« Le commerce équitable, des valeurs qui nous rapprochent ! » C’est le thème 2024 de la Quinzaine du Commerce équitable qui mobilise chaque année les acteurs du secteur autour d’un enjeu commun : promouvoir une économie plus juste pour les producteurs d’ici et d’ailleurs et encourager l’adoption de modes de consommation plus durables et plus équitables, accessibles à toutes et tous. Du 4 au 26 mai 2024, entreprises, collectivités et associations engagées organisent des centaines d’opérations partout en France pour toucher toujours plus de consom’acteurs : promotions, débats, conférences, animations, diffusion de films, jeux, dégustations, etc.
L’objectif de cette Quinzaine pour le collectif Commerce Équitable France qui l’a coordonne est de sensibiliser les participants et les encourager à prendre la mesure des changements positifs apportés par le commerce équitable en leur proposant diverses animations telles que des débats, des conférences, des visites de fermes, des animations, des diffusions de films, des jeux ou encore des dégustations, etc.
Commerce équitable : de quoi parle-t-on ?
Le commerce équitable garantit une juste rémunération des producteurs pour s’assurer que celles et ceux qui sont à l’origine des produits de notre quotidien puissent vivre dignement de leur métier. Le commerce équitable est également la garantie d’accompagner les producteurs dans la mise en œuvre et l’adoption de modes de production permettant de faire face aux enjeux du réchauffement climatique et de la protection de la biodiversité.
Le commerce équitable est régulé en France par la loi de 2014 sur l’économie sociale et solidaire, qui en fixe les 7 principes fondamentaux détaillés ci-dessus. Aujourd’hui, ce sont plus de 10 000 produits, proposés par plus de 500 entreprises, qui sont issus du commerce équitable.
A la suite de la Quinzaine du commerce équitable, le 18 juin 2024, Commerce Équitable France présentera l’Observatoire du commerce équitable, un état des lieux complet de la consommation équitable en France. Comme chaque année, celui-ci rassemble et consolide les chiffres de consommation du commerce équitable sur le marché français, compilant les données économiques de l’ensemble du secteur.
8 labels signalent ces produits garantissant leur conformité avec les 7 principes de la loi.
Fondé en 1997 et composé d’une trentaine d’organisations (entreprises engagées, labels, réseaux de distribution, associations de consommateur·rices et d’éducation à la citoyenneté mondiale, organisations de solidarité internationale et acteur·rices de la recherche et de l’enseignement…), le collectif Commerce Équitable France accompagne les transitions écologiques et sociales des modes de production et de consommation par la promotion du commerce équitable en France et à l’étranger.
Le commerce équitable, un modèle résilient face aux crises
L’agriculture et l’alimentation sont au cœur de questions de société majeures : l’insuffisance des revenus et la paupérisation des agriculteurs, la perte d’attractivité du métier d’agriculteur, la disparition des exploitations agricoles françaises, l’effondrement de la biodiversité et la pollution causées par l’agriculture industrielle… Ces multiples défis témoignent des difficultés à transformer notre agriculture et notre alimentation dans un contexte d’accroissement des inégalités sociales, de crise économique et climatique.
Depuis plus de quarante ans, le commerce équitable propose de réduire les inégalités sociales et environnementales engendrées par le commerce conventionnel. Véritable levier performant pour une transition écologique et solidaire, le commerce équitable garantit aux producteurs des prix stables et rémunérateurs pour vivre dignement de leur travail, améliorer leurs conditions de vie et adopter des modes de production respectueux de leur environnement, en permettant par exemple d’investir dans la transition agroécologique.
« Loin ou proche, le commerce équitable, des valeurs qui nous rapprochent ! »
La Quinzaine du commerce équitable 2024 célèbre un commerce équitable et international pour tous les consommateur·rices !
La demande des consommateurs pour des produits combinant plus de transparence et plus de proximité s’incarne aujourd’hui dans la montée en puissance du discours sur le « consommer local ». Pour autant, leur appétence pour les produits qui viennent de loin (café, cacao, bananes etc.) et qui ne peuvent être produits chez nous reste très forte. Dès lors, plutôt que d’opposer ce qui vient loin à ce qui vient de près, le commerce équitable, garantit un prix juste pour les producteurs et les productrices d’ici et d’ailleurs et peut devenir une véritable boussole pour aider les consommateurs à choisir des produits en phase avec leurs valeurs de proximité et de solidarité.
Les solutions que construisent chaque jour les acteurs du commerce équitable reposent sur un socle universel de valeurs de respect, de dignité humaine et de respect de l’environnement. Ces valeurs se déclinent dans des engagements transformateurs : un prix juste payé aux producteurs, qui leur permet de vivre dignement et d’investir dans la transformation écologique de leurs modes de production. Ces principes sont sans frontières et se déclinent dans toutes les géographies.
Les labels de commerce équitable : des outils indispensables pour garantir la traçabilité des produits, la fiabilité des allégations et le repérage par les consommateurs
A l’occasion de la journée internationale du soleil le 3 mai, Effy publie son bulletin annuel des bonnes nouvelles et décrypte « la bonne affaire du solaire« . Devenu au fil des ans un véritable phénomène de société, le solaire s’est fait une place en France sur les toits de près de 500 000 familles. L’étude démontre qu’une installation, ‘correctement’ dimensionnée, permet de couvrir entre 40% et 50% de sa facture d’électricité, autant pour les petites installations que pour les gros consommateurs.
Le meilleur de l’énergie solaire, sur-mesure et accessible à tous par Effy
494 500 foyers équipés à l’issue du 1er trimestre 2024, en hausse de 80 % sur un an
5 fois plus d’autoconsommateurs en France en seulement 3 ans
D’après les dernières données d’Enedis, la France compte au 1er trimestre 2024 précisément 494 490 logements dotés d’une installation d’autoconsommation individuelle photovoltaïque. Une hausse de 79 % par rapport au premier trimestre de l’année dernière.
En 2021, lors du lancement des solutions Effy de travaux d’autoconsommation, 110 000 familles étaient alors équipées. C’est donc cinq fois plus d’autoconsommateurs en France en seulement 3 ans.
Entre l’énergie autoconsommée et la revente du surplus, les familles réalisent jusqu’à 50% d’économies1
L’étude compare la profitabilité des équipements en étudiant 4 grands profils d’auto-consommateurs :
du plus ‘électro frugal’ (7 panneaux pour couvrir l’éclairage et les équipements électriques de la maison)
au plus ‘électro utilisateur’ (30 panneaux pour couvrir éclairage, équipements, eau chaude, PAC et même recharge de la voiture électrique).
Une simulation qui révèle que les systèmes peuvent couvrir jusqu’à 50 % des consommations en moyenne, y compris pour les plus petites installations.
Ex: cas d’une famille vivant dans une maison tout électrique (éclairage, eau chaude, PAC)
Une famille de 4 personnes vit à Lyon dans une maison de 120 m2Elle a une facture d’électricité de 3923€/an couvrant le chauffage, l’eau chaude sanitaire, la cuisson et les équipements de la maison (électroménager…) Elle peut couvrir 44% de sa facture d’électricité grâce à une installation solaire bien dimensionnée. En l’occurrence une installation de 9 kWc avec 22 panneaux permettant de générer 1759€/an (905€ grâce à l’autoconsommation de l’électricité directement produite par les panneaux et 853€ grâce à la revente du surplus de l’électricité qui n’est pas consommée).
Avec l’électrification des usages, bien dimensionner les projets solaire
Pour les ‘besoins électriques basiques’ : l’installation de 3kWc
Budget estimé (Hors déduction de la prime à l’investissement) entre 7000€ et 8500€
Une installation de 3kWc est parfaitement adaptée pour l’éclairage et les appareils électroménagers
Pour également chauffer son eau : l’installation de 6 kWc
Budget estimé de 15000€
Lorsque les besoins s’étendent à l’eau chaude sanitaire en plus des usages basiques, un système de 6 kWc est plus adapté, même si la consommation d’eau chaude sanitaire peut être importante.
Lorsque le chauffage est électrique (PAC compris): l’installation de 9kWc
Budget estimé de 20000€
Il est important de bien dimensionner son installation dès lors que le logement utilise de l’électricité pour l’ensemble des usages quotidiens, notamment lorsqu’il y a une pompe à chaleur air/eau.
Pour les maisons 100% électriques et la recharge d’une voiture : l’installation de 12 kWc
Budget estimé de 27000€
Pour les foyers qui habitent des maisons tout électrique et souhaitent couvrir d’autres usages, à commencer par leur voiture électrique, l’installation de 12 kWc est finalement la plus adaptée. L’installation permet de couvrir tous les besoins de la maison et d’assurer une partie de la recharge électrique d’un véhicule électrique standard. NB: attention aux tarifs de revente! Au-delà de 12kWc installés, le tarif de rachat passe de 0,1301 ct/€ à 0,0778 ct/€.
Avec un ticket d’entrée à 7000€ et des aides en baisse, le solaire est un vrai choix d’investissement pour les familles
Alors que le solaire continue de fédérer de plus en plus de familles partout en France, la seule ‘ombre au tableau’ concerne les dispositifs d’aide à l’installation. Jusqu’ici estimée à 1000€ en moyenne pour une installation de 3 kWc (7 panneaux), la prime à l’investissement prévue par EDF va baisser de 14 % à partir du 1er mai. Toutefois, les tarifs de revente de l’électricité produite par les particuliers devraient quant à eux augmenter de 3 centimes.
Avec un ticket d’entrée de 7000€ (après déduction de la prime à l’investissement), les travaux d’installation de panneaux photovoltaïques se révèlent être de vrais choix d’investissement pour les familles.
Prix constatés pour les installations avec Effy, après déduction de la prime à l’investissement. (Les prix varient selon le choix des équipements)
Décrypter le phénomène solaire avec le portrait-robot de l’autoconsommateur et la maison solaire idéale
Portrait de l’autoconsommateur EffyLa maison solaire idéale selon Effy
et pas uniquement celles qui optent pour les plus gros équipements ↩︎
Moins de 3 % des graines traditionnellement cultivées par l’homme sont aujourd’hui utilisées pour la production alimentaire mondiale. Si les semences dites « de ferme » continuent d’occuper une place importante dans les agricultures vivrières des pays du Sud, ce sont les semences industrielles qui assurent les volumes massifs de production à l’échelle globale. Alors quel avenir pour les semences paysannes ? Face à cette mainmise marchande, certains acteurs entrent en résistance en pratiquant la culture et l’échange de semences dites paysannes. Comment mettre en commun ces semences et les connaissances qui leur sont liées, pour promouvoir un autre rapport au vivant dans notre relation à l’agriculture et l’alimentation ? Un article de George Aboueldahab, Enseignant-chercheur à l’EDC Paris Business School, Myriam Kessari, Enseignante-Chercheuse à l’Institut Agronomique Méditerranéen de Montpellier et PALPACUER Florence, Professeur des Universités en Sciences de Gestion à l’Université de Montpellier.
Moins de 3 % des graines traditionnellement cultivées par l’homme sont aujourd’hui utilisées pour la production alimentaire mondiale. Et pour cause, celles-ci sont, dans de nombreux pays, tenues hors des circuits commerciaux. Si les semences dites « de ferme » continuent ainsi d’occuper une place importante dans les agricultures vivrières des pays du Sud, ce sont les semences industrielles qui assurent les volumes massifs de production à l’échelle globale.
La France figure à cet égard parmi les pionniers du paradigme industriel qui s’appuie, dès les années 1930, sur des critères de standardisation par lesquels les semences sont rendues prévisibles, productives et commercialisables. Un vaste marché s’est depuis élaboré autour de semences devenues standardisées, dont la diversité inhérente au vivant se trouve exclue, comme le sont une multitude de semences issue d’écosystèmes variés.
Face à cette mainmise marchande cependant, certains acteurs entrent en résistance en continuant de pratiquer la culture et l’échange de semences dites paysannes. Ils s’interrogent quant aux façons les plus adéquates de mettre en commun ces semences et les connaissances qui leur sont liées, pour promouvoir un autre rapport au vivant dans notre relation à l’agriculture et l’alimentation.
La construction juridico-légale d’une semence marchandisée
Pour comprendre comment nous en sommes arrivés là, il faut d’abord s’arrêter sur le cadre légal qui régit l’échange et le commerce de graine aujourd’hui.
Avant l’industrialisation de l’agriculture, les semences utilisées par les paysans étaient le fruit du travail de toute une communauté mobilisée autour d’une même variété. C’est cette communauté qui assurait la multiplication des graines, sa transmission d’une génération à l’autre, ainsi que le partage des connaissances paysannes et du savoir-faire associé. La culture de ces variétés ayant avant tout pour objectif de nourrir la communauté, la commercialisation portait surtout sur l’éventuel surplus qui était écoulé dans des marchés de proximité. L’agriculture traditionnelle a également toujours œuvré au maintien d’une diversité des semences afin de permettre aux cultures de s’adapter à différents contextes géographiques, mais aussi climatiques.
De nos jours, cependant la mise en marché de la semence industrielle s’inscrit dans une construction juridico-légale complexe, dont les semences paysannes se trouvent exclues. En effet de par leur nature, ces variétés paysannes ne répondent pas aux caractéristiques de distinction, homogénéité et stabilité (DHS) qui sont celles de la semence industrielle et qui sont obligatoires pour toute commercialisation.
De fait, pour répondre au critère de distinction, une variété doit être nettement différenciée de toutes les autres connues. Une variété est également jugée homogène si ses plantes présentent des caractères similaires, et stable si la conformité de ces caractères est garantie sur le cycle de reproduction défini.
Or, parce qu’elle est en coévolution constante avec son environnement, une semence paysanne ne peut être parfaitement homogène, ni parfaitement stable. C’est au contraire grâce à son hétérogénéité et son caractère évolutif qu’une telle semence peut s’adapter aux contextes dans lesquels elle est cultivée, et cette capacité d’adaptation est considérée comme une richesse dans la philosophie des cultures paysannes.
Une richesse qui sera progressivement écartée du champ de la commercialisation en France. Dès 1932 un catalogue officiel recense et fixe les « variétés » commercialisables. Le décret du 11 juin 1949 vient ensuite interdire la commercialisation de toute semence non inscrite au catalogue.
Siège de l’Union pour la protection des obtentions végétales (UPOV), à Genève en Suisse. l’UPOV compte aujourd’hui 79 membres. Ville Oksanen, CC BY
En 1961, la création de l’Union pour la Protection des « Obtentions végétales » (UPOV) à l’initiative de la France étend cette architecture juridico-légale à l’échelle internationale, dans l’objectif de protéger les investissements techniques requis pour le contrôle et la sélection productive des variétés semencières, qui sont de plus en plus réalisés par de grandes firmes privées.
Grande dame, l’UPOV laisse toutefois à l’agriculteur le « privilège » de continuer d’utiliser librement ses propres graines d’une année sur l’autre, un droit qui se trouvera réduit uniquement à la conservation et l’échange non marchand des semences en 1978, avant de devenir facultatif, laissé au bon vouloir des États, au début des années 1990.
Cet appareillage juridico-légal s’est trouvé de plus en plus contesté à partir des années 1980, par des personnalités telles que la militante écologiste indienne Vandana Shiva ou encore par des mouvements comme Let’s Liberate Diversity à l’échelle européenne ou Red de Semillas Libres en Colombie. En France, le Réseau Semences Paysannes, fondé en 2003 et Kokopelli, créé en 1999 font partie des acteurs qui revendiquent un rapport aux semences en tant que communs, et qui considèrent l’autonomie semencière paysanne comme un élément central d’une agriculture respectueuse du vivant.
Plus globalement, les mouvements en faveur d’une agroécologie paysanne vont dénoncer un système de propriété et d’usage des semences qui se fonde sur des réglementations complexes, opaques, peu accessibles et difficilement lisibles pour les paysans. Ils refusent de voir les paysans devenus dépendants de fournisseurs industriels pour une ressource si essentielle à leur activité.
Les mouvements de l’agroécologie paysanne luttent alors pour « libérer » les semences de leur confiscation marchande. Ils rejettent une approche industrialiste qui favorise les innovations biotechniques privées au détriment du commun semencier. Leurs luttes peuvent prendre différentes formes : certaines organisations choisissent de mener une bataille législative au niveau français, mais aussi européen, et voient parfois leurs combats couronnés de succès. Par exemple, la loi du 10 juin 2020 met fin à l’interdiction de la vente de semences paysannes à des jardiniers amateurs, celle-ci redevenant alors une pratique légale.
Reportage de France 24 mettant en scène l’association Triticum. Les semences paysannes y sont présentées comme plus apte à résister aux maladies, et à s’adapter à la sécheresse.
D’autres choisissent de passer à l’offensive et n’hésitent pas à mener des activités en partie illégales, en l’occurrence, la commercialisation de semences non-inscrites dans le catalogue officiel. Cela peut parfois donner lieu à des condamnations et des amendes, comme c’est régulièrement le cas pour Kokopelli.
Ces mouvements continuent néanmoins d’avoir une approche proactive, à l’échelle locale, qui se fonde sur des initiatives de diffusion et de préservation des variétés paysannes à travers des banques de semences ou des réseaux d’échange informels. Le partage et la diffusion de ces variétés paysannes mettent directement en œuvre une autre agriculture, qui protège ces semences d’une appropriation industrielle. Il s’agit ici d’organiser des filières d’approvisionnement alternatives, qui limitent la dépendance paysanne vis-à-vis des modèles basés sur les droits de propriété intellectuelle.
Les mouvements des semences paysannes misent ainsi sur le « commoning », un concept qui désigne les processus d’organisation par lesquels des acteurs sociaux vont gérer une ressource tout en empêchant sa privatisation.
Le commoning s’incarne par la formation de communautés, réseaux, collectifs et associations qui conservent, utilisent et échangent, hors marché, des variétés de semences paysannes encore « libres » car non brevetées ni cataloguées.
Contrairement aux semences DHS, dont le réusage est limité, les variétés paysannes visent, et permettent, une autonomie agricole en matière de reproduction des semences. La semence coévolue dans son environnement, et avec la communauté humaine qui assure sa conservation et sa diffusion. Les modes d’opération de ces communautés peuvent dès lors se trouver en tension avec le cadre juridique qui régule le secteur semencier aux niveaux national et international.
Au niveau national, les semences paysannes continuent ainsi d’être échangées et partagées à l’occasion de fêtes paysannes et bourses des graines qui constituent des occasions de diffusion des variétés paysannes. Ces événements ont surtout une portée locale, mais certains paysans et sympathisants n’hésitent pas à traverser la France pour s’y rendre. Si aujourd’hui la législation semble évoluer vers plus de flexibilité (loi du 10 juin 2020), c’est ce type d’événement qui a facilité la transmission des variétés paysannes dans des contextes législatifs plus contraignants.
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La préservation et l’usage des semences paysannes se fondent donc sur des savoirs traditionnels, ancrés localement et liés aux spécificités des variétés locales. Ces connaissances ont été préservées et transmises d’une génération à l’autre, d’une manière qui conserve le caractère subjectif des connaissances et qui permet leur adaptation à de nouveaux contextes. Ces savoirs peuvent aller du simple poids des graines, des conditions de culture, ou de la période de semis, jusqu’à des connaissances plus complexes sur d’éventuelles résistances ou caractères désirables inhérents aux variétés (productivité, facilité de la récolte, etc.).
Ils s’avèrent également centraux pour la transition agroécologique, dès lors que cette transition va avoir recours à des variétés anciennes, sélectionnées par les paysans, adaptées à l’environnement local, souvent moins gourmandes en eau et qui ne dépendent que peu, ou pas, des intrants chimiques.
Mais ces savoirs paysans, tout comme les variétés anciennes, sont aujourd’hui menacés tant par les difficultés de transmission que par les risques de privatisation et d’industrialisation des éléments qu’ils contiennent. La FAO souligne ainsi le rôle du recours aux variétés industrielles dans la perte de plus de 75 % de la diversité génétique des plantes. En effet, quand des paysans abandonnent une semence paysanne locale, les savoirs associés sont souvent également perdus. En France, des communautés paysannes montrent pourtant qu’il est possible de faire vivre des variétés anciennes, comme dans le cas de l’oignon rose de Menton.
L’oignon rose de Menton, une espèce sauvée de l’oubli par les semences paysannes, raconte ce reportage de France 3 Provence.
Mais si les liens physiques et les rencontres ont permis jusque-là la survie de ces savoirs, suffiront-ils à permettre une plus large transmission ? À l’heure où l’essence est chère, les déplacements coûteux, et où tout, ou presque, se trouve sur Internet, la question de la numérisation de ces savoirs se pose et ne trouve pas de réponse unanime ou facile.
Le paradoxe partage/protection : mettre en commun face au risque de confiscation
Certaines initiatives (associatives, artisans-semenciers, conservatoires, etc.) tentent ainsi de développer des outils numériques pour garder une traçabilité des variétés et des personnes qui les détiennent.
En s’appuyant sur une recherche-action participative, nous avons travaillé avec des paysans et des artisans semenciers sur la façon dont les outils numériques pourraient être utilisés pour partager ces connaissances entre les acteurs des semences paysannes.
Il ressort que le numérique pourrait faciliter le partage des connaissances associées aux variétés paysannes au sein des communautés qui les font vivre et aiderait à la diffusion des communs semenciers. De plus, il serait particulièrement intéressant pour suivre la généalogie des semences et contribuer à leur sauvegarde (ou prévenir de leur disparition).
Pourtant, cette même traçabilité peut aussi mettre en péril les semences en rompant avec le caractère informel de la détention et du partage des savoirs (conditions précises de culture, traits génétiques souhaitables, etc.) auquel les communautés paysannes demeurent attachées.
La formalisation de connaissances tacites ou interpersonnelles implique aussi une forme de standardisation qui supprime l’ancrage et la subjectivité des savoirs.
