L’INRAE, Bordeaux Sciences Agro, le CNRS, l’université de Bordeaux et l’université de Bourgogne ont analysé les évolutions à venir dans les régions viticoles actuelles et émergentes à l’échelle mondiale pour adapter la production de vin au changement climatique. Leurs résultats, publiés dans Nature Reviews Earth and Environment, montrent qu’environ 90 % des régions viticoles côtières et de basse altitude du sud de l’Europe et de la Californie risquent de perdre leur aptitude à produire du vin de qualité à des rendements économiquement soutenables d’ici la fin du siècle si le réchauffement global dépasse +2 °C.
En revanche d’autres régions pourraient ressortir gagnantes avec une amélioration de leur potentiel viticole, comme le nord de la France ou la Colombie-Britannique (Canada). Avec la hausse des températures, de nouvelles régions de production pourraient également se développer, jusqu’au Danemark.
Les raisins produits pour la vinification sont très sensibles au climat, notamment aux températures et sécheresses extrêmes. Partout dans le monde, des impacts sont déjà observés sur le rendement et la composition des raisins, ainsi que sur la qualité des vins, avec des conséquences déjà constatées et à venir sur la géographie de la production viti-vinicole.
Comprendre l’évolution du potentiel des régions pour la viticulture face au changement climatique est une préoccupation scientifique majeure. En se basant sur leur expertise et l’analyse approfondie de la littérature scientifique (plus de 250 publications produites depuis 20 ans), les scientifiques dressent une cartographie mondiale de l’évolution du risque et du potentiel des régions viticoles actuelles et nouvelles face au changement climatique. Pour cela ils ont analysé les conséquences de l’évolution des températures, des précipitations, de l’humidité, du rayonnement et de la teneur en CO2 sur la culture de la vigne et examinent les stratégies d’adaptation possibles. Des gagnants et des perdants face au changement climatique Les régions viticoles actuelles sont principalement situées à des latitudes moyennes où le climat est suffisamment chaud, mais sans excès, pour permettre au raisin de mûrir, et relativement sec pour limiter le risque de maladies dues notamment à des champignons.
L’augmentation des températures, un des marqueurs les plus emblématiques du changement climatique, accélère le développement de la vigne, avec une avancée de la maturation des raisins pendant les périodes estivales plus chaudes. Dans la plupart des vignobles, les vendanges commencent déjà 2 à 3 semaines plus tôt qu’il y a 40 ans, avec des impacts sur la composition des raisins et le style de vin produit. Par exemple, l’augmentation de la température peut modifier le goût avec une perte d’acidité du raisin, augmenter le degré d’alcool des vins et modifier le profil aromatique.
À l’échelle mondiale, le dérèglement climatique pourrait faire perdre du terrain à d’actuelles régions viticoles et en faire gagner à d’autres régions. En cas de réchauffement global supérieur à 2 °C, environ 90% des régions viticoles traditionnelles des régions côtières et des plaines en Espagne, Italie, Grèce et au sud de la Californie risquent de perdre leur aptitude à produire du vin de qualité à des rendements économiquement soutenables d’ici la fin du siècle en raison des risques de sécheresse excessive et de vagues de chaleur plus fréquentes. En revanche, les températures plus élevées pourraient améliorer l’aptitude d’autres régions pour la production de vins de qualité, notamment le nord de la France, l’État de Washington ou l’Oregon aux États-Unis, la Colombie-Britannique au Canada et la Tasmanie en Australie. Elles pourraient même conduire au développement de nouvelles régions viticoles en Belgique, aux Pays-Bas et au Danemark.
L’émergence de nouvelles maladies et de nouveaux ravageurs, mais également l’augmentation de la fréquence d’événements extrêmes, représentent aussi de nouveaux défis auxquels les producteurs vont être confrontés. Ils peuvent s’adapter jusqu’à un niveau de réchauffement global ne dépassant pas 2 °C, par exemple avec des couples cépages/porte-greffe plus résistants à la sécheresse ou des pratiques culturales permettant de mieux préserver l’eau des sols comme un plus grand espacement entre les rangs ou des aménagements anti-érosion, comme cela a été démontré par plusieurs études en lien avec les acteurs de la filière viticole.
Les choix d’adaptation dépendent aussi fortement des conditions locales et ne peuvent se faire qu’à condition de maintenir la viabilité économique des exploitations. À l’inverse, certains producteurs situés dans les latitudes les plus élevées pourraient bénéficier de la hausse des températures en augmentant leur rendement et la qualité de leur vin.
Cette étude confirme la plus grande vulnérabilité en matière de qualité des vins produits dans les vignobles historiques face au changement climatique. Elle confirme aussi le seuil clef de 2°C de réchauffement global du climat, au-delà duquel des modifications majeures sont envisagées pour ce secteur à l’échelle mondiale.
Comprendre comment les projets territoriaux de transition écologique prennent forme est un enjeu majeur pour l’ADEME afin d’être en mesure de les accompagner au mieux. Visant une transition économique responsable et conçue pour contribuer au dialogue science-société, le programme COOP’TER constitue une réponse innovante.
La transformation profonde de notre modèle économique et de notre rapport au travail contribuera à une transition écologique et sociale ambitieuse. C’est dans cette perspective qu’est né en 2020 le programme COOP’TER, Territoires de Services et de Coopérations. Il s’est construit sur la base d’un partenariat entre l’ADEME et le laboratoire de recherche-intervention ATEMIS. Ce programme explore de nouvelles formes d’intervention de politiques publiques et intègre un ensemble de dispositifs de recherche, de professionnalisation et d’accompagnement de territoires. Une de ses visées essentielles est la production de nouvelles connaissances, empiriques et scientifiques, qui seront mises à disposition de tous les acteurs pour accompagner les nouvelles dynamiques territoriales facilitant la transition écologique.
Baptiste Perrissin Fabert, Directeur général délégué à l’ADEME
Dynamiques territoriales et transition écologique, quelles contributions de la recherche ?
Vers des Écosystèmes coopératifs territorialisés
Le programme fait l’hypothèse que la transition écologique repose sur des nouvelles formes entrepreneuriales multiacteurs permettant de répondre à des enjeux territoriaux. La notion d’Écosystème coopératif territorialisé (ECT) a été posée. Un ECT correspond à un collectif d’acteurs (entreprises, associations, citoyens, en lien avec des collectivités…), construisant une dynamique économique en coopération. Celle-ci a pour objet de prendre en charge un ou plusieurs enjeux liés à un territoire répondant aux grandes fonctionnalités de la vie (s’alimenter, se soigner, habiter, se déplacer, se former, travailler, se cultiver, etc.), dans une perspective écologique et de bien-être social.
Clé #1 : Le processus coopératif est premier, le projet second. Clé #2 : Ce ne sont jamais des structurent qui coopèrent, ce sont des personnes. Clé #3 : Les racines de la coopération sont profondes, et implicites. Clé #4 : Tout prévoir empêchent la coopération ! Sachez laisser du vide. Clé #5 : Penser en termes de dialogie
COOP’TER vise à développer une démarche pertinente et robuste pour accompagner le cheminement des acteurs vers des ECT. Cette démarche prend appui sur l’Économie de la fonctionnalité et de la coopération (EFC) qui permet d’approcher les transformations sociétales sous l’angle de l’économie, en accordant une large place à la question du travail.
Les concepts opérationnels et les méthodologies d’actions de l’EFC constituent des références pour les acteurs des territoires. Des travaux de recherche et retours d’expérience des acteurs impliqués viennent les enrichir au fil de l’eau, pour produire un cadre de référence vivant, évolutif et « apprenant » utile et pertinent pour le cheminement des acteurs vers une transition écologique et sociale.
De la recherche à l’action, et de l’action à la recherche
À ce jour, plus d’une vingtaine de projets territoriaux sont accompagnés pour l’émergence et la consolidation d’Écosystèmes coopératifs territorialisés, déclinés sur différentes thématiques (alimentation, habitat, mobilité, tourisme, énergie, déchets, habillement, jouets, etc.). En cohérence avec sa stratégie R-D, l’ADEME a souhaité organiser le dialogue entre les chercheurs et les praticiens pour rendre les connaissances théoriques accessibles aux acteurs des territoires et nourrir les problématiques des chercheurs avec les situations réelles rencontrées sur les territoires. Les échanges s’effectuent entre les chercheurs et les collectifs territoriaux sur les terrains mêmes des expérimentations. Aux côtés des pilotes de projets, des accompagnateurs-consultants apportent le cadre méthodologique et les concepts opérationnels. Ils sont de véritables médiateurs entre la recherche et l’action. Les chercheurs sont également invités à présenter leur recherche lors des ateliers de professionnalisation des accompagnateurs et des pilotes de projets qui se tiennent régulièrement. Cette fertilisation croisée a montré jusqu’à maintenant tout son intérêt, notamment pour enrichir le référentiel d’action de la conduite de projet
Une communauté scientifique pluridisciplinaire a été créée en 2021 et s’élargit progressivement. L’ensemble des chercheurs est amené à coopérer avec des porteurs et des accompagnateurs de projets territoriaux COOP’TER. Il s’agit d’identifier certains points fragiles de la démarche afin de rendre l’action plus pertinente et robuste, en l’occurrence sur les thèmes de la coopération, du travail, des ressources immatérielles… Cela se traduit par la mobilisation de différentes disciplines : les sciences économiques, les sciences de gestion, les sciences du travail, la sociologie politique, les sciences du territoire, le droit, les disciplines traitant des régulations écologiques…
Un autre objectif de la communauté de recherche est d’identifier les ruptures épistémologiques induites par la transition dans les différentes disciplines concernées pour être à même de mieux porter les innovations sociales sur les territoires.
Un rapport publié en mars 2023 expose les bases théoriques et les premières réflexions menées au sein de cette communauté. Afin de soutenir les échanges entre chercheurs, deux ateliers théoriques pluridisciplinaires se tiendront au 1er semestre 2024. Le premier portera sur « les institutions et dynamiques de coopération » et le suivant sera dédié aux « modèles d’action et de coopération ».
En conclusion, la recherche-action participative et les ateliers théoriques de la communauté de recherche viendront étoffer le cadre de référence du programme COOP’TER qui se veut résolument « vivant ». C’est une ressource majeure pour permettre aux coopérations territoriales de s’orienter vers une transition économique, sociale et écologique ambitieuse.
Des échanges avec d’autres communautés d’intermédiation, d’accompagnement et de recherche impliquées dans des démarches similaires seront développés prochainement pour permettre la diffusion mutuelle des savoirs.
Réduire massivement la dépendance de l’agriculture aux produits phytosanitaires de synthèse (PPS) néfastes pour l’environnement et la santé humaine, tout en préservant la rentabilité des exploitations agricoles, c’est l’ambition du projet ENVEZH. Piloté par le CNRS, co-construit avec le Syndicat mixte du grand bassin de l’Oust, ce projet associe un vaste panel d’acteurs en Centre-Bretagne pour y déployer des filières agro-alimentaires innovantes, non ou faiblement utilisatrices de PPS. Il est financé dans le cadre du dispositif France 2030 « Démonstrateurs territoriaux des transitions agricoles et alimentaires », opéré par la Banque des Territoires pour le compte de l’Etat. Le lancement du projet a eu lieu le 22 mars à Ploërmel (56).
Réduire massivement l’usage des produits phytosanitaires de synthèse (PPS) néfastes pour l’environnement et la santé humaine est un défi majeur qu’il est urgent de relever.
Le déploiement de solutions alternatives aux PPS s’accompagne souvent de pertes de rendement difficiles à compenser pour les agriculteurs et les agricultrices, en particulier pour ceux exerçant dans les territoires éloignés des centres urbains.
Le CNRS pilote un projet de démonstrateur rassemblant scientifiques et acteurs privés et publics qui vise à réduire l’usage des PPS en Centre-Bretagne, dans un territoire dit « pleinement rural ». Basé sur le développement de filières agro-industrielles innovantes, ce démonstrateur a vocation à être répliqué à l’échelle nationale.
Alliance bretonne pour une réduction massive de l’usage des produits phytosanitaires de synthèse en agriculture et un déploiement accéléré de l’agroécologie
La contamination des eaux par les produits phytosanitaires de synthèse (PPS) est un enjeu environnemental et de santé publique majeur. Bien que des solutions alternatives existent, leur déploiement s’accompagne souvent d’une perte de rendement pour les agriculteurs et les agricultrices. Près des centres urbains, ces pertes peuvent être compensées, notamment par la mise en place de circuits courts entre producteurs et consommateurs qui limitent le coût des intermédiaires, et par un soutien actif des acteurs publics (via les commandes passées par la restauration collective publique par exemple). Ces leviers n’existent pas dans les territoires ruraux éloignés des centres urbains, dits « pleinement ruraux », pour lesquels des solutions alternatives et innovantes doivent être trouvées.
Doté d’un budget total de 18,8 millions d’euros, le projet ENVEZH1 se veut être un démonstrateur que les difficultés rencontrées par les agriculteurs et agricultrices de ces territoires pour se passer de PPS peuvent être palliées, en s’appuyant sur les acteurs des filières agro-alimentaires dites longues2. Piloté par le CNRS3, co-construit avec le Syndicat mixte du grand bassin de l’Oust et financé dans le cadre du dispositif France 20304 « Démonstrateurs territoriaux des transitions agricoles et alimentaires »5, opéré par la Banque des Territoires pour le compte de l’Etat, il rassemble pour la première fois en France dans un territoire pleinement rural tous les acteurs privés et publics impliqués dans ces filières agro-alimentaires longues6 – collectivités territoriales, entreprises des filières agro-alimentaires, instituts techniques, chambre d’agriculture, acteurs de l’enseignement agricole et associations -, mais aussi des scientifiques, offrant ainsi un cadre de réflexion et d’action inédit.
Conditions de mise en œuvre d’un territoire expérimental zéro pesticide en Bretagne
Les objectifs du projet sont multiples : accompagner les acteurs agro-industriels dans le développement de filières innovantes faiblement ou non-utilisatrices de PPS ; soutenir les agriculteurs et agricultrices dans le déploiement de ces filières innovantes tout en préservant, voire en améliorant, la rentabilité de leurs exploitations ; diminuer massivement la pollution des eaux et des sols par les PPS. À terme, l’objectif sera de répliquer ce démonstrateur en déployant ces nouvelles filières à l’échelle du territoire national.
Pesticides : animer l’acquisition de nouvelles connaissances
ENVEZH est déployé à l’échelle du bassin-versant de l’Oust, entre Rennes et Vannes, région dont la qualité de l’eau est particulièrement dégradée. Sa réussite nécessitera l’adhésion d’un maximum d’agriculteurs et d’agricultrices aux filières innovantes conçues dans le cadre du projet, telles que les filières sans PPS conçues pour l’alimentation porcine, ou la filière « blé meunier » dans laquelle les fongicides et insecticides sont remplacés par des substances extraites d’algues marines naturelles.
CGLE 2024 | Quel accompagnement scientifique pour une transition agro-écologique des territoires d’eau ?
Lancé officiellement le 22 mars 2024 à Ploërmel, ENVEZH débutera par une phase de maturation de 16 mois pilotée par le CNRS, avant son déploiement opérationnel d’une durée de 5 ans.
Ce projet s’inscrit dans les défis sociétaux « Territoires du futur » et « Santé et environnement » définis dans le Contrat d’objectifs et de performance du CNRS. De par sa position neutre vis-à-vis des enjeux économiques liés à l’agriculture, le CNRS est perçu comme le garant de relations équilibrées par les partenaires du consortium ENVEZH, dont certains sont des concurrents économiques. L’organisme sera aussi directement impliqué dans l’établissement du diagnostic territorial initial en matière d’usages des PPS et de leur impact sur la qualité de l’eau. Il jouera également un rôle essentiel dans la mise en œuvre de stratégies d’évaluation de l’impact des actions qui seront déployées dans le projet.
PRETABAIE : Vers un projet de recherche-action sur la transition agro-écologique des baies à marées vertes
Pour « Alliance Bretonne pour une réduction massive de l’usage des produits phytosanitaires de synthèse en agriculture et un déploiement accéléré de l’agroécologie ». ↩︎
Les filières longues sont des chaines de distribution qui comprennent plusieurs intermédiaires spécialisés entre le producteur et le consommateur (grossistes, distributeurs, détaillants, etc.…). Elles se distinguent des circuits courts via lesquels la commercialisation des produits agricoles inclue au maximum un seul intermédiaire entre le producteur et le consommateur (AMAP – Association pour le maintien d’une agriculture paysanne – par exemple). ↩︎
Via les laboratoires Géosciences Rennes (CNRS/Université de Rennes) et l’Observatoire des sciences de l’Univers de Rennes (CNRS/Université de Rennes/Université Rennes 2). ↩︎
France 2030 vise à accélérer la transformation des secteurs clés de notre économie par l’innovation et à positionner la France, non pas seulement en acteur, mais bien en leader du monde de demain. Pour plus d’informations : https://www.gouvernement.fr/france-2030. ↩︎
ENVEZH est lauréat de l’Appel à manifestation d’intérêt « Démonstrateurs des Transitions Agricoles et Alimentaires » dans le cadre de France 2030. Il constitue le seul projet à être piloté par le CNRS parmi les 15 projets labellisés à ce jour. ↩︎
Le projet ENVEZH regroupe un total de 26 partenaires comprenant des collectivités territoriales, des entreprises agro-alimentaires, des entreprises d’appui à l’agriculture, des bureaux d’études, des laboratoires de recherche, des instituts techniques, des collectivités, des organismes de formation, et des associations représentant les riverains. ↩︎
Carpe diem, saisir l’instant présent, pour vivre maintenant. Comment cela se traduit-il à l’heure de l’éco-anxiété, de la désinformation, de la cacophonie politique et de la perte de repères ? Les auteurs et autrices Kessel sont journalistes, artistes, activistes… Chacun et chacune avec leur plume, ils œuvrent à transformer la société, jour après jour. Avec eux Kessel media lance l’édition spéciale “Plus tard il sera trop tard. Notre vie c’est maintenant.” inspirée par le poème Embrasse-moi de Jacques Prévert.
Moi mon vieux, si j’ai bien une seule religion, c’est le rêve. Un jour, je me réveillerai les yeux clos pour toujours en me disant enfin que j’ai réalisé ce que j’ai voulu être. Car les rêves sont des chemins pour se retrouver soi.
Sébastian Blysk
Sébastian est belge (une fois), rêveur (deux fois) et drôle (à l’infini). Auteur sur Kessel de la newsletter Littérature d’un ptit con rebaptisée récemment La plume perchée de Sébastian, il signe ici un texte plein de bon sens et porte un rappel si important : il n’y a pas de rêve trop futile pour être revendiqué, ni de rêve trop fou pour être poursuivi. Alors, mangez-la cette glace dont vous avez rêvé tout l’hiver, laissez les autres s’offusquer qu’on ne soit que le premier jour du printemps… Organisez-le ce voyage en solitaire à l’autre bout de la Terre, vous ne manquerez jamais plus à quelqu’un qu’à vous-même. La vie est belle pour celles et ceux qui rêvent et ont le panache, le courage et la chance d’en réaliser certains.
Alors même que nous traversons une époque inquiète voire fataliste où tous les voyants sont au rouge, la réflexion semble s’être déplacée. Il ne s’agit plus simplement d’imaginer ce que la science peut faire pour nous sauver d’un épuisement annoncé des richesses naturelles mais aussi de prendre du recul pour questionner l’acte même de manger et ce qu’il dit de notre humanité.
Léonard Desbrières
Talentueux critique littéraire, Léonard a choisi le thème de la science-fiction car quel autre courant littéraire conjugue aussi bien tous les temps ? De l’utopie à la dystopie, chacun de ces œuvres est une épreuve psychologique faisant ressortir nos peurs et inquiétudes les plus profondes, et nos instincts les plus primaires.
En analysant différents chefs-d’œuvre en la matière, Léonard aborde la source d’inquiétude originelle, celle qui nous suit peu importent les époques et les dimensions : la nourriture.
Le présent est cette guerre permanente. Ces rapports de force. Pourquoi taire les sentiments de la Terre…?
