Les acteurs de la formation continue ont un rôle majeur à jouer pour la transition écologique. La formation continue est essentielle pour former les 30 millions d’actifs. Elle peut contribuer à accompagner et reconvertir des actifs qui souhaitent un parcours plus aligné avec leurs valeurs ou qui risquent de perdre leur emploi. Au sein des organisations, son pouvoir transformateur des cultures professionnelles est central pour mettre en œuvre la transition écologique. The Shift Project publie son rapport final avec 7 leviers d’action afin de former les actifs pour la transition écologique.
Anticiper et accompagner les transformations en volume d’emploi
Former les actifs pour la transition écologique
L’équipe Formation Continue du Shift Project a publié son rapport final « Former les actifs pour la formation continue ».
La transition écologique
Une clé de voûte et 7 leviers pour faire bifurquer la formation continue
🗝️ La clé de voûte : planifier la transition écologique par filière au niveau national et européen pour développer les compétences.
Pour que la formation continue joue pleinement son rôle dans la transition, nous suggérons une clé de voûte : planifier la transition écologique par filière au niveau national et européen pour développer les compétences, et 7 leviers d’action :
Mobiliser les décideurs face à l’urgence climatique et aux risques de l’inaction
Garantir le dialogue social pour accélérer la transition écologique et anticiper les impacts socio-économiques
Transformer massivement l’offre de formation en y intégrant la transition écologique
Professionnaliser l’achat de formations pour la transition écologique
Développer des ingénieries pédagogiques favorisant le passage à l’action
Mettre en place un pilotage territorial du volet emploi-compétences de la transition écologique
Orienter vers les emplois et formations de la transition écologique
Pourquoi The Shift Project ? La double empreinte carbone
La mobilisation collective de l’ensemble de l’écosystème, prestataires et acheteurs de formation, partenaires sociaux, acteurs publics territoriaux et nationaux, permettra d’enclencher des transformations systémiques à la hauteur des enjeux.
Mobiliser les acteurs de la formation continue pour la transition écologique
Un état des lieux du secteur de la formation continue et des recommandations, afin que la formation continue joue pleinement son rôle dans la transition
Ce travail a pour ambition de mettre en lumière les compétences sans lesquelles la transition ne pourra avoir lieu, de dresser un état des lieux de la mobilisation des acteurs de la formation continue pour la transition et de proposer des leviers d’action.
Les compétences de la transition écologique
Ce rapport intermédiaire de ce projet a été présenté le 7 novembre 2024. Plus d’informations sur ce lien. Le replay du webinaire est disponible sur ce lien
Sans formation continue, pas de transition écologique
Sans compétences adéquates, pas de transition écologique : la formation continue est indispensable
La formation continue est essentielle pour former les 30 millions d’actifs. Elle répond souvent plus rapidement que la formation initiale aux besoins en compétences pressants, accompagne le développement des compétences et les reconversions des actifs, soutenant ainsi la transition des organisations et minimisant les risques de pertes d’emplois. Les acteurs de la formation continue ont donc un rôle clé à jouer dans la transition. Ce rapport dresse un état des lieux de leur mobilisation, identifie les compétences sans lesquelles la transition écologique ne pourra se concrétiser, et esquisse un horizon vers lequel tendre.
Les compétences de la transition écologique
État des lieux : la formation n’est pas à la hauteur des besoins, malgré des initiatives
De nombreuses initiatives, mais la transformation systémique se fait attendre
Les initiatives recensées restent sporadiques car souvent dépendantes des bonnes volontés : l’impulsion systémique est aujourd’hui absente. Les actions de formation mises en œuvre relèvent principalement de la sensibilisation, sur des formats courts : parmi les organisations qui ont mis en œuvre des formations en lien avec la transition écologique, 80 % ont proposé des actions d’une demi-journée ou moins. Les formations professionnalisantes plus longues concernent principalement les demandeurs d’emploi en réponse à des tensions de recrutement et se heurtent à des problèmes d’attractivité. Bien qu’il y ait une conscience grandissante des besoins de formation liés à la transition écologique, elle se traduit encore peu du côté de la demande : seuls 37 % des acheteurs de formation déclarent avoir proposé des formations métiers dédiées au cours des deux dernières années. Par ailleurs, seules 30 % des organisations déclarent avoir une démarche de gestion prévisionnelle des emplois et compétences qui intègre les enjeux écologiques.
Illustration du besoin en emploi dans divers secteurs pour décarboner l’économie française
De nombreuses initiatives à l’échelle des filières, des régions ou des organismes de formation montrent que la formation continue peut se mettre au service de la transition. Le rapport l’illustre via 3 cas d’études : sur la filière automobile, sur la région Hauts-de-France, et sur le Centre National de formation de la Fonction Publique Territoriale (CNFPT).
Certains financements publics fléchés y contribuent également bien qu’un effort reste à fournir pour que l’ensemble du système de la formation se mette au diapason de la transition écologique.
Former les actifs pour la formation continue – Rapport final
Les approches traditionnelles de la durabilité se concentrent souvent sur la réduction des dommages environnementaux sans remettre en cause les structures économiques et sociales sous-jacentes. En revanche, la régénération vise à créer des cycles vertueux d’amélioration continue du bien-être humain et écologique, en intégrant des concepts issus de diverses disciplines telles que l’agriculture, l’économie, l’éducation et la gouvernance.Voici les cinq qualités essentielles pour favoriser l’émergence de systèmes véritablement régénératifs, par Pierre-Henry Dodart, Administrateur de l’État engagé pour la transition écologique.
The Regenerative Lens: A conceptual framework for regenerative social-ecological systems
L’article sur la « visée Régénérative » (Regenerative Lens) propose un cadre conceptuel novateur pour comprendre et structurer les systèmes sociaux-écologiques régénératifs.
Exemples de systèmes internes/externes de régénération/dégénération Exemples hypothétiques de systèmes socio-écologiques qui sont régénératifs et/ou dégénératifs internes et/ou externes.
Les auteurs identifient cinq qualités essentielles pour favoriser l’émergence de systèmes véritablement régénératifs :
1️⃣ Une vision écologique du monde : comprendre l’interdépendance entre les humains et la nature, en abandonnant les paradigmes anthropocentrés et extractivistes.
2️⃣ Le mutualisme : encourager des relations basées sur la coopération et l’entraide, tant entre individus qu’entre sociétés et écosystèmes.
3️⃣ La diversité : maintenir une richesse biologique et culturelle, facteur clé de résilience et d’adaptabilité.
4️⃣ L’agentivité1: accroître l’autonomie d’action des individus et des communautés, tout en redonnant une place centrale aux écosystèmes dans les processus décisionnels.
5️⃣ La réflexivité : intégrer une capacité permanente d’auto-évaluation et d’adaptation pour évoluer vers des systèmes plus vertueux.
Appliquer l’objectif de régénération à un avenir envisagé
L’étude montre comment cette approche peut transformer un système alimentaire local en encourageant la coopération, la relocalisation et une agriculture régénérative.
Parce que réparer les dégâts ne suffira pas. Il faut créer des dynamiques où la vie génère la vie. Un modèle qui questionne nos modes de production, nos organisations et même notre manière d’apprendre et de collaborer.
Concepts de régénération dans différents domaines d’études à l’échelle des systèmes socio-écologiques
Exemples de Régénération
Agriculture : L’agriculture régénérative, étroitement liée à l’agroécologie, à la permaculture et à la biodynamique, « se concentre explicitement sur la création de relations réciproques entre les composantes écologiques, sociales, culturelles et spirituelles dans les communautés socio-écologiques pour développer toutes les formes de capital tout en exprimant l’essence de chaque personne, ferme et lieu », 7 en mettant particulièrement l’accent sur l’amélioration de la santé des sols. Certaines définitions de l’agriculture régénérative mettent davantage l’accent sur les résultats (par exemple, le piégeage du carbone), tandis que d’autres mettent davantage l’accent sur les pratiques (qui comprennent souvent l’intégration zéro ou faible du sol et de l’élevage).23,Certaines interprétations mettent davantage l’accent sur l’appui au bien-être humain (par exemple, dans les communautés agricoles) et les aspects d’activisme politique (ainsi, en s’alisant davantage sur l’agroécologie),
Entreprises : L’application d’idées allant de la conception régénérative, du développement régénératif, de la durabilité régénérative et de la théorie de l’intendance aux entreprises, de sorte que les entreprises régénératives adoptent une vision systémique du monde et de leur place dans celui-ci et assurent les profits plutôt que de réduire le bien-être socio-environnemental : elles « améliorent et prospèrent par la santé des systèmes socio-écologiques dans un processus co-évolutif ». 28 L’esprit d’entreprise régénérateur ou écocentrique inclut le traitement de la nature comme un partenaire dont les entrepreneurs apprennent et tirent leur créativité 29
Conception : La conception régénérative adopte une perspective holistique qui est biophile, biomimétique, participative et étroitement liée à l’unicité de lieux particuliers, visant à co-évolution entre les humains et le reste de la nature. Appliqué dans l’architecture et la planification urbaine, mais aussi dans d’autres domaines et conception des sociétés et des avenirs plus généralement
Développement : Le développement régénératif utilise une approche de la réflexion sur les systèmes local pour générer activement des résultats positifs, co-évolutionnaires, écologiques et sociaux à partir du développement, en particulier via un retour d’information entre eux. Il reconnaît l’importance d’un retour d’information positif entre les dimensions intérieures (paradigme) et extérieures de la durabilité. Parfois considéré comme similaire ou comme une application de la durabilité régénérative. Le «développement communautaire régénératif » s’appuie sur le développement régénératif en mettant l’accent sur les communautés en tant qu’éléments de base imbriqués et en réseau de la nature et des sociétés 7
Économie Les cadres de l’économie régénérative (y compris le capitalisme régénératif) mettent l’accent sur une variété de principes et 7,8de pratiques différents, y compris la nécessité d’aller au-delà des approches traditionnelles de durabilité, en utilisant des approches de systèmes dynamiques, la circularité des ressources, la compréhension holistique de la richesse, l’encouragement de l’adaptabilité et la collaboration diversifiée, et l’éducation et le plaidoyer transdisciplinaires.31
Éducation Divers concepts d’apprentissage régénératif, d’éducation, de créativité, et d’éducation pour un avenir régénératif. La pédagogie pour l’avenir régénératif est en constante évolution et embrasse la connectivité entre l’homme et l’homme, et l’ambiguité. Les enseignants créent les conditions de l’émergence de la créativité et du mutualisme, y compris la transdisciplinarité et l’inspiration de la nature, en s’appuyant en particulier sur des idées issues de la conception régénérative. Les étudiants ne sont pas seulement informés des crises environnementales, mais ils reçoivent aussi la sagesse et les compétences nécessaires pour encourager la régénération et l’épanouissement de la vie. L’éducation à la durabilité est décolonisée et récente sur l’histoire, les concepts et la sagesse autochtones 33
Systèmes alimentaires : Les concepts du système alimentaire régénératif s’appuient sur de nombreux autres domaines tels que l’agriculture régénérative et la conception régénérative et examinent une grande variété d’aspects, notamment la production alimentaire, le gaspillage alimentaire, l’esprit d’entreprise, la finance, la gouvernance, les moyens de subsistance et la technologie. Certains principes proposés pour les systèmes alimentaires régénératifs sont les suivants: reconnaître et inclure diverses formes de connaissance et d’être; prendre soin des personnes, des animaux et de la planète; aller au-delà des approches capitalistes; commun 37du système alimentaire; promouvoir des innovations responsables; et planifier à long terme et les relations entre les zones rurales et urbaines. La relocalisation des dépôts de nourriture est souvent un objectif primordial et la démocratie alimentaire/souveraine, changer les vues du monde des consommateurs et élever les systèmes alimentaires
Gouvernance : Les modes de « gouvernance de la régénération » comprennent les holacraties et les sociocraties, qui imitent les caractéristiques du système vivant de la modularité, de la subsidiarité, de la nidification et de la rétroaction. La gestion hiérarchique traditionnelle est remplacée par un modèle plus autogéré, avec une autorité répartie entre tous les employés dans une holarchie qui se chevauchent de rôles et de domaines de travail, des décisions par consentement mutuel et des réactions
Conservation de la nature : La régénération naturelle assistée accélère les processus écologiques pour atteindre les états de restauration souhaités pour les écosystèmes (voir l’agriculture régénérative)
Organisation : Étroitement liée aux idées sur les entreprises régénératives, l’organisation régénérative est «le processus de détection et d’intégration des écosystèmes vivants environnants, l’alignement des connaissances organisationnelles, la prise de décision et d’actions sur les structures et la dynamique de ces systèmes et la conjonction, d’une manière qui permette aux écosystèmes de se régénérer, de renforcer la résilience et de maintenir la vie.» Les organisations régénératives cherchent à aider les lieux locaux à s’épanouir, et leurs dirigeants adoptent les ambiguités et la nature paradoxale des tensions locales, ce qui en fait des possibilités de réflexivité et de créativité plutôt que de simples conflits 28,43.
Durabilité : La durabilité régénérative vise à « s’attaquer à la relation dysfonctionnelle entre l’homme et la nature en entrant dans un partenariat cocréatif avec la nature pour restaurer et régénérer le système socio-écologique mondial grâce à un ensemble de pratiques de conception et d’ingénierie écologiques localisées enracinées dans le contexte et ses récits socio-écologiques ». 44Il met l’accent sur les processus collectifs de réflexion et de vision, avec une vision globale du monde
Tourisme : Le tourisme régénératif vise à réaliser le potentiel des localités touristiques locales, y compris leur environnement et leurs communautés, pour s’épanouir, plutôt que d’extraire la richesse économique pour être distribuée ailleurs. Il y parvient grâce à une approche systémique holistique, tissant les connaissances scientifiques autochtones et occidentales, considérant la nature comme enseignante, encourager les soins, la collaboration et la réflexion continue, l’apprentissage et l’évolution, et la promotion de l’action des acteurs locaux. Les systèmes touristiques sont considérés comme inséparables de la nature et tenus de respecter les principes et les lois de la Terre
Études urbaines : La « régénération urbaine » a de nombreuses interprétations différentes, mais est souvent liée au développement d’une zone urbaine « réduite » pour améliorer les conditions socio-économiques. Une interprétation néolibérale se concentre sur la création49 de richesses financières et la liberté individuelle par la libéralisation des marchés.50
En avril 2024, une enquête d’opinion1, menée auprès d’un échantillon représentatif de 801 agriculteurs exploitants de France métropolitaine, s’est intéressée à leur perception du changement climatique et leur acceptabilité des solutions écologiques. En voici quelques-uns des enseignements tirés par Suzanne Gorge, Directrice générale adjointe de Terra Nova.
Agriculture : métier passion, quotidien écœurant
Les agriculteurs, acteurs de l’économie circulaire ?
Les secteurs agricoles français et européen traversent depuis plusieurs mois une période de tension marquée par des manifestations et des revendications multiples.
Les agriculteurs expriment trois préoccupations majeures :
1. leur difficulté à gagner décemment leur vie,
2. le poids croissant des démarches administratives
3. les conséquences du changement climatique qui menacent leurs cultures et leur rentabilité.
