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Les Décarbonautes en Assemblée de codécision démocratique pour le climat

Le collectif « Les Décarbonautes » demande au gouvernement d’organiser une Assemblée de codécision pour que la France atteigne de manière certaine la neutralité carbone en 2050. Parce que la communauté scientifique, via le GIEC, dit qu’il y a une urgence vitale à transformer nos modes de vie pour protéger le climat. Parce que les décisions politiques ne sont pas à la hauteur du problème. La France doit choisir entre appliquer maintenant les politiques publiques qui nous permettront de réellement changer nos modes de vie ou accepter les conséquences de l’inaction pour pouvoir rester dans le confort maintenant et subir plus tard des changements cataclysmiques. A-t’on vraiment le choix ? Les Décarbonautes choisissent l’Assemblée Nationale de codécision …

La biodiversité, une alliée pour l’agriculture

De nombreux agriculteurs utilisent des méthodes agroécologiques pour garder leurs sols vivants, s’appuient sur la faune auxiliaire pour gérer les ravageurs des cultures et veillent à préserver la ressource en eau. À travers un livret pédagogique, illustré de photographies professionnelles de Raphaël Fourau, France Nature Environnement Occitanie Méditerranée a souhaité raconter leurs histoires et les défis qu’ils tentent de relever face au changement climatique, appelant à une transformation radicale des modes de production agricole.

Le réseau Natura 2000 couvre près de 13% du territoire français, mais atteint 30% de la surface terrestre sur l’ex-région Languedoc-Roussillon.

Natura 2000 est un réseau européen de sites remarquables à protéger. En France, la moitié des surfaces de ce réseau sont des zones agricoles. Le choix des pratiques agricoles y est donc essentiel pour atteindre les objectifs de conservation de la biodiversité. La gestion des sites Natura 2000 est basée sur la participation volontaire des acteurs, qui s’engagent grâce à des contrats ou chartes.

DU RIZ BIOLOGIQUE DÉSHERBÉ PAR DES CANARDS

De nombreux agriculteurs sont des fervents militants de la protection de la nature. Ces femmes et ces hommes voient la diversité biologique de ces espaces naturels comme une opportunité sur laquelle s’appuyer pour produire sain et bon. Ils utilisent des méthodes agroécologiques pour garder leurs sols vivants, s’appuient sur la faune auxiliaire pour gérer les ravageurs des cultures et veillent à préserver la ressource en eau.

Consommer bio
près de chez soi,
c’est déjà participer
à son échelle à la transition
agroécologique !

S’APPUYER SUR L’OBSERVATION DU VIVANT POUR CULTIVER LES OLIVIERS

À travers un livret pédagogique, illustré de photographies professionnelles de Raphaël Fourau, FNE Occitanie-Méditerranée a souhaité raconter leurs histoires, et les défis qu’ils tentent de relever face au changement climatique, qui appelle une transformation radicale des modes de production agricole.

DIVERSIFIER POUR RÉSISTER

Ces femmes et ces hommes nous montrent qu’il est possible de concilier la protection de la nature avec la production d’une nourriture saine.

DES SOLS VIVANTS POUR UNE VIGNE RÉSISTANTE. Avec la taille respectueuse des flux de sève.

Tous les agriculteurs rencontrés par FNE se questionnent sur l’adaptation de leurs pratiques et de leurs exploitations aux changements climatiques. Tous sont convaincus qu’il est possible de le faire en s’appuyant sur la diversité du vivant : en ajoutant de nouvelles productions, en se penchant sur les cépages anciens ou en essayant de nouvelles méthodes agroécologiques.

ils sont les précurseurs de l’agriculture de demain, et témoignent qu’une agriculture économiquement viable, respectueuse de la nature et des humains, est possible.

11 propositions pour un modèle économique, environnemental et souverain en Europe

Pour accélérer la réduction de l’impact environnemental des emballages ménagers et des papiers, Citeo appelle l’Union Européenne à poursuivre l’harmonisation des règles entre les États membres et fait onze propositions pour un modèle économique, environnemental et souverain. Si la précédente mandature a permis des avancées significatives, les prochaines années seront décisives à la mise en pratique d’une économie circulaire en Europe.

« Les avancées permises par le pacte vert doivent s’accompagner d’un passage à l’échelle de l’économie circulaire, au bénéfice de tous ceux qui y contribuent, acteurs économiques comme citoyens. C’est tout l’enjeu des élections à venir ! »

Jean Hornain, Directeur général de Citeo

« A l’occasion du débat démocratique qui s’ouvre, notre volonté est de faire comprendre le rôle essentiel que joue l’économie circulaire pour concilier les politiques industrielle et environnementale nécessaires à la bonne santé du marché intérieur en proposant des pistes concrètes aux futurs décideurs européens ».

Jean Hornain, Directeur général de Citeo

LES 11 PROPOSITIONS DE CITEO

1/ Harmoniser les règles au niveau européen dans le cadre du règlement sur les emballages et les déchets d’emballages (Proposal Packaging and Packaging Waste)

La prochaine mandature doit préciser les pourtours et moyens de la nouvelle réglementation européenne en matière d’emballages1. Citeo propose 8 pistes concrètes, parmi lesquelles l’harmonisation du marquage des règles de tri. L’info-tri française constitue un excellent modèle, permettant flexibilité et adaptabilité aux systèmes de collecte nationaux.

2/ Donner aux consommateurs les moyens d’agir grâce à des informations environnementales fiables

Alors que plus de 50 % des allégations environnementales sur les emballages sont trompeuses2, Citeo défend l’autonomisation des consommateurs et une harmonisation des initiatives au sein de l’Union Européenne concernant le champ d’application de la directive sur les allégations environnementales ; les exigences de justification et de communication ; le marquage ; la vérification ; le soutien aux micros, petites et moyennes entreprises ; la responsabilisation des entreprises.

3/ Considérer les déchets comme de nouvelles ressources

Citeo propose d’aller plus loin dans la révision de la directive-cadre déchets qui se limite au gaspillage alimentaire et au textile. Parmi les 8 pistes défendues, figure l’interdiction de la mise en décharge pour donner la priorité à la réduction, au réemploi et au recyclage.

4/ Définir un cadre législatif contraignant pour les matières premières biosourcées et non fossiles

Alors que de nouveaux matériaux apparaissent pour palier l’usage de plastique d’origines fossiles, il est nécessaire de fixer un cadre prenant en compte l’ensemble du cycle de vie de la matière pour que l’impact environnemental reste réellement positif, et sans aggraver la pollution plastique et l’appauvrissement de la biodiversité.

5/ Conjuguer économie circulaire et enjeux sanitaires

La réglementation relative aux matériaux et objets en plastique recyclé au contact de denrées alimentaires doit être simplifiée. Les délais de processus d’autorisation d’un procédé de recyclage, compris aujourd’hui entre 2 et 7 ans, doivent être raccourcis et le suivi renforcé pour garantir aux entreprises une visibilité leur permettant d’investir et d’innover.

6/ Étendre le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières pour soutenir l’utilisation des matières recyclées européennes

Ce dispositif vise à lutter contre les fuites de carbone en soumettant certains produits importés dans l’Union Européenne à une tarification du carbone équivalente à celle appliquée aux industriels européens fabriquant ces produits (ciment, fer et acier, aluminium, engrais, électricité et hydrogène). Citeo plaide pour y intégrer les polymères, le verre et le papier afin de permettre une concurrence équitable et de soutenir le prix des matières premières secondaires.

7/ Ouvrir le système d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre de l’Union Européenne

Ce dispositif constitue aujourd’hui le principal outil pour réduire les émissions de gaz à effet de serre d’une manière rentable. Citeo plaide pour étendre son champ d’application aux installations d’incinération des déchets municipaux et de mise en décharge afin d’encourager le réemploi et le recyclage.

8/ Faire de l’économie circulaire un levier de l’autonomie stratégique européenne

L’Union Européenne vise l’autonomie stratégique, soit la volonté de réduire sa dépendance vis-à-vis des pays tiers, s’agissant notamment des matières premières, des technologies critiques et des infrastructures. L’économie circulaire est un moyen d’y parvenir en garantissant une gestion durable et efficace des ressources, un approvisionnement des matières premières au plus près des besoins, des chaînes de valeur plus soutenables, et le développement du tissu économique local et de l’emploi.

9/ Intégrer l’économie circulaire dans les accords commerciaux de l’UE

Pour permettre une meilleure prise en compte des enjeux de l’économie circulaire et de la gestion des déchets, Citeo plaide pour une mention explicite de ces sujets dans le cadre de la mise en œuvre d’accords commerciaux existants et futurs.

10/ Développer les outils numériques au service d’une meilleure gestion des déchets d’emballages

Les technologies numériques peuvent contribuer à une approche plus durable des matériaux et à une meilleure information du consommateur. Citeo soutient la mise en place d’un passeport numérique des produits qui permettra des avancées significatives dans la traçabilité des emballages et la consigne dématérialisée.

11/ Développer des programmes novateurs d’éducation à l’économie circulaire

Citeo propose la mise en place d’un diplôme environnemental en France pour certifier les connaissances des élèves en matière d’environnement et souhaite le développer en collaboration avec d’autres états membres. Une collaboration européenne est cruciale pour permettre la création d’une génération consciente et engagée dans la construction d’un avenir durable.

  1. Votée le 24 avril 2024 par le Parlement Européen et en attente de l’approbation du Conseil de l’UE ↩︎
  2. « Environmental Claims in the EU: Inventory and Reliability Assessment Final Report », European Commission 2020. ↩︎

Au mois de mai, ranger les tondeuses à gazon pour aider la vie sauvage !

Au mois de mai, il y a UNE chose très simple à mettre en œuvre pour aider la vie sauvage : ranger les tondeuses à gazon ! En laissant les plantes pousser et fleurir, les insectes pollinisateurs et les oiseaux bénéficient de la diversité végétale et le jardin résiste mieux face aux chaudes journées d’été. Hugo Clément nous explique tout.

En matière de “sobriété”, ce n’est pas toujours facile de réduire l’usage de la voiture et, pour certains, c’est très difficile, voire impossible, quand on dépend de son véhicule pour aller travailler par exemple. Faire isoler sa maison, c’est souvent très coûteux. Renoncer à partir en vacances loin de chez soi, pour certains, c’est même un sacrifice inenvisageable. Bref, la sobriété peut parfois paraître inaccessible.

Mais il y a une chose qu’on peut décider de faire aujourd’hui, tout de suite, qui ne coûte rien, qui ne change pas notre vie et qui a un impact positif sur l’environnement. c’est la tonte ! De l’herbe bien sûr, pas des moutons.

Hugo Clément

En mai, laissez la tondeuse au garage !

Sur les terre-pleins, les bords de route, dans des parcs ou des ronds-points, on a tous vu ces employés communaux, en combinaison, en train de couper les « herbes folles » avec leur machine pétaradante.

Pourtant, cela ne sert à rien. Ça coûte de l’argent, ça utilise du pétrole, ça fait un boucan d’enfer, et surtout, c’est très mauvais pour la biodiversité.

Il y a infiniment plus de vie dans un espace recouvert de plantes et de fleurs sauvages que sur une pelouse coupée à ras.

Car les herbes folles, qui poussent spontanément et que beaucoup de gens considèrent encore comme “sales”, sont un habitat et une réserve de nourriture pour les animaux, qu’il s’agisse des insectes, des oiseaux ou des petits mammifères.

Il y a infiniment plus de vie dans un espace recouvert de plantes et de fleurs sauvages que sur une pelouse coupée à ras. Évidemment, cela vaut aussi pour nos jardins.

© Photo Cyrille Souche

Certains peuvent trouver qu’une pelouse parfaitement tondue est plus esthétique qu’un terrain où poussent les plantes sauvages (ce n’est pas notre avis), mais d’un point de vue scientifique, il n’y a QUE des avantages à ranger la tondeuse au garage, surtout au printemps.

Le mouvement “No Mow May” (“pas de tonte en mai”) né en Grande-Bretagne en 2019 est en train de prendre de l’ampleur en France et je vous invite à y participer. En effet, le mois de mai est une période propice pour la croissance et la floraison des plantes sauvages, mais aussi pour la faune, dont les insectes et les oiseaux (qui font leurs nids à cette période).

© Photo Cyrille Souche

Quand on sait que les populations d’insectes volants ont décliné de 80 % en Europe ces trente dernières années, il y a urgence à ne pas détruire l’habitat de ces petites bestioles qui sont à la base de la chaîne alimentaire.

Laissez une partie de votre jardin pousser librement !

Que les choses soient claires : il ne s’agit pas de transformer tout son jardin en jungle luxuriante. C’est normal de vouloir y accéder facilement et d’en profiter pour installer une table, des chaises, des transats…

© Photo Cyrille Souche

Mais faites le test, si vous avez la chance d’avoir un peu de terrain : laissez au moins une partie pousser librement, sans la tondre, et vous verrez la différence très rapidement : davantage de papillons, d’abeilles, de coccinelles qui luttent contre les ravageurs, ou encore d’oiseaux qui viennent casser la croûte ou chercher des brindilles pour faire leur nid… Vous pourrez tracer quelques cheminements au milieu des herbes folles, pour pouvoir vous y promener et vous émerveiller du résultat. On appelle cela la “tonte différenciée”.

Un exemple de tonte différenciée, qui permet de laisser des zones pousser librement, tout en pouvant circuler.

Une expérience a été menée en 2020 au King’s College de Londres, où une section de pelouse n’a pas été tondue, contrairement à d’habitude. Les résultats ont été spectaculaires puisque trois fois plus d’espèces de plantes, d’insectes et d’araignées ont été recensées dans l’espace non tondu. Même des chauves-souris y ont trouvé leur compte !

“Nous avons constaté que la zone non tondue était extrêmement bénéfique pour la biodiversité, explique la docteur Cicely Marshall, spécialiste des plantes à l’université de Cambridge. J’ai été vraiment surprise par l’ampleur du changement dans une si petite zone.”

© Photo Cyrille Souche

Autre avantage : les herbes hautes permettent de diminuer la température du sol et de le protéger de la sécheresse, en préservant l’humidité qui s’y trouve. Une pelouse coupée à ras n’aura pas le temps de développer son système racinaire et deviendra rapidement jaune en cas de canicule, alors qu’un terrain en libre évolution sera beaucoup plus résistant et résilient. Les profondes racines des plantes sauvages permettent également à l’eau de mieux s’infiltrer dans le sol. En prévision des chaudes journées d’été, c’est plutôt utile…

© Photo Cyrille Souche

Ne taillez pas vos haies entre mars et septembre, pour protéger les oiseaux

Au-delà du mois de mai, il est conseillé de ne jamais tondre son gazon à ras, et de laisser au moins 7 centimètres de végétation toute l’année, en laissant certaines zones pousser librement.

De même, évitez de tailler vos haies entre mars et septembre, pour ne pas déranger les oiseaux qui viendraient y faire leurs nids et augmenter l’ombre au sol. Quant à ceux qui s’inquiéteraient d’une éventuelle prolifération des moustiques, sachez que la tonte ou la taille ne permettent pas de réduire leur présence, contrairement à l’élimination des eaux stagnantes, dans le fond des pots de fleurs par exemple.

Alors on pourrait penser que tout cela est anecdotique par rapport aux défis de préservation de la biodiversité. Mais pas du tout ! Car si on met bout à bout tous les jardins des particuliers et tous les espaces verts des communes de France, cela représente une surface immense. L’enjeu est donc gigantesque.

Ces espaces non tondus permettent à la faune sauvage de respirer un peu, loin du béton et loin des pesticides utilisés dans les zones agricoles… En plus, observer toute cette vie dans son jardin ou dans le parc de sa ville, c’est beau, ça fait du bien et c’est gratuit. On s’y met ?

© Photo Cyrille Souche

Comment cultiver un potager qui préserve la biodiversité ?

 » Un potager pas comme les autres. Cultiver la différence  » avec Tom le jardinier est un appel à cultiver la différence, dans un monde où la diversité végétale est menacée par l’uniformisation et les conséquences du changement climatique. En semant les graines d’un potager pas comme les autres, refuge pour les légumes anciens, vous contribuez à sauvegarder la biodiversité.

Dans un monde où la diversité végétale est à la fois menacée par la standardisation et le réchauffement climatique, ce livre vous permet de découvrir comment transformer votre potager en un refuge pour les légumes rares et anciens. L’assurance d’une abondance de récoltes et un moyen concret de préserver notre patrimoine végétal.

Grâce à Tom le jardinier, un guide tout autant expert que passionné, le lecteur apprend à réaliser un potager unique, durable et esthétique. En associant méthodes traditionnelles, savoirs ancestraux et solutions d’avenir, ce livre apporte une vision novatrice du jardinage, où chaque variété de légumes compte dans la préservation d’une biodiversité essentielle à notre survie.

Une aventure de jardinage inédite, qui allie simplicité, diversité et respect de la nature.

  • Tous les secrets pour choisir et cultiver 25 légumes rares, anciens et résilients face au changement climatique (shiso, cardon, concombre amer, larme de job, poire melon, épinard de Malabar…) : où s’approvisionner en graines et jeunes plants de qualité sans se faire arnaquer, les bons gestes et les bonnes pratiques selon chaque variété…    
  • Des conseils et des astuces pour conserver et cuisiner les fruits de son travail
  • Une méthode adaptée quel que soit l’espace dont on dispose : pour faire de son grand jardin comme de son balcon un territoire de biodiversité gourmande, abondante et durable.
  • Une aventure qui va au-delà du potager : En nous faisant découvrir des potagers différents, des collectionneurs et des conservateurs de légumes rares, oubliés ou méconnus, Tom nous fait devenir acteur de la biodiversité.

Tom le jardinier

Tom le jardinier a grandi au milieu des rangs de légumes et des arbres en Suisse. Enfant, il a cultivé son premier mètre carré de potager grâce à son grand-père, semant des myosotis et faisant pousser une jungle de tournesols, de salades et de radis. Guidé par la passion, il a suivi une formation d’horticulteur qui l’a mené jusqu’à la production de jus de pomme ou d’eau-de-vie. Il a ensuite créé son propre jardin bio. Un grave problème de santé l’a forcé à changer de voie, le conduisant vers le graphisme. Il cultive aujourd’hui ses deux passions.

Au-delà de la simple culture de légumes, cet ouvrage est une invitation à cultiver la différence.

En encourageant chacun à diversifier ses cultures pour préserver la biodiversité alimentaire, cette aventure personnelle et collective préserve notre héritage végétal unique.

René Dumont : un prophète qui avait raison il y a 50 ans sur l’urgence écologique pour notre civilisation ?

Il y a cinquante ans, en avril 1974, l’agronome René Dumont, premier candidat vert aux élections, se plaisait à jouer les prophètes. Notre civilisation allait « s’effondrer », alertait-t-il. Le choix était simple : « L’utopie ou la mort ». Ce livre raconte en détail cette campagne présidentielle prémonitoire, la naissance de l’écologie politique et sa prescience.

Le diagnostic était posé. Les causes de la crise écologique identifiées. Et tout le monde s’est moqué de lui.

Il y a cinquante ans, en avril 1974, le temps d’une campagne présidentielle, René Dumont a lancé des fusées de détresse dans le désert. Cet agronome mondialement connu s’est retrouvé sur le devant de la scène presque par hasard. Tout autant érudit que fantasque et théâtral, le tout premier candidat vert se plaisait à jouer les prophètes. Notre civilisation allait « s’effondrer », alertait-t-il. Le choix était simple : « L’utopie ou la mort ».

Sous forme de récit vivant et fourmillant d’anecdotes, ce livre raconte en détail cette campagne présidentielle étonnante et prémonitoire. Faire le récit de cette histoire – qui n’a jamais fait l’objet d’un livre – c’est aussi raconter une époque, celle de la naissance de l’écologie politique, de sa candeur mais aussi de sa prescience.

Ce livre fait écho aux livres de Dumont édités au Seuil, dont L’Utopie ou la mort. Il rappelle les choix précurseurs qu’ont fait Les Éditions Le Seuil sur l’écologie dans les années 1970, avec Illich et Gorz, notamment.

L’agronome français mondialement connu avait posé il y a 50 ans le diagnostic de l’urgence écologique. Arthur Nazaret l’auteur de ce livre est en plateau pour évoquer ce destin assez singulier
Par TV5MONDE Patrice Férus

L’auteur : Arthur Nazaret

Journaliste politique, Arthur Nazaret a longtemps couvert la gauche et les Verts pour Le Journal du Dimanche, qu’il a quitté quand Vincent Bolloré en a pris le contrôle. Il est l’auteur d’Une histoire de l’écologie politique (La Tengo), qui s’est imposé comme une référence.

30 solutions et retours d’expérience pour adapter les villes au changement climatique

L’Agence Parisienne du Climat et ses partenaires, dont la Métropole du Grand Paris, la Ville de Paris et l’ADEME Ile-de-France ont sélectionné 30 solutions, prestataires et retours d’expérience pour adapter les villes au changement climatique, qui viendront alimenter courant 2024 la plateforme AdaptaVille, un dispositif francilien pour accompagner et accélérer l’adaptation des collectivités locales.

Un écosystème de solutions d’adaptation au changement climatique pour la ville

Les aléas climatiques et leurs solutions

L’impact du changement climatique est particulièrement important au sein des villes denses. Canicules, grands froids, gaspillage énergétique, destruction de la biodiversité… face à ces aléas, de nombreux acteurs locaux ont développé des solutions concrètes afin de lutter contre les conséquences actuelles et futures du changement climatique.