Anne-Sophie Novel
Anne-Sophie Novel
Journaliste, réalisatrice et autrice engagée pour la cause écologique, Anne-Sophie partage son inquiétude face à nos comportements inconséquents, envers la Terre mais aussi envers les hommes et les femmes. Elle sent monter l’urgence, qui l’éprouve même dans son inconscient. Mais n’ébranle pas sa volonté profonde de parvenir à faire monde, maintenant. Sans plus oublier, effacer, négliger.
Il sera trop tard pour réparer nos erreurs, car celles-ci, forment un trou béant, dans l’existence d’innocent.e.s, elles les spolient, les affament, les dégradent, les humilient.
Claire Touzard
Claire Touzard
Scénariste et réalisatrice, Claire est avant tout de ces autrices qui ont le secret de l’écriture incisive, sans fioritures, pure. Du cerveau au stylo. De son coeur à celui des lecteurs. Elle ne lisse pas, ne mâche pas ses mots, ne fait aucune concessions. Elle porte son message à qui sera prêt à le recevoir, et entrevoir l’énergie du désespoir.
Comment créer 400 000 nouveaux logements chaque année pendant 10 ans alors qu’il ne reste que près de 100 000 hectares disponibles pour répondre à l’ensemble des besoins de construction du pays d’ici à 2031 ?Ce rapport, de la Fondation Abbé Pierreen partenariat avec la Fohttps://www.fnh.org/wp-content/themes/fnh-theme/assets/front/files/images/logo-fnh.svg?v=1.0.55ndation pour la Nature et l’Homme, présente une série de leviers permettant de produire de nouveaux logements sans consommer de nouveaux espaces, de construire en minimisant l’artificialisation et d’améliorer l’accès du plus grand nombre aux services et à la nature.
Partageant la conviction que transition écologique et justice sociale vont de pair, la Fondation pour la Nature et l’Homme et la Fondation Abbé Pierre ont associé leurs expertises avec un partenariat inédit. Partant du constat que le modèle d’aménagement actuel ne permet ni de protéger les sols et la biodiversité, ni de résoudre une crise du logement qui s’aggrave, les deux organisations voient dans la mise en œuvre de l’objectif Zéro Artificialisation Nette une opportunité de changer de paradigme, au service d’une transition juste.
La lutte contre l’artificialisation des sols
Au cours d’un travail d’étude mené au contact de nombreux experts et de seize collectivités territoriales engagées dans des expérimentations sur la sobriété foncière, le rapport identifie une série de leviers à mobiliser pour atteindre les objectifs du ZAN tout en faisant reculer le mal-logement. En se basant sur des témoignages concrets, il souligne aussi les angles morts des politiques publiques actuelles et formule des propositions visant à concilier haut niveau d’ambition écologique et réduction des inégalités sociales.
Le modèle d’aménagement en extension renforce la dépendance à la voiture individuelle
Ce rapport présente une série de leviers permettant de produire de nouveaux logements sans consommer de nouveaux espaces, de construire en minimisant l’artificialisation, et d’améliorer l’accès du plus grand nombre aux services et à la nature. Il rappelle l’importance de soutenir plus fortement les acteurs du logement abordable ainsi que les acteurs de l’économie sociale et solidaire engagés pour un urbanisme plus juste et plus résilient. Il insiste enfin sur la nécessité de renforcer les outils de maîtrise des prix du foncier et des loyers, ainsi que les moyens des collectivités les plus fragiles en matière d’ingénierie territoriale.
Pour mobiliser pleinement l’ensemble de ces leviers sur les territoires et allier réduction de l’artificialisation et réduction des inégalités sociales, ce rapport livre ainsi 40 propositions touchant les politiques publiques. A rebours des discours qui tentent d’opposer ambitions écologiques et justice sociale, les fondations partenaires ressortent de ce travail commun avec la conviction qu’un dialogue nourri et exigeant permet d’articuler les impératifs environnementaux et sociaux : qu’il est possible de réussir le ZAN tout en réduisant le mal logement.
3 modes d’action et une diversité de solutions pour réussir le ZAN
En croisant témoignages de terrain et données statistiques, la Fondation pour la Nature et l’Homme et la Fondation Abbé Pierre déclinent une large palette de leviers que les collectivités peuvent mobiliser en fonction de leurs enjeux locaux :
– Créer des logements sans construire : des solutions pour mieux utiliser le bâti existant en résorbant la vacance des logements – entre 2005 et 2023, le nombre de logements vacants a augmenté 2,3 fois plus vite que le nombre total de logements – et des bureaux pour des communes qui souhaitent redynamiser leur centre-ville/bourg ; en régulant les résidences secondaires – près de 10% (9,7%) du parc de logements en France sont des résidences secondaires – et les meublés de tourisme pour renforcer l’offre de biens à l’année, en réfléchissant au parcours résidentiel des seniors et des jeunes afin d’attirer de nouveaux ménages sans artificialiser les terres agricoles environnantes.
PRODUIRE DU LOGEMENT SANS ARTIFICIALISER : UTILISER LE BÂTI EXISTANT POUR ACCROÎTRE L’OFFRE DE LOGEMENTS, LA MIXITÉ ET LES LIENS SOCIAUX
– Construire en artificialisant moins : ces solutions visent à proposer des logements pas ou peu consommateurs d’espaces naturels, agricoles ou forestiers (ENAF) en mobilisant les interstices de quartiers peu denses ; en s’appuyant sur le renouvellement urbain et le recyclage des friches tout en améliorant l’accès aux espaces verts et aux trames écologiques ; ou encore en renforçant l’offre de logement social, peu consommateurs d’espaces.
– Maîtriser les prix de l’immobilier et du foncier : des solutions à activer pour soutenir le logement social, encadrer les loyers pour toutes les communes tendues qui souhaitent le mettre en place, lutter contre la rétention foncière…
ÉVOLUTION DES PRIX DES LOGEMENTS NEUFS ET ANCIENS ENTRE 2000 ET 2021 Source : Commission des affaires économiques du Sénat, d’après données Insee 35
La biodiversité joue un rôle protecteur sur le fonctionnement des écosystèmes dans des conditions climatiques désavantageuses, selon deux études menées par des scientifiques du CNRS1 et leurs collègues allemands et chinois, parues le 18 mars dans les revues Global Change Biology et PNAS.
Favoriser la biodiversité dans les forêts peut par exemple considérablement atténuer les conséquences du changement climatique sur le recyclage du carbone et de l’azote, un processus indispensable au bon fonctionnement des écosystèmes forestiers et au stockage naturel du carbone dans les sols. Issu de la décomposition de la matière organique (feuilles et plantes mortes) par des microorganismes et la faune du sol, ce processus est ralenti dans des conditions climatiques plus sèches, telles qu’induites par le changement climatique.
L’expérience de Jena – introduction (en anglais)
Grâce à des approches théoriques et des modélisations mathématiques2, les scientifiques ont pu démontrer que la diversité végétale d’une forêt ou d’une prairie atténue les variations de température les plus extrêmes sur ses microclimats3, favorisant ainsi les processus écosystémiques telle que la décomposition.
Ce résultat a également été démontré expérimentalement. Pour ce faire, l’équipe de recherche a observé les effets de mélanges de feuilles mortes plus ou moins diversifiés provenant d’espèces différentes, combinés à des mélanges plus ou moins diversifiés d’organismes décomposeurs, et ce sur cinq écosystèmes forestiers différents4 allant d’une forêt tempérée à une forêt tropicale. Les portions de forêts étudiées ont été soumises à des conditions de sécheresse grâce à la mise en place de systèmes d’exclusion de pluie. Les scientifiques ont ainsi pu observer que la combinaison d’une plus grande diversité végétale et d’organismes décomposeurs peut atténuer, voire même entièrement compenser, les effets d’un climat sec sur le recyclage des éléments, et ce pour une grande variété d’écosystèmes forestiers.
Les écosystèmes forestiers
L’équipe de recherche appelle à la prise en compte de ces résultats dans la gestion des écosystèmes, notamment des forêts, où il s’avère indispensable de favoriser et entretenir la diversité des espèces afin de mieux les protéger du réchauffement climatique et de ses conséquences.
L’écosystème de la forêt
Bibliographie
Microclimate modulation: an overlooked mechanism influencing the impact of plant diversity on ecosystem functioning. Remy Beugnon, Nolwenn Le Guyader, Alexandru Milcu, Jonathan Lenoir, Jeremy Puissant, Xavier Morin et Stephan Hättenschwiler. Global Change Biology, le 18 mars 2024.
Biodiversity mitigates drought effects in the decomposer system across biomes. Junwei Luan, Siyu Li, Shirong Liu, Yi Wang, Liping Ding, Haibo Lu, Lin Chen,Junhui Zhang, Wenjun Zhou, Shijie Han, Yiping Zhang et Stephan Hättenschwiler. PNAS, le 18 mars 2024.
Travaillant au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (CNRS/EPHE – PSL/IRD/Université de Montpellier). ↩︎
L’effet de différents degrés de diversités de plantes sur les microclimats d’un écosystème de prairie a été étudié grâce aux données issues de l’expérience de Jena. Financée par la Fondation allemande pour la recherche (DFG) et en cours depuis 2002, il s’agit de l’une des expériences sur la biodiversité les plus longues au monde. Elle étudie les effets de la biodiversité sur le fonctionnement des écosystèmes. ↩︎
Ensemble des conditions climatiques limitées à un espace géographique très restreint et significativement distinct de son environnement général. ↩︎
En Chine, le long d’un gradient latitudinal couvrant plus que 20° du Nord (42°25’N) au Sud (21°55’N) ↩︎
Le concours national « Préservation des captages d’eau potable » vise à récompenser des initiatives portées par les collectivités territoriales pour améliorer la qualité des ressources en eau. Les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 1er juin 2024 sur le site de l’Office Français de la biodiversité
En France de nombreuses ressources en eau sont dégradées par les pollutions dues aux nitrates et pesticides. Ces pollutions s’avèrent d’autant plus problématiques lorsqu’il s’agit de ressources destinées à la consommation humaine. Leur traitement, bien que nécessaire, ne peut constituer l’unique réponse pour assurer sur le long terme la préservation de la qualité de l’eau.
C’est pourquoi de nombreuses collectivités territoriales décident d’agir à la source, en appliquant des politiques basées sur la prévention. Leurs actions peuvent porter sur plusieurs composantes : le soutien à une agriculture s’appuyant sur des techniques agroécologiques, la maîtrise du foncier, la recherche concertée de solutions, la communication et la sensibilisation, etc. Autant d’initiatives riches et diversifiées.
TRAVAUX DE RÉHABILITATION DES POINTS DE CAPTAGE DE DIDIER (DUMAUZE & DUCLOS)
Valoriser des collectivités exemplaires
Afin de mettre à l’honneur ces territoires, le centre de ressources Captages de l’Office français de la biodiversité organise la deuxième édition des Grands prix « Préservation des captages d’eau potable ». Ce concours national vise ainsi à mieux faire connaître ces actions et à encourager leur déploiement.
Pour des captages d’eau potable de qualité, adaptons nos solutions !
Les collectivités peuvent présenter leur action dans l’une des 4 catégories suivantes :
Actions en faveur de la transition agroécologique, comme par exemple l’implantation d’infrastructures paysagères, la structuration de filières, la conception de pratiques agroécologiques, etc.
Ingénierie de l’animation, à l’image de la mise en place d’une concertation, la mobilisation d’outils innovants pour la facilitation ou la médiation, la construction d’une dynamique collective, etc
Communication, sensibilisation et formation, comme par exemple l’organisation de concours, le déploiement d’une campagne de communication, la création d’un label ou d’un signe de distinction, etc.
Gestion foncière, via l’acquisition de parcelles agricoles, la mise en place d’obligations réelles environnementales (ORE) ou de projets de maîtrise foncière, etc.
Centre de ressources Captages : le réseau professionnel des animateurs
Le Centre de ressources Captages est un dispositif d’animation piloté par l’Office français de la biodiversité, en lien avec INRAE et AgroParisTech. Il a pour ambition de renforcer les compétences des animateurs territoriaux en charge de la mise en œuvre de la politique de protection des ressources en eau destinées à la consommation humaine, selon un mode de travail multi-partenarial et collaboratif.
Ses moyens d’action :
Animation de réseaux : organisation des échanges au sein de groupes thématiques, journées d’échanges techniques, etc.
Accompagnement technique : webinaires, formations, autres dispositifs de développement des compétences, etc.
Production et mise à disposition de ressources techniques et scientifiques : guides, méthodes, outils, retours d’expériences, etc.
Toute personne publique responsable et compétente en matière de production, de distribution de l’eau potable et/ou de préservation de la ressource peut déposer un dossier de candidature. Les collectivités territoriales et leurs groupements ainsi que les établissements publics territoriaux de bassin exerçant des missions de lutte contre la pollution et/ou de protection et de conservation des eaux superficielles et souterraines sont également éligibles.
Les porteurs de projets peuvent associer leur candidature à des partenaires techniques comme les organisations professionnelles agricoles, les groupements d’agriculteurs, les bureaux d’études, les organismes de recherche ou les entreprises dédiées aux services de l’eau.
Les candidats sont invités à soumettre un dossier complet par mail avant le 1er juin 2024 minuit à l’adresse suivante : captages@ofb.gouv.fr avec pour objet « candidature Grand Prix Captages ».
L’ensemble des pièces constitutives du dossier et modalités de candidature sont disponibles sur la page dédiée du concours.
La LPO lance une campagne de sensibilisation pour inciter à ne pas déranger la faune et la flore sauvages dans les jardins et les espaces verts pendant leur période de reproductionen suspendant notamment les travaux d’entretien de mi-mars à fin août.
Les arbres, les haies et les pelouses ne sont pas que des éléments décoratifs, ils abritent la vie sauvage. Oiseaux, mammifères, reptiles, amphibiens, insectes, araignées y trouvent le gîte et le couvert, en particulier au printemps et en été. S’abstenir de tailler, d’élaguer et de tondre pendant cette période sensible permet de protéger ces espèces animales, tout en favorisant l’épanouissement des végétaux.
Dans le même ordre d’idée, laisser les mal nommées « mauvaises herbes » s’installer spontanément est bénéfique pour la biodiversité et la qualité des sols. Il est également essentiel d’arrêter de proposer des graines ou des boules de graisse aux oiseaux, dont la plupart deviennent insectivores pendant la saison de reproduction afin de fournir aux oisillons les protéines animales nécessaires à leur développement. Il est tout aussi important de résister à la tentation de recueillir des jeunes sortis du nid et encore incapables de voler, car les parents restent le plus souvent à proximité et continuent de les nourrir.
En bref : le mieux à faire, c’est de ne rien faire d’autre que de contempler la nature !
Jardins vivants
Différentes études démontrent que le déclin de la biodiversité est particulièrement marqué en zones urbaines et périurbaines. Le suivi temporel des oiseaux communs (STOC) coordonné par la LPO a ainsi mis en évidence une diminution des populations de près de 30% dans ce type d’habitat sur le territoire français entre 1989 et 2019. L’artificialisation des espaces naturels figure parmi les principales causes de ce déclin, avec la rénovation du bâti et la pollution.
1989/2019 : 30 ANS DE SUIVIS PARTICIPATIFS !
Dans un tel contexte d’effondrement du vivant, les jardins publics et privés jouent un rôle de plus en plus essentiel dans la préservation de la faune sauvage, ainsi que dans la résilience face au réchauffement du climat grâce à la captation du carbone, l’absorption de l’eau et la création d’îlots de fraicheur. Premier réseau de jardins écologiques en France avec plus de 52 000 membres (particuliers, collectivités et entreprises), les Refuges LPO permettent de protéger près de 70 000 hectares de nature urbaine.
Observation de la nature au printemps / iStock photo
Passez à l’inaction !
La Politique agricole commune interdit déjà la taille des haies ou l’élagage des arbres en zones agricoles pendant la période de reproduction de la faune sauvage. La LPO souhaite qu’une réglementation similaire soit applicable aux espaces végétalisés gérés par les particuliers, les entreprises et les collectivités afin d’y limiter également les travaux d’entretien au printemps et en été, hors impératifs de sécurité comme la prévention des incendies.
Tout en encourageant tous les Français à mettre en œuvre cette action, ou plutôt cette inaction, dès demain, la LPO appelle donc les préfets à prendre des arrêtés restreignant la taille des haies et l’élagage des arbres à l’échelle de leurs territoires entre le 16 mars et le 31 août. De telles réglementations existent déjà dans certains départements, comme les Vosges et le Territoire de Belfort.
« Face à la disparition de la vie sauvage, il est aujourd’hui nécessaire de rompre avec l’image des jardins à la française tirés au cordeau pour favoriser une gestion écologique respectueuse de la nature et du rythme des saisons. Il en va de la sauvegarde de la biodiversité comme de l’adaptation aux changements climatiques. »
Les tempêtes Ciaran ou Domingos qui ont touché la France en octobre 2023 rappellent, douloureusement au vu de leur bilan matériel et humain, la vulnérabilité des littoraux, en Europe comme ailleurs. Artificialisées par l’humain à travers ses constructions et son aménagement du territoire, les côtes françaises sont exposées de façon croissante aux effets du changement climatique : risques de submersions liée à l’érosion des littoraux, salinisation des estuaires et des nappes phréatiques. Une menace imminente face à laquelle nous pouvons adopter l’inaction ou la recomposition spatiale des territoires. Des solutions fondées sur la nature permettent une lutte active contre les aléas submersion et érosion. Un article par une équipe du BRGM pour The Conversation France
Les digues et autres ouvrages en dur ne sont pas toujours la meilleure solution face à la montée des eaux. Laurent Guérin / Flickr, CC BY-NC-ND
Elles s’appellent Martin, Klaus, Xynthia, Eleanor, Alex ou encore Ciaran ou Domingos pour celles qui ont touché la France en octobre 2023. Ces tempêtes rappellent, douloureusement au vu de leur bilan matériel et parfois humain, la vulnérabilité des littoraux, en Europe comme ailleurs.
Souvent très modifiées par l’humain à travers les constructions et l’aménagement du territoire, les côtes françaises sont exposées de façon croissante aux effets du changement climatique.
Une menace imminente face à laquelle les populations peuvent adopter différents comportements et stratégies, pouvant s’échelonner de l’inaction à la recomposition spatiale des territoires. Des “outils” permettent pourtant une lutte active contre les aléas submersion et érosion. Parmi ceux-ci, les solutions fondées sur la nature, SFN en français ou Nature-based solutions, NBS en anglais.
De plus en plus d’initiatives en ce sens émergent, en Europe comme en France. Avec, déjà, des retours d’expériences encourageants. C’est par exemple le cas du projet adapto (mené par le Conservatoire du Littoral et le BRGM) qui, pendant cinq ans, a permis d’explorer, sur dix sites pilotes, des solutions de gestion douce du trait de côte. De quoi démontrer l’intérêt écologique – mais également économique – des SFN.
Des digues pas dénuées d’inconvénients
Historiquement, la protection côtière s’est largement appuyée sur la construction d’ouvrages de génie civil de défense contre la mer. On estime ainsi que 70 % du littoral européen est protégé par des ouvrages de protection comme les enrochements, les digues, les épis, les brise-lames ou encore les portes à flots.
Ces ouvrages ont cependant des inconvénients de taille : le coût de ces techniques dites « dures » est souvent élevé, avec un besoin d’entretien accru. De plus, ces ouvrages ne s’adaptent pas aux évolutions des aléas, voire augmentent le risque de submersion brutale en cas de rupture soudaine.
Ces structures lourdes ont trop souvent été mises en place au détriment du soin des écosystèmes naturels, lorsqu’ils sont encore présents. Or, des écosystèmes sains, résilients, fonctionnels et diversifiés rendent de nombreux services aux sociétés humaines, qu’on appelle des services écosystémiques.
Dunes et récifs coralliens aux effets protecteurs
Les écosystèmes des côtes et des estuaires soutiennent un grand nombre de ces services non seulement en matière « d’approvisionnement » (par exemple, liés à la fourniture de nourriture, comme la pêche) mais aussi « de régulation et de support » en participant à la réduction des impacts de l’érosion et de la submersion.
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Certains écosystèmes contribuent ainsi à l’équilibre du littoral et à l’atténuation des aléas, notamment en diminuant l’énergie des vagues et des courants atteignant la côte.