Agriculture : métier ingrat, manque de reconnaissance et stigmatisation
Bien que ces problèmes touchent tous les agriculteurs, il n’existe pas de solution unique : les réponses doivent être adaptées selon la taille de chaque exploitation, son type de production et sa situation géographique.
Des études récentes offrent un éclairage précieux sur la perception qu’ont les agriculteurs de la transition écologique et indiquent que la prise de conscience est largement partagée.
Deux enjeux vitaux : rentabilité et crise climatique
Une enquête Elabe pour Veolia, menée au printemps 2024 auprès de 801 agriculteurs exploitants, rappelait ainsi que 66% des agriculteurs considèrent que l’adaptation de leur exploitation au changement climatique est un enjeu vital.
Toutefois, sans accompagnement, ces changements s’annoncent particulièrement complexes à opérer pour des agriculteurs qui restent souvent les acteurs les plus contraints de la chaîne de valeur alimentaire. Dans cette note, nous essaierons d’analyser le rapport des agricultures à la transition écologique et nous nous pencherons sur deux pratiques qui présentent d’importants bénéfices économiques et environnementaux : la réutilisation des eaux usées et le compostage des biodéchets.
État d’esprit par rapport au métier d’agriculteur
1. Les agriculteurs au cœur de la transition écologique
A l’heure où la France doit accélérer sa politique de décarbonation, préserver et renforcer ses puits de carbone, construire sans attendre des solutions d’adaptation et de résilience face à un climat qui se modifie rapidement, les tensions et enjeux autour de l’agriculture s’intensifient.
L’agriculture représente aujourd’hui 19% des émissions de gaz à effet de serre en France et se classe comme le deuxième émetteur national après les transports, selon les données du Citepa (2022).
Le secteur a également un rôle crucial à jouer dans la séquestration du carbone car les sols agricoles constituent des réservoirs de carbone essentiels. Aujourd’hui, 4 à 5 milliards de tonnes de carbone sont stockés par les écosystèmes terrestres français dans la biomasse et dans les 30 premiers centimètres de sol.
Pourtant leur capacité de séquestration se trouve de plus en plus menacée par la dégradation de la qualité des sols (pollutions, érosion, salinisation dans les zones littorales, diminution de leur teneur en matière organique), l’artificialisation et l’intensification des pratiques agricoles.
Cette double fonction, à la fois source d’émissions et puits de carbone potentiel, place l’agriculture dans une position stratégique pour lutter contre le changement climatique. Le rôle des agriculteurs ne se limite plus à la seule production alimentaire, mais s’étend à la gestion des écosystèmes, à la préservation de la biodiversité et à la lutte contre le changement climatique.
La prise de conscience du secteur agricole est croissante quant à son rôle dans la transition écologique. Directement confrontés aux impacts du changement climatique et de la dégradation des écosystèmes sur leur activité, les agriculteurs sont souvent les premiers témoins de la perte de biodiversité, de l’érosion des sols et des effets des sécheresses récurrentes.
3 exploitations sur 4 sont fragilisées par le dérèglement climatique
Une prise de conscience marquée
Les données de l’étude menée par Veolia battent en brèche l’idée reçue d’agriculteurs insensibles aux enjeux environnementaux. 75% d’entre eux reconnaissent la fragilisation de leurs exploitations par les catastrophes naturelles (inondations, sécheresses, tempêtes…) et sont conscients du coût de l’inaction climatique puisque 67% estiment que les pertes de rendement dues au dérèglement climatique et aux pollutions dépasseront, si rien n’est fait, les investissements nécessaires à la transition écologique.
Malgré la fragilité économique des exploitations, près de 7 agriculteurs sur 10 convaincus que l’inaction écologique sera plus coûteuse que les investissements nécessaires à la transition écologique
Un rapport ambivalent aux normes environnementales
Si 74% des agriculteurs reconnaissent l’utilité des normes agricoles environnementales, 65% les jugent cependant inadaptées aux réalités du terrain. Les objectifs sont compris voire partagés mais c’est leur application qui est critiquée.
Les normes environnementales représentent pour certains agriculteurs de fortes contraintes financières et techniques. L’adaptation aux nouvelles réglementations nécessite souvent des investissements conséquents, alors que leurs marges sont déjà fragilisées par la volatilité des prix agricoles et les aléas climatiques.
Ces normes peuvent également remettre en cause des pratiques traditionnelles ou imposer des changements rapides dans leurs méthodes de production. Face à la multiplication des réglementations, certains expriment aussi une lassitude bureaucratique et un besoin d’accompagnement plus soutenu dans leur transition.
Pas contre les normes, mais contre les normes d’une « écologie administrative, illogique et idéologique »
Un engagement marqué des jeunes agriculteurs
La nouvelle génération d’agriculteurs se distingue par un engagement plus marqué, même si, là encore, les différences sont prononcées selon le type d’exploitation. 70% des moins de 40 ans considèrent l’adaptation au changement climatique comme vitale, et seuls 7% des jeunes agriculteurs minimisent l’importance de cet enjeu, contre 14% chez les plus de 60 ans.
Les jeunes agriculteurs sont également plus enclins à développer des pratiques plus respectueuses de l’environnement : 45% des jeunes exploitants (moins de 40 ans) utilisent déjà les biodéchets pour fertiliser leurs sols, contre 37% des 50-59 ans.
Les paiements pour services environnementaux en agriculture Xavier Remongin / agriculture.gouv.fr
Les jeunes agriculteurs sont donc engagés dans la transition écologique et cherchent à allier bénéfices économiques et écologiques. Le syndicat Jeunes Agriculteurs promeut ainsi activement le dispositif des paiements pour services environnementaux (PSE). Mis en place par le Ministère de la transition écologique et les Agences de l’eau, ces dispositifs rémunèrent les agriculteurs pour des actions qui contribuent à restaurer ou maintenir des écosystèmes, dont la société tire des avantages et incite à la performance environnementale des systèmes d’exploitation agricole.
Plus d’1 agriculteur sur 2 identifie spontanément des voies de passage vers la transition écologique : phyto, énergie décarbonée, conservation des sols et sobriété hydrique
2. Des freins structurels à la transition
Des contraintes financières majeures
La situation économique des exploitations constitue un frein majeur à la transition : 78% des agriculteurs déclarent vivre difficilement de leur métier, et 35% d’entre eux ne parviennent même pas à dégager un salaire2 (45% des exploitations entre 20 et 49 hectares). Ils se retrouvent donc pris en étau entre l’impératif d’agir en faveur de la transition écologique, et le maintien ou l’amélioration de la rentabilité de leur exploitation.
En effet, 66% reconnaissent la nécessité d’adapter leur exploitation aux changements climatiques mais peinent à financer ces adaptations. De plus, les investissements nécessaires apparaissent souvent hors de portée sans soutien extérieur. Or, si le taux d’endettement des exploitations agricoles est stable ces dernières années en France, il reste structurellement élevé3 (42,5% en moyenne). Selon l’Agreste, le service de la statistique et de la prospective du ministère de l’Agriculture, les emprunts à long ou à moyen terme, destinés à financer les investissements et le fonds de roulement des exploitations, constituent en moyenne 65,7 % de l’endettement total. C’est signe d’une grande dépendance mais aussi d’une moindre capacité d’investissements dans la transition.
Une majorité ne sait pas comment résoudre l’équation rendement + transition
Les revenus des ménages agricoles varient considérablement selon les années et selon les spécialisations de la production. Ils sont plus faibles dans les territoires d’élevage que dans ceux de production végétale et sont particulièrement bas dans les territoires d’élevage de bovins viande. En revanche, ils sont souvent plus élevés dans les territoires viticoles et dans ceux combinant diverses grandes cultures4.
Les autres sources de revenus du ménage peuvent en partie atténuer la volatilité des résultats économiques tirés de l’activité agricole et les écarts entre spécialisations, mais une grande disparité de niveau de vie demeure parmi les ménages agricoles.
Les situations économiques des agriculteurs sont donc très hétérogènes et instables d’une année à l’autre, influencées par le climat, les prix des marchés internationaux, les charges d’exploitation, les investissements et les subventions.
Biodiversité agricole et changement climatique : la végétation des bordures de champs a déjà évolué en 10 ans
Des normes parfois inadaptées
La complexité administrative et réglementaire constitue une source majeure de frustration pour les agriculteurs. Cette préoccupation est restée centrale lors des manifestations agricoles de 2024, particulièrement pour les principaux syndicats (FNSEA, Jeunes Agriculteurs, Coordination Rurale). Le slogan « On marche sur la tête » reflétait précisément ce ras-le-bol face aux contradictions administratives et au renforcement continu des réglementations françaises et européennes.
Questions sur la qualité sanitaire, normes contraignantes et idées reçues sur la réticence culturelle des consommateurs freinent pour l’instant l’adoption des fertilisants organiques et de la REUT
Cette accumulation de normes agricoles s’explique par deux facteurs principaux5.
D’une part, l’approche fragmentée des politiques rurales, où chaque aspect (foncier, commerce, aides économiques, fiscalité, énergie, environnement, urbanisme, santé) est traité séparément, créant un empilement de règles devenu parfois incompréhensible. L’exemple des haies est révélateur : malgré leurs bénéfices reconnus pour la biodiversité et contre l’érosion des sols, leur plantation est freinée par l’existence de 14 textes réglementaires différents.
D’autre part, les filières agricoles elles-mêmes génèrent leurs propres normes, notamment à travers les organisations interprofessionnelles qui définissent les standards de commercialisation et cogèrent de nombreux labels avec les producteurs.
Pour réussir la transition agricole, il sera essentiel de trouver un équilibre qui satisfasse à la fois les besoins des agriculteurs, les attentes de la société, les impératifs économiques et les exigences environnementales. Les deux dispositifs présentés ici visent à concilier ces différents objectifs.
3. La réutilisation des eaux usées : une solution d’avenir à développer
Un contexte de tension hydrique majeure
En France, on estime qu’environ 33 milliards de m³ sont prélevés chaque année6. Une partie seulement de cette eau est consommée et n’est pas restituée aux milieux aquatiques : il s’agit principalement de l’eau évaporée ou incorporée dans le sol, les plantes ou les produits. Elle est estimée à 4,1 milliards de m³ par an, soit 12 % des prélèvements.
Cette part d’eau consommée varie selon les usages et les territoires : l’agriculture est la première activité consommatrice avec 58 % du total, devant l’approvisionnement en eau potable (26 %), le refroidissement des centrales (12%), les usages industriels et autres (4 %)7. Les cultures qui représentent le plus de surfaces irriguées sont le maïs (un tiers) suivi des légumes et fruits, du soja et des pommes de terre.
Cette consommation significative soulève des questions cruciales de durabilité dans un contexte de changement climatique et de fortes tensions sur la ressource en eau, comme en témoignent les étés 2022 et 2023, particulièrement difficiles avec 93 départements placés sous restrictions et plus de 1000 communes confrontées à des ruptures d’approvisionnement.
L’allongement des périodes sèches compromet gravement le rechargement naturel des nappes phréatiques, menaçant particulièrement des régions comme le Sud-Ouest où l’agriculture dépend fortement de l’irrigation. Tous ces phénomènes incitent les territoires à s’interroger sur les moyens de mieux préserver et optimiser leur usage de la ressource en eau.
La réutilisation des eaux usées traitées (REUT) : une solution encore peu exploitée
L’eau en Israël : de la rareté à l’abondance
La réutilisation des eaux usées traitées reste encore très marginalement exploitée en France. Dans la réglementation française, la REUT désigne la valorisation, pour un ou plusieurs usages, des eaux résiduaires urbaines ou industrielles après leur traitement adapté en station de traitement des eaux usées (STEU).
Selon les données du CEREMA, moins de 1% des eaux traitées est actuellement réutilisé, dont 40% pour l’agriculture, le reste étant principalement dédié au secteur tertiaire (arrosage d’espaces verts, nettoyage de voiries et arrosage de golf), alors que ce chiffre atteint 14 % en Espagne, 8 % en Italie, et même 90% en Israël8, autant de pays méditerranéens qui ont une longue expérience du stress hydrique.
Cette technique présente pourtant des avantages.
Sur le plan environnemental, elle contribue à économiser la ressource en eau en se substituant à des prélèvements dans la nature et permet de préserver les ressources en eau douce.
Sur le plan agronomique, ces eaux apportent également des nutriments essentiels (azote, phosphore, potassium) qui enrichissent naturellement les cultures et permettent de réduire l’utilisation d’engrais.
Enfin, la disponibilité de cette ressource est particulièrement stable et offre une sécurité d’approvisionnement précieuse pendant les périodes de sécheresse.
Le Plan eau
C’est pour ces raisons que le Plan Eau, présenté en 2023, prévoit la valorisation des eaux dites « non-conventionnelles » avec pour objectif de développer 1 000 projets de réutilisation sur l’ensemble du territoire d’ici 2027 et de multiplier par dix le volume d’eaux usées traitées réutilisées pour d’autres usages d’ici 2030. Sur les 53 mesures qui sont présentées dans le Plan, 4 concernent directement la REUT. Un décret qui simplifie les procédures pour la réutilisation des eaux usées traitées (REUT) a été publié dans la foulée du plan.
Pour autant, la situation actuelle n’est pas encourageante selon le panorama de la REUT en France9 publié en 2022. Deux chercheurs de l’INRAE, Rémi Lombard Latune et Margot Bruyère, ont constaté qu’entre 2017 et 2022 9 projets de REUT ont été abandonnés et que peu de nouveaux projets étaient entrés en fonctionnement (13 projets)10. Ils observent également une baisse de la part des usages agricoles dans la REUT en raison à la fois du manque de nouveaux projets de nature agricole et de l’arrêt de certains projets en fonctionnement.
Il est essentiel de rappeler que ce dispositif de réutilisation des eaux usées après recyclage doit s’intégrer dans une démarche plus globale de sobriété. La REUT fait partie d’un ensemble de solutions et ne substitue pas aux indispensables réflexions concernant les choix d’assolement, de systèmes culturaux, des choix de matériel et le développement d’infrastructures d’irrigation (retenues d’eau, goutte à goutte…), ou encore des dispositifs de pilotage pour une irrigation de précision11 .
4. Le compostage des biodéchets : une pratique en plein essor
Un contexte favorable
Le compostage des biodéchets devrait franchir une nouvelle étape avec la mise en œuvre progressive de la Loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire (AGEC). Depuis le 1er janvier 2024, cette loi impose aux collectivités locales de mettre en place des solutions de tri des déchets alimentaires pour leurs habitants.
Si certaines collectivités ont anticipé cette obligation, les solutions de collecte mises en place restent encore très hétérogènes et de nombreux usagers sont aujourd’hui sans solutions. Mi-2024, selon l’ADEME, seulement 40% des Français disposaient d’une solution. Les volumes collectés sont donc encore faibles aujourd’hui mais devraient progressivement augmenter. Des filières de valorisation des biodéchets ont émergé depuis la loi Grenelle II12, qui a obligé en 2012 les gros producteurs de biodéchets à trier et à faire valoriser ces déchets dans les filières adaptées.