ADAPTAVILLE : Une plateforme de solutions concrètes pour s’adapter au changement climatique

AdaptaVille est une plateforme visant à répertorier les solutions écologiques résilientes qui ont fait leurs preuves sur le territoire : végétalisation, désimperméabilisation, îlots de fraîcheur, gestion de l’eau, revêtements…

La mission d’AdaptaVille consiste à faciliter la reproduction de ces solutions d’adaptation au changement climatique par les politiques publiques au niveau local, départemental, régional ou national.

Pourquoi est-il nécessaire d’accélérer l’adaptation de nos villes ?

Les données de la station Paris-Montsouris, au cœur du périmètre métropolitain, montrent que le changement climatique est déjà bien réel. Le climat actuel (2000- 2019) y est plus chaud de 2,3 °C par rapport à la période préindustrielle (1873-1902).

Les mécanismes à l’origine de l’îlot de chaleur urbain (source : Agence Parisienne du Climat)

Les villes de la Métropole du Grand Paris doivent s’adapter aux aléas et enjeux induits par le changement climatique sur le territoire : canicules plus fréquentes et plus intenses, épisodes de fortes précipitations, risques d’inondations accrus, épisodes de sécheresses. Ces aléas vont s’intensifier, et nous impactent déjà tant dans nos modes de vie quotidiens qu’en termes de santé pour les plus fragiles.

Si l’intensification des aléas climatiques nécessite d’agir à court terme, des solutions plus pérennes et
plus structurantes sont indispensables pour préserver l’habitabilité de la ville.

Aménager des « Rues aux écoles » pour piétonniser et végétaliser l’espace public: l’exemple de Paris
Rue Milton, Paris 9e – © Guillaume Bontemps/Ville de Paris

Certaines solutions, bien que séduisantes à première vue, s’avèrent finalement peu efficaces et répondent
très partiellement aux objectifs de réduction de la chaleur en ville. C’est pourquoi les solutions ont été sélectionnées par l’Agence Parisienne du Climat et ses partenaires sur la base de 5 critères :
1- Contribuer à la lutte contre les aléas climatiques et leurs conséquences sur le territoire
2- Être adaptées à la ville dense
3- Être déployées ou expérimentées et présenter un retour d’expérience fiable
4- Avoir fait leurs preuves ou être en cours d’évaluation
5- Être réplicables

Apaiser et végétaliser les rues : l’exemple de Vincennes
Rue Eugénie Gérard, Vincennes – © Agence Parisienne du Climat

Plusieurs solutions d’adaptation fondées sur la nature (végétalisation de façade avec des lianes de houblon, arbre de pluie), sélectionnées cette année, complèteront le panel de fiches solutions existantes.

Équiper une toiture végétalisée d’un système de récupération des eaux pluviales
Toiture terrasse à Luynes, Système SOPRANATURE FRESH – © SOPREMA

Les solutions grises, qui permettent d’adapter le bâti ou l’espace public, sont aussi des indispensables pour adapter nos villes et notre patrimoine bâti, particulièrement sensible à la chaleur, aux inondations et au risque de retrait-gonflement des argiles. De nombreuses solutions pour améliorer l’habitabilité estivale ont été sélectionnées : rénovation avec des matériaux biosourcés, pose d’occultations, rafraîchissement adiabatique, solutions de récupération, gestion et réutilisation des eaux de pluie à l’échelle d’un bâtiment.

Créer des îlots forestiers urbains sur des terrains inutilisés avec du financement public-privé, et protégés par des Obligations Réelles Environnementales (O.R.E.)
Parcelle de plantation à Laon (02000, Aisne), projet de renaturation sur une zone humide proche d’un cours d’eau – © Treeseve

AdaptaVille pour structurer la filière Adaptation en Ile-de-France

Avec ce troisième appel à candidature, l’Agence Parisienne du Climat élargit son réseau d’acteurs professionnels et renforce le lien entre entreprises, collectivités, bailleurs sociaux et tous les acteurs de l’aménagement de l’espace urbain. L’objectif est de faciliter la mise en synergie, la collaboration avec l’ensemble des acteurs de conseil et d’accompagnement, mais aussi des maitres d’ouvrage, maitres d’œuvre et entreprises.

Rafraîchir l’espace urbain avec des miroirs d’eau brumisants
Miroir d’eau brumisant à Paris (orienté Canopée) © APC


Si une diversité de solutions à combiner entre elles pour plus d’impacts positifs et de co-bénéfices existent aujourd’hui afin de transformer l’espace urbain bâti et non bâti, il s’agit de les partager largement et de répondre aux besoins d’acculturation et d’accompagnement aux changements de pratiques.

Aménager des cours d’eau artificiels dans les espaces verts : l’exemple du Bois de Vincennes
Promenade le long de la rivière Avenue des Minimes – © Agence Parisienne du Climat

C’est ce que propose un programme d’animation territoriale qui permet de partager les bonnes pratiques et retours d’expériences sur le terrain : visites de sites,ateliers participatifs, guides pratiques, webinaires, rencontres annuelles…

Liste des solutions lauréates

Tendances maison : l’envers du décor et les dérives de la fast-déco

Dans un nouveau rapport, dévoilé aujourd’hui à la Maison du Zéro Déchet, Zero Waste France, le Réseau National des Ressourceries et Recycleries et les Amis de la Terre France pointent l’emballement de la production dans l’ameublement et la décoration. Les associations demandent au gouvernement de prendre des mesures pour encadrer les pratiques du secteur et soutenir les alternatives, comme le réemploi et la réparation.

Un surinvestissement de la maison désastreux pour l’environnement

Entre 2017 et 2022, le nombre d’éléments d’ameublement mis sur le marché en France a augmenté de 88%, passant de 269 à 505 millions d’unités mises sur le marché. Le nombre de déchets d’éléments d’ameublement (DEA) collectés a quant à lui été multiplié par un peu plus de 2 entre 2014 et 2020, selon l’Ademe.

LA HAUSSE DU MARCHÉ DES ÉLÉMENTS D’AMEUBLEMENT

Depuis les confinements liés au Covid, la maison a été surinvestie par ses habitant·es : lieu d’enfermement subi, mais aussi espace refuge, elle a été transformée et personnalisée de façon encore plus forte qu’auparavant

Pauline Debrabandere, coordinatrice de campagnes de Zero Waste France
MEUBLES D’APPOINT, COUETTES ET CHAISES DE JARDIN EN PLUS FORTE PROGRESSION

Évidemment, les géants de la fast-fashion, de l’e-commerce et de la grande distribution, mais aussi les acteurs émergents du déstockage et du e-commerce, ont tout fait pour renforcer cette tendance afin d’en tirer un maximum de profit, avec des conséquences désastreuses pour la planète”.

Pauline Debrabandere, coordinatrice de campagnes de Zero Waste France

MISES SUR LE MARCHÉ D’ÉLÉMENTS D’AMEUBLEMENT
PAR CATÉGORIES, EN MILLIERS DE TONNES

Légende : les différentes catégories d’éléments d’ameublement
CAT01 : meubles de salon, séjour, salle à manger
CAT02 : meubles d’appoint
CAT03 : meubles de chambre à coucher
CAT04 : literie
CAT05 : meubles de bureau
CAT06 : meubles de cuisine
CAT07 : meubles de salle de bains
CAT08 : meubles de jardin
CAT09 : sièges
CAT10 : meubles techniques, commerciaux et de collectivités
CAT11 : produits rembourrés d’assises et de couchage

Aujourd’hui, les éco-organismes dédiés collectent 1,3 million de tonnes de déchets d’ameublement, soit seulement 42% en tonnage des éléments mis sur le marché. Près de la moitié de ces déchets collectés sont non-réutilisables, non-réparables et non recyclables. Ainsi, ils sont purement et simplement brûlés en incinérateur et en cimenterie, ou enfouis en décharge.

Fast-fashion, fast-déco : même combat

Au-delà des quantités astronomiques de meubles et d’éléments de décoration mis sur le marché, d’autres facteurs attestent de l’émergence d’un système de fast-déco reposant sur les mêmes pratiques que la fast-fashion : renouvellement rapide des collections, conditions de travail parfois contraires à la dignité humaine, dumping environnemental et social, prix très bas et promotions permanentes, utilisation des réseaux sociaux et “gamification”…

Aujourd’hui, une enseigne milieu de gamme comme Maisons du Monde commercialise chaque année 3 000 nouvelles références, parmi les 15 000 proposées. De nouveaux acteurs, comme Shein et Action, ont fait irruption sur le marché de la déco low-cost, en s’appuyant sur des communautés très actives sur les réseaux sociaux, friandes de “hauls” et d’”unboxing”. Résultat : 46 % des acheteur·ses de produits de décoration renouvellent au moins une fois par an des éléments de leur pièce à vivre.

Face à une saturation de biens, le secteur de la décoration fait le choix d’accélérer son rythme de production vers des niveaux insoutenables pour la planète. Avec toujours le même objectif : donner envie en créant de toute pièce un besoin superficiel

Pierre Condamine, chargé de campagne surproduction aux Amis de la Terre France
UN MARCHÉ DE LA DÉCORATION EN PLEIN ESSOR

A l’heure du dépassement des limites planétaires, il est urgent d’encadrer le secteur afin de limiter sa consommation démesurée de ressources.

Pierre Condamine, chargé de campagne surproduction aux Amis de la Terre France

Le réemploi et la réparation, des alternatives qui ont besoin de soutien

Il existe des alternatives efficaces pour limiter l’impact des meubles et de la décoration, comme le réemploi et la réparation. Selon une estimation de RREUSE, réseau européen des entreprises sociales du réemploi, les activités de ses membres ont permis en 2022 de détourner environ 1 million de tonnes de marchandises et de matériaux de sites d’enfouissement où ils auraient dû finir leur vie, et d’étendre la durée de vie d’environ 214 500 tonnes d’objets grâce au réemploi. Cette activité compense ainsi chaque année les émissions annuelles de CO2 de plus de 108 000 citoyen·nes européen·nes.

Mais bien que le réemploi et la réparation soient légalement prioritaires sur le recyclage et l’incinération, ces activités restent marginales. Par exemple, le taux de meubles réemployés, parmi ceux collectés par les éco-organismes, est en baisse constante depuis 2017 et n’a jamais dépassé 3%.

En particulier, le réemploi des meubles se heurte à de nombreuses difficultés, du fait de la baisse de qualité des objets collectés, du manque de foncier pour gérer ce flux particulièrement consommateur d’espace, du risque de détérioration des objets pendant la collecte, mais aussi du manque de financement du réemploi et de la réparation.

L’explosion de la production de meubles de faible qualité a des impacts très négatifs sur le taux de réemploi dans les Ressourceries et Recycleries

Catherine Mechkour Di Maria, Secrétaire générale du Réseau National des Ressourceries et Recycleries.
LE FONDS RÉPARATION, UNE INCITATION POUR LES CONSOMMATEUR·ICES À RÉPARER LEURS BIENS

Plus de la moitié des meubles que nous recevons vont directement en benne pour recyclage, alors que celui-ci est non-prioritaire par rapport au réemploi. Quand on rajoute à cela le coût important du foncier pour le stockage et la vente dans cette filière, on débouche sur un problème structurel : le réemploi des meubles est complètement sous-financé en France”.

Catherine Mechkour Di Maria, Secrétaire générale du Réseau National des Ressourceries et Recycleries.

Les propositions des associations pour mettre la fast-déco au placard

Zero Waste France, Les Amis de la Terre France et le Réseau National des Ressourceries et Recycleries demandent des mesures contraignantes pour :

  • réduire les quantités de meubles et éléments de décoration commercialisées en France, afin de respecter la limite de +1,5°C fixée par l’Accord de Paris.
  • doubler les montants investis pour le développement du réemploi dans le secteur de l’ameublement et de la décoration, sous l’impulsion de l’Etat.
  • soumettre les éléments de décoration au principe du pollueur-payeur à travers la filière à responsabilité élargie du producteur (REP) dédiée, au même titre que les éléments d’ameublement.
  • limiter et encadrer les pratiques marketing et la publicité incitant à la surconsommation.
  • faire baisser le coût de la réparation des meubles et éléments de décoration sous le seuil psychologique de 33% du prix neuf, grâce à des aides adaptées (“bonus réparation”).
  • interdire ou a minima mettre en place des pénalités fortement dissuasives dès 2025 pour les produits non recyclables ou fabriqués avec des ressources non gérées durablement, comme les fleurs en plastique.

Aquaponie, biens communs, écocide, résilience … des chercheurs nous aident à mieux comprendre les mots d’un monde qui se transforme

La série « L’envers des mots » est consacrée à la façon dont notre vocabulaire s’étoffe, s’adapte à mesure que des questions de société émergent et que de nouveaux défis s’imposent aux sciences et technologies. Des termes qu’on croyait bien connaître s’enrichissent de significations inédites, des mots récemment créés entrent dans le dictionnaire. D’où viennent-ils ? En quoi nous permettent-ils de bien saisir les nuances d’un monde qui se transforme ? De « validisme » à « silencier », de « bifurquer » à « dégenrer », pour The Conversation France, les chercheurs s’arrêtent sur ces néologismes pour nous aider à mieux les comprendre, et donc mieux participer au débat public

« L’envers des mots » : Biens communs

La notion de biens communs renvoie à ces ressources qui sont gérées de manière collective. Shutterstock

Alexandra Bouard, Université de Poitiers

De l’anglais « commons », désignant à l’origine des terres partagées par des communautés villageoises, notamment pour le pâturage des animaux, la notion de « communs » ou « biens communs » désigne des ressources gérées de manière collective. Elle soulève de nombreux débats dans le champ intellectuel alors que domine depuis deux siècles le principe de la propriété privée.

Les économistes s’y sont intéressés en amont des juristes, notamment sous l’impulsion, du prix Nobel d’économie 2009, Elinor Ostrom, qui aborde cette question dès 1983, lors de la conférence d’Annapolis. Ils se sont attachés aux conditions dans lesquelles des communautés humaines de différents types d’écosystèmes peuvent à la fois vivre des ressources qu’elles prélèvent dans ces écosystèmes et veiller à leur reproduction à long terme, c’est-à-dire à leur « soutenabilité ».

Ce lien central entre droit (ou faculté) de prélever et de jouir d’une ressource sous condition de préserver l’écosystème dans son ensemble est ici pensé d’une manière entièrement nouvelle par rapport à ce qui prévaut dans la relation jusqu’ici décrite entre droits de propriété et biodiversité.

C’est avec la commission Rodatà, mise en place en 2007 par le ministre italien de la Justice, qu’émerge une véritable piste de réflexion pour une définition de « bien commun » (beni comuni). Dans un contexte de privatisation des biens et des services publics, l’Italie connaît dans les années 2000 un mouvement social remettant en cause les ressources comme l’eau. Se posait la question de savoir si l’eau devait restait un bien public, question à laquelle les votants ont été majoritairement favorables.

Les biens communs étaient définis comme « les choses qui expriment des utilités fonctionnelles pour l’exercice des droits fondamentaux ainsi que le libre développement de la personne ». Quel que soit le propriétaire de ces biens, une personne publique ou privée, la loi devait en garantir « la jouissance collective » (la fruizione collettiva) dans des conditions et limites compatibles avec l’exigence prioritaire de leur préservation « au bénéfice des générations futures ».

Ainsi, un régime approprié de contrôle juridictionnel et de responsabilité prévoyait que toute personne aurait eu la possibilité d’agir en justice pour garantir la sauvegarde des « biens communs » et l’accès à ceux-ci, en revanche, seul l’État aurait pu agir en réparation d’éventuels dommages. Cependant, la chute du gouvernement de Romano Prodi a mis fin aux prémices d’une avancée définitionnelle. Les biens communs sont alors restés, selon les mots du chercheur Benoît Grimonprez :

« un concept théorique explicatif de nombreuses situations juridiques (concernant l’eau, le climat, la biodiversité…). Ils s’inscrivent aussi dans un discours performatif, qui porte en lui une critique politique de l’exercice des droits de propriété, des libertés d’entreprendre et de circulation des marchandises. La catégorie juridique, si tant est qu’on puisse l’identifier, demeure orpheline d’un régime propre ».

Or, le « bien commun » ne peut exister que s’il est soutenu par la norme juridique et que si son existence est pleinement reconnue et sanctionnée positivement par le droit. En France une proposition de loi du 19 octobre 2021 entendait ajouter à l’article 714 du code civil qui définit les choses communes, un alinéa définissant la notion :

« Le statut de bien commun peut être attribué à des biens matériels ou immatériels, quel que soit leur régime de propriété, au regard de leur destination commune, de l’usage collectif qui en est ou pourrait en être fait, de leur caractère de ressource nécessaire à toutes et tous, des droits fondamentaux qui peuvent s’y rattacher, de l’histoire collective qui a permis leur constitution ou encore, de leur caractère de rareté et de leur caractère patrimonial remarquable eu égard aux menaces qui pourraient les mettre en danger ».

Le rapporteur de la commission des lois a modifié les critères de cette définition des biens communs afin de faire référence à l’« intérêt patrimonial ou environnemental », ce qui aurait pour avantage de prendre en considération plus largement les biens patrimoniaux et environnementaux, qu’ils soient remarquables ou ordinaires.

Cela étant, selon la définition proposée, tout est susceptible d’être catégorisé de « commun ». Le commun n’est pas tant lié à la nature même de l’objet qu’à la fonction qu’on lui donne et à la gouvernance qu’on lui applique comme Elinor Ostrom a déjà pu le démontrer. La proposition de loi du 19 octobre 2021 n’a pas été adoptée. Cet abandon marque l’absence d’avis sur la reconnaissance de biens communs à ce jour en France.

Alexandra Bouard, Docteure en droit public, Université de Poitiers

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


« L’envers des mots » : Écocide

La question des atteintes portées à l’environnement a été, petit à petit, intégrée à la matière pénale depuis le début des années 1970. Shutterstock

Louis de Redon, AgroParisTech – Université Paris-Saclay

Depuis 1810, le Code pénal dispose de l’interdiction de certains comportements qui peuvent porter atteinte à trois matérialités : les personnes (Livre II), les biens (Livre III) et l’État (Livre IV). Ainsi, quiconque enfreint un interdit posé par la loi s’expose à des sanctions… L’objectif est triple :

  • anticiper les comportements que l’on souhaite éradiquer de la société en brandissant le glaive de la justice (vertu préventive de la peine) ;
  • sanctionner ceux qui franchissent le Rubicon malgré la menace (vertu réparatrice de la peine) ;
  • éduquer les délinquants aux fins d’éviter la récidive (vertu pédagogique de la peine).

Ainsi le droit pénal a la lourde tâche de fixer des limites à nos actions : ce que la société accepte, tolère et rejette. Et c’est donc naturellement, au cœur d’un anthropocène théorisé et assumé, que la question des atteintes portées à l’environnement a été, petit à petit, intégrée à la matière pénale depuis le début des années 1970.

En cette nouvelle ère géologique caractérisée « par l’avènement des hommes comme principale force de changement sur Terre, surpassant les forces géophysiques », dire les atteintes causées à l’environnement que la société accepte, tolère et rejette. Avec tout ce que cela emporte de subjectivité et de plasticité dans le temps : ce que l’on acceptait hier peut être encore toléré aujourd’hui, avant d’être probablement rejeté demain.

L’écocide serait le fait de « tuer notre habitat », c’est-à-dire de détruire les écosystèmes qui constituent notre matrice existentielle. Shutterstock

Cette pénalisation fragmentaire et évolutive des atteintes à l’environnement a conduit à une forme d’inefficacité. On punit peu et on punit mal. Ainsi, face à des destructions d’écosystèmes entiers par les activités humaines, la nécessité de définir une incrimination spécifique ayant pour objet de prévenir les atteintes majeures à l’environnement, et de punir sévèrement les auteurs de ces atteintes, s’est imposée auprès de nombreux juristes, écologues, sociologues et philosophes. Il s’agit de dire par la création d’une nouvelle infraction qu’il y a des comportements anti-écologiques que la société entend proscrire du vivre ensemble.

Ainsi, depuis la seconde moitié du XXe siècle, un véritable combat pour la reconnaissance et la sanction de l’écocide a été portée par les activistes écologistes. Mot-valise constitué du préfixe « éco- » (du grec « oikos », « maison, habitat ») et du suffixe « -cide » (du latin « caedere », « tuer »), l’écocide – par analogie avec homicide (le fait de tuer un homme) – est donc le fait de « tuer notre habitat », c’est-à-dire de détruire les écosystèmes qui constituent notre matrice existentielle. En y ajoutant l’intentionnalité, l’écocide il peut être considéré comme l’« assassinat de notre environnement » dans la mesure où le caractère volontaire et prémédité de nos actes est de moins en moins à mesure que les scientifiques nous alertent.

Ainsi, début 2021, la Convention citoyenne pour le climat a proposé dans son rapport final la création d’un crime d’écocide (proposition SN 7.1.1). Intégré au Livre V du code pénal (« Autres crimes et délits »), un Titre III disposerait « Des infractions en matière d’environnement » incluant – notamment – un nouvel article établissant l’écocide comme

« toute action ayant causé un dommage écologique grave consistant en un dépassement manifeste et non négligeable d’au moins une des limites planétaires et dont l’auteur savait ou aurait dû savoir qu’il existait une haute probabilité de ce dépassement ».