C’est le cas des récifs coralliens ou d’huîtres, mais aussi des herbiers sous-marins qui freinent les vagues en augmentant leur frottement sur le fond, ou encore des mangroves qui jouent un rôle de dissipation très fort de l’énergie des vagues atteignant la côte.
Les dunes, quant à elles, forment des barrières naturelles contre la submersion marine. Les volumes de sable qu’elles représentent constituent par ailleurs un stock sédimentaire important qui permet aux plages de se reconstruire après un épisode érosif lors d’une tempête. Elles participent ainsi à l’atténuation de l’érosion et du recul du trait de côte.
Vue sur la baie de Lancieux depuis la dune du Briantais. Dam_Lights/Flickr, CC BY
Enfin, les zones humides côtières et estuariennes sont des espaces d’expansion des submersions marines lors des tempêtes et des inondations lors de crues. Elles amortissent donc leurs effets (hauteur d’eau et étendue).
En complément de ce rôle « mécanique », les milieux littoraux assurent des fonctions écologiques importantes de nombreuses espèces animales et végétales mais aussi pour le cycle de l’eau, le recyclage et l’épuration de nombreux contaminants. Ils jouent par ailleurs un rôle important dans le piégeage et la séquestration du carbone.
Leur productivité biologique (quantité de biomasse produite au cours du temps, notamment par la photosynthèse), qui se situe parmi les plus importantes des écosystèmes de la planète, les rend d’autant plus indispensables dans l’atténuation des effets du changement climatique (la photosynthèse permettant de consommer une partie du CO2 atmosphérique).
Des solutions fondées sur la nature efficaces et économiquement avantageuses
Les écosystèmes littoraux sont actuellement altérés et menacés par les activités humaines, le changement climatique et l’effondrement de la biodiversité. Paradoxalement, ils sont désormais au cœur de solutions de résilience durable pour la protection côtière qui s’inscrivent dans la grande famille des SFN.
Citons par exemple les dunes de Nouvelle-Aquitaine. Le service de régulation de l’érosion côtière assuré par les écosystèmes dunaires est considérable à l’échelle de la région, qui possède la plus grande côte sableuse de la façade maritime de France. Au-delà de ses bénéfices environnementaux, les SFN y sont également intéressantes au plan économique.
Les coûts de maintien de ce service, qui passe par la restauration des écosystèmes dunaires (par exemple replantation d’espèces végétales comme les oyats), des mesures de gestion et de protection (par exemple gestion de la fréquentation et des chemins d’accès pour éviter le piétinement des dunes) sont largement plus faibles que ceux consentis pour la mise en place et l’entretien d’ouvrages de protection lourds, ou le rechargement sans fin des plages.
Réhabilitation des dunes pour encourager le développement d’espèces végétales dunaires à Capbreton dans les Landes. Cécile Capderrey, Fourni par l’auteur
L’expérience de la Belgique et des Pays-Bas
Les bénéfices peuvent être aussi très importants pour la société. C’est ce que montrent les retours d’expérience de pays très exposés à l’augmentation du niveau de la mer, comme la Belgique ou encore les Pays-Bas. Pionniers dans la défense ouvragée contre l’érosion et la submersion au siècle dernier, ils ont ouvert la voie sur l’adaptation au changement climatique en milieu littoral grâce aux SFN.
Aux Pays-Bas, le « Zand Motor » (littéralement le « moteur de sable ») est un projet très emblématique qui a consisté à déposer en 2011, en un point du littoral, 20 millions de mètres cubes de sable provenant du large. Depuis, les courants redistribuent ce sable sur les littoraux adjacents en les rendant plus résilients à l’érosion et en favorisant la biodiversité (notamment la fréquentation par les mammifères marins).
La Belgique, quant à elle, a laissé de plus en plus d’espace aux zones humides, pour qu’elles puissent jouer leur rôle d’amortisseur des submersions marines et des inondations, tout en retrouvant leur rôle bénéfique notamment pour la biodiversité. Des plans de dépoldérisations à grande échelle le long des côtes et des estuaires, par exemple, sur l’Escaut, sont ainsi menés depuis plusieurs décennies.
Réserve naturelle de Waterdunen, aux Pays-Bas, sur les rives de l’Escaut. Frdr/Flickr, CC BY-NC-SA
En France, les solutions fondées sur la nature sont encore relativement peu exploitées par les décideurs locaux pour la gestion du trait de côte. Sur les secteurs qui seraient propices à leur mise en place, la réticence à l’utilisation de solutions en apparence moins robustes que le génie civil et la méconnaissance des retours d’expérience de ces solutions peuvent effrayer.
Il est compliqué de changer de paradigme : jusque-là, nous avons construit pour dompter la mer et pouvoir vivre au bord de celle-ci. Comprendre aujourd’hui qu’il y a probablement plus à gagner en s’appuyant sur la nature plutôt que d’aller contre celle-ci requiert des transformations profondes de perception. Toutefois, un changement progressif s’opère dans les esprits depuis une dizaine d’années, où le concept de SFN s’est disséminé.
Les premières leçons des sites pilotes
Le projet adapto a ainsi permis d’explorer, sur des territoires littoraux à dominante naturelle et agricole, des solutions face à l’érosion et à la submersion marine dans le contexte d’accentuation du changement climatique. Il s’agissait notamment de démontrer la faisabilité et l’intérêt économique et écologique des SFN pour la gestion du trait de côte, à travers une approche pluridisciplinaire.
Le projet a porté sur dix sites expérimentaux, neuf en métropole et un en Guyane, qui ont été choisis pour représenter un panel de cinq types de milieux littoraux différents :
côtes basses et sableuses atlantiques,
côtes basses atlantiques poldérisées,
lidos méditerranéens (un lido est un cordon littoral sableux qui ferme une lagune),
salins méditerranéens
et enfin mangroves.
Sites pilotes du projet adapto. adapto
Ces expérimentations en sont aujourd’hui à des stades différents de maturité. Citons quelques cas représentatifs :
D’abord, un exemple emblématique de reconnexion – remise en contact de terres avec le milieu marin ou estuarien – « ancienne » est celui de l’Île Nouvelle (sur la Garonne) ou encore du polder de Mortagne-sur-Gironde. Ils ont été reconnectés « accidentellement » à l’influence estuarienne et marine par la tempête Martin en 1999. Celle-ci a créé une brèche dans les digues des deux sites et entraîné une incursion marine. Ces digues n’ont pas été reconstruites, reconnectant ainsi ces anciens polders au flux et reflux des marées.
Depuis, de nombreux suivis faunistiques et floristiques d’espèces terrestres et marines ont été menés pour suivre les évolutions après les reconnexions des écosystèmes dans un continuum terre-mer. Plusieurs habitats fonctionnels pour de nombreuses espèces animales, comme les roselières à Mortagne-sur-Gironde, ou les vasières sur l’Île Nouvelle, sont ainsi scrutés de près. Depuis la mise en place d’une gestion souple du site de l’Île Nouvelle, les champs de maïs ont laissé la place à d’importantes et diverses surfaces de zones humides créant une mosaïque de milieux bénéfiques par exemple, pour les populations d’oiseaux*.
D’un point de vue sédimentologique, les suivis montrent aujourd’hui, par exemple à Mortagne-sur-Gironde, des vitesses de sédimentation spectaculaires. Celles-ci contribuent à l’élévation des terres, les rendant moins exposées à la submersion dans le contexte de la remontée du niveau marin.
Plus récemment, au niveau de la baie de Lancieux (Côtes-d’Armor), le polder de Beaussais a vu sa digue de protection disparaître peu à peu suite à des brèches successives. Le choix d’une reconnexion à la mer a été fait. Laisser rentrer l’eau salée dans ces marais rétrolittoraux (c’est-à-dire, en arrière du trait de côte) de façon maîtrisée permet aux espèces végétales de coloniser et s’installer, selon les assemblages de communautés typiques qui caractérisent les prés salés.
En Méditerranée, un exemple éloquent est celui des Vieux-Salins d’Hyères (Var), où la majeure partie des enrochements ont été supprimés. De quoi redonner une dynamique naturelle au système dune-plage situé à l’interface entre la mer et la zone humide. Concrètement, il s’agit de déplacer une zone d’érosion pour éviter, à moyen terme, des intrusions d’eau de mer vers l’intérieur des salins où de l’eau douce est présente. Les suivis, toujours en cours, montrent déjà une zone d’accrétion de cinq à dix mètres sur la zone anciennement exposée à l’érosion, la rendant moins exposée aux aléas.
Par ailleurs, le suivi des « récifs » formés par les herbiers de posidonie présents au droit de cette plage semble montrer que leur répartition spatiale n’est pas impactée par les travaux de désenrochements. Ils jouent bien leur rôle de brise-lame sur les vagues, et stabilisent aussi les plages grâce au dépôt de leurs feuilles mortes dont les amas forment de véritables remparts, aussi appelés “banquettes”, contre l’érosion.
Les herbiers de posidonie forment des récifs naturels qui ralentissent les vagues et protègent les plages. Antoine Barret/Flickr, CC BY-NC-ND
Des essais à transformer
Le projet adapto a ainsi permis des apprentissages précieux et surtout multidisciplinaires (entre géophysique, écologie, sociologie et économie des territoires) pour tous les acteurs des littoraux : collectivités, chercheurs, gestionnaires, usagers…
Grâce à ces retours d’expérience, des actions de reconnexion sont désormais envisagées à plus large échelle ailleurs en France : par exemple sur la baie d’Authie (Hauts de France) mais aussi dans l’estuaire de l’Orne ou encore dans le delta de la Leyre (Gironde).
Malgré leurs succès, ces nouveaux modes de gestion ne sont pas sans susciter des craintes. Leur principal point noir : la perception du temps nécessaire à la mesure des progrès. Les réticences des populations et des gestionnaires à l’égard des SFN résident dans le sentiment de moindre protection qu’elles offrent par rapport aux ouvrages « en dur » et dans le fait que leurs effets bénéfiques ne sont pas toujours immédiats.
C’est la raison pour laquelle l’ensemble des suivis de terrain menés dans le projet adapto, et qui sont pour la grande majorité toujours en cours, sont essentiels. Tant pour comprendre les dynamiques et fonctionnalités des milieux littoraux, que pour montrer aux acteurs locaux d’autres territoires que cela peut fonctionner.
Ces retours d’expériences solides, communiqués le plus largement et pédagogiquement possibles, sont incontournables pour que le recours aux solutions fondées sur la nature puisse se développer.
Différence de température moyenne globale en °C comparé à la moyenne de 1850-1900. En ordonnée, les degrés Celsius, en abscisse les années. Organisation météorologique mondiale, CC BY-NC-ND
Si les deux approches, nature et technologie, seront nécessaires, rien ne sauraient nous dispenser de poursuivre nos efforts de sobriété et de circularité pour éliminer les émissions de gaz à effet de serre à la source.
Éliminer le CO₂ grâce au puits de carbone océanique, une bonne idée ?
La concentration de CO2 dans l’atmosphère est passée de 285 parties par million (ppm) au début de l’ère industrielle (1850) à 417 ppm en 2022. Sans l’existence de ces puits de carbone, elle atteindrait environ 600 ppm.
Ce sont 32 % des émissions anthropiques de CO2 depuis 1850 qui ont déjà été absorbées par les plantes et les sols (appelés ensemble « puits de carbone continental »). Pour les océans, cette proportion s’éleverait à environ 26 % (« puits de carbone océanique »).
Compte tenu de la difficulté à décarboner les activités anthropiques et l’économie mondiale, renforcer ces puits de carbone naturels apparaît indispensable si l’on ne veut pas dépasser les seuils de réchauffement de 1,5 ou 2 °C.
Ces techniques, regroupées sous le terme de « Carbon Dioxide Removal » (CDR), comprennent des approches conventionnelles telles que le reboisement, ainsi que des propositions controversées visant à améliorer le puits de carbone marin (on les appelle « Marine Carbon Dioxide Removal », ou mCDR).
Dans l’océan, une capacité de stockage colossal
Une partie de l’intérêt à renforcer le puits de carbone océanique découle de l’ampleur de ce stock : l’océan contient 38 000 milliards de tonnes (ou gigatonnes, Gt) de carbone, soit 50 fois plus que l’atmosphère et 17 fois plus que le puits de carbone de la biosphère continentale.
Sa capacité de stockage s’explique par le fait que le CO2 absorbé se transforme en deux autres formes inorganiques (les ions bicarbonate (HCO3⁻) et carbonate (CO32⁻) qui représentent ensemble environ 98 % du stock de carbone océanique et n’interagissent pas avec l’atmosphère. Dans les océans, les organismes vivants ne représentent qu’une infime fraction du carbone total (0,01 %).
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Deux propriétés chimiques de l’océan sont essentielles pour comprendre les différentes techniques de mCDR proposées :
La première est sa capacité à stocker le carbone sous forme de carbone inorganique dissous (ou DIC) : c’est la somme des trois formes qui existent dans l’océan (CO2 + HCO3⁻ + CO32⁻).
La seconde est l’alcalinité de l’océan, c’est-à-dire la capacité de l’eau à neutraliser les acides – soit l’équilibre entre les ions capables de céder ou recevoir un proton présents dans l’océan. C’est elle qui explique la répartition du carbone inorganique dissous entre ses trois formes possibles.
La théorie de l’élimination directe du carbone
Les approches qui veulent renforcer les puits de carbone marins se concentrent sur la réduction de la concentration de CO2 dans les eaux de surface, afin d’amplifier le flux de carbone en provenance de l’atmosphère.
Pour y parvenir, il est possible de réduire la concentration de carbone inorganique dissous, par exemple en augmentant la quantité d’organismes marins pratiquant la photosynthèse, comme le phytoplancton ou les macroalgues.
On peut également y parvenir en augmentant l’alcalinité de l’eau de mer. On peut par exemple ajouter de la soude. Au final, cela permettrait d’augmenter la part de carbone inorganique dissoute sous forme de bicarbonate et de carbonate.
En théorie, chacune de ces approches permettrait d’augmenter les quantités de carbone stocké dans les océans :
Soit en augmentant les flux dans les régions océaniques qui absorbent le CO2 atmosphérique (par exemple, l’Atlantique Nord et l’océan Austral),
L’amélioration de l’absorption biologique du carbone inorganique dissous, à travers par exemple la culture d’algues, semble prometteuse. Mais son efficacité varie énormément d’une région à l’autre et ne produit souvent pas les résultats attendus en termes d’élimination du carbone.
Contrairement au puits de carbone continental, où une augmentation de la production primaire nette de carbone entraîne une réduction équivalente du CO2 atmosphérique, ce n’est pas le cas dans les océans.
D’abord parce que le carbone inorganique dissous dans l’eau par des processus biologiques ne réduit pas toujours les concentrations de CO2 dans l’eau.
Et d’autre part parce que la circulation des masses d’eau signifie que les temps de résidence de l’eau de mer de surface sont souvent insuffisants pour maximiser le transfert de CO2 de l’atmosphère vers l’océan.
Dans les simulations globales réalisées, seuls 70 à 80 % du carbone inorganique dissous capturé par d’hypothétiques fermes de macroalgues sont effectivement remplacés par du carbone provenant de l’atmosphère.
Cette part peut même descendre à moins de 60 % lorsque les simulations prennent en compte les nutriments que doivent absorber les algues et les impacts sur le phytoplancton marin naturel, qui contribue également à réduire les concentrations de CO₂ dans la partie supérieure de l’océan.
Surveillance, reporting et vérification : un casse-tête
La plus grande difficulté concernant le recours aux techniques de mCDR réside probablement dans la surveillance, le reporting et la vérification de l’augmentation du stockage de carbone dans l’océan dans le monde réel.
C’est pourtant une condition préalable avant l’attribution de crédits carbone, l’intégration dans les contributions déterminées au niveau national (ou CDN, NDC en anglais, qui représentent les engagements des États dans le cadre de l’accord de Paris, ndlr), ou même l’actualisation des stocks de carbone à l’échelle mondiale.
Ces effets à distance, ainsi que la dissociation entre les flux de CO2 air-mer en surface et le stockage du carbone dans l’océan en profondeur (contrairement à ce qui se produit sur terre) signifient que des réseaux d’observation étendus, des traceurs d’échanges gazeux et des simulations numériques seront probablement nécessaires pour permettre un tel ce suivi.
Même dans ces conditions, tout accroissement du stockage de carbone en mer serait une goutte d’eau dans l’océan, étant donné la quantité de carbone qui y est naturellement présente, et serait donc extrêmement difficile à quantifier.
Et dans la réalité ?
Reste la question : quelle quantité de carbone ces méthodes pourraient-elles extraire de l’atmosphère et quelles pourraient en être les implications ?
L’augmentation de l’alcalinité des océans à l’aide d’un minéral alcalin abondant tel que l’olivine a été estimée, dans le meilleur des cas, à un accroissement du stockage de carbone dans l’océan d’environ un Gt de CO2par Gt d’olivine ajoutée.
Si l’on voulait accroître l’absorption du carbone atmosphérique par les océans de 1 Gt de CO2 par an (ce qui représente une augmentation d’environ 10 % par rapport au puits océanique en 2023), il faudrait donc transporter 1 Gt d’olivine vers les régions océaniques d’intérêts, soit 13 fois le poids de la pêche marine mondiale actuelle !
Compte tenu des émissions humaines actuelles, qui sont de 40 Gt de CO₂ par an, et de la nécessité d’atteindre des émissions nettes nulles au cours des prochaines décennies pour stabiliser le réchauffement à un niveau acceptable, l’élimination du dioxyde de carbone par les techniques de mCDR ne pourra pas se substituer à des réductions drastiques des émissions. Cette élimination pourrait permettre cependant de compenser des émissions résiduelles dans des secteurs difficiles à décarboner.
Petra Nova, projet de capture du carbone conçu pour diminuer les émissions de carbone issues de l’une des chaudières d’une centrale électrique au charbon située au Texas, aux États-Unis. By RM VM – Own work / Wikimedia commons
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) est, sur le sujet, formelle : plusieurs solutions existent d’ores et déjà, il convient désormais de les mettre en pratique à grande échelle.
Sans cela, le coût de la tonne de CO2 augmenterait de 70 % au même horizon, estime l’AIE. D’une solution théorique il y a quelques années, cette technologie est devenue l’une des options les plus prometteuses pour combattre le changement climatique. Le principal frein étant son coût élevé.
Mais la technologie suscite de l’intérêt dans le monde entier et en particulier dans les pays émergents. Revenons donc sur l’état de développement des CCUS, leur potentiel mais également les principaux défis à venir.
Technologies and perspectives for achieving carbon neutrality. Wang et al. (2021), The innovation — Volume 2, Issue 4, 28 November 2021
Des technologies coûteuses
Les technologies CCUS sont au centre d’enjeux économiques majeurs. D’une part, l’analyse coût-bénéfice est défavorable en raison d’une tarification carbone encore trop faible. D’autre part, la rentabilité des investissements est incertaine, retenant ainsi les investissements à grande échelle. Enfin, des incertitudes sur les externalités environnementales limitent l’engagement des parties prenantes.
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Ces technologies ont en effet des coûts encore élevés. Moderniser des installations existantes et les doter de capacités CCUS est coûteux en raison de la nature sur mesure de l’intégration technologique requise pour chaque industrie et pour chaque entreprise.
Malgré cela, investir dans ces technologies est jugé crucial pour atteindre les objectifs climatiques à long terme. À mesure que nous nous approchons de 2030 (date à laquelle la plupart des engagements des contributions domestiques déterminées au niveau national doivent être respectés), la nécessité de ces options s’impose.
Courbe des coûts de séquestration du carbone (USD/tCO2) et potentiel de réduction des émissions. Dziejarski et coll. (2023), Fourni par l’auteur
Faisabilité économique
Sur le terrain du financement des CCUS, la dynamique de marché est encore faible. Certes, le financement privé pour les start-up utilisant le CO2 a bondi, atteignant près d’un milliard de dollars dans la dernière décennie. Mais il reste insuffisant pour combler l’écart entre les plans actuels et les niveaux de déploiement requis pour une transition plus véloce vers le net zéro. Le pipeline mondial de CCUS, bien qu’en expansion rapide, est confronté à un déficit important de financement à grande échelle.