Méthanisation : une bonne solution de décarbonation pour 6 agriculteurs sur 10, mais l’arbitrage contraintes / bénéfices freine encore l’adoption de la pratique
Des solutions plus durables se généralisent comme le compostage ou la méthanisation. Le compostage est un procédé de recyclage qui stabilise de la matière organique pour la transformation d’intrants variés en un substrat riche en matière organique et en éléments fertilisants. Cette obligation représente donc une opportunité majeure pour l’agriculture, permettant de transformer ces déchets en ressources précieuses, sous réserve du respect d’une réglementation sanitaire rigoureuse.
Cette ressource devrait être d’autant plus précieuse qu’on observe une érosion de l’élevage en France qui engendre une réduction de la quantité de fumier et de lisier disponible, qui sont des engrais organiques riches pour les cultures. En 7 ans, le cheptel français laitier a perdu 409 000 têtes pour atteindre 3,37 millions de vaches laitières et le cheptel français allaitant a perdu 564 000 têtes pour atteindre 3,47 millions de vaches allaitantes en décembre 202313.
Le compostage des biodéchets : Des bénéfices pour l’agriculteur
Sur le plan agronomique, l’apport de matière organique améliore significativement la structure et la fertilité des sols. Les sols enrichis en compost montrent une capacité accrue à retenir l’eau, les rendant naturellement plus résistants aux périodes de sécheresse. L’activité biologique du sol s’intensifie, avec une prolifération des microorganismes et des vers de terre qui contribuent à sa santé globale. Les éléments nutritifs sont libérés progressivement, assurant une fertilisation naturelle et durable. Cette amélioration de la structure du sol renforce également sa résistance à l’érosion.
D’un point de vue économique, l’utilisation des biodéchets offre une réponse stratégique à l’augmentation prévue du coût des engrais azotés, conséquence directe de l’intégration du secteur dans le Système d’Échange de Quotas d’Émission (SEQE) européen14, et renforce ainsi l’attrait économique de la filière biodéchets. Face à l’augmentation programmée du coût des engrais azotés, les biodéchets représentent une alternative économiquement viable. La réduction des besoins en irrigation, grâce à une meilleure rétention d’eau, permet également de réaliser des économies substantielles.
Cette approche globale de l’utilisation des biodéchets en agriculture répond donc simultanément aux enjeux économiques et environnementaux tout en améliorant la résilience et la durabilité des systèmes agricoles.
Comment les agriculteurs perçoivent-ils cette pratique ?
L’état des lieux de l’adoption de cette pratique révèle une tendance positive. Selon l’étude Elabe pour Veolia, 72% des agriculteurs sont favorables à cette pratique : 44% ont déjà recours à l’utilisation du compost de biodéchets pour fertiliser les sols, tandis que 28% prévoient de le faire prochainement.
L’infrastructure existante offre déjà un potentiel considérable avec de nombreuses unités de compostage réparties sur le territoire français. Des initiatives locales, comme celle des Agriculteurs Composteurs de France se multiplient. Cette structure regroupe aujourd’hui plus de 60 agriculteurs qui collectent, trient et traitent les déchets organiques pour les transformer en matières fertilisantes ou énergies renouvelables.
Néanmoins, un quart des agriculteurs restent encore réticents à ce dispositif. La préoccupation dominante concerne la qualité sanitaire, citée par 56% des agriculteurs. La lourdeur réglementaire constitue le second frein majeur (34%), suivie par des inquiétudes liées à la conformité aux labels et aux risques de perte de rendement (26% chacun). La perception négative des consommateurs, bien que moins prégnante (20%), reste un facteur non négligeable dans la prise de décision des agriculteurs.
La situation actuelle met en lumière le décalage entre les infrastructures disponibles et leur utilisation optimale. Des unités de compostages existent, des filières se structurent mais les ressources sont encore insuffisantes. Leur exploitation pourrait être davantage optimisée, notamment en élargissant les zones de collecte des biodéchets.
Il faut continuer à massifier en multipliant les points d’apport volontaires. L’enjeu principal réside désormais dans la mise en œuvre d’une stratégie de sensibilisation et d’information efficace, visant à dissiper les appréhensions, à encourager une adoption plus large de ces pratiques durables par les citoyens et à améliorer la qualité du tri. Il faut des volumes de biodéchets supérieurs à ceux récoltés aujourd’hui, et de meilleure qualité.
Conclusion
La transition écologique du secteur agricole représente un défi majeur qui nécessite une mobilisation coordonnée des acteurs privés et publics à tous les niveaux. Si la prise de conscience est réelle, particulièrement chez les jeunes agriculteurs, les obstacles restent nombreux, notamment financiers.
Des solutions innovantes comme la réutilisation des eaux usées traitées et le compostage des biodéchets démontrent qu’il est possible de conjuguer bénéfices environnementaux et économiques.
Le succès de cette transition reposera sur une action publique ambitieuse et cohérente. Celle-ci doit s’articuler autour de plusieurs axes essentiels :
la mise en place de dispositifs de soutien financier adaptés aux réalités des exploitations,
la simplification du cadre réglementaire tout en maintenant des exigences environnementales et sanitaires élevées,
le renforcement des mécanismes d’accompagnement à l’innovation et à l’expérimentation,
le soutien aux actions de sensibilisation des consommateurs pour valoriser les pratiques vertueuses.
Cette transformation profonde ne pourra réussir qu’avec des politiques nationales et territoriales coordonnées, offrant une vision claire et des moyens d’action à long terme.
Agriculture et transition écologique : les exploitants français face au mur climatique
Benoît Grimonprez, « Normes agricoles : ne passons pas à côté des choses simples ! », Le Club des Juristes, janvier 2024. ↩︎
Ces prélèvements se répartissent entre le refroidissement des centrales électriques (51 %), les canaux de navigation (16 %), la production d’eau potable (16 %), l’agriculture (9 %) et les autres activités dont l’industrie (8 %) -Commissariat Général au développement durable – Prélevée ou consommée : comment compter (sur) l’eau ? ↩︎
Christelle Pagotto, « Réutilisation des eaux usées traitées : et si on levait les freins ? », La Grande Conversation, août 2023. ↩︎
Lombard-Latune et Bruyère, « Panorama de la Reut en France en 2022 », INRAE, 2023, Présentation PowerPoint↩︎
Yoann Mallard, Marianne Lefebvre, Bertille Thareau, Rémi Lombard-Latune Mélanie Loubaud-Berson, « Réutiliser les eaux usées traitées : quelles perspectives pour l’agriculture française ? », 2024. ⟨hal-04691695⟩. ↩︎
Claire Wittling, Silvia Baralla, Inmaculada Bravo-Dominguez, Katrin Drastig, Graziano Ghinassi, et al., « Adaptation de l’irrigation au changement climatique dans l’Union européenne : les actions engagées par les États membres pour économiser l’eau », Sciences Eaux & Territoires, 2020, 34, pp.8. hal-04578783 ↩︎
Entreprises engagées pour la Nature a pour objectif la mobilisation des entreprises en faveur de la biodiversité. C’est un programme national qui vise à susciter des engagements concrets et à assurer la montée en puissance progressive du sujet au sein des entreprises, dans une démarche d’amélioration continue.
Le programme « Entreprises engagées pour la nature » a pour ambition d’engager les entreprises en faveur de la biodiversité. Il vise à faire émerger, reconnaître et valoriser des plans d’actions d’entreprises. Il s’adresse aux entreprises de toutes tailles et de tous secteurs d’activité, initiées ou débutantes en matière de biodiversité et qui veulent s’engager concrètement.
Pourquoi s’engager pour la biodiversité ?
La valeur des services rendus par la nature est estimée à 140 000 milliards de dollars par an. Soit 1,5 fois le PIB mondial.
140 000 Milliards ou 1,5 fois le PIB mondial, cette estimation économique des bénéfices que nous tirons des écosystèmes n’implique pas forcément de payer directement les services rendus par la nature.
INTERRELATIONS ENTRE L’ENTREPRISE ET LA BIODIVERSITÉ
Les services d’approvisionnement : les ressources essentielles comme la nourriture, l’eau potable, les matières premières (bois, fibres, plantes médicinales…).
Les services de régulation : la nature stabilise notre environnement en filtrant l’air, en régulant le climat, en prévenant les inondations et en stockant le carbone.
Les services de support : avec le bon fonctionnement des écosystèmes, comme la formation des sols, le cycle des nutriments ou encore la pollinisation.
Les services culturels : bien-être, tourisme, paysages naturels etc…
Entreprises engagées pour la nature
POURQUOI S’INSCRIRE DANS L’INITIATIVE ENTREPRISES ENGAGÉES POUR LA NATURE ?
Le guide de l’Office Français de la Biodiversité « Entreprises engagées pour la nature » est un outil indispensable selon Thomas Pinet pour piloter l’impact biodiversité de l’entreprise.
EXEMPLE DE CHAÎNE DE VALEUR LIÉE À L’INDUSTRIE DES BIENS (ICI, CONFECTION DE VÊTEMENTS DE QUALITÉ EN FRANCE) ET DE SES DÉPENDANCES
Ce guide permet de structurer votre démarche biodiversité en 3 étapes clés :
1▪️ Comprendre vos impacts et dépendances à la biodiversité sur l’ensemble de votre chaîne de valeur.
2▪️ Définir votre plan d’action concret avec des objectifs SMART et des indicateurs de suivi pertinents.
3▪️ Évaluer et communiquer sur vos progrès de manière crédible et transparente.
LE PROGRAMME ENTREPRISES ENGAGÉES POUR LA NATURE ÉTAPE PAR ÉTAPE
Le guide est totalement aligné avec les exigences de la CSRD : ▪️ Cartographie des sites à proximité des zones protégées ▪️ Analyse des risques et opportunités liés à la biodiversité ▪️ Définition d’objectifs mesurables ▪️ Mise en place d’indicateurs de performance ▪️ Reporting standardisé
ENGAGEMENT DE MON ENTREPRISE À TRAVERS UN PLAN D’ACTIONS VOLONTAIRE
Thomas PINET conseille d’utiliser ce guide comme une feuille de route pour structurer la démarche biodiversité de l’entreprise
Impliquer ses parties prenantes
Devenez membre du programme Entreprises Engagées pour la Nature ! Un atelier de l’OFB au World Impact Summit 2026 avec Charline BOULAIRE.
Le programme « Territoires engagés pour la nature » vise à faire émerger, reconnaître et valoriser des plans d’actions en faveur de la biodiversité. Il s’adresse aux communes et intercommunalités quelle que soit leur taille, qu’elles soient débutantes ou initiées en matière de biodiversité.
720 Collectivités ont déjà rejoint le programme !
Faire de la biodiversité une ambition collective et partagée
POUR UNE PRISE DE CONSCIENCE ET UNE MOBILISATION COLLECTIVE
Le programme « Partenaires engagés pour la nature » a pour ambition d’engager les associations, syndicats, fédérations, etc. à agir pour mobiliser l’ensemble de la société en faveur de la biodiversité. Il vise à faire émerger, reconnaître et valoriser le potentiel d’action et de mobilisation de ces structures organisées, maillon essentiel de l’engagement collectif et individuel
En écologie comme ailleurs, les mots qui commencent par « ré » sont à la mode tels la restauration ou le réensauvagement de la nature. Ils se sont imposés, ces dernières années comme divers chemins possibles pour faire face à un problème de taille : la destruction, la dégradation, la pollution des écosystèmes et la perte de biodiversité qui en découle. Ils sont désormais des vocables débattus dans l’arène politique et utilisés par les législateurs, avec par exemple l’adoption, en juillet 2023 d’une proposition de règlement pour la restauration de la nature par le Parlement européen. Mais que décrivent réellement ces deux termes ? Sont-ils antagonistes ? Quelles visions de la nature proposent-ils ? Tâchons de faire le point.
Aux sources de la restauration écologique et du réensauvagement
Commençons d’abord par ce qui unit ces deux projets. Tous deux viennent des États-Unis, portent en leur germe une volonté de retour vers un état moins dégradé du vivant mise en évidence par le préfixe « ré ». Tous les deux, enfin, ambitionnent la réparation ou remédiation des écosystèmes altérés ou détruits.
Mais pour cela, les méthodes employées comme les ambitions divergent sur certains points comme nous avons pu le constater en réalisant une synthèse de la bibliographie scientifique internationale anglophone impliquant la lecture intégrale de pas moins de 215 articles dédiés à ces deux notions.
Ainsi, le réensauvagement encouragerait plus la libre évolution des écosystèmes sans objectif totalement défini, tandis que la restauration écologique serait plutôt axée sur le pilotage des processus naturels vers des objectifs à atteindre notamment en termes de biodiversité et de services rendus par les écosystèmes.
Ces deux orientations sont d’ailleurs notables dès la genèse de ces deux concepts.
La restauration écologique (traduction de ecological restoration) est définie aujourd’hui comme « le processus d’aide au rétablissement d’un écosystème qui a été dégradé, endommagé ou détruit tout en prenant en compte son intégrité écologique ». Cette approche est apparue dans les années 1930 aux États-Unis où la monoculture du maïs et plusieurs années de sécheresse consécutives avaient généré de terribles tempêtes de poussières « Dust Bowl » ayant entraîné la perte de milliers d’hectares de terres arables.
C’est alors sous l’impulsion du célèbre naturaliste Aldo Léopold, professeur à l’université de Madison dans le Wisconsin, que furent mises en place dès 1935, les premières expériences de restauration écologique de prairies au monde via des techniques de transfert de sol, de foins et de semis de graines d’espèces locales encore très utilisées aujourd’hui.
On le voit bien ici, la restauration advient afin de contrer un problème précis (les tempêtes de poussières et l’érosion des sols consécutive) pour des écosystèmes liés à des intérêts économiques (agriculture – élevage), et implique le déploiement de techniques visant à rétablir des indicateurs précis (la richesse des prairies en espèces locales), dont la présence ou le retour est perçu comme un gage de succès de la démarche.
Le concept de réensauvagement a lui émergé bien plus tard, vers la fin des années 1990 en lien notamment avec les conséquences de la réintroduction du loup en 1995 dans le parc national de Yellowstone d’où il avait disparu depuis les années 1930. Cette réintroduction, qui visait avant tout la reconstitution de la faune sauvage originellement présente, y a entraîné d’importants changements (appelés cascades trophiques) transformant même au final les paysages suite à l’action de prédation du loup sur les herbivores sauvages qui y vivaient. Autant de modifications qui, au nom d’un certain laisser-faire, n’ont pas été combattues ou perçues comme néfastes par cette démarche de « réensauvagement ». Celle-ci est définie en 2021, par une équipe de chercheurs anglo-saxons comme :
« le processus de reconstruction d’un écosystème naturel après arrêt des perturbations humaines, en restaurant ses fonctions et chaînes alimentaires afin qu’il redevienne autonome et résilient avec une biocénose (ensemble d’êtres vivants coexistant dans un espace écologique) qui aurait été présente si la perturbation ne s’était pas produite ».
On voit ici que le but est aussi de retrouver un écosystème pouvant fonctionner de manière autonome mais où l’humain serait moins impliqué dans sa gestion future et qui va bien au-delà de la réintroduction d’espèces sauvages ayant disparu dans tout ou partie de leur aire de distribution historique au regard des résultats attendus sur toutes les autres composantes des écosystèmes.
