’à +5° est réel. Les migrations climatiques vont doubler d’ici 2050. La biodiversité est décimée.

Les pansements humanitaires sont indispensables mais ils ne suffisent pas. C’est à la racine qu’il faut combattre les maux du monde. Afin que les mêmes symptômes ne réapparaissent pas indéfiniment. « Changer le système »… facile à dire. Mais changer quoi, exactement ? Et comment ?

Tirons des enseignements du passage à l’échelle des projets à impact aux quatre coins du monde, et des freins rencontrés. Définissons une approche systémique de la solidarité internationale, qui met les logiques entrepreneuriales au profit des plus vulnérables et de la planète.

Elle repose sur les 5 moteurs du changement systémique. Pour les optimistes, ils sont autant de leviers d’impact positif démultiplié.

A nous de jouer pour accélérer, collectivement !

La mesure d’impact doit être la boussole du passage à l’échelle des entreprises

Les solutions existent.
Elles ne sont pas théoriques.

Elles sont éprouvées depuis 40 ans par le Groupe SOS dans 50 pays d’intervention. Il est urgent de les passer à l’échelle !

La transition économique requiert de prioriser massivement les investissements à impact

5 propositions

1 – Créer les écosystèmes favorables au développement de l’Économie Sociale et Solidaire dans les pays qui n’en sont pas dotés.

2 – Accompagner les entrepreneurs vers l’impact en généralisant la mesure d’impact social et environnemental.

3 – Orienter les investissements solidaires et durables en priorité vers les entrepreneurs à impact des pays vulnérables.

4 – Œuvrer à l’autonomisation des organisations de la société civile des pays vulnérables, en leur réservant la mise en œuvre des projets sur leurs territoires et en orientant les ONG internationales vers un rôle d’accompagnement.

5 – Systématiser l’engagement par le Volontariat d’entreprise en l’ouvrant à tous les actifs au cours de leur carrière.

Le changement systémique c’est aussi permettre l’engagement des 8 milliards de citoyens, de consommateurs et de bénévoles en devenir

Tims : des ressources en ligne pour une mobilité durable et inclusive

Les porteurs du programme national Tims lancent le premier site web de référence sur la mobilité durable et inclusive. Centre de ressources, cette nouvelle plateforme est le fruit d’un travail collaboratif qui vise à développer et professionnaliser le secteur de la mobilité durable et inclusive en France.

Un site de référence sur la mobilité durable et inclusive

L’objectif de ce site, élaboré en partenariat, est de centraliser informations et ressources expertes sur la mobilité durable et inclusive pour favoriser la montée en compétences des professionnels et des acteurs des territoires. 

Pour s’informer et se former, il propose ainsi des interviews d’experts, des décryptages, des retours d’expérience et recense des ressources, des webinaires et les événements dédiés à la mobilité durable et inclusive.

Dans le Finistère, l’association Don Bosco lutte contre l’autosolisme

Il fait également la part belle aux initiatives de terrain, avec une carte des projets menés dans les territoires. 

Partout en France, des initiatives en faveur de la mobilité durable et inclusive voient le jour. Que ce soit dans le cadre du programme Tims ou impulsées localement, les acteurs locaux, structures d’insertion, et collectivités locales travaillent main dans la main pour couvrir peu à peu le territoire français et permettre une mobilité durable accessible à tous.

> Voir toutes les initiatives

Nouvel outil de référence pour les professionnels de la mobilité, les acteurs institutionnels, les collectivités locales, les acteurs de la transition écologique, il permet à tous publics de disposer d’informations et de ressources fiables sur ce secteur en développement. 

La mobilité durable et inclusive résulte du rapprochement du secteur de la mobilité durable (autopartage, transports en commun, etc.) et de celui de la mobilité inclusive (vélo-écoles solidaire, transport d’utilité sociale…) pour répondre aux enjeux sociaux, économiques et environnementaux.


Mobilité inclusive

La mobilité est une clef de l’insertion professionnelle et sociale, c’est la liberté de choisir son quotidien et son avenir. L’efficience et la qualité des services de mobilité sont des leviers essentiels de réduction des inégalités. Afin que chacun puisse accéder à une mobilité adaptée à ses besoins, le Groupe SOS propose de repenser notre manière de concevoir la mobilité.


Tims : zoom sur le projet local de l’ALEC de Montpellier

Un site développé dans le cadre du programme Tims

C’est dans le cadre du programme Tims – pour une mobilité durable et inclusive – que ce site web de référence a pu être imaginé, développé et mis en ligne, par les quatre porteurs nationaux du programme :  le réseau Cler, le Réseau Mob’inles acteurs territoriaux de la mobilité inclusive, Auvergne-Rhône-Alpes Energie Environnement (AURA-EE) et le Réseau des Agences Régionales de l’Énergie et de l’Environnement

“L’information et la formation des professionnels et des acteurs des territoires est un enjeu clé pour développer et professionnaliser le secteur. Notre ambition est de faire de ce centre de ressources un site de référence pour ces publics, et même au-delà !” 

Soazig Rouillard, coordinatrice du programme Tims

Le programme Tims en bref

Tims est un programme qui vise à développer la mobilité durable et inclusive en France. Il ambitionne de réaliser des économies d’énergie en encourageant des modes de mobilités plus sobres. Pour une transition juste, l’objectif est de permettre à tous, en particulier les personnes en précarité-mobilité, d’accéder aux services essentiels et d’exercer pleinement leurs droits fondamentaux


L’appropriation stratégique de la sobriété par les entreprises

Face à une crise énergétique exacerbée et à un besoin accru de pratiques durables, ORÉE présente son rapport sur « L’appropriation stratégique de la sobriété par les entreprises », réalisé en partenariat avec le CGDD et la DGEC. Élaboré à partir des pratiques de soixante entreprises, ce rapport explore les étapes clés, retours d’expériences et recommandations précises pour la sobriété énergétique des bâtiments, les mobilités professionnelles et la sobriété matière.

Schéma récapitulatif des règlementations et facteurs incitatifs à la diminution des consommations de matières et d’énergie. Source : ORÉE

Ce document illustre comment les entreprises peuvent réduire leur empreinte écologique tout en améliorant leur résilience à travers des pratiques telles que le juste dimensionnement des équipements, la réduction des déplacements professionnels, la rénovation énergétique des infrastructures et la réduction de la consommation des ressources.

« La sobriété : une priorité désormais reconnue … et c’est une bonne nouvelle ! »

Thomas LESUEUR
Commissaire Général au Développement Durable

En octobre 2022, la Première ministre Élisabeth Borne lançait le plan de sobriété en déclarant que « la sobriété est là pour s’installer. C’est une opportunité, pour nous, comme pour notre société ». Renouvelant le concept même de sobriété, elle en faisait une véritable priorité politique qui « n’est pas produire moins et faire le choix de la décroissance, [mais bien] éviter les consommations inutiles et ne pas consommer tous au même moment »

Décomposition des émissions globales de GES dans le secteur résidentiel

La sobriété dépasse le seul volet de la baisse des consommations liée aux évolutions d’usages et implique des changements des modes de production et de consommation, un questionnement continu des besoins énergétiques et des matières, voire des évolutions des modèles d’affaires.

Le concept de sobriété intègre désormais la stratégie générale de l’entreprise, parce qu’il rejoint les enjeux de décarbonation et de transition énergétique, et qu’il constitue une ressource clé pour déployer une stratégie de transition écologique dans toutes ses dimensions.

Si les entreprises travaillent depuis des années à une meilleure gestion de leurs consommations, la mise en œuvre opérationnelle de la notion de sobriété s’est accélérée en raison du contexte géopolitique et économique actuel.

Quantités de textiles, linge de maison et chaussures mis sur le marché chaque année en France (en tonnes)

une démarche de sobriété constitue pour les entreprises une opportunité de devenir plus compétitives.

Patricia SAVIN
Présidente d’ORÉE

À l’heure où les limites planétaires ont des effets significatifs sur la rentabilité économique des entreprises (raréfaction des matières et hausse des coûts d’approvisionnements), se lancer dans une démarche de sobriété constitue pour celles-ci une opportunité de devenir plus compétitives.

Au niveau européen, le Green Deal encourage l’efficacité énergétique et la réduction des Gaz à Effets de Serre (GES) depuis 2019. Dans sa continuité, la Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD), entrée en vigueur le 1e janvier 2024, renforce le suivi et la responsabilité des entreprises en matière de durabilité avec une obligation de transparence sur les risques qu’elles font encourir à leur environnement et auxquels elles sont exposées.

Aperçu des gisements d’économies d’énergies possibles grâce aux actions du plan de sobriété énergétique
50 TWh (térawatt-heure) peuvent être économisés en un an grâce à plusieurs gestes réalisables à court terme en France. Le plus grand gisement d’économie est la réduction des températures à 19°C dans les logements et dans le secteur tertiaire.

En France, la sobriété est explicitement mentionnée et intégrée dans la Loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015, dans le dernier rapport du GIEC de 2022 et est inscrite dans un plan de sobriété énergétique lancé cette même année.

Ce dernier vise à répondre aux objectifs de diminution de 40 % des consommations d’énergie d’ici à 2050 et à porter la sobriété comme facteur clé de transition énergétique et écologique, induits notamment par la décarbonation et l’anti-gaspillage.

Graphique tiré des réponses à l’enquête réalisée auprès des entreprises

Pour les entreprises, l’énergie consommée est devenue un enjeu important, en termes de compétitivité, et la sobriété énergétique une opportunité de performance écologique et économique.

Diane SIMIU
Directrice du climat, de l’efficacité énergétique et de l’air
à la Direction générale de l’énergie et du climat

Divers chemins peuvent être empruntés pour changer les pratiques internes d’une organisation, allant de la diminution des consommations au changement de modèle économique, en plaçant la question du besoin au centre des réflexions.