Cette infraction serait punie de vingt ans de réclusion criminelle et d’une amende de 10 millions d’euros dont le montant pourrait être porté à 20 % du dernier chiffre d’affaires connu à la date de la commission des faits et en fonction des avantages tirés.

Finalement, la loi climat-résilience du 22 août 2021 a retenu une définition beaucoup plus restrictive et technique : intégré au Code de l’environnement, l’écocide constitue le fait, « en violation manifestement délibérée d’une obligation particulière de prudence ou de sécurité prévue par la loi ou le règlement » (art. L. 231-1 C. env.) et « lorsqu’il est commis de manière intentionnelle » (art. L. 231-3 C. env.), « d’émettre dans l’air, de jeter, de déverser ou de laisser s’écouler dans les eaux superficielles ou souterraines ou dans les eaux de la mer dans la limite des eaux territoriales, directement ou indirectement, une ou plusieurs substances dont l’action ou les réactions entraînent des effets nuisibles graves et durables sur la santé, la flore, la faune […] » ; la peine étant de dix ans d’emprisonnement et l’amende pouvant être portée à 4,5 millions d’euros jusqu’au décuple de l’avantage tiré de la commission de l’infraction.

Une formulation très imparfaite mais une formulation qui permet tout de même une première reconnaissance juridique de l’écocide… En attendant une définition plus simple, plus large, plus pédagogique et plus efficace au sein d’un nouveau livre du code pénal dédié spécifiquement à la protection de notre environnement si fragile et si menacé ?


Cet article s’intègre dans la série « L’envers des mots », consacrée à la façon dont notre vocabulaire s’étoffe, s’adapte à mesure que des questions de société émergent et que de nouveaux défis s’imposent aux sciences et technologies. Des termes qu’on croyait déjà bien connaître s’enrichissent de significations inédites, des mots récemment créés entrent dans le dictionnaire. D’où viennent-ils ? En quoi nous permettent-ils de bien saisir les nuances d’un monde qui se transforme ?

De « validisme » à « silencier », de « bifurquer » à « dégenrer », nos chercheurs s’arrêtent sur ces néologismes pour nous aider à mieux les comprendre, et donc mieux participer au débat public.

À découvrir aussi dans cette série :

Louis de Redon, Maître de conférences HDR en droit de l’environnement, AgroParisTech – Université Paris-Saclay

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


« L’envers des mots » : Résilience

C’est pour qualifier des sujets «vulnérables, mais invincibles» que la psychologue Emmy Werner a introduit le mot «résilience». Shutterstock

Cyril Tarquinio, Université de Lorraine

De plus en plus fréquent dans les discours médiatiques et le langage courant, le terme résilience aurait été utilisé pour la première fois par Emmy Werner. Cette psychologue du développement se pencha dans les années 1980-1990 sur les conséquences à long terme du stress survenu au cours des périodes prénatales et périnatales, à partir d’une recherche longitudinale sur 698 personnes de l’île de Kauaï à Hawaii, de leur naissance à l’âge adulte.

Dans cette recherche, ce qui a étonné l’auteure fut qu’un tiers des enfants à risque n’avaient pas connu de problèmes particuliers pendant leur enfance et étaient devenus des adultes heureux et compétents. En outre, bon nombre des enfants ayant connu des problèmes ont été capables de rebondir à l’adolescence et à l’âge adulte. C’est pour qualifier ces sujets « vulnérables, mais invincibles » qu’Emmy Werner a utilisé le mot « résilience ».

La définition de la résilience proposée en 2001 par la Fondation de l’Enfance et par le groupe de travail dirigé par Michel Manciaux envisage cette notion comme « … la capacité d’une personne, d’un groupe, à se développer bien, à continuer à se projeter dans l’avenir en dépit d’événements déstabilisants, de conditions de vie difficiles, de traumatismes parfois sévères ».

Pour la professeure en psychologie Marie Anaut, la résilience implique « l’adaptation face au danger, le développement normal en dépit des risques et le ressaisissement de soi après un traumatisme ». Retenons également la définition de Boris Cyrulnik pour qui la résilience est « la capacité à réussir, à vivre et à se développer positivement, de manière socialement acceptable, en dépit du stress ou d’une adversité qui comportent normalement le risque grave d’une issue négative ».

L’importance de la résilience a surtout été mise en évidence dans la littérature relative au développement de l’enfant et de l’adolescent. Elle est souvent définie en fonction des facteurs de protection liés à l’individu lui-même et à son environnement. Des facteurs de résilience ont été relevés chez les personnes décrites comme ayant des ressources personnelles (estime de soi, la confiance en soi, l’autodiscipline, le courage et l’optimisme face à l’adversité) ou encore possédant des capacités cognitives supérieures à la moyenne, un sentiment de compétence, un lieu de contrôle interne, le sens de l’humour, de l’empathie et des compétences sociales.

D’autres facteurs contribueraient à la protection des individus : l’adaptabilité au changement, l’autonomie, l’indépendance, les habiletés à résoudre les problèmes, la capacité à donner du sens à l’événement et la religion. Le contexte familial semble également jouer un rôle. Le fait d’avoir des parents chaleureux, de bénéficier de leur soutien, l’absence de conflits, la structuration de la vie de famille sont des facteurs propices à une bonne résilience.

Notons enfin que le soutien social des pairs, des professionnels, de la famille élargie, de professeurs et de voisins est également à prendre en compte. Il prend diverses formes comme le fait de bénéficier d’une présence réconfortante, de conseils ou d’informations susceptibles de constituer une aide pour mieux comprendre les événements ou les épreuves auxquels il faut faire face.

La position qui domine actuellement la littérature consiste à aborder la résilience en termes de processus. Celle-ci est alors envisagée dans une perspective développementale, c’est-à-dire qu’elle est fonction du stade de développement dans lequel se trouve le sujet, ce qui conduit à des différences de réactions suivant l’âge, l’évolution, la construction psychique, l’entourage du sujet. Ce n’est pas une qualité « fixe » ou un trait de personnalité de l’individu, elle peut être soumise à des variations conséquentes selon les circonstances. Ainsi, la résilience ne se révèle pas dans le quotidien de la vie, mais dans l’épreuve qui seule est susceptible de mobiliser cette ressource, qu’il convient d’aller puiser au plus profond de soi.

Ainsi, pour mobiliser les processus de résilience, les individus doivent être confrontés à des événements aversifs ou traumatisants, comportant de la violence, une effraction physique ou psychique (par exemple, la perte d’un proche, un accident, une maladie…). Il peut aussi s’agir également d’une accumulation d’événements aversifs ou de carences graves et répétées, comme des négligences affectives.

Les processus de résilience peuvent être mis en œuvre dans des situations variées qui contribuent à rompre l’équilibre de l’individu adapté à son environnement. Certaines expériences suscitant des émotions fortes et négatives (comme la peur, la confusion, la défiance, etc.) pourraient constituer des risques pour le bien-être et l’équilibre mental de l’individu. Ainsi, une grande variété de situations est susceptible de mobiliser les processus de résilience, si tant est tant qu’elle soit alors mobilisable.

Cyril Tarquinio, Professeur de psychologie clinique, Université de Lorraine

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


« L’envers des mots » : Surcyclage

Le recyclage classique vise simplement la retransformation d’un objet usagé vers son état d’origine. Shutterstock

Marion Négrier, Mines Paris – PSL

Le recyclage classique vise simplement la retransformation d’un objet usagé vers son état d’origine, et qui gardera donc la même fonctionnalité et esthétique. C’est ce qui se passe avec les bouteilles en plastique. Le surcyclage, lui, permet de valoriser un objet en un nouveau de qualité supérieure – des déchets textiles seront ainsi convertis en pièces de mode. À l’inverse, le sous-cyclage tend vers l’élaboration d’un nouvel objet de valeur moindre, dans le cas par exemple de livres qui deviendront des cartons d’emballage.

D’après le dictionnaire Larousse, le terme surcyclage est très peu employé dans la langue française, en faveur de sa traduction anglaise « upcycling » ou littéralement « recyclage par le haut », également appelé « suprarecyclage » du côté québécois. L’upcycling est un type de recyclage ayant pour objectif de donner une seconde vie à des matières ou objets destinés à être jetés en les transformant en produits à valeur ajoutée, esthétiques et/ou utiles, et souvent détournés de leur utilisation première.

Ce concept de valorisation de la matière a toujours existé et les premiers exemples enregistrés datent du XVIIe siècle, en particulier dans la mode. En effet, afin de suivre les tendances, les anciennes robes étaient réutilisées pour en créer de nouvelles ou confectionner des sacs et chaussures.

Au début du XXe siècle, les artistes se servent d’objets usagés divers dans leurs créations, on peut citer les cas de Marcel Duchamp dès 1915 ou de Pablo Picasso dans les années 1940. Puis, pendant la Seconde Guerre mondiale, due à la pénurie de textile causée par la fabrication massive d’uniformes de guerre en Grande-Bretagne, la campagne « Make Do and Mend » fut lancée, encourageant la réparation et recyclage des vêtements.

Plus tard, dans les années 1950, Robert Rauschenberg s’inspire des travaux des années 1920 et crée la « junk art » ou l’art des déchets, consistant en l’utilisation de matériaux de récupération pour créer des œuvres d’art, un bel exemple d’upcycling. Puis la récession du début des années 80 pousse la population, et en particulier les jeunes générations à porter et personnaliser leurs vêtements de seconde main.

Enfin, c’est en 1994 que les termes upcycling et down-cycling sont inventés par Reiner Pilz, un architecte d’intérieur allemand, ayant déclaré à propos la prochaine directive européenne sur les déchets et du recyclage :

« Le recyclage, j’appelle ça du sous-cyclage, ils détruisent des briques, ils détruisent tout. Ce dont nous avons besoin est le surcyclage. Où de la valeur est ajoutée aux anciens produits, et non perdue. »

Ensuite, Gunter Pauli publie le premier livre dédié à l’upcycling au titre éponyme en 1998, suivi en 2002 par le best-seller Cradle to Cradle : Créer et recycler à l’infini de William McDonough et Michael Braungart, ce qui augmente fortement la popularité du terme upcycling. Ces ouvrages évitent le gaspillage des matières premières en promouvant leur réutilisation en créant de nouveaux produits.

Ces dix dernières années, le surcyclage s’est fortement développé en parallèle de la mise en place d’actions et de lois visant à promouvoir l’économie circulaire. En plus de leur réemploi, le surcyclage des objets et matières limite grandement leur impact environnemental, et participe également à la création d’emplois dans de nombreux secteurs, de la récupération des objets, en passant par leur transformation ou réparation, jusqu’à leur réemploi.

L’industrie de la mode est l’un des pionniers de l’upcycling, et participe toujours activement au développement des procédés de valorisation des tissus, afin de retransformer les millions de tonnes de déchets textiles générés dans le monde chaque année, invendus compris et limiter leur impact environnemental et sociétal. Le surcyclage des vêtements est devenu nécessaire et de plus en plus de grandes marques se spécialisent dans ce domaine comme Readymade au Japon, mais encore Maison Margiela et Marine Serre en France, ou encore de plus petites marques parisiennes comme Paris RE Made et Mout-Mout.

Les secteurs de la décoration, de l’art et du design sont également très impliqués dans le surcyclage de leurs matériaux. Par exemple, l’artiste plasticien portugais Bordalo II sculpte des animaux géants à partir de déchets dans les rues de Lisbonne.

Le surcyclage ou upcycling se définit ainsi comme un moyen de valorisation de la matière ayant un grand intérêt économique, environnemental et culturel.


Marion Négrier, Post-doctorante en chimie des matériaux au CEMEF (Mines Paris – PSL), en collaboration avec le centre RAPSODEE (IMT Mines Albi) et avec le le Centre Thermodynamique des Procédés, Mines Paris – PSL

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Les 7 modèles d’agriculture durable : agroécologie, biodynamie, climato-intelligence, permaculture …

Réduire notre dépendance aux pesticides est un des enjeux des différents types d’agricultures durables : agriculture biologique, agroécologie, permaculture, biodynamie … Pour s’y retrouver entre tous ces modèles agricoles, l’écologue des sols Marie-Liesse Vermeire et l’agronome Raphaël Belmin (CIRAD) nous proposent de jouer aux sept familles de l’agriculture durable. 

Les sept familles de l’agriculture durable

Les modèles d’agricultures durables sont nombreux, mais ils n’ont pas les mêmes pratiques et objectifs. Raphaël Belmin, Fourni par l’auteur

Marie-Liesse Vermeire, Cirad et Raphaël Belmin, Cirad

Le modèle dominant de l’agriculture conventionnelle, parfois également appelée industrielle ou intensive, est de plus en plus contesté. Ce système de production agricole, qui cherche à maximiser la production grâce au travail des machines et à des intrants divers (engrais et pesticides de synthèses, semences hybrides, carburant pour les machines, eau d’irrigation…), est décrié pour ses conséquences.

Pour n’en citer que quelques-uns : dégradation des sols, pollution de l’environnement, effondrement de la biodiversité, émissions de gaz à effet de serre, détresse des communautés rurales, inégalités mondiales

Il existe cependant d’autres modèles : l’agriculture biologique, l’agriculture régénérative, l’agriculture de conservation, l’agriculture climato-intelligente, la biodynamie, la permaculture ou encore l’agroécologie.

Porteuses de nombreuses promesses, ces agricultures ne sont cependant pas toujours faciles à différencier et à évaluer. Nous proposons de les passer au crible pour mieux les distinguer dans leur positionnement, leurs objectifs et leurs pratiques.

La nature comme dénominateur commun

Toutes ces formes d’agriculture proposent d’imiter ce qui se passe dans la nature et de travailler de concert avec elle pour produire des aliments de manière durable. Nous les appellerons ici « agricultures écologisées ». On les oppose souvent à l’agriculture conventionnelle, pour qui les ressources naturelles sont réduites à des facteurs de production neutres et substituables.

Ces modèles alternatifs se distinguent de l’agriculture de précision ou de l’agriculture raisonnée, qui s’appuient sur la technologie pour une application plus efficiente et plus ciblée des intrants, mais sans remettre en question les principes de l’agriculture conventionnelle.


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Ces agricultures écologisées opèrent toutefois selon des modes de fonctionnement très différents.

Certaines formes d’agriculture sont certifiées. Leurs pratiques sont réglementées par un cahier des charges et font l’objet de contrôles. C’est le cas de l’agriculture biologique mais aussi de la biodynamie, régies respectivement par les standards internationaux IFOAM (Organics International) et DABSF (Demeter International).

D’autres sont gouvernées non pas par un cahier des charges, mais par des principes fondamentaux reconnus par les agriculteurs. On peut citer ici la permaculture, l’agriculture de conservation et l’agroécologie, qui ont des règles parfois très différentes notamment concernant le recours aux pesticides, la fertilisation ou le travail du sol, comme on le verra ci-dessous.

Un jeune horticulteur de Basse-Casamance (Sénégal) qui pratique l’agroécologie. Raphael Belmin / CIRAD

De ce fait, il existe une grande diversité d’interprétations et de mises en pratique des principes. Cette souplesse constitue un avantage clé pour les agriculteurs libres d’adapter leurs pratiques au contexte local, mais en retour, elle rend très difficile l’évaluation des performances agronomiques et économiques de ces modèles.

Il existe enfin des modèles agricoles qui se fixent des résultats à atteindre sans renvoyer explicitement à des corpus de pratiques ou principes clairs et stabilisés. C’est le cas de l’agriculture régénérative (qui entend régénérer les ressources naturelles) et de l’agriculture climato-intelligente (qui veut améliorer le stockage de carbone par les sols).

Étant donné cette difficulté méthodologique, nous ne sommes pas en mesure de les comparer avec les autres et les laisserons de côté dans la suite de l’article.


11 mesures pour une Europe agricole et forestière durable

À l’approche des élections européennes, la Fédération Nationale Entrepreneurs des Territoires réaffirme le rôle fondamental des entreprises de travaux agricoles, ruraux et forestiers. Elle publie un manifeste de 11 mesures à prendre pour assurer la pérennité de ces filières.

À travers 11 propositions, ce manifeste met en lumière les priorités des entreprises de travaux agricoles, ruraux et forestiers (ETARF), qui sont autant de leviers pour que le mandat 2024-2029 sécurise un cadre européen, innovant et favorable au développement d’une agriculture et d’une forêt durables.

Pour la FNEDT, seule la combinaison des forces de tous les professionnels des filières permettra de relever les défis du renouvellement des générations et des adaptations au changement climatique.


Des philosophies différentes

C’est aussi dans leurs ambitions respectives et dans les valeurs défendues que ces modèles agricoles diffèrent.

  • Dans les cas de l’agriculture de conservation, il s’agit avant tout de proposer des changements de pratiques pour améliorer les performances agronomiques et écologiques à l’échelle d’une exploitation.
  • L’agriculture biologique et la permaculture, en revanche, intègrent également les aspects de justice sociale à l’échelle de la ferme, ou du territoire.
  • L’agroécologie, quant à elle, vise une transformation profonde des systèmes agricoles et alimentaires. Elle prend en compte tous les moteurs du changement (recherche, gouvernance des filières, politiques agricoles, etc.) dans un souci de justice sociale et de souveraineté alimentaire.
  • La biodynamie, enfin, se concentre également sur une amélioration des performances écologiques à l’échelle de l’exploitation (elle vise à gérer la ferme comme un organisme vivant), mais on lui reproche souvent, de par ses liens avec l’anthroposophie, sa dimension ésotérique (croyances en l’impact des astres et de créatures surnaturelles sur les cultures), voire ses possibles dérives sectaires).

Avec ou sans pesticides ?

Concrètement, c’est aussi dans les choix réalisés pour se protéger des ravageurs, en limitant le recours aux pesticides, voire en s’en affranchissant totalement, que ces agricultures écologisées diffèrent.

Comment les différents types d’agriculture se protègent des ravageurs ? Marie-Liesse Vermeire, Fourni par l’auteur

Nombreux sont les indésirables qui sont tout autant intéressés que nous par nos plantes cultivées : mouches, vers, bactéries et champignons… La réponse, en agriculture conventionnelle, est simple : empoisonnons-les. Au risque de contaminer l’environnement, nos assiettes, et d’éliminer au passage leurs ennemis naturels, des auxiliaires naturels pourtant bien utiles pour les maîtriser.

Les agricultures écologisées mobilisent activement cet arsenal de biodiversité : prédateurs et parasites des indésirables, plantes répulsives, extraits de plantes (huiles essentielles par exemple) ou d’animaux (comme la propolis), microorganismes, etc.

  • L’agriculture biologique, avec la biodynamie, sont les modèles les plus stricts : seuls les produits listés dans les standards sont autorisés, et les pesticides synthétiques sont formellement proscrits. La biodynamie prescrit également l’usage de neuf « préparations biodynamiques », à base de plantes, minéraux et fumiers animaux, qui sont utilisés en sprays sur les champs ou dans les composts à des doses très faibles (similaire à l’homéopathie) dont l’efficacité demeure difficile à prouver.
  • Les pesticides de synthèse vont aussi à l’encontre des principes de protection de la santé des sols, de respect et utilisation de la biodiversité, et d’économie d’énergie au cœur de l’agroécologie et de la permaculture. Cependant, l’interprétation faite par certains agriculteurs de ces principes laisse la porte ouverte à une utilisation limitée de pesticides de synthèse.
  • Enfin, l’agriculture de conservation ne prend pas en compte la protection des cultures dans ses principes.

Les solutions pour fertiliser les sols sans engrais minéraux

Dans la nature, rien ne se perd et rien ne se crée, tout se transforme. Les nutriments du sol sont prélevés par les plantes, puis restitués au sol lorsque ces plantes meurent, ou via les excréments d’animaux qui les ont consommées. Cependant, à la récolte, ces nutriments sont exportés pour finir dans nos assiettes. Il faut donc compenser ces pertes.

Pour ce faire, l’agriculture conventionnelle a recours à des engrais chimiques de synthèse, dont l’usage intensif pose de nombreux problèmes. Leur production et leur transport consomment des énergies fossiles et émettent des gaz à effet de serre, et ils peuvent occasionner des pollutions (par exemple, les fertilisants phosphatés contiennent souvent du cadmium, du mercure et du plomb). Leur usage en excès déséquilibre la vie du sol, notamment en le vidant de sa matière organique.

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Cette dernière est pourtant l’or brun de l’agriculture : elle maintient la structure du sol en agissant comme un ciment, nourrit les organismes vivants qui y sont présents, et séquestre du carbone (luttant ainsi contre les changements climatiques).

Comment les différents types d’agriculture assurent la fertilisation des sols ? Marie-Liesse Vermeire, Fourni par l’auteur

Les agricultures écologisées cherchent ainsi à régénérer et conserver la matière organique du sol en privilégiant une diversité de fertilisants organiques : résidus de plantes, compost ou dérivés d’animaux (excréments, os, écailles de poisson, etc.).