Ces craintes d’appropriation et de standardisation façonnent les stratégies organisationnelles des mouvements des semences paysannes face à l’adoption des outils numériques. Ainsi, en contexte de lutte où la menace est forte, les mouvements militants privilégient des stratégies défensives qui viennent peut-être et pour partie brider leur potentiel proactif alternatif.
Notre recherche-action atteste ainsi d’un positionnement réticent quant à l’usage du numérique pour la gestion des semences paysannes et pour le partage des connaissances liées. Ces conclusions font apparaître une condition majeure pour la mise en commun des semences et des savoirs associés par de nouveaux outils tels que le numérique : celle d’un relâchement de la contrainte juridico-légale qui confisque aujourd’hui le rapport au vivant dans un modèle marchand trop éloigné de la nature.
Les JO de Paris seront-ils les plus chauds de l’histoire ? Ils sont déjà scrutés par les scientifiques qui tentent de mesurer les effets du changement climatique. Les physiciennes de l’atmosphère Cathy Clerbaux et Sarah Safieddine (Sorbonne Université) utilisent pour cela un indicateur de la température humide. Car le cocktail chaleur et humidité peut-être mortel, surtout lorsqu’on produit un effort physique conséquent. Le chercheur en sciences du climat Davide Faranda (CNRS) travaille lui sur la science de l’attribution : il cherche à comprendre ce qui est imputable au changement climatique dans la récurrence d’événements météorologiques extrêmes. Ce domaine de recherche pointe un risque d’épisode caniculaire pendant les JO de Paris plus grave que celui de 2003.
Le lien entre les catastrophes naturelles et le changement climatique peut-être évalué au cas par cas a posteriori. Shutterstock
Chaque catastrophe naturelle causée par un épisode météorologique rare (vague de chaleur, sécheresses, inondations, orages…) entraîne régulièrement son lot de commentaires et de questionnements : le changement climatique est-il bien en cause ? Comment savoir ? Alors que le souvenir de la canicule de 2003 est encore cuisant, les risques d’un été caniculaire se font déjà craindre pour les Jeux olympiques de Paris à l’été 2024.
Depuis quelques années, il est possible de distinguer l’influence de la variabilité naturelle de la météo et l’influence des changements climatiques : on parle de science de l’attribution climatique.
Davide Faranda, directeur de recherche CNRS au laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) de l’Institut Pierre-Simon Laplace et membre du consortium européen XAIDA, qui développe des méthodes permettant de rattacher à l’évolution du climat les événements météorologiques extrêmes, revient sur cette discipline scientifique en plein essor.
Que veut-on dire par science de l’attribution ?
L’attribution climatique consiste à regarder un événement météorologique extrême donné qui s’est produit dans le passé, et à quantifier le rôle joué par le changement climatique dans sa survenue. Autrement dit, son enjeu est de distinguer la météo de tous les jours, qui sera en phase avec la variabilité statistique du climat, qui connaît des épisodes extrêmes rares rencontrés à une fréquence donnée (par exemple décennale, centennale…) de l’influence du changement climatique.
On cherchera ainsi à calculer dans quelle mesure le changement climatique a rendu cet événement plus probable – plus fréquent – et plus intense. C’est un domaine assez nouveau, qui a pris de l’essor après la canicule de 2003, qui avait causé plus de 35’000 morts en Europe. Il a notamment été popularisé dans le rapport du GIEC sur les causes physiques du réchauffement paru en août 2021. Les éléments scientifiques rattachant les extrêmes météo au climat sont très forts, notamment pour les canicules, les précipitations extrêmes, les sécheresses et les cyclones tropicaux.
Changements en fréquence et en intensité des événements extrêmes à cause du changement climatique. GIEC
Au-delà des orages, des cyclones et des vagues de chaleur, nous souhaitons aussi, dans le cadre de Xaida, nous intéresser aux événements faisant intervenir plusieurs extrêmes simultanément, comme les feux de forêt. Des recherches à ce sujet sont en cours.
Pourquoi est-ce une science aussi jeune ?
Pour pouvoir relier un événement donné à l’évolution du climat, il faut pouvoir simuler un monde « contrefactuel » tel qu’il serait en l’absence de changement climatique. On recourt donc à des modèles numériques qui permettront de calculer la probabilité de tel ou tel événement rare dans le monde actuel d’une part, et dans un monde sans réchauffement à gaz à effet de serre d’autre part.
À noter qu’il n’existe actuellement pas de consensus scientifique sur la meilleure façon de construire ce monde contrefactuel, pas même dans les modélisations du GIEC. Plusieurs méthodes de calcul coexistent pour modéliser les événements, chacune avec ses avantages et ses inconvénients.
La principale difficulté, c’est donc d’avoir assez de données pour construire ce contrefactuel. C’est aujourd’hui la disponibilité des données météo selon un maillage géographique de plus en plus fin (grâce à la multiplication des réseaux d’observation, au sol et par satellite) qui a permis de faire d’énormes progrès. En soi, ClimaMeter, l’outil d’attribution rapide des événements météo extrêmes que nous développons au LSCE, aurait pu tourner sur un ordinateur des années 1950. Mais à l’époque, nous n’aurions pas eu assez de données pour faire fonctionner les modèles.
Quels événements extrêmes ClimaMeter a déjà reliés au climat ?
Analyse ClimaMeter des inondations de Dubaï. ClimaMeter / Davide Faranda
Pour chaque événement, on calcule ainsi dans quelle mesure il s’agit d’un événement rare (si ce type d’événement est déjà survenu dans le passé), et dans quelle mesure il peut s’inscrire dans la variabilité naturelle du climat, ou s’il a été renforcé par le changement climatique d’origine humaine.
Quelle est la méthodologie utilisée par ClimaMeter ?
À la différence d’autres méthodologies, comme celles de l’initiative World Weather Attribution, qui va s’intéresser directement à la probabilité d’occurrence des variables météorologiques (températures, paramètres des vents, etc.) retrouvées dans l’événement étudié (on parle d’approche probabiliste inconditionnelle), nous adoptons une approche non seulement statistique, mais également conditionnelle. Nous recherchons les causes possibles, en termes de circulation atmosphérique (cyclones, anticyclones…), de ces variables : pression atmosphérique, précipitations, températures, vents…
Pour cela, nous recherchons des analogues de l’événement sous examen dans deux « mondes » issus de deux jeux de données distincts :
1979-2001, qui correspond à un climat réchauffé, mais déjà du « passé »,
2001-2023, qui correspond au climat réchauffé actuel.
Cette approche nous a permis de nous intéresser à des événements qui auraient été autrement impossibles à attribuer, par exemple les tempêtes ou encore des systèmes orageux. L’objectif derrière ClimaMeter, c’est de pouvoir évaluer les effets du changement climatique sur les événements extrêmes dans des zones où il existe peu d’études d’attribution, mais beaucoup de demandes d’évaluation de l’évolution du risque de ces événements pour les populations. Par exemple dans les Caraïbes, ou dans les zones méditerranéennes, où des cyclones méditerranéens (ou medicanes) pourraient faire des dégâts, à l’image du médicane Apollo, qui a frappé la Sicile en 2021 et provoqué des inondations.
La cérémonie d’ouverture aura-t-elle lieu comme prévu ? Combien de touristes viendront in fine dans la capitale ? Est-ce qu’il y aura une canicule ?
Alors que la France entière se pose de multiples questions sur les prochains Jeux olympiques (JO) de Paris, en tant que physiciennes de l’atmosphère, ces JO seront pour nous l’occasion de scruter un indicateur de plus en plus utilisé pour mesurer les effets de la chaleur sur le corps humain, notamment lors d’un effort : celui de la température humide.
Cet indice thermique permet d’évaluer un ressenti qui vous est sans doute familier : lors des pics de chaleur, quand la température dépasse 35°C, nous avons tous fait l’expérience d’un ressenti très différent selon le taux d’humidité : à température égale, une chaleur sèche restant bien plus supportable qu’une chaleur humide. La chaleur et l’humidité peuvent même se révéler une combinaison mortelle, rendant la vie à l’extérieur particulièrement insupportable.
S’il existe de nombreuses façons de mesurer le confort thermique, notamment pendant les vagues de chaleur, le terme de température ou chaleur humide, en anglais, wet bulb temperature (WBT), est de plus en plus utilisé par les scientifiques et les médias, pour une raison simple : plus celle-ci s’approche de la température du corps humain, plus elle devient dangereuse.
Pourquoi chaleur et humidité riment avec danger
Car lorsque le taux d’humidité est élevé, le mécanisme de la transpiration via lequel l’humain contrôle sa température corporelle fonctionne beaucoup moins bien. Le seuil «critique» de la température humide pour l’humain, c’est-à-dire le point à partir duquel une personne en bonne santé ne peut espérer survivre pendant plus de six heures, était jusqu’à peu considéré comme atteint vers 35°C de température humide. Par exemple, cette valeur est atteinte à une température extérieure de 35°C et 100% taux d’humidité ou même à 38°C et 80% d’humidité. Mais des études très récentes montrent que ce seuil mortel serait beaucoup moins élevé puisqu’il se situerait plutôt vers 30-31°C si le corps ne peut pas se refroidir rapidement. Une hyperthermie s’installe alors et des lésions cérébrales et organiques peuvent apparaître entraînant d’autres conséquences dangereuses, voire mortelles.
Ce que les Jeux olympiques peuvent nous apprendre sur la température humide
Pendant les jeux Olympiques de 2020 à Tokyo, pour prendre en compte l’effet combiné de la chaleur et de l’humidité sur les activités physiques, la température humide a été utilisée comme indice pour estimer le risque de pathologies en lien avec la chaleur. Ces derniers jeux étaient de fait particulièrement élevés : considérés comme les plus chauds de l’histoire, leurs participants se sont indirectement infligé des conditions proches de la torture, avec des températures aux alentours de 30-31°C et un taux d’humidité de 60%. Or l’effort physique intense typiquement nécessaire lors des épreuves d’athlétisme ou les sports d’équipes en extérieur entraîne des contractions musculaires libérant une quantité considérable de chaleur et donc une forte augmentation de la température musculaire et de la température centrale du corps.
Ce n’est que dans un second temps que la chaleur produite est dissipée principalement sous forme de transpiration. Pour donner un ordre de grandeur : le ressenti en termes de confort ou stress thermique était le même pour un participant aux JO à Tokyo en 2021, qu’un joueur de football à la coupe du monde au Qatar en 2022 (40ºC et 25% d’humidité).
Nos travaux de recherche passés ont permis de cartographier les régions du monde considérées à risque par la combinaison dangereuse température-humidité. Mais c’est aussi un point d’attention de nos recherches actuelles dans le cadre de la préparation des Jeux olympiques qui se dérouleront à Paris cet été.
Juillet est le mois le plus chaud de l’année en Île-de-France. Si la chaleur est exacerbée par un temps orageux et/ou une humidité élevée, les conditions externes seront insupportables pour les compétitions.
Pour mieux anticiper, des analyses locales lors d’événements ponctuels, comme durant les JO de Paris cet été, vont être utiles pour mieux comprendre les impacts sur la santé de la combinaison température-humidité. En associant les données médicales des athlètes avec des mesures météorologiques locales, on devrait mieux estimer l’impact de la température humide sur les organismes soumis à des efforts intenses.
Une histoire liée à l’entraînement militaire
Récolter ce genre de données est crucial, car aussi dangereux qu’ils puissent être, les effets de la température humide sont encore trop mal connus.
Historiquement, les pathologies liées à de fortes températures humides ont d’abord été un objet d’étude militaire, car les maladies liées à la chaleur constituaient un problème grave dans l’armée, la marine et le corps des marines américains tout au long des années 1940 et 1950. 200 morts et plusieurs centaines de maladies dues à la chaleur ont ainsi été répertoriés entre 1940 et 1953. Trois ans plus tard, en 1956, dans des documents confidentiels de la recherche navale américaine, aujourd’hui rendus publics, le terme température humide apparaît pour la première fois. La température humide s’est dès lors avérée un indice de chaleur pratique pour évaluer le stress thermique sur les individus en activité en extérieur, et pour prédire et quantifier les maladies causées par la chaleur. Son utilité a de fait été rapidement prouvée : malgré un temps plus chaud en 1956 aux États-Unis, grâce à ce nouvel indice, l’incidence des maladies liées à la chaleur a été réduite de deux tiers dans les troupes navales de l’armée américaine.
Mais à l’échelle du globe, l’intérêt public par la température humide reste lui relativement récent. Le diagramme ci-dessous montre le pourcentage des recherches Google de l’expression «wet bulb temperature» pour les 10 dernières années dans le monde entier. On note une augmentation nette dans les recherches en 2021, et ce pendant tous les étés depuis.
Les chiffres représentent l’intérêt au fil du temps de la recherche « « wet bulb temperature» par rapport au point le plus élevé du graphique. Une valeur de 100 correspond à la popularité maximale du terme «wet bulb temperature». Une valeur de 50 signifie que le terme est deux fois moins populaire.Sarah Safieddine depuis les données : https://trends.google.com/trends, Fourni par l’auteur
Une température avec des formules différentes
Mais au juste, comment la mesure-t-on cette fameuse température humide ?
L’outil mobilisé pour cela est en fait un thermomètre dont le réservoir de mercure est contenu dans une boule de coton (ou «bulbe») humide exposé à l’air. À 100 % d’humidité, la température du bulbe humide (ici appelée température humide) est égale à la température de l’air (température du bulbe sec) ; à une humidité plus faible, la température humide est inférieure à la température du bulbe sec en raison du refroidissement par évaporation.
C’est là tout le paradoxe et la difficulté de la mesure de la température humide : elle indique certes un chiffre en degré Celsius plus bas que la température sèche mais un fort taux d’humidité demeure en parallèle un grand danger car notre transpiration corporelle qui permet au corps de se refroidir par évaporation est mise en péril.
Ce type de mesures à bulbe humide reste cependant encore rare car historiquement, les mesures des bulletins météorologiques n’intégraient pas cette donnée, car le concept même de température humide est relativement récent, et car les scientifiques la calculent ainsi indirectement.
Une dispersion importante des observations géographique et historique
Cette carte montre les cas de températures humides maximales documentés, avec des couleurs plus chaudes allant du jaune au rouge signifiant les pires combinaisons mesurées de température humide.Carte de Jeremy Hinsdale ; adaptée de Raymond et coll., Science Advances, 2020. Carte interactive ici : https://news.climate.columbia.edu/wp-content/data-viz/heat-humidity-map, Fourni par l’auteur
Bien que le nombre de stations météorologiques utilisées dans cette étude (7000) puisse être considéré comme élevé, les stations sont principalement localisées dans les pays développés et la répartition n’est pas homogène sur l’ensemble du globe.
On note aussi le déficit de stations de mesures dans les pays chauds et/ou humides (Afrique, Amérique du Sud, la péninsule Arabique et le sud de l’Asie), où le danger de fortes températures humides est pourtant particulièrement inquiétant.
Manque de connaissance sur les processus locaux à l’échelle de la ville
Il faudrait donc, à l’avenir pouvoir analyser de manière plus homogène et ciblée les effets de la température humide, notamment dans les pays du Sud. Néanmoins, l’état des connaissances permet déjà de dresser certains effets aggravants.
L’effet physiologique de la température humide est par exemple particulièrement intense dans les villes, qui sont généralement des îlots de chaleur urbains, c’est-à-dire une zone d’élévation de température localisée en milieu urbain par rapport aux zones rurales voisines. Aujourd’hui, les liens physiques entre la température humide et les îlots de chaleur urbains restent cependant encore mal connus.
La température humide peut être également particulièrement élevée dans les villes côtières comme celles du golfe persique (telles que Dubaï et Abu Dhabi), en particulier en soirée, lorsque l’air est saturé d’humidité. Cette illustration est une moyenne, mais la variabilité en journée peut comporter des valeurs beaucoup plus élevées de la température humide.
On note enfin que lorsqu’on s’éloigne de la côte, la température humide diminue, alors que la température de l’air ambiant reste la même. Lorsque l’humidité est basse (régions désertiques), la température humide l’est aussi.
Moyenne sur 13 ans [2008-2020] de la température humide pendant l’été pour les villes du golfe Persique et du golfe d’Oman.Sarah Safieddine, Fourni par l’auteur
Une variabilité diurne complexe
L’animation ci-dessous montre un exemple de la grande variabilité en journée de la température humide pendant l’intense vague de chaleur enregistrée en Inde en avril 2022. Pour contourner le manque d’observations locales, et pour créer cette animation, nous nous sommes basées sur des données de modèles de météorologie dites reanalyses. Celles-ci regroupent et assimilent plusieurs jeux de données (sols, satellites, avions, modèles, etc.) pour créer un produit de qualité suffisante.
Des études ont montré qu’en l’absence de mesures significatives qui permettraient d’atténuer la hausse des températures due au changement climatique, le seuil limite de survie (= 31 °C ou 35°C donc selon les différentes études) sera atteint et dépassé dans les années à venir, en particulier en Afrique, dans la péninsule Arabique et en Asie du Sud. Ici, pour le cas de l’Inde en 2022, on constate par exemple que ce seuil a été dépassé pendant plusieurs heures durant la journée du 25 avril 2022 (et pendant plusieurs heures quelques jours avant et après). La température humide est hélas élevée dans les régions qui sont aussi les plus peuplées du monde.
Pour les villes côtières, c’est la double peine : elles sont plus chaudes et plus humides.
La température humide est la plus intense sur les côtes (taux d’humidité plus grands) et pendant l’après-midi, quand les températures et les taux d’humidité combinés atteignent leur maximum. On note que sur la frontière indo-pakistanaise, proche de l’océan Indien, la température humide reste encore dangereusement élevée même à 18h30, fin de la journée de travail.
Un domaine de recherche pluridisciplinaire encore largement mal connu
On sait que la capacité du corps humain à supporter la chaleur et l’humidité ne va pas évoluer aussi rapidement que les perturbations du climat à venir. Les projections climatiques des rapports du GIEC montrent que l’augmentation de température dépendra fortement de la vitesse avec laquelle les émissions de gaz à effet de serre diminuent. Mais les projections climatiques de la température humide sont encore entachées d’incertitudes, en particulier aux échelles locales quand on ne dispose pas de mesure d’humidité. De ce fait, les effets sociétaux et épidémiologiques sont difficiles à prévoir, et les mesures à prendre en terme d’aménagements du territoire sont compliquées à mettre en place.
Peut-on utiliser la méthodologie de ClimaMeter pour prévoir le risque d’événements extrêmes, comme une vague de chaleur pendant les Jeux olympiques de Paris à l’été 2024 ?
Ce n’est pas l’objectif de ClimaMeter, même si nous avons repris la méthodologie du projet pour évaluer le risque de vague de chaleur pendant les JO de Paris 2024, dans la revue npj Climate and Atmospheric Science. Nous avons montré que ce risque est bien plus élevé qu’en 2003, et que le record de 2003 pouvait être dépassé de plus de 4 °C en Île-de-France avant 2050.
Les épisodes chauds ainsi simulés correspondent à l’ajout d’une « goutte froide » cyclonique à une situation anticyclonique proche de celle de 2003. Cette « goutte froide » est susceptible de transporter de l’air très chaud du Sahara vers la France, et d’apporter une chaleur supplémentaire par rapport à la situation de 2003.
Cette étude n’est pas une prévision pour 2024, mais un avertissement quant à la possibilité de périodes de chaleur prolongées en Île-de-France à un horizon très proche.
Se reconnecter à la magie de la nature, se laisser emporter par le souffle de l’aventure ! Après « Les mangeurs de pierre« , premier volume paru en septembre 2023, suite et fin du périple de Hannah et ses compagnons avec « Les hommes-oiseaux« , en librairie le 16 mai 2024. Une saga écrite par une autrice de talent, qui réussit avec Halanga sa première incursion en littérature jeunesse. Un récit merveilleux d’une grande douceur, qui explore notre rapport avec le vivant, notre connexion avec la nature, et nous invite à l’éveil de nos sens.
« Un roman haletant dont l’intrigue et l’action démarrent dès la première page. L’auteure nous plonge dans un monde de beauté où la cruauté humaine n’a pas de limites, tout comme le courage de certains de se battre pour la liberté des autres. »
PAGE DES LIBRAIRES
Un roman d’aventures palpitant, aux airs de fantasy, avec une galerie de personnages savamment incarnés et une héroïne courageuse et libre.
Une ode passionnante à la nature, à la connexion entre les êtres et les mondes — animal et végétal. Une invitation à l’éveil de nos sens, à l’écoute, à la contemplation, au respect de la vie et de l’autre.
Un grand roman d’aventures, merveilleux et enchanteur, qui explore notre connexion avec le vivant. 1er tome d’un diptyque passionnant !
À Halanga, on vivait sans manquer de rien avant que Sixte ne prenne le pouvoir, laissant la population mourir de faim. Hannah décide alors de partir en quête d’une plante miraculeuse qui pousse au-delà des Montagnes blanches, dans l’Est sauvage. C’est le début d’un long voyage, en compagnie de plusieurs résistants. Sur la route, pour braver les dangers, Hannah devra plus que jamais compter sur son don ; car elle est une Oreille, capable de comprendre le langage des arbres et du vent…
Katrina Kalda présente brièvement son premier roman à un public de libraires
Après « Les mangeurs de pierre », suite et fin du périple de Hannah et ses compagnons ! L’histoire d’un fabuleux combat pour la liberté.
Hannah atteint enfin les contrées de l’Est sauvage, où se dresse une forêt d’arbres géants. Qui sont ces hommes aux allures d’oiseaux qui l’habitent ? À l’ouest des montagnes, la cité de pierre est envahie. Renvoyée de force à Halanga, Prunelle découvre son funeste destin : épouser Sixte, dont le pouvoir est sans limite. Pour venir en aide aux siens et défier le tyran, Hannah devra rallier ceux qui, dans l’ombre, continuent de résister. Et espérer que les arbres, le vent et la pluie soient de nouveau derrière elle…
L’ autriceKatrina Kalda
Katrina Kalda est née en 1980 en Estonie.