La faisabilité économique du CCUS doit tenir compte des coûts technologiques liés à la séparation du CO2, des coûts du transport (compresseurs et pipelines) et à l’injection. Des concentrations élevées de CO2 peuvent en outre poser des problèmes de santé et de sécurité, notamment la corrosion et la dégradation des joints des réservoirs et les impuretés présentes dans le CO2. Une évaluation approfondie de ces facteurs est donc nécessaire pour garantir la faisabilité économique des CCUS.
Pour pallier ces problèmes, des solutions politiques à ces obstacles commencent à émerger, telles que la fiscalité écologique – en particulier aux États-Unis –, la tarification du carbone, les mesures axées sur la demande et l’atténuation des risques.
Des réformes réglementaires nécessaires
Les considérations autour des CCUS sont très influencées par les politiques et les cadres fiscaux. Ces derniers ont un impact sur le niveau et les sources de financement d’investissement disponibles, l’adoption de la technologie et les délais de déploiement.
Le manque de politiques et de réglementations claires et cohérentes qui soutiennent les investissements dans le CCUS constitue un défi persistant. Tout comme l’absence de mécanismes efficaces de tarification du carbone ou d’incitations dans de nombreux pays. Il devient, dans ce contexte, difficile pour les industries de justifier les investissements initiaux importants requis pour établir une infrastructure CCUS à long terme aux échelles nécessaires.
Plusieurs pays ont mis en œuvre des politiques et des incitations pour promouvoir le CCUS, comme le crédit d’impôt américain 45Q, qui offre des incitations financières allant jusqu’à 85 dollars par tonne pour le CO2 stocké en permanence, et 60 dollars par tonne pour le CO2 utilisé pour des activités telles que la récupération assistée du pétrole (EOR) ou à d’autres fins commercialement viables, à condition qu’il existe des preuves établies que les émissions de CO2 soient réduites par les projets bénéficiant d’incitations.
Il existe en effet des risques de fuites lors du transport et du stockage du CO2, susceptibles de polluer les sols et détériorer la qualité de l’eau locale et nuire à la population locale. Ce qui affecterait aussi l’acceptation par le public de la technologie CCUS.
Les pays devraient créer des fonds spéciaux pour le CCUS, introduire des incitations économiques et des politiques fiscales préférentielles et aider les entreprises à réduire les coûts de fonctionnement du CCUS. Sans soutien gouvernemental, les projets actuels peineront à être rentables dont pousseront peu les entreprises à s’y lancer.
Un réel espoir en dépit de nombreux défis ?
Le passage à l’échelle des CCUS se heurte ainsi à plusieurs défis : économiques, politiques et technologiques. En dépit de ces obstacles, plusieurs étapes importantes ont déjà été franchies.
L’ouverture des projets Boundary Dam et Petra Nova en Amérique du Nord a prouvé la viabilité du captage du CO2 à grande échelle sur des centrales électriques alimentées aux combustibles fossiles et connectées au réseau. Les projets d’In Salah (Algérie), de Santos Basin (Brésil), d’Abu Dhabi National Oil Company (EAU), d’Uthmaniyah (Arabie saoudite) et de Jilin (Chine) illustrent que les CCUS sont possibles dans les économies émergentes.
Les estimations montrent que les émissions mondiales de dioxyde de carbone s’élevaient à 40 milliards de tonnes en 2023, dont près de 36,8 milliards de tonnes provenant des combustibles fossiles. Or, depuis 2017, la capacité des installations de CCUS a augmenté d’environ 35 % par an. Cette situation s’est accélérée en 2023 avec une augmentation de 50 % par rapport à 2022. Cela représente la plus forte augmentation depuis le début de la dynamique ascendante en 2018.
« Mais si les Chinois et les Indiens ne font rien, à quoi bon tenter, nous, de réduire notre empreinte carbone ? » Vous avez sans doute déjà entendu une telle idée, listée parmi les douze excuses les plus utilisées pour justifier l’inaction climatique1. Pour les économistes Claudius Gräbner-Radkowitsch (Université de Flensburg) et Birte Strunk (The New School), inciter les pays du Sud à décroître est-ce néocolonial ? Albert Bouffange (Sciences Po Lyon) et ses co-auteurs, pensent que selon les façons de calculer le PIB, concilier croissance et réduction des gaz à effets de serre s’avère plus ou moins réaliste.
Au milieu d’une manifestation contre la réforme des retraites, une pancarte prônant la décroissance. FREDERICK FLORIN/ AFP
Quelle place pour le Sud global dans la décroissance ?
Le constat est sans appel : les activités humaines sont la principale cause du réchauffement climatique mais aussi d’autres crises environnementales, telles que l’aggravation de la perte de biodiversité. Cependant, la question sur les mesures à prendre pour faire face à ces crises reste elle sujet à débat. Dans les milieux politiques, la solution la plus promue demeure celle la « croissance verte », qui consiste à rendre les activités économiques respectueuses de l’environnement.
Décroissance ou croissance verte ?
Mais l’idée de croissance verte n’implique pas de réduire les activités économiques pour éviter la destruction de l’environnement. Bien au contraire, les économies du monde entier y sont encouragées à poursuivre leur croissance. Les détracteurs du concept de croissance verte soulignent dès lors le succès limité de cette approche, en convoquant pour cela l’évolution de la lutte contre le changement climatique et la perte de biodiversité, ces dernières décennies.
Malgré les efforts déployés depuis les années 1970 en matière de politique climatique mondiale, les émissions continuent d’augmenter de manière exponentielle : comme le montre le Rapport sur les inégalités dans le monde, près de la moitié des émissions historiques ont été émises après 1990. Il semble ainsi que le statu quo actuel, fait de petits changements politiques, d’innovations technologiques ou de modifications du comportement humain ne suffit pas à empêcher la crise climatique et l’effondrement de la biodiversité. Partant de ce constat, le concept de « décroissance » s’impose de plus en plus comme une alternative à la croissance verte, car il constitue une critique plus radicale du paradigme actuel.
Les origines de la décroissance
La décroissance est un discours académique et un mouvement militant qui a émergé à la fin des années 2000 en Europe, en particulier en France. Il a été conceptualisé par des penseurs comme le philosophe André Gorz et l’économiste Serge Latouche, avant d’être popularisé dans le monde anglo-saxon par des chercheurs comme l’économiste Tim Jackson. Ces partisans de la décroissance affirment que l’incapacité à lutter efficacement contre la destruction de l’environnement s’explique en grande partie par le modèle économique mondial actuel, centré sur la croissance économique et le profit. Car ce n’est pas la seule activité « humaine » qui a provoqué le réchauffement de la planète, mais surtout l’activité économique promue par les pays du Nord depuis la révolution industrielle.
À l’origine, cependant, cette critique de la croissance n’était pas toujours liée aux enjeux écologiques. Le mouvement de la décroissance est plutôt né d’une critique du mode de vie occidental, de ses récits de progrès et de développement, et si le volet écologique de cette critique de la croissance a pris de l’ampleur ces dernières années, elle n’était au départ qu’un des nombreux piliers de la critique de la décroissance.
« La seule croissance durable, c’est la décroissance » assure ce pochoir. Paul Sableman, CC BY
Qu’en est-il des pays du Sud ?
Aujourd’hui, la majorité des spécialistes de la décroissance affirment que, puisque les pays du Nord sont responsables de la plupart des dégâts environnementaux sur notre planète, ce sont principalement ces pays qui devraient réduire leur activité économique pour éviter une catastrophe écologique. Mais qu’en est-il des pays du Sud ? La décroissance s’applique-t-elle aussi à eux ? Doivent-ils également « décroître » ? Mais est-ce que cela n’impliquerait pas, alors, une démarche néo-coloniale, où les pays du Nord définissent à nouveau l’ordre du jour du développement mondial ? D’autant plus que certains pays plus pauvres pourraient avoir besoin de croître pour lutter contre la pauvreté. Et si la décroissance ne s’appliquait dès lors qu’au Nord, n’impacterait-elle pas quand même le Sud ? Et ces effets seraient-ils bons ou mauvais pour les habitants des pays les plus pauvres ?
Nous avons voulu trouver des réponses à toutes ces questions et avons pour cela passé en revue la littérature académique sur la décroissance. En partant d’environ 1000 publications sur la décroissance, nous avons abouti à un ensemble de 52 publications qui évoquaient tout à la fois la décroissance et le Sud global. Ironiquement, la majorité d’entre elles était rédigée par des chercheurs du Nord.
Une lecture attentive de ces publications a révélé l’existence d’une série de réponses nuancées à ces questions, que l’on peut grosso modo diviser en deux positions : celles qui soulignent les « défis » qu’il y à à allier les appels à la décroissance et les préoccupations du Sud global, et celles qui en présentent les synergies.
Lorsqu’on se penche, d’abord, sur les défenseurs de la décroissance partisans d’une synergie avec les enjeux des Sud, on retrouve trois arguments principaux. La décroissance serait inspirée par des penseurs du Sud, la décroissance permettrait d’achever la décolonisation des Sud, enfin, la dépendance à l’égard de la croissance serait tout aussi problématique dans les Nord et dans les Sud.
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Des penseurs et mouvements du Sud comme source d’inspiration et comme alliés
Les partisans de la décroissance soulignent souvent que nombre de leurs idées originelles ne proviennent pas des universitaires occidentaux qui ont inventé le terme « décroissance », mais plutôt de voix autochtones, d’universitaires et de mouvements d’activistes des Sud. Sont par exemple cités par l’anthropologue Jason Hickel le philosophe et historien d’origine sri-lankaise Ananda Coomaraswamy, le poète, philosophe et réformateur social bengali Rabindranath Tagore ou les économistes indiens Radhakamal Mukerjee et J.C. Kumarappa.
Bien que ces penseurs n’utilisent pas le terme « décroissance », mais se réfèrent plus fréquemment à des concepts tels que le Sumak kawsay (« ou Buen Vivir ») latino-américain ou l’Ubuntu africain, leurs idées et leurs concepts ont été une source d’inspiration essentielle pour le développement du discours sur la décroissance dans les pays du Nord. C’est cet argument qui est de loin le plus souvent avancé dans la littérature sur la décroissance et le Sud.
La décroissance au Nord comme décolonisation du Sud
Au-delà des similitudes au niveau conceptuel, la décroissance pourrait également fournir une occasion concrète de briser la division inégale du travail à l’échelle mondiale. Dimension visible notamment par l’extraction des ressources principalement effectuée dans le Sud et souvent associée à des coûts sociaux et écologiques considérables.
Ces matières premières sont ensuite exportées vers le Nord, où elles sont transformées en biens de consommation et souvent revendues au Sud. Cependant, la plupart des bénéfices économiques restent dans les pays déjà riches du Nord. L’argument selon lequel le Nord devrait dès lors « payer pour l’exploitation coloniale passée et présente dans le Sud », pour emprunter les mots du chercheur en écologie politique Federico Demaria et de ses co-auteurs, est au cœur de ce cadrage très typique du discours contemporain sur la décroissance.
La dépendance à l’égard de la croissance est problématique dans le Nord comme dans le Sud
Enfin, plusieurs chercheurs affirment qu’il n’est jamais bon pour un pays de dépendre de la croissance économique pour assurer sa stabilité sociétale, que ce pays soit situé au Nord ou au Sud. Ils soulignent qu’à elle seule, la croissance ne permet pas de sortir de la pauvreté : la distribution des richesses et les institutions sont tout aussi importantes, si ce n’est plus.
Si la décroissance est comprise comme un appel à rendre les économies plus indépendantes de la croissance, c’est-à-dire à rendre les prestations sociales et le bien-être des personnes moins dépendants d’une économie en expansion constante, alors la décroissance dans ce sens pourrait s’appliquer à la fois au Nord et au Sud, « en empêchant les pays du Sud d’être piégés dans l’impasse » à laquelle les économies de croissance conduiraient pour Serge Latouche.
Environ deux tiers des articles sur la décroissance et le Sud global suivent cette vision d’une synergie entre décroissance des Nord et intérêts des Sud. Mais, d’autres chercheurs évoquent eux les défis qu’il y a à lier les deux.
La décroissance est un concept inadapté au Sud
Certains soulignent par exemple que le cadrage et l’orientation théorique de la décroissance appliqués aux Sud ne sont tout simplement pas très attrayants pour ses habitants des pays du Sud.
S’appuyant sur des entretiens avec des universitaires et des activistes du Sud, ces sources affirment que le langage de la décroissance est souvent exclusivement axé sur le contexte du Nord, que ses débats sont trop détachés des luttes concrètes auxquelles les gens sont confrontés dans le Sud, et que le cadre général est trop eurocentré.
Ainsi, même si les mouvements et les universitaires du Sud sont d’accord avec certaines des idées de la décroissance, ils ne veulent pas utiliser son langage. En d’autres termes, le Nord pourrait continuer à apprendre du Sud, mais le Sud a très peu à apprendre de la décroissance en tant que concept, et plutôt que de se présenter comme une alliance naturelle, les chercheurs du Nord et du Sud devraient « renforcer les synergies potentielles, par une reconnaissance affirmée des barrières » soulignent par exemple l’économiste Beatriz Rodríguez Labajos et ses co-auteurs.
Le danger de la décroissance en tant que projet néocolonial
De même, si la décroissance, en tant que concept occidental, était imposée au Sud comme un concept pour tous, il ne s’agirait dès lors d’un projet néocolonial. En outre, les critiques affirment que dans le système économique mondial actuel, la décroissance dans les pays du Sud signifierait que ces pays seraient privés de la voie vers la prospérité que les pays du Nord ont empruntée, souvent sur le dos de ces pays plus pauvres.
De fait, le discours de la décroissance ne prête pas assez attention aux racines coloniales du développement, et ce manque d’attention à l’histoire coloniale représente un défi pour ce mouvement, surtout s’il se revendique comme un projet décolonial.
Le problème des dépendances mondiales
Enfin, il existe des dépendances globales qui provoqueraient des défis pour le Sud si le Nord mettait en œuvre des politiques de décroissance. Ce défi, contrairement aux deux autres, est plus matériel que conceptuel : un nombre important d’individus dans le Sud dépendent d’activités économiques liées aux exportations dans le Nord.
Une réduction de ces activités dans le Nord pourrait dès lors, au moins à court terme, avoir des effets néfastes sur les populations du Sud. Une baisse significative de la demande dans le Nord aurait des répercussions négatives sur de nombreux habitants du Sud, qui tirent leurs revenus de la vente de produits aux clients aisés du Nord.
Un dilemme fondamental pour la décroissance
Ce dernier point, l’interdépendance entre le Nord et le Sud, constitue un dilemme pour la décroissance. Car il peut à la fois être perçu comme une motivation et un obstacle à la décroissance. Pour ses partisans, la solution à ce dilemme ne peut être l’abandon de l’idée de décroissance dans le Nord. Comme ils le soulignent, il est cynique de justifier des schémas d’exploitation par l’argument selon lequel l’arrêt de l’exploitation aggraverait encore la situation des exploités. Mais dans le même temps, ils doivent reconnaître que des réformes institutionnelles non négligeables des systèmes internationaux de commerce, de finance, de politique et de droit sont nécessaires si l’on veut éviter des conséquences indésirables pour les populations du Sud.
Mais le mouvement de la décroissance n’a pas encore discuté concrètement de la forme que pourraient prendre ces réformes institutionnelles mondiales. C’est donc l’une des travaux les plus importants pour les spécialistes de la décroissance que de faire avancer ces débats et de formuler des suggestions viables sur la manière d’aborder efficacement le problème des dépendances structurelles mondiales et de concrétiser la promesse d’un changement radical de système pour le bien de tous les habitants de la planète.
Cet article s’inscrit dans le cadre d’un projet associant The Conversation France et l’AFP audio. Il a bénéficié de l’appui financier du Centre européen de journalisme, dans le cadre du programme « Solutions Journalism Accelerator » soutenu par la Fondation Bill et Melinda Gates. L’AFP et The Conversation France ont conservé leur indépendance éditoriale à chaque étape du projet.
À mesure que le changement climatique se fait une place dans le débat politique et économique, les discussions se polarisent de plus en plus autour de la possibilité ou non d’un « découplage ». Derrière ce terme, une question simple : la réduction des impacts environnementaux peut-elle avoir lieu en même temps que l’on continue à faire croître les systèmes économiques ? Un récent article de Gregor Semieniuk, économiste à la Banque mondiale en aborde un aspect crucial et sous-discuté : mesurons-nous correctement l’activité économique ?
Le « découplage » est celui de deux courbes, dont on veut savoir si elles peuvent se séparer, voire évoluer, de manière contraire : celle des émissions de gaz à effet de serre, et celle de la croissance économique, c’est-à-dire la variation du produit intérieur brut (PIB) réel : peut-on voir croître la courbe du PIB réel dans le temps, tandis que celle des émissions augmente moins vite (« découplage relatif »), voire baisse (« découplage absolu ») ? On considère ici le PIB réel car il rend les différentes années comparables en tenant compte de l’inflation (contrairement au PIB nominal). C’est toujours le PIB réel dont il est question lorsque l’on manipule des séries temporelles.
Le plus souvent dans le débat sur le découplage, la focale est portée sur la question des émissions de gaz à effet de serre (EGES) ou de l’énergie et donc sur le seul problème climatique. Or, il ne s’agit que d’une seule des neuf limites planétaires identifiées aujourd’hui par la communauté scientifique. Il y a théoriquement autant de débats sur le « découplage » que d’indicateurs environnementaux dont on regarde l’évolution dans le temps : consommation d’énergie, extraction de matière première, empreinte environnementale générale, etc.
Chacun de ces indicateurs environnementaux, il faut le souligner, fait l’objet de questionnements sur la pertinence de la mesure, sur sa fiabilité, sur sa construction. Les scientifiques cherchent à savoir si l’on mesure bien ce que l’on espère mesurer et si les phénomènes sont bien captés par la statistique. Entend-on, par exemple, par émissions d’un pays celles liées à ce qui est produit sur son territoire ou bien à ce qui est consommé par ses habitants, ce qui inclut les émissions liées aux biens importés ?
Le PIB, lui, est à l’inverse toujours pris comme allant de soi. L’usage de cet indicateur reste rarement interrogé. Or, à quel point les séries de PIB donnent-elles une représentation « juste » de nos économies ? Le fait est que lorsque l’on prend en compte l’incertitude statistique liée à la « bonne » mesure de l’activité économique, la marge d’erreur sur l’identification d’un « découplage » augmente. Et avec elle, l’incertitude ou la prise de risque, liée aux stratégies de « croissance verte », par opposition aux paradigmes de sobriété, de post-croissance ou de décroissance. L’article récemment publié par Gregor Semieniuk aborde justement la question de cette manière : mesure-t-on correctement l’activité économique ou, dit autrement, le PIB est-il un indicateur fiable pour cela ?
Des conventions et des erreurs qui se cumulent
On peut identifier différentes étapes critiques dans le calcul du PIB, qui pourraient mener à une incertitude quant à sa valeur dans le cadre du débat sur le découplage. Premièrement se pose la question du périmètre. Au fil du temps, les conventions comptables ont élargi les domaines d’activités dans le calcul, pour des raisons souvent techniques mais aussi sociopolitiques. Par exemple, les activités financières n’ont été ajoutées qu’en 1968 aux recommandations de calcul de comptabilité nationale. Avant cela, elles ne « comptaient » pas dans l’indicateur, car considérées comme improductives. De même en 1977, ce sont les services rendus par les administrations publiques qui ont été incluses au périmètre du PIB, témoignant de changements importants, en particulier dans l’idée que les activités publiques produisent des richesses.
Deuxièmement, certaines productions n’ont pas de prix de marché, et leur valeur est, par convention, associée à leur coût de production. C’est le cas précisément de ces services non marchands fournis par les administrations publiques. Une production assurée par un service public vaut ainsi en général moins que la même production assurée par une entreprise privée, le coût de production étant inférieur au prix de marché, qui intègre, quant à lui, le profit.
Troisièmement, et c’est une étape absolument décisive, on calcule le PIB « réel », aussi appelé « en volume », en le corrigeant de l’évolution des prix pour permettre une analyse dans le temps. En France, l’Insee reste relativement discret sur ses méthodes de calcul de l’inflation. Les biens et services composant le panier sur lequel l’indicateur des prix est construit sont, par exemple, toujours secrets. Cela est notamment l’héritage d’enjeux et de pressions politiques très fortes sur sa valeur : le lecteur ou la lectrice imagineront sans peine l’intérêt que pourrait avoir un gouvernement à mesurer une inflation faible quand les prestations sociales, les pensions ou autres salaires minimums y sont indexés.