  • Les standards de l’agriculture biologique et de la biodynamie interdisent les engrais de synthèse. Ils contrôlent également de manière très stricte la qualité des matières organiques appliquées, ainsi que leur origine. Les fertilisants organiques contenant des contaminants ou toxines ne sont pas autorisés par la biodynamie. Cela inclut les matières issues de l’industrie ou des élevages industriels, qui peuvent contenir des métaux lourds, des résidus d’antibiotiques et autres polluants.
  • L’usage d’engrais de synthèse ou de matières organiques contenant des contaminants va également à l’encontre des principes de recyclage, de réduction d’intrants, de santé des sols et d’économie d’énergie défendus par la permaculture et l’agroécologie. Cependant, tout comme pour les pesticides, l’interprétation faite par certains agriculteurs de ces principes laisse la porte ouverte à une utilisation limitée d’engrais de synthèse.
  • Enfin, la fertilisation ne fait pas partie des principes de l’agriculture de conservation, si ce n’est via l’obligation de maintenir les résidus de culture au sol.

Travailler ou non le sol

Le travail du sol est une pratique très ancienne qui a pour objectif d’améliorer l’aération du sol et le drainage, créer un substrat optimal pour la germination des semences et la croissance des plantes, incorporer la matière organique dans le sol et gérer les mauvaises herbes. L’agriculture conventionnelle a poussé cette pratique à l’extrême en utilisant des machines lourdes permettant de travailler le sol en profondeur. Mais le passage répété de ces engins contribue à compacter les sols, aux dépens de leur structure, des organismes qui y vivent et de la quantité de matière organique stockée.

Comment les différents types d’agriculture durable se positionne vis-à-vis du travail du sol. Marie-Liesse Vermeire, Fourni par l’auteur

Dans la nature, ce sont les insectes et les vers de terre qui travaillent les sols. Ils creusent des galeries qui permettent à l’air et l’eau de s’infiltrer et de préparer le sol pour le développement des racines. C’est leur travail qui est détruit par le passage de la charrue.

  • C’est ici que l’agriculture de conservation sort du lot : le travail du sol y est proscrit ou fortement réduit dans le but de laisser ces ingénieurs du sol faire leur travail.
  • L’agriculture biologique, à l’inverse, autorise le travail du sol afin notamment de lutter contre les mauvaises herbes.
  • La biodynamie, de son côté, autorise un travail sur sol léger.
  • Les principes de réduction des intrants (pétrole) et de santé des sols de l’agroécologie et de la permaculture préconisent également une limitation du travail du sol.

Cultiver la diversité animale et végétale

Dans la nature, des centaines, voire des milliers d’espèces animales et végétales cohabitent. Chacune joue un rôle dans l’équilibre global des écosystèmes. L’agriculture conventionnelle a contribué à une uniformisation extrême des paysages agricoles et à une réduction de la diversité végétale cultivée. La FAO rapporte que seulement neuf espèces de plantes représentent aujourd’hui 66 % du poids de toutes les récoltes mondiales !

Or, les paysages et parcelles dominés par la monoculture sont particulièrement vulnérables face aux bioagresseurs et aux événements climatiques extrêmes. Les animaux sont quant à eux élevés en grand nombre dans des espaces fermés, et séparés des cultures.

Comment les différentes agricultures durables prennent en compte la diversité biologique. Marie-Liesse Vermeire, Fourni par l’auteur

Les agricultures écologisées, à l’inverse, encouragent la diversité et les synergies entre espèces afin de gagner en résilience. Les animaux sauvages et domestiques sont réintroduits dans les fermes, pour les services qu’ils rendent, pour améliorer la fertilité des sols (grâce à leurs excréments) et pour la gestion des indésirables.

  • La biodynamie est le standard le plus strict. Il impose la rotation et l’association des cultures, autrement dit le fait de changer de culture d’année en année, et de cultiver plusieurs plantes au même endroit. Il impose aussi la construction d’habitats pour la biodiversité auxiliaire, en consacrant au minimum 10 % de la surface de l’exploitation à des infrastructures écologiques (haies, bandes enherbées, etc.). Enfin, il impose une certaine diversité d’animaux dans l’exploitation agricole, dont l’alimentation doit provenir à 50 % de la ferme.
  • Ces pratiques sont également préconisées par les principes de biodiversité, de synergie et de bien-être animal de l’agroécologie et de la permaculture.
  • L’agriculture biologique est un peu plus souple, car les rotations et associations de cultures, ainsi que le maintien d’aires naturelles, sont recommandées, mais pas imposées. Il n’est pas non plus obligatoire d’associer agriculture et élevage.
  • La diversification des cultures et les rotations constituent le troisième principe de l’agriculture de conservation, cependant elle ne prend pas en compte l’élevage.

Concernant la bonne santé et la biodiversité des sols, une récente métaétude de l’INRAE établissait que les modèles agricoles les plus vertueux étaient, dans l’ordre, la biodynamie, l’agriculture biologique, l’agriculture de conservation. Cette étude n’incluait cependant pas la permaculture et l’agroécologie.

Que retenir de cet inventaire ? Ces formes d’agriculture écologisées partagent des valeurs communes de respect de l’environnement et participent toutes à la transformation des systèmes agricoles et alimentaires vers plus de durabilité. Elles font des choix différents pour l’ensemble de pratiques agricoles qui les constituent.

Dans la pratique, beaucoup d’agriculteurs innovent en s’inspirant de différents modèles à la fois, signe que ces modèles, loin d’être en compétition, peuvent avant tout être complémentaires.

Marie-Liesse Vermeire, Chercheuse en écologie du sol, Cirad et Raphaël Belmin, Chercheur en agronomie, photographe, accueilli à l’Institut sénégalais de recherches agricoles (ISRA, Dakar), Cirad

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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Alors que le déclin des insectes ne ralentit pas, de nouvelles questions se posent quant à la manière dont les plantes, qui ont besoin des pollinisateurs, s’adaptent. Comment font-elles pour se reproduire dans ces conditions ?
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Comment la diversité végétale peut nous aider à réduire les pesticides ?

Dans la nature, les plantes bénéficient de stratégies de défenses induites par la diversité du vivant, dont peut s’inspirer notre agriculture. Par exemple, dans un champ de blé qui pousse au milieu d’autres espèces de plantes, les ravageurs auront plus de mal à repérer les épis convoités. C’est un des principes du vivant la diversité favorise la robustesse de l’écosystème. La diversité végétale peut aider à lutter contre les maladies, mauvaises herbes, insectes herbivores… et à limiter le recours aux pesticides, comme l’ont observé Aude Vialatte, Anaïs Tibi et Vincent Martinet (INRAE). Un atout de taille, alors que le nouveau plan Ecophyto soulève de nombreuses inquiétudes.

Comment la diversité végétale peut nous aider à réduire les pesticides

Paysage agricole près de Sourcieux-les-Mines (Rhône) INRAE/Marie-Christine Lhôpital, Fourni par l’auteur

Aude Vialatte, Inrae; Anaïs Tibi, Inrae et Vincent Martinet, Inrae

C’est une exploitation viticole qui ne ressemble pas à celles qui l’entourent. La vigne y pousse au milieu de l’herbe et à l’ombre d’arbres fruitiers. Mais la particularité de n’arrête pas là : la maîtresse des lieux, la viticultrice Marie-Pierre Lacoste-Duchesne cultive sans pesticides de synthèse et utilise également deux fois moins de traitements au cuivre que la moyenne de sa région, la Nouvelle-Aquitaine.

Frugalité en pesticide et abondance en végétaux, ces deux phénomènes ne se retrouvent pas ici par hasard. Intégrer davantage de diversité végétale dans les parcelles et les paysages est une solution pour contrôler les espèces qui causent du tort aux cultures (maladies, mauvaises herbes, insectes herbivores…) et un levier pour sortir des pesticides.

C’est le résultat d’une récente expertise scientifique collective conduite par l’INRAE et faisant la synthèse de plus de 2000 articles scientifiques internationaux.


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Mais comment expliquer cela ? Et pourquoi l’option prise par notre viticultrice, qui a ces dernières années par exemple, planté de nombreux arbres n’est pas plus privilégiée ?

La diversité végétale, un levier de réduction des pesticides

En agriculture, la diversification végétale consiste à semer des mélanges de variétés ou d’espèces cultivées, pratiquer l’agroforesterie, allonger les rotations, ou encore créer des paysages diversifiés avec des prairies, des bois et des haies. Autant de pratiques qui participent à la protection des cultures.

Notre expertise scientifique collective a recensé les mécanismes écologiques qui expliquent cet effet positif. D’une part, un environnement plus diversifié détourne les ravageurs des plantes cultivées. C’est un peu comme si les plantes jouaient à cache-cache avec les ravageurs. Un insecte repère sa plante hôte visuellement et olfactivement : si on la mélange avec d’autres plantes très différentes, il a du mal à la trouver.

Cela est démontré en agroforesterie, par exemple lorsque l’on cultive du blé sous des arbres : la canopée des arbres masque le blé aux pucerons des céréales, qui ne repèrent donc pas ce dernier lors de leurs déplacements aériens et passent leur chemin. De même, les maladies dues à des bactéries ou des champignons se transmettent beaucoup moins facilement d’une plante cultivée à l’autre si elles sont mélangées parmi d’autres variétés ou espèces.

Système agroforestier orge-noyer. Bertrand Nicolas/INRAE, Fourni par l’auteur

Cela a été montré par exemple en verger de pommiers, dans lesquels des mélanges de variétés limitent les épidémies de tavelure (maladie due par divers champignons affectant le pommier, le poirier et divers autres arbres fruitiers). Ces principes sont les mêmes que ceux dont nous avons fait l’expérience durant l’épidémie de Covid : la mise en place de barrières à la diffusion du virus entre humains, et l’existence d’une différence de sensibilité au virus au sein de la population sont des freins à la transmission.

Fourni par l’auteur

D’autre part, la diversité végétale se révèle particulièrement hospitalière pour les prédateurs naturels des ravageurs des cultures en fournissant aux oiseaux et insectes qui chassent ces nuisibles de quoi se nourrir (proies, pollens, nectars) et des habitats pour passer l’hiver et l’été, se reproduire, nicher…

La végétation non cultivée, située dans la parcelle (bandes enherbées ou fleuries, arbres isolés…), en son pourtour (haies, fossés…) ou sous forme de tâches (« patches ») dans le paysage (bosquets, prairies permanentes…), héberge ainsi des insectes utiles. Par exemple les coccinelles ou les coléoptères de la famille des carabes, ainsi que des oiseaux ou encore des chauves-souris qui mangent les indésirables.

Des pesticides à la diversification végétale : de quoi parle-t-on ?

Il ne s’agit pas de remplacer un à un les pesticides chimiques par une solution alternative, il s’agit de changer la logique d’ensemble pour restaurer les processus naturellement à l’œuvre dans l’écosystème agricole, là où la chimie s’y substitue.

Les pesticides chimiques présentent les avantages d’être faciles à mettre en œuvre et peu coûteux pour l’agriculteur. En supprimant les espèces indésirables, ils ont certes un effet immédiat, mais présentent de multiples désavantages à plus long terme, bien documentés par d’autres synthèses récentes : perte de la biodiversité, pollution environnementale, atteintes à la santé humaine.

Pratiquer la diversification végétale est plus complexe car elle nécessite de repenser ses modes de production, mais elle offre de multiples bénéfices, tant pour les agriculteurs que pour la société dans son ensemble.

En plus du contrôle des espèces indésirables, la diversité favorise aussi la pollinisation, la fertilité des sols, la régulation de l’eau, soit autant de services écosystémiques qui contribuent à la production agricole en limitant les besoins d’intrants chimiques. La diversité végétale atténue également la pollution de l’eau par les pesticides, améliore le stockage du carbone, contribue à limiter les inondations et les sécheresses.

Système agroforestier légumes fruitiers. Bertrand Nicolas/INRAE, Fourni par l’auteur

Y a-t-il une baisse des rendements de production ?

On constate que les rendements sont globalement comparables à ceux des cultures sous pratiques conventionnelles, mais avec une grande variabilité en fonction des situations. En effet, les systèmes diversifiés ne sont pas toujours conduits dans des conditions optimales. D’une part, les variétés commerciales n’ont pas été sélectionnées pour être performantes en systèmes diversifiés ni en l’absence d’intrants de synthèse.

D’autre part, la biodiversité locale a été façonnée et appauvrie par l’usage historique et généralisé des pesticides ; or la biodiversité est à la base de la fourniture de services écosystémiques qui soutiennent la production agricole en conditions diversifiées. On peut légitimement penser qu’il existe une grande marge d’amélioration des systèmes diversifiés tant en termes de production que de résilience face au changement climatique, là où les systèmes conventionnels atteignent leurs limites.

Les rendements des cultures conventionnelles ont en effet atteint un palier depuis plus de 10 ans. Le contexte du changement climatique, marqué par des épisodes fréquents et intenses de sécheresse, d’inondation, de canicule, de gelées tardives et de mégafeu, fragilise durement les systèmes de cultures conventionnels.

Les études scientifiques montrent que les systèmes diversifiés sont de leur côté plus résistants (maintien des rendements) et résilients (fonctionnement écosystémique rétabli) à ces épisodes climatiques.

Des difficultés en amont et en aval

Mais alors, pourquoi la diversification reste-t-elle minoritaire ?

Parce qu’elle se heurte à de nombreux verrous d’ordres économique, sociotechnique et institutionnel. L’expertise scientifique collective montre que ces verrous sont liés à l’organisation très optimisée du système agroalimentaire conventionnel. La transition agroécologique nécessite un changement profond de ce système à tous ses niveaux organisationnels. Les politiques visant à faire évoluer les pratiques, telles le plan Ecophyto en France, qui suscite des inquiétudes, ou la Politique agricole commune, ciblent essentiellement les agriculteurs.

Paysage agricole diversifié. Aude Vialatte, Fourni par l’auteur

Or les choix des agriculteurs dépendent étroitement des acteurs situés en amont (semenciers, équipementiers, recherche et développement, conseil…) et en aval (débouchés) de la production agricole. Par exemple, le coût élevé des équipements spécialisés (semis, récolte de mélanges, entretien des haies) ou les standards imposés par les entreprises de transformation agroalimentaire (calibre des fruits, pureté variétale, date de maturité) sont bloquants pour engager la diversification des cultures.

Autrement dit, si on incite l’agriculteur à diversifier ses cultures mais qu’il ne peut pas facilement les produire ni les vendre, il ne va pas le faire. C’est l’ensemble des filières qui doit évoluer.

Quels moteurs pour changer les pratiques ?

Mais alors comment faire ? La transformation du modèle agricole français au sortir de la 2e Guerre mondiale a prouvé l’efficacité de politiques ambitieuses pour engager et accompagner des changements de grande ampleur. Mais les quelques travaux évaluant les politiques agricoles récentes et actuelles concluent qu’elles ne sont pas à la hauteur de l’enjeu.

En complément d’un cadre politique national et européen volontariste, les initiatives territoriales sont d’importants moteurs de changement. Ainsi, les plans alimentaires territoriaux (PAT) peuvent aider le développement de circuits courts et de débouchés locaux pour des produits de diversification végétale.

Par exemple les légumineuses (comme les pois, luzerne, féverole…) sont préconisées dans la diversification (en mélange, dans les rotations ou en interculture) car elles fertilisent naturellement les sols, et elles ont surtout pour débouchés les élevages. Sauf que la majorité des territoires français ont perdu leurs élevages au profit de grandes cultures spécialisées, et que les besoins en protéines végétales des animaux sont actuellement comblés en France par l’importation de soja.

Les accords internationaux et une organisation de cette filière au niveau mondial contraignent les différents plans « protéines » français et européens qui ont échoué à contrer les forces économiques en jeu. Pour intégrer les légumineuses dans les productions agricoles, des solutions territoriales de débouchés sont à étudier (par exemple méthaniseurs, pâturages itinérants, ou encore restauration collective).

Chaque territoire est particulier : il n’y a pas de solution générique mais des solutions locales à co-construire avec les agriculteurs, les filières, les coopératives, les institutions locales comme les chambres d’agriculture et les communautés de communes, les syndicats de rivière, les associations d’environnement, etc.

Notre expertise scientifique collective suggère ainsi que les recherches doivent intégrer des démonstrateurs territoriaux pour documenter les cas de transition agroécologique, en retirer les enseignements génériques ainsi que les facteurs spécifiques locaux. C’est ce qu’engagent des laboratoires de recherche INRAE et CNRS

Aude Vialatte, Directrice de recherche en agroécologie, Inrae; Anaïs Tibi, Ingénieure de recherche, coordinatrice d’Expertises scientifiques collectives, Inrae et Vincent Martinet, Directeur de Recherche en économie des ressources naturelles, Inrae

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Fake news sur l’énergie hydroélectrique face à l’analyse des experts

L’hydroélectricité est la deuxième source de production électrique derrière le nucléaire et la première source d’électricité renouvelable en France. Avec environ 25,7 GW (gigawatts) installés en France métropolitaine, le pays dispose de l’un des plus grands parcs hydroélectriques en Europe. Cela représente environ 20 % de la puissance électrique totale installée1. Malgré cela, l’énergie hydroélectrique est parfois décriée et souvent de manière dogmatique et erronée. Les experts du groupe UNITe – HYDROWATT, qui produit de l’électricité renouvelable depuis près de 40 ans, apportent leur analyse et rétablissent les faits.

Tahamie Farooqui

Alexandre Albanel (à droite), qui a plus de 15 ans d’expérience de l’hydroélectricité et Stéphane Maureau (à gauche), Dirigent le Groupe UNITe- HYDROWATT. Ils rétablissent ici quelques vérités au sujet des petits aménagements hydroélectriques, pour faire mieux connaître, comprendre et apprécier cette précieuse énergie renouvelable.

À propos de l’utilité de l’hydroélectricité

« L’hydraulique, à part les grandes installations de pointe, ça ne représente pas grand-chose en France » …
FAUX

L’hydroélectricité est la première source d’électricité renouvelable en France et la deuxième source d’électricité française après le nucléaire, elle couvre environ 10 % de l’électricité consommée. Le parc hydraulique français compte plus de 2 500 installations, dont plus de 90 % sont des aménagements au fil de l’eau2. Environ 2 300 de ces installations sont des petites centrales, ancrées dans les territoires, détenues notamment par des producteurs privés. La production générée par ces petites installations est équivalente à celle d’un réacteur nucléaire, soit l’alimentation électrique de 1,3 millions de foyers ! Les petits ruisseaux font des grandes rivières, et chaque kWh renouvelable compte pour notre indépendance énergétique.

  • La production hydraulique des petites installations est une source d’énergie importante en France

« L’hydraulique a un rôle marginal dans la transition écologique énergétique » …
FAUX

Le Décret du Ministère présente les chiffres objectifs suivants :

L’évolution de nouvelles capacités en hydraulique est certes moins rapide que des énergies plus nouvelles comme le photovoltaïque, mais l’hydroélectricité conservera une place essentielle au sein du mix énergétique du futur. De plus, en termes de mix énergétique, l’hydroélectricité apporte une stabilité nécessaire pour permettre l’absorption des autres énergies électriques intermittentes.

  • L’hydroélectricité apporte une contribution importante à l’objectif français de production d’électricité renouvelable.

« Maintenant que les réseaux sont interconnectés, il n’est plus pertinent de produire de l’électricité en fond de vallées » …
FAUX


Quand nous produisons de l’énergie de façon centralisée, notamment grâce au nucléaire, nous subissons de fortes pertes d’énergie sur les réseaux électriques de transport et de distribution. C’est un équivalent de plus de deux millions de foyers en électricité qui est perdu. Ces pertes sont réduites quand on rapproche les lieux de production et de consommation, ce qui est le cas avec la production décentralisée des petites installations réparties sur le territoire. De plus, la régulation dispatchée de l’énergie réactive produite en différents points du réseau permet de maintenir une meilleure stabilité du réseau national.

  • L’énergie décentralisée des centrales est bonne pour l’efficacité du réseau électrique

À propos de la compatibilité de l’hydroélectricité et du respect de l’environnement

« Compte-tenu des atouts des énergies éolienne et photovoltaïque, il n’est pas intéressant de développer une énergie ancienne comme l’hydroélectricité » …
FAUX


C’est vrai que l’énergie hydraulique est très ancienne. Ceci est un atout, car cette technique bénéficie d’un très grand retour d’expérience ; cela ne réduit en rien le fait que c’est une des énergies renouvelables d’avenir. La production d’une centrale hydroélectrique a une forte prévisibilité, ce qui est très appréciable pour la bonne gestion de l’équilibre du réseau électrique et pour la stabilité du marché de l’électricité.
Par ailleurs, les métiers liés à la préservation du parc existant et au développement régulier de nouveaux aménagements permettent de conserver le véritable savoir-faire français en maintenance industrielle et en génie hydraulique, mécanique et électrique. Ces métiers, ancrés dans les territoires des petits exploitants, participent au maintien de ces compétences en France qui sont aussi transmises aux générations futures. Enfin, le besoin d’énergie décarbonée sera tellement important à l’avenir qu’il est nécessaire de développer toutes les sources disponibles !

  • En plus des autres nouvelles énergies renouvelables, il est essentiel de conserver notre parc de centrales hydroélectriques existant et de le développer.