Tarpans dits de Bilgoraj. Une souche d’origine polonaise proche des chevaux métissés et probablement féraux de la période historique et protohistorique eux-mêmes descendants du véritable cheval sauvage européen (Equus ferus ferus) disparu au Néolithique et introduit à des fins conservatoires par l’Association pour le retour des grands herbivores dans les espaces naturels (ARTHEN) dans le Bugey (Ain). C’est un exemple de retour au pâturage naturel caractéristique d’une opération de réensauvagement. Clémentine Mutillod, Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie, Fourni par l’auteur
Outre ces différences dans les concepts, objectifs et méthodes d’intervention ; d’autres divergences existent au niveau des porteurs de ces projets et de la façon dont ils sont perçus. Les opérations de restauration écologiques proviennent plus du monde académique tant au niveau des recherches qui accompagnent ces projets (l’écologie de la restauration) que de leur intégration dans les dispositifs légaux de protection de la nature en France. Les projets de réensauvagement sont par contre, plus portés par le monde associatif et ils sont moins reliés à des laboratoires académiques de recherches. Enfin si la restauration écologique des écosystèmes est maintenant bien acceptée en phase de compensation quand tous les impacts d’un aménagement n’ont pu être évités ou réduits ; le réensauvagement continue à susciter des craintes car il renvoie à une nature dont l’humain serait exclu tant au niveau de la finalité des projets que de leur pilotage.
Wilding – Retour à la Nature Sauvage
« Wilding – Retour à la Nature Sauvage » raconte l’histoire d’un jeune couple qui mise sur la nature pour assurer l’avenir de son domaine agricole défaillant, vieux de quatre cents ans.
Le jeune couple lutte contre des traditions bien ancrées et ose remettre le destin de sa ferme entre les mains de la nature. Ils arrachent les clôtures, rendent la terre à l’état sauvage et confient son rétablissement à un mélange hétéroclite d’animaux apprivoisés et sauvages.
C’est le début d’une grande expérience qui deviendra l’une des plus importantes expériences de ré-ensauvagement en Europe.
Réalisation : David Allen
Acteurs : Isabella Tree, Derek Gow, Frans Vera
Sans biodiversité, pas de vie humaine possible
Des visions différentes de la nature
Si la restauration et le réensauvagement portent donc des objectifs qui diffèrent, ces deux démarches se démarquent aussi par des rapports différents à la nature. La restauration écologique consiste plutôt à rétablir des dynamiques avec en ligne de mire un écosystème de référence fonctionnel et/ou à forte valeur patrimoniale bien identifiée, réelle ou théorique comme des prairies traditionnellement pâturées ou fauchées par exemple. L’objectif à atteindre est ainsi explicite et mesurable. Sont alors mises en œuvre des interventions quelquefois lourdes de génie civil pour non seulement dépolluer quand c’est une nécessité préalable, mais aussi déconstruire les héritages des anciennes exploitations destructrices qu’elles soient d’origine industrielle, militaire ou agricole.
À titre d’exemple, dans la plaine de Crau, entre la Camargue et l’étang de Berre, dans le département des Bouches-du-Rhône, des opérations considérables de restauration écologique ont ainsi été réalisées pour convertir un verger intensif de plusieurs centaines d’hectares et réhabiliter une zone polluée par la fuite d’un oléoduc sur cinq hectares. Dans les deux cas, ces interventions ont mobilisé des sommes considérables – plusieurs millions d’euros. Des techniques de génie civil très lourdes ont été utilisées comme l’excavation et le transfert de dizaines de milliers de tonnes de sol, pour une hypothétique restauration à très long terme de l’écosystème de type steppique qui préexistait.
Restauration de l’écosystème de type steppique de la plaine de Crau par transfert et reconstitution du sol après dépollution suite à une fuite d’hydrocarbures. Renaud Jaunatre, Institut méditerranéen de Biodiversité et d’Écologie, Fourni par l’auteur
Une autre étape de la restauration écologique est de reconstruire des habitats potentiellement favorables à la flore et à la faune des écosystèmes ciblés comme des mares, des dunes, des zones tourbeuses ou encore des méandres et bras morts de rivière, selon une approche ascendante. Enfin ces opérations peuvent aussi comprendre la réintroduction de certaines espèces de plantes, d’animaux, voire de bactéries ou encore de champignons non seulement par rapport à leur rareté mais aussi parce qu’ils peuvent avoir des rôles majeurs dans le fonctionnement de l’écosystème à restaurer (espèces clés de voûte ou ingénieures des écosystèmes). L’éradication d’espèces non désirées, notamment les espèces exotiques envahissantes, peut aussi y être réalisée.
Enfin, pour terminer, sont remis en place les systèmes de gestion mimant bien souvent des systèmes d’exploitation antérieurs à notre époque, qualifiés de « traditionnels », comme les régimes de pâturage, de fauchage, voire même d’incendies, tous à l’origine de la création et du maintien de la plupart des formations végétales de paysages ouverts en Europe tels les prairies, pelouses, terres de parcours, landes, garrigues, maquis, etc.
Le réensauvagement utilise lui plutôt une approche descendante, impliquant la réintroduction de prédateurs et de grands herbivores quand ils ont disparu. À l’inverse de la restauration écologique, le réensauvagement est communément vu et perçu comme laissant plus de liberté quant au choix de l’écosystème cible, laissant ainsi la possibilité d’utiliser des espèces dites de substitution (lorsque l’espèce sauvage originelle a disparu) pour rétablir certaines fonctions mais alors sans élevage des espèces réintroduites. C’est le cas des nombreuses démarches de réensauvagement qui sont apparus autour de la conservation d’espaces naturels via des opérations d’introduction ou de réintroduction en Europe d’herbivores sauvages (bison d’Europe, cheval Tarpan, cerf Elaphe), reconstitués (Auroch), dé-domestiqués (mouflon méditerranéen, vache Bétizu) ou rustiques (vache Highland Cattle, cheval Camargue, chèvre du Rove).
L’implantation de grands herbivores de races rustiques rentre bien dans le cadre du réensauvagement mais seulement à partir du moment ou leur gestion implique très peu d’interactions avec l’humain. Si grands prédateurs et herbivores peuvent être considérés comme emblématiques des opérations de réensauvagement, d’autres espèces plus discrètes peuvent aussi être réimplantées par exemple des bousiers ou des fourmis. Le réensauvagement n’est pas non plus toujours initié par l’humain à l’image de la reconquête du loup ou du castor dans nos rivières, on parle alors de réensauvagement passif.
Le réensauvagement, promesse de notre réconciliation avec la Nature ?
Quel succès pour la restauration écologique et le réensauvagement ?
Pour la restauration écologique comme pour le réensauvagement, le retour à des écosystèmes historiques ou préhistoriques semble impossible. Les changements climatiques et sociaux-économiques, les héritages des exploitations humaines passées ainsi que la constante évolution du vivant rendent en effet peu probable une restauration muséale d’une nature figée telle une vieille carte postale mais aussi, la création de « Pleistocene Park ».
Par contre, en matière de succès de la restauration écologique, les méta-analyses réalisées depuis les années 2000 sur des centaines d’opérations ont montré des résultats prometteurs avec des impacts en majorité significativement positifs sur la biodiversité par rapport aux états dégradés. Le succès des opérations de réensauvagement est quant à lui beaucoup plus difficile à quantifier car cette approche et le nombre des suivis scientifiques associés sont apparus beaucoup plus récemment.
Dans l’attente de résultats issus de comparaisons entre succès de la restauration écologique et du réensauvagement, nos résultats plaident pour une mutualisation de ces deux approches, car l’une n’exclut pas nécessairement l’autre. Ainsi, elles pourraient contribuer de manière synergique dans l’espace et le temps à améliorer la restauration des espaces dégradés au regard de la très grande variabilité des situations rencontrées à travers le monde.
La restauration active apparaît ainsi comme indispensable quand la dégradation ou la fragmentation a fait franchir à la résilience globale de la nature, des seuils d’irréversibilité que les processus naturels ne pourront jamais franchir. Difficile donc de réensauvager de trop petits espaces enclavés dans des zones urbaines ou d’agriculture intensive, déconnectées de zones naturelles. Impossible également de le faire dans des zones encore polluées chimiquement ou physiquement car recouvert de béton ou de bitume. Par contre, le réensauvagement semblerait particulièrement pertinent dans certains espaces de moyennes montagnes en complément de l’élevage traditionnel pour y diversifier les écosystèmes face à la colonisation forestière tout en intervenant pour permettre la coexistence avec les activités humaines encore présentes.
À une époque où les objectifs internationaux visent à retrouver des fonctions écologiques pour tous les écosystèmes et mettent en avant des solutions fondées sur la nature, il est plus que temps d’étudier les multiples possibilités offertes par la complémentarité entre ces deux approches. Il serait donc dommage de se priver d’un de ces deux atouts.
L’étude génétique de cette population a permis de répondre à de nombreuses questions : D’où venaient ces vaches ? Comment ont-elles pu survivre et s’établir sur une île a priori hostile ? Mais elle en soulève d’autres. Était-il par exemple nécessaire d’éradiquer ces bovins redevenus sauvages en 2010 ?
Certains espaces naturels préservés accueillent des populations animales étonnantes, capables de s’adapter à des contextes inattendus. Un exemple intriguant en témoigne, celui d’une population de bovins retournés à l’état sauvage (processus appelé féralisation), après avoir été abandonnés sur l’île subantarctique Amsterdam, au sud de l’océan Indien, sur laquelle ils ont vécu en toute autonomie jusqu’en 2010.
Une île inhospitalière balayée par les vents
Située à 4 440 km au sud-est de Madagascar et comparable en taille à Noirmoutier, cette île est soumise à un climat océanique tempéré, balayée par des vents constants et parfois violents, et exposée à des précipitations fréquentes, notamment l’hiver. Elle est également dépourvue de points d’abreuvement permanents, ce qui la rend à première vue incompatible avec la survie d’un troupeau de bovins. La seule présence humaine y est assurée par la base scientifique Martin-de-Viviès, établie en 1949.
D’après les documents historiques, quelques bovins y auraient été probablement abandonnés à la fin du XIXe siècle. Contre toute attente, ces animaux ont non seulement survécu mais également prospéré, leur population atteignant près de 2 000 animaux en quelques décennies. Mais d’où provenaient ces animaux, et comment ont-ils pu s’établir sur l’île et s’adapter à un environnement à première vue inhospitalier, en redevenant sauvages ? C’est l’histoire singulière de cette population bovine que nous avons retracée à partir de l’étude du matériel génétique de 18 animaux, extrait d’échantillons prélevés lors de deux campagnes d’étude remontant à 1992 et 2006.
Vache de l’île Amsterdam. François Colas, Fourni par l’auteur
Quand la génétique éclaire l’histoire
En analysant les différences entre les génomes de ces animaux, nous avons tout d’abord mis en évidence une diminution significative, mais brève de la taille de la population vers la fin du XIXe siècle. Ce résultat réfute l’hypothèse d’une présence plus ancienne de bovins laissés sur l’île par des navigateurs. Il confirme en revanche le scénario historique le plus consensuel, selon lequel cinq ou six bovins auraient été abandonnés sur l’île en 1871 par un fermier, nommé Heurtin, et sa famille, originaires de La Réunion. Partis avec quelques animaux pour s’installer sur l’île, la mettre en culture et entamer une activité d’élevage, ils n’y sont finalement restés que quelques mois. Ils ont été contraints de retourner à La Réunion par les conditions climatiques difficiles, les problèmes d’adaptation et l’isolement, en laissant les bovins derrière eux.
Une poignée d’animaux fondateurs a ainsi été à l’origine de la population, entraînant une forte augmentation de la consanguinité chez leurs descendants. Cette augmentation est souvent associée à une accumulation dans le génome de mutations délétères responsables de dysfonctionnements biologiques et de maladies génétiques. Mais elle peut aussi parfois permettre au contraire leur élimination, un phénomène connu sous le nom de purge. De manière surprenante, nous n’avons observé aucun de ces deux cas de figure. Les 2 000 descendants obtenus en quelques générations semblaient en effet en bonne santé. De plus, notre analyse, qui a mis en évidence une réduction modérée de la diversité génétique, n’a pas détecté d’élimination significative des mutations délétères, mettant d’autant plus en lumière la singularité de cette population.
Fourni par l’auteur
Des origines ayant favorisé l’établissement des bovins sur l’île
La caractérisation génétique des animaux a également révélé qu’ils semblaient descendre de deux populations bovines bien distinctes de taurins européens génétiquement proches d’animaux actuels de race jersiaise (env. 75 %) et de zébus originaires de l’océan Indien (env. 25 %). Ces résultats confirment que les bovins introduits sur l’île avaient probablement été sélectionnés par Heurtin parmi les races présentes à l’époque sur l’île de La Réunion, qui comprenaient des animaux proches des jersiais actuels, susceptibles de s’être croisés avec des races locales, notamment des zébus de la région.
Cette spécificité est probablement à l’origine du succès de l’établissement de cette population dans cet environnement inhospitalier. C’est ce que révèlent nos résultats qui mettent en évidence une préadaptation de leurs ancêtres taurins européens aux conditions climatiques de l’île. Les animaux introduits n’ont, semble-t-il, pas été confrontés à un défi bioclimatique important, les conditions climatiques du berceau des bovins jersiais, l’île de Jersey (dans la Manche), étant en effet relativement proches de celles de l’île Amsterdam.
Vaches de l’île Amsterdam. François Colas, Fourni par l’auteur
Des mécanismes adaptatifs principalement liés au système nerveux
La découverte de leurs origines nous a également permis de réfuter les hypothèses émises par certains scientifiques, selon lesquelles ces bovins auraient vu leur taille diminuer dans ce nouvel environnement pour s’adapter aux ressources limitées de l’île, un phénomène connu sous le nom de nanisme insulaire.
Fourni par l’auteur
D’après notre étude, les animaux fondateurs de cette population étaient déjà proches d’animaux de petite taille (bovins jersiais et de l’océan Indien comme le zébu de Madagascar). De plus, notre analyse d’un panel de mutations génomiques associées à la taille n’a pas révélé de réduction de stature chez les bovins de l’île Amsterdam en comparaison avec les bovins jersiais et les zébus de Madagascar. Cela suggère la mise en œuvre d’autres mécanismes adaptatifs leur permettant d’optimiser leurs chances de survie dans cet environnement isolé.
C’est ce que corroborent les empreintes laissées par la sélection naturelle détectées dans le génome de ces animaux. Elles contiennent en effet des gènes préférentiellement impliqués dans le fonctionnement du système nerveux qui a sans doute joué un rôle primordial dans l’adaptation de ces bovins à l’environnement inhospitalier de l’île et dans le processus de féralisation.
Ces résultats sont en accord avec les modifications comportementales observées chez les bovins de l’île Amsterdam, qui ont accompagné et contribué à l’augmentation de la population sur l’île et à sa féralisation. Une organisation sociale complexe de la population, similaire à celle des bovidés sauvages, associée à l’apparition d’un comportement farouche chez ces animaux, a en effet été décrite par plusieurs observateurs. Ces derniers ont notamment identifié des groupes structurés de façon matrilinéaire, composés principalement de femelles et de mâles jeunes à subadultes, des groupes séparés géographiquement composés exclusivement de mâles adultes et/ou subadultes, et des groupes mixtes généralement formés au début de la saison de reproduction par l’incorporation de mâles adultes dans les groupes de femelles.