Résumé

Graphique tiré des réponses à l’enquête réalisée auprès des entreprises

La crise énergétique née du conflit ukrainien et des effets prix de l’énergie qui en ont découlé, ainsi que de la disponibilité amoindrie du parc nucléaire français à l’hiver 2022, a entraîné un re-questionnement des stratégies des entreprises de tous les secteurs, devant être plus résilientes pour être plus durables.

Au-delà des situations de crise et des attentes règlementaires, la sobriété s’est imposée comme une démarche incontournable pour garantir le fonctionnement pérenne des entreprises, à la fois plus durables, adaptables et efficientes, dans un paysage économique en évolution continue.

Les différents paliers pour mieux situer son positionnement dans sa démarche de sobriété

Le présent rapport, rédigé par ORÉE à la demande du Commissariat Général au Développement Durable (CGDD), a pour vocation de servir de guide aux entreprises pour la mise en œuvre opérationnelle de la sobriété. Grâce à la contribution et aux témoignages d’une soixantaine d’entreprises, de véritables retours d’expériences ont pu être formalisés, et ont permis de mettre en lumière des bonnes pratiques sur trois axes spécifiques : la sobriété énergétique des bâtiments et des locaux professionnels, les mobilités professionnelles et la sobriété des matières.

Stratégies et scénarios présentés par Négawatt lors du Groupe de Travail sobriété

Devenant un axe stratégique fort, une démarche de sobriété doit s’appuyer sur un engagement ferme de la gouvernance de l’organisation avec la définition d’objectifs précis et la mise en place de plans d’actions adaptés pour bénéficier de résultats chiffrables et objectivables.

Elle nécessite également un changement de paradigme dans la manière dont les entreprises conçoivent leurs produits, leurs services et leurs opérations. Centrées sur la réduction des consommations énergétiques et des ressources, sur l’optimisation des processus et de plus en plus souvent sur un questionnement des besoins, les actions dans la conception, la production, la commercialisation et l’ensemble des usages professionnels sont nombreuses.

Graphique tiré des réponses à l’enquête réalisée auprès des entreprises

L’étude a montré que pour les bâtiments, locaux et installations physiques, le dimensionnement approprié des équipements, la régulation des températures et l’investissement dans la rénovation énergétique des infrastructures sont privilégiés.

Dans le domaine de la mobilité, les entreprises cherchent à réduire les déplacements professionnels non nécessaires, y compris par le télétravail, à favoriser les transports en commun et les mobilités douces.

La sobriété matière, quant à elle, consiste d’abord à réduire la consommation des ressources. Cela englobe les pratiques telles que le réemploi, l’éco-conception des produits pour prolonger leur durée de
vie ou le recyclage pour valoriser les déchets.

Graphique tiré des réponses à l’enquête réalisée auprès des entreprises

Certaines entreprises vont plus loin et se posent la question d’un changement ou d’une diversification des modèles économiques, aujourd’hui essentiellement basés sur des volumes.


Pour s’assurer de l’efficacité de leurs stratégies de sobriété, les entreprises mettent en place des systèmes de mesure et de suivi adaptés pour quantifier les progrès réalisés. La transparence dans la communication de ces performances, à travers des rapports RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises) par exemple, renforce la crédibilité des engagements des entreprises et favorise la confiance des parties prenantes.

Schéma récapitulatif des axes de sobriété sur la chaine de valeur

Ces initiatives contribuent également à sensibiliser et à mobiliser les chaînes de valeur. En effet, une démarche de sobriété se veut systémique et nécessite donc d’impliquer l’ensemble de son écosystème, du fournisseur au consommateur.

Les étapes pour établir un plan d’action

Les recommandations formulées par ce rapport visent à accompagner les entreprises dans l’implémentation de pratiques sobres, comme gage de pérennité à moyen et long terme en renforçant leur positionnement sur le marché et en leur permettant de contribuer efficacement à la transition
écologique

Graphique tiré des réponses à l’enquête réalisée auprès des entreprises

Le Kazakhstan et les États-Unis s’activent pour sauver la mer d’Aral

Depuis plusieurs décennies, la mer d’Aral est synonyme de catastrophe écologique, ayant perdu plus de 90 % de sa surface d’origine en quelques décennies. Pourtant, un espoir renaît grâce à l’engagement du Kazakhstan et à un partenariat international avec les États-Unis. Ce duo ambitieux œuvre pour redonner vie à ce joyau naturel autrefois florissant.

Le Kazakhstan préside le fond international pour le sauvetage de la mer d’Aral

Depuis janvier 2024, le Kazakhstan préside le Fonds international pour le sauvetage de la mer d’Aral (IFAS). Pour Astana, l’objectif est clair : renforcer les partenariats avec les États d’Asie centrale et les organisations internationales pour aborder les défis liés à ce réservoir d’eau autrefois indissociable de l’Asie centrale.

Cette mer, autrefois le quatrième plus grand lac du monde, est aujourd’hui un symbole de la folie des hommes. L’irrigation intensive mise en place sous l’Union soviétique a privé l’étendue d’eau — située sur la frontière entre le Kazakhstan et l’Ouzbékistan — de ses affluents. Depuis plusieurs années, les initiatives locales se multiplient pour tenter de redonner vie à la mer d’Aral et tentant d’atténuer l’impact pour les populations locales, particulièrement touchée par l’effondrement de l’industrie de la pêche.

En collaboration avec le Kirghizistan, le Tadjikistan, le Turkménistan et l’Ouzbékistan, le Kazakhstan a ainsi mis sur pied un vaste programme de « prévision hydrogéologique » afin suivre et de mesurer les flux d’eau et la consommation de toutes ces nations. Le but ? Évaluer les besoins des différentes nations et suivre l’évolution des cours d’eau, condition indispensable pour orienter à nouveau une partie des flux vers la mer d’Aral. 

Un renforcement des institutions de gestion des ressources en eau régionales, qui a d’ailleurs été mis en place en collaboration avec le programme eau-énergie de la Banque mondiale.

La structure organisationnelle de l’IFAS – International Fund for Saving the Aral Sea

Le Kazakhstan a réussi à convaincre les États-Unis de s’impliquer dans le sauvetage de la mer d’Aral

C’est dans ce contexte, en avril dernier, que le Kazakhstan a persuadé les États-Unis de s’investir dans la restauration de la mer d’Aral par le biais de l’USAID. 

Le projet « Oasis », qui se concentre dans le la région de Kyzylorda au sud du Kazakhstan, vise à restaurer l’environnement de l’ancienne mer d’Aral : avec un budget de 1,35 million de dollars, ce vaste plan americano-kazakhstanais soutient la plantation de saxaouls — un arbuste typique de l’Asie centrale — pour stabiliser le paysage désertique et prévenir les tempêtes de sable. Ces arbres robustes, capables de stabiliser jusqu’à quatre tonnes de sable, sont essentiels pour contrer les tempêtes de sable et de poussière dans la région. Selon les spécialistes, le taux de survie des arbres plantés atteint 78 %, un chiffre prometteur qui dépasse les attentes initiales.

Patrick Schneider – Mer d’Aral

En jugulant le désert, Astana et Washington espèrent faciliter la réapparition de l’étendue d’eau. D’ailleurs, le directeur de l’Exécutif de l’IFAS, Serikaliy Mukataev, a souligné l’importance du soutien de l’USAID pour atténuer les impacts de ce redoutable désert, « le plus jeune du monde » selon ses mots. Il a noté que seuls la moitié des 2,2 millions d’hectares de l’ancien fond marin de l’Aral sont propices à la plantation, rendant le projet Oasis crucial pour l’amélioration environnementale de la région.

En combinant une meilleure gestion des ressources hydriques de toute la région et une politique de reforestation pour juguler l’avancée du désert, États, Institutions internationales et ONG espèrent redonner vie à la mer d’Aral, l’historique oasis des routes de la soie.

Guide pratique du RESES pour faire éclore la biodiversité sur les campus étudiants

Le 22 mai est la journée internationale de la diversité biologique. L’occasion de s’intéresser à la richesse des espèces végétales et animales de notre planète. Avec 2 millions d’espèces inventoriées et 6 à 18 millions restant encore à découvrir, il y a de quoi faire ! Le RESES réédite son guide pratique pour remettre la biodiversité au cœur du monde étudiants et faire éclore des campus verts et vivants.

“La planète va mal !”

Les émissions de gaz à effet de serre explosent, la planète se
réchauffe, Le climat perd la boule.

Stacy Algrain, fondatrice du média “La Corneille” dédié entièrement au vivant

La question environnementale se retrouve souvent résumée au dérèglement climatique, éclipsant l’érosion de la biodiversité. Plus encore que le climat, l’Humanité a déréglé les mécanismes complexes du vivant, nature, faune et flore, à la base des écosystèmes, au risque de provoquer ce que les scientifiques qualifient de 6ème extinction de masse.

Tout comme notre espèce s’est mobilisée pour faire du climat un enjeu du débat public, nous pouvons réitérer cette performance pour les enjeux de biodiversité.

[Gilles Bœuf] L’humain dans la biodiversité


Avec la vision systémique, la rigueur scientifique, la connaissance des naturalistes, ces émotions qui font se mouvoir celles et ceux qui se soulèvent, un sentiment de responsabilité, d’humilité et de justice, il est possible de “Raviver les braises du vivant !

Baptiste Morizot

La biodiversité, de quoi parle-t-on ?

Les 3 échelles de la biodiversité

D’où vient ce mot ?
C’est un raccourci de
« biologie »
et
« diversité ».