« L’eau prise par les turbines nuit au fonctionnement naturel des ruisseaux » …
FAUX


La plus grande majorité des aménagements fonctionnent au fil de l’eau et restituent intégralement l’eau à la rivière, avec une qualité physico chimique identique, en temps réel. À l’échelle de la rivière, la continuité des flux d’eau est donc assurée. De nombreuses installations hydroélectriques fonctionnent depuis longtemps, sur des sites où l’eau est aujourd’hui évaluée comme étant en « bon ou très bon état écologique » (au sens de la DCE – Directive Cadre européenne sur l’Eau). Le principal facteur de dégradation de la qualité de l’eau constatée en France n’est pas dû aux sites hydroélectriques, mais à des pollutions chimiques. La cause se trouve donc ailleurs. Sur le tronçon de rivière sur lequel une partie de l’eau prélevée pour être turbinée, un débit réservé minimum est laissé à la rivière. Il est suffisant pour minimiser les incidences sur les milieux aquatiques et permet le respect des autres usages de la rivière (loisirs, raft, canoë, soutien d’irrigation, soutien d’étiage en été, dilution de rejet de station d’épuration). Les différentes analyses, études d’incidences et mesures de suivi produites par le bureau d’études missionné par le producteur, puis vérifiées par l’Administration, le garantissent. Les règles spécifiques pour chaque installation sont consignées dans un Arrêté Préfectoral public qui est revu régulièrement au cours de la durée de vie de cette dernière. Il a même été remarqué que sur des aménagements de hautes chutes, la présence de centrales hydroélectriques a un effet très protecteur, car le fait d’écrêter les crues sur les linéaires de rivières (dont une partie du débit est dérivé) permet de limiter positivement l’effet « chasse d’eau » des crues, dévastateur pour le bon état naturel de la rivière.

  • L’eau prélevée et rendue aux rivières par les installations hydroélectriques est compatible avec une vie équilibrée de la rivière.

« Les turbines transforment les poissons en sushi » …
FAUX


Les technologies ont réalisé d’énormes progrès durant les dernières décennies. Le renouvellement régulier des Droit d’eau sur les aménagements existants et pour l’autorisation de tous les nouveaux sites a permis d’équiper de grilles toutes les prises d’eau afin d’éviter que les poissons rentrent dans les turbines. Cette législation intervient également sur les plus gros aménagements fluviaux, lors des périodes où les poissons migrateurs dévalent les rivières (pendant les crues principalement) à travers des modalités spécifiques de turbinage appliquées avec efficacité pour préserver les poissons. Par ailleurs, pour les installations de basses chutes, de nouvelles turbines à vitesse de rotation lente existent et laissent passer les poissons entre leurs pales.

  • Les centrales hydroélectrique modernes préservent les poissons dévalant les rivières.

« L’eau dérivée par les centrales nuit aux milieux aquatiques et à la vie piscicole » …
FAUX


Une étude d’incidences environnementale complète est systématiquement réalisée afin d’identifier les sujets à traiter pour une bonne maitrise de l’impact environnemental, en appliquant la méthode ERC (Eviter, Réduire, Compenser). Ce principe permet d’éviter au mieux les atteintes à la biodiversité et aux services qu’elle fournit et, à défaut, d’en réduire la portée. Il permet aussi de compenser les atteintes qui n’ont pu être évitées ni réduites, en tenant compte des espèces, des habitats naturels et des fonctions écologiques affectées.

  • Éviter : Les mesures envisagées peuvent concerner des choix fondamentaux liés au projet (évitement géographique ou technique). Il peut s’agir par exemple de modifier le tracé d’une conduite d’eau ou d’un canal pour éviter une zone Natura 2000 ou des zones d’habitat d’espèces protégées.
  • Réduire : Des mesures sont prises pour réduire les incidences (débits réservés à la rivière, grilles fines, implantation des ouvrages, …) pour favoriser l’intégration de l’aménagement dans son environnement. Pour mesurer l’efficacité dans le temps des mesures prises, il est pratiqué un suivi environnemental régulier pour voir les évolutions. Il est aussi important de constater que l’aménagement du territoire par l’homme, quand il est bien inspiré, engendre des bénéfices pour la préservation de notre environnement ; l’été dernier, très sec, les petites retenues d’eau associées aux barrages ont constitué des refuges favorables à la préservation des différentes espèces aquatiques présentes dans la rivière.
  • Compenser : S’il existe une incidence résiduelle, une compensation peut être initiée sur site ou sur une autre zone plus propice avec plus de résultat/bénéfice attendu (création d’une zone humide favorable à une plus grande biodiversité par exemple).
  • Les aménagements hydroélectriques d’aujourd’hui sont compatibles avec leur environnement naturel.

« C’est à cause de l’hydroélectricité que certains de nos cours d’eau sont en mauvais état » …
FAUX

Dans nos rivières, il est déplorable de constater qu’il y a une grande quantité de poissons atteints de maladies ou de malformations, que des espèces migratrices sont en voie de disparition, et que l’on assiste à un recul de la biodiversité. Les petites installations hydroélectriques multi centenaires n’avaient jamais connu cette situation autour d’elles dans leur histoire. Elles sont des cibles faciles, car elles sont visibles, mais attention à ne pas se tromper de combat ; il est important d’identifier les vraies causes insidieuses, à commencer par la pollution des rivières (qualité de l’eau, résidus médicamenteux, engrais nocifs, rejets chimiques, déchets), le réchauffement naturel des cours d’eau, les nouvelles espèces invasives ou prédatrices dévastatrices (oiseaux et poissons carnassiers), le phénomène de surpêche et les prélèvements d’eau. Notons par ailleurs qu’un certains nombres d’aménagements hydroélectriques ont l’avantage de permettre de retirer les gros déchets flottants des rivières.

  • C’est à cause de certaines dérives de nos modes de vie que nos cours d’eau sont en mauvais état, et non pas à cause des centrales hydroélectriques.

« Avec le réchauffement climatique, l’hydro a moins d’intérêt, car la production va baisser » …
FAUX


Les installations au fil de l’eau produisent historiquement le plus sur certaines saisons ; fontes de neiges pour celles en montagnes et pluies pour celles de plaines. Ces dernières années, sur l’ensemble du territoire, nous avons constaté une disparité des périodes saisonnières usuelles et de brusques intensités de production du fait de la météo, mais nous ne constatons pas de diminution globale du flux d’eau. Afin de s’adapter, les hydroélectriciens pourront changer les calibres des turbines pour optimiser la production dans les nouvelles conditions climatiques, par exemple en ajoutant de plus petites turbines pour capter les petits débits des étiages plus longs, ou de plus grosses turbines pour profiter du fort volume rapide des fortes eaux.

  • Les centrales hydroélectriques sont capables de s’adapter aux changements climatiques.

« Les tuyaux d’eau qui transportent l’eau en montagne, c’est très moche » …
OUI MAIS…


Les anciennes conduites forcées, qui ont émergé lors de l’essor industriel de nos vallées, sont encore visibles pour un certain nombre d’aménagements historiques. Aujourd’hui, pour les nouveaux sites et pour la rénovation des anciens sites, les tuyaux sont quasi systématiquement invisibles car enterrés. Les sondages sur les énergies renouvelables (IFOP d’octobre 2021) montrent que 9 Français sur 10 ont une bonne image de l’hydroélectricité3. 92% des Français jugent « souhaitable » d’en faire (Ipsos-Sopra Steria pour France Télévisions).

Chiffres clés – L’hydroélectricité en France

« Le retour à l’état des rivières sauvages d’origine, sans traces de l’homme est souhaitable » …
FAUX


De quel état originel parle-t-on ? Notre espace naturel, tout comme les rivières et les écosystèmes, a évolué au fil du temps et il n’y a pas de référentiel utopique idéal. L’homme a interagi avec son environnement pour ses besoins légitimes (alimentation en eau, pêche, navigation, énergie, agriculture, protection contre inondations) et cette symbiose naturelle est pérenne si nous conservons cet équilibre en respectant la nature. Nos amis castors bâtisseurs de retenues l’ont aussi expérimenté (!).

  • Des centrales conçues en synergie avec leur environnement sont bonnes pour le bien commun.

À propos de la compétitivité de l’hydroélectricité

« L’hydroélectricité est une énergie chère à produire » …
FAUX

Avec le maintien ou le renouvellement de notre parc nucléaire et ses coûts induits, les prix des marchés de l’électricité montrent que les énergies renouvelables sont désormais compétitives. De plus, dans le cas de l’hydroélectricité, la durée de vie des infrastructures est très longue, si bien que lorsque l’on considère la production à long terme, le réel prix moyen actualisé de l’énergie produite (LCoE) est très compétitif.

  • L’hydroélectricité est une énergie locale, durable et compétitive.

« Les petits aménagements appartiennent à des privés, qui utilisent le bien commun qu’est l’eau pour leurs profits » …
FAUX

Les tarifs d’achat de l’électricité aux producteurs sont fixés par l’Etat, sous le contrôle de la Commission de Régulation de l’Energie (CRE), de façon à garantir une rémunération normale des capitaux investis. Il n’y a donc pas d’effet d’aubaine. Lorsque les prix de marché de l’électricité sont élevés, c’est l’Etat qui bénéficie des survaleurs, tandis que les producteurs privés conservent le revenu suffisant pour une bonne exploitation normale de leurs investissements. De plus, quand on additionne les taxes, les longs remboursements d’investissements, les emplois générés de façon directe ou indirecte, les charges financières … il apparait que l’Etat est bien le premier bénéficiaire de la création de valeur.

  • La création de valeur engendrée par les installations hydroélectriques privées profitent bien à tous.
Dan Meyers

« Cela coûte cher en subventions et aides publiques » …
FAUX

À l’époque où les coûts de l’énergie étaient bas en France, de l’argent public a été nécessaire pour entretenir les centrales et maintenir le savoir-faire de la filière. Cela a eu pour effet de favoriser la rénovation, la modernisation et la construction neuve d’aménagements hydroélectriques. Aujourd’hui, ce sont les énergies renouvelables qui sont compétitives sur le marché et apportent des recettes à l’Etat, non l’inverse. Les montants sont très importants : la Commission de Régulation de l’Energie (CRE) indique que, dans les conditions actuelles, toutes les filières d’énergies renouvelables en métropole continentale ont généré des recettes pour le budget de l’Etat à hauteur de plus de 30 Milliards d’euros au titre des années 2022 et 2023. Les filières contributives sont : l’éolien terrestre, le photovoltaïque, l’hydroélectricité et le biométhane. Fin 2024, les EnR auront rapporté plus à l’Etat qu’elles n’ont coûté depuis qu’elles sont soutenues !

  • Les énergies renouvelables sont compétitives et rapportent de l’argent à l’Etat.

« Les communes ne gagnent rien » …
FAUX

La production d’électricité hydroélectrique est soumise à l’IFER, qui est un impôt prélevé au profit des collectivités territoriales. Une partie de cet IFER est reversée directement aux communes sur lesquelles se situent les installations. De plus, plusieurs sites paient des redevances aux communes, car ils sont implantés en partie sur du foncier communal, ce qui peut représenter une part importante du budget annuel d’une Mairie. Par ailleurs, un maintien local du savoir-faire de maintenance technique est aussi apprécié.

  • Les communes où sont implantées des centrales hydroélectriques y trouvent leur intérêt.

L’hydroélectricité, une technologie d’avenir ?

« Il n’y a plus de potentiel hydroélectrique en France, les sites propices existants non développés ne sont pas rentables, car les meilleurs sont déjà équipés » …
FAUX

L’étude de potentiel 2022 mis en ligne par le Ministère fait état d’un potentiel hydroélectrique restant en France de 650 MW en sites vierges et de 370 MW sur les barrages existants non équipés. Ce qui est très important. Malheureusement, plus de 75% de ce potentiel est non accessible à ce jour car sanctuarisé de façon conservative en prévention sur la biodiversité. C’est pourquoi les industriels du secteur proposent de faire évoluer la réglementation en faisant des études pragmatiques au cas par cas afin de n’équiper que les sites propices sur lesquels la compatibilité avec le respect de l’environnement est satisfaisante. Les nouvelles technologies employées permettent ce développement équilibré. Un projet met entre 7 à 10 ans à se développer aujourd’hui en France, ce qui fait partie des records européens peu glorieux …

  • Il reste un important potentiel hydroélectrique inexploité en France ; il serait pertinent de construire de nouveaux sites.

« Il vaut mieux optimiser l’existant que créer des nouveaux sites » …
FAUX

Les deux mon capitaine ! Optimiser les sites existants est nécessaire pour améliorer ce qui peut l’être, de façon plus simple, mais créer de nouveaux sites est devenu incontournable pour faire face à nos besoins croissants d’énergie décarbonée. Les prévisions indiquent une hausse de +30% des besoins en électricité d’ici 2025 : quelle énergie veut-on pour le futur ?

  • Il faut non seulement optimiser les sites hydroélectriques existants mais aussi créer de nouveaux sites.
Jeswin Thomas

« Il vaut mieux supprimer les barrages non équipés que faire des centrales» …
FAUX

Les barrages permettent de limiter la propagation des maladies et des espèces invasives dans la rivière. Les retenues associées permettent l’épuration des nitrates et d’éviter la diffusion d’éventuels anciens sédiments contaminés. Nous notons également l’augmentation de la biodiversité (libellules, amphibiens, oiseaux migrateurs) quand la rivière est ponctuée de retenues. Détruire un ouvrage construit utilement par nos anciens est un coût pour la collectivité. Alors qu’y adjoindre une centrale est un investissement pour le futur. Cela permet aussi la préservation de notre autonomie énergétique dans le temps, alors préservons notre potentiel !

Avec la montée croissante du coût de l’énergie, nous constatons que nombre de sites non rentables auparavant deviennent intéressants. Les Agences de l’Eau subventionnent de façon privilégiée les destructions de retenues avec des subventions accordées de l’ordre de 80% alors qu’une passe à poissons n’est supportée qu’à 50%.

  • Équiper les ouvrages existants avec des aménagements hydroélectriques est une bonne vision industrielle pour la pérennité de notre avenir énergétique.

En conclusion

Le développement des énergies renouvelables contribue à « satisfaire le besoin croissant d’énergie de l’humanité » et au « respect de l’environnement pour les générations futures ».

Ce double enjeu est la raison d’être d’UNITe : « évacuons les arguments faux ou surannés et les polémiques stériles. La maitrise des énergies renouvelables, dont l’hydroélectricité, est l’une des plus belles raisons d’être solidaires et optimistes face aux défis actuels ».

  1. Source : Ministère de la Transition Écologique et de la cohésion des Territoires ↩︎
  2. Site France Hydroélectricité ↩︎
  3. Sondage IFOP Octobre 2021 – Les Français et le énergies renouvelables ↩︎

Mobilités en milieu rural : 11 propositions pour plus de durabilité

Le rapport «Territoires ruraux : en panne de mobilité» publié par le Secours Catholique est le fruit d’un travail réalisé avec huit associations partenaires. Il met en lumière les problématiques rencontrées par les habitant.es de territoires ruraux concernant l’accès à une mobilité durable. Il fait 11 propositions concrètes en matière de politiques publiques pour faire de la mobilité inclusive et durable une réalité dans les territoires ruraux.

SÉBASTIEN LE CLEZIO / SC-CF

« Les ruraux se paupérisent à cause de la dépendance à la voiture »

Sonia Devaux, chargée de plaidoyer mobilité en milieu rural au Secours Catholique.

Au départ, un constat : les plus précaires sont fortement impactés par le manque d’accès à la mobilité durable en milieu rural …

Sonia Devaux, chargée de plaidoyer mobilité en milieu rural au Secours Catholique.

 » Le Secours Catholique, présent partout dans les territoires, constate en effet que la problématique de la mobilité se pose de plus en plus dans le monde rural. 10 % des ménages n’ont pas accès à la voiture et dépendent d’une association ou de leurs proches pour leurs déplacements du quotidien. Mais les propriétaires de voitures se précarisent eux aussi : comme il n’y a pas d’alternative à la voiture individuelle, leur budget explose pour se déplacer, en raison de l’augmentation des prix du carburant. » 

 » Les distances sont de plus en plus importantes pour accéder aux besoins essentiels : lieux de travail, de formation, services de santé (c’est la réalité des déserts médicaux), ou commerces, car les petits magasins ont fermé dans les villages. Les territoires ruraux sont donc plus enclavés et la dépendance à la voiture devient une source de précarité.« 


Les solutions locales servent en fait de pansement à un système défaillant.

Sonia Devaux
Transformer les territoires pour une mobilité durable accessible à toutes et à tous
© SÉBASTIEN LE CLÉZIO / SC-CF

Les solutions locales proposées par le Secours Catholique comme l’octroi d’aides financières ou les dispositifs de transport solidaire, qui ont pour objectif d’offrir un accompagnement social aux plus précaires, font face à une demande croissante et servent en fait de pansement à un système défaillant. Ce rapport dresse donc le constat d’un besoin de responsabilisation politique en vue d’établir une mobilité inclusive et durable.

Pourquoi le système actuel ne permet pas de répondre à ces besoins ?
© CHRISTOPHE HARGOUES / SC-CF
4 LEVIERS DÉCLINÉS EN 11 PROPOSITIONS POUR UNE MOBILITÉ INCLUSIVE ET DURABLE EN MILIEU RURAL- –
  • 1 – Une planification territoriale juste et équilibrée avec une offre minimale
    de transports et de services essentiels
  • 2 – Développer une offre de mobilité adaptée aux territoires ruraux
  • 3 – Accompagner le changement de culture vers une mobilité plus inclusive et plus durable
  • 4 – Mettre en place un système de financement pérenne adapté aux besoins des territoires ruraux
© CHRISTOPHE HARGOUES / SC-CF

Revêtements des voies vertes : déjouer les idées reçues pour un choix écoresponsable

Pour notre santé et celle de notre planète, donner davantage de place aux mobilités douces est une priorité. L’aménagement de voies vertes est l’un des leviers pour remettre les citoyennes et citoyens en selle ! Parce que leur conception doit être au service du climat et de la biodiversité, France Nature Environnement co-signe avec l’AF3V (Association française pour le développement des véloroutes et des voies vertes), la brochure « Revêtements des voies vertes : déjouer les idées reçues pour un choix écoresponsable »

résenté lors du colloque « Voies Vertes : Parlons revêtement ! » qui s’est tenu en Avignon le 30 mai dernier, il est disponible sur demande

Les collectivités ont un grand rôle à jouer dans le développement des mobilités actives, indispensable pour réduire notre dépendance aux énergies fossiles. Cela passe notamment par un réseau de voies vertes continu, confortable et sécurisé. Comment s’y prendre ? Quel revêtement choisir ? Quels critères prendre en compte ? Le livret fait la chasse aux idées reçues (et aux idées fausses) sur les différents types de revêtements et propose des solutions permettant de conjuguer confort, accessibilité, respect de l’environnement et adaptation au changement climatique.

Demander le guide

à l’association AF3V qui agit pour la réalisation d’un réseau ambitieux de véloroutes et de voies vertes au bénéfice de la transition écologique, de l’inclusion sociale et de la santé.

Territoires ruraux : en panne de mobilité

L’élaboration de ce rapport est le fruit d’un groupe de travail sur la mobilité en milieu rural, réuni par le Secours Catholique et regroupant 8 associations partenaires : la Fédération des Usagers de la Bicyclette (FUB), Chrétiens dans le Monde Rural (CMR), la Croix-Rouge française, Emmaüs France, le Réseau Action Climat (RAC), France Nature Environnement (FNE), la Fondation pour la Nature et l’Homme (FNH) et le Mouvement Rural de Jeunesse Chrétienne (MRJC).


Lire aussi :

L’ÉCO-GUIDE DE L’AUTOMOBILE

Cet éco-guide propose une vision globale, en un coup d’œil, de l’ensemble des incidences des différents types de motorisations et carburants sur l’environnement, du berceau à la tombe : les impacts sur le climat, sur la santé humaine (substances toxiques et pollution de l’air) et sur la biodiversité (écosystèmes, sols, eau) sont ici pris en compte et analysés.

Ce guide d’achat inédit et impartial permettra à chacun de définir comment répondre à ses besoins de mobilité avec la solution la moins impactante possible pour l’environnement dans sa globalité, sans angle mort.


Guide pédagogique de la mobilité durable

Comment sensibiliser les 12-15 ans aux enjeux et bonnes pratiques de la mobilité durable ? Pour répondre à cette question, France Nature Environnement, avec le soutien de Keolis, a décidé d’offrir une seconde jeunesse au « guide pédagogique de la mobilité durable ». Ce guide propose des exercices pratiques, adapté aux élèves et à leurs professeurs.

Il propose une partie théorique organisée en 10 chapitres thématiques (histoire des transports, qualité de l’air, énergie et ressources naturelles, etc.) et une partie pratique avec de nombreux outils et activités proposés.


Hydrogène : comment transformer les objectifs climatiques européens en réalité industrielle ?

A l’approche des élections européennes, France Hydrogène publie un manifeste qui identifie les priorités dont doit se saisir la prochaine mandature pour faire du développement de l’hydrogène un pilier de la décarbonation, de la réindustrialisation et de la souveraineté énergétique.

Dans un contexte économique et géopolitique tendu, des tentations émergent d’opposer décarbonation et réindustrialisation. Or, sur la trajectoire de neutralité carbone à 2050 et grâce au cadre à 2030 fixé par le Green Deal, l’Europe a déjà engagé des évolutions de ses politiques relatives à l’énergie et à l’industrie.