Notre étude a également mis en évidence l’action combinée de plusieurs gènes contrôlant les traits complexes impliqués dans la féralisation, et suggèrent que des mutations déjà présentes dans le génome des animaux fondateurs ont joué un rôle dans l’adaptation rapide (quelques générations) de la population bovine de l’île Amsterdam à la vie sauvage.
Pour suivre au plus près les questions environnementales, retrouvez chaque jeudi notre newsletter thématique « Ici la Terre ».
Une population entièrement abattue en 2010
Cette étude de cas unique a révélé des informations précieuses sur plusieurs processus évolutifs. Elle souligne de plus l’importance de préserver l’héritage génétique des populations férales de grands mammifères et soulève des questions éthiques au regard des efforts de conservation à mettre en œuvre.
En effet, en dépit de son intérêt scientifique, la population bovine de l’île Amsterdam a été entièrement abattue de manière précipitée en 2010, année internationale de la biodiversité sauvage (faune et flore naturelles) et domestique, sans qu’aucun échantillon biologique ne soit prélevé à cette occasion.
Cette vision a persisté malgré les efforts déployés pour limiter l’impact des bovins sur l’environnement notamment par le contrôle et la réduction du cheptel à environ 1 000 en 1988, puis 500 animaux en 1993, et par la construction de clôtures enfermant les bovins dans une zone d’environ 12 km2, située hors de la zone de présence des albatros d’Amsterdam et des phylicas. Les services écosystémiques rendus par le troupeau tels que le débroussaillement et le maintien d’une zone pare-feu autour de la base scientifique, bien connus de l’administration, n’ont pas davantage été pris en compte.
Ces rôles, jadis essentiel dans la prévention des incendies, sont malheureusement remis au premier plan en ce début d’année par l’incendie déclaré sur l’île.
L’élimination totale de la population a finalement été préférée au maintien d’une partie du troupeau accompagné de mesures de contrôle et/ou d’éradication des espèces qui menaçaient plus directement la faune et la flore endémiques telles que les rongeurs et les chats. Ces mesures ont finalement été mises en œuvre en 2024, quatorze ans plus tard, dans le cadre du projet de restauration des écosystèmes insulaires de l’océan Indien.
Cette éradication était-elle nécessaire ?
La réhabilitation écologique de l’île Amsterdam nécessitait-elle donc l’élimination de cette population ? Il nous semble difficile de répondre de manière définitive. Il nous paraît néanmoins essentiel dans ce contexte, avant toute décision concernant l’avenir des populations exotiques devenues férales, y compris leur éventuelle éradication, de mettre en place une collecte systématique d’échantillons biologiques afin, a minima, de les caractériser génétiquement.
Il convient de rappeler que, dès 2009, quelques voix, parmi lesquelles celles de vétérinaires, d’agronomes et de généticiens des populations (pétition transmise en mai 2009 au préfet des TAAF et communiqué du 10 mars 2010, parfois relayées en ligne et également au Sénat s’étaient déjà élevées pour questionner le bien-fondé et les conditions de cette éradication réalisée sans concertation scientifique large.
Leur intention n’était pas de remettre en question la nécessité de sauvegarder les espèces sauvages endémiques, mais de souligner l’importance écologique et évolutive de cette population bovine singulière (ainsi que d’autres populations de ruminants introduits dans les TAAF). Son sort a été en effet rapidement scellé, sans étude scientifique préalable de son passé démographique et adaptatif, ni aucune prospective sur l’intérêt zootechnique et donc économique qu’aurait pu avoir une telle population. Ces scientifiques tenaient à défendre la biodiversité domestique, souvent mal considérée et donc négligée par rapport à la biodiversité sauvage.
Ainsi, l’origine domestique de cette population bovine férale perçue par la plupart des environnementalistes comme dénuée de valeur patrimoniale, associée à la volonté d’un retour à une nature originelle idéalisée, a pu accélérer les décisions prises par les gestionnaires de la réserve naturelle nationale. Pourtant, ces bovins ne portaient alors aucune atteinte aux albatros d’Amsterdam, espèce emblématique de l’île, qui désormais protégés, n’étaient plus dans l’attente d’une action de sauvegarde urgente.
Si l’université veut jouer un rôle clé dans la transition écologique, elle ne peut se contenter d’ajouter des modules sur la soutenabilité. Il lui faut repenser en profondeur ses fondements, ses méthodes et ses objectifs. C’est ce que propose Robert J. Stratford dans son article Towards Ecological Everything – The Ecological University, Ecological Subjectivity and the Ecological Curriculum, dont Pierre-Henry Dodart, Administrateur de l’État engagé pour la transition écologique, nous synthétise les principaux messages.
L’université a longtemps fonctionné comme un espace autonome, produisant des savoirs sans réelle prise en compte des enjeux écologiques et sociaux. Face aux crises actuelles, ce modèle atteint ses limites. Loin d’un simple verdissement des campus, la transformation doit être plus profonde. L’enseignement supérieur peut-il devenir un véritable levier de transition écologique ?
✔️ L’université écologique : une approche systémique
Robert J. Stratford propose une Université Écologique, une alternative aux modèles actuels. Il ne s’agit pas seulement d’ajouter des cours sur l’environnement, mais de repenser les savoirs et leur finalité en intégrant les interdépendances entre systèmes sociaux, politiques et naturels. L’université doit se concevoir comme un acteur engagé dans un monde en mutation.
✔️ Former des sujets écologiques
Plutôt que de voir les étudiants comme des individus autonomes et rationnels, façonnés par une tradition libérale et néolibérale, Stratford propose de développer une subjectivité écologique. Il s’agit de former des individus conscients des interactions entre leurs choix, leurs savoirs et les limites planétaires. Cette transformation passe par l’intelligence anthropocène, une approche qui permettrait d’acquérir une compréhension fine des dynamiques écologiques et systémiques.
✔️ Transformer les disciplines académiques
Cette vision implique une évolution des disciplines. En économie, il ne s’agit plus d’enseigner la croissance infinie, mais d’intégrer des approches tenant compte des limites planétaires. En psychologie, le bien-être mental ne peut être pensé indépendamment des conditions sociales et environnementales. En sciences politiques, la démocratie doit inclure une réflexion sur la place du vivant.
✔️ Dépasser une vision utilitariste de l’université
Il ne suffit pas d’introduire de nouveaux modules, mais de revoir en profondeur la manière dont l’université forme ses étudiants. Loin d’un simple outil d’employabilité, elle doit permettre de repenser notre rôle dans un monde en pleine mutation.
Cette ambition suppose une véritable volonté de rupture avec un modèle qui a longtemps ignoré les limites du monde dans lequel il s’inscrivait.
L’université de demain ne pourra être qu’écologique, ou ne sera pas.
Stratford, R. J. (2024). Towards ecological everything – The ecological university, ecological subjectivity and the ecological curriculum. Policy Futures in Education, 22(7), 1338-1356. https://doi.org/10.1177/14782103241227005
Depuis de nombreuses années, le monde agricole exprime sa détresse face à la précarisation de la profession et l’a particulièrement revendiquée et médiatisée ces derniers mois. La dérégulation des échanges internationaux, les conséquences du dérèglement climatique et le déséquilibre croissant du rapport de force face à une distribution toujours plus concentrée ne jouent pas en sa faveur. Dans cette tribune, le collectif Commerce Équitable France fait 3 propositions concrètes pour soutenir des solutions de commerce équitable.
Loin de la polarisation extrême des positions sur l’avenir de l’agriculture, nous pensons au contraire qu’il est possible et même indispensable de rassembler tous les acteurs des filières alimentaires autour de stratégies qui assurent la sécurisation du revenu agricole ET qui engagent résolument la transition agroécologique de notre alimentation.
Le commerce équitable en France
Le commerce équitable, en favorisant des relations commerciales équilibrées au sein des filières et des engagements sur des prix rémunérateurs pour les producteurs, crée des conditions favorables pour engager la transition agroécologique. Il permet de dépasser les intérêts de court terme pour bâtir des filières durables, sécurisées et engagées.
Avec des prix basés sur les coûts de production durable, la contractualisation et le renforcement des dynamiques collectives, le commerce équitable constitue un modèle pour toute l’agriculture française.
En 2024, le commerce équitable représente en France :
Plus de 12 000 agriculteurs et agricultrices ; et plus de 3 millions dans les pays du Sud ;
500 entreprises et marques agroalimentaires ;
11 000 références de produits alimentaires du quotidien commercialisées ;
Un marché de 2 milliards d’euros par an.
En 10 ans, le poids économique du secteur a été multiplié par 4, et les filières françaises plus spécifiquement par 12 !
3 axes concrets pour soutenir le déploiement des solutions portées par le commerce équitable
Mais il faut aller beaucoup plus loin et l’action publique peut favoriser cette progression ! C’est pourquoi, le collectif Commerce Équitable France interpelle les Ministres Annie Genevard, Véronique Louwagie et Agnès Pannier-Runacher à l’occasion du Salon International de l’Agriculture pour présenter 3 axes concrets pour soutenir le déploiement des solutions portées par le commerce équitable :
1. Alors que moins de 7% des soutiens publics à l’agriculture bénéficient aux filières engagées dans la juste rémunération des producteurs ou dans la transition agroécologique, le collectif Commerce Équitable France demande de réorienter les financements publics vers le développement de filières de commerce équitable. Le collectif propose notamment la création d’un fonds d’amorçage et d’accélération pour les entreprises afin de dynamiser les filières françaises de commerce équitable.
2. Commerce Équitable France demande également que l’État renforce les moyens dédiés à l’atteinte des objectifs de référencement de produits issus du commerce équitable dans la restauration collective. Le collectif propose également que des objectifs de référencement de produits durables et équitables soient demandés à la grande distribution pour démocratiser leur accessibilité au plus grand nombre et assurer des débouchés rémunérateurs et sécurisés aux producteurs.
3. Enfin, les filières françaises de commerce équitable ont pu se déployer grâce à un cadre juridique unique en Europe, qui permet de définir de manière stricte et précise les conditions d’utilisation du terme. En luttant efficacement contre les fausses allégations, cette loi est sécurisante tant pour les consommateurs, que pour les acteurs économiques qui s’engagent dans la démarche. Alors que l’Union européenne s’interroge sur l’opportunité d’une définition légale du commerce équitable potentiellement moins disante, les acteurs du secteur demandent à la ministre de l’agriculture de défendre activement à Bruxelles la régulation qui a fait ses preuves en France ces 10 dernières années
Lettre ouverte aux ministères liés au commerce équitable
Assurer le renouvellement des générations agricoles et relever le défi climatique : les réponses du commerce équitable
DES REVENUS JUSTES POUR CELLES ET CEUX QUI NOUS NOURRISSENT
Chaque année, le Salon International de l’Agriculture met en lumière les multiples visages du monde agricole. Si le secteur évolue, il fait aussi face à des défis majeurs : rémunération des producteur·rices, adaptation au changement climatique, préservation des ressources naturelles…
Salon International de l’Agriculture 2025 : Le collectif Commerce Équitable France adresse une Lettre Ouverte aux ministres pour une agriculture plus juste et durable Julie Stoll, Déléguée générale de Commerce Equitable France, Ludovic Brindejonc, administrateur de Commerce Equitable France et Directeur général de AgriEthique France, Vincent Rousselet, Administrateur de Commerce Equitable France et Directeur général de Bio Equitable en France, Maxime Baduel, Délégué ministériel chargé de l’ESS Des Producteurs de la Coopérative Lur Berri, du Sud-Ouest
C’est dans ce contexte que Commerce Équitable France et les acteur·rices français·es du commerce équitable publient un dossier inédit pour mieux comprendre comment le commerce équitable peut contribuer à la transition agricole et alimentaire. Quels leviers existent pour garantir une meilleure rémunération aux producteur·rices ? Comment renforcer la résilience des filières agricoles face aux crises ?
💬 Des témoignages d’acteurs engagés pour une transition plus juste
📊 Des analyses et chiffres clés sur la rémunération agricole en France et les inégalités économiques du secteur
🚀 Des solutions concrètes pour garantir un revenu juste et équitable aux producteur·rices
Construire ensemble l’avenir d’une agriculture plus juste et résiliente. 🌾🌱
Des revenus justes pour celles et ceux qui nous nourrissent
Diminution des subventions, raréfaction des financements pérennes et logiques de financement inadaptées : les organisations engagées dans la transition juste peinent à maintenir leurs activités, alors même que les besoins sur le terrain ne cessent de croître. Dans ce contexte, l’opération Milliard publie les résultats de son “Grand Recueil”, une enquête inédite à laquelle ont répondu 510 organisations représentatives de la “transition juste”, à savoir les organisations (associations, coopératives, fondations et fonds de dotation, entreprises…) dont les activités visent à satisfaire collectivement et dignement les besoins humains dans la préservation du vivant et le respect des limites planétaires.
Le Grand Recueil : Enquête de l’opération Milliard sur les besoins de financement des organisations de la transition juste
Cette étude met notamment en évidence une véritable faille de marché : ces acteurs essentiels, ancrés dans les territoires, manquent de financements adaptés pour développer des solutions durables et répondre efficacement aux défis sociaux et environnementaux.
Répartition des organisations par forme juridique
Les acteurs de la transition juste : piliers essentiels de la vie économique et sociale
Ancrés localement, ces acteurs développent des solutions durables indispensables à des territoires et des communautés plus résilients, mieux armés face aux crises climatique et sociale.
Distribution des organisations par région
Ces organisations ont pour points communs d’être des acteurs économiques pourvoyeurs d’emplois non délocalisables sur les territoires, d’être dotées de structures de gouvernance démocratiques et de poser des limites à la rémunération du capital.
Représentativité territoriale de l’échantillon
Une situation financière préoccupante et des modalités de financement inadaptéesaux besoins des organisations
Les résultats de l’enquête dressent un constat alarmant : les organisations de la transition juste font face à une précarité financière structurelle qui freine leur développement et leur impact sur les territoires.
État financier des organisations
● 72 % des structures signalent des tensions de trésorerie et 75 % jugent leur niveau de fonds propres insuffisant, faisant état d‘une situation financière fragile.
● La baisse des budgets publics, par conséquent des subventions, joue un rôle clé dansles difficultés financières de la moitié des organisations. 63% des associations déclarent être directement pénalisées.
● Au-delà du manque de moyens, l’étude révèle que lesmodalités de financement sontinadaptées aux réalités du terrain : 46% des organisations, regrettent une approche des financeurs orientée “projet” alors qu’elles ont besoin de financer leur fonctionnement.
● La part des salaires dans les besoins de financement est conséquente : 80% des associations représentées dans l’étude déclarent en effet avoir des besoins court terme sur le financement de ceux-ci.
● L’un des principaux freins au financement signalés par les organisations est le manque deressources dédiées à l’innovation sociale, souvent éclipsée par l’innovation technologique.