Le terme de “biodiversité” est défini en 1992 par la Convention sur la diversité biologique des Nations Unies. Il s’agit d’un mot-valise visant à mettre en avant la diversité de toutes les formes du vivant :

  • Diversité écosystémique : C’est la diversité des écosystèmes1, qui sont les milieux de vie.
  • Diversité spécifique : C’est la diversité des espèces existant sur la planète.
  • Diversité génétique : C’est la diversité des individus au sein des espèces.
Un écosystème

Nature, vivant et biodiversité : quelle différence ?

Le terme “nature” peut être trompeur puisqu’il semble …

  • Exclure l’être humain, qui appartient pourtant à la nature.
  • Être l’opposition de la culture alors que rares sont les endroits vierges de toute intervention humaine. Par exemple, les espaces de la planète considérés comme sauvages (tels que l’Amazonie ou le Serengeti) ont en réalité été façonnés et protégés par les peuples autochtones.

La biodiversité est la …

fraction vivante de la nature dans toute sa complexité

Gilles Bœuf, biologiste français
  • La nature est un terme qui rassemble le vivant, le minéral, l’environnement.
  • Le vivant correspond littéralement à ce qui vit, à ce qui est commun à l’ensemble des organismes.
  • La biodiversité est la diversité des formes du vivant.

La crise de la biodiversité

Dans son rapport de 2019, l’IPBES2 (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur
la biodiversité et les services écosystémiques) nous dit que « La nature décline globalement à un rythme sans précédent dans l’histoire humaine et le taux d’extinction des espèces s’accélère, provoquant dès à présent des effets graves sur les populations humaines du monde entier.« 

Cet effondrement s’observe au niveau du nombre d’espèces (des espèces entières sont menacées d’extinction), mais aussi au sein des espèces avec un déclin de l’abondance3 d’individus au sein d’une espèce.

La crise actuelle est particulière du fait de la vitesse d’extinction qui est 100 à 1000 fois plus rapide
que celle des crises passées.

Tout comme pour le dérèglement climatique, les humains sont responsables de l’effondrement de la biodiversité. C’est pour cela que l’on parle d’Anthropocène4, terme qui désigne une nouvelle ère géologique dans laquelle les actions humaines sont les principales forces de changements sur Terre.
Certains parlent également de Capitalocène, un concept qui sous-entend que c’est le capitalisme en tant que système économique et organisation sociale qui est principalement responsable des dérèglements environnementaux actuels, et non l’humanité toute entière.

[Pierre-Henri Gouyon] Effondrement de la biodiversité : pourquoi on a tout faux !

L’enjeu est de rendre visible que toutes les formes de vie sont elles aussi, depuis toujours, non pas un décor pour nos tribulations humaines, mais les habitants de plein droit du monde.

Manières d’être vivant, Baptiste Morizot, Actes Sud

 » La microfaune des sols fait, littéralement, les forêts et les champs. Les forêts et la vie végétale
des océans fabriquent l’atmosphère respirable
qui nous accueille. Les pollinisateurs font ce que nous appelons le “printemps” : c’est leur action bourdonnante, invisible et planétaire, qui appelle chaque année au monde, à la sortie de l’hiver, les fleurs, les fruits, les dons de la terre et leur retour immémorial. Les abeilles, bourdons et oiseaux fabriquent cette saison dans ce qu’elle a de vivant. »

Le lien avec le milieu étudiant

Qu’ils soient situés en milieu urbain, péri-urbain ou rural, les campus sont avant tout des lieux de vie, qui s’intègrent dans des territoires plus vastes. Ils pourraient devenir des lieux propices à la biodiversité végétale et animale, afin de lutter contre la destruction des espaces naturels.

Les campus pourraient même devenir de véritables sanctuaires pour la biodiversité, car les
établissements de l’enseignement supérieur sont moins menacés par la pression urbaine extérieure et les
promoteurs immobiliers.

Le monde étudiant a un rôle clef à jouer, pour transformer les campus en espaces verts et vivants.
La présence de biodiversité sur les campus a par ailleurs de multiples bénéfices :

– L’amélioration de la santé mentale des étudiant·es
– La création d’espaces de rencontres
– La garantie d’accès à des espaces verts pour des personnes plus éloignées de la nature
– Et l’augmentation de l’attractivité des
établissements.

Les multiples raisons de rendre les campus verts et vivants

Agir en faveur de la biodiversité n’est pas toujours la priorité sur les campus, car l’accent est souvent mis sur la transition bas carbone des établissements. Or, laisser la biodiversité s’y installer présente des intérêts non négligeables !

I. Protéger la faune, la flore et la fonge : La destruction des habitats étant la première cause d’érosion de la faune, de la flore et de la fonge5, insérer de la biodiversité sur le campus permet de recréer des habitats et d’offrir gîte et couvert aux différentes espèces.

II. Sensibiliser les usagers : Avoir de la biodiversité sur les campus permet la sensibilisation des
usagers. En effet, la nature présente sur le campus va permettre d’amplifier leur attention à l’égard du vivant.

La méconnaissance de la biodiversité et de ses enjeux est un des freins principaux à sa prise en compte à tous les niveaux : du comportement quotidien du citoyen aux décisions de politique publique.

Source : Guide de bonnes pratiques Sciences participatives et biodiversité, décembre 2016

III. Améliorer la santé mentale des étudiants : De nombreuses études prouvent que par sa présence, la nature diminue le stress et la fatigue mentale et que la relation avec elle participe à l’amélioration du bien être mental.

IV. Améliorer le cadre de travail et d’apprentissage : Les campus sont des lieux sur lesquels enseignent, apprennent, travaillent et se rencontrent différents usagers et usagères. La biodiversité apporte des bénéfices quant à la qualité de vie et d’étude de ces personnes.

Source : L. BOURDEAU-LEPAGE, « De l’intérêt pour la nature en ville, cadre de vie, santé et aménagement urbain », décembre 2019

V. Participer à l’exemplarité et l’attractivité de l’établissement : Depuis la loi de 2009 de programmation relative à la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement, les établissements
d’enseignement supérieur ont l’obligation de mettre en place une démarche de développement durable à travers la création d’un Plan Vert. Or, parmi les axes du référentiel DD&RS qui évalue les actions menées, se retrouve le développement d’une politique en faveur de la biodiversité consistant à « mettre en place une gestion durable et agir en faveur de la biodiversité sur les sites de l’établissement ».
Le Plan climat-biodiversité et transition écologique de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (juin 2023) a pour objectif l’inscription des enjeux de la transition écologique au cœur des stratégies d’établissements. L’enseignement supérieur est un acteur qui doit contribuer à la réalisation des
engagements climat et biodiversité pris par la France.

Un établissement qui se veut exemplaire dans une démarche de développement durable doit intégrer la biodiversité sur son campus.

J’agis sur mon campus – Fiches actions

  • J’installe un compost
  • Je donne à boire et à manger aux oiseaux pendant les grands froids
  • Je mets en place un jardin partagé, sauvage ou cultivé
  • J’organise une sortie d’observation de la nature
  • J’organise un inventaire de la biodiversité
  • Je lutte contre la pollution lumineuse
  • J’organise ou je participe à un chantier nature
  • Je fais du plaidoyer pour faire évoluer la gestion des espaces verts
  • J’organise un événement de sensibilisation
  1. Ensemble d’êtres vivants (végétaux, animaux, champignons, micro-organismes…) qui vivent en interaction
    (entraide, protection ou prédation) dans et avec un milieu spécifique. ↩︎
  2. Organisme intergouvernemental qui fournit aux décideurs des expertises validées par la communauté
    scientifique et prenant en compte l’ensemble des connaissances disponibles sur la biodiversité. L’IPBES
    (plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) est l’équivalent du GIEC pour la biodiversité. ↩︎
  3. Diminution du nombre d’individus constitutifs d’une espèce. ↩︎
  4. Nouvelle ère géologique dans laquelle les humain·es sont la principale force de transformation. ↩︎
  5. Ensemble des champignons d’un même territoire. ↩︎

Montée des eaux : l’urgence de solutions fondées sur la nature pour le bassin méditerranéen

0

Une équipe de scientifiques publie de nouveaux résultats dans Conservation Biology, sur l’impact des changements climatiques à venir sur la biodiversité du bassin méditerranéen. L’Université de Bretagne rappellent l’urgence de développer les solutions fondées sur la nature sur les littoraux du bassin méditerranéen pour faire face à la montées des eaux.

De fortes vagues s’écrasent contre les digues du port des Sables-d’Olonne, dans l’ouest de la France. Jean-Sébastien Evrard / AFP

Montée des eaux : sur les littoraux, l’urgence de développer les solutions fondées sur la nature

Par Mouncef Sedrati, Université Bretagne Sud; Glen Bulot, Université Bretagne Sud; Laura Dalour, Université Bretagne Sud et Noé Metge, Université Bretagne Sud

L’expression « solutions fondées sur la nature » (SFN) est apparue dans les années 2000, notamment lorsque les grandes organisations internationales, telles que l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et la Banque mondiale, ont cherché des solutions pour travailler avec les écosystèmes pour s’adapter aux effets du changement climatique.

L’UICN définit les SFN comme des « actions visant à protéger, gérer durablement et restaurer les écosystèmes naturels et modifiés, qui répondent aux défis de la société de manière efficace et adaptative tout en bénéficiant aux personnes et à la nature ».

Au cours de la dernière décennie, le concept des SFN semble surtout avoir été appliqué à des environnements terrestres, en particulier urbains, malgré l’abondance des possibilités qu’offrent les écosystèmes marins et côtiers, notamment pour la protection des côtes.

Changement climatique et gestion côtière

Traditionnellement, la protection des côtes reposait sur les méthodes de protection conventionnelles (digues, épis, brise-lames, enrochements) pour se défendre contre la mer. Face au changement climatique et ses effets associés – élévation du niveau de la mer, événements climatiques plus fréquents et plus extrêmes – ces types d’ouvrages ne suffisent plus : ils ne constituent qu’une solution temporaire et les coûts d’entretien pourraient devenir irréalisables.