La philosophie elle-même du calcul de l’inflation a drastiquement évolué dans le temps, passant d’un indicateur représentatif d’une famille ouvrière « type » de la région parisienne, à un indicateur qui ambitionne de représenter le coût de la vie pour un consommateur « moyen » théorique. Ces conventions ont chacune leur légitimité, mais il faut avoir conscience que l’inflation dans sa définition actuelle mesure une sorte de coût de la vie qui n’est ressenti par personne stricto sensu.
Outre la composition du panier de biens et services, le calcul de l’inflation fait aussi l’objet de conventions quant à la manière de tenir compte de variations dans la composition du panier de biens et services, en particulier les variations de qualité. Les débats sont toujours actifs autour de sa « bonne » mesure, et certaines estimations varient, au niveau international, du simple au double, souvent à la baisse.
Imaginons bien ce que cela représente : si l’inflation est plus forte ou plus basse de X points de pourcentage, alors le PIB déflaté, celui que l’on manipule tous les jours et pour toutes les comparaisons historiques, accuse une erreur dans les mêmes proportions chaque année, et donc de manière cumulative ! Sans même mentionner le problème des prix relatifs qui changent dans le temps et qui modifient sensiblement les valeurs des séries historiques selon le point de référence.
Découplage ou recouplage ? Cela dépend en partie de la définition
Dans cette discussion sur la confiance que l’on peut accorder au PIB dans le débat sur le découplage, les travaux de Gregor Semieniuk sont les premiers, à notre connaissance, à regarder l’impact des différentes définitions du PIB, élaborées au fil du temps, sur les résultats de découplage. L’auteur retrace ainsi les différentes séries de PIB proposées au fil du temps et les « révisions structurelles » adoptées, et qui concernent la méthode de calcul, son périmètre ou l’année de référence pour l’inflation.
La tendance est claire : plus les définitions sont récentes, plus le PIB actuel est élevé, et plus la croissance passée est forte (le graphique présenté plus haut dans l’article, tiré de l’étude de Semieniuk, en donne une illustration pour les définitions de 1978 et de 2018). Cela pose cependant la question redoutable de la « bonne » définition pour se représenter notre histoire économique : celle de 1950 ou celle de 2020 ? Celle de 1950 était assurément jugée plus pertinente à l’époque pour décrire l’économie. Chaque version est heuristique au moment où elle a été élaborée.
Or, les résultats de « découplage » ou de « recouplage » varient grandement selon les séries de PIB utilisées. Avec les définitions récentes, la croissance historique est plus forte qu’avec une définition plus « industrielle » du PIB, et il est donc plus aisé pour la courbe associée de s’écarter de celle des impacts environnementaux. Ce second graphique, tiré aussi de l’étude de Semieniuk, illustre cela avec l’énergie : dans un cas, les statistiques renvoient l’image d’une économie qui a besoin de 50 % de moins d’énergie pour produire une unité de richesse. Dans l’autre, le progrès n’a été que de 30 %. Le seul changement est la définition de l’indicateur de mesure de l’économie – le PIB.
On peut ainsi comparer les différents résultats de « découplage » selon les définitions du PIB dans le temps. En changeant simplement la mesure de l’activité économique, que l’on prend d’habitude pour évidente, Semieniuk transforme pour certains pays des découplages en recouplages, et vice-versa (!). Plus la définition est ancienne, plus les pays passant à la situation de découplage sont nombreux, mais en moyenne ce sont 10 à 30 pays qui passent d’une situation à son opposé en termes de découplage lorsque l’on change la définition du PIB, alors qu’on peut considérer qu’il s’agit là d’un artefact statistique.
Comparer dans le temps et dans l’espace
Un degré supplémentaire de confusion s’ajoute lorsque l’on souhaite comparer différents pays. Idéalement, les séries de PIB doivent être comparables d’un pays à l’autre et ne pas dépendre des différences induites par les monnaies nationales. L’idée est qu’un même PIB par habitant représente un même niveau de vie, c’est-à-dire l’accès à un même ensemble de biens et services « types ». Pour cela, on recourt aux données en « parité de pouvoir d’achat » (PPA), dont la méthodologie est encore plus délicate que celle de la mesure de l’inflation : comment comparer rigoureusement les « pouvoirs d’achat » dans tous les pays du monde, alors que les cultures de consommation sont peu comparables ?
À nouveau, on retrouvera différentes mesures dont les conventions ont évolué au fil du temps. Et lorsque l’on analyse les données pour un même pays, les taux de croissance et la valeur du PIB en PPA dans leurs différentes versions produisent des résultats parfois sensiblement éloignés. A priori, le principe de la PPA est plus juste pour les comparaisons internationales qu’une simple conversion des monnaies nationales en dollar car les taux de change varient selon les années et pour des raisons parfois simplement spéculatives. Cependant, il demande un certain numéro d’équilibrisme méthodologique.
Cela nous amène à une autre conséquence, notamment pour les pays où les statistiques sont fragiles : si les taux de croissance des pays du Sud sont sur ou sous-estimés, cela implique des changements majeurs dans la crédibilité des réductions d’émissions qu’on leur demande dans les scénarii de lutte contre le changement climatique. Un PIB surévalué porte un regard très optimiste sur les tendances passées de performance environnementale comparée à la performance économique, et les tendances vont être prolongées dans les modèles de transition, utilisés notamment par le GIEC.
Rappelons, pour finir, que l’étude de Gregor Semieniuk ne regarde qu’un seul des différents aspects de la définition du PIB (celui des prix relatifs). Mettre sur la table la question de la crédibilité du calcul du PIB et, surtout, celle de sa nécessaire et si délaissée interprétation, ouvre la porte à davantage de remises en question de la manière dont on se représente le chemin parcouru par nos économies, et celui qui nous reste à parcourir vers l’atténuation du changement climatique. Sa signification, si souvent présentée comme évidente, est en réalité un délicat problème. Plus généralement encore se pose la question de ce que la croissance du PIB peut réellement dire sur la santé et l’évolution de l’activité économique. Dans quelle mesure nous racontons-nous des histoires ?
La croissance verte : une idée qui suscite de plus en plus de scepticisme auprès des universitaires Shutterstock
Il reste donc beaucoup à faire pour penser la croissance et ses alternatives, mais une chose est certaine : la possibilité d’une croissance verte demeure de plus en plus chimérique pour les universitaires, malgré le consensus autour de cette idée dans les sphères politiques, notent Ivan Savin (ESCP) et Lewis King (Universitat Autonoma de Barcelona).
La croissance verte de moins en moins crédible pour les universitaires
Pour son discours sur l’état de l’Union Européenne la semaine dernière, Ursula von der Leyen, cheffe de la Commission européenne, n’a pas dévié de sa ligne habituelle. Décrivant sa vision d’une Europe économiquement dynamique et durable à l’ère du changement climatique, elle a appelé l’UE à accélérer le développement du secteur des technologies propres, « de l’éolien à l’acier, des batteries aux véhicules électriques ». « En ce qui concerne le Green Deal européen, nous nous en tenons à notre stratégie de croissance », a-t-elle conclu.
Rien de très révolutionnaire, en somme. La notion de croissance verte, c’est-à-dire l’idée que les objectifs environnementaux peuvent être alignés sur une croissance économique continue – reste l’orthodoxie économique commune à de grandes institutions telles que la Banque mondiale et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
L’OCDE a quant à elle promis de « renforcer leurs efforts pour poursuivre des stratégies de croissance verte […], en reconnaissant que la croissance verte et la croissance peuvent aller de pair », tandis que la Banque mondiale a appelé à une « croissance verte inclusive » où « l’écologisation de la croissance est nécessaire, efficace et abordable ».
Dans son Green Deal européen, l’UE a défini la croissance verte comme « une base pour soutenir les niveaux d’emploi et garantir les ressources nécessaires à l’augmentation du bien-être public […] en transformant la production et la consommation de manière à concilier l’augmentation du PIB avec les limites environnementales. »
En dépit de ce consensus au niveau des organisations, notre nouvelle enquête menée auprès de près de 800 chercheurs en politique du Climat du monde entier révèle, elle, un scepticisme généralisé à l’égard de ce concept de croissance verte dans les pays à revenu élevé, avec notamment de plus en plus d’ouvrages affirmant que ce principe n’est ni viable ni souhaitable. Au lieu de cela, d’autres paradigmes post-croissance, dont la « décroissance » et l’« acroissance » ( agrowth en Anglais ) gagnent du terrain.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a fait de nombreuses références implicites à la croissance verte dans son discours annuel devant le Parlement européen le 13 septembre 2023. Frederick Florin/AFP
Différencier la croissance verte de l’acroissance et de la décroissance
Mais que signifient ces termes ?
La « Décroissance » est une école de pensée proposant une réduction planifiée de la consommation matérielle dans les pays riches afin de créer des sociétés plus durables et plus équitables. De leur côté, les partisans de « l’acroissance » choisissent d’adopter une vision neutre de la croissance économique, et de se concentrer sur la réalisation de la durabilité indépendamment des fluctuations du PIB.
Pour résumer, les deux positions se montrent donc sceptiques à l’égard du paradigme prédominant de la « croissance verte », la décroissance représentant cependant une vision plus critique de la croissance économique.
Une grande partie du débat porte sur le concept de « découplage » (decoupling en anglais), c’est-à-dire sur la question de savoir si l’économie peut croître sans que la dégradation de l’environnement ou les émissions de gaz à effet de serre n’augmentent en conséquence. Il s’agit d’une rupture du lien historique entre la croissance du PIB et ses effets néfastes sur l’environnement. Pour que la croissance verte soit réussie, il faut un découplage absolu plutôt relatif. En d’autres termes, les émissions doivent diminuer au cours de la croissance économique, et non simplement croître plus lentement.
Les partisans de la croissance verte affirment que le découplage absolu est réalisable à long terme, bien que les avis soient partagés sur la question de savoir si la croissance économique sera affectée à court terme. Les partisans de la décroissance critiquent le fait que le découplage absolu est réalisable à l’échelle mondiale et peut être atteint au rythme rapide requis pour rester dans les limites des objectifs de l’Accord de Paris. Une étude récente a révélé que les taux actuels de découplage dans les pays à revenu élevé sont loin d’être suffisants pour limiter le réchauffement de la planète à un niveau nettement inférieur à 2 °C, comme le prévoit l’accord de Paris.
La position des partisans de l’accroissance se traduit elle par des points de vue plus mitigés et intermédiaires sur le débat sur le découplage. Certains affirment que le découplage est potentiellement plausible avec les bonnes politiques, mais qu’il faut se concentrer sur les politiques plutôt que sur les objectifs, car cela revient à confondre les moyens et les fins. D’autres soutiennent que le débat est largement hors de propos car le PIB est un mauvais indicateur du progrès sociétal – il existe à cet égard un « paradoxe du PIB » s’étonnant du fait que l’indicateur continue d’être dominant en économie et en politique malgré ses défaillances largement reconnues.
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7 experts climatiques sur 10 sont sceptiques à l’égard de la croissance verte
Parmi les universitaires, quelle école de pensée domine ?
Dans le cadre d’une enquête récente menée auprès de 789 chercheurs internationaux ayant publié sur les politiques d’atténuation du changement climatique, nous avons pu interroger leurs positions vis-à-vis du débat sur la croissance. 73 % de tous les répondants ont exprimé des points de vue alignés sur les positions de « l’acroissance » ou de la « décroissance », la première étant la plus populaire. Nous avons constaté que les opinions variaient en fonction du pays et de la discipline du répondant (voir la figure ci-dessous).
Le graphique montre l’école de pensée adoptée par 789 chercheurs mondiaux, en fonction de l’origine géographique et de la discipline scientifique. Fourni par l’auteur
Alors que l’OCDE elle-même plaide fortement en faveur de la croissance verte, les chercheurs de l’UE et des autres pays de l’OCDE ont fait preuve d’un grand scepticisme. En revanche, plus de la moitié des chercheurs des pays non membres de l’OCDE, en particulier dans les économies émergentes telles que les BRICS, se sont montrés plus favorables à la croissance verte.
Fractures disciplinaires
En plus de ces divergences géographiques, il existe un fossé disciplinaire. Les chercheurs en sciences sociales, à l’exclusion des économistes orthodoxes, étaient les plus sceptiques à l’égard de la croissance verte. En revanche, les économistes et les ingénieurs se sont révélé les plus favorables au concept de croissance verte, possiblement du fait d’une confiance dans le progrès technologique et les modèles économiques conventionnels qui suggèrent que la croissance économique et les objectifs climatiques sont compatibles.
Notre analyse a également tâché d’évaluer les possibles liens entre ces différentes théories à propos de la croissance et le PIB par habitant du pays d’origine des chercheurs. Une tendance se dégage : plus le revenu national augmente, plus le scepticisme à l’égard de la croissance verte s’accroît. À des niveaux de revenus plus élevés, les experts soutiennent de plus en plus l’argument post-croissance selon lequel, au-delà d’un certain point, les coûts socio-environnementaux de la croissance peuvent l’emporter sur les bénéfices.
Les résultats étaient encore plus prononcés lorsque nous tenions compte de l’indice de développement humain ajusté aux inégalités (IDHI), un outil statistique visant à évaluer le niveau de développement des pays en tenant compte des inégalités en matière de santé, d’éducation, de genre, et de revenu. Les résultats montrent alors que d’autres critères que le strict revenu, tels que l’inégalité et le développement global, pourraient influencer ces points de vue.
Dans un monde en proie au dérèglement climatique comme aux disparités socio-économiques, ces résultats ne doivent pas être ignorés. Ils soulignent la nécessité d’un dialogue plus élargi sur le développement durable, allant au-delà du paradigme conventionnel de la croissance verte.
La pensée post-croissance n’est plus une position marginale
Bien qu’Ursula von der Leyen se soit clairement rangée dans le camp de la croissance verte, les positionnements des universitaires de plus en plus critiques de la croissance verte se fraient progressivement un chemin dans le débat politique. En mai 2023, le Parlement européen a accueilli une conférence sur le thème « Au-delà de la croissance » à l’initiative de 20 députés européens issus de cinq groupes politiques différents et soutenus par plus de 50 organisations partenaires. Son principal objectif était de discuter de propositions politiques visant à dépasser l’approche selon laquelle la croissance du PIB national est la principale mesure du succès.
Six gouvernements nationaux et régionaux – l’Écosse, la Nouvelle-Zélande, l’Islande, le Pays de Galles, la Finlande et le Canada – ont rejoint le partenariat Wellbeing Economy Governments (WEGo) dont l’objectif premier est de passer à “une économie conçue pour servir les gens et la planète, et non l’inverse”.
Il est clair que la pensée post-croissance n’est plus une position marginale et radicale au sein de ceux qui travaillent sur les solutions au changement climatique. Il convient dès lors d’accorder une plus grande attention aux raisons pour lesquelles certains experts jugent la croissance verte peu réaliste, ainsi qu’aux alternatives potentielles axées sur des concepts plus larges de bien-être sociétal plutôt que sur une réflexion limitée à la croissance du PIB.
Dans un monde où la technologie évolue à grande vitesse, la durabilité et le recyclage des appareils électroniques est primordial. À l’occasion de la Journée Mondiale du Recyclage, e-Recycle, spécialiste français du reconditionnement de smartphones met en lumière une réalité souvent ignorée à travers une infographie édifiante : la surconsommation des smartphones est un fléau qui ravage la planète.
Fort heureusement, les consciences s’éveillent de plus en plus autour des défis environnementaux et les modes de consommation tendent à devenir plus raisonnés. La bonne nouvelle ? La vente de téléphones neufs a connu une légère baisse au cours de ces dernières années, au profit du marché du téléphone reconditionné qui fait de plus en plus d’adeptes. Cette tendance à la baisse est particulièrement bénéfique pour l’environnement puisque 78 % de l’empreinte carbone du secteur numérique est directement liée à la fabrication des appareils.
La « journée du recyclage » a été instituée en 1994 aux États-Unis et son objectif principal était alors de promouvoir la consommation de produits fabriqués à partir de matériaux recyclés.
Elle est devenue journée « mondiale » en 2018, plus précisément le 18 mars. C’est une initiative du BIR (Bureau of International Recycling) qui a rapidement été relayée dans le monde entier afin de présenter les enjeux liés au recyclage.
En France, on retrouve le FEDEREC (la Fédération Professionnelle des Entreprises du Recyclage) pour piloter une grande campagne d’information et de sensibilisation en vue de cette journée. De nombreuses associations se sont jointes au mouvement et mènent de nombreuses actions à l’échelon local.
75% de nos emballages ménagers sont produits à partir de matériaux recyclés.
Certains pays (Allemagne par exemple) réutilisent leur bouteilles de verre et d’autres pas (France par exemple)…
La réflexion actuelle sur le recyclage porte sur un enjeu écologique majeur car la production de nouveaux matériaux, comparativement à la réutilisation de matériaux existants, constitue une économie essentielle sur le plan énergétique et sur celui des rejets.
Le reconditionnement, une action concrète pour inverser la tendance
En 2021, ce sont 1,2 millions de téléphones qui ont été collectés afin d’être recyclés et reconditionnés par les opérateurs. Bien qu’extrêmement faible au regard des 113 millions de smartphones inutilisés, ce chiffre démontre le réel intérêt des Français pour le reconditionnement, qui tend à croître de plus en plus.
Un intérêt croissant pour les smartphones reconditionnés
Près de 59 % des français se disent prêts à opter pour le reconditionné, et 45 % d’entre eux ont déjà franchi le pas en achetant un téléphone reconditionné ou bien de seconde main.
3 raisons expliquent cet engouement croissant pour le reconditionnement :
Le prix, pour 66 %.
Favoriser le recyclage et l’emploi, pour 43 %.
La garantie, pour 42 %.
À PROPOS D’E-RECYCLE :
Basée à Lyon, e-Recycle a été créée en 2014 par Clément Bongibault et Arnaud Guillaume pour démocratiser l’achat d’occasion en proposant des produits de seconde main de qualité. Un reconditionnement certifié Service France Garanti.
• Les produits sont traçables et proviennent de particuliers et d’entreprises en France ;
• Le reconditionnement est intégralement réalisé dans ses ateliers lyonnais.
Par des pratiques responsables et l’offre de solutions durables, e-Recycle s’engage en faveur d’un futur plus vert.
L’argent sur les comptes en banque ne dort pas, il pollue !Que ce soit dans des comptes courants ou des livrets d’épargne, l’argent circule dans un système qui finance des industries dont nous n’avons pas le contrôle. Les trois principales banques françaises ont injecté près de 350 milliards de dollars dans des projets liés aux énergies fossiles depuis 2015, alimentant ainsi la crise climatique.Des modèles bancaires alternatifs émergent, parmi lesquels se distingue Helios. D’une transparence rare dans le monde bancaire, cette fintech a publié pour la deuxième année consécutive un bilan carbone détaillé de ses investissements, révélant des émissions six fois moins importantes que les plus grandes banques françaises.
Affiche helios à la station de métro Bonne Nouvelle à Paris.
Nous sommes face à un problème global et pressant. Les activités humaines fortement émettrices de CO2 sont directement à l’origine du dérèglement climatique. Pour ne pas rendre notre planète invivable demain, il est encore temps d’agir. L’urgence de la situation nécessite de limiter le développement des industries les plus polluantes : énergies fossiles, agriculture intensive, production de pesticides chimiques, fast-fashion. Mais il est également nécessaire de financer la transition écologique, en soutenant les secteurs essentiels à notre futur désirable : agriculture durable, mobilité douce, énergies renouvelables, traitement des déchets, assainissement de l’eau.
ON A TOUS LE POUVOIR DE CHANGER L’AVENIR. VOTRE ARGENT PEUT FAIRE LA DIFFÉRENCE.
Hélios
« Banques : des engagements climat à prendre au 4ème degré »
L’argent de votre compte courant et de vos livrets d’épargne circule dans la banque et permet de financer des industries que vous n’avez pas choisies.
Les 3 plus grandes banques françaises ont alloué près de 350 milliards de dollars aux énergies fossiles depuis 2015 sans que vous en ayez conscience.