Le cadre législatif européen autour de l’hydrogène propre structure une demande ciblée par secteurs grâce à la fixation de quotas dans l’industrie et les transports. Cette approche inédite constitue une opportunité majeure de bâtir une industrie durablement souveraine sur les technologies hydrogène.

Transformer l’essai en cours requiert la mise en place rapide et coordonnée des outils nécessaires pour concrétiser les ambitions. France Hydrogène formule des propositions sur 5 axes pour permettre à l’hydrogène en Europe de jouer son rôle pour lutter contre le changement climatique, réindustrialiser et gagner en souveraineté énergétique.

  1. Poursuivre l’effort de décarbonation tout en apportant un soutien aux usages de l’hydrogène
  2. Agir sur les leviers de réindustrialisation et structurer la chaîne de valeur
  3. Garantir une souveraineté énergétique et industrielle
  4. Orienter les outils de financement pour aider au décollage de la filière et permettre la prise de Décisions Finales d’Investissement (FID)

Décarbonation, réindustrialisation et prise d’autonomie stratégique sont trois piliers indissociables des politiques européennes.

L’hydrogène décarboné : une pièce maîtresse pour construire ces trois piliers.

Observatoire de l’hydrogène

Propositions détaillées : note technique

Ce document fournit des détails sur les propositions du manifeste européen de France Hydrogène.

Transition environnementale : quelles nouvelles étapes pour l’Europe ?

A un mois des élections européennes du 9 juin, six think tanks engagés sur la transition écologique ont organisé une réunion publique et publié un texte commun, véritable signal d’alarme sur la nécessité d’une nouvelle étape de l’action européenne en matière de climat et de biodiversité. Sur la base de son dossier sur les enjeux écologiques des élections européennes, La Fabrique Écologique insiste sur l’importance de propositions concrètes, en particulier sur trois questions : le financement, la transition juste et la démocratie.

Le 26 avril, 6 think tanks se sont réunis pour une discussion autour des étapes de la transition écologique à incarner dans la prochaine mandature européenne. Il s’agit de La Fabrique écologique, Confrontations Europe, l’IDDRI, l’Institut Avant-garde, l’Institut Jacques Delors et le Lierre.

Les élections européennes à venir apparaissent comme un tournant politique, soit vers un recul de la transition écologique et sociale, soit vers son accélération. L’occasion de s’intéresser aux questions du financement et de l’acceptabilité sociale de la transition écologique et sociale, grandes oubliées du Pacte vert.

Les récentes crises agricoles, qui s’accompagnent d’une montée du populisme, reflètent ces manquements et dressent une critique de l’approche descendante du pouvoir, qui élude les préoccupations quotidiennes d’une partie de la population. Or, le financement de la transition écologique peut permettre de rendre celle-ci désirable.

Au cours de la prochaine mandature européenne, l’attention devrait être portée sur la réduction des inégalités sociales, tout en soulignant les bénéfices de la transition écologique et sociale, notamment en termes d’emplois et de souveraineté énergétique.

Les intervenants étaient : 

  • Nicolas Berghmans, responsable Europe, expert Energie-Climat à l’IDDRI ;
  • Michel Derdevet, président de Confrontations Europe et de la Maison de l’Europe de Paris ;
  • Adam Forrai, secrétaire général du Lierre ;
  • Géraud Guibert, président de La Fabrique Écologique ;
  • Clara Léonard, directrice générale et co-fondatrice de l’Institut Avant-garde ;
  • Phuc-Vinh Nguyen, chercheur en politique française et européenne de l’énergie à l’Institut Jacques Delors ;
  • Mathilde Boitias, directrice de La Fabrique Écologique.

Chaque think-tanks a publié des travaux pour inspirer et nourrir cette démarche : Pour retrouver les travaux des think tanks sur l’écologie dans les élections européennes :

* Confrontations Europe : https://confrontations.org/30-idees-pour-2030-de-confrontations-europe/ ; https://confrontations.org/confrontations-europe-et-iep-strasbourg/

* Institut Avant-garde : https://www.institutavantgarde.fr/elections-europeennes-2024/

* IDDRI : https://www.iddri.org/fr/publications-et-evenements/decryptage/reinventer-le-deal-quel-nouveau-recit-pour-mettre-le ; https://www.iddri.org/fr/projet/lunion-dans-tous-ses-etats-reinventer-le-deal

* Institut Jacques Delors : https://institutdelors.eu/publications/pacte-vert-vers-une-pause-reglementaire-europeenne/ ; https://institutdelors.eu/publications/en-route-vers-lobjectif-de-neutralite-climatique-quelles-transformations-pour-2030/ ; https://institutdelors.eu/publications/union-de-lenergie-2-0-pour-mettre-en-place-le-pacte-vert-europeen/

* La Fabrique Ecologique : https://www.lafabriqueecologique.fr/dossier-6-les-enjeux-ecologiques-des-elections-europeennes/

* Le Lierre : https://le-lierre.fr/note-europe/

Vers un tourisme littoral résilient préservant la biodiversité

Les enjeux liés au changement de modèle vers un tourisme résilient préservant la biodiversité littorale et la volonté de réussir concrètement et collectivement ce défi en Méditerranée étaient l’objet du séminaire de co-construction organisé par Green Cross, le 17 avril 2024 à Marseille. Synthèse et vidéos de cet événement, réalisé avec le soutien de l’OFB, l’appui de l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse et du Centre Scientifique de Monaco.

3 thèmes ont structuré la journée de travail :

  • Faire face à l’évolution des attentes et comportements, et se réinventer pour plus de résilience
  • Changer les temps, réinventer l’accueil, les formats et mobilités pour une reconnexion à la biodiversité ordinaire et extraordinaire
  • Faire du patrimoine naturel et de la finitude des ressources des atouts

Vidéos :

Jean-Charles Lardic – Mission Observatoire, Prospective et Participation citoyenne – Ville de Marseille

Accéder à toutes les vidéos

Consulter les vidéos effectuées lors de l’événement

Green Cross a dévoilé et mis en débat son « Guide méthodologique Résilience du trait de
côte, portant des clés pour agir pour les collectivités et sociétés civiles de Méditerranée
. »

Le développement de nouvelles formes de tourisme durable doit prendre en compte le coût carbone de l’économie touristique de bord de mer, la lutte contre les effets de la surfréquentation,
l’identification des projets d’adaptation, l’application de l’objectif ZAN (Zéro Artificialisation Nette)
et la préservation de la biodiversité.


Voir aussi :
Résilience des territoires littoraux et insulaires face au dérèglement climatique


La mise en place, localement, de solutions bio-inspirées et peu intrusives pour lutter contre
l’érosion, sécuriser le trait de côte, stabiliser baie et rivage, et préserver la biodiversité littorale sont des priorités directement issues des précédents travaux de Green Cross et notamment du Cahier
de recherche « Résilience des territoires littoraux et insulaires face au dérèglement climatiques »

Synthèse « Vers un tourisme littoral résilient préservant la biodiversité »

Le modèle d’élevage herbager français à taille humaine : un exemple de durabilité et de bien-être animal ?

« Le modèle d’élevage français de ruminants est un exemple de production durable et responsable, qui participe à notre souveraineté alimentaire » selon la filière viande bovine française, confrontée à une baisse de son cheptel depuis 2016, un phénomène qui pourrait atteindre une perte d’un million de vaches d’ici 2030. « Ce modèle d’élevage herbager français est unique au monde et mérite d’être préservé, afin de maintenir notre souveraineté alimentaire et conserver notre capacité à proposer une viande durable au consommateur« . Pour les amateurs de viande, soucieux du bien-être animal autant que de leur empreinte carbone, c’est sans doute la solution la plus vertueuse pour le vivant, humain et bovin …


C’est dans le Puy de Dôme, à 1 200 mètres d’altitude, que Marine Van Simmertier et son mari Michel élèvent 80 vaches Salers. Et parmi elles, on retrouve Ovalie, la vache égérie de l’édition 2023 du Salon International de l’Agriculture.

MARINE VAN SIMMERTIER,
ÉLEVEUSE DE VACHES SALERS DANS LE PUY DE DÔME (63)

« Chez nous, avec Michel, nous avons 40 vaches chacun. Cela reste une exploitation à taille humaine. Dans un élevage herbager, les vaches passent la plupart de leur temps en extérieur dans les pâtures. Chez nous en zone de montagne, les vaches pâturent 6 mois de l’année, les 6 autres mois, elles sont en bâtiment, parce que les conditions climatiques hivernales ne permettent pas de les laisser dehors. »

« Aimez la viande, mangez-en mieux. »
« Naturellement Flexitariens »

Campagne de communication collective d’INTERBEV, Association Nationale Interprofessionnelle du Bétail et des Viandes
Modèle d’élevage herbager français

L’ÉLEVAGE HERBAGER FRANÇAIS : UNE SOLUTION POUR UNE AGRICULTURE ET UNE ALIMENTATION DURABLE

Les atouts environnementaux de l’élevage bovin français sont nombreux selon Interbev. En particulier, l’entretien des prairies et des haies joue un rôle fondamental dans la préservation d’une biodiversité riche et variée. L’élevage herbivore français serait même l’un des plus vertueux à l’échelle mondiale et l’un des rares secteurs, avec la forêt et l’agriculture, capables de compenser une partie de ses émissions de gaz à effet de serre.

Les 13 millions d’hectares de prairies et parcours sur lesquels pâturent les bovins et autres ruminants constituent l’un des principaux puits de carbone. Toute nouvelle conversion en France de prairies en terres cultivables entraine inévitablement une libération du stock de carbone du sol et nuit directement à l’atteinte des objectifs climatiques. Le maintien de ces prairies passe nécessairement par la préservation de notre modèle d’élevage bovin herbager, qui est essentiel à la dynamique des écosystèmes et des territoires ruraux, rappelle l’interprofession.

LUTTER CONTRE LE CHANGEMENT CLIMATIQUE & PRÉSERVER LA BIODIVERSITÉ AVEC L’ÉLEVAGE A L’HERBE

La France compte une surface totale en herbe de 13 millions d’hectares, dont 10 millions d’hectares de prairies permanentes qui jouent un rôle essentiel dans la lutte contre le changement climatique, en stockant d’importantes quantités de carbone dans les sols, en préservant la qualité de l’eau et en protégeant la biodiversité.

Pour le maintien de la part de prairies dans la surface agricole utile (SAU), la filière élevage et viande bovine française se fixe comme objectif de promouvoir l’herbe comme ressource de base de l’alimentation des ruminants, en faisant preuve de flexibilité pour tenir compte des aléas climatiques.

L’herbe représente aujourd’hui en moyenne 60 % de la ration alimentaire des ruminants et jusqu’à 80 % pour celle des bovins « viande », selon Devun et al. 2012.

LA RELATION HOMME-ANIMAL : L’AUTRE ENJEU DU MODÈLE L’ÉLEVAGE HERBAGER FRANÇAIS

Le bien-être et la santé des animaux sont des enjeux essentiels du modèle d’élevage herbager français et constituent des priorités fondamentales pour les éleveurs. Devant des attentes sociétales fortes, les professionnels de la filière Élevage et Viande renforcent leurs actions pour garantir le bien-être animal à chaque maillon de la chaîne, de l’élevage à l’abattage en passant par le transport.

BOVIWELL : L’OUTIL D’ÉVALUATION DU BIEN-ÊTRE DES BOVINS EN ÉLEVAGE

BoviWell est un outil de mesure du bien-être des animaux en exploitations ( de bovins viande et bovins lait). Co-construit entre les acteurs des filières, appuyés par des experts scientifiques et techniques, il s’agit d’un outil adapté du référentiel scientifique européen Welfare Quality®. Il s’appuie également sur la définition du bien-être des animaux donnée par l’ANSES (2018) et sur sa traduction par le principe des 5 libertés individuelles, reconnu à l’échelle internationale :

  • absence de faim, de soif et de malnutrition
  • absence de peur et de détresse
  • absence de stress physique et/ou thermique
  • absence de douleur, de lésions et de maladie
  • liberté d’expression d’un comportement normal de son espèce.
Ceva Santé Animal – Le bien-être animal, qu’est-ce que c’est ?

Cet outil est en cours de déploiement dans la filière bovine.

Un toit solaire moins cher qu’un toit traditionnel en tuiles ?

Les systèmes de toitures solaires sont désormais moins chers que les toitures en tuiles normales, selon le fabricant suisse de matériaux de construction solaires Megasol Energie. Cela s’explique à la fois par les coûts liés à la rénovation des anciennes toitures comme à la construction des nouvelles, aux aides et subventions liées au solaire photovoltaïque ainsi qu’à la longue durée de vie des toits solaires.

Fenêtres de toit intégrées sans soudure. Ici exemple du toit solaire « level ». Photo Megasol Energie SA

Un supplément rapidement amorti

« En fonction de la situation, l’investissement pour la réalisation de toits solaires n’est qu’une fois et demie plus élevée que pour les toits en tuiles conventionnelles – et après quelques années seulement d’exploitation, le toit solaire revient déjà moins cher« , explique Falk Baumann, directeur de la société de charpenterie et de photovoltaïque Baumann Falk. L’installateur allemand de la commune de Crinitzberg OT Lauterhofen peut se prévaloir d’une longue expérience dans le domaine de l’installation de toits solaires.

Les pièces d’ajustement peuvent être découpées et intégrées directement sur le chantier. Photo Zimmerei & Photovoltaik Falk Baumann

« Nous avons installé le toit solaire ‘Level’ du fabricant suisse de panneaux solaires Megasol sur le bâtiment de notre entreprise. Comme pour de nombreux autres projets, il s’est avéré qu’une grande partie des coûts étaient également liés à une rénovation de toiture conventionnelle : Planification, trajets, échafaudage, lattes de bois, revêtement du toit (par ex. tuiles), frais de montage, etc. Le surcoût se compose uniquement des modules solaires, du câblage et de l’onduleur »

Revêtement solaire en chevauchement pour une couverture intégrale de la surface.

Ce surcoût est vite amorti grâce au rendement électrique élevé. Le toit solaire s’autofinance et devient ainsi moins cher qu’un toit en tuiles traditionnel : « Un toit en tuiles normal ne peut pas faire ça« , dit Falk Baumann en souriant.

Système de toiture solaire ‘Level’ Megasol Energie SA

Des toits solaires aux détails résolus

Comme de nombreux autres systèmes de toitures solaires, la toiture solaire ‘Level’ utilisée est une toiture solaire chevauchée, c’est-à-dire « en écailles« . Il peut remplacer tous les toits en tuiles avec une sous-toiture correspondante. Il repose sur un lattage en bois qui ressemble beaucoup à un lattage de tuiles.

Grâce aux grands formats, dont la surface est plusieurs fois supérieure à celle d’une tuile, le toit solaire est rapidement installé. Des fenêtres de toit peuvent également être installées sans problème, en le prenant en compte lors de la conception du toit solaire. Il est également possible d’installer un garde-neige intégré au système.

Système de toiture solaire ‘Level’ Megasol Energie SA

Les éventuels travaux de nettoyage ou d’entretien peuvent être effectués facilement grâce à la protection antichute intégrée au système. De plus, le système de toit solaire est plus léger qu’un toit en tuiles et donc beaucoup plus léger que la combinaison d’un toit en tuiles et d’une installation photovoltaïque sur le toit. Cela permet d’alléger la toiture, ce qui est particulièrement important pour les bâtiments anciens.

Enfin, l’intégration à la toiture est esthétique. Falk Baumann conclut : « Pour notre bâtiment d’entreprise, nous avons été convaincus non seulement par la rapidité d’installation, mais aussi par la simplicité d’intégration des modules du toit solaire ‘Level’. Ceux-ci sont réalisés avec des panneaux composites en aluminium qui peuvent être découpés directement sur le chantier. Cela permet de gagner du temps et de réduire les coûts« .

Le « paradis énergétique » de Jordan Bardella

Sous des dehors plus mainstream que naguère, le programme de Jordan Bardella en matière énergétique et climatique est en réalité un programme de casseur et non de constructeur, de soumission et non de souveraineté. Conservatisme et souverainisme ne se conjuguent pas aisément sur le sujet énergétique où l’on oublie souvent que nous dépendons aux deux tiers des énergies fossiles et qu’il en a malheureusement toujours été ainsi. Les mesures proposées nous enfermeraient dans la dépendance aux énergies fossiles, gaz et pétrole en tête. Voilà la triste vérité du parti qui caracole en tête des intentions de vote aujourd’hui. Une publication de la série « Européennes 2024 » par Nicolas Goldberg, responsable du pôle énergie du Think Tank progressiste Terra Nova

Introduction

Tout à sa stratégie de respectabilisation, le Rassemblement national a décidé d’abandonner nombre de ses combats passés en matière énergétique et climatique tant ils apparaissent aujourd’hui anachroniques : formellement, les amis de Marine Le Pen et de Jordan Bardella reconnaissent ainsi que l’Europe doit jouer un rôle dans la lutte contre le réchauffement climatique et ne souhaitent plus sortir du marché européen de l’électricité. Pertinentes ou non sur le fond, certaines de leurs propositions sont aujourd’hui marquées d’un caractère très mainstream dans le champ conservateur et parfois au-delà chez d’autres sensibilités politiques : indexer le prix de l’électricité sur ses coûts de production, mettre des limites au libre-échange, baisser la TVA sur l’énergie ou refuser la libéralisation des concessions hydrauliques… tout ceci se retrouve dans les programmes de plusieurs autres formations.

Mais, comme toujours avec le RN, la respectabilité se fissure lorsqu’on examine les propositions de plus près : opposition à l’éolien et au solaire, absence d’ambition dans l’efficacité et la sobriété, opposition à l’interdiction de vente des véhicules à essence, encouragement des consommations fossiles… Certaines propositions relèvent également du « yaka fokon » (comme sur l’hydroélectrique) ou entrent en contradiction les unes avec les autres (le RN promeut ainsi le « juste échange » mais s’abstient sur l’ajustement carbone aux frontières). Inventaire…

La nostalgie d’un passé fantasmé

En matière énergétique, le RN a trouvé son slogan : « Refaire de la France un paradis énergétique ». Mais l’a-t-elle vraiment jamais été ? Encore aujourd’hui, elle dépend à 60% d’énergies fossiles importées. Si nous avons un jour pensé que la France était « souveraine » sur le plan énergétique, c’est parce que nous avions malheureusement oublié ces consommations fossiles longtemps invisibilisées car le gaz et le pétrole étaient le plus souvent accessibles et bon marché. La guerre en Ukraine nous a hélas rappelé une réalité que de nombreuses crises antérieures avaient déjà soulignée (des « chocs pétroliers » du XXe siècle à l’explosion des prix de la fin des années 2000, cf. graphique ci-après).

Est-ce un effet de la jeunesse du candidat ? Jordan Bardella semble avoir la mémoire bien courte et passe à côté des principaux enjeux. Notre facture d’importations d’énergies – essentiellement du pétrole et du gaz – est en effet colossale et représente une grande part de notre déficit commercial : 44 milliards € en solde net en 2019 pour un déficit commercial en biens de 59 milliards €, et 116 milliards € en solde net lors de la terrible année 2022 pour un déficit commercial global record de 164 milliards €. Au niveau européen, en 2022, les importations des 27 en la matière ont atteint la somme de 700 milliards €, soit presque l’équivalent du plan de relance européen de la même année (750 milliards €). Et tout cela au profit de régimes pas toujours recommandables, qu’il s’agisse d’Etats pétroliers du Moyen-Orient dont le RN dénonce régulièrement la contribution au financement des mouvements islamistes ou encore de la Russie avec laquelle plusieurs membres du RN entretiennent toujours des relations très cordiales.

A défaut d’être celle du paradis, la voie de la souveraineté nationale aussi bien que de la décarbonation commande donc de sortir des énergies fossiles, donc de ne pas encourager leur consommation et de développer les autres sources d’énergie. Est-ce bien la direction suivie par le RN ? Pas vraiment…

Une fiscalité favorable aux fossiles

D’une part, le RN envisage une politique fiscale qui risque fort d’encourager la consommation d’énergies fossiles. C’était déjà le cas dans le programme de Marine Le Pen pour l’élection présidentielle de 2022, qui souhaitait baisser de 20% à 5.5% la TVA sur les carburants, comme nous l’avions montré ici même. Jordan Bardella présente aujourd’hui la même idée d’une autre façon : « Baisser la contribution française nette (surplus) versée à l’UE pour participer au financement de la baisse de la TVA de 20 à 5,5% sur les énergies : électricité, gaz, fioul et carburants ». Les élections européennes sont l’occasion de réchauffer les mêmes plats. Avec les mêmes travers :

  • Cette mesure n’aurait aucun impact pour les entreprises qui paieraient leur énergie au même prix,
  • Elle encouragerait en revanche les ménages à consommer davantage de carburants ou, en tout cas, à moins se soucier des alternatives à la mobilité thermique. Le développement du véhicule électrique s’en trouverait pénalisé ainsi que les constructeurs qui ont commencé à investir des sommes considérables dans l’électro-mobilité.
  • Elle aurait les mêmes défauts d’indifférenciation que la première version du bouclier tarifaire, protégeant tout le monde de la même façon, ceux qui en ont besoin comme ceux qui n’en ont aucun besoin et qu’il faudrait au contraire pousser à investir dans d’autres mobilités ou d’autres motorisations. Il a même été évalué par l’Insee que les ristournes sur le carburant comme sur les autres énergies profitent davantage aux plus aisés, moins incités à diminuer leurs consommations excédentaires.