Dans ce contexte combiné à celui d’une conscience accrue vis-à-vis de la biodiversité, une évolution progressive s’est opérée vers des solutions d’abord plus douces – avec le développement de l’ingénierie écologique (pieux hydrauliques, épis en bois, géotextiles, rechargement du profil de plage, etc.) – et plus récemment vers des solutions fondées sur la nature.

Dunes, marais salants ou herbiers sous-marins

Sur le littoral, les SFN s’appuient sur les services écosystémiques des écosystèmes côtiers tels que les dunes, les marais salants, les herbiers sous-marins ou encore les mangroves afin de réduire les risques d’érosion et de submersions.

Illustration de solutions fondées sur la nature (Grande Plage de Gâvres, Morbihan, photos prises avant (2018) et après (2022) l’installation de casiers de ganivelles pour la régénération dunaire). Laboratoire GEO-OCEAN UBS

Parmi leurs nombreux avantages, ils offrent une protection naturelle contre les inondations et les tempêtes en atténuant l’énergie des vagues et en stabilisant les sédiments par la végétation.

La réduction de la hauteur des vagues par les marais maritimes a par exemple été estimée à 72 %. Les écosystèmes côtiers bénéficient aussi beaucoup à la biodiversité en fournissant des habitats qui peuvent servir de nurserie, de nidification ou de sources de nourriture pour la faune.

Des solutions adaptables

De même, la capacité de stockage du carbone des habitats côtiers végétalisés, en particulier les marais maritimes et les mangroves, peut contribuer dans un sens à l’effort global de réduction des émissions des gaz à effet de serre, ce qui représente un moyen essentiel pour aider à atténuer les effets du changement climatique.

Contrairement aux solutions traditionnelles, les SFN peuvent évoluer avec la montée du niveau de la mer ou, si nécessaire, être facilement adaptées. Il existe différentes approches pour gérer ces écosystèmes côtiers et marins qui peuvent constituer la base des SFN, comme les aires marines protégées, les outils de gestion durable et les projets de restauration et/ou de préservation – par exemple, le projet Adapto en France.

Des formes de conceptions « hybrides » peuvent également être envisagées, en combinaison avec des solutions d’ingénieries plus classiques.

De nombreux freins à leur développement

Si leur déploiement s’est accéléré dans le monde, de nombreux freins subsistent pour qu’elles soient généralisées.

Concept plutôt « récent », les SFN littorales ne sont pas encore aussi bien comprises que les ouvrages conventionnels : l’insuffisance de retours d’expériences, de suivis et de rapports d’évaluation requiert que scientifiques et académiques approfondissent les connaissances et évaluent leur performance avec davantage de projets. Les investissements, point clé pour la mise en place et la pérennité de ce type de projets, font également défaut. Rares sont, à ce stade, les sources de financement qui sont spécifiquement dédiées aux SFN pour les littoraux.

Enfin, la définition des SFN semble engendrer des confusions. « Infrastructure naturelle », « infrastructure verte », « adaptation et atténuation basées sur les écosystèmes », « travail avec la nature » etc. Une panoplie de principes et de termes peuvent être associés aux SFN, ce qui rend la notion vague pour les communautés scientifiques, politiques et citoyennes. Une harmonisation claire permettrait une meilleure communication entre les acteurs.

Cette confusion se reflète dans les accords internationaux et les réglementations. La mention de SFN peut varier d’un instrument à l’autre et entre les pays, et la question des SFN de manière large n’est parfois abordée qu’indirectement, en insistant sur le fait que l’adaptation contribue à la protection des écosystèmes mais sans faire une référence directe au terme « solution fondée sur la nature », à l’exemple de l’article 7 de l’accord de Paris. Comme le précise le rapport de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique sur le sujet, les politiques existantes et outils actuels nécessitent des changements et devraient être davantage utilisés pour renforcer l’application des SFN.

Défis à venir

Il est également essentiel de mettre l’accent sur l’amélioration des connaissances et la sensibilisation des jeunes. Le concept de SFN demeure plutôt absent dans les programmes d’éducation et dans les études supérieures, il s’agit donc de les intégrer dans le futur. Connaissances scientifiques et locales devraient aussi être partagées au sein de groupes de travail dédiés à la thématique entre les chercheurs.

Les solutions fondées sur la nature (SFN) représentent sans aucun doute une opportunité pour répondre au défi sociétal du changement climatique, tout en permettant la préservation de la biodiversité et la réduction des risques littoraux.

La collaboration entre les différents acteurs du littoral et les projets d’expérimentaux doit toutefois être renforcée pour donner à ces stratégies de plus grandes chances d’être intégrées aux politiques d’adaptation.


Cet article est rédigé dans le cadre du projet Adalitt-Breizh, porté par le Laboratoire Geo-Ocean de l’Université Bretagne Sud et co-financé par l’Union européenne (FEDER Région Bretagne).

Mouncef Sedrati, Enseignant-chercheur en géomorphologie littorale et géologie marine, Université Bretagne Sud ; Glen Bulot, Chargé de mission pour l’Observatoire Citoyen du Littoral Morbihannais, Université Bretagne Sud; Laura Dalour, Ingénieure et chargée de mission pour l’Observatoire Citoyen du Littoral Morbihannais, Université Bretagne Sud et Noé Metge, Chargé de mission OCLM Sciences participatives, Université Bretagne Sud

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


La hausse du niveau marin : une menace pour les zones humides méditerranéennes

Une équipe de scientifiques1 publie de nouveaux résultats dans Conservation Biology, sur l’impact des changements climatiques à venir sur la biodiversité du bassin méditerranéen.

L’étude s’intéresse à 938 zones humides côtières de 8 pays du pourtour méditerranéen importantes pour l’hivernage des oiseaux d’eau. Elle évalue le risque de submersion marine pour ces zones humides, selon différents scénarios de hausse du niveau marin à l’horizon 2100 du Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC), afin de localiser les plus menacées par la montée de la mer où mettre en place des mesures d’adaptation en priorité. Les chercheurs ont ainsi pu mettre en évidence les risques importants qui pèsent sur ces milieux à fort enjeu de conservation de la biodiversité et plus particulièrement sur les oiseaux d’eau qui en dépendent fortement.

La montée des eaux en Méditerranée menace fortement les oiseaux


Plus de 320 zones humides côtières (soit près d’un tiers de celles étudiées) sont menacées par la hausse du niveau marin à venir, y compris dans les scénarios climatiques les plus optimistes. Parmi les plus exposées au risque de submersion marine, figurent les zones humides considérées comme d’importance internationale pour les oiseaux d’eau et celles bénéficiant d’un statut de protection. Le Parc naturel régional de Camargue, qui abrite la plus grande zone humide française, pourrait par exemple subir la submersion d’une surface de terres équivalente à quatre fois la superficie de Paris. Parmi les espèces les plus à risques, on retrouve notamment des oiseaux des lagunes côtières tels que l’emblématique Flamant rose (Phoenicopterus roseus).

Carte des zones humides côtières d’importance pour les oiseaux d’eau menacées par la submersion marine selon le scénario futur de hausse du niveau marin le plus pessimiste (+ 161 cm). © Fabien Verniest


Les résultats de cette étude soulignent l’urgence de lutter contre le changement climatique et d’élaborer des stratégies d’adaptation à la hausse du niveau marin limitant son impact sur la biodiversité. Ces deux défis peuvent être relevés par la mise en œuvre de Solutions fondées sur la Nature, telles que la restauration des zones humides côtières


Référence :
Verniest, F., Galewski, T., Boutron, O., Dami, L., Defos du Rau, P., Guelmami, A., Julliard, R., Popoff, N., Suet, M., … & Le Viol, I. (2024). Exposure of wetlands important for nonbreeding waterbirds to sea-level rise in the Mediterranean. Conservation Biology. DOI : https://doi.org/10.1111/cobi.14288

Fabien Verniest a remporté le 7 mai le deuxième prix ex æquo de thèse du ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires. Il s’agissait de la première édition de ce prix créé à l’occasion de la Fête de la science pour renforcer les liens entre le monde scientifique et l’administration au bénéfice de l’action publique, et récompenser l’excellence de travaux en la matière. Les travaux de Fabien Verniest portent sur les apports des méthodes d’évaluation de l’exposition aux changements climatiques et d’usage des sols à la planification des aires protégées et se penchent sur le cas des oiseaux d’eau hivernant en Méditerranée. Une partie de ces recherches font l’objet de cette publication scientifique Exposure of wetlands important for nonbreeding waterbirds to sea-level rise in the Mediterranean dont Fabien Verniest est le premier auteur.


  1. Équipe coordonnée par le Centre d’Écologie et des Sciences de la Conservation (Muséum national d’Histoire naturelle, CNRS, Sorbonne Université) et l’institut de recherche pour la conservation des
    zones humides méditerranéennes de la Tour du Valat ↩︎

Pour sauver le Pacte Vert européen, mobilisation générale !

Alors que les attaques continuent contre le Pacte vert à l’approche des élections européennes, états, entreprises et ONG se mobilisent pour sauver un paquet législatif essentiel pour atteindre la neutralité carbone et restaurer les écosystèmes naturels. Tour d’horizon avec Novethic et La Croix

Près de 150 ONG européennes ont écrit une lettre ouverte aux dirigeants européens le 13 mai dans laquelle elles s’inquiètent du “démantèlement des mesures vertes” au sein de l’UE. “Certains politiciens dans les capitales européennes, et dans les institutions de l’UE à Bruxelles, accélèrent les crises de la nature et du climat, risquant les vies des personnes qu’ils représentent”, met en garde le courrier, signé notamment par Les Amis de la Terre, Greenpeace, le WWF, ou France Nature Environnement. “Nous vous exhortons à arrêter avant qu’il ne soit trop tard”, lancent les organisations.