Avec une intensité carbone estimée à 100 tCO2e/M€, les comptes helios ont la plus faible intensité carbone du secteur en 2023.
helios : une alternative bancaire qui finance la transition écologique.
Depuis sa création, helios est intransigeant sur l’impact de son modèle et va beaucoup plus loin que les autres acteurs du secteur bancaire à travers trois piliers :
la traçabilité des dépôts : savoir précisément où va l’argent.
la séparation des dépôts : exclure les secteurs polluants de nos investissements.
la création de financements : utiliser les dépôts pour financer des projets qui accélèrent la transition écologique.
Grâce à ce modèle unique et à une communauté engagée, helios a pu investir 6 millions d’euros dans la transition écologique.
Grâce à ce modèle unique, helios peut flécher les investissements des dépôts de ses clients uniquement vers des projets pour la transition écologique.
Comment sont choisis les projets à financer ?
Non aux énergies fossiles.
Oui aux entreprises françaises implantées en France, et dont le projet n’est pas à un stade avancé pour s’assurer que le financement fait la différence.
100% transparents : nos clients ont un droit de regard sur leur impact au quotidien.
C’est grâce à notre haute exigence en matière d’impact que nous avons été audités compte le plus vert de France en 2023 par Greenly.
Le fléchage des fonds, un enjeu crucial
La maîtrise du fléchage des fonds est bien évidemment la clef. À ce jour, helios est la seule banque en mesure d’affecter ses investissements à la transition écologique. Depuis 2020, plus de 320 millions d’euros ont été déposés chez helios, et donc sortis des grandes banques polluantes, pour être investis dans des projets au service d’un monde plus juste et respectueux de l’environnement.
Parmi les récents projets financés par helios, on peut citer :
• La station d’épuration Maera pour Montpellier Assainissement, dont la rénovation et la modernisation ont permis à ce jour de réutiliser plus de 70 000 m3 d’eau
• Kwita Wijet, une centrale photovoltaïque en Nouvelle-Calédonie, qui alimente aujourd’hui plus de 1 700 foyers
• L’entreprise Carbios, à l’origine d’un procédé de bio recyclage des matières plastiques, grâce à laquelle 50 000 tonnes de PET ont d’ores et déjà été recyclées.
Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, a réuni les acteurs de l’écosystème de la mode, chercheurs, associations, personnalités du monde de l’influence et industriels du textile sur le thème « de l’ultra fast fashion à la mode durable », afin d’échanger sur les enjeux d’une mode française durable et accessible à tous.
Arnaud Bouissou / Terra
Quel est l’impact environnemental de la mode ultra rapide ?
L’industrie textile est devenue l’une des plus impactantes pour notre environnement : elle représente environ 8% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde.
Non à la « fast-fashion » ! La montée en puissance de nombreuses enseignes dites de « fast‑fashion », ou « mode éphémère » (Shein, Temu…), est lourde de conséquences environnementales, sociales et économiques. La proposition de loi n°2129, visant à réduire l’impact environnemental de l’industrie textile, déposée à l’Assemblée nationale le 30 janvier 2024 a été débattue devant la Commission du développement durable et de l’aménagement du territoire de l’Assemblée le 7 mars
L’essor de l’ultra fast-fashion amplifie le coût environnemental de cette activité : la production mondiale de vêtements a doublé en 14 ans tandis que la durée de vie des vêtements a diminué d’un tiers.
Shein, Decathlon, Zara… Pour réguler la fast-fashion, encore faut-il bien la définir
Quelques chiffres clés :
7 500 litres : c’est le volume d’eau nécessaire pour fabriquer un jean, soit l’équivalent de l’eau bue par un être humain pendant sept ans (source : ONU) ;
20% de la pollution des eaux est imputable à la texture / finition et au traitement des textiles d’habillement dans le monde (source : Parlement européen) ;
95% : c’est la part des habits français importés (source : Fédération indépendante du made in France et selon l’UIT).
« Fast fashion » : cinq chiffres fous sur la mode jetable et son empreinte écologique
Ensemble, mettons un stop à la fast-fashion – Les Amis de la Terre
Proposition de loi anti fast-fashion : une opportunité historique pour la coalition Stop Fast-Fashion
Alors qu’une proposition de loi sur la fast-fashion sera débattue jeudi 14 mars à l’Assemblée nationale, les organisations réunies au sein de la coalition Stop Fast-Fashion appellent les députés et le gouvernement à se saisir de cette opportunité historique de mettre fin à ce système de surproduction délétère, et à adopter un texte ambitieux qui cible toutes les enseignes de fast-fashion.
150 milliards de vêtements sont produits chaque année, représentant jusqu’à 10% des émissions de gaz à effet de serre mondiales.
La proposition de loi déposée par Anne-Cécile Violland (Horizons) définit la fast-fashion en fonction des quantités de modèles proposés et des fréquences de renouvellement des collections. Elle prévoit de pénaliser financièrement cette pratique via un malus sur les produits textiles, pouvant aller jusqu’à 10€ par article, ainsi que d’interdire la publicité pour la fast-fashion, y compris au travers d’influenceur·euses.
La coalition Stop Fast-Fashion, qui réunit 8 organisations engagées pour en finir avec les ravages de cette industrie, demande à fixer des critères ambitieux pour freiner le renouvellement permanent des collections. La société civile souhaite en effet que toutes les marques qui proposent plus de 5 000 modèles par an soient considérés comme relevant de la fast-fashion, et que cette loi s’applique notamment à toutes les plateformes de commerce en ligne.
La fast-fashion correspond à une production effrénée de vêtements et à une course vers les coûts de production les plus bas. Elle piétine le droit de l’environnement et perpétue des violations des droits humains des personnes qui fabriquent nos vêtements. Surproduction, exploitation des travailleur·euses, conditions de travail indignes, travail forcé, travail des enfants, violences de genre, pollutions, capitalisme débridé, montagnes de vêtements de mauvaise qualité envoyées à l’autre bout du monde…
Ces mesures permettraient de ne pas pénaliser uniquement Shein ou Temu mais également des marques comme Zara, Primark, H&M ou Action, ainsi que des plateformes comme Amazon, dont les pratiques ont des effets délétères sur l’environnement. Restreindre la portée de la loi à deux marques serait contre-productif et ne permettrait pas de répondre aux problèmes systémiques de l’industrie textile.
Le modèle de la fast-fashion n’est plus soutenable, il faut agir !
La fast-fashion, une catastrophe sociale et écologique
Le ministre a annoncé, pour réduire les impacts environnementaux de ce secteur :
Le soutien à une initiative parlementaire qui interdit la publicité pour les entreprises d’ultra fast-fashion. Cette interdiction concernera aussi les influenceurs : il ne sera plus possible d’encourager à l’achat d’un vêtement d’une marque d’ultra fast-fashion.
La mise en place d’un dispositif de bonus / malus sur les vêtements. L’ultra fast-fashion sera plus chère qu’elle ne l’est aujourd’hui et la mode durable moins chère grâce à un bonus.
Le renforcement de l’information du consommateur :
Les marques d’ultra fast-fashion devront afficher sur leur site internet un double message de sensibilisation à leur impact environnemental et d’encouragement au réemploi de ces produits ;
La concertation sur l’affichage environnemental sur les vêtements doit aboutir avant la fin de l’année. C’est un enjeu de transparence pour le consommateur. Le cycle de vie du produit et son coût pour l’environnement devront être facilement accessibles pour l’acheteur.
Le lancement d’une campagne de communication pour promouvoir le textile français et lutter contre l’ultra fast-fashion. Cette campagne sera préparée en partenariat avec l’ADEME et le MEDEF.
Le portage par le Gouvernement d’une proposition de coalition internationale pour interdire les exportations de déchets textiles vers les pays qui ne sont pas en capacité de les gérer durablement, dans le cadre de la Convention de Bâle.
Vous avez dit mode durable?
« La France engage la lutte contre la mode ultra-rapide »
à lire dans l’édition de La Croix du jeudi 7 mars 2024 et sur la-croix.com
Une proposition de loi visant à encadrer la mode ultra-rapide, débattue ce jeudi 7 mars à l’Assemblée nationale, prévoit notamment de faire passer à 10 € l’écocontribution payée sur chaque vêtement par les enseignes les plus polluantes. Objectif : rétablir une juste concurrence entre cette mode du « tout jetable » et les vêtements produits en France de manière durable.
Quel est le point commun entre le collectif de vigneronnes Gypsy Queen, Flora du Domaine Le Clos de la Soif dans les Pyrénées-Orientales ou encore l’association Chemin Cueillant dans l’Hérault ? Ces porteurs de projet agricole figurent parmi les lauréats « coups de coeur » du concours Paysans de Demain. Organisé par l’association France Active Airdie-Occitanie, la première édition de ce concours témoigne de la vitalité d’une filière alimentaire locale et résiliente.
Un concours pour soutenir la résilience et l’innovation dans l’agriculture locale
Deuxième région agricole de France, l’Occitanie est aussi la première région bio de France : plus de 13 000 producteurs engagés en 2023avec 600 000 hectares bios (soit plus de 20 % des surfaces régionales). Pourtant, le secteur est aujourd’hui fragilisé par l’inflation. France Active Airdie-Occitanie, qui accompagne et finance depuis 30 ans des entreprises engagées, est confrontée aux difficultés de financement de nombreux petits exploitants. Le concours Paysans de Demain vise à soutenir les paysans et paysannes engagé-es dans la transition agroécologique et solidaire. Plus de 70 acteurs de l’agriculture issus des départements de l’Aude, du Gard, de l’Hérault, de la Lozère et des Pyrénées-Orientales ont pu exposer leurs solutions résilientes ou innovantes pour faire face au défi climatique.
« Lors de notre accompagnement des porteurs de projets agricoles, nous avons remarqué un nombre croissant d’installations sur de petites exploitations innovantes à forte valeur ajoutée » explique Marc Nougier, conseiller en Financement Solidaire Agricole à Airdie-Occitanie. Ces projets s’inscrivent dans un contexte où les attentes sociales se font plus pressantes, pour une alimentation locale, protectrice et créative de lien entre les paysan-nes, la société et les écosystèmes. « Nous voulons nous positionner avec l’ensemble de nos partenaires dans le soutien au monde de l’agriculture paysanne afin de faciliter leur accès à la transition agroécologique » poursuit Marc Nougier.
Au total, 60 000 euros de primes ont été attribués par ce fonds d’innovation pour récompenser 18 initiatives parmi les plus prometteuses et inspirantes qui contribuent à la transition agroécologique et solidaire.
Un Girls band dans les vignes catalanes
Le collectif Gypsy Queen réunit Céline, Julie, Alix et Perrine quatre néo vigneronnes dans les Pyrénées-Orientales. Prix coup de coeur de France-Active Airdie-Occitanie dans la catégorie Paysannes de Demain. Crédit Photo : Instagram
Près d’un projet sur deux présenté au concours est porté par des femmes. A l’image du Collectif Gypsy Queen, formé de quatre néo vigneronnes des Pyrénées-Orientales, qui a eu une idée singulière : plutôt que de faire du vin chacune de leur côté, pourquoi ne pas faire un vin en collectif ? Et nature de surcroît ! Rassemblées grâce à l’intuition d’une autre vigneronne, Virginie Maignien du domaine La Spanda, Céline Boudin, Julie Claveau, Perrine Loeuilleux (Domaine L’âme Bleue) et Alix ont produit une cuvée remarquable et remarquée par Libération. « Une claque ! » résumait alors la journaliste Marie-Ève Lacasse, saluant aussi l’esprit qui anime Gypsy Queen : « une bande de copines qui s’entraident, qui s’apprécient et qui rigolent beaucoup ensemble. Un univers féminin rarissime dans le «Mondovino». » L’obtention du prix va permettre au collectif de financer la création d’un salon dédié au vin nature.
Le cheval vigneron de retour dans la vallée de l’Agly
Flora Fores est aussi vigneronne et produit du vin naturel. Son domaine, Le Clos de la Soif, est également situé dans les Pyrénées-Orientales à Latour de France. Attachée aux techniques ancestrales et à la nature, elle travaille uniquement en traction animale une parcelle de carignan, mourvèdre et grenache, sans aucun produit chimique. À la force de ses bras, Flora est aidée par son cheval Tormac. « Mon seul associé ! » aime dire la vigneronne. « Pour moi, il est primordial de réconcilier l’humain, l’animal et le végétal ».
Le terroir que travaille Flora est particulier : les terres de la vallée de l’Agly sont arides. Le climat de la région est méditerranéen, avec peu de précipitations et beaucoup de soleil (300 jours par an). La mer est assez loin, il y a peu de résurgences sur les collines où se développent les vignes et l’environnement est minéral (Gneiss), ce qui renforce la chaleur en été. « Malgré ces contraintes, j’utilise des techniques ancestrales qui m’ont permis de cultiver ces terres spécifiques » témoigne Flora. « Il est indispensable pour moi de planter des arbres et diverses plantes qui font la biodiversité, d’être en contact quotidien avec la terre et le végétal. Et c’est pareil pour le travail avec les animaux, qui sont d’ailleurs essentiels pour le sol, grâce à la matière organique qu’ils produisent. Tous ces éléments fonctionnent en harmonie et participent à l’enrichissement de la biodiversité et au bon fonctionnement de l’écosystème dont la vigne a tant besoin pour fructifier. »
Également projet coup de cœur pour les équipes de France Active Airdie-Occitanie, Flora va pouvoir investir dans une climatisation à la cave pour mieux conserver ses vins lors des grandes chaleurs.
Citons parmi les autres lauréats, le projet présenté par Agnès Zuccali à Sorbs dans l’Hérault (en couverture de notre article). Dans ses jardins d’Altou, Agnès associe culture de petits fruits, verger et plantes aromatiques pour produire tisanes et confitures. Exposée à la sécheresse, elle va pouvoir grâce au concours Paysans de Demain récupérer et stocker les eaux de toiture pour ne plus dépendre de l’eau de ville. Dans Le Midi Libre, Agnès précise que la réalisation de ce projet lui permettra de créer une zone de test pour des cultures plus fragiles.
Un laboratoire paysan mobile pour mesurer la fertilité des sols
Chemin Cueillant est un collectif qui rassemble une trentaine de paysan-nes (vigneronnes, maraîchers, transformatrices, arboriculteurs, éleveuses, apiculteurs et jardinières) dans le Minervois (Hérault). L’agroécologie paysanne est au cœur du projet associatif. Les membres de Chemin Cueillant défendent une culture paysanne basée sur la solidarité et l’organisation collective. « Face à un contexte agricole qui nous isole et menace le maintien de notre activité, nous encourageons la complémentarité et la solidarité plutôt que la concurrence » expliquent les porteurs de projet. Le jury du Concours Paysans de Demain a particulièrement apprécié la mise en œuvre d’un laboratoire mobile paysan. Le laboratoire permet d’explorer les pratiques agricoles qui favorisent durablement la fertilité des sols cultivés en Méditerranée. Des sols souvent appauvris en matière organique et qui retiennent peu l’eau. Chaque année, un prélèvement du sol est effectué chez tous les membres du groupe et analysé. « Cela nous permet d’explorer une grande diversité de pratiques : travail du sol, non-labour, enherbement, couvert semé, fertilisation organique, amendements… » précisent les membres de l’association Chemin Cueillant. « Nous nous retrouvons ensuite pour comprendre les résultats obtenus et les mettre en lien avec les pratiques agricoles mobilisées ».
L’association Chemin Cueillant a obtenu le coup de coeur dans la catégorie Territoires du Concours Paysans de Demain. Crédit photo : Chemin Cueillant.
Le laboratoire paysan est ainsi un moyen de favoriser une montée en compétence collective sur la fertilité des sols par l’échange, la mise en commun, la formation et l’expérimentation. Cette mise en commun est une des solutions encouragées par France Active Airdie-Occitanie. « Nous mettons notre métier de financeur solidaire au service d’une agriculture qui crée du lien » résume son Président, Patrick Jacquot. Avec le succès de cette première édition du Concours Paysans de Demain, une seconde édition est en préparation avec le concours de partenaires techniques (Inrae, Terres Vivantes, les chambres d’agriculture de l’Hérault et du Gard), financiers (Banque des Territoires, la MSA, le Département de l’Hérault) et bancaires (Crédit Agricole, Crédit Mutuel et la Banque Populaire du Sud). Pour en savoir plus, contacter Marc Nougier.
La région Occitanie soutient la filière bio en difficulté
Le concours Paysans de Demain s’inscrit dans une dynamique territoriale avec le Pacte Vert régional. La Région a lancé un nouveau Plan Bi’O ambitieux pour aider les producteurs régionaux. L’objectif est double : à l’horizon 2027, l’Occitanie souhaite atteindre 25% de surfaces agricoles en bio (contre 20% aujourd’hui) et doubler la part du bio dans l’alimentation des ménages (soit 12%).
Adopter des pratiques plus durables n’est pas simple pour nos agricultrices et agriculteurs. Cela nécessite de repenser les systèmes de production, d’investir dans du matériel… Pour les soutenir dans cette démarche, la Région propose le « Contrat agriculture durable ». Un accompagnement individuel pour définir et sécuriser leur projet de transition agroécologique sur cinq ans. Pour les guider, 59 structures ont été sélectionnées et plus de 230 conseillers formés sur toute l’Occitanie. Depuis le lancement en juin 2023, près de 200 demandes de contrat ont déjà été formulées. L’ambition de la Région est d’atteindre le cap des 10 000 contrats réalisés d’ici 2027.
Lancée il y a 3 ans, GreenGo est une plateforme française de réservations d’hébergements éco-responsables qui veut être l’alternative française et équitable aux sites de réservations en ligne de logements. Partant du constat que le tourisme représente aujourd’hui plus de 10% des émissions mondiales de CO2, l’entreprise à mission souhaite apporter une solution de tourisme durable, plus local et plus responsable, pour le « moins loin et mieux ».
GreenGo : une sélection de pépites aux petits oignons !
Avec une sélection de plus de 10 000 logements écologiques et durables situés partout en France, 100 000 nuitées réservées sur le site et une communauté de plus de 200 000 personnes, GreenGo permet aux voyageurs soucieux de leur impact environnemental de trouver des idées de séjours authentiques, parfois insolites, en accord avec leurs valeurs.
GreenGo s’appuie sur une plateforme technologique de 1er rang
Le voyage moins (loin), mieux.
Avant, on voyageait souvent au bout du monde. Mais ça c’était avant. Avant de comprendre l’impact et l’enjeu climatique. Avant de découvrir les innombrables trésors à 2 pas de chez nous, accessibles avec une si faible empreinte écologique.
Un enjeu majeur face à une pénurie de solutions
Le déclic
2 amoureux au bout du monde réalisent à quel point la France est belle. Deux jeunes mariés en voyage de noces : 1 semaine en Occitanie, 3 mois en Patagonie… Le rêve de leur vie. Soudain, la prise de conscience. Au bout du monde, ils constatent les effets concrets du réchauffement et en se renseignant, ils découvrent l’impact de leur voyage. Stupéfiant. Et puis, le déclic. Ils repensent à cette semaine en Occitanie, à l’Aveyron, au cassoulet de Castelnaudary, aux cèpes cueillis dans les Pyrénées… Mais pourquoi aller si loin si souvent, alors qu’on a tant de trésors si proches ? Marqué, Guillaume lâche tout et appelle des copains. Les prises de conscience sont alignées, les volontés d’agir aussi. C’était le début de l’aventure.
Alors on s’est demandé : que pouvons nous faire pour inciter à mieux voyager ?
Guillaume Jouffre – co-fondateur de GreenGo
GreenGo revendique la 1ère offre d’hébergements durables en France
Au-delà de l’environnement, de créer une start-up en associant quatre profils d’ingénieurs dont 3 jeunes polytechniciens, il y avait une mission plus large à accomplir : construire un modèle différent. Un modèle qui privilégie la qualité à la quantité, le local au lointain, le responsable au polluant, l’éthique au profit. Pour de vrai.
Une conférence de Jean-Marc Jancovici marque le début de l’aventure pour Guillaume et ses associésGreenGo veutrendre plus simple le tourisme durable
Aujourd’hui, pour réaliser cette mission, l’entreprise construit la première plateforme qui facilite les voyages bas carbone. Une alternative de voyage durable aux grandes plateformes internationales.