Total des besoins de financement : la somme des besoins de financement des 510 organisations ayant entièrement répondu au Grand Recueil est de 1,4 milliard d’euros.
De nombreuses structures peinent à mobiliser des fonds pour se développer. Cette disparité est confirmée par 32 % des organisations, qui constatent que les financements sont majoritairement orientés vers l’innovation technologique, limitant ainsi les moyens alloués aux initiatives sociales.
Conséquence de ce modèle de financement inadapté : de nombreuses structures – notamment les plus petites – peinent à survivre, fragilisant ainsi l’ensemble du secteur.
Distribution des organisations par axe de la transition juste et par secteur d’activité
« Partout en France, des organisations de la transition juste démontrent qu’un autre modèleéconomique, plus durable, plus humain et plus démocratique, est possible. Pourtant, elles restentsous financées et fragilisées par des logiques de financement inadaptées. La transition juste ne peutse faire sans les territoires et leurs acteurs, il est urgent de leur donner les moyens d’amplifier leuraction pour bâtir des territoires plus résilients et solidaires.
” Bastien Sibille, président de l’opérationMilliard
L’opération Milliard : un appel à la mobilisation pour un financement adapté
1,4 milliard d’euros : c’est la somme nécessaire pour financer sur les cinq prochaines années les 510 organisations qui ont intégralement répondu au Grand Recueil.
Dans un contexte où les financements publics se raréfient, une mobilisation collective est indispensable.
L’opération Milliard interpelle ainsi les décideurs publics, les institutions financières et les investisseurs, afin de garantir un financement adapté aux besoins des organisations de la transition juste et appelle à une refonte en profondeurdes mécanismes de financement, notamment :
● des financements plus stables et pluriannuels, pour permettre aux structures de planifier leur action dans la durée, notamment dans leurs besoins liés au fonctionnement (les salaires notamment);
● les modèles vertueux, à gouvernance partagée et à lucrativité limitée doivent être mieuxsoutenus par les financeurs;
● l’innovation sociale doit être valorisée au même titre que l’innovation technologique, car elle est au cœur des transformations locales et des réponses aux enjeux environnementaux et sociaux.
Alors que la transition écologique s’impose comme un impératif mondial face à l’urgence climatique, la question de sa dimension sociale devient de plus en plus cruciale. Une nouvelle étude de la chaire Impact Positif d’Audencia met en lumière la perception des salariés français concernant la transition écologique et sociale juste. Si la majorité considère qu’elle représente une opportunité pour la société et les entreprises, plusieurs défis restent à surmonter, notamment en matière de financement et d’inégalités sociales.
La transition écologique et sociale continue de diviser, mais surtout d’interroger l’ensemble des acteurs économiques et sociaux.
Si l’urgence climatique a conduit les entreprises à intégrer la durabilité dans leur stratégie, la question d’une transition véritablement juste, qui bénéficie équitablement à tous, se pose avec insistance.
Cette interrogation se trouve au cœur de la nouvelle étude menée par la chaire Impact Positif, qui interroge les salariés sur leurs attentes et perceptions face à ces mutations profondes.
Le bilan ? Une majorité de salariés considère la transition comme une opportunité, mais les défis sont nombreux et certains obstacles restent majeurs.
Alors que les entreprises s’engagent de plus en plus dans cette voie, la réussite de cette transformation dépendra de leur capacité à concilier impératifs écologiques et justice sociale.
Une opportunité pour une société plus égalitaire mais de nombreux défis à relever
D’après l’étude menée par OpinionWay pour la chaire Impact Positif d’Audencia, 68 % des salariés français estiment que la transition écologique et sociale représente une opportunité pour les entreprises.
Plus encore, 73 % d’entre eux la voient comme un levier pour une société plus égalitaire, bien que 52 % nuancent cette vision, reconnaissant les risques et défis associés.
Les salariés ne cachent pas les nombreux défis à surmonter pour réussir cette transition. L’un des principaux enjeux identifiés reste le financement. Près de 40 % des répondants considèrent le manque de ressources financières comme l’obstacle majeur à une transition juste.
D’autres défis concernent la complexité des normes (38 %), la pression concurrentielle (31 %) et l’incertitude sur les retours sur investissement à court terme (35 %).
Les questions d’équité sociale et territoriale sont également au cœur des préoccupations : près de 40 % des salariés estiment qu’il est essentiel de garantir un accès équitable aux infrastructures écologiques pour tous, y compris dans les zones rurales ou défavorisées. Par ailleurs, 40 % plaident pour une meilleure répartition des bénéfices économiques de la transition entre toutes les régions et catégories sociales.
La transition écologique et sociale représente-t-elle selon vous plutôt une opportunité ou un risque… ?
Une transition à la fois écologique et sociale : un défi systémique pour les entreprises
Les entreprises jouent un rôle central dans la réussite de cette transformation. Elles doivent s’engager dans le développement durable des infrastructures locales, soutenir l’économie locale, et créer des emplois pérennes dans les secteurs liés à la transition écologique et sociale. Toutefois, les salariés soulignent que la transition ne se limitera pas à la simple adoption de nouvelles pratiques écologiques : elle doit aussi répondre à des enjeux sociaux majeurs. Parmi les priorités, l’intégration des personnes en difficulté dans les nouveaux emplois créés et la lutte contre les discriminations dans les reconversions professionnelles occupent une place centrale.
Si la transition vers une société plus durable et équitable est largement perçue comme une nécessité, de nombreux obstacles entravent sa mise en œuvre. Le manque de financement pour les investissements nécessaires reste le frein majeur (40 %), suivi des contraintes réglementaires (38 %) et de la complexité des normes à respecter (35 %). De plus, certains salariés pointent la résistance au changement de leurs pairs comme un facteur limitant la réussite de cette transition (29 %).
D’après vous, quels défis les entreprises doivent-elles relever pour contribuer à une transition écologique et sociale juste, en prenant en compte les territoires où elles sont implantées ?
À l’heure où la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) devient un enjeu incontournable, cette étude montre que la compatibilité entre transition écologique et justice sociale est loin d’être acquise. Les salariés reconnaissent le potentiel d’une telle transition pour favoriser une société plus juste, mais ils en appellent à des actions concrètes pour que ses bénéfices soient partagés équitablement.
Il est nécessaire que les entreprises dépassent le simple cadre écologique pour intégrer pleinement les dimensions sociales de cette transformation. Au final, une transition juste, évidemment inclusive, ne pourra se réaliser que si les acteurs économiques, les gouvernements et la société civile unissent leurs efforts dans une démarche systémique et territorialisée.
Quels sont les principaux obstacles que les entreprises doivent surmonter pour mener une transformation écologique et sociale juste selon vous ?
Rapport étude Transition écologique et sociale juste
L’enquête quantitative pour Audencia a été réalisée par OpinionWay auprès d’un échantillon de 1065 répondants représentatif de la population des Français âgés de 18 ans et plus dans des entreprises de 20 salariés et plus. L’échantillon a été constitué selon la méthode des quotas, au regard des critères de sexe, d’âge, de catégorie socioprofessionnelle, de catégorie, d’agglomération et de région de résidence.Le profil du répondant est majoritairement un homme (53%), entre 35 et 49 ans (43%), professions libérales/intermédiaires et cadres (52%) dans une PME (entre 20 à 49 salariés) pour 47%, dans le secteur tertiaire (76%).L’échantillon a été interrogé par questionnaire autoadministréen ligne. Les interviews ont été réalisées du 24 au 28 octobre 2024.
À propos d’Audencia
Fondée en 1900, Audencia se positionne parmi les meilleures Ecoles de Management européennes. Elle est accréditée EQUIS, AACSB et AMBA. Première Ecole de Management en France à adhérer à l’initiative Global Compact des Nations Unies, également signataire de leurs Principles of Responsible Management Education, Audencia s’est très tôt engagée à former et accompagner des managers innovants et responsables, dotés de compétences hybrides, qui contribuent positivement aux grands enjeux auxquels nos organisations, nos sociétés et notre planète, sont confrontées. Audencia a également créé Gaïa, la toute première école adossée à une business school dédiée à la transition écologique et sociale. En co-création avec ses parties prenantes, Audencia produit et diffuse des connaissances qui ont un impact sur la littérature scientifique, le contenu de ses formations, les pratiques des entreprises et la société dans son ensemble. Elle contribue ainsi aux trois défis majeurs suivants : la création et l’utilisation de technologies et d’information responsables, la définition et l’adoption d’approches managériales favorisant des organisations et des sociétés inclusives et la conception et la mise en œuvre de modèles d’affaires et de développements soutenables. Audencia propose des programmes en management et en communication allant du bachelor au doctorat. Elle a signé des accords avec 215 institutions académiques à l’étranger, et plus de 900 entreprises nationales et internationales. Elle accueille plus de 7 200 étudiants, dispose d’un corps professoral de 169 enseignants-chercheurs et d’un réseau de plus de 36 000 diplômés.
Pour en savoir plus, consultez le site Internet : www.audencia.com
À propos de la chaire Impact Positif
Créée en 2012, la chaire Impact positif d’Audencia co-construit des recherches utiles permettant d’accélérer la transition des modèles économiques, de soutenir la définition et la mise en place d’une démarche RSE. Elle s’intéresse en particulier à la contribution de l’ensemble des parties prenantes pour faire des enjeux de développement durable un levier d’innovation et de performance au cœur de la stratégie.
La chaire Impact Positif réalise des études, anime des séminaires ou formations et crée des outils opérationnels pour accompagner les entreprises dans l’amélioration continue de leur démarche RSE, notamment en favorisant l’échange avec d’autres parties prenantes.
La chaire diffuse le résultat de ses travaux, organise des événements, contribue au débat public pour valoriser des pratiques innovantes en matière de transformation durable des modèles économiques et encourager tous les acteurs à s’en inspirer.
« Mettre l’Agenda 2030 au cœur des municipales de 2026 », un colloque organisé le28 février 2025 au Palais du Luxembourg en présence d’élus, doit permettre de comprendre la valeur ajoutée de la boussole des Objectifs de Développement Durable(ODD) de l’ONU, les stratégies et les modèles de territoires durables.
Pascale Fressoz Fondatrice et Présidente de AI-ODD Co-fondatrice de la Coalition des ONG pour les ODM, puis pour les ODD, à Genève Ambassadeur de la Paix pour le CPPS au Bénin (2015 à 2019)
L’Alliance Internationale pour les Objectifs de Développement Durable(AIODD), présidée par une ancienne élue, Pascale Fressoz, et le collectif « Élus & ODD1« , composé de 30 organismes, ont le plaisir d’annoncer l’organisation organisent un colloque sous le Haut Patronage de Loïc HERVÉ, Vice-président du Sénat, le 28 février 2025, au Palais du Luxembourg de Paris, pour « Mettre l’Agenda 2030 au cœur des municipales de 2026 ».
Le Sénat a fait son premier rapport sur les ODD en 2017 sachant que le CGDD avait présenté le rapport d’évaluation à mi-parcours de la France, à l’ONU de New York, en 2021.
Ce rendez-vous stratégique doit rassembler de nombreux Maires, Présidents d’intercommunalités, cadres, représentants de Départements et Régions, réseaux d’élus (AMF, France Urbaine, Régions de France, APVF, Eco-maires, Notre Village), collectivités, acteurs académiques, associatifs ainsi que des ministères et représentants de la Commission Européenne.
Un contexte exigeant, l’urgence d’agir
Face aux risques majeurs liés à l’urgence climatique et aux tensions sociales, il devient primordial de placer la durabilité au cœur des politiques publiques. Loin d’être une option, l’Agenda 2030 doit devenir la boussole des décideurs locaux pour préparer les élections municipales de 2026 et structurer des politiques territoriales ambitieuses et efficaces.
Adopté par tous les États Membres de l’ONU en 2015, l’Agenda 2030 fournit un cadre stratégique intégré, articulant les enjeux internationaux et locaux, pour un développement harmonieux et durable des territoires, néanmoins il reste inconnu, par la majorité des collectivités. Il n’est ni porté médiatiquement, ni politiquement.
« Le Développement Durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs », Gro Harlem Brutland.
Les élus qui s’en sont emparés le font avec brio et sont en quelque sorte des modèles de territoires durables (Evian, Strasbourg, Vennelles, Mareau aux Prés, etc.). Présents pour témoigner le 28 février au colloque, ainsi qie Dominique Bourg, l’Ambassadeur Rivasseau et Patrick Viveret, qui poseront les éléments de contexte pour rappeler l’urgence, les défis géopolitiques et l’indispensable culture de la coopération pour opérer les transformations et mutations vers un monde vivable.
Face à l’indispensable responsabilité collective, qui nous incombent tous, les journalistes sont aussi invités à s’engager et à redoubler de créativité pour évoquer ce qui nous guide, mais aussi, ce qui pourrait nous aider à faire face aux risques climatiques, sociétaux et démocratiques.
Appel du 28 février 2025 pour des élections municipales engagées sur la trajectoire d’un avenir durable
Nous, acteurs engagés de longue date pour le développement durable, appelons les candidats aux élections municipales de 2026 à prendre la mesure des enjeux planétaires et à engager l’action municipale sur une trajectoire d’un avenir durable pour l’Humanité et la Planète, en ne laissant personne de côté.
Les bouleversements climatiques, les atteintes à la biodiversité, l’augmentation des pollutions systémiques, l’ébranlement la démocratie, la fragmentation de la société, le creusement des inégalités, les menaces sur la santé sont plus importantes que nous ne l’avions imaginé lors de nos premiers engagements personnels, il y a plus de 50 ans pour certains d’entre nous. Notre longue expérience collective nous permet de dire que le moment est critique, que l’heure est aux grands choix.
L’humanité est à la croisée des chemins !
Les élections municipales constituent la base de notre pyramide démocratique et le levier pour bâtir des territoires durables. C’est là où toute politique commence. Nous attendons du prochain débat électoral qu’il se fasse dans la clarté et qu’il n’élude pas les questions essentielles pour la survie de notre civilisation. Nous savons que cela ne se fera pas tout seul.
Nous lançons un appel au monde des médias pour ce grand rendez-vous démocratique et citoyen que sont les élections municipales (34 875 communes ) qui réunira environ 1 million de candidats. C’est un des plus grands rendez-vous de la « démocratie réalité » !
Nous demandons aux journalistes, rédacteurs en chef, directeurs de publication de préparer dès maintenant des agendas de travail et des calendriers de publication pour ne pas laisser les vagues d’une actualité aléatoire submerger la clarté du grand débat de ce moment démocratique que certains annoncent déjà comme celui de la dernière chance.
Les 50 millions d’électeurs ne doivent pas voter par hasard ou par défaut. Nous appelons nos concitoyens à une prise de conscience et à soutenir les candidats qui proposeront des programmes municipaux qui, du local au global, construiront une trajectoire de développement partagé qui assure un avenir juste et durable à nos concitoyens, compatible avec l’intérêt de l’Humanité et de la Planète.
Les 17 Objectifs du Développement Durable, produit d’une prise de conscience collective mondiale au sein de l’Organisation des Nations Unies, constituent une grille d’analyse simple et efficace pour penser ensemble défis environnementaux, sociaux et économiques, et permettre de juger les programmes municipaux.