Elle est arrivée en France à l’âge de dix ans.
Elle a étudié les lettres à l’École normale supérieure de Lyon.
Agrégée de lettres modernes, elle passe le concours de conservateur des bibliothèques en 2014.
Actuellement, elle travaille à la bibliothèque de l’université de Tours.
Elle est l’autrice de quatre romans côté adultes chez Gallimard (collection blanche) : Un roman estonien (2010), Arithmétique des Dieux (2013), Le pays où les arbres n’ont pas d’ombre (2016) et La mélancolie du monde sauvage (2021). Elle a reçu le Prix du rayonnement de la langue et de la littérature française, par l’Académie française (2013), le prix Richelieu de la francophonie (2015), et le prix des lecteurs des littératures européennes de Cognac (2018).
4 questions à Katrina Kalda
Vous avez déjà publié plusieurs romans pour adultes. Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous tourner vers la littérature jeunesse ?
L’univers de Halanga s’est imposé alors que je travaillais sur un autre livre, pour un public adulte. C’était inattendu, mais tellement prégnant que j’ai mis mon projet de côté pour noter les grandes lignes du roman. À l’époque, je vivais dans une maison en lisière de forêt ; c’est peut-être l’atmosphère particulière de ce lieu qui a déclenché le récit. Petite fille, en Estonie, j’étais aussi une grande lectrice, notamment des romans d’autrices d’Europe du Nord mettant en scène des enfants très autonomes, souvent solitaires, et une nature accueillante, mais aussi dangereuse. Je pense aux livres d’Astrid Lindgren, de Selma Lagerlöf, à ceux de Tove Jansson avec sa vallée enneigée, cernée par les montagnes, la mer, et ses maisons toujours ouvertes aux hôtes de passage. J’étais une enfant très rêveuse, alors ces livres m’ont énormément accompagnée ; je crois aussi qu’ils ont été un contrepoint à la grisaille de la ville soviétique et aux longs hivers du nord. Finalement, ce n’est pas si étonnant que je revienne vers la littérature jeunesse.
Votre héroïne est embarquée dans une quête palpitante qui va la mener loin des cinq vallées de Halanga. Que fuit-elle et qu’espère-t-elle trouver ?
Hannah assiste à l’avènement d’un pouvoir autoritaire qui, au début du diptyque, va faire basculer tous ses repères. En quelques jours, elle perd son foyer, son père, et le mentor qui l’a formée. Sixte, le tyran, est comme Hannah un personnage très fort, entier et idéaliste. Tous deux ont des visions du monde très tranchées et surtout antinomiques. Hannah est donc confrontée à un choix douloureux : se mettre au service du tyran, en reniant ses valeurs, ou bien fuir. Elle choisit de partir, ce qui signifie aussi quitter le jeune homme qu’elle aime, et ressentir la culpabilité de ceux qui s’en vont, alors que d’autres restent et tentent de résister…
Hannah va se lier avec des personnages très différents les uns des autres. Comment avez-vous imaginé la dynamique du groupe ?
Dans un groupe humain, il s’établit souvent un subtil équilibre entre des personnalités très différentes. Là où Hannah est fougueuse et pleine de courage, Fenouil est un garçon discret, timide, qui pourrait sembler lâche au premier abord, mais qui se révèle incroyablement persévérant et curieux. Frêne est, lui, un jeune homme très fort, aux jugements parfois durs, mais qui dissimule une blessure qu’il n’arrive pas à dépasser. Quant à Prunelle, elle semble l’exact opposé de Hannah, toujours soignée, polie, douce, alors que Hannah est sauvage et impulsive. Mais Prunelle est surtout prisonnière d’une image de soi qu’on lui a imposée et qui lui fait horreur. Et enfin, il y a Aube, le bébé qu’il faut éloigner du tyran et qui se révélera porteuse d’un don hors du commun… Le hasard qui les fait cheminer ensemble va les obliger à s’adapter, à faire preuve d’empathie, à dépasser leurs préjugés. Finalement, Halanga, c’est aussi une belle histoire d’amitié.
Hannah va aussi développer son don d’Oreille, une capacité fascinante et merveilleuse, qui commence pourtant par l’observation de signes auxquels nous pourrions tous être attentifs…
C’est vrai, le talent de Hannah repose avant tout sur le fait de se rendre attentive à ce qui l’entoure. Elle perçoit le moindre bruit, le moindre changement dans l’air, elle remarque des fragrances infimes qui restent imperceptibles à d’autres. Pour acquérir cette qualité de présence au monde, elle a dû beaucoup s’exercer en pratiquant quelque chose qui pourrait se rapprocher de la méditation. Peut-être Halanga pourrait-il donner envie de s’arrêter un instant pour remarquer ne serait-ce que la couleur du ciel ou la forme des feuilles d’un arbre sous lequel on passe tous les jours sans lever les yeux ?
Le décryptage d’Ophélie Petiot vise à analyser les ressorts de la consommation locale : les raisons qui peuvent motiver cette pratique, ses avantages, mais aussi ses limites. Elle invite à se questionner sur les définitions du terme « local » qui varient selon le contexte socioculturel, la zone géographique et les revendications associées. Ce décryptage propose également une analyse des répercussions écologiques liées à la consommation de certains produits spécifiques, et montre les résistances sociales et économiques pouvant découler de la relocalisation des moyens de production.
Les récentes crises agricoles qui ont traversé l’Europe, suite à l’imposition de normes environnementales sans compensations financières, ont donné un nouveau souffle à la consommation locale. Cette dernière s’en retrouve ainsi motivée par de nouvelles préoccupations telles que la lutte contre la concurrence déloyale et la promotion de l’emploi local.
Le décryptage d’Ophélie Petiot vise à analyser les ressorts de la consommation locale : les raisons qui peuvent motiver cette pratique, ses avantages, mais aussi ses limites. Les définitions du terme « local » varient selon le contexte socioculturel, la zone géographique, et les revendications associées. Ce décryptage analyse aussi les répercussions écologiques liées à la consommation de certains produits spécifiques et les résistances sociales et économiques pouvant découler de la relocalisation des moyens de production.
Si le localisme permet potentiellement d’avoir une moindre empreinte carbone et de favoriser l’emploi local, ses impacts réels ne vont pas toujours dans ce sens.
Et si consommation locale ne signifiait pas toujours consommation durable et cachait une réalité plus contrastée ? Si l’on vous disait que le kilogramme de viande de veau de race à viande équivaut à 48,6 kg de GES en production locale contre 22,8 kg de GES pour le kilogramme de haricots verts hors-saison importés par avion depuis l’Afrique subsaharienne, seriez-vous étonné.e.s ?
En février 2024, le salon de l’agriculture s’est tenu dans une ambiance tendue. Les agriculteurs français ont notamment exprimé leur préoccupation concernant la concurrence déloyale d’autres produits provenant de l’Union européenne ou d’ailleurs, et leur mécontentement face à des rémunérations insuffisantes. La colère avait atteint son paroxysme en janvier 2024 : les agriculteurs avaient organisé des barrages à proximité de Paris dénonçant des rémunérations insuffisantes et les difficultés à produire face à l’augmentation des importations de denrées alimentaires à plus bas prix en provenance de l’extérieur de la France – Union européenne ou hors Union européenne.
Dans ce contexte, si l’alimentation locale est populaire auprès des consommateurs, les importations de certains produits continuent de croître fortement comme celle de la viande de poulet originaire d’Ukraine1 moins coûteuse. En 2022, la FNSEA, avait déjà dénoncé ces importations qui ne sont pas soumises à la réciprocité des normes imposées2 comme une concurrence déloyale. A ces difficultés s’ajoute une position de faiblesse des agriculteurs face aux industriels et aux distributeurs. Les principaux syndicats d’agriculteurs (FNSEA et Jeunes Agriculteurs) réclament dans une liste de revendications3 le respect total des lois Egalim devant garantir une juste rémunération de leurs produits dans le cadre des négociations commerciales avec les industriels et les distributeurs. Comment dans ce cadre réussir à garantir le maintien d’une agriculture locale et de produits locaux ?
Hormis les relations entre les agriculteurs, les transformateurs et les distributeurs, le rôle du consommateur dans l’achat de produit locaux est central. Encourager la production de denrées alimentaires locales nécessite d’abord d’acheter ces produits. Bien qu’ils soient invités à consommer français, les consommateurs se tournent-ils plus naturellement vers les produits locaux ? Les consommateurs sont-ils prêts à payer plus cher une alimentation issue de la production française voire plus locale ? Pour répondre à ces questions, ce décryptage propose une analyse de « l’alimentation locale », de ses atouts et de ses limites.
I – Les avantages de l’alimentation locale : une définition selon le point de vue du consommateur.
L’alimentation locale était autrefois la norme pour les consommateurs. Achetés dans de petits commerces, à proximité immédiate de leur domicile, les produits locaux faisaient partie intégrante de leur alimentation. Avec la mondialisation et l’ouverture des marchés, l’origine géographique des produits consommés n’a cessé de se diversifier. Pourtant dans ce contexte, qu’il s’agisse de biens matériels ou d’alimentation, le local paraît plus sûr, de qualité et est de fait volontiers plébiscité. Dans le cas de l’alimentation, ce besoin de confiance est encore renforcé car le produit est avalé.
« Face à une consommation standardisée et largement désincarnée, face à une société de plus en plus fragmentée, les produits locaux, formidables vecteurs d’ancrage, d’identité, de confiance et de proximité, apparaissent comme une valeur refuge » précisent Emily Mayer et Philippe Goetzmann4.
Le produit local dispose de plusieurs atouts pour le consommateur. Ces produits participent d’abord à l’encouragement de l’activité économique à proximité du lieu de vie. Ils sont perçus comme étant à l’origine d’emplois et de dynamisme pour les territoires qui les accueillent car les aliments locaux consommés sont souvent des aliments transformés. Les Français ont en effet réduit de de 25 %5 entre 1986 et 2010 le temps consacré à la préparation de leurs repas à domicile. Cette réduction du temps de préparation des repas s’accompagne d’une hausse de la consommation des aliments transformés. Souvent perçus comme pratiques, découpés, voire déjà cuisinés, ils sont intégrés à l’alimentation quotidienne. Selon l’INSEE la part des plats préparés dans les achats alimentaires des Français a d’ailleurs augmenté de 4,4 % par an en volume depuis les années 1960. Ces aliments transformés le sont en amont par des acteurs économiques via l’industrie agroalimentaire.
« Nous consommons beaucoup de produits transformés. La clé du local se situe certes dans l’agriculture, mais encore plus dans l’industrie. » Emily Mayer et Philippe Goetzmann, La consommation de produits locaux, de l’héritage à la richesse productive, Fondation Jean-Jaurès, 2023.
Même si un aliment local est souvent caractérisé comme artisanal et en circuit court6, pour acheter local les consommateurs se tournent plus naturellement vers les supermarchés et hypermarchés où les produits agroalimentaires occupent une place essentielle. Finalement, peu de produits locaux n’y ont pas recours. Cette consommation favorise la production industrielle au sein des territoires. Par ailleurs, la sécurité sanitaire des produits est un autre atout perçu par les acheteurs, français ou internationaux. Les normes sanitaires imposées aux entreprises françaises sont de fait un réel facteur de compétitivité7.
Aussi, les produits locaux sont associés à un gage de qualité dont les consommateurs français sont attentifs. Entré au patrimoine immatériel de l’humanité de l’Unesco en 2010, le repas gastronomique8 fait partie intégrante de la culture française. La France bénéficie d’une alimentation de plaisir, une véritable culture alimentaire souvent enviée dans le reste du monde. Disposant de nombreux terroirs et d’une grande diversité de produits alimentaires, les spécialités sucrées, salées, ainsi que les nombreuses boissons sont autant de produits cuisinés et consommés chaque année en France et dans le monde. Cette culture particulière s’exprime d’abord par le temps passé à table où, en ce domaine, les Français sont champions du monde selon l’OCDE.
Graphique présentant le classement des Etats passant le plus de temps à table, selon Statista
Avec une moyenne de 2 h 13 par jour passés à table, les Français sont les premiers au monde à passer autant de temps autour d’une table pour se nourrir. Cette spécificité s’explique par le fait que l’alimentation est, en plus d’un acte nourricier, un acte social et de culture. Le choix des aliments consommés y est aussi très varié. Lors du petit-déjeuner, déjeuner ou dîner les aliments consommés diffèrent. Cette culture de l’alimentation est d’autant plus complexe qu’elle varie aussi de région en région, voire à une échelle plus fine. Certaines villes s’identifient à leurs plats emblématiques (la bouillabaisse à Marseille, le cassoulet à Toulouse etc.), tandis que certains territoires préfèrent la cuisine au beurre et d’autres à l’huile… Ces spécificités locales sont un marqueur d’identité. Même si une multitude de produits locaux sont consommés en France, le repas est de part et d’autre du territoire un moment de plaisir dans lequel le choix des produits est central.
« Le repas gastronomique met l’accent sur le fait d’être bien ensemble, le plaisir du goût, l’harmonie entre l’être humain et les productions de la nature. Parmi ses composantes importantes figurent : le choix attentif des mets parmi un corpus de recettes qui ne cesse de s’enrichir ; l’achat de bons produits, de préférence locaux, dont les saveurs s’accordent bien ensemble ; le mariage entre mets et vins ; la décoration de la table ; et une gestuelle spécifique pendant la dégustation (humer et goûter ce qui est servi à table) » Claire Villiers, Les Français champions du monde du temps passé à table », à partir des sources OCDE, Statista, 2023.
Les aliments ne sont pas choisis au hasard pour composer un repas par les consommateurs français : une multitude de facteurs entrent en compte lors de l’acte d’achat. Ils privilégient des produits de qualité, des produits dans lesquels ils s’identifient, intégrés à leur culture alimentaire, sûrs d’un point de vue sanitaire mais également abordables financièrement. De nombreux critères entrent en compte dans le choix des produits locaux.
« Quand on pense « aliments », les premières idées qui viennent à l’esprit gravitent généralement autour des questions de goût et de plaisir sensoriel, puis de sûreté, de nutrition et de santé, mais également de technologie, de provenance et d’agronomie, et souvent de prix. Puis en approfondissant la réflexion, d’autres dimensions s’associent, notamment sociales et culturelles (socialisation, convivialité, identité, patrimoine, etc.), politiques et économiques (sécurité et souveraineté, plans nationaux, droit, commerce international, emplois, etc.) et environnementales (émissions de gaz à effet de serre, pollutions chimiques, exploitation des ressources naturelles, biodiversité, etc.). » Christine Cherbut, « De la complexité du rapport à l’aliment », Annales des Mines – Réalités industrielles, mai 20209.
Dans le choix des produits alimentaires, il existe donc aussi des facteurs culturels, sociaux et politiques. Le consommateur exprime sa culture et ses convictions par l’acte d’achat. La consommation relève de fait d’une marque d’engagement du consommateur.
II – L’alimentation locale : un acte d’engagement, plébiscité dans la limite du pouvoir d’achat du consommateur.
L’engagement du consommateur pour une alimentation locale dépend en substance de sa définition de ce qu’est le « local » avant l’acte d’achat. Consommer des produits alimentaires locaux, c’est se nourrir à proximité immédiate de l’espace dans lequel on vit. Cette acception renvoie à la notion de proximité, en réalité très relative. Correspond-t-elle à la ville ou au village dans lesquels le consommateur réside ? Ou bien au département, à la région ou au pays tout entier ? Toute la question est de pouvoir caractériser le « local » d’un point de vue géographique, ce que certains consommateurs ont réussi à définir pour leur propre alimentation. Ces consommateurs particuliers sont surnommés les « locavores ». Selon Monique Poulot, il s’agit d’un mouvement initié dès les années 1980 qui consiste à s’approvisionner en aliments dans un périmètre géographique restreint.
« Cette belle histoire s’inscrit dans un mouvement de fond, initié aux États-Unis dans les années 1980, de remise en cause des habitudes alimentaires contemporaines fondées sur l’internationalisation croissante des marchés et le développement d’instruments efficaces de distribution alimentaire. » Poulot, Monique. « Vous avez dit « locavore » ? De l’invention du locavorisme aux États-Unis », Pour, numéro 3, 2012, p. 349‑54.
Initié aux Etats-Unis, ce mouvement engagé du locavorisme s’exporte peu à peu sur la planète. Pour être locavore, les biens consommés doivent être produits au maximum entre 160 km et 250 km. Mais cette définition du local varie d’un consommateur à un autre : elle peut être synonyme d’une consommation régionale, ou nationale. Elle varie en fonction du sentiment d’appartenance de chacun à un territoire et de sa façon de le percevoir. Cet élément est perceptible en Europe où la considération de ce qu’est le « local » n’est pas la même d’ouest en est. Par exemple, si les Français, les Allemands, les Italiens, les Espagnols et les Portugais déclarent à plus de 70 % que consommer local c’est d’abord acheter des biens de consommation régionaux, il n’en est pas de même à l’est. Les Hongrois, Roumains ou Tchèques considèrent en effet qu’une production locale est avant tout nationale10.
Les produits locaux recouvrent une dimension militante du consommateur. Ce dernier achète local par choix. Le consommateur éclairé modifie ainsi sa consommation pour qu’elle réponde davantage à ses valeurs. Il devient acteur de sa consommation, ou « consom’acteur ».
« Le consom’acteur veut consommer différemment : citoyen informé, conscient de son rôle, il veut utiliser son pouvoir d’achat pour faire passer un message, un choix en faveur de produits éthiques et équitables, qui ne répondent pas seulement à des caractéristiques commerciales, mais à des données sociétales. Il interroge, de l’intérieur, le système de consommation ; il lui demande des engagements, des principes, des valeurs ». Dominique Schelcher, Le bonheur est dans le près : le commerce au cœur du vivre ensemble, Paris, L’Archipel, 2022, p.5
Cette conscientisation croissante du consommateur s’accompagne d’une augmentation de l’achat de produits locaux. Selon une enquête IPSOS11, les consommateurs français étaient en 2014 de plus en plus attentifs à l’origine des produits, mais également au lieu de fabrication de ces derniers. 8 Français sur 10 déclarent être plus vigilants sur l’origine d’un produit alimentaire. Cette enquête précise que 69 % de ces consommateurs déclarent acheter des produits locaux de manière plus fréquente. En achetant des produits locaux, le consommateur se voit donc muni de différents moyens d’action, principalement trois selon l’observatoire Cetelem : encourager l’économie locale, favoriser l’emploi de proximité et consommer des produits de bonne qualité12. D’autres motivations existent cependant, comme la volonté de réaliser des achats plus écologiques, participer au rayonnement culturel des produits locaux de sa région, ou encore mieux connaître la composition des produits. Si cette consommation est bien ancrée en France et en croissance, ailleurs la consommation locale est également un mode de consommation décrit comme « responsable ». En Allemagne, les circuits courts apparaissent ainsi comme des alternatives intéressantes pour la consommation de produits alimentaires. L’alimentation locale est une réelle demande en Europe, bien qu’elle ne soit parfois pas la première préoccupation des consommateurs.
Graphique issu du rapport Food Safety in the EU de l’EFSA, avril 2022, page 14.
Quand vous achetez de la nourriture, lequel de ces éléments est le plus important pour vous ? En premier ? Et ensuite ? (Au maximum 3 réponses sont attendues)
À la question « quand vous achetez de la nourriture, lequel des éléments suivants est le plus important », les personnes appartenant à 5 pays mettent en premier « l’origine géographique du produit » (dans l’ordre : Slovénie, France, Luxembourg, Suède et Allemagne). En revanche dans 15 Etats c’est « le coût » qui est le premier critère. Si l’origine géographique des produits est une vraie préoccupation, le pouvoir d’achat des consommateurs reste une priorité. Dans le cas français, d’autres études montrent d’ailleurs que le prix reste aussi la première motivation d’achat13.
Selon l’observatoire Cetelem, le prix est ainsi le principal critère d’achat suivi de la qualité et du goût14. A 58 %, les consommateurs accepteraient de payer un produit local plus cher, entre 5 % et 10 % au maximum, ce qui pèse sur la marge potentielle des produits locaux. Cela explique que malgré le fait que les consommateurs français souhaitent à plus de 51 % davantage de produits locaux et à 49 % des produits fabriqués en France dans les hypermarchés ou supermarchés15, la consommation de produits locaux reste modérée. Ainsi les produits locaux ne représentent que 2,2 % du chiffre d’affaires des produits de grande consommation en France16.
III – Les limites de l’alimentation locale pour le consommateur : un local toujours plus durable et sûr ?
La consommation locale semble aller de pair avec une durabilité alimentaire. Dans la mesure où les biens consommés seraient produits localement ils sont spontanément considérés comme plus écologiques. En réduisant les distances et le transport des marchandises, la consommation locale réduirait de fait la production de gaz à effet de serre. Pourtant, ce calcul n’est pas si simple et représente la première limite de l’alimentation locale. Les émissions de gaz à effet de serre (GES) varient beaucoup entre produits et modes de production. Par exemple, selon l’Ademe, la consommation de haricots verts hors-saison importés par avion depuis l’Afrique subsaharienne présente un volume très important de GES émis. Un kilogramme de ces légumes équivaut en effet, depuis sa production à son transport jusqu’au lieu de consommation (en passant par sa transformation et son conditionnement) à plus de 22,8 kg de GES par kg d’aliment ingéré17. Par comparaison, dans le cas de haricots verts locaux, les émissions reviendraient à 0,7 kg de GES. En produisant localement, la réduction de la production de gaz à effet de serre semblerait donc très nette pour un même produit. Mais tout dépend des techniques de production et du respect de la saisonnalité. L’empreinte carbone d’une alimentation locale, fondée sur des fruits et légumes de saison sera faible. Mais selon Gautier Avril fondateur de la société Pure control qui propose des solutions de pilotage énergétique, une tomate produite en France sous serre en Bretagne et en hiver émet autant de gaz à effet de serre qu’une tomate produite en Afrique du Sud et transportée en camion jusqu’au marché français18. Et, dans le cas de la consommation de viande locale, les émissions de carbone restent très élevées. Selon l’Ademe, le kilogramme de viande de veau de race à viande (charolaise, limousine, etc.) équivaut à 48,6 kg de GES en production locale.