Mardi 14 mai, dans une lettre commune initiée par l’Irlande, 11 pays dont la France, ont appelé à débloquer la législation du Pacte vert sur la restauration de la nature, qui a été retirée faute de majorité, lors de la réunion des ministres de l’Environnement le 17 juin prochain. “Une telle ratification serait à la hauteur de l’engagement de faire (de l’UE) un leader mondial dans la restauration de la nature et d’adhérer à l’ambition définie” par la COP15 Biodiversité de Montréal de 2022, indique le courrier.

Le Bureau européen de l’environnement (BEE), qui fédère 180 organisations environnementales, a élaboré un “Pacte européen pour l’avenir” qui pourrait succéder au Pacte vert. Il allie transition écologique et transition juste. Alors que les débats actuels se focalisent sur le Pacte de compétitivité et que l’agenda stratégique européen des cinq prochaines années semblent avoir mis de côté la dimension environnementale, la secrétaire générale du BEE Patrizia Heidegger, appelle à ne pas “revenir au vieux réflexe d’opposer la prospérité économique à l’action environnementale et climatique”.

Le Conseil économique social et environnemental (CESE) a rendu un avis le 14 mai estimant que le Pacte vert “doit être pérennisé”, avec “le souci de ne pas aggraver, voire de simplifier la charge administrative et la complexité juridique”. “Il s’agit de mieux accompagner socialement et économiquement la transition écologique et de renforcer son acceptabilité sociale. Ceci implique d’organiser le débat démocratique, notamment dans les instances de dialogue existantes, avec les acteurs économiques, sociaux et citoyens, avec les collectivités”.

Dans une tribune publiée dans La Croix début mai plusieurs dirigeants de mouvements européens d’entreprises à impact ont défendu le Pacte vert : “Le besoin de poursuivre la transition – et donc de ne pas renoncer au Green Deal – est crucial à plus d’un titre, écrivent-ils. Il est temps de voir émerger en Europe un système économique dans lequel l’impact positif n’est plus considéré comme une charge, mais comme un avantage pour les entreprises européennes”.


« L’Europe doit penser la transition avec les entreprises »

Face à la crise sociale et environnementale, des chefs d’entreprise1 dénoncent les incohérences du système européen, qui continue à favoriser une production à l’étranger au détriment du made in Europe. Pour eux, il est temps que l’Europe se tourne vers un modèle durable, qui privilégie les entreprises européennes.

 » La transition se fera avec les entreprises ou ne se fera pas. Face à la crise sociale et aux déséquilibres environnementaux, les entreprises ont un rôle clé à jouer, qui répond d’ailleurs à une demande croissante portée par consommateurs, employés et même investisseurs, tous désormais attentifs à la durabilité des modèles économiques et à l’impact positif des entreprises sur la société. Cependant, nous ne pouvons que constater aujourd’hui le chemin qu’il reste encore à parcourir pour aligner l’ensemble de l’économie européenne sur nos objectifs de durabilité.

Une part croissante de l’économie offre pourtant de bonnes raisons d’espérer. Sur le continent, des dizaines de milliers d’entreprises, avec des formes et des modèles différents mais complémentaires, contribuent déjà positivement aux grands objectifs de transition de l’Union européenne. Ces entreprises pionnières sont de toutes tailles et opèrent dans tous les secteurs de l’économie, avec l’ambition de combiner performance économique et impact positif sur la société.

Elles mettent en œuvre des pratiques innovantes dans leurs activités, privilégient la circularité et les circuits courts, promeuvent la sobriété, les technologies durables, et mettent le partage et l’inclusivité au cœur de leurs modèles d’organisation. Par leur nature, elles contribuent à créer une économie plus juste et plus inclusive qui respecte les limites planétaires.

Transition environnementale : quelles nouvelles étapes pour l’Europe ? 6 think tanks engagés sur la transition écologique publient un texte commun sur la nécessité d’une action européenne en matière de climat et biodiversité

Un système à repenser

Cependant, ces entreprises sont confrontées à un système économique de la prime aux vices qui favorise les modèles d’affaires et les pratiques les plus néfastes – émissions de carbone, surconsommation des ressources, mépris des droits sociaux et humains, effondrement de la biodiversité, pollution des sols, etc. Un système qui favorise aujourd’hui la production à l’autre bout du monde et l’exploitation de la misère sociale, au détriment de la protection de l’environnement et des emplois de qualité en Europe. Un système qui favorise la surproduction et la surconsommation de produits de mauvaise qualité, au détriment du made in Europe, de l’économie circulaire et des circuits courts, et de nos objectifs de sobriété et de développement durable. Nos règles économiques sont obsolètes et éloignent notre économie de nos grands objectifs de durabilité.

Alors que le système aujourd’hui les fragilise, il devrait au contraire soutenir le développement de ces entreprises pionnières et encourager l’ensemble du tissu économique européen à évoluer vers des modèles d’affaires plus durables et inclusifs. Le contexte général actuel ne semble pourtant pas aller dans le sens d’un changement de paradigme. L’Union européenne (UE) subit un fort ralentissement économique et peine à atteindre ses objectifs en matière sociale, de climat, d’économie circulaire et de biodiversité, tandis que le Green Deal, qui a initié la transition de l’économie européenne, est aujourd’hui progressivement remis en cause pour des raisons purement politiques, en réponse à la pression de puissants lobbys industriels. Enfin, et pour ne rien arranger, la possible montée de l’extrême droite aux élections européennes représente une menace potentielle majeure pour les initiatives progressistes telles que le Green Deal, qui se heurte déjà à une résistance significative.

Ne pas renoncer

Le besoin de poursuivre la transition – et donc de ne pas renoncer au momentum du Green Deal – est pourtant crucial à plus d’un titre. Renoncer, c’est mettre en danger le développement et la prospérité de cette économie pour le bien commun et de ces entreprises à l’avant-garde des transitions. Renoncer, c’est également mettre en péril les objectifs de durabilité de l’Union, et prendre le risque que l’Europe ralentisse davantage sa transition vers une économie plus inclusive, juste et verte. Renoncer, enfin, c’est privilégier le business as usual et miser sur la résilience des modèles économiques de nos entreprises européennes, mis pourtant à mal lors des crises de ces dernières années. En cela, c’est renoncer à des modèles plus économes en ressources, plus autonomes et vecteurs de cohésion sociale, par nature plus protecteurs des entreprises face aux chocs.

La concurrence internationale exige un nouveau modèle de la performance économique juste qui soutient le modèle social européen. Pour éviter le déclin de l’économie européenne, nous devons donner la priorité aux entreprises qui contribuent au bien commun, en en faisant les clés de voûte d’une économie davantage tournée vers l’impact environnemental et social. Il est temps de voir émerger en Europe un système économique dans lequel l’impact positif n’est plus considéré comme une charge, mais comme un avantage pour les entreprises européennes. C’est le seul moyen de restaurer à la fois la souveraineté et la résilience de l’Union européenne, tout en assurant la contribution des entreprises aux principaux défis de notre temps. « 

  1. Signataires :
    Caroline Neyron, Directrice générale du Mouvement Impact France
    Emery Jacquillat, président de la Camif, cofondateur et ambassadeur Europe de la Communauté des entreprises à mission
    Arthur ten Wolde, Directeur d’Ecopreneur.eu
    Stefan Panhuijsen, Directeur de Social Enterprise NL
    Benoît Quittre, Président de Kaya – Coalition belge des écopreneurs
    Viktorija Braziunaite, Directrice de la Lithuanian Social Business Association
    Toby Gazeley, Policy Lead de Euclid Network – the European Social Enterprise Network
    Yvonne Zwick, Présidente du conseil d’administration de B.A.U.M e. V – Network for Sustainable Business
    Iara Beekma Reis, Directrice des affaires publiques de New ERA (New European Reuse Alliance)
    Daniela Pavlova, Directrice de SANNAS, Asociación de Empresas Triple Balance
    Victoria Carreras, Présidente de SANNAS, Asociación de Empresas Triple Balance
    Carlos Cordero, Directeur de Sustentia, membre du conseil d’administration de SANNAS, Asociación de Empresas Triple Balance
    Yvonne Jamal, Co-fondatrice and Directrice de JARO Institute for sustainability and Digitalization
    Frédéric Benhaim, Président d’Entreprendre Vert
    Elsa Da Costa, Directrice générale d’Ashoka France
    Mauro Del Barba, Président d’Assobenefit ↩︎

Comment associer transition écologique et justice sociale ?

Alors que les Français se disent inquiets des effets du changement climatique et estiment qu’il est urgent d’agir, la nécessité de la [transition écologique] est (presque) unanimement partagée. Avec elle revient souvent l’idée que les efforts associés à cette transition ne seront consentis qu’à la condition qu’ils soient perçus comme « justes ». Pour clarifier la notion, l’Agence de la transition écologique (Ademe) a publié un avis qui permet de démystifier quatre idées reçues sur le sujet.

Au fil du temps, l’expression de transition juste est devenue un peu fourre-tout, présentée comme une baguette magique censée résoudre toutes les difficultés inhérentes à la transition. Jekesai Njikizana / AFP

Quatre idées reçues sur la « transition juste »

Par Solange Martin, Ademe (Agence de la transition écologique) et Patrick Jolivet, Ademe (Agence de la transition écologique)

Alors que 63 % des Français se disent en 2024 inquiets des effets du changement climatique et que 88 % estiment qu’il est urgent d’agir, la nécessité de la [transition écologique] est (presque) unanimement partagée. Avec elle revient souvent l’idée que les efforts associés à cette transition ne seront consentis qu’à la condition qu’ils soient perçus comme « justes ».