Si l’on veut aider les ménages modestes à faire face à leurs contraintes de mobilité sans abandonner l’objectif de sortie des énergies fossiles, ce sont d’autres solutions, plus ciblées, qu’il faudrait envisager, comme les chèques énergies en particulier.

La guerre contre les énergies renouvelables

D’autre part, la sortie des énergies fossiles et la quête d’une véritable souveraineté énergétique impliquent de développer les sources d’énergie décarbonée susceptibles d’être produites sur notre sol, comme le nucléaire et les énergies renouvelables électriques. Ces dernières ne font malheureusement pas partie des projets du RN qui misent tout sur le nucléaire. « En imposant les énergies intermittentes, lit-on dans le programme de Jordan Bardella, la Commission saccage le système électrique français qui garantit pourtant notre sécurité d’approvisionnement, une énergie décarbonée et un prix attractif ».

Les « énergies intermittentes » désignent généralement l’éolien et le solaire qui produisent effectivement de manière variable (selon la puissance du vent et l’ensoleillement). Selon Jordan Bardella, elles seraient donc néfastes pour le mix électrique français. Pourtant, aucun scénario crédible de décarbonation en France ne pourra être réalisé sans développer massivement l’éolien et le solaire, comme l’ont montré les travaux prospectifs de RTE ou ceux de l’ADEME. Car pour décarboner, il faudra notamment électrifier de nombreux usages, et donc augmenter notre production d’électricité. Or cette augmentation ne pourra se faire d’ici 2035 que par le solaire et l’éolien car les nouveaux réacteurs nucléaires que le Rassemblement national appelle de ses vœux ne seront pas prêts d’ici là.

Le RN semble cependant concentrer désormais ses griefs sur l’éolien. Il est en effet écrit plus loin dans le même programme que les énergies intermittentes désignent spécifiquement l’éolien (« Nous nous opposons au développement des énergies intermittentes (éoliennes) imposées par l’UE »). On se souvient cependant que Marine Le Pen déclarait pendant la campagne présidentielle 2022 vouloir mettre en place un moratoire sur le solaire… Est-ce à dire que ce ne serait plus le cas aujourd’hui ? Impossible de le savoir.

Programme de Marine Le Pen en 2022 : un moratoire sur l’éolien et le solaire. Est-ce toujours le cas pour le solaire ? Le programme de Jordan Bardella le laisse entendre sans l’affirmer clairement, contrairement à l’éolien

Rappelons au passage que les producteurs éoliens ont reversé plus de 13 milliards € à l’Etat pendant la crise énergétique (2022–2023) du fait des contrats pour différence qu’ils avaient souscrits (ces contrats leur garantissent des prix de rachat constants quand les prix de marché sont à la baisse mais les obligent à reverser à l’Etat une grande part de leurs profits quand les prix sont à la hausse comme ce fut le cas en 2022). Ces producteurs ont en outre permis d’éviter d’importer plus de gaz dans un contexte où les prix des fossiles s’envolaient et où il fallait compenser la baisse brutale de production d’électricité nucléaire du fait de l’état de notre parc. Au total, sur les deux années 2022–2023, les producteurs d’énergies renouvelables pourraient avoir apporté aux recettes de l’Etat l’équivalent des deux tiers des subventions publiques allouées au secteur depuis plus de 20 ans (cf. graphique ci-après).

Sources : CGCSPE, CRE, calculs Comwatt

 

Prix de l’électricité : les erreurs de calculs du RN

Mais l’Union européenne ne se contente pas selon Jordan Bardella de « saccager le système électrique français » : elle organiserait également « la flambée des factures énergétiques en indexant le prix français de l’électricité sur le prix européen du gaz ». En réalité, si les factures des Français ont flambé, c’est surtout en raison de la baisse brutale de production nucléaire domestique en 2022 et des risques de sécurité d’approvisionnement, la France étant soudainement passée d’exportatrice nette à importatrice nette d’électricité, le plus souvent produite à partir de gaz… Jordan Bardella explique désormais partout ne plus vouloir sortir du marché européen de l’électricité mais faire en sorte que le prix de l’électricité pour les Français n’en dépende pas, avec un tarif indexé sur les coûts de production, ce qui pose certains problèmes comme nous le verrons plus loin. Il est à noter que pour éviter l’exposition des consommateurs aux variations des prix de marché, le Parlement européen a bien voté une réforme fournissant tout un arsenal d’outils pour rapprocher les prix des coûts de production avec les contrats long terme et les contrats pour différence (CfD). Le RN a voté contre, s’opposant justement au mécanisme des CfD pour le parc nucléaire français au motif que cela nécessiterait de revoir la structure d’EDF, ce qui est probable, mais ce qui pourrait tout de même profiter au consommateur quoi qu’en dise le RN.

Tout en restant dans le marché européen de l’électricité, Jordan Bardella veut donc « baisser de 30% à 40% la facture d’électricité, en rétablissant un prix français de l’électricité (…) proche des coûts de production ». La facture d’électricité des ménages étant composée pour un tiers de taxes, un tiers de coûts de réseau et un tiers d’électricité, en réalité, les deux tiers de leur facture ne dépendent pas du marché. Quant au troisième tiers, il comporte aujourd’hui une part de nucléaire régulé et une autre part liée au prix de marché. Ainsi, le marché ne représente qu’un sixième de la facture d’électricité d’un ménage… On se demande dans ces conditions comment mathématiquement le RN pourrait baisser de 30 à 40% une facture d’électricité en changeant uniquement les règles d’exposition aux variations du marché…

Lorsqu’en 2016, le gouvernement de l’époque a modifié la formule du tarif réglementé de l’électricité, passant d’un tarif indexé sur les coûts à un tarif combinant nucléaire régulé et complément de marché, l’objectif était justement d’éviter une flambée des prix de l’électricité pour les ménages, à un moment où les marchés de l’électricité étaient bas et où EDF demandait des augmentations du tarif pour couvrir ses coûts. S’il est vrai qu’un tarif indexé sur les coûts aurait été plus avantageux que le tarif actuel pendant la crise récente, même avec une baisse de taxe, cela n’aurait certainement pas permis une baisse de 30%, les coûts du système électrique français s’étant considérablement accrus pendant la crise avec la baisse de production du parc électrique domestique ainsi que le recours aux importations et au gaz à un moment où son prix était au plus haut.

Par ailleurs, les prix de marché de l’électricité étant désormais retombés, il n’est absolument pas dit qu’un tarif indexé sur les coûts (74€/MWh selon EDF pour le seul nucléaire, auquel il faudrait ajouter le coût des autres sources pour avoir un coût complet) serait beaucoup plus avantageux qu’un tarif de marché dont les prix à plus long terme se négocient à 65€/MWh pour l’ensemble de la consommation de base et dont il est attendu de nouvelles baisses.

Les barrages hydroélectriques dans l’impasse

« Nous nous opposons à la libéralisation des concessions de nos barrages hydroélectriques », déclare également Jordan Bardella dans son programme. Comme tout le monde, est-on tenté d’ajouter, l’hydraulique français étant dans une impasse juridique depuis plusieurs années. Mais, au-delà des proclamations, quelle est la solution pour sortir de cette impasse ? La France doit depuis 10 ans mettre en concurrence les concessions hydroélectriques et ne le fait pas. De ce fait, tous les investissements dans l’hydroélectrique opéré par EDF sont bloqués pour ne pas briser les contrats de concessions en cours. C’est un immense gâchis. Trois solutions sont alors possibles :

  • Céder et mettre en concurrence les concessions hydroélectriques, ce que l’ensemble des partis politiques rejettent ;
  • Adopter un régime de quasi-régie, où EDF pourrait continuer à opérer les concessions hydrauliques, à condition qu’elles soient séparées du reste du groupe et que l’Etat soit l’acteur principal de décision dans la gouvernance. Cette solution a déjà eu l’aval de la Commission sous certaines conditions ;
  • Basculer « en régime d’autorisation », c’est-à-dire vendre les barrages à EDF qui en deviendrait propriétaire. Cette troisième solution est désormais poussée par EDF, ayant un temps voulu privilégier la quasi-régie, pour conserver l’intégrité du groupe. Ce ne serait toutefois pas sans poser des problèmes juridiques, l’Etat devant généralement a minima réaliser des appels d’offre pour la session de ses actifs.

Malheureusement, le programme de Jordan Bardella s’arrête à la déclaration de principe et ne dit pas comment il compte éviter la mise en concurrence des barrages hydroélectriques, alors que c’est justement là le nœud du projet. A moins de vouloir tout simplement déroger aux règles européennes sans concertation, ce qui est plusieurs fois mentionné dans le programme, rappelant ainsi les anciennes positions du RN sur la sortie de l’Union européenne.

L’introuvable « diplomatie écologique »

Jordan Bardella souhaite enfin « déployer une diplomatie écologique en exportant le savoir-faire industriel français en matière d’énergie décarbonée ». On le comprend : quand on a trouvé la clé du « paradis énergétique », autant essayer de la partager en exportant au passage nos solutions industrielles. Au fil de la lecture, nous pourrions imaginer qu’il s’agit ici de miser sur nos savoir-faire dans le nucléaire et l’hydraulique pour proposer un modèle alternatif de décarbonation à nos voisins et partenaires. En réalité, Jordan Bardella semble l’ignorer, mais c’est déjà le cas : les industriels nationaux concernés n’ont pas attendu les fulgurances du Rassemblement national pour essayer d’exporter leurs solutions, le plus souvent avec le soutien de la diplomatie française. Mais, quelles que soient nos performances à l’exportation dans ces domaines, ce mix de solution est insuffisant pour se décarboner. En outre, les énergies qui progressent le plus dans le monde aujourd’hui sont l’éolien et le solaire. En tirant un trait sur ces « énergies intermittentes », comme le propose Jordan Bardella, la France se marginaliserait, alors même que sur l’éolien en mer où l’Europe peut encore faire figure de leader, la France dispose d’un magnifique potentiel de production.

Quelques incohérences et de gros trous dans la raquette

Moins directement liées au secteur de l’énergie, d’autres mesures du programme de Jordan Bardella sont censées concourir à l’effort de décarbonation. Essayant de conjuguer patriotisme économique et lutte contre le réchauffement, Jordan Bardella propose ainsi de « Passer du libre-échange au juste échange et de favoriser les boucles locales ». Mais alors pourquoi s’est-il abstenu lors du vote sur le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (« taxe carbone aux frontières ») qui consistait précisément à permettre la réciprocité sur la prise en compte du climat dans les processus de production ? Mystère…

Le RN se prétend désormais convaincu de l’origine humaine du réchauffement climatique et affirme que même si l’Europe ne représente qu’une faible part des émissions de CO2, elle doit prendre sa part à l’effort. Mais alors pourquoi s’être opposé à l’interdiction à la vente des véhicules neufs émetteurs de gaz à effet de serre à partir de 2035 au Parlement européen ? Interdiction qui, par ailleurs, n’empêchera pas les propriétaires de véhicules thermiques de continuer à les utiliser, voire de les vendre sur le marché d’occasion…

Sur ce dernier point, le programme de Jordan Bardella tente toutefois une explication : « Plutôt que d’interdire brutalement et sans étude d’impact la vente des voitures thermiques individuelles, l’Europe doit favoriser l’innovation dans le secteur pour ne pénaliser ni les consommateurs ni les emplois industriels. »

« Miser sur l’innovation », « ne pénaliser ni les consommateurs ni les industriels »… ce sont là les éléments de langage habituels de l’immobilisme : il faudrait tout changer sans déranger personne et miser sur la technologie sans revoir les usages. Si l’effort d’innovation est en marche (par exemple sur les nouvelles chimies des batteries, etc.), c’est bien parce que les pouvoirs publics ont fixé des échéances claires et ainsi stimulé l’investissement des constructeurs. Par ailleurs, aucun scénario sérieux de décarbonation ne prétend que l’on pourrait y arriver uniquement par ce moyen.

Rappelons par ailleurs que la loi française prévoit déjà d’interdire la vente de véhicules neufs émetteurs à partir de 2040 et que d’autres pays, comme le Royaume-Uni ou l’Inde, ont déjà pris des mesures similaires. Continuer à vendre des véhicules thermiques neufs au-delà de 2035, ce serait en réalité nous enfermer dans les consommations fossiles pour encore 30 ans, et donc renoncer à la neutralité carbone en 2050. C’est assez cocasse dans un chapitre du programme de Jordan Bardella censé être consacré au climat…

Enfin, cet inventaire ne serait pas complet sans évoquer les « trous dans la raquette » du programme de Jordan Bardella. On n’y trouvera notamment aucune occurrence des mots « sobriété » et « efficacité ». L’ébriété énergétique est en réalité la norme pour le RN.

On n’y trouvera non plus aucune mention d’Euratom, l’un des traités fondateurs de l’Union européenne en matière de coopération sur le nucléaire, malgré l’insistance du programme du RN sur cette énergie. Est-ce à dire que les travaux sur le nucléaire ne peuvent se faire dans le cadre européen ? Plusieurs initiatives ont montré l’inverse.

Conclusion

Baisse de la TVA sur les carburants, désinvestissement des énergies renouvelables, pari exclusif sur le nucléaire et l’hydraulique qui ne permettront pas une large électrification des usages, opposition à la fin des véhicules émetteurs à partir de 2035, absence totale de propositions en matière de sobriété et d’efficacité énergétique… Les comptes sont vite faits : en réalité, derrière le rideau des apparences et des déclarations générales, le RN mise sur la pérennité des consommations d’énergies fossiles. Beaucoup de points suggèrent que le renoncement à la sortie de l’Union européenne relève d’un simple exercice de toilettage rhétorique puisque le RN propose finalement de déroger à un grand nombre de règles et d’objectifs qui sont aujourd’hui au cœur du projet européen.

Le programme de Jordan Bardella en matière énergétique et climatique est un programme de casseur et non de constructeur, de soumission et non de souveraineté. Voilà la triste vérité du parti qui caracole en tête des intentions de vote aujourd’hui.

« Urgence climatique » : une action à l’inverse des mots, malgré l’enfer des chiffres

On parle depuis plus de 20 ans d’urgence climatique ! Cette expression remonte à 1997 dans la presse française, nous rappelle Iris Viloux (Université Paris-Panthéon-Assas). Et paradoxalement, malgré sa démocratisation, l’injonction à agir qu’elle contient n’est pas (encore) advenue … L’action avance lentement, à l’inverse des mots urtilisés et malgré l’enfer des chiffres. Car l’urgence d’agir est supposée se traduire dans les objectifs chiffrés des politiques climatiques. Mais est-ce vraiment le cas ? Marc Delepouve (CNAM) a étudié la façon dont le monde politique reprend les travaux du GIEC. Pour lui, ils conduisent à une sous-estimation des risques du fait de la simplification du savoir scientifique réduit à quelques chiffres.

Tag « Urgence Climatique » en marge de la manifestation du 1er mai 2022. Paola Breizh/Flickr, CC BY

Iris Viloux, Université Paris-Panthéon-Assas

Dans un de ses derniers reportages, Enquête exclusive, une des émissions les plus populaires de la télévision française, proposait aux téléspectateurs le sujet suivant : « Urgence climatique : quand la jeunesse se radicalise ». L’émission promettait de présenter les modes de mobilisation des militants écologistes contemporains :

« Ils bloquent des autoroutes, aspergent de soupe des œuvres d’art ou crèvent les pneus des véhicules 4×4. Ces militants écologistes d’un nouveau genre sont prêts à tout pour faire entendre leur voix face à ce qu’ils appellent l’inaction climatique ».

« L’inaction climatique » – sous-entendue, des pouvoirs publics – est attribuée ici au discours des militants, permettant à la chaîne de maintenir l’idée à distance. « L’urgence climatique » est, en revanche, présentée comme une évidence, qui n’a pas besoin d’être attribuée à un locuteur quelconque. Elle fonctionne comme un référent social : l’équipe de journalistes part du principe que tout le monde comprend ce que cela signifie et adhère à cette idée.

Pourtant, l’« urgence climatique » n’est pas le « réchauffement », le « changement » ou le « dérèglement climatique », l’expression dépasse la simple description du phénomène : l’idée de l’urgence donne à l’expression une valeur performative. Plus concrètement, parler d’urgence climatique c’est postuler l’urgence à agir.


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Comment l’expression s’est-elle démocratisée ? Que dit-elle de notre rapport à l’action environnementale ? Invoquer sans cesse « l’urgence climatique » a-t-il permis le passage à l’action présupposé par l’expression ?

Pour répondre à ces questions, je me suis intéressée à la circulation de l’expression dans les médias, les discours militants et politiques. Et en particulier à à ses premières apparitions dans la presse française : j’ai donc analysé les 150 articles parus entre la fin des années 1990 et 2008 qui comportaient « urgence climatique ». Cela permet d’identifier les premiers énonciateurs du terme, ainsi que les transformations de sens et les appropriations subis par l’expression à mesure de sa circulation.

Ce cadrage du problème climatique comme une urgence est tout sauf anodin. Il ne s’est pas imposé naturellement dans le débat public et résulte en fait d’un travail mené par des groupes d’acteurs afin d’obtenir des réponses de la part des pouvoirs publics.

Apparue pour la première fois en 1997 dans la presse française, l’expression s’est démocratisée, avant de basculer peu à peu dans le langage courant.

Une expression d’abord consacrée aux épisodes météorologiques extrêmes

L’urgence climatique apparaît pour la première fois dans la presse française en 1997. Avant qu’elle ne s’intègre durablement au discours public dès 2019, ses usages demeurent rares, à l’exception de quelques pics d’apparitions discontinus (2009, 2015, 2018), tributaires de contextes particuliers.

Avant 2006, ses usages, exceptionnels, sont pour la plupart réservés à des épisodes météorologiques extrêmes, caractéristiques du traitement médiatique des questions environnementales sans mise en perspectives des causes de ces dérèglements.

En juillet 2003 par exemple, un article de Libération sur les pertes subies par les éleveurs à cause de la canicule mentionne « l’urgence climatique prise en compte par le ministre de l’Agriculture en nommant un « monsieur Sécheresse » en la personne de Pierre Portet, ingénieur général de l’agriculture ». L’urgence climatique due à la sécheresse estivale anormale est ici circonstancielle et localisée.

Mike Erskine

Un usage pour se démarquer et se positionner

Elle est également utilisée, dans quelques rares cas, pour désigner l’urgence du changement climatique par des personnalités publiques et des partis politiques. Ces derniers ne sont pas exclusivement étiquetés écologistes ou appartenant à l’opposition. On peut notamment citer le parti Génération Écologie, puis Greenpeace en 2005, Al Gore, WWF, le Réseau Action Climat et France Nature Environnement en 2006, mais aussi le ministre de la Recherche de Chirac en 2001.

Dès ces premiers usages pourtant épars, l’expression remplit des fonctions idéologiques et stratégiques : elle permet à ceux qui l’emploient de se distinguer et de se positionner.

Ainsi, lorsque le ministre de la Recherche de Jacques Chirac, Roger-Gérard Schwartzenberg, l’utilise pour se féliciter du lancement d’un satellite en 2001, c’est une manière de s’inscrire dans la stratégie présidentielle de l’auteur du célèbre : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », Chirac étant le premier président à faire de l’écologie un sujet de politiques publiques.

D’autre part, c’est aussi une façon de justifier le programme de recherche qu’il parraine et dans lequel s’inscrit le lancement de ce satellite de surveillance des océans. Évoquer l’urgence climatique lui permet de cadrer un problème à la fois localisé et relié au changement climatique, auquel le programme répond. Dans un des articles reprenant les communiqués du ministre, « l’urgence climatique » perd ensuite ses marques de citation, attribuant par défaut l’expression au journaliste. Un indice que l’expression commence déjà à s’intégrer dans le discours général.

Se positionner sur l’urgence est aussi un enjeu pour les écologistes d’opposition. En campagne en 2006, France Gamerre, présidente de Génération Écologie, associe l’expression à l’urgence énergétique dans une interview reprenant les termes du débat « urgence politique, urgence climatique et urgence santé » organisé par son parti en août 2005. De quoi lier les enjeux économiques et environnementaux, mais aussi extraire l’écologie d’un positionnement bourgeois. Cette rhétorique lui permet de se présenter comme une candidate différente.

Elle est suivie, quelques mois après, par sa concurrente la plus proche, Dominique Voynet, pour les Verts. Elle ajoute ce sujet à sa campagne en évoquant l’urgence dans un discours au Conseil national des Verts en mars, puis en meeting et dans une interview télé en avril, illustrant la rapidité des phénomènes de mise à l’agenda en période électorale.

En 2007 le thème intègre durablement le discours des Verts, en témoigne notamment une lettre ouverte, parue dans Libération en juin et signée par de nombreux cadres du parti, qui déclare :

« Nous avons besoin de vous pour mettre les Verts français à la hauteur des enjeux de l’urgence écologique ».

Markus Spiske

Les ONG s’en emparent pour politiser l’urgence

Pour les ONG, actrices majeures de la publicisation de l’expression – c’est-à-dire, le fait de la porter à la connaissance du public –, celle-ci constitue un outil de politisation.