En fonction des produits achetés, privilégier une alimentation locale semble plus durable et s’inscrit dans une démarche d’engagement du consommateur. Néanmoins, d’après la sociologue Sophie Dubuisson-Quellier membre du Haut conseil pour le climat, cet engagement de la part du consommateur est variable d’un pays à l’autre de l’Europe19. Si 61 % des consommateurs suédois pensent que la consommation locale permet de s’engager en faveur de l’environnement, ils ne sont que 16 % en Bulgarie. En France, 44 % des consommateurs considèrent que consommer local est d’abord un acte en faveur de l’environnement20. En effet, privilégier les productions alimentaires locales permet de réduire les coûts de transport ainsi que les chaines d’approvisionnement. Pourquoi alors ne pas relocaliser certaines productions ? Ce n’est pas si simple. En effet ces relocalisations peuvent se heurter à certaines résistances locales. Leur impact paysager, leur utilisation des ressources locales, les nuisances qu’elles apportent (bruits, odeurs, etc.) sont un frein potentiel à l’implantation de nouvelles industries agroalimentaires.
L’alimentation locale peut s’apparenter, dans l’imaginaire du consommateur, à un produit réalisé entièrement dans un périmètre restreint. Or ce n’est pas toujours le cas. Pour consommer local, l’acheteur se tourne naturellement vers des certifications, des labels qui encouragent les produits régionaux. Ceux-ci sont répartis dans la France entière. Label rouge, Appellation d’Origine Protégée (AOP), Appellation d’Origine Contrôlée (AOC), Indication Géographique21, Indication Géographique Protégée (IGP), Spécialité Traditionnelle Garantie et Production Biologique, etc., sont autant de signes de qualité et d’origine des produits que l’on trouve sur le territoire français. Ces labels imposent un cahier des charges à la production alimentaire. Parfois strictes, les règles à appliquer pour obtenir ces précieux labels sont un gage de qualité. Ces labels à vocation nationale sont aussi couplés à de nombreux labels régionaux qui certifient une production de l’aliment à l’échelle d’une région. Mais bénéficier d’un label régional ne signifie pas nécessairement que l’entièreté des produits utilisés dans la confection de l’aliment provient de la région. Des labels régionaux mentionnent explicitement l’utilisation d’aliments extérieurs à la région dans la confection de leurs produits finis. C’est le cas du sigle Produit en Bretagne respectant la règlementation européenne.
« Des ingrédients bretons quand ils sont disponibles
Quand un ingrédient est disponible dans la qualité et la quantité nécessaire, il doit être sourcé en Bretagne. Si le ou les ingrédients principaux ne sont pas disponibles dans la qualité et/ou la quantité requises, ils peuvent être achetés à l’extérieur, mais le produit ne pourra revendiquer le logo que s’il a été transformé substantiellement (cf définition du règlement européen) et apporte une valeur ajoutée notable. Ce qui prime, c’est le savoir-faire et l’emploi. Produit en Bretagne n’est pas Produit de Bretagne. C’est pour nous l’action de produire qui importe en tout premier lieu, et de ce fait l’emploi. » Passage issu du site internet officiel du label « Produit en Bretagne »22.
Certains acteurs locaux dénoncent sur ce point un manque d’informations sur des produits commercialisés dans cette région. L’association Blé Noir Tradition Bretagne, titulaire d’une Indication Géographique Protégée (IGP), se préoccupe ainsi de la concurrence déloyale de transformateurs qui utilisent du blé noir en provenance de l’Europe de l’Est, voire même d’Asie23. En ce sens, consommer local, peut aussi être à l’origine d’une empreinte environnementale importante bien qu’elle favorise l’activité et l’emploi sur le territoire d’origine.
De plus toutes les marques locales ne sont pas détenues par des artisans ou de petits industriels locaux. Les grandes entreprises développent aussi des stratégies d’investissement dans des marques locales pour diversifier leur offre. Consommer local, ne signifie pas nécessairement encourager les petites et moyennes entreprises des territoires où elles sont situées.
« Comme les distributeurs, les grands industriels de l’agroalimentaire sont confrontés à ce mouvement. Depuis cinquante ans, le développement de la grande classe moyenne les a amenés à adopter des stratégies de massification et de standardisation. Ils ont ainsi souvent absorbé les capacités de production et les produits de marques locales. Comme celui des enseignes qui ont connu le même mouvement, le cimetière des marques est rempli de marques locales qui se sont développées en perdant leur ancrage. […] Des années 1960 à l’an 2000, les grands brasseurs mondiaux ont absorbé la quasi-totalité des brasseurs locaux et concentré la production sur quelques marques internationales. Vingt ans plus tard, l’explosion des microbrasseries les a amenés à inverser leur stratégie et, à côté des marques mondiales, à distribuer une grande variété de petites marques, de niche ou locales. » Fondation Jean-Jaurès. Emily Mayer et Philippe Goetzmann, à partir de l’étude de l’IRI, « La consommation de produits locaux: de l’héritage à la richesse productive ».
Lorsque des entreprises transnationales investissent dans des marques locales, une concurrence se développe donc entre producteurs locaux et grands groupes. En Haute-Savoie, par exemple, des petites coopératives laitières ont résisté face à l’installation de Lactalis par son acquisition de la marque locale Pochat et Fils24. Ces luttes d’influence peuvent rendre plus difficile la communication à l’égard des consommateurs voire les détourner des marques concernées.
Enfin, pour que l’offre en produits locaux soit suffisamment abondante pour le consommateur, il faut que le tissu productif local permette de la produire. Or, toutes les régions ne sont pas en mesure de transformer tous les produits de consommation quotidienne. Si la région Bretagne dispose de 1187 unités légales en agroalimentaire, la région Centre Val-de-Loire n’en dispose que de 50925. Certaines régions peuvent donc davantage répondre aux besoins de produits locaux des consommateurs. La consommation locale est ainsi plus importante dans les régions où l’identité régionale est forte. En Alsace, dans le Bas-Rhin, les produits locaux représentent par exemple 8,3 % du chiffre d’affaires des produits de grande consommation, de frais et libre-service contre 0,4 % en Seine-et-Marne26.
Ce décryptage sur les différentes formes prises par l’alimentation locale a permis de décrire un paysage plus complexe qu’on ne l’imagine au premier abord : implication des grands groupes agroalimentaires dans la production et la distribution locale, ambivalence des consommateurs qui continuent majoritairement à faire passer le prix au premier rang dans l’acte d’achat, complexité des labels et des appellations de qualité qui ne traduisent pas toujours le recours ultime aux produits locaux, empreinte carbone élevée de certains produits locaux.
Il n’en demeure pas moins que le goût des Français pour les aliments locaux, reflet d’une culture gastronomique qui a des racines historiques et populaires, offre un fondement solide à un renforcement de la place de l’alimentation locale dans la consommation. C’est un atout indéniable en termes de santé et environnement et de relocalisation des productions.
L’interprofession ANVOL déclarait dans son bulletin numéro 489 du 06 septembre 2023, une augmentation de 137% des importations de poulets ukrainiens sur le marché européen. ↩︎
Information tirée du communiqué de presse de la FNSEA intitulé « l’exigence de réciprocité des normes à l’importation est possible et indispensable ! » du 15 juin 2022. ↩︎
Liste de revendications issue du communiqué « #on marche sur la tête / synthèse des revendications FNSEA » du 24 janvier 2024. ↩︎
Chiffre issu du rapport INSEE Première numéro 1568, Cinquante ans de consommation alimentaire : une croissance modérée, mais de profonds changements, octobre 2015. ↩︎
Selon Ly, Carole. « L’excellence sanitaire : une obligation, qui constitue un facteur de compétitivité à l’international ». Annales des Mines – Réalités industrielles Mai 2020, no 2 (2020): 46 50. ↩︎
L’analyse de Christine Cherbut : https://www.cairn.info/revue-realites-industrielles-2020-2-page-5.htm ↩︎
Étude Think Local, Act Local de l’observatoire Cetelem en 2019, les consommateurs de 17 pays européens sont ici interrogés (échantillon de 13 800 individus âgés de 18 à 75 ans dans les Etats suivants : France, Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Danemark, Espagne, Hongrie, Italie, Norvège, Pologne, Portugal, République tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Slovaquie, Suède. Accessible sur ce lien : https://observatoirecetelem.com/lobservatoire-cetelem-de-la-consommation/think-local-act-local-penser-local-agir-local↩︎
Selon les chiffres de l’article Bilan carbone : une tomate sous serre équivaut-t-elle à une tomate d’Afrique du Sud accessible sur ce lien : https://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/ille-et-vilaine/rennes/bilan-carbone-une-tomate-sous-serre-equivaut-elle-a-une-tomate-d-afrique-du-sud-2691438.html ↩︎
Dubuisson-Quellier, Sophie. « Chapitre 2. Consommation et respect de l’environnement », La consommation engagée, sous la direction de Dubuisson-Quellier Sophie. Presses de Sciences Po, 2018, pp. 31-50. ↩︎
Selon l’étude Think Local, Act Local de l’observatoire Cetelem en 2019. ↩︎
Indication s’appliquant aux spiritueux, la France en compte 35 selon le « Panorama des industries agroalimentaires » du Ministère de l’Agriculture et de la souveraineté alimentaire, 2022. ↩︎
Information issue de l’article du journal Le Monde, « Au pays du reblochon, les petites coopératives laitières s’organisent face au géant Lactalis », par Fanny Hardy en 2022 : https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/09/27/au-pays-du-reblochon-les-petites-cooperatives-laitieres-s-organisent-face-au-geant-lactalis_6143371_3234.html ↩︎
« Panorama des industries agroalimentaires ». Ministère de l’Agriculture et de la souveraineté alimentaire, 2022. ↩︎
Selon Le scan de l’info de l’IRI, « Très grande disparité de l’ancrage des marques locales sur le territoire », mai 2022. ↩︎
Alternatiba devient Action Justice Climat. Les groupes locaux de Paris, Lyon et Montpellieront décidé de fonder un nouveau mouvement à la croisée des luttes. Ce processus démocratique a permis d’embarquer tous leurs activistes dans ce projet. Des centaines de personnes ont contribué aux réflexions collectives sur les priorités politiques du mouvement, en choisissant son nouveau nom, en travaillant sur sa nouvelle identité visuelle, etc. Action Justice Climat : ces trois mots portent en eux l’essentiel de leurs combats, un projet d’écologie populaire et émancipatrice.
Ce nouveau nom, simple et explicite, correspond une volonté de nommer clairement les choses et permettre à toutes celles et tous ceux qui veulent passer de la rage à l’action.
il n’y a pas de justice climatique sans justice sociale.
1er mai 2024 : 1ère manif d’Action Justice Climat !
Face à la montée d’un discours qui fait peser le poids de la transition écologique sur les individus, le mouvement AJC fait le choix de dénoncer les responsables du dérèglement climatique, à savoir les multinationales et les gouvernements qui en sont complices, et exige qu’ils en assument les conséquences.
Un mouvement engagé pour le climat et la justice sociale. À Paris, en Ile-de-France et à l’échelle nationale, nous participons à la construction d’une société plus soutenable, juste et égalitaire pour toutes et tous.
Action Justice Climat
Pour le mouvement Action Justice Climat à la croisée des luttes, il était important d’être là le 1er mai pour défendre nos acquis sociaux. Aujourd’hui, le monde du travail se précarise, les conditions se dégradent, le travail tue et ce sont les moins diplômé·es, les jeunes, les femmes et les minorités de genre qui en subissent le plus durement les conséquences.
Partant du constat que les personnes discriminées en raison de leur classe, leur genre, leur origine ou leur couleur de peau, sont parmi les plus vulnérables face aux aléas climatiques, ce mouvement souhaite continuer à travailler pour que soit pris en compte leurs droits.
Les réactionnaires et les capitalistes s’emparent de la question climatique, y proposant des réponses identitaires ou libérales, en prétendant que la technologie et la croissance nous sauveront des conséquences du dérèglement climatique.
Action Justice Climat
Le mouvement s’est fixé commeun devoir de « construire un contre-discours solide et radical face à la droite et l’extrême droite« . Ils n’y parviendront pas seuls, c’est pourquoi ils souhaitent ‘créer des alliances avec d’autres luttes afin de contribuer à l’émergence d’un large front social’.
« Pour lutter contre un système économique défaillant, nous nous mobilisons et appelons à repenser urgemment notre rapport au travail, en tant que société, pour sortir d’un système néolibéral qui nous broie ». Notre vie est trop précieuse pour la sacrifier au profit d’un capitalisme mortifère, qui exploite les ressources humaines comme environnementales. Réduire le temps de travail, c’est laisser aux individus plus de temps pour créer du lien social, contribuer autrement à la société, jardiner, militer, s’engager dans des associations ou simplement se reposer… C’est prendre le temps de prendre soin de soi, de ses proches, de son environnement.
c’est en unissant nos forces que nous parviendrons à faire entendre nos voix.
Action Justice Climat
Avec plus de 300 personnes, le collectif est un espace de luttes partagées, qui procure de la joie aux personnes qui y participent et alimente en même temps leur détermination à se battre pour une société plus juste et plus soutenable. « Un espace où on se donne de la force les un·es aux autres, on se rencontre et on s’organise pour amplifier la dynamique de la mobilisation citoyenne pour une émancipation collective. »
Le militantisme soutenable est un fondement non-négociable du mouvement, qui s’efforce collectivement de prendre conscience des « multiples mécanismes de domination qui parcourent la société » et reste attentif à ne pas les reproduire en interne.
Pour avoir une chance de voir nos luttes être victorieuses, nous souhaitons que notre mouvement soit durablement un espace bienveillant, accueillant et sécurisant.
Action Justice Climat
Le militantisme soutenable
Action Justice Climat souhaite faire du militantisme soutenableun vrai fondement transversal de l’engagement politique du collectif.
Nous sommes des centaines d’activistes, dont l’écrasante majorité participe à la lutte en tant que bénévoles. Des parcours militants divers nous ont fait comprendre que c’est uniquement un fonctionnement véritablement démocratique et horizontal, prenant soin les un·es des autres, qui peut prétendre à porter un discours cohérent et à changer le monde en mieux à notre échelle, petit à petit.
Jan pour Action Justice Climat Paris
Manifeste Action Justice Climat
» Nous sommes des citoyennes et des citoyens engagé·es dans la lutte pour un monde juste et soutenable.
La réalité climatique et sociale est désormais à l’agenda politique et médiatique, et plus personne ne peut ignorer ses causes.
C’est pourquoi nous soutenons Action Justice Climat dans sa démarche de construction d’un mouvement au croisement des luttes sociales et climatiques, portant une vision d’écologie populaire et émancipatrice pour faire advenir un projet de société juste pour toutes et tous.
Bien loin de l’écologie des puissants, qui fait porter la responsabilité aux individus, nous pensons qu’il faut construire la lutte à partir de la réalité des gens, avec les personnes les plus directement touchées.
Les conséquences du dérèglement climatique, résultant des systèmes de domination et des inégalités en place, sont déjà tangibles et forment un terreau fertile à une convergence entre les idéologies fascistes et les intérêts capitalistes.
Pour nous, les décisions politiques et économiques ne doivent pas sacrifier les plus vulnérables ni reposer sur l’exploitation du vivant.
Les véritables responsables sont les multinationales et leurs dirigeant·es qui s’enrichissent au détriment du bien commun en sabotant notre avenir avec la complicité de nos gouvernements.
Nous croyons à la force de la mobilisation citoyenne non-violente. C’est cette force qui permet à des milliers de personnes comme nous de passer de la rage à l’action.
Nous sommes des citoyen·nes prêt·es à s’opposer aux violences d’État, aux actes et idées d’extrême droite, au système d’oppressions patriarcal, colonialiste et capitaliste.
Ces combats ne doivent pas être menés séparément ni s’opposer ; à problèmes systémiques, réponses systémiques.
C’est pourquoi il faut tisser des liens entre les luttes, investir les espaces de discussions et d’entraide et en créer de nouveaux.
Personne ne sait comment changer de système en un claquement de doigts, ni ce qui arrivera, mais nous partageons le chemin qu’emprunte Action Justice Climat : celui de la construction commune d’un mouvement populaire et radical pour le climat et la justice sociale. «
Ce printemps 2024, la France devient le pays hôte désigné du siège de la future infrastructure de recherche européenne dédiée à la biotechnologie, IBISBA-ERIC, une plateforme de recherche et développement en soutien à l’innovation industrielle. À travers la force du nœud français IBISBA-FR, sous l’égide du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et piloté par INRAE, aux côtés d’Aix-Marseille université, du CEA, du CNRS, d’INSA Toulouse et de Nantes université, l’objectif est d’accélérer la montée en puissance du secteur des biotechnologies européennes pour soutenir la transition vers une bioéconomie circulaire au niveau mondial.
Bioénergies, molécules pour la chimie et les matériaux, ingrédients pour l’alimentation humaine et animale, chimie fine pour les industries cosmétique, pharmaceutique et phytosanitaire, services à l’environnement, traitement des effluents et déchets solides, recyclage de matériaux et matières résiduaires, autant de secteurs sur lesquels IBISBA-France, coordonné par INRAE avec ses 5 partenaires de recherche, concentre déjà ses efforts.
IBISBA-EU est une infrastructure de recherche européenne distribuée portant sur les biotechnologies pour le développement et la mise à disposition de produits et services à l’échelle industrielle. Sa vocation est de contribuer par ses activités de R&D au développement de ce secteur critique pour la bioéconomie circulaire.
IBISBA-FR est la composante nationale d’IBISBA-EU. Le nœud français a pour vocation de proposer des modules de service et d’apporter son expertise scientifique et technologique à IBISBA-EU. Il a aussi pour rôle d’encourager l’adoption par les plateformes de recherche françaises de normes et pratiques requises pour la production de services dans le cadre d’IBISBA-EU.
Le nœud français est ainsi une structure à périmètre évolutif, pouvant intégrer de nouvelles plateformes au cours du temps en fonction des besoins.
Concrètement, d’ici 2026, IBISBA-ERIC a pour mandat de développer les activités R&D en biotechnologies en mettant en relation les acteurs de la recherche et de l’innovation à l’échelle européenne. En proposant un catalogue de services, accessible au travers d’un portail unique, IBISBA apporte à ses utilisateurs la richesse et l’excellence en R&D de ses partenaires présents dans 11 pays européens : France, Allemagne, Belgique, Espagne, Finlande, Grèce, Italie, Irlande, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suède.
Bioindustry 4.0 est une initiative de pointe qui aspire à façonner le développement de procédés de biofabrication intelligents et durables.
Capteurs de processus et méthodes de calcul, jumeaux numériques basés sur l’intelligence artificielle, conception et apprentissage fédéré, Bioindustry 4.0 vise à responsabiliser le secteur de la bio-industrie et rendre le développement des bioprocessus plus rapide et moins coûteux, et la biofabrication plus fiable.
Fin mars, le lancement de l’initiative sur les biotechnologies et la bioproduction de l’Union européenne reconnaissait déjà IBISBA comme l’une des actions R&D clés de l’accélération et montée en compétitivité du secteur des biotechnologies en Europe, via des technologies durables et trans-sectorielles, s’appliquant à un grand nombre de secteurs industriels.
Ainsi, la montée en puissance d’IBISBA doit accompagner cette initiative européenne, qui vise la levée des verrous scientifiques, technologiques et législatifs aux investissements à long terme en matière d’infrastructures, de compétences et de création d’emplois.
* Industrial Biotechnology Innovation and Synthetic Biology Accelerator – European Research Infrastructure Consortium
La LPO publie 20 propositions pour une politique européenne véritablement respectueuse du vivant, alors qu’une nouvelle analyse révèle comment les eurodéputés sortants de chaque pays membres ont voté pour protéger le climat et la nature au cours de la législature précédente 2019-2024.
Dans un rapport transmis aux principaux candidats aux élections européennes, la LPO dévoile ses 20 propositions pour une Europe en faveur de la biodiversité, réparties en 5 objectifs :
Protéger les espèces en danger
Préserver et restaurer les écosystèmes naturels
Limiter le réchauffement climatique
Renouer avec une agriculture respectueuse du vivant
Climate Action Network (CAN) est le plus grand réseau climatique au monde composé de plus de 1 900 organisations de la société civile dans plus de 130 pays, la lutte contre la crise climatique.
Promouvoir des pratiques de pêche compatibles avec la préservation des océans
Garantir une transition énergétique respectueusedes écosystèmes marins
Faire adopter un traité mondial de lutte contre la pollution plastique
Proposer un Pacte européen ambitieux pour la sauvegarde de l’Océan
L’Union Européenne connait un tournant historique. Les élections du 9 juin seront déterminantes, ne serait-ce que pour la mise en œuvre de satransition écologique, nécessaire à la sauvegarde de la nature et du climat.
Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine et sur fond de crise agricole, les régressions environnementales se succèdent à un rythme inquiétant. Le Parlement européen détricote une à une les ambitions initiales du Pacte Vert de 2019, censé rendre l’Europe climatiquement neutre avant 2050.
Ainsi, les conditionnalités écologiques de la Politique agricole commune viennent d’être allégées, le règlement sur la restauration de la nature est en difficulté, celui sur l’utilisation durable des pesticides a été repoussé, le dangereux herbicide glyphosate a été prolongé pour 10 ans, il est envisagé d’abaisser le statut de protection du loup, etc.