Si le concept de « transition juste » peut sembler récent, il a en fait émergé dès 1993 dans les milieux syndicaux étasuniens, avant de se diffuser plus tard hors du monde du travail. En 2010, l’expression a été inscrite dans l’accord de la COP16, puis sacralisée dans le préambule de l’accord de Paris de 2015. Elle a aussi fait l’objet, en 2018, d’une déclaration spécifique, la déclaration de Silésie sur la solidarité et la transition juste.

Au fil du temps, son sens s’est élargi. L’expression de transition juste est devenue un peu fourre-tout, présentée comme une baguette magique censée résoudre toutes les difficultés inhérentes à la transition.

Pour clarifier la notion, l’Agence de la transition écologique (Ademe) a publié en avril un avis qui permet de démystifier quatre idées reçues sur le sujet.

Idée reçue n°1 : « La transition sera juste ou ne sera pas »

Première idée reçue à s’être imposée : la transition ne peut se déployer qu’à condition d’être juste. En d’autres termes, elle ne vaudrait la peine d’être menée que si elle est porteuse de justice sociale.

Cette exigence vient du fait, réel, que la transition peut accroître à court terme certaines vulnérabilités. Il existe en effet différents chemins pour la réaliser et tous n’auront pas les mêmes impacts sur nos sociétés.

Rappelons néanmoins que le plus injuste demeure ne pas mener du tout de transition. D’après les rapports du GIEC, le changement climatique va renforcer les inégalités – entre les pays et au sein des pays. Avec des vulnérabilités accrues chez certaines populations – pays du sud mais aussi les agriculteurs, les personnes âgées et très jeunes, les habitants des littoraux ou encore les femmes.

En outre, exiger de la transition d’être juste à tout prix, c’est oublier que l’avènement d’une société juste dépend de bien d’autres facteurs. Il serait absurde de faire peser sur cette évolution, plus que sur toute autre, la responsabilité de la justice sociale. Politiques sociales, trajectoire économique, répartition des patrimoines et des revenus, politiques d’inclusion, mondialisation, intelligence artificielle, crises géostratégiques… sont autant d’éléments qui entrent aussi en jeu.

Idée reçue n°2 : « La transition va massivement créer du chômage »

C’est autour des questions d’emplois perdus qu’est née la notion de transition juste en 1993 aux États-Unis, lorsque les syndicats de secteurs polluants prennent conscience que les régulations environnementales doivent être accompagnées pour éviter qu’elles ne frappent trop durement les travailleurs des filières concernées.

Encore aujourd’hui, les craintes vis-à-vis de l’impact qu’aura la transition sur l’emploi sont prégnantes, et correspondent, en partie, à une réalité. Certains secteurs d’activités – comme l’industrie automobile – vont inéluctablement subir des pertes d’emploi majeures du fait de la transition.

Méfions-nous toutefois de cette vision microéconomique. Car à l’échelle macroéconomique, les projections de l’Ademe estiment que la transition sera, à l’horizon 2050, pourvoyeuse d’emplois nets, grâce à l’éclosion de nouveaux secteurs – dans les énergies renouvelables ou les nouvelles mobilités.

En la matière, le risque porte davantage sur le manque de compétences qu’il faudra combler pour réaliser la transition que sur le manque d’emplois proposés. Pour la rénovation énergétique en France d’ici à 2030, il faudrait former de 170 000 à 250 000 travailleurs supplémentaires dans le secteur du bâtiment.

homme avec un casque qui isole un mur
La rénovation énergétique des bâtiments, secteur-clé pour l’emploi dans la transition. Shutterstock

L’enjeu est donc aussi celui de la formation aux compétences des métiers de la transition, en plus de l’accompagnement des chômeurs des secteurs polluants et des filières en reconversion.

Rappelons également que retarder la transition à l’échelle mondiale nous coûterait cher. La mettre en œuvre à partir de 2030 plutôt que dès à présent coûterait à la France 1,5 point de PIB en 2030 et 5 points de PIB en 2050.

De la même façon que pour la justice sociale, il faut relativiser le rôle de la transition dans les évolutions du travail par rapport à la dynamique économique générale. Ne nous leurrons pas, la transition ne va ni résoudre ni créer un chômage de masse.

Les impacts qu’elle aura en la matière doivent être mis en regard d’autres évolutions. Si 10 000 emplois seront perdus entre 2021 et 2026 dans l’industrie automobile, c’est peu au regard des 100 000 qui l’ont été sur les 10 dernières années et des autres 100 000 qui pourraient l’être d’ici 2035, du fait, en premier lieu, des arbitrages internationaux du secteur (délocalisations, approvisionnement dans les pays à bas coût et abandon de la production des petits modèles).

Idée reçue n°3 : « La transition va renforcer la pauvreté et les inégalités »

Il est inexact d’affirmer que la transition va accroître la pauvreté et les inégalités à terme, en 2050.

Toutefois, à court terme, elle engendrera des coûts supplémentaires, en particulier pour les personnes les plus vulnérables et les plus dépendantes des énergies fossiles, notamment pour la mobilité. Il est donc indispensable d’améliorer l’accessibilité matérielle comme financière des solutions bas carbone, spécialement en matière de rénovation énergétique et de véhicule électrique.

De même, un changement de régime alimentaire (moins de viande et de gaspillage alimentaire, plus de légumineuses et plus de bio) pourrait se traduire, selon l’assiette de départ, par une économie de 30 % ou au contraire un surcoût de 67 % des dépenses alimentaires, notamment pour les personnes aux revenus les plus faibles qui consomment déjà peu de viande et jamais de produits bio.

Selon les projections de l’Ademe, la transition devrait néanmoins avoir, à l’horizon 2050, des effets positifs sur les revenus à l’échelle macroéconomique. Grâce à la diminution de la facture énergétique et à la création d’emplois, le revenu disponible des ménages pourrait augmenter entre 3,8 et 7 % par rapport à un scénario tendanciel (en l’absence de mesure supplémentaire en faveur de la transition).

En revanche, il est indéniable qu’une contribution progressive sur l’ensemble du spectre social devra être instaurée pour tenir compte des disparités d’impact de la transition. Il s’agit non seulement de ne pas précariser les plus pauvres, mais aussi de ne pas appauvrir les classes moyennes ni d’accroître un sentiment de déclassement.

Là encore, rappelons que d’autres facteurs politiques, sociaux et économiques déterminent et détermineront l’avenir des inégalités sociales. À cet égard, citons la part de salariés payés au smic, passée de 12 à 17,3 % entre janvier 2021 et janvier 2023. Cette évolution n’est nullement imputable à la transition.

Idée reçue n°4 : « La transition menace les libertés individuelles »

Du fait de l’urgence d’agir qu’elle porte, la transition est parfois perçue comme dangereuse pour la démocratie. Selon cet argument, elle ne pourrait se faire qu’en piétinant les libertés individuelles par des restrictions décidées unilatéralement.

À l’inverse, le GIEC considère la consultation de l’ensemble des parties prenantes comme l’une des conditions de réussite de la transition. Car contourner les instances de participation démocratique au nom de l’urgence d’agir mène à un double écueil, non seulement moral mais aussi pratique.

Vouloir gagner quelques mois en imposant des décisions sans concertation serait profondément inefficace. C’est le meilleur moyen de générer en aval un défaut d’appropriation des décisions et d’engendrer des résistances – comme celles observées pendant la crise des « gilets jaunes » – qui retarderont significativement les avancées écologiques.

[Plus de 85 000 lecteurs font confiance aux newsletters de The Conversation pour mieux comprendre les grands enjeux du monde. Abonnez-vous aujourd’hui]

L’idée de transition juste est historiquement adossée à celle de dialogue social et à l’idée que l’inclusion de l’ensemble des parties prenantes était une condition de réussite de la transition. Elle implique potentiellement de repenser des processus de participation (convention citoyenne pour le climat par exemple), dans un contexte français marqué par une défiance forte envers les institutions et la classe politique. Elle pourrait donc être, au contraire, une excellente occasion de renouer le dialogue social et citoyen.

Associer transition et justice

Répondre à ces quatre idées reçues nous permet de rappeler qu’il n’y a lieu ni d’enchanter ni de diaboliser la transition. Sa réalisation n’est pas une option, elle est indispensable au bien-être des populations française et mondiale à une échéance de 10 ou 20 ans. Elle aura des effets à court et moyen terme qu’il faut appréhender et anticiper, mais il serait irresponsable d’en faire le bouc émissaire de toutes les difficultés que rencontrent, par ailleurs, nos sociétés : il s’agit d’associer, de cumuler, transition et justice, pas de jouer l’une contre l’autre.

Exiger de la transition qu’elle n’ait que des co-bénéfices pour tous et tout le temps équivaut aussi à la condamner. D’autres processus géostratégiques, économiques, financiers, politiques, technologiques, sanitaires ou démographiques continueront de peser sur notre société, dont les conséquences sur l’activité économique, la cohésion sociale et politique seront au moins aussi importantes que les politiques de transition écologique, qui sont indispensables au maintien d’une vie décente sur la planète.

Solange Martin, Sociologue, Direction exécutive prospective et recherche, Ademe (Agence de la transition écologique) et Patrick Jolivet, Directeur des études socio-économiques, Ademe (Agence de la transition écologique)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


Avis de l’Ademe sur la transition juste

Quels sont ces traités internationaux méconnus qui menacent l’Accord de Paris ?