Une alternative authentique, française, équitable et responsable. Pour mettre en avant certaines valeurs et développer un projet de transition, tous ensemble.
100 critères durables dont 10 critères fondamentaux pour un résumé de l’essentiel. Une évaluation CO₂ par nuit, afin que les hébergeurs puissent mesure leur empreinte carbone.
10 critères fondamentaux : les plus importants pour catégoriser la durabilité d’un hébergeur selon nous. Et pour vous donner un résumé clair, précis, concis.
Le Rapport sur l’état mondial des bâtiments et de la construction, publié par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et l’Alliance mondiale pour les bâtiments et la construction (GlobalABC), fournit un aperçu annuel des progrès du secteur des bâtiments et de la construction à l’échelle mondiale. Le rapport examine l’état des politiques, financements, technologies et solutions pour vérifier si le secteur est aligné sur les objectifs de l’Accord de Paris. Il fournit aux parties prenantes des preuves pour persuader les décideurs politiques et l’ensemble de la communauté du bâtiment et de la construction de prendre des mesures.
Le Rapport sur l’état mondial des bâtiments et de la construction qui vient d'être publié par le PNUE et @Join_GlobalABC donne un aperçu annuel des progrès réalisés par le secteur en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre : https://t.co/ccq0MP0vLp
— Programme des Nations Unies pour l’environnement (@UNEP_Francais) March 7, 2024
Comme le rappelle cette édition, le secteur du bâtiment et de la construction contribue de manière significative au changement climatique mondial, représentant environ 21 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. En 2022, les bâtiments étaient responsables de 34 % de la demande mondiale d’énergie et de 37 % des émissions de dioxyde de carbone (CO2) liées à l’énergie et aux processus.
Part des bâtiments dans la consommation énergétique finale totale en 2022 (à gauche) et part des bâtiments dans l’énergie mondiale et émissions de procédés en 2022 (à droite)
La mise à jour 2022 du Global Buildings Climate Tracker (GBCT) dresse un tableau inquiétant : l’écart entre l’état actuel et la trajectoire de décarbonisation souhaitée est important.
Pour s’aligner sur l’échéance de 2030, une augmentation annuelle de dix points de décarbonisation est désormais nécessaire, ce qui représente un bond considérable par rapport aux six points prévus par an à partir de 2015.
Photo de Matteo Flaminio – Unsplash
Cette année, les chapitres approfondis sont les suivants : Adaptation et méthodes de construction résilientes ; Innovations dans les cas d’affaires ainsi que Solutions basées sur la nature et conception biophilique.
Reposant sur les travaux d’un groupe d’experts – chercheur·ses, praticiens de la justice et représentants de la société civile – l’étude proposée par l’IERDJ rappelle les origines de cette notion de « Droits des générations futures » et se concentre sur son application à la matière environnementale. Elle évoque les questions soulevées par leur prise en compte dans le processus démocratique avant d’aborder son appropriation par les juridictions à travers le monde.
Conçue comme un levier d’action par la société civile face à l’inertie des gouvernements, la saisine du juge a produit des décisions retentissantes, reconnaissant aux États comme aux acteurs privés une responsabilité environnementale au nom des générations futures.
De l’intérêt à agir à la réparation du préjudice causé, l’étude révèle un droit des générations futures produit d’un droit de l’humanité présente et future ancrée dans un vivant qui possède sa propre valeur.
La notion de générations futures est ancienne mais sa consécration dans des textes juridiques est tardive. Sans jamais vraiment la définir, penseurs et juristes du XVIIIe siècle s’emparent de la notion pour former leur argumentation autour de la liberté des générations à venir de pouvoir réviser les lois faites par les générations présentes. Au XIXe siècle, la notion est cette fois mobilisée pour dénoncer les inégalités entre les générations. Ainsi, en 1832, l’économiste Jean Baptiste Say condamne t’il la dette publique qui grève les revenus des générations futures.
Le développement au cours des XIXe et XXe siècles des parcs nationaux et autres réserves naturelles inscrit la notion dans une dimension environnementale voire écologique qui ne la quittera plus : c’est au nom des générations futures que la Nature est et doit être protégée.
À mesure que le monde prend conscience de la vulnérabilité du genre humain et de son environnement, la notion de générations futures glisse lentement vers celle de droit des générations futures. Au souci de la communauté internationale de préserver le devenir de l’humanité, inscrit dans le préambule de la Charte des Nations unies en 1945, succède vingt ans plus tard le souci de cette même communauté de préserver l’environnement de l’Homme au nom des générations futures.
« Nous, Peuples des Nations unies, [sommes] résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre »
Préambule de la Charte des Nations unies
Cette préoccupation s’exprime en 1972 avec la Conférence internationale de Stockholm qui assigne aux gouvernements « le devoir solennel de protéger et d’améliorer l’environnement pour les générations présentes et futures ». Dans les années 1980, le rapport Brundtland, Notre avenir à tous (1987), consacre la notion de « développement durable », défini comme « un développement qui répond aux besoins du présent, sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs1 ». La déclaration issue de la Conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement réunie à Rio de Janeiro en juin 1992 proclame que « Le droit au développement doit être réalisé de façon à satisfaire équitablement les besoins relatifs au développement et à l’environnement des générations présentes et futures. »
Au XXIe siècle naissant, les générations futures deviennent une réalité incontournable. Les États commencent à les intégrer dans leurs constitutions. En 2015, l’Accord de Paris engage les parties signataires à « respecter, promouvoir et prendre en considération leurs obligations respectives concernant […] l’équité entre les générations ». La notion de générations futures est plastique et son champ d’application évolutif. Il ne peut se limiter à l’environnement. Trois types de patrimoines seraient à explorer en plus du patrimoine écologique : la dette publique ; le patrimoine culturel ; le patrimoine génétique.
Néanmoins, on ne peut qu’être frappés par le fait qu’en ce début de XXIe siècle, la notion de générations futures nouvellement entendue comme ouvrant des obligations à l’égard de l’humanité à venir, exprime la préoccupation ressentie depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale face aux effets inédits de la puissance technologique développée par l’espèce humaine. Le contexte de la responsabilité a radicalement changé. Les questions juridiques soulevées par la prise en considération des générations futures reposent sur une éthique théorisée dans l’ouvrage fondateur de Hans Jonas, publié en 1979 – Le Principe responsabilité – qui peut ainsi être résumée : « Agis de telle sorte que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre2 ». Cette responsabilité à l’égard de générations qui n’existent pas encore et avec lesquelles aucune réciprocité n’est possible, soulève des défis éthiques et politiques majeurs. Pour Jonas, « La question est : comment construire ce “nous” de sorte qu’il puisse prendre ses distances par rapport aux intérêts du présent et qu’il accepte des obligations envers le futur ? ».
Il faut prendre garde à ce que la notion de droit(s) des générations futures ne soit contreproductive en donnant le sentiment que les risques concernent un avenir lointain. Selon Dominique Bourg, les générations présentes vont déjà commencer à vivre le cauchemar d’Hans Jonas. Ce qui est en jeu dès aujourd’hui est la réduction de l’habitabilité de la planète. Ce qu’on pensait être lointain est en cours. Des événements extrêmes et l’augmentation de leur fréquence, contribuent à fragiliser nos capacités de production alimentaire. « Nous sommes déjà les générations futures ! Et plus encore nos enfants qui vivront encore dans la seconde moitié du siècle3 ». Il est donc nécessaire de contextualiser la notion, probablement en l’arrimant à d’autres comme celle de « biens communs » ou de « patrimoine commun de l’humanité ». La notion d’irréversibilité est aussi centrale. Il y aurait en quelque sorte trois intérêts à imbriquer : ceux des humains actuels ; ceux des humains à venir ; ceux des entités naturelles, en premier lieu le climat.
Mais comment prendre en considération ces générations, qui n’existent pas encore, dans le processus de décision démocratique ?
Penser le droit des générations futures en démocratie n’a rien d’évident tant la préférence pour le présent de ce type de régime est patente. S’ajoute à cette myopie démocratique, le fait que les droits humains issus de la Révolution française ont été largement organisés autour de libertés, qui procèdent de l’article 4 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ». Comme le souligne Dominique Bourg, il manque toutefois à cet article un adverbe : « qui ne nuit pas immédiatement à autrui4 ».
Le constat, devenu de plus en plus difficile à nier, d’une humanité installée dans une maison en feu et de la finitude possible du vivant sur Terre du fait de l’action humaine est une expérience que les Modernes n’avaient pas. C’est par ce biais, celui de la préoccupation écologique, qu’à partir de la fin du siècle dernier et du début du XXIe siècle, la préoccupation du long terme et les générations futures sont entrées dans l’ordre constitutionnel. La nécessaire préservation de la nature et les notions de générations futures et de long terme sont répandues dans un grand nombre de constitutions de toutes les régions du monde. En France, la Charte de l’environnement a intégré le bloc constitutionnel en 2005.
Souhaitant aller plus loin et introduire dans les institutions elles mêmes la préoccupation pour le temps long, des projets, inaboutis en France, ont tenté de créer des pouvoirs nouveaux ou de réformer les pouvoirs existants afin de représenter et de défendre les générations futures. Le Conseil pour le droit des générations futures créé en 1993 par le président de la République, auprès duquel il était placé, sous la houlette du commandant Jacques Yves Cousteau, a fait long feu. Se faisant l’écho des débats sur l’instauration d’une assemblée citoyenne du futur, le président de la République a annoncé devant le parlement réuni en Congrès à Versailles, le 3 juillet 2017, la transformation du Conseil économique, social et environnemental en chambre du futur, sans que ce projet n’aboutisse. Plus récemment, l’institution possible d’une sorte de « représentant du peuple » est apparue dans les débats, proposée par la Convention citoyenne pour le climat puis dans un rapport parlementaire, commandé par le Premier ministre en 20215.
Qu’il s’agisse de la dette ou de l’écologie, des voix critiques se sont élevées pour souligner que la préservation des générations futures se fait au détriment des classes les plus défavorisées et que l’effort à accomplir n’est pas équitable. La critique se fait plus acerbe encore du côté de certains penseurs de pays en voie de développement contestant que des règles restrictives doivent s’appliquer à des pays qui consomment et polluent peu à l’échelle de la planète.
Si les générations futures se fraient difficilement un chemin au sein des institutions démocratiques, elles semblent progresser plus sûrement dans la jurisprudence, au premier chef la jurisprudence constitutionnelle. Cela a d’abord été le cas en Amérique latine, qui fait figure de pionnière, notamment avec la jurisprudence Dejusticia, par laquelle la Cour suprême colombienne, le 5 avril 2018, a décidé à la fois que les générations futures et l’Amazonie colombienne sont sujets de droit. Il est intéressant de pointer l’existence d’autres systèmes que le nôtre et de présenter des modèles « écocentristes6 » 7 qui permettent notamment de reconnaître des droits aux entités naturelles.
La récente décision de la Cour constitutionnelle fédérale allemande, du 24 mars 2011, a retenu l’attention en Europe, par le recours à la notion de générations futures et l’émergence d’une analyse intertemporelle des droits fondamentaux. Plus récemment, le Conseil constitutionnel français a lui aussi pris appui sur la notion de générations futures dans sa décision n° 2022843 DC du 12 août 2022.
Les droits des générations futures sont portés en justice, dans de nombreux endroits du monde, en particulier dans le contexte des contentieux climatiques. Loin de se concentrer dans les pays anglosaxons, notamment les États-Unis, volontiers perçus comme des territoires favorables aux procès en tous genre, ils concernent toutes les zones géographiques. La France ne fait pas exception. Après avoir suscité l’étonnement et le scepticisme, ils attirent l’attention d’autant plus que les juges accueillent les demandes des plaideurs et y répondent parfois de façon favorable, dans de retentissantes décisions. Les procès sont utilisés comme une arme par une partie de la société civile, pour pallier l’inaction des États et les activités néfastes d’un point de vue écologique de certaines entreprises. Le tribunal est conçu comme une tribune. Aux procès se superpose la menace du recours au procès. Par ailleurs, et c’est un paradoxe, même perdus, ces procès peuvent être des victoires dans le chemin vers la conscientisation des juges et de la société.
D’un point de vue juridique, on relève que ces contentieux s’appuient sur les accords internationaux conclus par les États, auxquels sont conférés une force contraignante qui n’allait pas de soi, au premier chef l’Accord de Paris. Ces actions sont l’expression d’une crise de légitimité des décideurs publics, qu’ils appartiennent au pouvoir législatif ou exécutif et d’un espoir placé dans les décisions de justice. La jeunesse semble la mieux à même de porter ces actions, au sein d’une société civile qui interpelle le juge, lui demandant de trancher des débats à la fois juridiques et hautement politiques. Incarnant l’avenir, elle opère le lien entre générations présentes et futures. Ce faisant, elle soulève la question de la légitimité du juge à trancher en cette matière, voire à enjoindre à l’État à trancher ce type de contentieux, qui mériterait d’être davantage exploré tout particulièrement en France où tradition jacobine et culture politique française (où la notion d’impartialité est absente) maintiennent le juge et l’évolution de son positionnement dans un angle mort. Ces forces rassemblées contribuent à un usage innovant du droit, les plaideurs mêlant des notions, des principes, des normes issues de leur droit national – en droit constitutionnel, droit administratif, civil et pénal – mais aussi du droit européen et du droit international.
C’est en s’appuyant sur cette combinaison d’influences que les juges se prononcent, parfois en faisant une interprétation extensive des notions qui existent dans leur droit. Les actions en justice sont le plus souvent menées en relation avec les droits humains : on semble assister à une « fondamentalisation » du droit des générations futures. Pour l’essentiel, le juge se voit poser trois questions que le groupe de réflexion a exploré : – Les générations futures ont-elles un intérêt à agir ? – Comment appréhender le dommage aux générations futures à l’aune des conditions du préjudice réparable ? – Comment mettre en œuvre la réparation du préjudice aux générations futures ?
Il a également souligné certains fondements juridiques sur lesquels se sont appuyées les cours pour rendre des décisions relatives au droit des générations futures. Ils présentent la particularité d’être étroitement reliés les uns aux autres. Ils peuvent être source d’une réflexion pour les juridictions et les professionnels concernés.
Droit des générations futures : « 3 questions » à Sonya Djemni-Wagner, magistrate
La notion d’irréversibilité tient une place majeure dans les jurisprudences de plusieurs juridictions. La notion de budget carbone, introduite par le GIEC au début des années 2010 et renforcée par l’Accord de Paris, sert de fondement à la notion d’irréversibilité dans les procès climatiques. Évoquer un stock limité d’émissions plutôt qu’une hausse des moyennes mondiales de température permet d’analyser les émissions présentes comme une spoliation des générations futures, et ainsi d’adopter une perspective d’équité.
Dans plusieurs décisions figure une référence au principe de solidarité intergénérationnelle, qui permet de répondre à la question de l’intérêt à agir puisqu’il existe dans cette logique un lien entre générations futures et présentes, sans exclure ces dernières. La théorie de l’équité intergénérationnelle, développée par Edith Brown Weiss7, se fonde sur l’idée que toutes les générations ont une place égale par rapport au système naturel et qu’il n’y a aucune raison de préférer les générations passées, présentes ou futures à cet égard.
La question du droit des générations futures est étroitement liée à celle des droits de l’humanité. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, de tels droits ont été proclamés, comme dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme. La notion de crime contre l’humanité, formulée par les procès de Nuremberg et de Tokyo puis consacrée par la Convention sur la prévention et la répression du crime de génocide de 1948, va également dans le sens d’une humanité disposant de droits. À cet égard, le contexte hors du commun de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah, alimente la réflexion juridique relative au droit des générations futures, en opérant un parallèle entre ceux qui n’existent plus et ceux qui n’existent pas encore, parallèle qui peut fonder un intérêt à agir.
La notion de fiction juridique, familière au droit français, est ici une alternative à la construction d’une protection fondée sur la qualification préalable de sujet de droit. Il est également possible de combiner fiction juridique et principe de fraternité, ici transgénérationnel, reconnu récemment par le Conseil constitutionnel comme un principe à valeur constitutionnelle8. Michel Borgetto, évoquant une « grande décision », inédite, estime que le principe « matriciel » de fraternité se déploie dans deux grandes directions : celle du social et de la solidarité, d’une part, et celle du « vivre ensemble », d’autre part. On peut imaginer qu’il se déploie dans une troisième direction : celle de la protection de l’environnement et des générations futures.
Parmi les fondements juridiques les plus fructueux figure celui du devoir de vigilance (duty of care), utilisé à la fois contre les États et contre les entreprises. De ce point de vue, l’affaire Urgenda est exemplaire. Les juges néerlandais utilisent une notion classique du droit international – elle désigne alors l’obligation d’un État de ne pas porter préjudice à un autre État – pour fonder une obligation d’agir d’un État envers ses citoyens face à un risque majeur. C’est en recourant à cette notion qu’ils combinent à celle d’équité, étudiée plus haut, et à celle de « communs » (ainsi est qualifiée l’atmosphère), que les juges néerlandais ont pu établir le lien de causalité leur permettant de reconnaître l’existence d’un dommage futur9.
Il semble que ce soit à l’émergence d’une exigence d’anticipation des entreprises qu’on assiste, fondée sur la nécessité de prévenir les violations des droits de l’Hommenées du non-respect des trajectoires identifiées dans les rapports du GIEC et entérinées par les Accords de Paris.
Dans la grande conversation mondiale, que provoquent le(s) droit(s) des générations futures, la justice peut penser de nouveaux outils et les articuler. Ainsi, récemment, Guy Canivet estimait il cette réflexion importante pour la Cour de cassation, qui pourrait mettre en place une politique de juridiction ou politique jurisprudentielle, dresser un inventaire des grandes décisions de droit civil, identifier les contentieux potentiels qui pourraient être concernés, définir une méthode en collaboration avec les juridictions du fond pour l’application des nouveaux principes par les juges du fond. Si elle n’est pas aisée à manier et comporte des ambigüités, la notion de droit(s) des générations futures garde une force évocatrice intacte, comme en témoigne le discours sur l’état de l’Union prononcé par la présidente Ursula Von der Leyen le 14 septembre 2022 :
« Toute action de notre Union devrait être inspirée par un principe simple. Le principe selon lequel nous ne devrions pas mettre en péril l’avenir de nos enfants. Le principe selon lequel nous devrions léguer un monde meilleur à la génération suivante. Et c’est pourquoi, Mesdames et Messieurs les députés, je crois qu’il est temps de consacrer la solidarité entre les générations dans nos traités. Il est temps de renouveler la promesse européenne ».
Extrait du discours sur l’état de l’Union prononcé par la présidente Ursula Von der Leyen le 14 septembre 2022
La notion est suffisamment forte pour inspirer des projets à l’échelle européenne et mondiale. Elle mobilise une partie de la société civile qui saisit les juges, là aussi à l’échelle planétaire, sur ce fondement. Elle conduit à faire évoluer le droit en dépassant la question de la personnalité juridique. Elle permet à la fois d’arrimer le futur au présent et le sort des entités naturelles à celui des humains. La notion n’a pas qu’une valeur philosophique ou politique, elle vaut en droit. Comme le soulignait Laurent Fonbaustier, « être juriste, c’est s’interroger sur la façon de faire muter le droit de façon systémique ».
Dans cette perspective, le droit des générations futures est donc le droit de l’humanité présente et future ancrée dans un vivant qui possède sa propre valeur.