Le résultat est noté sur 100. Les partis politiques français se classent en 3 groupes : ils ont agi soit comme des progressistes responsables, soit comme des girouettes retardant l’action réelle en raison de votes inégaux et incohérents, ou pire comme des archaïques échouantà relever le défi des crises auxquelles l’Europe est confrontée.
Le 9 juin prochain, les électeurs et électrices françaises sont appelées à aller voter pour choisir leurs eurodéputé·es. Avec 81 sièges, soit 10% du Parlement européen, la France est la deuxième nation la plus représentée après l’Allemagne : l’issue du scrutin est donc décisive pour orienter la politique européenne des 5 prochaines années. Et les enjeux sont de taille ! France Nature Environnement se mobilise pour que chaque citoyen et chaque citoyenne puisse faire entendre sa voix et voter en faveur d’un monde juste et vivable.
En juin prochain, les citoyens pourront demander des comptes à leurs représentants sur leurs récentes performances parlementaires et exiger des ambitions écologiques plus élevées de la part de leurs représentants dans les années à venir.
« La nature s’effondre, nous entrainant avec elle. L’Europe a prouvé qu’elle pouvait sauver des espèces au bord de l’extinction, nettoyer les rivières et protéger des habitats précieux. Alors que les sondages montrent une prise de conscience des Européens, soucieux de l’effondrement de la biodiversité et inquiets de la crise climatique, les futurs parlementaires seront responsables de l’avenir et jugés en conséquence. »
Une étude conjointe de l’Observatoire de l’Immobilier Durable (OID) et de l’Institut de l’Économie pour le Climat (I4CE) met en lumière les risques majeurs que le changement climatique fait peser sur le secteur du bâtiment en France, appelant à une action immédiate pour l’adaptation et l’atténuation. Renforcer la résilience des bâtiments est un chantier d’envergure auquel les acteurs de l’immobilier ont pour unique choix de se préparer. C’est également dans ce contexte que l’OID poursuit le développement de Bat-ADAPT, son outil d’aide à la décision permettant de réaliser une analyse de résilience climatique pour le bâtiment.
Une récente étude menée en partenariat avec l’Observatoire de l’Immobilier Durable (OID) et l’Institut de l’Économie pour le Climat (I4CE) met en lumière les conséquences dévastatrices du dérèglement climatique sur le secteur du bâtiment en France. L’année 2023 a été la plus chaude jamais enregistrée depuis le début de l’ère préindustrielle, avec une anomalie de la température globale moyenne de l’atmosphère de +1,45 °C. En 2024, cette tendance se poursuit et s’installe désormais comme une nouvelle norme, avec le mois de mars enregistrant la température la plus chaud (+1,68°C), marquant ainsi le 10ème mois consécutif à battre un record de chaleur.
Le changement climatique est une réalité, l’urgence est là, l’inaction est impensable, l’atténuation un impératif et l’adaptation incontournable.
Le calcul du risque climatique
Inconfort, inhabitabilité, fissures, endommagement et incendies : l’avenir pour le secteur du bâtiment face à des risques croissants
Le rapport met en évidence une augmentation significative de l’exposition liés au changement climatique, pour les vagues de chaleur, la sécheresse et les retrait-gonflement des argiles (RGA), les feux de forêt et les inondations liées aux précipitations intenses, qui auront un impact direct sur le confort, la sécurité et les modes de vies des français.es.
L’étude porte spécifiquement sur les aléas ci-dessus
La quasi-totalité du territoire hexagonale sera fortement ou très fortement exposée aux vagues de chaleur, à l’exception des zones de hautes montagnes et de l’extrême nord-ouest.
En raison des périodes de sécheresses plus intenses et plus fréquentes, on observera une intensification majeure du phénomène de retrait et gonflement des argiles, avec une très forte exposition couvrant les 2/3 du territoire.
Autrefois concentrée dans le sud de la France (80% des zones méditerranéennes sont classées à une exposition très forte ou exceptionnelle), une exposition supérieure à la moyenne aux feux de forêt concernera près de la moitié du territoire.
Pour les précipitations moins fréquentes mais plus intenses, le nord de la France (Normandie et Hauts-de-France) et l’est (Grand-Est) seront les plus fortement exposés à des inondations, avec respectivement 52% et 56% des surfaces concernées par une exposition très forte.
Évolution du niveau d’exposition au risque de vague de chaleur et îlots de chaleur urbains
Un appel à l’action pour l’adaptation et l’atténuation
Face à ces défis, l’étude souligne l’urgence de s’adapter au changement climatique tout en poursuivant les efforts d’atténuation.
» Il est impératif que le secteur du bâtiment intègre des stratégies d’adaptation pour faire face aux impacts du changement climatique, qui sont déjà une réalité incontournable, Il est crucial comprendre les risques, anticiper les impacts et adapter le bâtiment »
Cristhian Molina, Chef de projets, à l’OID
Évolution du niveau d’exposition au risque de sécheresse et retrait et gonflement des argiles
Pour les quatre aléas étudiés, l’exposition est très sensible au degré de réchauffement considéré (+2,1°C, +2,7°C, +4°C). Chaque fraction de degré compte, les efforts d’atténuation doivent s’accélérer pour éviter un scénario catastrophe qui pourrait aller au-delà des +4°C et des conséquences désastreuses déjà modélisées.
La France a pris un tournant décisif en matière de politique climatique en mettant l’accent sur l’adaptation, auparavant négligée au profit de l’atténuation. Le rapport de la Cour des comptes, soulignant les lacunes et les besoins urgents en matière d’adaptation au changement climatique, a renforcé ce changement de paradigme. Face à la perspective d’un réchauffement de +4°C, le secteur immobilier doit se mobiliser à intégrer à la fois l’atténuation et l’adaptation, assurant la sécurité, le confort, l’habitabilité des bâtis et les modes de vie des générations futures.
Alors que nous nous dirigeons vers un futur incertain, la prévision et la préparation seront nos meilleurs alliés. Il est crucial de reconnaître que s’adapter au changement climatique n’est pas simplement une option, mais une nécessité impérieuse pour assurer la sécurité et la prospérité des générations futures. La politique d’adaptation doit être vue comme une composante intégrale de notre réponse au changement climatique, aussi importante que les efforts d’atténuation.
Quels efforts, quelle créativité faut-il mettre en œuvre pour arriver à prendre en compte le point de vue d’un autre ? La question des perspectives est au cœur de la peinture qui a cherché, au moins depuis la Renaissance, à reproduire sur le tableau le point de vue d’un observateur humain. Plus récemment, certains éthologues ont radicalisé le projet des peintres en cherchant à reproduire la perspective d’autres animaux. Thibault De Meyer montre comment, en poussant le projet perspectiviste le plus loin possible on donne naissance à une toute nouvelle philosophie non-anthropocentrique et relationnelle, indispensable pour notre temps, loin du naturalisme et du relativisme.
En tentant de reproduire le point de vue d’autres animaux, les éthologues modifient de fond en comble les paramètres de perception et, par ricochets, les notions connexes d’objet, de sujet, de corps et d’environnement se voient transformées.
Pourquoi les zèbres ont des zébrures ?
Un biologiste se met en quête pour comprendre comment ces équidés si singuliers sont perçus par ses espèces compagnes, c’est-à-dire les espèces qui vivent à proximité. À l’opposé d’une tendance relativiste qui coince chacun dans son propre point de vue, Thibault De Meyer montre que la notion de perspective peut produire et encourager des rencontres interspécifiques.
Avec les biologistes et les éthologues dont il décrit les travaux avec passion et minutie, il développe une conception relationnelle des perspectives. Cette conception infléchit également la notion moderne de la perspective en peinture et en architecture.
La perspective linéaire imposait une distance entre le sujet et l’objet de perception, entre la nature et la culture. Cette distance, caractéristique du naturalisme a été un des moteurs conceptuels de la dégradation de ce qu’on appelle l’environnement.
Dans ce livre vous êtes invités dans un monde extraordinaire peuplé d’êtres concrets, vivants, passionnants… Mais surtout, ce que vous allez apprendre, et qui pourrait sérieusement affecter la manière dont nous pensons, voyons, sentons, traduisons, c’est un geste. Un geste qui célèbre les points de vue. Un geste précieux qui donne la confiance et la joie.
Vinciane Despret
Zèbre vu par un humain, un zèbre, un lion et une hyène, extrait de l’article de Melin et al. « Zebra stripes through the eyes of their predators » – Melin et al.
En relatant de nombreux épisodes de l’histoire de la biologie et de l’éthologie, mais aussi de l’histoire de l’art et de l’architecture, en ignorant les frontières disciplinaires, Thibault De Meyer entre en dialogue avec des penseurs et penseuses tels Leibniz, Nietzsche, Gilles Deleuze, Michel Serres, Bruno Latour, Donna Haraway, Philippe Descola ou encore Vinciane Despret.
Podcast audio sur l’invention de la perspective animale
Screenshot
A propos de l’auteur
Thibault De Meyer est professeur de philosophie des sciences et des techniques à l’université de Namur.
Thibault De Meyer est professeur de philosophie des sciences et des techniques à l’université de Namur.Screenshot
« Financement et commercialisation d’innovations dans le domaine des technologies propres » est une analyse des innovations dans le domaine des technologies propres en Europe (avec un aperçu des tendances par secteur, pays et entreprise). Cette nouvelle étude OEB-BEI1 met en avant les activités des inventeurs dans ce secteur et le soutien dont ils ont besoin pour commercialiser leurs inventions.
L’Allemagne et la France sont à l’avant-garde des inventions propres et durables dans l’UE
Les inventions développées en Europe concernent principalement les technologies énergétiques à faible teneur en carbone, la mobilité propre et les alternatives aux plastiques
La transition vers une économie plus propre et plus durable entraine une course à l’innovation dans laquelle l’Europe figure parmi les principaux acteurs.
Tendances relatives aux FBI liées aux technologies propres et durables, 1997-2021
Il existe aujourd’hui plus de 750 000 familles de brevets internationaux (FBI) dans le monde liées aux technologies propres et durables, soit près de 12 % de toutes les FBI.
Part de FBI liées aux technologies propres, 2017-2021
Les brevets soutiennent la commercialisation de technologies propres et durables.
UE – Commercialisation de technologies propres et durables
Les disparités de financement entre les entreprises de l’UE et des États-Unis se confirment dans le cas des technologies propres.
Financement reçu par les entreprises à différents stades de croissance, montant du financement en USD (médian), 2013-2023
La capacité des entreprises à passer à l’échelle supérieure diffère considérablement d’une région à l’autre, les entreprises innovantes de l’UE étant confrontées à un déficit de financement par rapport aux entreprises américaines.
Utilisation de différentes formes de financement externe pour les activités liées aux technologies propres
Lorsqu’on examine les obstacles à la commercialisation des technologies propres et durables, l’accès au financement apparaît comme un défi particulièrement délicat pour les petites entreprises.
UE – Le manque de financement est un obstacle majeur à la commercialisation de technologies propres et durables
Plus de 30 % des entreprises de l’UE considèrent le manque de financement comme un obstacle important à la commercialisation de technologies propres et durables.
Le marché unique européen : un catalyseur essentiel pour développer l’innovation propre et durable.
Marché actuel et futur pour les innovateurs de l’UE dans le domaine des technologies propres
Relever les défis : renforcer l’innovation et la cohérence réglementaire
Deep Tech Finder pour trouver des startups européennes prêtes déposer des brevets …
L’enjeu principal réside dans la mise en contact entre les investisseurs et les startups de haute technologie. L’automne dernier, l’OEB a lancé le Deep Tech Finder, un outil qui regroupe les profils de quelque 9 000 startups européennes prêtes à investir ainsi que des informations sur leurs portefeuilles de brevets. Les investisseurs peuvent ainsi plus facilement identifier des startups prometteuses et vice-versa.
Deep Tech Finder
L’Office européen des brevets (OEB) et la Banque européenne d’investissement (BEI) ont publié un rapport conjoint intitulé: « Financement et commercialisation d’innovations dans le domaine des technologies propres ». Cette étude révèle qu’entre 1997 et 2021, plus de 750 000 inventions liées aux technologies propres et durables ont été publiées, soit près de 12 % de l’ensemble des inventions de cette période. Ce nombre a augmenté de 33 % entre 2016 et 2021, avec près de 55 000 inventions enregistrées rien qu’en 2021. L’étude comprend également une enquête complète sur les innovateurs de l’UE dans le domaine des technologies propres, laquelle met en avant leurs activités dans ce secteur et le soutien dont ils ont besoin pour commercialiser leurs inventions.
Le noir de carbone récupéré (rCB) est un vecteur de décarbonation pour l’industrie du pneumatique, selon le livre blanc publié par la société de conseil Emerton. Un substitut au noir de carbone vierge (CB) dérivé de combustibles fossiles, actuellement utilisé pour la fabrication de pneu. Une ressource inexploitée, issue des innombrables pneus en fin de vie, pour décarboner la production pneumatique. Une révolution verte pour un pneu durable ?
Le noir de carbone (carbon black en anglais, ou CB) est une matière première issue de la combustion incomplète de produits pétroliers lourds, également appelée noir de carbone vierge (vCB). Il est couramment utilisé dans les produits d’usage quotidien de couleur noire tels que les pneus de voiture.
Son substitut, le noir de carbone récupéré (rCB), produit par pyrolyse thermique, présente deux avantages :
Tout d’abord, il fournit un moyen durable de recycler les pneus usagés dont le rCB est dérivé.
Deuxièmement, il décarbone la production de pneus, car la production de rCB génère cinq fois moins d’émissions de carbone que la production conventionnelle à base de combustibles fossiles (vCB).
Recycler 500 000 tonnes de pneus en fin de vie
La demande mondiale de noir de carbone en 2023 s’élève à environ 18 millions de tonnes par an et, selon Emerton, le potentiel de substitution du rCB devrait augmenter au cours des prochaines années.
Le marché européen du noir de carbone représente déjà près de 15 % de la demande mondiale, estimée à 18 millions de tonnes par an en 2023. Emerton estime dans son livre blanc que le rCB a le potentiel de remplacer 10% à 20 % des utilisations traditionnelles.
Limité par sa qualité inférieure au CB vierge, dans sa capacité à remplacer un pneu usagé par un pneu neuf, compte tenu de la consommation actuelle, le CB récupéré pourrait représenter 250 à 550 000 tonnes par an rien qu’en Europe, soit une valeur estimée à plusieurs centaines de millions d’euros.
Les efforts de Recherche & Développement en cours visent à améliorer les processus de production et la qualité du CB récupéré pour le rendre adapté à un plus large éventail d’applications.
Un nouvel écosystèmepour l’approvisionnement en pneus usagés
La chaîne d’approvisionnement initiale en noir de carbone impliquait trois acteurs :
les fournisseurs et les raffineurs de pétrole,
les producteurs de CB vierge
les utilisateurs finaux, principalement les fabricants de pneus.
L’introduction de CB récupéré modifie cette chaîne d’approvisionnement, en ajoutant trois acteurs principaux :
les producteurs et les entreprises de valorisation du noir de carbone récupéré (rCB!,
les fournisseurs de pneus en fin de vie
les autorités réglementaires.
Plusieurs fonds d’investissement ont contribué à l’émergence de ce nouveau marché du rCB
De déchet à élément de valeur : extraction novatrice du noir de carbone à partir de pneus usagés
Le noir de carbone, plus connu sous le nom de suie, est abondamment utilisé dans l’industrie manufacturière. Le projet CBreCYCLE développe une nouvelle méthode d’extraction et de purification du noir de carbone contenu dans les pneus recyclés, afin de réduire les émissions et d’économiser les ressources naturelles.
Si vous ne travaillez pas dans des secteurs manufacturiers spécifiques, vous n’avez peut-être jamais entendu parler du noir de carbone. Plus connu sous le nom de suie, son usage est omniprésent. Il améliore la durabilité et la résistance à l’usure des pneus. Il est également utilisé dans la production de plastiques, d’encres et de revêtements pour ses propriétés colorantes. L’importance du noir de carbone réside dans sa polyvalence et son rôle fondamental pour ces applications.
La principale méthode de production de noir de carbone consiste à brûler du pétrole brut, ce qui implique la consommation de ressources naturelles et génère des émissions de CO2 et d’autres gaz à effet de serre nocifs. Le projet CBreCYCLE a mis au point une technique qui permet de se passer de noir de carbone « vierge ».
Un procédé qui permet de récupérer le noir de carbone à partir de pneus recyclés est une alternative rentable pour la production de cette ressource vitale. Nous n’éliminerons pas le besoin de noir de carbone, mais nous pouvons rendre son extraction beaucoup plus respectueuse de l’environnement»
Martyna Sztaba, coordinatrice du projet CBreCYCLE, travaille chez Syntoil, en Pologne, qui a accueilli le projet
Quels obstacles au déploiement à grande échelle ?
Les principaux défis auxquels sont confrontés les producteurs de rCB consistent à garantir une qualité constante des produits, à remédier à l’état immature de la technologie de pyrolyse, à surmonter la lente adoption de nouveaux produits par l’industrie et à parvenir à la normalisation de la filière.
L’introduction du comité ASTM11 D36 en 2017, avec son système de notation de la qualité rCB, marque une évolution positive vers la résolution de ces défis et la promotion de la coordination au sein de l’industrie.
Des capacités suffisantes pour répondre à la demande ?
Aujourd’hui, une douzaine d’acteurs du rCB produisent ensemble environ 20 kt par an de noir de carbone récupéré. Récemment, en mars 2023, la société suédoise Enviro, soutenue par Michelin, a annoncé son ambition d’atteindre une capacité de traitement supérieure à 35 OOO tonnes par an de RCb d’ici 2030.
Cependant, la capacité installée actuelle (~20 kt par an) et la capacité supplémentaire annoncée (~232 kt par an) sont insuffisantes pour répondre à la demande estimée de noir de carbone récupéré en Europe (250-550 kt par an).
L’état actuel du secteur pose de nombreuses questions à tous les acteurs concernés. L’objectif est d’assurer sa capacité à conclure des accords commerciaux et financiers à long terme, à augmenter les capacités de production et à réduire les risques règlementaires et technologiques pour les investisseurs.
Alors que 700 millions de personnes dans le monde sont encore dans l’extrême pauvreté, la mesure d’impact envisage l’entreprise à travers son rôle social et environnemental, sa responsabilité économique et financière, mais aussi politique vis-à-vis de l’intérêt général. Elle invite à une vision systémique de l’impact. Dans l’accès à la santé, l’égalité des chances, la cohésion sociale, la lutte contre la précarité, la biodiversité ou la protection de l’environnement, l’entreprise a un rôle politique à jouer. Aux côtés des acteurs de l’ESS et des pouvoirs publics, elle peut inciter le changement de regard de toute la société sur l’impact, elle peut changer le système.
L’Impact Tank organisait le 18 avril 2024 au Conseil économique social et environnemental, la deuxième édition du Sommet de la Mesure d’Impact
Des spécialistes de renommée mondiale ont partagé leurs recherches et leurs expériences sur le terrain, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles perspectives et collaborations. Ce sont 350 intervenant.e.s dont l’expertise a fait du #SMI2024 un espace pour explorer les méthodes innovantes de mesure et d’évaluation de l’impact social, environnemental et économique.
Le Sommet de la Mesure d’Impact, c’est toute une communauté déterminée à agir en faveur d’une transition juste. Ils ont relevé ce défi qui concrétise l’ambition d’Impact Tank de CHANGER LE SYSTÈME !🔥
➡️ Plus de 4 000 visiteurs ➡️ 50 000 personnes connectées ➡️ 300 intervenants ➡️ Plus d’une centaine de chercheurs
Ce Sommet témoigne aussi de l’engagement de tout un écosystème, comme celui de ses partenaires, essentiels pour faire de cet événement un succès et permettent de continuer à relever ensemble des défis pour un avenir plus inclusif, durable et équitable.
Mur des solutions d’Impact Tank
L’IMPACT TANK identifie, objective et diffuse les innovations sociales les plus prometteuses sur la base de leurs évaluations d’impact. D’horizons divers, de natures différentes, ces innovations sociales répondent toutes efficacement à un besoin social. Les mesures d’impact de chacune d’elles sont partagées en accès libre.
IMPACT TERRITORIAL DES ENTREPRISES : L’IMPACT TANK REMET SES RECOMMANDATIONS AU GOUVERNEMENT POUR CHANGER LE SYSTÈME
A l’occasion du Sommet de la Mesure d’Impact 2024, l’Impact Tank a remis à Olivia Grégoire, ministre déléguée des entreprises, du tourisme et de laconsommation,son rapport Mesurer l’impact social & l’ancrage territorial des entreprises. Un rapport sur l’impact des entreprises,de leurs politiques de responsabilité sociale et environnementale et de leurs actions de mécénat dans les territoires fragiles, urbains, péri-urbains et ruraux.Il formule des recommandations d’action publique en faveur de l’engagement local des entreprises.
Le groupe de travail a réuni des collectivités territoriales, des agences de développement économique, ainsi que de nombreuses entreprises et fondations (Fédération Nationale des Caisses d’Epargne, AXA France, EDF, La Poste, Fondation Accenture, Veolia, Biocoop, KPMG, Fondation Nature & Découvertes, Fnac Darty, Loxam, Accor, Sodexo…), aux côtés du chercheur Timothée Duverger, responsable de la Chaire Territoires de l’ESS à Sciences Po Bordeaux, et de la Directrice du Laboratoire ESSEC Evaluation et Mesure d’Impact Social et Environnemental, Elise Leclerc.
Pour soutenir les innovations sociales mentionnées dans le rapport, Impact Tank,la Fondation La France s’engageet le ministère de la Transformation et de la Fonction Publiquesontsélectionné 10 structures qu’ilsvontaccompagner dans leur changement d’échelle. Ils les aideronten particulier à lever les freins administratifs qui entraventaujourd’hui leur développement.