Moins connu que l’Accord de Paris, le Traité sur la charte de l’énergie (TCE), signé en 1994, protège les investissements étrangers dans le domaine de l’énergie sans distinguer les fossiles des renouvelables. Ses effets sur l’ambition climatique sont dévastateurs. Les industriels peuvent ainsi réclamer des milliards aux États s’ils mettent en place des politiques pro-renouvelables qui défavorisent leurs actifs. Même si la France et l’UE ont décidé de dénoncer ce traité l’an dernier, une clause de survie de 20 ans s’applique … Un grave problème de cohérence du droit international, pour Sabrina Robert de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, d’autant plus qu’il existe plus de 2200 autres traités d’investissement du même type susceptibles d’avoir les mêmes effets.

Le droit international protège les investissements dans les énergies fossiles, et c’est un problème

Le traité sur la charte de l’énergie (TCE) s’oppose à l’accord de Paris en cela qu’il protège les investissements étrangers dans l’énergie fossile. Gillian Thomas / Flickr, CC BY

Par Sabrina Robert, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Peu connu du grand public, le Traité sur la charte de l’énergie (TCE) protège les investissements étrangers dans le domaine de l’énergie des pays signataires… mais sans distinguer les fossiles des renouvelables. Le résultat : des procès jugés à huis clos par des tribunaux d’arbitrage privés, où les industriels réclament des milliards aux États qui oseront mettre en place des politiques pro-renouvelables qui défavoriseraient leurs actifs.

Mais le vent a tourné. Le 9 avril 2024, les députés européens ont voté en faveur de la sortie de l’Union européenne et de ses États membres de ce traité que de plus en plus de personnes qualifient désormais de « climaticide ». Ils validaient ainsi la proposition de retrait coordonné faite quelques mois plus tôt par la Commission européenne.

Auparavant, cette dernière avait pourtant défendu le maintien du traité, dès lors que celui-ci pouvait être renégocié. Un texte de TCE modernisé, largement inspiré des propositions européennes, avait d’ailleurs abouti à l’été 2022. Mais le processus de renégociation a avorté en raison du retrait de plusieurs États membres, dont celui de la France annoncé en octobre 2022 – devenu effectif le 8 décembre 2023.

Dans les deux cas – renégociation du traité ou sa dénonciation – il s’agit de mettre un terme à une anomalie juridique : le TCE offre aux investissements étrangers dans les énergies fossiles une protection exorbitante, parfois proche d’un mécanisme d’assurance contre les risques climatiques. Il peut constituer un obstacle à la poursuite par les États de politiques environnementales ambitieuses.

Face à l’urgence climatique et aux engagements pris par les États dans le cadre de l’accord de Paris et des COP successives quant à la sortie progressive des énergies fossiles, la dénonciation de ce traité n’est que la manifestation d’une obligation de mise en cohérence du droit international.


Pour suivre au plus près les questions environnementales, retrouvez chaque jeudi la newsletter thématique « Ici la Terre ». Abonnez-vous dès aujourd’hui.


Cette obligation ne concerne d’ailleurs pas uniquement le TCE. Il est devenu le symbole de l’incompatibilité entre les traités d’investissement et les enjeux climatiques parce qu’il porte précisément sur le domaine de l’énergie, et notamment les énergies fossiles. Mais en réalité, il existe à l’heure actuelle plus de 2200 autres traités du même type, susceptibles d’avoir les mêmes effets.

Il s’agit d’une anomalie juridique systémique du droit international. Les États ont l’obligation de la résoudre, en vertu d’un principe général de cohérence du droit international et de prévalence des enjeux climatiques. Pour y parvenir, plusieurs voies diplomatiques sont envisageables.

Le choc des traités internationaux

Le risque de contrariété entre le TCE et l’engagement des États de contenir l’élévation de la température moyenne de la planète « nettement en dessous de 2 °C » (article 2 de l’Accord de Paris) a été pointé par le GIEC, le Rapporteur spécial de l’ONU sur la question des obligations relatives aux droits de l’homme se rapportant aux moyens de bénéficier d’un environnement sûr, propre, sain et durable ou encore par le Rapporteur spécial de l’ONU sur la promotion et la protection des droits de l’homme dans le contexte des changements climatiques.

Le TCE, traité signé en 1994 entre l’UE, ses États membres, des États d’Europe de l’Est et le Japon, peut en effet être mobilisé par des investisseurs étrangers, devant un tribunal arbitral spécial pour contester les conséquences de mesures prises dans le but de poursuivre les objectifs climatiques de l’accord de Paris : sortie de l’exploitation du charbon, refus de nouveaux permis d’exploitation d’hydrocarbures…

En cas de requête fructueuse, les investisseurs peuvent alors obtenir des montants d’indemnisation qui dépassent de loin ce qu’ils pourraient obtenir devant le juge interne. En parallèle, ce dernier peut également être saisi de requêtes d’investisseurs étrangers, mais sur le fondement du droit interne de l’État hôte, et dans le cadre des recours de droit commun, comme le recours pour excès de pouvoir devant le juge administratif français par exemple.

La mer au large de Pescara, sur la côte adriatique, où le projet de forage pétrolier de la société britannique Rockhopper a été bloqué. Luigi Alesi/Flickr, CC BY-NC

L’une des affaires les plus récentes a opposé l’entreprise britannique Rockhopper à l’Italie. Le tribunal a considéré que le refus d’exploiter de nouveaux gisements de pétrole dans la mer Adriatique, décidée par le gouvernement dans le but de préserver la biodiversité marine et de limiter l’exploitation des hydrocarbures, était une expropriation illicite pour laquelle l’investisseur avait droit à une indemnisation de 190 millions d’euros.

D’autres affaires comparables sont actuellement en cours de jugement devant les tribunaux arbitraux, sur le fondement du TCE ou d’autres traités d’investissement. Une étude récente estime que le coût total des dommages et intérêts décidés dans le cadre de tels arbitrages pourrait s’élever à 340 milliards de dollars américains, soit plus que les financements globaux dédiés à la lutte contre les changements climatiques pour 2020.

Si toutes n’aboutissent pas, ce contentieux peut avoir un effet dissuasif qui retarde d’autant l’adoption de mesures urgentes d’atténuation et d’adaptation au changement climatique.

Résoudre une anomalie juridique

La contrariété entre les traités d’investissement et le droit international du climat apparaît d’autant plus intenable à l’aune des derniers engagements pris par les États lors de la COP 26 à Glasgow et de la COP 28 à Dubaï, qui mentionnent :

l’accélération des « efforts destinés à cesser progressivement de produite de l’électricité à partir de charbon sans dispositif d’atténuation » et l’engagement dans « une transition juste, ordonnée et équitable vers une sortie des combustibles fossiles dans les systèmes énergétiques ».

Si la portée juridique des décisions des COP n’est pas claire (les engagements qui y sont pris ne sont pas, en tant que tels, juridiquement opposables aux États), il n’en reste pas moins que les États ont, unanimement, reconnu la nécessité d’amorcer un changement profond du système énergétique mondial. Or, maintenir en vigueur des traités qui protègent les énergies fossiles est clairement incompatible avec cet objectif.

Face à cette anomalie juridique, une obligation de mise en cohérence des traités internationaux devrait être reconnue à la charge des États.

Cette obligation repose d’abord sur le principe général de bonne foi. Si le droit international attend d’un État qui a signé un traité – mais ne l’a pas encore ratifié – qu’il s’abstienne d’actes qui priveraient cet accord de son objet et de son but (article 18 de la Convention de Vienne sur le droit des traités), sans aucun doute attend-il également d’un État qu’il ne maintienne aucun instrument international susceptible de compromettre la réalisation d’autres engagements internationaux de portée universelle et visant à répondre à une urgence unanimement reconnue. S’il en était autrement, quel serait le degré de sincérité et d’efficacité des engagements climatiques des États ?

Elle repose ensuite sur le principe d’équité, au cœur de la justice environnementale. Non seulement l’équité impose que le coût de la transition climatique soit supporté par les acteurs économiques, d’autant plus que le caractère insoutenable des activités dans le domaine des énergies fossiles est établi depuis longtemps. Mais cette équité exige également de protéger plus particulièrement les pays en développement, qui sont les plus exposés aux risques de contentieux climatiques devant les tribunaux d’investissement. Et cela alors même que le droit international du climat leur reconnaît le droit de bénéficier du soutien – notamment financier – des pays développés dans la mise en œuvre de leurs propres obligations climatiques.

La difficile mise en cohérence climatique des traités d’investissement

Afin de satisfaire cette obligation de mise en cohérence, les États disposent de plusieurs options. La première est celle à laquelle s’est finalement ralliée l’UE au sujet du TCE : la dénonciation pure et simple. Toutefois, cette option est pavée d’incertitudes.

D’une part, la dénonciation du seul TCE ne suffit pas. Pour s’inscrire dans une posture parfaitement cohérente, l’UE devrait également demander aux États membres de dénoncer l’ensemble des autres traités d’investissement, de même facture que le TCE qui peuvent avoir les mêmes effets potentiels que celui-ci. La France, par exemple, est partie à 84 traités bilatéraux de ce type, avec des pays d’Afrique, d’Amérique du Sud ou encore d’Asie et d’Europe de l’Est.

L’UE et les États membres devraient aussi s’abstenir de soutenir de nouveaux traités qui reproduisent en grande partie le dispositif de protection juridique exceptionnelle pour les investissements fossiles. Or, de ce point de vue, on peut mentionner le CETA, qui a fait l’objet d’un vote négatif au Sénat français le mois dernier, mais qui continue d’être soutenu par le gouvernement. S’il devait entrer en vigueur, il aurait pour conséquence d’offrir aux investisseurs canadiens – y compris ceux dans les énergies fossiles – ce type de protection renforcée.

D’autre part, la dénonciation d’un traité d’investissement emporte avec lui l’activation systématique d’une clause de survie qui permet aux investisseurs de continuer à bénéficier de la protection conventionnelle, pendant une période qui peut aller de cinq à vingt ans. Pour le TCE, cette période est de vingt ans, ce qui signifie pour la France qu’elle pourra encore faire l’objet de plaintes d’investisseurs étrangers jusqu’au 8 décembre 2043.