Notre avenir à tous, Rapport Brundtland, Commission des Nations unies sur l’Environnement et le Développement, 1987. ↩︎
Hans Jonas, Le Principe responsabilité. Une éthique pour la civilisation technologique, Paris, Flammarion, Champs essais, 2013 [1979]. ↩︎
Dominique Bourg, « Les générations futures… c’est vous », Revue Projet, 2015/4 (N° 347), p. 6-14. ↩︎
Dominique Bourg, « À quoi sert le droit de l’environnement ? Plaidoyer pour les droits de la nature », Les Cahiers de la Justice, 2019/3 (N° 3), p. 407-415. ↩︎
Cécile Muschotti, députée de la 2e circonscription du Var, parlementaire en mission auprès de la ministre chargée de la Transition écologique, Création d’un défenseur de l’environnement et des générations futures, 2021. ↩︎
Edith Brown Weiss, « In Fairness To Future Generations and Sustainable Development », American university International Law Review, Volume 8, 1992, p. 19-26 ↩︎
Décision n° 2018-717/718 QPC du 6 juillet 2018, M. Cédric H. et autre [Délit d’aide à l’entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d’un étranger]. ↩︎
Cf. Marta Torre-Schaub, « La justice climatique. À propos du jugement de la Cour de district de La Haye du 24 juin. 2015 », Revue internationale du droit comparé, n° 3, 2016, p. 699-722. ↩︎
Quand les amoureux de la nature ferment les yeux pour quelques instants, ils imaginent les sites, les odeurs et les sons de la jungle, d’un hôtel isolé dans la forêt où il n’y a pas de touristes, où la très envoûtante odeur des fleurs sauvages dans un voyage d’ascension exaltante vers des sites inoubliables. Nous vous invitons à découvrir sur le site Best Western France nombreux de ces sites incontournables. Vous ne serez pas déçus.
Il y a beaucoup d’activités dans lesquelles les touristes peuvent passer leur temps, mais un amoureux de la nature qui aime observer les animaux sauvages et les plantes apprend de la nature à s’adapter à de nouvelles circonstances. Ces circonstances lui rappellent que la terre change constamment pour nous montrer sa beauté sous la forme la plus simple, ce qui nous aide à nous débarrasser de la fatigue de la vie quotidienne et à nous concentrer sur nos objectifs dans un monde chaotique.
Explorer à pied est une merveilleuse manière de s’immerger dans la nature et d’apprécier les paysages. Des promenades de joie dans les prairies et les forêts jusqu’à l’ascension difficile des collines, n’oubliez pas de prendre des chaussures confortables, de l’eau, une carte ou un GPS pour vous offrir une expérience sûre et divertissante.
De nombreuses institutions proposent des services de location de vélo ou des partenariats avec des boutiques de location locales. Que vous choisissiez de conduire le long de routes calmes, ou sur des voies montagneuses difficiles, ou de parcourir de magnifiques vignobles, le vélo est un moyen unique de découvrir la beauté d’une région. Rappelez-vous de porter un casque, d’apporter un kit de réparation et de suivre les règles de la circulation locale lors du parcours.
Les activités aquatiques sont indispensables pour les aventuriers. Du kayak et de la pêche et à la navigation, il y a une multitude de possibilités d’accès à l’eau. De nombreux établissements proposent des petits-déjeuners comprenant l’accès à des équipements comme des kayaks.
Les campagnes offrent souvent un accès facile aux zones sauvages riches, telles que les parcs nationaux ou les réserves naturelles. Que ce soit pour voir des oiseaux, identifier des plantes et des animaux locaux, ou capturer des paysages magnifiques avec votre appareil photo, ces zones offrent un refuge aux amateurs de la nature. Pensez à vous joindre aux visites guidées ou à faire appel à des experts locaux qui peuvent vous aider à améliorer votre expérience en partageant leurs connaissances.
Les aventures sont pleines d’excitation
L’escalade de roche, ou même le parachutisme ne sont que quelques exemples des aventures les plus spectaculaires qui peuvent être faites dès le matin. Bien qu’elles puissent exiger un certain niveau d’expérience ou de formation, elles offrent une occasion unique de dépasser vos limites et de créer des souvenirs mémorables. Assurez-vous de sélectionner des opérateurs reconnus et que vous suivez des conseils d’experts pour garantir une expérience sûre et agréable.
Que vous préfériez marcher, faire du vélo, faire du sport aquatique, ou regarder la faune sauvage, la beauté de la région environnante fournit un cadre idéal pour des expériences mémorables. Donc, faites vos valises, et préparez-vous à explorer des sites incroyables
Le monde est confronté à une triple crise planétaire : le changement climatique, la perte de biodiversité, la pollution et les déchets. L’économie mondiale consomme de plus en plus de ressources naturelles, alors que le monde n’est pas sur la bonne voie pour atteindre les objectifs de développement durable.
La communauté scientifique n’a jamais été aussi alignée et résolue sur la nécessité d’une transformation mondiale urgente vers l’utilisation durable des ressources. Cette édition 2024 du Perspectives des ressources mondiales (Global Resources Outlook) met en lumière la manière dont les ressources sont essentielles à la mise en œuvre efficace du Programme pour le développement durable à l’horizon 2030 et des accords multilatéraux sur l’environnement pour lutter contre la triple crise planétaire. Le rapport rassemble les meilleures données, modélisations et évaluations disponibles pour analyser les tendances, les impacts et les effets distributifs de l’utilisation des ressources. Il s’appuie sur plus de 15 ans de travail du Panel international sur les ressources, y compris des évaluations scientifiques et des contributions des pays, d’un vaste réseau de parties prenantes sur le terrain et d’experts régionaux.
L'extraction des ressources a triplé en 50 ans et devrait augmenter de 60 % d'ici 2060.
Toutefois, ce destin n'est pas scellé. Le rapport @UNEPIRP décrit comment inverser la tendance & mettre l'humanité sur la voie de la durabilité.
Le rapport illustre comment, depuis l’édition 2019 de ce rapport, les tendances à la hausse de l’utilisation des ressources mondiales se sont poursuivies ou accélérées. Il montre également que la demande de ressources devrait continuer à augmenter au cours des prochaines décennies. Cela signifie que, sans une action urgente et concertée, l’extraction des ressources pourrait augmenter de 60 % d’ici 2060 par rapport aux niveaux de 2020, ce qui entraînerait des dommages et des risques croissants.
Toutefois, ce destin n’est pas scellé. Le rapport décrit également les possibilités d’inverser les tendances négatives et de mettre l’humanité sur la voie de la durabilité.
Pour ce faire, il est essentiel de prendre des mesures politiques audacieuses afin d’abandonner progressivement les activités non durables, d’accélérer la mise en place de moyens responsables et innovants pour répondre aux besoins humains et de créer des conditions propices à l’acceptation sociale et à l’équité dans le cadre des transitions nécessaires. Il s’agit notamment d’agir d’urgence pour intégrer les ressources dans la mise en œuvre des accords multilatéraux sur l’environnement, définir des modes d’utilisation durable des ressources et mettre en place des incitations financières, commerciales et économiques appropriées.
Le chemin vers la durabilité est de plus en plus escarpé et étroit, et la fenêtre d’opportunité se referme. La science est claire : la question clé n’est plus de savoir si une transformation vers une consommation et une production durables des ressources au niveau mondial est nécessaire, mais comment y parvenir maintenant. La prise en compte de cette réalité, sur la base des concepts évolutifs d’une transition juste, est un élément essentiel de toute solution crédible et justifiable pour aller de l’avant.
L'@ipcc et l'@ipbesfr sont d'accord : une action urgente est nécessaire pour réparer la relation de l'humanité avec la nature. Des changements systémiques dans les domaines de l'énergie, de l'alimentation, de la mobilité et de l'urbanisme sont essentiels : https://t.co/2FG262rsay
— Programme des Nations Unies pour l’environnement (@UNEP_Francais) March 14, 2024
Notre mode de développement n’est plus viable. Il creuse les inégalités, consume la bio-régénérescence de la planète et accélère le dérèglement climatique. Il y a urgence à en changer. Or un mode de production existe, plus respectueux des humains et de la nature, et dont l’entreprise comme l’habitat pourrait s’inspirer : c’est la permaculture.
LA PERMAENTREPRISE Un modèle viable pour un futur viable, inspiré de la permaculture
Sylvain Breuzard propose aux dirigeants un nouveau modèle de développement qu’il a lui-même mis en place dans son organisation : la permaentreprise. Celle-ci est basée sur trois principes éthiques indissociables : « prendre soin des humains », « préserver la planète », « se fixer des limites et redistribuer équitablement les richesses ».
Les 3 principes éthiques de la permaculture : Les 3 éthiques de la permaculture sont proches des piliers du développement durable mais plus engagées : – Prendre soin de l’humain – Prendre soin de la Terre – Répartir équitablement
Dans ce livre, l’auteur nous donne la méthode complète et les outils pour devenir une permaentreprise, et parvenir à élaborer un référentiel propre à chaque entreprise, véritable feuille de route au quotidien. Enrichi d’une réflexion sur le dirigeant de demain, le « permadirigeant« , et des retours d’expériences de dix dirigeants ayant déployé le modèle, ce livre vous donne toutes les clés pour passer à l‘action, contribuer à bâtir un futur vivable !
“Mon objectif est de partager mon expérience et d’inspirer les dirigeants parce que je suis convaincu que les entreprises, vu leur puissance et leurs capacités d’action, pourraient devenir les leviers les plus importants pour lutter contre la dégradation sociale et environnementale du monde.”
Sylvain Breuzard
Sylvain Breuzard est le PDG de norsys, un groupe de services numériques qualifié de « société à mission », ISO 26000 et certifié B Corp. Il est ancien président national du Centre des Jeunes Dirigeants d’entreprise (2002-2004) où il a développé le modèle de performance globale de l’entreprise. Il est, par ailleurs, créateur du réseau Etincelle, qui vise à rendre entrepreneurs de leur vie les jeunes en rupture scolaire. Il a été président de Greenpeace France (2011-2023).
Préface : David Holmgren, cocréateur de la permaculture.
Postface : Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT.
L’HABITAT PERMACOLE Guide pratique de la maison écologique et autonome inspirée par la permaculture
L’habitat permacole est un écosystème habité qui repense l’acte de construire, d’aménager et de vivre avec la permaculture, pour subvenir aux besoins de ses occupants en prenant soin de la planète.
Alexandre BODIN propose un guide illustré destiné aux professionnels et étudiants souhaitant s’approprier le concept d’habitat permacole, ainsi qu’aux porteurs de projets de résilience.
Après avoir défini l’habitat permacole, il présente la méthode de conception, les principales particularités constructives, paysagères et agricoles ainsi qu’une démarche de démocratisation appliquées à 4 études de casd’habitat : urbain, périurbain, rural et territorial.
Extrait :
Alexandre Bodin est l’inventeur du concept d’habitat permacole. Il est président fondateur du bureau d’études Logiscopia – qui aide ceux qui le désirent à mettre en place ce mode de vie novateur –, et président cofondateur de Permacopia, l’association des professionnels de la permaculture. Ingénieur diplômé de l’EPITA, permaculteur, maître d’œuvre, ingénieur pédagogique spécialisé dans la reconversion professionnelle et formateur occasionnel, il intervient sur divers projets en lien avec la transition écologique.
Ayman Ghanem est illustrateur, architecte diplômé de l’ENSA de Nantes et membre de Permacopia.
Mai Laila est illustratrice, architecte du paysage et membre de Permacopia.
La fleur permaculturelle : Pour créer des écosystèmes habités adaptés aux humains, la permaculture se décline sur toutes les activités humaines. C’est ce que représente La fleur de la permaculture.
TABLE DES MATIÈRES
PARTIE 1 PENSER L’HABITAT PERMACOLE
CHAPITRE 1. Distinguer habitat durable, écologique et permacole
DIFFÉRENCIER L’HABITAT DURABLE ET L’HABITAT ÉCOLOGIQUE
L’habitat durable
L’habitat écologique
CARACTÉRISER L’HABITAT PERMACOLE
La catégorie écologique
La catégorie d’autonomie individuelle
La catégorie d’autonomie collective
La représentation synthétique
CHAPITRE 2. Concevoir l’habitat permacole
DESIGNER AVEC LA PERMACULTURE
Faciliter la conception grâce aux principes de la permaculture
Le principe du « non-agir »
L’approche systémique et holistique
« Le problème est la solution »
Le biomimétisme
Les principes fonctionnels
La méthode Vobredim
La mise en œuvre agile de Vobredim
CONCEVOIR UN HABITAT AVEC LA MÉTHODOLOGIE PERMACOLE
Modéliser un écosystème habité
Modéliser le logement
Modéliser le jardin
Modéliser un terrain et son environnement étendu
Organiser l’habitat avec le zonage
Positionner les guildes permacoles et les éléments constructifs
CHAPITRE 3. Construire l’habitat permacole
CHOISIR UN MODE DE CONSTRUCTION ÉCOLOGIQUE
Les matériaux de construction et les matériaux isolants
Pour un autre BTP : le Bois-Terre-Paille
Focus sur la construction bois
Focus sur la construction terre
Focus sur la construction paille
APPLIQUER LA PERMACIRCULARITÉ AU BÂTIMENT
Économie circulaire et permacircularité
L’économie circulaire
L’économie authentiquement circulaire
L’économie permacirculaire
L’économie authentiquement permacirculaire
Mettre en œuvre la permacircularité dans le bâtiment
CHAPITRE 4. Cultiver l’habitat permacole
PRATIQUER LE JARDINAGE NATUREL AVEC L’ENSAUVAGEMENT
Une définition du jardinage naturel
Le jardinage naturel en permaculture
Une définition de l’ensauvagement
L’ensauvagement, en pratique
GÉRER L’EAU ET S’ADAPTER AU RELIEF AVEC LE KEYLINE DESIGN
La gestion de l’eau
Les baissières
Le keyline design
Implantation du keyline et réalisation des baissières
Notions d’hydrologie et dimensionnement
CULTIVER AVEC L’AGROFORESTERIE, L’AGROÉCOLOGIE ET L’AGRICULTURE RÉGÉNÉRATRICE
Cultiver avec les haies
L’agroforesterie
L’agroécologie
L’agriculture régénératrice
La transition agricole
CHAPITRE 5. Autonomiser l’habitat permacole
PRODUIRE SES ALIMENTS
Concevoir les cultures
Planifier et cultiver
Transformer et conserver
Cuisiner ses aliments
CAPTER ET UTILISER L’EAU
Le captage
Le stockage
Le filtrage
L’utilisation de l’eau
L’assainissement
La réutilisation
PRODUIRE SON ÉNERGIE
L’énergie solaire
La biomasse
Le bois
Le biogaz
Les couches chaudes
Le vent
Les cours d’eau
La géothermie
Stocker l’énergie électrique
FAIRE APPEL AUX LOW-TECH POUR L’AUTONOMIE TECHNOLOGIQUE
La démarche low-tech
Des low-tech pour l’habitat
CHAPITRE 6. Démocratiser l’habitat permacole
FAIRE OU FAIRE FAIRE ?
Faire soi-même : l’autoproduction dans le bâtiment
L’autoconception
L’autoconstruction
Conseils pour l’autoproduction
Conseils pour les chantiers participatifs
Avis sur l’autoproduction
Faire faire : l’approche professionnelle classique
Une nouvelle approche professionnelle dédiée
Le designer d’habitat permacole
La maîtrise d’œuvre permacole
Le suivi agile des projets permacoles
L’accompagnement individuel permacole
Les différents profils du designer permacole
DÉVELOPPER L’HABITAT PERMACOLE À GRANDE ÉCHELLE
Promouvoir des métiers d’avenir
Inventer les nouveaux métiers de la permaculture
Former aux métiers de l’habitat permacole
Créer des collectifs de professionnels
Développer une organisation professionnelle
Outiller l’approche professionnelle de l’habitat permacole
Outiller avec le BIM
LIM, CIM, TIM, PIM
Une plateforme permacole unifiée
Des outils digitaux dédiés
Diffuser cette innovation socio-écologique
L’habitat permacole : une innovation socio-écologique
Recherche-action et innovation sociale
La recherche comme levier de diffusion
Les Permascop : utopie d’un essaimage
Les structures coopératives
Essaimer des petites structures collaboratives
Les Permascop
PARTIE 2 ÉTUDES DE CAS
CHAPITRE 7. Habitat permacole en milieu urbain : jardin de 50 à 300 m²
CONTEXTE DU CAS D’ÉTUDE DE RÉNOVATION
Présentation de l’habitat à rénover
Présentation du pavillon à rénover
Présentation du jardinet urbain
Évaluation permacole avant rénovation
PRÉSENTATION DU PROJET DE RÉNOVATION ET D’AMÉNAGEMENT
Présentation du pavillon rénové
Présentation du jardinet permacole
Un jardin de 120 m²
Avec un jardin de 300 m²
Avec un jardin de 50 m²
Évaluation permacole après rénovation
Démarche mise en œuvre pour ce projet
Étape de la vision
Étape de l’observation
Étape des bordures et ressources
Étape de l’étude et du design
Étape de l’implantation
Étape de la maintenance
FOCUS SUR DES ÉLÉMENTS URBAINS CARACTÉRISTIQUES
Les guildes potagères
Les aménagements extérieurs
L’abri de jardin
Les cultures surélevées ou hors-sol
Les châssis
L’agriculture urbaine
Évaluation permacole étendue incluant la zone 6
CHAPITRE 8. Habitat permacole périurbain et microferme : jardin de 1 000 m²
CONTEXTE DU CAS D’ÉTUDE DE CONSTRUCTION
Présentation du logement conventionnel proposé et de son jardin
Évaluation permacole du projet de construction conventionnel
PRÉSENTATION DU PROJET DE CONSTRUCTION PERMACOLE
Présentation du logement écologique
Présentation du jardin permacole
Évaluation du projet permacole neuf
Démarche mise en œuvre pour ce projet
Étape de la vision
Étape de l’observation
Étape des bordures et ressources
Étape de l’étude
Étape du design
Étape de l’implantation
Étape de la maintenance
FOCUS SUR DES ÉLÉMENTS PÉRIURBAINS CARACTÉRISTIQUES
Les différences avec le modèle urbain
Les guildes permacoles
Une guilde paysagère
Guildes potagères vivaces et aromatiques
Guildes de haies champêtres et comestibles
Guildes d’établissement
Du poulailler à la micro basse-cour
Généralités sur le poulailler
Poulailler à parcours tournant
Vers la basse-cour
Évaluation permacole du poulailler
L’atelier
Présentation de l’atelier
Organisation de l’atelier
Aménagement de l’atelier
Évaluation permacole de l’atelier
CHAPITRE 9. Habitat permacole en milieu rural : terrain de 2 à 6 ha
CONTEXTE DU CAS D’ÉTUDE RURAL
Présentation des bâtiments à réhabiliter
La maison
La grange
Le hangar
Présentation du terrain initial
Évaluation permacole avant la réhabilitation
PRÉSENTATION DU PROJET DE RÉNOVATION
Présentation des bâtiments permacoles
La maison principale
La grange et le hangar
Présentation du terrain permacole
Évaluation permacole après réhabilitation
Évaluation du cas d’étude rural
Évaluation possible d’un habitat rural participatif
Démarche mise en œuvre pour ce projet
Étape de la vision
Étape de l’observation
Étape des bordures et ressources
Étape de l’évaluation
Étape du design
Étape de l’implantation pour la maison
Étape de l’implantation pour le terrain
Étape de la maintenance
FOCUS SUR DES ÉLÉMENTS RURAUX CARACTÉRISTIQUES
Les différences avec le modèle périurbain
Les bâtiments
L’espace agricole
L’autosuffisance alimentaire réelle
Les annexes multifonctionnelles
Les guildes permacoles
Les jardins-forêts
Les mares et les étangs
La rotation des cultures en zone 3
Les annexes agricoles
La grange
Le hangar
L’atelier de transformation
CHAPITRE 10. Habitat permacole territorial rural : à partir de 100 ha
CONTEXTE DU CAS D’ÉTUDE TERRITORIAL
Présentation du domaine
Présentation des bâtiments à réhabiliter
Présentation du domaine rural paysager
Évaluation permacole avant réhabilitation
PROJET DE TRANSITION DU DOMAINE
Présentation des bâtiments permacoles
Présentation du terrain permacole
Les chemins
Les réduits boisés
Les guildes agroécologiques
La permacircularité du domaine
La circularité à différentes échelles
Les indicateurs permacirculaires
Évaluation permacole après transition
Démarche mise en œuvre pour ce projet
L’étape de la vision
L’étape de l’observation, les bordures et les ressources
L’étape de l’étude
L’étape du design
L’étape de l’implantation
L’étape de la maintenance
FOCUS SUR DES ÉLÉMENTS TERRITORIAUX CARACTÉRISTIQUES
Les guildes agroécologiques
Composition des guildes agroécologiques
Utilisation des guildes agroécologiques
Les productions variées d’une guilde agroécologique
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