En 2005, dans sa campagne contre l’implantation du réacteur ITER à Cadarache dans les Bouches-du-Rhône, Greenpeace mobilise l’urgence climatique pour décentrer la critique.

Plutôt que de porter seulement sur le choix du site, elle porte désormais plus globalement de la politique du gouvernement en matière de lutte contre le changement climatique. L’expression est très efficace, puisqu’elle oppose la temporalité longue d’une technologie en phase de test et la situation de danger imminent appelant une réaction immédiate.

Puis d’autres organisations du climat (Agir pour l’Environnement, France Nature Environnement, Réseau Action Climat et le WWF en 2007), l’utilisent à leur tour. En juin 2007, elles lancent la campagne « Urgence climatique chauffe qui peut ! » réclamant la réglementation des émissions de CO2 des voitures.

Outre les ONG, quelques personnalités publiques se font lanceuses d’alerte sur le climat et entrepreneuses de la cause de l’urgence. Al Gore et sa vérité qui dérange contribuent à la publicisation de l’urgence, préférant cependant l’expression « planetary emergency » que l’on traduit par « urgence planétaire ».

En France, Nicolas Hulot, alors animateur populaire d’Ushuaïa Nature alerte sur « l’urgence écologique » dans une lettre ouverte au Président en 2006, puis dans son pacte écologique de janvier 2007.

« Face à l’urgence climatique, les discours ne suffisent pas » conclut cette vidéo promotionnelle de Greenpeace France.

Quand l’urgence climatique devient mainstream

Mais l’intensification des usages de l’expression en 2007 doit bien davantage à l’implication des journalistes, qui jouent un rôle central de prescripteurs de l’information. Le contexte était celui d’une actualité environnementale intense (sortie du rapport du GIEC, G8 et ses contre mobilisations, Grenelle de l’environnement, attribution du prix Nobel de la paix à Al Gore et au GIEC…).

Dans bien des cas cependant, l’expression est soit une citation implicite, soit une attribution à des locuteurs qui ne l’ont pas vraiment utilisée. Un article de Ouest France prête, à tort, par exemple, à Angela Merkel l’usage de l’expression dans son discours de préparation au G8 de 2007 devant le Bundestag en écrivant :

« Alors que la chancelière allemande Angela Merkel veut faire de ce sommet […] un “signal fort sur l’urgence climatique” […] »

Elle n’évoque en fait qu’un « signal important » (« ganz wichtiges Signal ») et « les questions mondiales urgentes de notre époque », (« die drängende globale Fragen unserer Zeit ») dont la protection du climat fait partie.

Ce désordre dans les citations révèle l’intégration de l’expression au langage commun, parachevée par les journalistes. Dès lors que sa paternité n’est plus un enjeu, c’est que l’expression a gagné un caractère consensuel.

L’urgence climatique s’installe, en parallèle, dans le discours des politiques au pouvoir. La conférence de Paris, puis le Grenelle de l’environnement en 2007, ont un poids non négligeable dans la mise en circulation de l’expression. Elle représente toujours un enjeu de positionnement pour les politiques.

Cela apparaît de manière particulièrement claire dans les travaux de préparation du Grenelle à l’hémicycle. Pendant un débat à l’Assemblée Nationale en octobre, la notion circule d’une prise de parole à l’autre, chaque député de groupes politiques différents essayant d’imposer sa définition et s’en réclamant.

La notion d’urgence est finalement entérinée par le premier article de la loi Grenelle 1 en 2009, sous la forme imposée par Nicolas Hulot avec son pacte de 2007 et reprise par Nicolas Sarkozy : « l’urgence écologique ».

Une expression au succès ambivalent

Circulant entre le discours des organisations du climat, ceux des politiciens et des journalistes, l’expression fait la preuve de son intertextualité. Elle illustre la manière dont les discours se nourrissent les uns les autres. Employée simultanément par une variété d’acteurs poursuivant des buts différents, elle pénètre plus facilement dans le langage courant. Mais elle échappe de fait à un marquage idéologique clair et donne lieu à une dispersion qui contribue à l’appauvrir, quitte à faire rimer banalisation avec dépolitisation.

Le paradoxe de l’expression se dessine alors : tandis que l’abondance de ses apparitions témoigne de sa médiagénie, c’est-à-dire la compétence d’un objet médiatique à circuler dans l’espace social, sa persistance dans les discours, près de quinze ans après ses premières apparitions, souligne sa faiblesse performative.

Beaucoup utilisée par les mouvements écologistes contemporains, car considérée comme en accord avec la science et mobilisatrice, son usage n’est pas exempt de dangers, d’après les militants. Certains estiment son inefficacité due à son ancienneté :

« C’est vrai que ça fait dix ans qu’on parle d’urgence » constatait une militante écologiste avec qui j’ai pu conduire un entretien.

D’autres soulignent l’angoisse et la démobilisation qu’elle peut susciter. Ainsi que le risque d’appropriation par des ennemis politiques, ce qui montre qu’elle demeure un enjeu de positionnement malgré sa banalisation.

L’expression témoigne également de l’entrée de la question des temporalités dans les discours écolos militants, avec la collapsologie notamment. Mais elle masque les inégalités profondes devant le droit à l’avenir : l’urgence n’est pas la même pour tout le monde.

En fin de compte, l’expression « urgence climatique » semble avoir échoué, pour l’instant, à transformer de manière significative l’action publique : l’enjeu écologique résiste décidément à la performativité du langage. On ne peut d’ailleurs que déplorer l’absence d’engagements assortis aux déclarations d’État d’urgence climatique.

Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU, ne cesse de recourir à des formules de plus en plus alarmistes dans l’espoir de provoquer un sursaut. Il déclarait en septembre 2023 :

« l’humanité a ouvert les portes de l’enfer » en ne voulant pas se détourner de son addiction aux énergies fossiles.

De leur côté, certains collectifs militants, à l’instar de Dernière Rénovation optent pour la rhétorique du compte à rebours : on se souvient de l’action d’Alizée, militante du collectif qui s’était attachée au filet du court de tennis de Roland-Garros en 2022. Son t-shirt affichait en anglais « il nous reste 1028 jours ».

Les formules rivalisent pour dénoncer les responsables, nous exhorter collectivement et obliger nos dirigeants à agir à la hauteur de l’imminence du désastre, mais sans trouver de répondant.

Iris Viloux, doctorante au Centre d’Analyse et de Recherche Interdisciplinaire sur les Médias (CARISM), Université Paris-Panthéon-Assas

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


Urgence climatique : en parler, sans paralyser

à lire dans l’édition de La Croix du vendredi 3 mai 2024 et sur la-croix.com

Longtemps perçu comme une question abstraite, le réchauffement climatique produit des effets tangibles. Pour ceux qui informent sur ces effets se pose la question de la façon dont parler de la crise. Au-delà des discours, le choix du vocabulaire à adopter divise les linguistes.

https://www.la-croix.com


Climat : derrière les objectifs chiffrés, une édulcoration des connaissances scientifiques ?

Certains phénomènes imprévisibles, durs à quantifier, menacent les objectifs chiffrés laborieusement fixés par les politiques climatiques.

Marc Delepouve, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

Grâce au travail du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), les gouvernements n’ont eu d’autre choix que de prendre au sérieux le changement climatique et ses conséquences. Leurs décisions s’appuient ainsi sur les rapports du groupe d’experts, qui évaluent l’état des lieux des savoirs scientifiques et tracent plusieurs scénarios d’évolution future du climat.

Pour autant, ces décisions du monde politique répondent-elles fidèlement à l’ampleur du risque climatique ? Dans ma thèse, j’ai étudié les travaux du GIEC et leur utilisation par le monde politique.

J’en ai tiré une conclusion : les politiques climatiques reposent sur une simplification extrême du savoir scientifique, réduite à quelques chiffres. Et c’est dangereux, car cela va de pair avec une sous-estimation des risques.


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La difficile traduction des évaluations scientifiques en objectifs chiffrés

La COP26, tenue en 2021, s’est conclue par le Pacte de Glasgow où, pour la première fois, un accord politique international s’appuyait sur de tels chiffres. Cet accord portait sur :

  • l’objectif d’une réduction des émissions de dioxyde de carbone de 45 % en 2030 par rapport à 2010,
  • et sur l’objectif de neutralité carbone en 2050 (c’est-à-dire, des émissions nettes de CO2 nulles, autrement dit la compensation des émissions anthropiques de CO2 par une captation d’un montant équivalent).

Ces deux objectifs devenaient, dès lors, la référence adoptée par les politiques au plan international en vue de ne pas dépasser un réchauffement de 1,5 °C en 2100 par rapport à l’époque préindustrielle. Le pacte de Glasgow complétait ainsi l’accord de Paris qui avait introduit l’objectif de 1,5 °C, aux côtés de celui de 2 °C, déjà introduit en 2009 lors de la COP15 tenue à Copenhague.

À quoi servent les COP ? Une brève histoire de la négociation climatique

Deux ans plus tard, la COP28, tenue à Dubaï, reprenait dans sa conclusion l’accent mis à Glasgow sur l’objectif 1,5 °C, et en faisait la mise à jour sous la forme de trois objectifs chiffrés :

  • « réduire les émissions de gaz à effet de serre de 43 % entre 2019 et 2030 […] »
  • « […] de 60 % entre 2019 et 2035 […] »
  • « […] et parvenir à des émissions nettes de dioxyde de carbone nulles d’ici à 2050 ».

Les deux objectifs politiques de réduction d’émission de CO2 de Glasgow trouvent leur source dans le rapport spécial sur un réchauffement de 1,5 °C publié en octobre 2018 par le GIEC. Les trois objectifs de Dubaï, quant à eux, trouvent leur source dans le 6ᵉ rapport d’évaluation du GIEC, dont les différentes parties ont été publiées entre 2021 et 2023.

Toutefois, une lecture de ces rapports du GIEC permet de constater que ces objectifs ne sont qu’une libre traduction politique de scénarios climatiques de ces rapports. Comprendre : ils n’en sont nullement une traduction scientifique.

Le problème de cette traduction politique, c’est qu’elle omet de prendre en considération que les modélisations climatiques utilisées pour établir ces scénarios laissent de côté des phénomènes potentiellement amplificateurs du réchauffement climatique.

Ma Ti

Des « bombes climatiques » qui ajoutent à l’imprévisibilité

Parmi ces phénomènes, trois ont particulièrement attiré mon attention, car ils présentent le risque d’aggraver le changement climatique. Ce sont :

Chacun de ces trois phénomènes est susceptible d’émettre massivement du méthane et du CO2 dans l’atmosphère. Chacun d’entre eux pourrait ainsi devenir la cause d’une accélération du réchauffement climatique, laquelle viendrait en retour intensifier ces phénomènes et leurs émissions de gaz à effet de serre, d’où une accélération supplémentaire du réchauffement. Il existe ici un risque réel de boucles de rétroactions positives – autrement dit, de cercles vicieux.

Dans ma thèse, j’ai montré pourquoi dès le XXIe siècle ces trois phénomènes pris dans leur ensemble, qui plus est combinés avec d’autres phénomènes non pris en compte par les scénarios, présentent le risque d’enclencher un emballement climatique. Pourtant, ces trois phénomènes sont totalement ignorés lors de l’élaboration des scénarios du GIEC. Cela en raison de leur haut niveau d’imprévisibilité et de la difficile quantification de leurs futures émissions de gaz à effet de serre (GES).

Le bouleversement en cours de la vie dans les mers et océans est particulièrement éclairant. Il pourrait avoir des conséquences importantes sur le climat, car le rôle du vivant marin est majeur sur la composition de l’atmosphère et en particulier pour réguler la composition en CO₂ de l’air. Les mers et océans subissent en effet de plein fouet le réchauffement climatique ainsi qu’un ensemble d’autres perturbations anthropiques, comme l’acidification. La combinaison de ces perturbations crée un environnement du vivant marin inédit, si bien que ce dernier entre en zone inconnue. Son évolution d’ici à la fin du XXIe siècle est largement incertaine et présente le risque d’occasionner un surplus important de GES dans l’atmosphère.

Chris LeBoutillier

La quantophrénie, ou les limites de la quantification

Pourquoi le politique néglige-t-il ces éléments ? D’abord en raison de la méthode de décision par consensus entre les États. Mais aussi, d’après moi, en raison d’un biais quantophrénique. La quantophrénie est un biais de la pensée aujourd’hui très présent au sein des sociétés humaines, en particulier chez les décideurs politiques et économiques, mais aussi chez de nombreux scientifiques.

Ce terme trouve son origine dans « Fads And Foibles In Modern Sociology And Related Sciences ». Cet ouvrage, publié en 1956, a pour auteur le sociologue Pitrim Sorokin, fondateur du département de sociologie de l’Université de Harvard.

J’ai opéré un élargissement de son usage hors des Sciences humaines et sociales (SHS), et l’ai définie comme :

« la tendance à limiter les représentations des phénomènes ou objets aux seules représentations quantifiées, à nourrir les processus de décision politique de ces seules représentations quantifiées, et à largement utiliser des critères quantitatifs comme outils de la mise en œuvre et de l’évaluation des politiques publiques et du travail ».

Cette tendance, qui se déploie au détriment des formes de savoir non quantifié, a été documentée par de nombreux spécialistes. Quelques exemples, de façon non exhaustive :

  • Ida Hoos démontrait en 1979 que les modèles quantifiés utilisés pour évaluer des technologies ne prenaient pas en considération les implications institutionnelles, sociales et sociétales, et n’étaient pas fiables pour évaluer l’avenir incertain.
  • En 1993, Alain Desrosières exposait le développement de l’usage des outils statistiques et probabilistes au cours de l’histoire moderne.
  • En 2008, Wendy Nelson Espeland et Mitchell Nelson observaient les conséquences politiques, sociales et culturelles de la quantification des phénomènes sociaux.
  • En 2011, j’ai publié un ouvrage (2011) qui s’intéressait aux conséquences de la quantophrénie en termes de déshumanisation des rapports sociaux, de rapports de domination et d’absence de prise en compte de l’imprévisible.
  • En 2015, Alain Supiot explorait l’usage des nombres dans la gouvernance des populations, laquelle se substitue au gouvernement et fait surgir des liens d’allégeance oligarchique.
  • Plus récemment en 2019 et 2020, David Demortain explorait la quantification de l’action publique et Olivier Martin dressait une histoire de la quantification, de ses usages et de ses implications sur les sociétés humaines, de la préhistoire à nos jours, du comptage du bétail à l’algorithmique.
Melissa Bradley

Le « reste causal » pour penser l’imprévisible

En effet, toute quantification repose sur un ou plusieurs aspects d’un phénomène ou objet étudié. Elle laisse donc sur le côté les aspects non pris en compte. C’est pourquoi j’ai introduit dès ma thèse la notion de reste associé à une quantification. Puis je l’ai déclinée en une notion de « reste causal », que j’ai appliquée aux scénarios du GIEC. Ce « reste causal », associé à un scénario chiffré d’évolution future d’un phénomène donné, regroupe l’ensemble des phénomènes qui influenceront ou pourraient influencer cette évolution, mais qui ne sont pas pris en compte par le scénario.

Il est à noter que la mission du GIEC est d’évaluer la littérature scientifique disponible. Ainsi, les scénarios dits « du GIEC » ne sont pas élaborés par le GIEC, mais par des institutions de recherche. Le reste causal associé résulte de contraintes méthodologiques.

Dans le cas de ces scénarios, le reste causal contient un certain nombre de phénomènes identifiés scientifiquement, imprévisibles dans leur ampleur et leur temporalité, porteurs du risque d’une amplification du réchauffement dont les dommages pourraient être graves et irréversibles. Parmi ces phénomènes se trouvent les trois sources naturelles de gaz à effet de serre présentées plus haut.

Les pays du monde entier approuvent un appel historique à une « transition » hors des énergies fossiles

Ce que cela signifie pour les politiques climatiques

Les objectifs politiques des COP26 et 28 constituent des avancées notables du consensus de l’ensemble des nations. Ces objectifs sont chiffrés, ce qui n’est guère surprenant dans le contexte de quantophrénie particulièrement prégnant dans le champ politique. Toutefois, ils reposent sur une quantification qui ne prend pas en considération un reste causal chargé d’imprévisibilité, non quantifiable et porteur d’une menace majeure.

Une politique d’atténuation du changement climatique au plus proche de l’ensemble des connaissances scientifiques disponibles doit prendre en considération les phénomènes du reste causal associé aux scénarios du GIEC. Par conséquent, une telle politique doit viser des objectifs de réduction des émissions de GES plus ambitieux que ceux de la COP28. De plus, elle doit assurer une protection des mers et océans et, au plus vite, réduire les perturbations anthropiques de ces derniers.

Prioriser l’action sur les points les plus imprévisibles, tout en prenant en compte les scénarios climatiques publiés par le GIEC, ce sont les conditions nécessaires pour réduire au maximum le risque d’un emballement climatique, dont les dommages pour l’humanité seraient irréversibles et d’une extrême gravité.

Marc Delepouve, Chercheur associé au CNAM, Docteur en épistémologie, histoire des sciences et des techniques, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

70 % des journalistes environnementaux ont subi des attaques liées à leur travail

Un nouveau rapport publié par l’UNESCO à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée le 3 mai, alerte sur les actes de violence et d’intimidation croissants à l’encontre des journalistes couvrant l’environnement et le dérèglement climatique. Au moins 749 journalistes ou médias traitant des questions environnementales ont été attaqués au cours des 15 dernières années, et la désinformation en ligne a considérablement augmenté au cours de cette période. L’UNESCO appelle à un soutien plus important des journalistes environnementaux et à une meilleure gouvernance des plateformes numériques.

« Sans informations scientifiques fiables sur la crise environnementale actuelle, nous ne pourrons jamais espérer la surmonter. Pourtant, à travers le monde, les journalistes sur lesquels nous comptons pour enquêter à ce sujet et garantir l’accès à l’information sont confrontés à des risques inacceptables, et la désinformation sur le climat est omniprésente sur les réseaux sociaux. En cette Journée mondiale de la liberté de la presse, nous devons réaffirmer notre engagement à défendre la liberté d’expression et à protéger les journalistes du monde entier »

Audrey Azoulay, Directrice générale de l’UNESCO

Dans son dernier rapport Press and Planet in Danger, l’analyse de l’UNESCO révèle qu’entre 2009 et 2023, au moins 749 journalistes et médias couvrant les questions environnementales ont été victimes de meurtres, de violences physiques, de détentions et arrestations, de harcèlement en ligne ou de poursuites judiciaires. Plus de 300 attaques ont eu lieu entre 2019 et 2023, soit une augmentation de 42 % par rapport aux cinq années précédentes (2014-2018).

Lancé lors de la Conférence de la Journée mondiale de la liberté de la presse 2024 organisée à Santiago du Chili du 2 au 4 mai 2024, le rapport souligne qu’il s’agit d’un problème mondial, avec des attaques perpétrées dans 89 pays de toutes les régions du monde.

Une hausse des agressions physiques  

L’Observatoire de l’UNESCO des journalistes assassinés fait état d’au moins 44 meurtres de journalistes environnementaux au cours des 15 dernières années, parmi lesquels seulement cinq ont donné lieu à des condamnations, soit un taux d’impunité alarmant de près de 90 %. Le rapport révèle en outre que d’autres formes d’agressions physiques sont également répandues, avec 353 incidents recensés. Il constate également que ces agressions ont plus que doublé au cours des dernières années, passant de 85 entre 2014 et 2018 à 183 entre 2019 et 2023.

Lors d’une consultation menée par l’UNESCO en mars 2024 auprès de plus de 900 journalistes environnementaux issus de 129 pays, 70 % d’entre eux ont déclaré avoir subi des attaques, des menaces ou des pressions liées à leurs activités. Parmi eux, deux sur cinq ont par la suite subi des violences physiques.  
D’après les données récoltées, les femmes journalistes sont plus exposées que les hommes au harcèlement en ligne, ce qui confirme la tendance identifiée dans le précédent rapport de l’UNESCO The Chilling : global trends in online violence against women journalists.

Outre les agressions physiques, un tiers des journalistes interrogés a déclaré avoir été censuré, et près de la moitié (45 %) a déclaré s’autocensurer lorsqu’ils couvrent l’environnement, par crainte d’être attaqués, de voir leurs sources dévoilées, ou par conscience du fait que leurs articles pourraient porter atteinte aux intérêts des parties prenantes concernées.

Une feuille de route mondiale contre la désinformation sur le climat

L’un des principaux résultats de la Conférence de la Journée mondiale de la liberté de la presse sera une feuille de route mondiale de l’UNESCO contre la désinformation sur le climat, qui identifie les rôles que les gouvernements, les médias, les universités et les chercheurs, la société civile et les plateformes numériques peuvent jouer pour soutenir et protéger les journalistes environnementaux et promouvoir l’intégrité de l’information diffusée en ligne sur l’environnement et le dérèglement climatique.

La Directrice générale de l’UNESCO, aux côtés du Président chilien Gabriel Boric pour l’ouverture de la Conférence sur la liberté de la presse, doit annoncer le lancement d’un programme de subventions destiné à apporter un soutien juridique et technique à plus de 500 journalistes environnementaux victimes de persécutions, ainsi que de nouvelles initiatives visant à promouvoir une réflexion critique sur la désinformation liée au climat et à améliorer la régulation des plateformes numériques, conformément aux Principes pour la gouvernance des plateformes numériques.

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