Nous savons pouvoir compter sur le professionnalisme de la presse et sur sa créativité pour rendre compréhensibles et appréhendables ces sujets parfois complexes. Ce peut être un défi, mais la situation ne peut justifier tout refus d’obstacle.
Pour notre part, nous poursuivrons nos engagements pour un développement durable de l’Humanité et de la Planète en prenant toutes les initiatives permettant d’aider les candidats dans la construction de programmes responsables et les professionnels de la presse et des médias dans la lourde tâche que nous leur demandons d’assumer.
Nous avons conscience que le temps, tout autant que l’argent et la sincérité, est un facteur limitant de l’information d’aujourd’hui. Nous prendrons donc les dispositions pour permettre aux journalistes et aux candidats de parler de ces enjeux cruciaux aux citoyens de façon éclairée et responsable.
Nous encouragerons le renouvellement des modes de traitements journalistiques et les alliances nouvelles entre les différentes familles de journalistes, spécialisés-généralistes, locaux-nationaux, technique-politique, en ligne ou en print.
Nous soutiendrons toutes les formes d’intelligence collective de la presse. Nous prenons dès aujourd’hui rendez-vous pour organiser au printemps 2026 une grande manifestation de restitution où sera remis les « Grand prix de la presse pour les Objectifs du Développement Durable ».
Mettre l’Agenda 2030 au cœur des municipales de 2026
On est aujourd’hui tous conscients des problèmes dans le monde : sécheresses, pauvreté, faim, climat … Mais si on est tous d’accord sur le constat, rares sont ceux qui s’intéressent à la question suivante : pourquoi a-t-on du mal à agir sur ces sujets ? Comment s’y mettre ? Et quelles actions mener ?
[Ce texte a été réalisé pour un article paru dans la revue Open Mind de Décembre 2022. Il tire ses conclusions du livreAgir pour un Monde Durable, paru en juin 2022 aux éditions Jouvence]
Par Pascale Fressoz et Corentin Biteau
On a tous envie que le monde soit un endroit meilleur, avec moins de problèmes et de pollution. Dans ce but, beaucoup d’entre nous voudraient agir pour les autres et pour l’environnement. Seulement, force est de constater qu’il est difficile de s’y mettre. Pourquoi ?
Déjà, il est difficile de s’y retrouver. Prenons le climat par exemple. Certaines actions nous sont proposées mais ce ne sont pas toujours les plus efficaces. Par exemple, recycler est utile mais a un impact très limité face à d’autres actions (en comparaison, réduire, réutiliser et réparer permettent d’éviter le déchet en premier lieu).
Quelles actions ont plus d’impact dans ce cas ?
Voici les actions individuelles les plus efficaces pour réduire son empreinte carbone sur une année d’après le cabinet Carbone 4 :
Adopter un régime végétarien (-1,12 t CO2/an)
Faire du vélo sur les trajets courts (-0,32 t CO2/an)
Covoiturage sur tous les trajets (-0,27 t CO2/an)
Ne plus prendre l’avion (-0,27 t CO2/an)
Acheter moins de vêtements neufs (-0,22 t CO2/an)
Actions individuelles les plus efficaces pour le climat d’après le cabinet Carbone 4
Voir aussi: Les éco-gestes les plus connus sont-ils vraiment efficaces ?
A propos de AI-ODD et le Collectif « Élus & ODD »
AI-ODD, engagée dans la promotion de l’Agenda 2030 depuis son adoption par l’ONU en 2015, travaille avec des institutions, ONG, entreprises et collectivités pour mettre en œuvre des politiques publiques de durabilité. En 2021, elle a organisé, une 1ère Edition, avec le Collectif Elu & ODD, un colloque à l’Hôtel de Lassay en présence des ministres de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires. AIODD a conduit plus de 1 450 actions dans 20 pays et a publié l’ouvrage « Agir pour un monde durable. Réussir la transition à l’aide des 17 ODD » (Jouvence, 2022).
Le Collectif « Élus & ODD », réunissant des acteurs publics et de la société civile œuvre pour faciliter la mise en œuvre des Objectifs de Développement Durable dans les politiques locales (cf. Liste ci-dessous).
Collectif Elus & ODD Comité de Pilotage Animé par Pascale FRESSOZ, Présidente, Alliance Internationale pour les ODD (AI-ODD)
Avec la participation de : Loïc HERVE, Vice-Président, Sénat Véronique RIOTTON, Députée, Assemblée Nationale Philippe SENNA, Chef de projet Agenda 2030, CGDD DDD/DTODD, Ministère de la Transition Écologique Guennolé POIX, Chef de Projet, COMETE, CGDD CGDD/DDD/DATPA, Ministère de la Transition Gwenola STEPHAN, Responsable DD, AMF Bertrand HAUCHECORNE, Secrétaire Général Adjoint, AMF Daniel CORNALBA, Membre du Bureau Association des Petites Villes de France, APVF Jean-Luc AIGOIN, Vice-Président, Eco-Maires et Président, Notre Village Delphine BOURDIN, Conseillère Développement Durable et Europe, France Urbaine Olivia ARANA de MALEVILLE, Conseillère Transition Ecologique, Régions de France Jerry SCHMIDT, Coordinateur Stratégies Territoriales, ADEME Victor WORMS, Conseiller, Elus & Territoires, ADEME Jean ALBERGEL, Directeur de Recherche, Emérite, Chargé Mission MESR Gilles KLEITZ, Directeur Délégué Adjoint à la Science Institut de Recherche pour le Développement Yves ZIMMERMANN, Directeur Agenda 2030 : Eurométropole de Strasbourg Yvan BREGEON, Directeur Général des Services Ville de Pessac Anne GUIHEUX, Direction Générale Directrice Projet Transition Ecologique, CNFPT Joël GUERVENOU, Président, FNCAS Cyril GARNIER, Vice-Président, FNCAS Dominique CHUFFART, Président Codev Métropole de Rennes, Coordination Nationale des Conseils de Développement Eric PATEYRON, Directeur H. Balzac Nanterre Ville Apprenante UNESCO, Mairie de Nanterre Corentin BITEAU, Vice-Président, AI-ODD Henri FRAISSE, Président, FIDAREC Simon LUCK, Responsable Territoires Durables, Comité 21 Charles-Benoït HEIDSIECK, Fondateur, LE RAMEAU Yann ULLIAC, Directeur Observatoire des partenariats, LE RAMEAU Philippe GUETTIER, Président, SDG Champions Mariane DOMEIZEL, Conseillère Spéciale, VP Trees Francine DEPRAS, RéUniFEDD Nathalie GARCIA WETZEL Présidente, Piment blanc, Réseau ODD Isabel SITBON, Directrice, 6/12 Frédérique BEDOS, Présidente, Le projet imagine Sybille DE VERDIERE, Responsable Interventions, Le projet imagine Kaméra VESIC, Directrice, Pik Pik environnement Edith PLANCHE, Chercheure associée EVS UMR5600, CNRS, Fondatrice SeA, Science et Art, EEDD Clarisse BOURJON, Responsable des Relations Institutionnelles, France volontaire Eric BRUA, Président, Parcs naturels régionaux de France Stéphane ADAM, Directeur, Parcs naturels régionaux de France Corentin MARTINIAULT, Chargé de Mission Analyse et Plaidoyer, Coordination Sud Christian BRODHAG, ancien délégué interministériel au Développement Durable Florence PROVENDIER, Députée Honoraire autrice du Rapport “ODD, tout est lié !” ↩︎
Les Principes de gouvernance d’entreprise du G20 et de l’OCDE aident les responsables publics à évaluer et à améliorer le cadre juridique, réglementaire et institutionnel de gouvernance des entreprises, en vue de promouvoir l’efficience économique, la croissance durable et la stabilité financière.
L’une des normes essentielles pour la solidité des systèmes financiers adoptées par le Forum de stabilité financière.
Lignes directrices de l’OCDE sur la gouvernance des entreprises publiques 2024
Les Lignes directrices de l’OCDE sur la gouvernance des entreprises publiques contiennent des orientations concrètes destinées à aider les responsables de l’action publique à évaluer et améliorer le cadre juridique, réglementaire et institutionnel régissant l’actionnariat et la gouvernance des entreprises publiques.
On y trouve répertoriées les principales composantes qui garantissent la professionnalisation de l’actionnariat et de la gouvernance ainsi que des conseils pratiques pour leur mise en œuvre au niveau national.
Les Lignes directrices offrent l’assurance que les entreprises publiques contribuent à la durabilité, la sécurité économique et la résilience grâce à la préservation de l’équité des règles du jeu et au respect de normes élevées d’intégrité et de conduite responsable.
Principes de gouvernance d’entreprise du G20 et de l’OCDE
Les Principes de gouvernance d’entreprise du G20 et de l’OCDE aident les responsables de l’action publique à évaluer et améliorer le cadre juridique, réglementaire et institutionnel régissant la gouvernance d’entreprise.
Ils identifient les éléments clés d’un cadre solide de gouvernance d’entreprise et fournissent des conseils pratiques pour sa mise en œuvre au niveau national.
Les Principes formulent également des orientations à l’intention des places boursières, des investisseurs, des entreprises et d’autres acteurs qui jouent un rôle dans l’élaboration de bonnes pratiques de gouvernance d’entreprise.
Méthodologie d’évaluation de la mise en œuvre des Principes de gouvernance d’entreprise du G20 et de l’OCDE
La Méthodologie d’évaluation de la mise en œuvre des Principes de gouvernance d’entreprise du G20 et de l’OCDE a été élaborée par le Comité sur la gouvernance d’entreprise de l’OCDE, avec la participation de la Banque mondiale, dans le but d’étayer l’évaluation de la mise en œuvre des Principes et de fournir un cadre pour des discussions sur l’action à mener.
La Chaire Double Matérialité publie son premier rapport, intitulé « La Double Matérialité dans le monde : Analyse Géopolitique et Critique ». Cette analyse approfondie de la Double Matérialité est à destination du monde académique mais aussi (et surtout) des décideurs, institutions et tout acteur voulant mieux comprendre les enjeux fondamentaux derrière la Double Matérialité et les normes comptables de durabilité dans le monde.
Ce rapport propose une analyse critique et géopolitique de la Double Matérialité, concept clé de la comptabilité et du reporting de durabilité. Il s’articule autour de trois parties :
👉 une analyse du rôle des parties prenantes : au niveau opérationnel en tant que producteurs d’informations, utilisateurs d’informations, développeurs de standards, et au niveau conceptuel en tant que centres de préoccupations. Il adopte ensuite une approche novatrice en considérant la DM comme un ‘Objet-Frontière’, un concept issu des sciences sociales. Le rapport adopte cette approche pour réaliser :
👉 une analyse géopolitique – la double matérialité et les normes de reporting de durabilité étant l’objet d’une réelle géopolitique complètement ignorée aujourd’hui
👉 et une analyse critique (analyse des controverses) de la DM.
La double matérialité combine la matérialité financière et de l’impact
En association avec ce document, plusieurs fichiers sont mises à disposition et incluses dans le rapport sous forme de liens :
➡️ fiches par pays, pour des focus sur le débat autour des normes comptables de durabilité et de la double matérialité dans ces pays. La chaire fournit dans ce contexte la première traduction en français des projets de normes chinoises;
➡️ fichiers d’analyse de la diffusion des normes de reporting de durabilité par pays;
➡️ fichiers de comparaison des standards de reporting de durabilité (l’analyse est faite dans le rapport).
Exemples de la constitutionnalité de la protection de l’environnement
La Double Matérialité dans le monde : Analyse Géopolitique et Critique
Dans l’eau que nous buvons, dans notre alimentation ou encore dans les zones riveraines des exploitations agricoles, l’exposition aux pesticides chimiques est généralisée. Face à ce constat alarmant, une coalition inédite réunissant des associations environnementales (Générations Futures, Secrets Toxiques, Noé, On est Prêt), des acteurs économiques (La Maison de la Bio, Ecotone) et des mutuelles engagées lance « Tous Exposés », une plateforme interactive développée en collaboration avec Data for Good, destinée à informer, sensibiliser et mobiliser.
Tous exposés : une plateforme interactive pour mesurer l’exposition aux pesticides chimiques
Un outil inédit pour mesurer et comprendre l’exposition aux pesticides chimiques
« Tous Exposés » est une plateforme interactive qui rend compte de la contamination aux pesticides chimiques dans les champs, l’eau, l’alimentation, les terres et l’air.
Le site propose plusieurs outils :
Deux cartes interactives, basées sur les données de Solagro et de Générations Futures, permettant de visualiser l’exposition aux pesticides à l’échelle de son territoire et le type de pesticides chimiques utilisés.
Une synthèse des connaissances scientifiques, détaillant les impacts des pesticides chimiques sur la santé et l’environnement.
“À un moment où de nombreux reculs interviennent sur la question des pesticides chimiques, il nous paraît important que des acteurs économiques, des acteurs de la société civile et des mutuelles engagées réagissent ensemble pour informer et interpeller le Ministre de la Santé sur les enjeux liés à cette question : pollution des ressources en eau et de l’alimentation, risques sanitaires notamment pour les agriculteurs, perte de biodiversité…” — François Veillerette, Porte-parole de Générations Futures
Interpeler le Ministre chargé de la Santé et de l’Accès aux Soins
Le lancement de Tous Exposés intervient dans un contexte politique critique, alors que deux textes législatifs viennent d’être adoptés, autorisant la réintroduction de certains pesticides chimiques et affaiblissant les prérogatives de l’Anses.
La plateforme permet aux citoyens et aux agriculteurs, sans les opposer, d’interpeller directement Yannick Neuder, Ministre chargé de la Santé et de la Prévention, pour lui demander de s’opposer fermement à cette régression environnementale et sanitaire au nom de la préservation de la santé publique.
Plus largement, elle l’invite à inscrire durablement la non-exposition aux pesticides chimiques dans les futures stratégies nationales sur l’alimentation (notamment dans la SNANC) et à inscrire dans la loi un objectif de 12 % de consommation de produits issus de l’agriculture biologique d’ici 2030.Ils en parlent
“Aujourd’hui, le label Bio demeure le seul label public interdisant l’usage des pesticides chimiques. Véritable levier stratégique, il contribue à la protection de l’environnement et à la préservation de la santé publique. Conformément aux recommandations du Programme National Nutrition Santé (PNNS), sa consommation doit être encouragée et inscrite au cœur des stratégies nationales sur l’alimentation.” — Christophe Barnoin, Président d’Ecotone et administrateur de la Maison de la Bio
Solution : adopter une alimentation bio
L’alimentation est un levier puissant pour réduire l’exposition aux pesticides chimiques et limiter leurs impacts.
Adopter une alimentation plus responsable, notamment en privilégiant les produits issus de l’agriculture biologique est une solution concrète pour accélérer la transition agroécologique et favoriser une alimentation plus saine.
Le bio : un outil au service de la santé publique et de la protection de l’environnement
Trop peu d’entre nous sont en mesure d’expliciter les liens entre le climat, la biosphère et les sociétés. Trois ensembles imbriqués du système Terre dont les processus respectifs (emballement, effondrement, accélération) sont structurants pour l’avenir. La collection « Système Terre » des éditions Actes Sud cherche à rendre ces savoirs accessibles. Les connaissances académiques étant majoritairement disponibles en anglais, elle propose la traduction d’articles scientifiques et leur analyse par un chercheur francophone.