Rapport « Mesurer l’impact social & l’ancrage territorial des entreprises «
À l’échelle des territoires, l’entreprise est un acteur de référence de la transition juste. A son initiative ou sous la pression réglementaire, en lien étroit avec ses parties prenantes, elle est amenée à renforcer sa politique RSE, jusqu’à transformer les territoires et apporter une réponse à leurs enjeux écologiques et sociaux.
A l’issue de treize mois d’étude et d’auditions, le groupe de travail a construit un référentiel d’indicateurs communs de mesure d’impact social de l’action des entreprises, à la croisée des pratiques observées sur le terrain et des préconisations du monde de la recherche. Ces indicateurs permettent de documenter, piloter et rendre compte des actions menées par une organisation, mais aussi de fédérer les acteurs publics et privés autour d’un langage commun.
Le rapport formule une série de recommandations afin de faire évoluer le cadre institutionnel et politique et d’encourager l’impact social et écologique des entreprises dans les territoires :
Intégrer l’impact dans les stratégies économiques du territoire, en sensibilisant et en aidant les acteurs économiques à développer leur mesure d’impact.
Développer des stratégies de « résilience productive » grâce à la commande publique et privée, en privilégiant l’économie de proximité et circulaire.
Créer une stratégie « France coopération » pour instituer l’ingénierie du territoire, en renforçant les pôles territoriaux de coopération économique (PTCE), en territorialisant les contrats à impact social, en développant le modèle des joint-ventures sociales (JVS), en investissant le champ des monnaies locales pour relocaliser les activités économiques sur le territoire et favoriser la transition écologique.
Structurer l’ESS dans les territoires, en renforçant les CRESS (Chambres Régionales de l’ESS).
Soutenir les expérimentations locales à impact social, en pérennisant l’inclusion économique par les « territoires zéro chômeur de longue durée » et en encourageant l’expérimentation d’une sécurité sociale de l’alimentation durable territorialisée.
Le rapport recommande aussi de favoriser le développement de la finance à impact et de la finance solidaire, le recours au microcrédit, ou encore l’expérimentation de nouveaux modèles de gouvernance pour une transformation coopérative de l’entreprise…
Engagement des entreprises dans les territoires
L’IMPACT TANK a produit un rapport de recommandations concrètes présentant les facteurs clés de succès, les résultats et les leviers de mise à l’échelle de solutions prometteuses.
Impact Tank s’est associé à La France s’engage et au ministère de la Transformation et de la Fonction Publiques, dans le cadre d’un programme commun baptisé « La Fonction Publique s’engage », pour sélectionner 10 structures issues des groupes de travail de l’Impact Tank et des programmes d’accompagnement de La France s’engage. L’objectif est de créer des passerelles entre la fonction publique et ces organisations,afin de les aider à changer d’échelle et déployer plus largement les solutions qu’elles proposent en réponse à des besoins sociaux.
Amazones. L’association a pour objectif d’implanter des espaces dédiés aux femmes confrontées au cancer en Outre-Mer. Ces espaces participatifs, non médicalisés, permettent aux femmes et leurs proches, de rompre l’isolement en leur offrant un lieu de rencontres et d’écoute, des activités autour du bien-être et de la santé, ainsi qu’un accompagnement à l’insertion en cas de précarité ou de rupture professionnelle.
Resonantes. En 2015, l’association nantaise développe la 1ère application gratuite destinée aux victimes de violences faites aux femmes, à leurs proches et aux témoins : App-Elles. Cet outil leur permet d’alerter leurs proches – en partageant leur position GPS et le micro de leur mobile en temps réel –, de contacter les secours, les gendarmeries, les associations et plateformes d’écoute spécialisées et de s’informer sur les dispositifs d’aides locales et nationales.
Granny Geek. L’entreprise sociale assiste, accompagne et acculture à distance des seniors dans leur vie numérique au quotidien. Le projet se base sur une idée “contre-intuitive” de passer par le distanciel pour accompagner des seniors éloignés du numérique (hotline dédiée, cours particuliers en visioconférence…). En 2022, 15 000 personnes ont participé aux visioconférences Granny Geek et 1 000 personnes ont été dépannées et accompagnées.
Each One. L’Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale (ESUS) accompagne des réfugiés et nouveaux arrivants en créant des passerelles entre leurs compétences et les besoins des entreprises. Elle propose un accompagnement clé en main qui combine formation métier, accompagnement socio-administratif et sensibilisation à l’inclusion.
ETRE. L’École de la Transition Écologique sensibilise et accompagne aux nouveaux métiers de la transition écologique. Elle s’adresse aux jeunes de 16 à 26 ans en difficulté pour les former à partir de méthodes pédagogiques adaptées et favoriser une insertion durable dans ce secteur d’avenir. Le réseau compte aujourd’hui 20 écoles en France hexagonale.
Le Choix de l’Ecole. L’association, partenaire conventionné de l’Education nationale, agit pour améliorer l’attractivité du métier d’enseignant, dans un contexte difficile de recrutement. Pour cela, elle accompagne des jeunes diplômés et jeunes actifs dans leurs projets de reconversion comme enseignants en éducation prioritaire.
Un Toit vers l’emploi. L’entreprise produit des maisons en bois à bas coûts (tinyhouses) et les propose à la location dans le cadre d’un parcours de réinsertion sociale et professionnelle à destination de personnes sans domicile fixe. Six maisons ont été implantées dans la ville de Rouen en 2020, avec un objectif de 40 maisons fabriquées par an d’ici 2025.
Caracol. L’association développe l’habitat solidaire et coopératif par la mise en place de colocations mixtes et interculturelles. Elle gère des biens immobiliers vacants en les mettant à disposition temporaire de publics en situation de fragilité et de personnes réfugiées qu’elle accompagne vers un logement durable.
Signes de sens. L’association a pour ambition d’agir pour une société plus inclusive en rendant l’information, la culture et l’apprentissage accessibles à tous, et en particulier aux personnes en situation de handicap sensoriel, psychique, cognitif ou mental.
Visitatio / Voisins et Soins. L’association a mis au point un modèle innovant pour accompagner les personnes en fin de vie à domicile. Avec l’aide de soignants spécialisés, les bénévoles accompagnent les malades, soutiennent les proches, épaulent les médecins traitants et les infirmières de villes. A date, 152 bénévoles ont été formés, pour 550 personnes accompagnées et 1 039 aidants soulagés.
UN PARTENARIAT POUR LEVER LES FREINS
Dans le cadre de leur programme commun « La Fonction Publique s’engage », l’Impact Tank, La France s’engage et le ministère de la Transformation et de la Fonction Publiques vont mettre en relation ces 10 porteurs de projets avec des hauts fonctionnaires référents. Ces derniers s’engagent à accompagner les initiatives pour lever les freins qui les entravent, au regard du contexte réglementaire et législatif, des politiques gouvernementales et du fonctionnement des administrations publiques.
Par exemple, l’entreprise Un Toit vers l’Emploi se heurte aujourd’hui aux contraintes réglementaires en matière d’urbanisme, très peu de PLU autorisant les tiny houses. Le partenariat avec La France s’engage et le ministère aura pour objectif de déterminer comment intégrer ces habitations dans les PLU et faire reconnaître officiellement ce type de construction comme un logement social agréé.
« La mesure d’impact peut contribuer à transformer nos territoires et à accélérer leur transition environnementale, économique et sociale »
« Notre rapport contribue à changer le système en proposant des recommandations d’actions publiques à l’échelle nationale. Notre programme APIS participe à la même ambition en passant par les acteurs de terrain, ceux qui innovent, pour les connecter avec l’administration et les aider à changer d’échelle ».
Agnès Audier et Tony Bernard, respectivement Présidente et Directeur Général de l’Impact Tank.
A propos de La France s’engage
La Fondation La France s’engage accélère les innovations sociales et environnementales sur tous les territoires. Par un concours national, elle sélectionne les projets à fort impact social les plus novateurs qui couvrent des besoins d’intérêt général dans les domaines les plus essentiels : éducation, santé, emploi, transition écologique, égalité femmes-hommes, inclusion, numérique, culture. Elle amplifie leur croissance à travers : un label, une dotation financière conséquente, un accompagnement sur 3 ans permettant de démultiplier leur impact social et de favoriser leur développement territorial.
« Servir l’intérêt général et l’utilité sociale est le moteur des porteurs de projets sélectionnés, comme il est celui des femmes et des hommes qui s’engagent au service de l’État.
« La Fonction Publique s’engage », nous pour créer plus de synergies avec l’économie sociale et solidaire pour produire les grandes réformes sociales du futur.
Demain, l’innovation sociale inspirera les politiques publiques pour une société plus juste. »
Damien Baldin, Directeur général de La France s’engage
Autre publication d’Impact Tank
L’impact sociétal et les entreprises
L’IMPACT TANK a produit un rapport de recommandations concrètes présentant les facteurs clés de succès, les résultats et les leviers de mise à l’échelle de solutions prometteuses.
il est économiquement plus intéressant d’utiliser la biodiversité que de la préserver
Une croyance fondée sur des analyses locales de court terme selon Helene Soubelet de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité et Denis Couvet, Professeur en écologie et gestion de la biodiversité au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN).
Entre services rendus par la nature et préservation de la biodiversité, des injonctions contradictoires
Dans un contexte européen et national où les enjeux agricoles semblent mener à opposer préservation de la biodiversité – par exemple des insectes et oiseaux communs – et défis économiques, la prise en compte de nos dépendances à la biodiversité apparaît de plus en plus cruciale.
On constate ainsi qu’intégrer les logiques économiques dans les politiques de transition écologique et agricole conduit à des injonctions contradictoires : soit protéger la biodiversité afin d’améliorer la fertilité des sols ou l’épuration des eaux, soit utiliser des intrants chimiques pour augmenter ou conserver des rendements.
Pour comprendre ce phénomène, nous proposons d’explorer la notion de « contribution de la nature aux humains » : elle distingue trois types de relations humaines à la biodiversité, distinctes par leurs écologies et leurs enjeux socio-économiques.
Contributions matérielles, immatérielles et régulatrices
Débutons par les contributions matérielles, qui se présentent sans surprise sous forme de biens et de services. Les bénéfices sont échangés sur des marchés divers, avec une régulation politique. Les modes d’appropriation par les humains (entreprise, filière, État…) déterminent qui a accès à la biodiversité et est en mesure de la préserver, par exemple en plantant et entretenant des haies sur des surfaces agricoles.
Les contributions immatérielles, ensuite, sont fournies par la qualité d’un paysage, la présence d’une espèce emblématique, et sont d’ordre mental, spirituel, éducatif. Elles procurent des bénéfices à la fois matériels (création d’emploi par le tourisme de nature) et immatériels (maintien d’identité). Les espaces naturels, réserves, parcs nationaux profitent à la fois aux habitants, touristes et visiteurs, et à la biodiversité, à l’ensemble des êtres vivants.
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Le troisième type concerne les contributions régulatrices : associées aux fonctions écologiques des écosystèmes, elles sont représentées par la qualité de l’air et de l’eau, la régulation du climat ou des pathogènes et n’ont souvent pas de bénéfices directs et immédiats.
Contrairement aux catégories précédentes, elles ne sont le plus souvent pas reconnues socialement, bien qu’elles bénéficient également à l’ensemble des humains et autres vivants sur un territoire donné. Citons l’exemple de la pollinisation, dont personne n’est tenu responsable, la qualité des eaux ou encore l’état de santé des communautés d’oiseaux et d’insectes.
Les abeilles sauvages et domestiques pollinisent un tiers des plantes que nous consommons. Simon Klein, CC BY-NC-ND
Arbitrages et injonctions contradictoires
L’arbitrage le plus répandu entre contributions matérielles, immatérielles et régulatrices se fait généralement en faveur des premières. Ainsi, on privilégie la production de bois aux dépens de la biodiversité forestière, on draine des zones humides pour augmenter les surfaces agricoles. Ce choix découle de la croyance selon laquelle il est économiquement plus intéressant d’utiliser la biodiversité que de la préserver, croyance fondée sur des analyses locales de court terme.
Des évaluations plus longues et portant sur de plus larges échelles, soulignent pourtant la pertinence économique à protéger la nature associée aux contributions régulatrices et immatérielles, qui profitent à l’ensemble des parties prenantes humaines et non humaines.
En d’autres termes, il existe des coûts sociaux importants aux usages matériels de la nature, qui se font aux dépens de ces deux autres types de contributions. C’est le cas de la déforestation, qui a comme effet d’accélérer le changement climatique. Cela mène à des injonctions contradictoires entre préserver et utiliser la nature.
Ces populations « subventionnent » alors de façon indirecte les contributions matérielles en subissant davantage les externalités, qui se traduisent socialement par des risques accrus d’expositions aux toxiques et aux aléas (comme les feux, les inondations…). La gestion de ces risques se traduit par des solutions ou des conséquences coûteuses (assurances, maladies), qui posent des problèmes aigus de justice.
la justice de reconnaissance (comprendre et reconnaître la diversité des points de vue, ceux des naturalistes, des agriculteurs, des collectivités territoriales),
la justice procédurale (permettre une participation inclusive et équitable aux processus de décision, aussi bien des entrepreneurs que des jeunes générations ou des femmes)
et la justice distributive (répartir équitablement les bénéfices issus de la biodiversité et des contributions de la nature).
Injustice distributive
Alors que des avancées ont été obtenues en matière de justice procédurale et de justice de reconnaissance, la justice distributive semble moins bien traitée, exigeant des gouvernances plus équitables dans la répartition des ressources et des risques.
Ces derniers, liés notamment à l’ignorance de l’importance des contributions régulatrices et immatérielles de la nature, perpétuent et exacerbent un cercle vicieux qui conduit à des pièges socioécologiques, spécialement pour les groupes les plus vulnérables. Ainsi, les ménages les plus pauvres dans les pays du sud utilisent le bois pour la cuisson de la nourriture, tout en accélérant la déforestation et donc en nuisant au renouvellement des écosystèmes forestiers dont ils dépendent.
Une survivante prie sur les décombres de sa maison détruite à Derna, après les inondations en Libye, le 18 septembre 2023. Karim Sahib/AFP
Les expressions de « gaspillage économique » ou de « défaillances des marchés » sont parfois associées à ces externalités. À l’échelle internationale, cela concerne les pays pauvres exportant des produits primaires (riz, café, fibres, huile de palme, minéraux) et conduit à un transfert en faveur des pays importateurs, en particulier les pays riches, qui sont exemptés de leurs coûts lorsque le prix final des produits n’inclut pas une compensation des externalités négatives subies dans les pays producteurs.
Le problème associé à ces « subventions cachées » est que le prix trop bas des produits finaux stimule des consommations superflues voire néfastes au regard des capacités de la planète. Ces processus délétères, qui affectent en priorité les plus vulnérables, sont souvent encouragés par des dépenses de recherche et développement orientées préférentiellement vers de nouveaux produits et technologies riches en externalités négatives – tels que des plastiques peu recyclables ou les OGM lorsqu’ils favorisent l’homogénéisation des paysages.
Pour la survie des oiseaux, la qualité du lieu de reproduction est plus importante que le lieu d’hivernageselon une étude1
Une étude des données de baguage d’oiseaux en période de reproduction publiée dans la revue scientifique Ecology, montre que les variations de survie adulte annuelle de 16 espèces de passereaux communs sont synchrones à 76%. Elle révèle ainsi que ces variations dépendent principalement de la qualité du site de reproduction, et non du lieu d’hivernage, différents pour ces espèces migratrices ou non. Une étude réalisée par des équipes du Muséum national d’Histoire naturelle (Unités Mixtes de Recherche CESCO et MECADEV) et du CNRS (Unités Mixtes de Recherche CEFE et CEBC).
En période de reproduction, les communautés d’oiseaux de latitudes tempérées sont composées de deux groupes d’espèces : les espèces qui passent tout leur cycle annuel dans leur région de reproduction ou à proximité (quelques centaines de kilomètres), et les espèces migratrices à longue distance qui passent 4-5 mois en France et le reste en voyage vers et sur leurs aires d’hivernage africaines. Ces migrations saisonnières sont réputées risquées, exposant les oiseaux à de multiples nouveautés (prédateurs, ressources, compétition) et contraintes physiologiques (effort physique, déficit de sommeil, phénologie). Malgré cela, l’étude révèle que les variations entre années de survie des adultes des 16 espèces de passereaux les plus communs en France sont très fortement synchronisées : elles sont communes à 76% entre les espèces, comprenant 9 résidentes ou migratrices à courte distance et 7 migratrices à longue distance. Autrement dit, les années de forte – ou faible – mortalité sont majoritairement les mêmes sur l’ensemble des espèces, quelles que soient leurs stratégies migratoires. En somme, ce n’est pas la dangerosité du trajet qui compte mais la qualité du lieu de reproduction. Ce résultat, complété par quelques autres références récentes discutées dans l’article, soutient que les qualités des conditions environnementales dans lesquelles les oiseaux se reproduisent ont une incidence déterminante sur leur probabilité de survivre jusqu’à la saison de reproduction suivante, même pour les espèces ne passant que le tiers de l’année dans leur aire de reproduction. Cela renforce l’idée qu’il est prioritaire de maintenir des écosystèmes diversifiés et fonctionnels sous nos latitudes, pour préserver la biodiversité commune aviaire, y compris celle que nous partageons à l’échelle inter-continentale.
Pour chaque espèce, répartition spatio-temporelle des 242 sites du territoire métropolitain utilisés dans cette étude. La couleur correspond au nombre d’années pour lesquelles nous avons estimé la survie dans nos modèles. La durée réelle de la surveillance sur le site est toujours d’au moins un an supplémentaire. La taille en points indique le nombre total de captures utilisées dans les analyses, excluant les individus de passage, pour un site donné.
Référence : Ghislain Manon, Timothée Bonnet, Ugoline Godeau, Olivier Dehorter, Olivier Gimenez and Pierre-Yves Henry. 2024. “Synchrony in Adult Survival is Remarkably Strong among Common Temperate Songbirds across France.” Ecology.
Ces réflexions mettent en lumière l’importance de la notion de justice distributive, dans les décisions publiques et privées portant sur la biodiversité et les activités humaines qui l’affectent. L’État et les Nations unies ont un rôle majeur à jouer, leurs responsabilités étant de défendre l’intérêt général et d’éviter des injonctions contradictoires entre efficacité économique, préservation d’environnement et justice sociale.
Il apparaît donc urgent, en amont de chaque décision publique incluant le soutien aux activités économiques, d’aborder et répondre aux questions suivantes :
Quelle est l’ampleur des pertes supportées par les écosystèmes ou les groupes sociaux les plus défavorisés en cas d’extension des contributions matérielles ? Quelles sont les modalités d’appropriation de ces contributions matérielles, qui en bénéficie ?
Comment les différentes catégories de contributions de la nature peuvent-elles être protégées par la puissance publique ?
Quels arbitrages entre ces diverses contributions encourageraient la justice environnementale, la préservation des écosystèmes et la réponse aux demandes humaines, d’une manière compréhensible pour l’ensemble des parties prenantes ?
Une étude du Muséum national d’Histoire naturelle (Unités Mixtes de Recherche CESCO et MECADEV) et du CNRS (Unités Mixtes de Recherche CEFE et CEBC).↩︎
La réappropriation citoyenne de l’énergie est indispensable pour répondre à la crise climatique et assurer la transition énergétique des territoires. L’implication citoyenne dans la production d’énergie favorise un système énergétique plus juste, démocratique et respectueux de l’environnement, un enjeu crucial dans un contexte de crise énergétique mondiale. La Fondation Terre Solidaire, persuadée que l’énergie est un enjeu majeur de la transition écologique et solidaire, considère qu’une implication de chacun et une mobilisation sans relâche sont plus que jamais nécessaires.
L’énergie n’est pas un bien comme les autres : elle est essentielle à la vie et au bon fonctionnement de nos sociétés au même titre que l’alimentation ou l’eau.
Fondation Terre Solidaire
L’alimentation est souvent la porte d’entrée lorsqu’on commence à s’intéresser aux enjeux de transition écologique et solidaire. Nous avons envie de savoir comment est produit ce que nous mangeons, comment cela arrive jusqu’à notre assiette. Pourquoi ne pas se poser ces mêmes questions quand il s’agit de l’énergie ?
La transition énergétique dans les territoires avec Centrales Villageoises
Concevoir la transition énergétique dans les territoires avec Centrales Villageoises
Contexte / Problème à résoudre
L’appropriation citoyenne et locale des projets est un facteur essentiel pour la réussite de la transition énergétique. Qu’ils soient à l’initiative des citoyens ou co-construits en coopération avec les acteurs publics et privés locaux, l’ancrage territorial favorise l’acceptation locale des projets, la mobilisation de l’épargne au profit de l’économie locale et la sensibilisation aux enjeux de la transition énergétique.
Alors que les projets citoyens représentent une tendance forte dans les pays voisins comme l’Allemagne ou le Danemark, les initiatives ont encore du mal à émerger en France, en raison d’un contexte réglementaire et financier moins favorable. En outre, les montages juridiques, techniques et financiers de ces projets sont complexes. Il est important pour les nouveaux porteurs de projets de pouvoir bénéficier d’accompagnementet retours d’expériences.
Solutions proposées
Les outils mis en place dans le réseau des Centrales Villageoises permettent à tout collectif émergent de bénéficier d’un modèle « pas à pas » pour parvenir à développer un premier projet photovoltaïque sur toiture. Cependant, cette source d’information doit continuellement être mise à jour et enrichie pour accompagner les évolutions réglementaires et techniques.