Selon les spécialistes, il semble que la clause de survie puisse être neutralisée en cas de dénonciation par l’ensemble des parties au traité. Mais il est peu probable que la communauté internationale s’entende pour une solution si radicale.

La deuxième voie est celle de la renégociation. Elle était initialement privilégiée par l’UE au sujet du TCE. Celle-ci, avec le Royaume-Uni, était d’ailleurs parvenue à sortir les investissements fossiles du champ d’application du TCE modernisé. Toutefois, les autres parties contractantes ne l’avaient pas suivi. Dès lors, cette modification n’aurait eu qu’une portée limitée.

Un processus de renégociation des traités d’investissement de plus grande envergure, qui prendrait la forme d’un traité multilatéral modificateur, à l’image de la Convention BEPS négociée sous les auspices de l’OCDE en matière de fiscalité internationale, pourrait être imaginé.

L’objet pourrait être d’exclure les énergies fossiles du champ d’application matériel des traités, d’introduire des clauses de carve-out, qui permettraient aux États d’invoquer une exception climatique, ou même un veto climatique. Celui-ci empêcherait tout simplement les investisseurs d’attaquer les mesures étatiques prises en application du droit du climat devant un tribunal spécial.

De nouvelles voies de renégociation

En réalité, les propositions de renégociation ne manquent pas, ni dans la doctrine, ni dans les travaux des institutions internationales. Le plus difficile est de déterminer le modus operandi de cette renégociation.

La renégociation au cas par cas de chaque traité serait un processus trop long. L’adoption d’un moratoire multilatéral pourrait être plus efficace. Mais se pose alors la question du forum dans lequel cette renégociation pourrait avoir lieu. De nombreuses institutions économiques semblent être des candidates toutes désignées (Banque mondiale, CNUCED, OCDE…).

Mais l’hypothèse d’un « dépaysement » de la question qui pourrait être confiée à une instance non économique mérite aussi d’être examinée. Ici, l’inscription de la négociation de ce moratoire lors d’une prochaine COP sur le climat aurait tout son sens. Il s’agirait d’une étape forte dans la lutte contre les changements climatiques, qui viendrait attester que les engagements précédents des États au sujet des énergies fossiles ne sont pas de simples bouts de papier, mais des objectifs qu’ils entendent sincèrement et efficacement poursuivre.

Sabrina Robert, Professeure de droit international public à l’Université de Nantes, membre associée à l’Institut de recherche en droit internationale et européen de la Sorbonne à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


Exxon, Chevron, Shell… les majors pétrolières croulent sous les procès pour déni climatique

Plusieurs Etats américains tiennent responsable les compagnies pétrolières des dégâts causés par le réchauffement climatique et demandent des comptes au tribunal. @iStock

Un rapport du Congrès américain basé sur des milliers de documents internes des compagnies pétrolières dénonce leurs stratégies de déni climatique. Des sénateurs et des ONG appellent le gouvernement fédéral à lancer des poursuites judiciaires. Les majors pétrolières font déjà l’objet d’une trentaine de procès en demande de réparations de la part d’Etats américains.


Méga-fusions et avenir radieux : comment les entreprises pétrolières voient le futur

Pour les compagnies pétrolières, l’avenir s’annonce radieux. En attendant que des réglementations comme la taxe carbone aux frontières soient mises en place, si elles le sont un jour, les géants pétroliers continuent de réaliser de superprofits, raconte Alain Naef de Sciences Po. 

Depuis la Révolution industrielle en 1850, les habitants de la terre utilisent de plus en plus de pétrole. Rawpixel

Par Alain Naef, Sciences Po

Au cours des dernières semaines, Chevron et ExxonMobil, les deux plus grandes entreprises de pétrole américaines, ont annoncé des fusions. Les deux entreprises ont racheté des concurrents plus petits : ExxonMobil a acquis Pioneer pour 60 milliards de dollars, et Chevron a racheté Hess pour 53 milliards. Ces investissements dans le secteur du pétrole vont leur permettre d’agrandir leur capacité de production. En d’autres termes, ces entreprises pensent que les ventes de pétrole vont se poursuivre malgré les effets catastrophiques du changement climatique.

On pourrait pourtant penser, entre l’Accord de Paris en 2015 et la peur ambiante autour du changement climatique, que ces sociétés envisagent de changer leur activité et se concentrer plus sur les énergies renouvelables. Certes, en Europe, Shell et BP on fait de légers efforts pour investir dans les énergies renouvelables à la marge de leurs activités. Mais aux États-Unis, il n’en est rien. Les entreprises pétrolières ont de grands projets d’expansion dans le secteur des énergies fossiles. Et ces récents achats de concurrents montrent que les entreprises pétrolières américaines les plus puissantes voient la vie en rose.

Toujours plus de pétrole

La guerre en Ukraine et les augmentations de prix du pétrole qui ont suivi ont augmenté la confiance en l’avenir des producteurs de pétrole. Après avoir atteint des prix négatifs pour quelques jours en 2020, le pétrole s’échange désormais à nouveau à un prix qui donne de l’espoir aux majors américaines ExxonMobil et Chevron.

Si l’on regarde l’histoire, leur optimisme est justifié. Depuis la Révolution industrielle en 1850, les habitants de la Terre utilisent de plus en plus de pétrole. Et les technologies énergétiques ne se remplacent jamais mais s’additionnent : la découverte du pétrole n’a pas réduit l’utilisation du charbon, qui est plus polluant. Et les énergies renouvelables n’ont pas réduit l’extraction de gaz ou pétrole. L’humanité utilise aujourd’hui plus de charbon que jamais, et la production de charbon a augmenté presque chaque année depuis 1850.

Donc si le passé est un guide pour le futur, les producteurs de pétrole ont bien de quoi se réjouir. Même si en privé, les géants du pétrole célèbrent leur avenir radieux, en public, ils ont bien compris que le vent avait tourné en termes d’opinion publique sur le climat. En regardant de loin, on pourrait presque croire que les grands patrons de Chevron et Exxon sont des activistes du climat.

En 2017, Darren Woods, le patron de Exxon, avait ainsi écrit au président américain Donald Trump pour l’exhorter de rester dans les accords de Paris. Un acte digne de Greta Thunberg. Trump avait en effet exclu les États-Unis de ce traité signé aujourd’hui par 195 pays (l’actuel locataire de la Maison-Blanche, Joe Biden, a par la suite changé cela). Darren Woods et son entreprise Exxon sont aussi de grands défenseurs de la taxe carbone et publiquement, Exxon comme Chevron intervient souvent en faveur d’une taxe sur le CO2.

Un étonnant soutien à la taxe carbone

La taxe carbone prévoit de taxer les entreprises en fonction des tonnes de CO2 qu’elles émettent. Comme les entreprises pétrolières sont parmi les plus polluantes au monde, elles ont un intérêt à éviter ces taxes. Mais une nouvelle étude que j’ai récemment publiée dans le journal Ecological Economics montre que la majorité des grandes entreprises pétrolières soutiennent les taxes carbone, y compris Exxon et Chevron.

En effet, 78 % des grandes entreprises pétrolières se déclarent en faveur d’une taxe carbone parmi celles qui se sont exprimées. Beaucoup d’entreprises pétrolières ne communiquent pas sur le sujet, mais celles qui le font apparaissent le plus souvent favorables à une taxation sur la pollution, surtout pour les 50 plus grandes entreprises de gaz et pétrole.

Mais pourquoi ? C’est comme si les boulangers demandaient une taxe sur le blé… Des interviews sous couvert d’anonymat avaient déjà montré que les lobbyistes d’ExxonMobil soutiennent la taxe carbone, car ils savaient qu’elle était impossible à implémenter politiquement. En effet, un lobbyiste d’Exxon interviewé en caméra cachée avait admis qu’aux États-Unis, une telle loi impopulaire aux yeux des électeurs ne passerait jamais le Congrès.

Enfin, la mise en place d’une fiscalité du carbone nécessite la mise en place d’une coordination internationale. En effet, si la Chine commençait à taxer ses entreprises pour le CO2 qu’elles émettent, mais que les États-Unis refusaient, cela rendrait la Chine moins concurrentielle. Les produits chinois taxés seraient alors plus chers et se vendraient moins. Au vu de la fragmentation géopolitique du monde, un accord international semble donc peu probable.

Une taxe carbone aux frontières pourrait constituer une manière de sortir de cette impasse. C’est l’idée de l’Union européenne qui met progressivement en place depuis le 1er octobre 2023 un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF). Ce mécanisme taxerait tout bien produit à l’étranger qui n’a pas déjà été taxé dans son pays de production.

De cette manière, il s’agirait d’une taxe de douane pour tous les pays qui refusent de mettre en place une taxe carbone. Cette taxe pourrait être une solution, mais l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pourrait la juger contre les règles de libre-échange.

En attendant que toutes ces « réglementations-licornes » soient mises en place, Exxon, TotalÉnergies et toutes les grandes entreprises pétrolières continuent de réaliser des superprofits…

Alain Naef, Lecturer, Sciences Po

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


Merci à :

Sarah Sermondadaz, cheffe de rubrique Environnement + Énergie

Ingénieure de formation, journaliste scientifique par vocation. Elle a notamment travaillé pour Sciences et Avenir, puis pour le jeune média suisse Heidi.news, dont elle a été rédactrice en chef adjointe. Elle a également donné des cours à l’Académie du journalisme et des médias de l’Université de Neuchâtel et à l’ESJ de Lille. Elle est diplômée de l’INSA de Lyon, de l’ESJ de Lille, et a un MBA en administration des entreprises de l’IAE de Paris.