La réappropriation citoyenne de l’énergie
La réappropriation citoyenne de l’énergie
En France, comme dans de nombreux pays, la question de l’énergie est peu présente dans les débats du quotidien. Beaucoup moins présente que la question de l’alimentaire par exemple, cependant ces interrogations énergétiques ne sont pas moins importantes. Le système énergétique français a bien évidemment sa part de responsabilité dans cette absence de questionnement. Pour une majorité de la population, le sujet de l’énergie est dans les mains de l’État. Cependant, les français s’intéressent et s’impliquent de plus en plus dans l’énergie, notamment via des projets citoyens.
L’idée d’une gestion citoyenne et collective de l’énergie ne date pas d’aujourd’hui. Dans de nombreuses sociétés traditionnelles, les communautés se partageaient déjà les ressources et leur gestion. Au XXe siècle, l’émergence de coopératives énergétiques permettent aux citoyens de s’associer pour développer et gérer des installations d’énergies propres et abordables, tout en renforçant la participation démocratique et la responsabilité sociale de chacun. En 1978, la première éolienne citoyenne du monde est mise en service au Danemark.
La prise de conscience des enjeux environnementaux a propulsé ces initiatives. Les citoyens jouent un rôle de plus en plus important dans des projets d’énergie solaire, éolien ou encore hydroélectrique, souvent en partenariat avec les acteurs locaux. L’envie du citoyen de réduire sa dépendance aux grands fournisseurs d’électricité a également accru ce changement des mentalités.
On dit qu’un projet d’énergie est « citoyen » quand celui-ci ouvre majoritairement son capital au financement collectif et sa gestion aux acteurs locaux. Les principales caractéristiques de ce type de projets sont la gouvernance partagée, l’intérêt du territoire, l’investissement public et citoyen, ainsi que la dynamique locale. Les retombées économiques locales renforcent l’activité et l’emploi dans les territoires concernés par les projets d’énergie citoyens. Cette coopération produit éaussi des externalités positives pour les agriculteurs, les acteurs de la mobilité urbaine, ou encore pour la compréhension des enjeux énergétique.
Aujourd’hui, les initiatives énergétiques citoyennes ont encore du mal à se développer en France, par rapport à celles du voisin allemand par exemple. La situation réglementaire et financière est en grande partie la raison de ce retard. Les démarches juridiques et techniques complexes freinent souvent les nouveaux porteurs de projets.
Loup, y es-tu ? Ce carnivore regagne peu à peu du terrain dans les campagnes françaises, où sa présence divise. Ses adversaires brandissent la peur ancestrale du « grand méchant loup », une figure récurrente des contes pour enfants. Mais domine-t-elle encore aujourd’hui ? Ugo Arbieu (Université Paris-Saclay) a mené une enquête sociale de terrain sur les émotions associées au loup en France. Et ses résultats remettent en question les idées reçues : la surprise et l’intérêt l’emportent le plus souvent sur les émotions négatives comme la peur. L’occasion de d’interroger sur les spécificités de la protection du loup ailleurs en Europe. L’exemple espagnol, où le loup bénéficie d’une protection stricte, montre comment le contexte politique peut influencer la façon dont est conçue la protection de la nature, explique Hanna Petterson (Université d’York).
À la simple évocation de son nom dans une conversation, les regards changent et trahissent des émotions contrastées. Le loup est un animal qui ne laisse personne insensible dans les campagnes françaises. Réaliser des enquêtes sociales sur son compte, comme nous l’avons fait dans une étude récemment publiée dans la revue People and Nature, relève souvent d’une gageure.
En témoignent les réactions contrastées auxquelles j’ai fait face pendant cette enquête de terrain. Alors qu’elle s’apprête à répondre favorablement à ma demande d’entretien depuis son jardin dans lequel elle s’affaire, cette septuagénaire de Tartas tourne immédiatement les talons pour se réfugier chez elle en claquant la porte :
« Ah non, c’est le Mal cette bête-là, ne comptez pas sur moi ! »
Quelques semaines plus tard, à Villegly, le visage d’une jeune femme s’illumine au contraire dans l’entrebâillement de la porte :
« Le loup ? Ça c’est un signe, regardez, c’est mon animal fétiche, je l’a-do-re ! » s’exclame-t-elle en relevant sa manche pour me montrer un tatouage de l’animal recouvrant tout son bras.
Enfin, ce n’est ni d’enthousiasme ni de peur qu’il s’agit chez ce jeune agriculteur des environs de Puy-Guillaume, mais plutôt d’une certaine forme de colère et d’impuissance face aux problèmes que peut poser ce prédateur aux éleveurs :
« Vous comprenez, on voit ce qui se passe dans les Alpes et on n’a pas envie de ça du tout chez nous. C’est un bel animal, certes, mais c’est tout. »
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Cette présence lupine n’est pas sans défis pour plusieurs secteurs d’activités, comme l’agriculture et en particulier le pastoralisme (en raison d’attaques sur le cheptel), la chasse (à cause de la compétition perçue pour le gibier), voire le tourisme (présence de chiens de protection des troupeaux perturbant les randonneurs).
Des débats émotionnels, mais peu de recherches sur les émotions associées au loup
La coexistence entre les humains et les loups est une question éminemment politique donnant souvent lieu à des débats passionnés, émotionnellement très chargés et pourtant, peu de recherches ont été menées sur les émotions associées au loup, exception faite des travaux pionniers du professeur Maarten Jacobs dans le contexte européen.
Avec une équipe d’une dizaine de personnes, nous avons donc interrogé les habitants de communes sélectionnées au hasard en milieu rural et semi-rural, qui sont plus directement concernés par la cohabitation avec les loups que les habitants des grandes métropoles, dont on sait déjà qu’ils ont des attitudes plus favorables envers le loup.
Carte de France représentant la distribution des villes et villages ruraux sélectionnés au hasard pour l’étude. Cliquez sur chaque ville pour voir le nombre de participants à l’étude et la distance à la zone de présence permanente de loups la plus proche de celle-ci.
L’enjeu de cette étude était de s’intéresser aux émotions (ou états émotionnels) exprimées en réaction à différentes situations impliquant les loups. L’enjeu était d’aller plus loin que les travaux précédents qui portaient sur des émotions décontextualisées associées à l’animal (ou dispositions émotionnelles).
La surprise et la curiosité avant la peur
En d’autres termes, plutôt que de demander aux participants « quelles émotions vous évoquent les loups, d’une manière générale ? », nous voulions savoir « quelles sont les émotions que vous évoquent ces loups, dans ce contexte précis ? » Les participants pouvaient exprimer une ou plusieurs émotions parmi sept émotions dites basiques : l’intérêt, la peur, la joie, la colère, la surprise, la tristesse, le dégoût, à diverses intensités.
Pour ce faire, nous avons extrait six vidéos de la plate-forme YouTube décrivant des interactions possibles entre des humains et des loups. Il s’agissait de séquences filmées par des amateurs afin de rendre la sensation d’immersion dans ces différentes situations la plus crédible possible.
Vidéo de 10 secondes présentant un contexte d’interaction avec une meute de loups traversant un champ.
Nos analyses montrent que la surprise est l’émotion la plus souvent exprimée par les participants à l’enquête, suivie de l’intérêt et de la peur. Ce résultat montre d’abord que les gens ne s’attendent pas à rencontrer des loups dans les paysages ruraux français, quand bien même ceux-ci sont dans une dynamique de recolonisation en France depuis plus de trente ans.
Qu’en est-il des émotions négatives ? Elles sont bien présentes dans les réponses des participants à l’enquête, mais la peur et la colère ne sont pas les états émotionnels les plus souvent exprimés.
L’émotion de la colère, souvent mentionnée dans les débats publics portant sur la conservation des loups en France, ne semble pas associée au loup lui-même, mais plutôt à certains contextes d’interaction précis impliquant le milieu agricole (meute aperçue traversant un champ, individu isolé aperçu rôdant autour de bovins).
La colère, qui est une émotion qui trouve sa racine dans des sentiments d’injustice, reflète donc les conflits humains liés à la gestion des loups, plutôt qu’une aversion particulièrement forte envers l’animal.
es émotions liées aux loups dépendent beaucoup des contextes de rencontre, et en particulier des conflits humains liés à sa gestion. Alex Gomille, Author provided (no reuse)
Dans l’ensemble, la grande diversité des émotions exprimées, avec des intensités variables selon les contextes d’interaction, ne dépeint pas une atmosphère particulièrement hostile envers le loup dans les paysages ruraux français. Certains contextes d’interaction décrivant une certaine proximité avec les humains (loups observés sur un chemin de randonnée ou sur une route) suscitent des émotions intenses et, pour deux de ces contextes, relativement positives.
Les émotions, moteur de la construction des attitudes envers les loups
L’étude démontre par ailleurs un lien très étroit entre les émotions exprimées par les participants et les attitudes qu’ils ont envers les loups. Contrairement aux émotions, qui sont des réactions aux vidéos, les attitudes font intervenir une évaluation positive ou négative des loups et de leur recolonisation du territoire. Les attitudes impliquent des processus cognitifs plus réfléchis.
Dans notre étude, la colère et la joie étaient les émotions qui exerçaient la plus forte influence sur la formation des attitudes. En revanche, la peur, bien que représentée dans la plupart des études sur les émotions envers les grands carnivores, avait une influence deux fois moins importante que la joie d’observer des loups dans la nature.
Nos recherches confirment donc que les émotions sont des moteurs puissants pour comprendre la construction des attitudes favorables ou défavorables aux loups. Elles jouent ainsi un rôle crucial dans les processus de décisions qui régissent la conservation des grands carnivores.
Cette compréhension permettrait aussi de ne pas négliger les émotions positives telles que la joie et la curiosité envers ces animaux. Ainsi, on ne verrait plus seulement les coûts, mais aussi les bénéfices potentiels associés à la présence de ces animaux dans notre environnement, ce qui constituerait un véritable changement de paradigme.
Ces résultats soulignent aussi le décalage important entre les émotions exprimées par le grand public, très diverses selon les différents contextes d’interaction avec les loups, et les représentations généralement négatives des grands carnivores dans la presse. Il convient de mieux étudier ce décalage pour dépeindre la conservation des grands carnivores de manière plus précise et plus juste.
Groupe de louveteaux. Alex Gomille, Author provided (no reuse)
Enfin, il est primordial que la recherche sur les dimensions humaines de la conservation des grands carnivores soit encouragée. Dans le cadre du Plan National d’Action 2024-2029 « loup et activités d’élevage », et dans la continuité de la majorité des études scientifiques publiées à ce jour en France et des récents Appels à Projets du ministère de la Transition écologique, l’accent a surtout été mis sur les aspects écologiques de la recolonisation du loup (prévision des zones de recolonisation, des attaques, effets des tirs de prélèvement sur les dynamiques de population, etc.).
Bien que nécessaires à bien des égards, ces études ne traitent qu’une partie des défis posés par la recolonisation des loups, qui ont aussi des enjeux affectifs, cognitifs, comportementaux, sociaux et économiques, liés aux divers acteurs impliqués dans la coexistence avec ces animaux.
Après des siècles de persécution, les loups font leur retour dans de nombreuses régions d’Europe. Rien qu’au cours de la dernière décennie, ils ont élargi leur aire de répartition de plus de 25 % sur le continent.
Cette résurgence a été mise en évidence en septembre 2023 à la suite d’une déclaration controversée d’Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne. Elle a déclaré : « La concentration de meutes de loups dans certaines régions d’Europe est devenue un véritable danger pour le bétail et potentiellement aussi pour les humains. J’invite les autorités locales et nationales à prendre les mesures qui s’imposent ».
Mais quelles sont les bonnes mesures à prendre ? Les récentes décisions des États membres de l’UE ne reflètent pas de réel consensus sur la question.
En 2021, le gouvernement espagnol a déclaré les loups strictement protégés. Son objectif est d’augmenter la population de loups de 18 % et d’encourager les agriculteurs à mettre en œuvre des mesures de protection du bétail, telles que l’installation de clôtures ou l’élevage de chiens de garde.
L’examen des motivations de l’Espagne en matière de protection peut permettre de mieux comprendre ce qui pousse les pays à adopter des approches aussi différentes en matière de coexistence.
Dans le cadre d’une nouvelle recherche que j’ai menée avec plusieurs collègues, nous avons étudié la manière dont les Espagnols interprètent et vivent la coexistence avec les loups.
Nos résultats ont révélé trois points de vue distincts et, dans une certaine mesure, contradictoires sur ce que signifie la coexistence et sur la manière dont elle devrait être réalisée :
Les « traditionalistes » sont profondément attachés aux paysages, aux moyens de subsistance et à la biodiversité qui ont évolué ensemble pendant des millénaires de pastoralisme en liberté. Ils considèrent que les hommes font partie de la nature et interprètent la coexistence comme un état dans lequel le loup est contrôlé pour ne pas perturber les activités pastorales.
Les « protectionnistes » voudraient restaurer la nature « sauvage » (avec un minimum d’influence humaine) et pensent que le loup catalyserait ce processus. Ils voient la coexistence comme un état où les activités humaines sont contrôlées afin que les loups puissent se déplacer librement.
Les « pragmatiques » sont moins attachés à un certain type de nature qu’aux relations et au contexte de chaque lieu. Ils considèrent la coexistence comme un état où les besoins des différents groupes (y compris les loups) sont équilibrés.
L’assouplissement ou le renforcement de la protection des loups en est venu à représenter ces différentes visions de l’avenir. Chacune offre des avantages à certaines personnes et à certaines espèces sauvages et présente des défis pour d’autres. En conséquence, le sujet est devenu profondément politique.
Les politiques de la conservation du loup
En Espagne, la proposition de protéger les loups a été avancée par des protectionnistes, et alignée sur l’agenda du gouvernement de gauche en place. Podemos, l’un des partis de la coalition de gauche, a soumis une proposition pour une protection stricte des loups en 2016 (alors que le parti était encore dans l’opposition), en collaboration avec des groupes de défense des loups.
En revanche, les partis politiques espagnols de droite y étaient fermement opposés. Ces partis ont tendance à cibler les électeurs ruraux, pour qui le retour des carnivores symbolise la disparition des cultures pastorales.
La proposition a finalement été approuvée par le gouvernement sur la base de la « valeur scientifique, écologique et culturelle » des loups, des critères largement subjectifs. On pourrait par exemple affirmer que le renard, qui n’est pas protégé, possède des valeurs similaires. Ces critères ne tiennent pas compte de l’impact que des mesures strictes de protection des loups pourraient avoir sur d’autres valeurs culturelles ou écologiques, telles que les systèmes d’élevage pastoral.
La décision de l’Espagne a également été influencée par le point de vue des protectionnistes sur le statut de conservation du loup. Une espèce classée comme ayant un statut « favorable » (ce qui est approprié pour garantir sa survie à long terme) dans la directive Habitats de l’UE peut, dans certains cas, être chassée. Cependant, les défenseurs de l’environnement ne sont pas d’accord sur les critères et les données sur lesquels ce statut devrait être basé.
Par exemple, une évaluation soumise à la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) en 2018 indique que la population ibérique de loups est importante, stable et en lente expansion. En revanche, un rapport publié par un groupe de défense des loups en 2017 affirmait qu’il y avait eu plus de loups tués que de loups nés en Espagne cette année-là.
Ce dernier a été accusé d’être partial et non scientifique. Toutefois, cela n’a pas empêché le ministère espagnol de l’Environnement d’utiliser ce rapport pour reclasser l’état de conservation des loups de « favorable » (comme dans les rapports précédents) à « défavorable ». En d’autres termes, les informations ont été interprétées, sélectionnées et présentées de manière à justifier une protection accrue.
Le gouvernement suédois, dirigé par une coalition de droite depuis 2022, cherche à obtenir l’inverse. Il a ordonné à l’Agence de protection de l’environnement d’examiner si le seuil établi pour le statut favorable, fixé à un minimum de 300 en 2019, pouvait être abaissé pour justifier une augmentation de l’abattage des loups.
Moutons en liberté dans le parc national des Pics d’Europe, Asturies, Espagne. Hanna Pettersson, CC BY-NC-SA
De quelle nature parle-t-on ?
Pour combler le fossé politique entre la protection et la persécution du loup, ainsi qu’entre la restauration de paysages « sauvages » et pastoraux, il est nécessaire de réévaluer la manière dont les décisions sont prises et dont les preuves sont prises en compte.
La science joue un rôle crucial dans l’évaluation des différentes options politiques et de leurs conséquences, telles que l’effet d’une augmentation de la population de loups sur le comportement des moutons ou des cerfs. Mais elle ne peut pas déterminer la « bonne » ligne de conduite. Ce choix dépend de ce dont les personnes, le bétail et la faune sauvage dans un lieu donné ont besoin pour bien vivre. En d’autres termes, le contexte est important.
Dans la plupart des cas, la question n’est pas de choisir entre « ceci ou cela », mais plutôt de savoir comment obtenir « un peu de tout ». Réconcilier les différents intérêts et trouver une voie à suivre nécessite la participation du public et, généralement, une médiation professionnelle. Ce sont ces actions que la Commission européenne devrait encourager dans les États membres.
Dans cette optique, il est inquiétant de constater que le pragmatisme est largement négligé dans le débat. En fin de compte, la coexistence durable des humains et des loups ne dépend pas du fait que les loups soient chassés ou protégés, ni même de la taille de la population de loups. Elle dépend plutôt de la manière dont ces décisions sont prises.
Merci à Sarah Sermondadaz, cheffe de rubrique Environnement + Énergie
Ingénieure de formation, journaliste scientifique par vocation. Elle a notamment travaillé pour Sciences et Avenir, puis pour le jeune média suisse Heidi.news, dont elle a été rédactrice en chef adjointe. Elle a également donné des cours à l’Académie du journalisme et des médias de l’Université de Neuchâtel et à l’ESJ de Lille. Elle est diplômée de l’INSA de Lyon, de l’ESJ de Lille, et a un MBA en administration des entreprises de l’IAE de Paris.
20% de la population française est en situation de « précarité mobilitaire ». Des dispositifs de mobilité douce sont déployés par les collectivités territoriales pour répondre à ce besoin de mobilité, notamment pour les plus précaires. Cet inégal accès au « pouvoir bouger » invite le Club des villes et territoires cyclables et marchables à dresser un panorama des solutions apportées par les collectivités territoriales et lancer l« Investir pour le vélo », une plateforme numérique sur les coûts de mise en place d’une politique vélo inclusive, locale et durable.
« Le concept de mobilité inclusive tente de répondre à l’inégal accès au « savoir bouger’ » et au « pouvoir bouger »», nous rappelle le Club des villes et territoires cyclables et marchables dans un état des lieux de cette précarité de la mobilité et un panorama des solutions apportées par les collectivités territoriales.
Apporter une solution de mobilité à des habitant.es en situation de précarité est un enjeu crucial pour les collectivités. L’objectif est de permettre à chacun de pouvoir être mobile afin de faciliter les liens sociaux et l’insertion professionnelle.
Françoise Rossignol, présidente du CVTCM
Mode de transport économique et bon pour la santé1 le vélo est une solution de mobilité accessible, y compris pour les plus vulnérables. Elle permet de renforcer l’autonomie dans leurs déplacements et d’élargir leur périmètre de mobilité. Depuis les années 1990, le secteur de la mobilité inclusive émerge pour répondre aux besoins de mobilité dans une perspective d’accès à l’emploi.
L’accompagnement passe encore essentiellement par l’accès aux modes motorisés individuels (mobylette, permis de conduire et prêt de voiture) et collectifs (covoiturage). Depuis les années 2000, le secteur se structure avec le soutien des collectivités territoriales, de l’État et des fondations, à l’instar du laboratoire de la mobilité inclusive2.
L’absence de solution de mobilité diminue les chances de recrutement et peut conduire à un isolement social.
Françoise Rossignol, présidente du CVTCM
Aujourd’hui, à travers plus de 400 dispositifs recensés sur le territoire d’aide à la mobilité pour les plus précaires, des collectivités territoriales agissent pour construire des solutions tournées vers les mobilités actives avec les acteurs de la mobilité inclusive et de l’insertion professionnelle. Au total, ce sont près de 150 000 personnes accompagnées en France chaque année.
Le vélo comme mode de transport fait assurément partie de la solution. Il permet d’ouvrir une voie d’émancipation accessible et sans contraindre le budget des ménages. Le coût annuel d’un vélo revient à moins de 500€ par an, dix fois moins que celui d’une voiture.
Françoise Rossignol, présidente du CVTCM
La filière économique du cycle porte toutes les composantes du secteur, de la formation à l’emploi en passant par la réindustrialisation.
La plateforme Comment ça roule ? permet de mesurer et comprendre la circulation des vélos dans plus de 80 territoires (comprenant plus de 100 000 habitants).
L’objectif ?
Mieux inventer les villes cyclables de demain.
Découvrez les chiffres de la circulation vélo dans les collectivités du Club des villes et territoires cyclables et marchables.
La conception et la mise en œuvre (moyens humains, études externalisées, comptage vélo)
Les aménagements (pistes cyclables, voie verte, bande cyclable, zone 30…)
Les services et animations (Vélo en libre-service, vélo en location longue durée, aide à l’acquisition, apprentissage)
L’animation et la communication (éléments de communication imprimés, fête du vélo, challenge vélo)
Politiques cyclables : combien ça coûte ?
La plateforme « Investir pour le vélo », a pour but d’informer sur les actions de politique publique possibles en matière de mobilité active, estimer les budgets liés aux plans vélo, identifier et comparer les aides, aménagements et services pour l’utilisation du vélo sur un territoire.
« Investir pour le vélo » permet de mieux rendre compte et d’informer les collectivités utilisatrices grâce aux coûts régulièrement actualisés, partage de nouvelles données et à des exemples de projets enrichis au fil des contributions. Les utilisateurs sont invités à contribuer et mettre en commun leurs expériences, qu’ils soient impliqués dans la conception ou la mise en œuvre de projets cyclables.
Les données de la plateforme sont issues d’une diversité de sources :
Enquête auprès des adhérents du Club et des collectivités territoriales volontaires
Analyse et traitement d’informations d’organismes nationaux (ADEME, MTES) et d’acteurs économiques de la filière vélo
Appels à projets et bilans d’opérations
Les données partagées par les utilisateurs (collectivités, fournisseurs ou prestataires)
Les bénéfices individuels et collectifs des mobilités actives font autorité Faire entendre cette voix et développer une autre culture des mobilités reste encore un objectif.
Les acteurs économiques se retrouvent classés par région ou dans les territoires d’outre-mer ; les acteurs nationaux et internationaux sont référencés dans une rubrique spécifique.
Les catégories : assembleurs, marques ; clusters régionaux ; composants, accessoires, équipements du cycliste ; expertise et conseil ; mobilier urbain et stationnement vélo ; organismes de formation ; réseaux de distribution ; services vélo.
Vertueux pour l’environnement et la santé, le vélo est un mode efficace pour favoriser l’insertion sociale et professionnelle. Il permet une vision inclusive de la mobilité et de plus en plus de collectivités inventent des solutions durables et accessibles à toutes et tous.
Françoise Rossignol, présidente du CVTCM
Gassiot, Marion, et al. « Pratiques quotidiennes du vélo à Nantes : approche croisée de la santé et de la mobilité », Santé Publique, vol. 1, no. HS, 2016, pp. 75-82. ↩︎
Deux décennies de mobilité inclusive, Émergence et déploiement d’une innovation à la croisée du territoire et du social, Éric Le Breton ↩︎
La révision du plan national pour la Nature en ville, menée par le Ministère de la Transition Écologique et de la Cohésion des Territoires, s’inscrit dans La Stratégie Nationale Biodiversité 2030, qui prévoit de « ramener de la nature en ville pour s’adapter aux conséquences du changement climatique et améliorer le bien-être des citadins ». Associée à ces travaux, la LPO prône un changement de paradigme afin de s’appuyer sur la préservation du vivant pour rendre les villes plus résilientes au changement climatique tout en luttant contre l’effondrement de la biodiversité.
L’étalement urbain est à l’origine de 70 % des 30 000 hectares d’espaces naturels et agricoles qui disparaissent chaque année en France en raison de l’artificialisation des sols. Certaines espèces sauvages se sont adaptées au milieu urbain et s’y sont développées. La ville peut créer des espaces propices ou défavorables à la faune. L’architecture des bâtiments et les méthodes de gestion des espaces végétalisés vont être déterminantes.
La ville peut créer des espaces propices ou défavorables à la faune. L’architecture des bâtiments et les méthodes de gestion des espaces végétalisés vont être déterminantes pour la survie des oiseaux, mammifères, insectes et autres reptiles qui partagent nos espaces de vie.
La rénovation énergétique peut avoir des conséquences désastreuses sur la nidification des hirondelles et des martinets, l’aménagement des combles peut condamner une colonie de chauve-souris, la construction d’une clôture peut couper la route aux hérissons, l’éclairage peut perturber les espèces nocturnes, une piscine ou une façade de verre peut devenir un obstacle mortel, etc.
Les conséquences sont déjà mesurables : selon le Suivi temporel des oiseaux communs (STOC) coordonné par la LPO et le Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN), entre 1989 et 2019, les espèces des milieux bâtis ont perdu plus du quart de leurs effectifs. Plus spécifiquement, un quart des hirondelles de fenêtre, la moitié des martinets noirs, les trois-quarts des moineaux parisiens ont disparu en moins de 20 ans.
Lors d’une rencontre du Club U2B (Urbanisme, Bâti, Biodiversité) réunissant plus de 200 participants au Ministère de la Transition Écologique et de la Cohésion des Territoires, la LPO a présenté ses propositions pour rendre les villes plus résilientes aux évolutions du climat tout en luttant contre l’effondrement du vivant.
Le programme « Nature en Ville » de la LPO a pour objectif d’articuler toutes les échelles de l’habitat humain, de l’agglomération au toit-terrasse, afin de partager le territoire avec la faune. Il s’adresse aux collectivités territoriales afin de faire du vivant le fil conducteur de l’aménagement urbain, par l’acculturation et l’apport de solutions. La LPO porte 10 mesures prioritaires et réalistes pour le mettre en œuvre :
Développer et partager la connaissance de l’état de la biodiversité sur le territoire national, en s’appuyant notamment sur des Atlas de la biodiversité communales (ABC) qualitatifs et aux protocoles unifiés
Renforcer les trames écologiques et cartographier les points noirs des continuités écologiques, afin de prioriser les actions en matière de renaturation
Former et mobiliser les élus et les acteurs de l’aménagement urbain, notamment pour assurer le respect de la réglementation relative aux espèces protégées
Protéger les espèces sauvages du bâti dans les travaux de rénovation en assurant leur meilleure prise en compte dans les normes de construction et de rénovation.
Favoriser l’installation du vivant en ville, en favorisant le maintien et la création d’espaces végétalisés, qui apportent le gite et le couvert à la faune sauvage1.
Le développement humain qui se fait au détriment de la nature a aujourd’hui atteint ses limites planétaires. En ville comme partout ailleurs, il est urgent de redonner au reste du vivant la place qui est la sienne : parmi nous
Allain Bougrain Dubourg, Président de la LPO
LPO – Hirondelle de fenêtre Armel Deniau
1 – Partager la connaissance de l’état de la biodiversité sur le territoire national
Par la multiplication d’atlas de la biodiversité communale (ABC) aux protocoles identiques, qualitatifs et incluant des critères de prospection au sein du bâti et des friches.
La connaissance de la biodiversité à l’échelle de chaque territoire est essentielle pour déterminer les zones à enjeux forts. Les ABC constituent une opportunité intéressante à cet égard mais nécessitent un travail d’homogénéisation méthodologique et la mise en place d’une capitalisation des données au niveau national. Dans un contexte de lutte contre l’artificialisation des sols (Zéro artificialisation nette – ZAN), les friches industrielles représentent une réserve de foncier à mobiliser. Mais ces espaces servent d’habitat pour certaines espèces et constituent des éléments de trames écologiques. Il est donc nécessaire de réaliser des diagnostics au sein des friches d’un territoire afin d’adapter leur usage (logements, bureaux, parc écologique, etc.) aux enjeux en termes de biodiversité.
2 – Renforcer les trames écologiques et prioriser les enjeux de renaturation
En cartographiant les points noirs au niveau des terres comme des cours d’eau.
Le milieu urbain, peu végétalisé et très compartimenté par des murs et clôtures, rend la ville difficilement franchissable pour la faune. Les espèces inféodées aux milieux aquatiques rencontrent des difficultés similaires de déplacement en raison notamment de l’artificialisation voire l’enterrement des cours d’eau. Les points noirs de rupture des continuités écologiques sont à cartographier afin d’identifier les priorités d’action.
3 – Mobiliser élus et acteurs de l’aménagement urbain pour la prise en compte de la biodiversité
En les formant sur la réglementation relative aux espèces protégées ainsi que sur les outils et leviers existants pour préserver le patrimoine naturel.
La loi du 10 juillet 1976 relative à la protection de la nature protège de nombreuses espèces et leur habitat. Méconnue, elle est peu respectée en milieu urbain, où les besoins de la faune et de la flore sont le plus souvent ignorés. Former élus et acteurs de l’aménagement à la nécessité et aux moyens de prendre en compte la biodiversité s’avère incontournable pour parvenir à préserver efficacement le vivant.
4 – Faire des outils de planification urbaine des leviers de protection de la nature
En systématisant, notamment dans les Plan locaux d’urbanisme (inter)communaux (PLU(i)), l’intégration de règles favorables à la préservation et au renforcement du vivant en ville
Chaque collectivité territoriale doit être en mesure de préserver la biodiversité sur son territoire et de retranscrire dans les documents d’urbanisme la mise en œuvre de règles et d’actions contraignantes visant à répondre aux enjeux (exemple : imposer des clôtures perméables, des plantations de haies, des espèces végétales locales, etc.).
5 – Préserver l’existant
Par la réalisation obligatoire d’études d’impact basées sur des diagnostics pédologiques et écologiques pour chaque site de projet d’aménagement urbain.
Projet et suivi travaux sols vivants – ZAC Fabien-Bonneuil Sur Marnes (94) – http://www.hekladonia.com
Un projet d’aménagement doit être réfléchi à l’aide de l’étude des parcelles concernées et de leur environnement proche afin de réduire au maximum les impacts potentiels sur le vivant. Les diagnostics pédologiques, encore très peu utilisés, permettent de préserver les sols fonctionnels et d’identifier les sites dégradés pouvant être renaturés.
Par la sensibilisation des acteurs de la rénovation urbaine aux impacts de leurs opérations, la réalisation de diagnostics écologiques spécifiques et leur prise en compte dans les normes de construction et rénovation.
Prendre en compte les espèces du bâti dans la construction neuve
Les constructions humaines sont utilisées par certaines espèces protégées comme zones de nidification, repos et alimentation. La réglementation n’est pas suffisamment appliquée car peu de diagnostics écologiques sont réalisés pour ce type de projets.
Biodiversité et bâti Lorsque l’on construit ou que l’on rénove, accueillir la petite faune sauvage est essentiel pour les espèces qui dépendent du bâti, et cela enrichit aussi notre cadre de vie !
En réalisant des espaces végétalisés favorables à la faune sauvage.
Cerema – Pour une ville vivante et vivable, Renaturons !
Les espaces végétalisés sont à (re)penser dans une logique de préservation de la biodiversité et de résilience climatique en impliquant tous les publics (collectivités, citoyens et entreprises). Il est urgent de faire comprendre l’importance écologique des zones dédiées à la flore spontanée et en libre évolution.
Cerema – Arnaud Bouissou – TERRA
8 – Amplifier la lutte contre les pollutions lumineuses et sonores
En appliquant la réglementation prévue et en sensibilisant élus, professionnels et citoyens aux impacts négatifs sur le vivant.
La pollution lumineuse représente une perturbation majeure pour la faune et flore nocturnes. La réglementation en vigueur est très peu respectée, notamment en ce qui concerne les mesures d’extinction des éclairages. Moins connus, les impacts liés au bruit sont eux aussi conséquents. La méthodologie pour la réalisation d’une trame blanche reste à établir.
Lutte contre la pollution sonore : le gouvernement lance l’expérimentation de radars sonores en 2022
Abritant plus du quart de la biodiversité de la planète, les sols assurent des fonctions essentielles à la vie qui peuvent être altérées de façon quasi irréversible lorsqu’ils sont artificialisés.
Afin de réellement favoriser le vivant en ville. Il s’agit bien de renaturer et non de reverdir, ce qui doit figurer clairement dans les cahiers des charges des marchés publics. Par ailleurs, la filière « économie circulaire » des terres est à organiser afin de systématiser l’utilisation de terres provenant de chantiers en cours lors de ces opérations (l’utilisation de terres agricoles devant être strictement interdite).
Certaines certifications environnementales généralistes sont dépourvues d’axe biodiversité : ainsi le label RGE, remis aux acteurs de la rénovation, ne délivre pas de connaissances sur les espèces protégées du bâti et sur les solutions existantes pour les préserver dans le cadre des travaux.
Le programme « Territoires engagés pour la nature » vise à faire émerger, reconnaître et valoriser des plans d’actions en faveur de la biodiversité. Il s’adresse aux communes et intercommunalités quelle que soit leur taille, qu’elles soient débutantes ou initiées en matière de biodiversité.
Rappel : la LPO préconise de suspendre les travaux d’entretien des jardins et espaces verts, pour ne pas déranger la faune sauvage pendant sa période de reproduction, de mi-mars à fin août. ↩︎
« Une défiance grandissante s’installe dans notre communauté scientifique vis-à-vis du pouvoir politique ». Malgré les pressions insoutenables que l’humanité fait peser sur son environnement, en particulier sur l’océan, le pouvoir politique tient des « discours déconnectés du réel et pratique la course de lenteur », fustige un collectif de 260 scientifiques, dont le climatologue Jean Jouzel, dans une tribune au « Monde ». Faut-il un référendum citoyen pan-européen pour obtenir un sursaut du pouvoir politique, comme le réclame dans le Monde l’eurodéputé Pierre Larrouturou pour « sauver le climat et la cohésion sociale » ?
« Comme scientifiques, nous pensons que ne pas participer à la légitimation de discours déconnectés du réel est une responsabilité éthique. » Le ton de la tribune est d’une virulence rare de la part de scientifiques, comme le remarque Reporterre. Signée par 260 chercheurs, dont le climatologue Jean Jouzel, et publiée dans Le Monde le 18 avril, elle dresse une liste implacable de l’inaction écologique délétère du gouvernement français.
La Convention citoyenne pour le climat ? Prometteuse, mais « ces espoirs ont finalement été douchés ». La planification écologique ? Sans cesse repoussée, « dans une nouvelle course de lenteur, à rebours du volontarisme des annonces initiales ». L’annonce de 30 % d’aires marines protégées ? « De fait, il est aujourd’hui démontré que la proportion des eaux nationales réellement protégées, avec un impact effectif sur la biodiversité, ne s’élève qu’à 1,6 % (et seulement 0,04 % dans les eaux métropolitaines, d’après des données de 2021). »
« La liste des pressions insoutenables que l’humanité fait peser sur son environnement, en particulier sur l’océan qui occupe les trois quarts de la surface de notre planète, est longue : réchauffement climatique, acidification des océans, désoxygénation, aménagements littoraux et hauturiers, déchets plastiques, pollutions, exploitation des ressources minières ou vivantes (surpêche).«
Il en résulte des effets néfastes considérables pour la nature et les sociétés humaines qui vont s’aggraver si rien ne change. (…) pratiquement tous les signaux sur l’océan et le climat sont au rouge.
Depuis plus de 50 ans, la communauté scientifique travaille à identifier et alerter la société sur les dangers que ces pressions font courir à l’humanité. Face à ces menaces, le gouvernement français rappelle le constat scientifique et engage des initiatives démocratiques inédites comme la mise en place de la convention citoyenne sur le climat. Mais force est de constater que la loi Climat et résilience n’est pas à la hauteur ni du défi à relever ni des engagements pris par le Président au regard des 149 propositions de mesures concrètes formulées par les citoyens.
La Cour européenne des droits de l’Homme a condamné la Suisse pour violation de la Convention des droits de l’Homme, donnant raison à une association de femmes âgées qui attaquait l’inaction du pays face au changement climatique. La juridiction européenne a par ailleurs rejeté un recours contre la France et a jugé irrecevable la requête de jeunes Portugais contre 32 États. France 24
Que faire face à l’inaction publique ?
La planification écologique, annoncée par Christophe Béchu en septembre 2023, à la demande du Haut Conseil pour le climat, n’a pas donné lieu à un réel changement de méthode, malgré le lancement de « COP territoriales« . Une course de lenteur, pour le collectif de chercheurs, qui enchaîne les « désillusions » et dénonce le contraste entre les annonces politiques et l’inaction climatique, qui ne fait qu’accentuer la défiance. Et c’est sans compter les « exemptions sans fin » ou la faiblesse des mesures prises pour lutter efficacement contre la pollution plastique.
Les auteurs appellent à prendre trois mesures fortes pour redresser la barre :
renouer avec l’esprit de la Convention citoyenne pour le climat dans une loi Climat et Résilience 2 ;
assurer aux aires marines protégées françaises un niveau élevé de protection ;
intégrer les plastiques à la liste des entités dangereuses et œuvrer à un traité plastique ayant un réel impact.
Toujours confiants dans l’élan qu’une nation comme la France pourrait insuffler à la transformation écologique, il nous paraît un devoir professionnel et citoyen de promouvoir des actions comme celles ci. Ne pas en tenir compte continuerait, pour nos dirigeants politiques, de faire monter les risques d’un échec collectif face à l’un des plus grands défis planétaires que l’humanité ait connus.
Climat : « Une défiance grandissante s’installe dans notre communauté scientifique vis-à-vis du pouvoir politique » Tribune du Collectif dans le Monde
Un référendum pan-européen pour sauver le climat et la cohésion sociale ?
Peut-on encore gagner la bataille du climat ? Peut-on éviter le chaos ?
L’élu européen Pierre Larrouturou préconise, dans une tribune au « Monde », un électrochoc pour sauver le climat et la cohésion sociale. Il propose d’utiliser les élections du 9 juin pour changer radicalement nos politiques, tant au niveau européen qu’au niveau national. « Le nombre de catastrophes climatiques a triplé en trente ans et la concentration en CO₂ dans l’atmosphère augmente aujourd’hui trois fois plus vite que dans les années 1970.«
A l’occasion de la présentation de son plan pour « verdir » l’industrie, en mai 2023, Emmanuel Macron a appelé à une « pause » dans la réglementation européenne, afin de préserver les acteurs locaux soumis à la concurrence des pays moins-disants du point de vue écologique, comme la Chine.
« Faire une pause », comme l’a proposé Emmanuel Macron, serait « pure folie« . Au contraire, « il faut accélérer et se donner les moyens financiers de réussir une métamorphose rapide de notre modèle économique » propose Pierre Larrouturou.
Investir dans la rénovation thermique de tous nos bâtiments, dans les transports en commun et les énergies renouvelables, aider les agriculteurs à baisser leurs émissions et à s’adapter au réchauffement … Rien qu’en France, on peut créer 900 000 emplois si on se donne les moyens de financer une politique ambitieuse de lutte contre le changement climatique.
Une banque du climat et de la biodiversité ?
Rapporteur général du budget de l’Union en 2021, il a pu expliquer aux décideurs européens le pacte finance-climat que Jean Jouzel, Anne Hessel et lui défendent depuis dix ans pour doter l’Europe d’une grande banque du climat et de la biodiversité. Une banque qui serait capable d’octroyer 300 milliards de prêts à taux zéro pour accélérer la transition écologique en Europe et dans les pays du Sud !
L’Europe ne peut pas être simplement guidée par les critères financiers qui risquent, selon l’eurodéputé, de plonger des millions d’européens dans la précarité en imposant chaque année des coupes budgétaires dans l’éducation, la santé ou les politiques climatiques. Sa liste “Changer l’Europe” propose 10 mesures d’urgence pour réorienter l’Europe, en soumettant deux traités au vote des peuples européens : un Pacte Finance-Climat et un Traité Emploi-Pouvoir d’Achat.
Approuver ces traités le même jour partout en Europe grâce à un référendum pan-européen ? L’idée vient du grand philosophe allemand Jürgen Habermas. Après 5 années passées au cœur du système comme député et Rapporteur Général du Budget, Pierre Larrouturou est convaincu qu’il s’agit du seul moyen de provoquer un sursaut.
Les conséquences du dérèglement climatique rendent chaque année plus urgent d’engager des travaux de rénovation pour les « passoires thermiques ». L’isolation de votre logement peut vous protéger efficacement de la chaleur en été, du froid en hiver comme de l’humidité tout en réduisant votre facture énergétique. Quels sont les travaux à prévoir en priorité et quelles aides financières pour vous aider ?
Si un ménage sur deux en France ne réalise pas de travaux d’isolation dans la maison, estimant qu’elle n’en a pas besoin, 84% de ceux qui ont réalisé au moins une opération de rénovation énergétique sont satisfaits du résultat obtenu en termes de confort et de diminution de leurs consommations d’énergie.
Ressenti des ménages en maisons individuelles à l’issue des travaux. – Source : enquête Tremi 2020, exploitation Ademe
Le pictogramme « maison grise » représente l’ensemble des ménages ayant engagé des travaux de rénovation.
Outil statistique de l’Observatoire DPE
Tous les travaux n’ont pas la même efficacité énergétique. Le toit de la maison est la principale source de déperdition de chaleur. Il est donc important de commencer par isoler les combles, puis viennent les murs et les ouvertures portes et fenêtres. L‘isolation du sol, cave ou sous-sols viendra en dernier.
L’isolation thermique permet non seulement de protéger du froid en hiver et de la chaleur en été, mais aussi de réduire sa consommation d’énergie tout en augmentant la valeur de votre bien immobilier. Et vous participez également à réduire vos émissions de gaz à effet de serre.
Outre une bonne isolation de votre logement, un système de ventilation efficace, un chauffage performant et une bonne régulation de la température sont essentiels pour améliorer votre confort.
MaPrimeRénov’ est la principale aide de l’État pour la rénovation énergétique
Quelles aides peuvent vous aider à financer vos travaux de rénovation ?
De MaPrimeRénov’ à la prime Éco Énergie en passant par l’éco-prêt à taux zéro et la TVA réduite, de nombreux dispositifs d’accompagnement et d’aides financières existent pour éliminer les passoires thermiques.
MaPrimeRénov’ est la principale aide de l’État pour que la rénovation énergétique des maisons individuelles soient à la portée de tous les ménages. Améliorer le confort thermique de son logement, c’est aussi lui donner plus de valeur : les prix des maisons classées A ou B sont valorisées 5 à 10 % de plus en cas de revente.
Les travaux éligibles aux aides financières de l’état – MaPrimeRénov’
Les Certificats d’Économie d’Énergie (CEE) sont un dispositif de soutien aux ménages qui réalisent des travaux de rénovation énergétique. L’aide peut être accordée sous différentes formes, selon le fournisseur d’énergie retenu : prime en chèque, bons d’achat, réductions, services gratuits … Son calcul tient compte de l’ampleur des économies d’énergie réalisées.
Les primes énergie, comme par exemple la prime éco énergie auchan, ont été créées grâce au dispositif des certificats d’économies d’énergie. Des CEE sont attribués aux fournisseurs d’énergie à condition qu’ils incitent financièrement leurs clients à réaliser des travaux d’économie d’énergie. La Prime Éco Énergie, et son Bonus selon votre niveau de ressources, peuvent être cumulées avec ma PrimeRénov’ ou encore l’éco-prêt à taux zéro.
Exemple de guide pratique pour constituer votre dossier travaux éligibles à la Prime éco-énergie Auchan
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