Les sociétés humaines sont dépendantes des services éco-systémiques pour l’air, l’eau et l’alimentation, des ressources naturelles pour l’habitat, l’énergie ou les transports qu’elles utilisent comme pour les produits et services qu’elles échangent.
La vie humaine en société, nos existences mêmes sont tissées de ces mille fils qui nous relient au “système Terre”. Ces fils sont à comprendre, entretenir, régénérer.
Les sociétés humaines sont tributaires des glaciers, de la Grande Barrière de corail, des calottes glaciaires arctique et antarctique, des forêts du bassin amazonien comme des forêts tropicales africaines, mais aussi du Gulf Stream ou encore du permafrost…
Nathanaël Wallenhorst, directeur de la collection.
~ Republier un article scientifique fondateur paru dans une grande revue scientifique pour le mettre à la disposition du plus grand nombre.
~ Inviter un spécialiste, universitaire, essayiste ou intellectuel, à commenter l’article, afin d’expliciter son apport à la pensée contemporaine sur les questions du changement climatique.
~ Mettre les savoirs du système Terre au cœur de la Cité
Contenir l’emballement bioclimatique de Nathanaël Wallenhorst
Pour ce premier titre de la collection “Système Terre”, Nathanaël Wallenhorst, directeur de la collection, a choisi de traduire “Les trajectoires du système Terre durant l’Anthropocène”, l’article fondateur de Will Steffen et ses collègues paru en 2018 dans la prestigieuse revue américaine PNAS.
Pour mieux faire découvrir, partager et commenter ce que les scientifiques appellent “limites et seuils planétaires” qui, s’ils sont franchis, feront basculer le système Terre dans le chaos…
Cet article scientifique permettra à tout un chacun de comprendre et d’intégrer cette notion fondamentale pour contenir l’emballement bioclimatique et aller vers une “voie de Terre stabilisée”.
Un savoir essentiel pour s’engager dans une voie politique, sociale et économique indispensable.
Nous marchons sur un lac gelé. Combien de temps la glace tiendra-t-elle sous notre poids grandissant ? Cette image empruntée à Greta Thunberg illustre bien le contexte bioclimatique sans précédent que nous vivons actuellement.
C’est pourquoi, pour ce premier titre de la collection “Système Terre”, son directeur éditorial Nathanaël Wallenhorst a choisi de traduire et de commenter l’article fondateur de Will Steffen “Les trajectoires du système Terre durant l’Anthropocène” paru en 2018 dans la prestigieuse revue américaine PNAS. Celui-ci analyse avec précision ce que les scientifiques appellent “limites et seuils planétaires” qui, s’ils sont franchis, feront basculer le système Terre dans le chaos…
Cet article scientifique permet de mieux appréhender et d’intégrer cette notion fondamentale pour contenir l’emballement bioclimatique et tendre vers une “voie de Terre stabilisée”.
En effet, cet article rend bien compte du risque majeur auquel nous devons faire face : la possibilité qu’un ensemble de réactions en chaîne pousse le système Terre vers le franchissement d’un seuil qui entraverait la stabilisation du climat à des températures compatibles avec la vie humaine en société.
Notre planète dans son ensemble deviendrait une serre inhabitable… et l’espèce humaine en serait l’une des premières victimes.
Limites et seuils planétaires, points de bascule : ce livre nous explique la genèse et l’évolution de ces concepts majeurs des sciences actuelles du système Terre. Un savoir essentiel pour s’engager dans une nouvelle voie politique, sociale et économique indispensable.
Parution le 12 mars 2025
Nathanaël Wallenhorst
Nathanaël Wallenhorst est docteur en sciences de l’éducation, en sciences de l’environnement ainsi qu’en science politique.
Il est professeur à la faculté d’éducation de l’Université catholique de l’Ouest, dont il est le doyen.
Il travaille sur les incidences politiques, éducatives et anthropologiques de l’entrée dans l’Anthropocène et dirige une Encyclopedia of the Anthropocene – Pluriversal perspectives (Springer-Nature) avec l’anthropologue allemand Christoph Wulf.
Au-dessus du gouffre. Extinction du vivant et responsabilité politique de Bruno Villalba
L’effondrement de la biodiversité n’est toujours pas pris au sérieux par les politiques.
Nous sommes au bord du gouffre… Bruno Villalba nous propose un article de Rodolfo Dirzo, Gerardo Ceballos et Paul R. Ehrlich publié en 2022 dans la revue scientifique Philosophical Transactions B qui dresse un constat clinique de la situation catastrophique du vivant à l’échelle planétaire, n’hésitant pas à pointer les principaux responsables et à proposer des pistes de solution politiques.
Bruno Villalba, spécialiste des théories de politique environnementale, commente cet article fondateur afin que décideurs, capitalistes et simples citoyens ne puissent plus faire comme si cette priorité n’en était pas une.
L ’effondrement de la biodiversité n’est toujours pas pris au sérieux par les politiques. Nous sommes au bord du gouffre… Sur le principe de la nouvelle collection “Système Terre”, Bruno Villalba, spécialiste des théories politiques environnementales, commente un article fondateur de la revue scientifique Philosophical Transactions of the Royal Society B.
Vil le coyote ne cesse de poursuivre Bip Bip le géocoucou. Le bord de la falaise se rapproche, le vide est là, mais le prédateur obstiné continue sa course. Un temps, il fonce au-dessus du gouffre puis s’écrase invariablement au fond. C’est ainsi que nous imagine l’auteur, Bruno Villalba : nos sociétés modernes sont insensibles au réel et les alarmes que sonnent désormais quasi quotidiennement les scientifiques du monde entier n’ébranlent pas notre conviction qu’il n’y a rien de grave et que tout finira par s’arranger.
L ’article que l’auteur a choisi de nous présenter est écrit par plus grandes sommités en la matière. Ils dressent un constat clinique de la situation catastrophique du vivant à l’échelle planétaire, n’hésitent pas à pointer les principaux responsables et proposent des pistes de solution politiques. Alors que le dérèglement climatique s’impose enfin dans le débat public, il nous faudra donc gérer, en même temps, les conséquences de cette disparition des “autres compagnons vivants”.
Nous sommes au bord du gouffre, voire au-dessus du gouffre : l’extinction des mondes vivants s’intensifie chaque jour.
Décideurs, capitalistes et simples citoyens (c’est-à-dire nous tous) ne peuvent plus faire comme si cette priorité n’en était pas une. Agir au bord d’un gouffre, avec agilité et subtilité.
Parution le 12 mars 2025
Bruno Villalba
Bruno Villalba est professeur de science politique à AgroParisTech et membre du laboratoire CNRS Printemps (UMR 8085).
Ses domaines de spécialité portent sur la théorie politique environnementale, notamment à partir d’une analyse de la capacité du système démocratique à reformuler son projet à partir des contraintes environnementales.
Depuis 2005, il a conçu différentes formations universitaires portant sur l’écologie, le développement soutenable et la transition écologique (Sciences Po Lille et AgroParisTech).
Ses réflexions sont alimentées par ses engagements écologistes.
Une structure d’utilité sociale qui ne sait pas comment financer son impact doit affûter son modèle économique et aligner les ressources, la stratégie et la mission pour durer dans le temps. C’est la création de valeur ou la répartition de celle ci qui pose le plus de difficultés aux entreprises de l’ESS auxquelles France Active apporte sa contribution pour interroger leur modèle économique.
Le plan stratégique répond à la question « que souhaitons-nous faire d’ici 3 à 5 ans ? ». En d’autres termes, il s’agit de l’ambition que se fixe à moyen terme l’organisation. Le plan stratégique explicite cette ambition en détaillant le chemin pour y parvenir et les grands objectifs à réaliser. Il doit être cohérent avec le projet d’utilité sociale porté par l’organisation et doit tenir compte des forces et faiblesses de l’organisation, mais aussi des menaces et des opportunités pour bien se positionner dans les années à venir. Pour cela, vous devrez analyser la situation actuelle, définir des cibles et les traduire en objectifs stratégiques. Comment réduire vos risques ? Comment faire des opportunités des nouvelles tendances dans votre secteur d’activité ? Quelles activités devez-vous développer ou faire évoluer ?
Quelle stratégie ?
L’entreprise a-t’elle une vision claire de son impact ou juste une liste d’actions et projets ? Sans cap précis, il est difficile voire impossible d’ajuster les moyens.
> Pilote d’une structure : est-ce que les choix stratégiques sont explicites ? Ou est-ce que vous réagissez au fil de l’eau, sans vraie trajectoire ?
> Salarié dans une association ou entreprise solidaire : votre projet répond-il toujours aux besoins d’aujourd’hui ou s’accroche-t’il à des modèles dépassés ?
Quelles forces exercent les clients, sur vos concurrents et vous-même ? Comprendre ces éléments permet d’identifier les leviers actionnables.
Quels financements ?
Les financements sont-ils cohérents avec la mission de la structure ? Une organisation d’utilité sociale ne peut pas faire tout reposer sur des subventions ni tout miser sur du commercial. L’hybridation est un équilibre à trouver entre :
> les ressources non-marchandes (subventions, mécénat…)
> les ressources marchandes (ventes, prestations…)
LES MODÈLES D’HYBRIDATION ÉCONOMIQUE L’hybridation des revenus permet de répondre à ces enjeux : il s’agit de trouver un bon modèle correspondant à votre pro- jet économique et social. Nous vous proposons quatre modèles d’hybridation économiques auxquels vous pourrez vous identifier.
La structure ne peut (doit) pas dépendre d’une seule source de financement. C’est trop risqué.
La structure ne peut pas non plus vendre à tout prix. Si ses revenus commerciaux éloignent la structure de sa mission, c’est le début de la dérive. Est-ce que le financement soutient l’impact ou est-ce qu’il le met en péril ?
Quelles ressources ?
Les ressources de la structure sont-elles adaptées ? Avoir un modèle économique viable, ce n’est pas juste “faire rentrer des sous”. C’est aligner les moyens avec les objectifs.
> Humainement : Avez-vous les bonnes compétences en interne ou vous épuisez vos équipes ?
> Financièrement : Avez-vous une vraie stratégie d’investissement ou vous faites du bricolage ?
> Partenarialement : Travaillez-vous en silo ou vous créez des alliances pertinentes ?
Quelles perspectives ?
La structure anticipe-t’elle ou subit-elle ? Si son modèle économique n’évolue pas, il risque de devenir obsolète. Parce que les besoins changent, les financements évoluent et que rien n’est figé.
> Évaluez vous régulièrement vos marges ?
> Questionnez vous vos coûts et sources de revenus ?
> Adaptez vous votre offre en fonction des réalités du terrain ?
Une structure qui veut durer est une structure qui se remet en question, une structure réflexive !
Un modèle économique n’est pas qu’un résultat chiffré, c’est un outil vivant, qui doit être cohérent, stratégique et soutenable. Alors, votre modèle économique permet-il à la structure d’amplifier son impact ou le freine-t-il ?
Ce Guide de l’OCDE aide les entreprises à comprendre et à mettre en œuvre le devoir de diligence pour une conduite responsable des entreprises comme le préconisent les Principes directeurs émis par les gouvernements à l’intention des entreprises multinationales.
Les Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales
I. Concepts et principes
La mise en œuvre du devoir de diligence vise à éviter de causer des impacts négatifs sur les gens, sur l’environnement ou sur la société et à prévenir les risques d’impacts négatifs directement liés à des activités, produits, services et relations d’affaires.
Le premier chapitre des Principes directeurs définit les concepts et principes qui replacent dans leur contexte toutes les recommandations figurant dans les chapitres suivants. Ces concepts et principes (par exemple, respecter les législations nationales est la première obligation des entreprises) forment la clé de voûte des Principes directeurs et définissent les notions fondamentales qui les sous-tendent.
II. Principes généraux
MESURES À PRENDRE DANS LE CADRE DU PROCESSUS DE DILIGENCE
Ce chapitre est le premier contenant des recommandations spécifiques à l’intention des entreprises sous la forme de principes généraux qui donnent le ton et définissent un cadre de principes communs aux chapitres qui suivent. Il contient des dispositions importantes comme la mise en œuvre d’une diligence raisonnable, les mesures à prendre par rapport aux incidences négatives ou encore l’engagement des parties prenantes, entre autres.
III. Publication d’informations
Pouvoir disposer d’informations claires et complètes sur une entreprise est important pour toute une palette d’utilisateurs. Ce chapitre appelle les entreprises à faire preuve de transparence dans leurs activités et de réactivité face aux exigences de plus en plus complexes du public en matière d’information.
IV. Droits de l’Homme
Les entreprises peuvent avoir un impact sur pratiquement la totalité des droits de l’Homme internationalement reconnus. De ce fait, il est important qu’elles assument leurs responsabilités. Partant de ce constat, ce nouveau chapitre des Principes directeurs s’inspire du Cadre de référence « Protéger, respecter, réparer » des Nations Unies, et des Principes directeurs des Nation Unies relatifs aux entreprises et au droits de l’Homme, qui en sont la mise en œuvre.
V. Emploi et relations professionnelles
L’OIT est l’organisme compétent chargé de fixer et de suivre les normes internationales du travail et de promouvoir les droits fondamentaux au travail, comme en témoigne la Déclaration relative aux principes et droits fondamentaux au travail qu’elle a adoptée en 1998. Ce chapitre met l’accent sur le rôle des Principes directeurs dans la promotion du respect, par les entreprises multinationales, des normes internationales du travail élaborées par l’OIT
. Traiter un impact négatif
VI. Environnement
Le chapitre consacré à l’environnement contient un ensemble de recommandations pour inciter les entreprises multinationales à améliorer leurs performances environnementales et les aider à optimiser leur contribution à la protection de l’environnement, grâce à une amélioration de leur gestion interne et de leur planification. Il reflète pour l’essentiel les principes et les objectifs de la Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement et de l’Agenda 21
VII. Lutte contre la corruption, la sollicitation de pots-de-vin et d’autres formes d’extorsion
La corruption active et passive sape les institutions démocratiques et la gouvernance des entreprises, qui ont un rôle important à jouer dans la lutte contre ces pratiques. L’OCDE est à la tête des efforts déployés dans le monde pour offrir aux entreprises internationales des règles du jeu équitables en luttant pour éradiquer la corruption. Les recommandations figurant dans les Principes directeurs s’inspirent des nombreux travaux que l’OCDE a déjà effectués dans ce domaine.
VIII. Intérêts des consommateurs
Les Principes directeurs appellent les entreprises à se conformer à des pratiques loyales en matière commerciale, de marketing et de publicité, et à garantir la qualité et la fiabilité des biens ou des services qu’elles fournissent. Ce chapitre s’inspire des travaux du Comité de la politique à l’égard des consommateurs et du Comité des marchés financiers de l’OCDE, et de ceux menés par d’autres organisations internationales comme la Chambre de commerce internationale, l’Organisation internationale de normalisation ou les Nations Unies.
IX. Science et technologie
Ce chapitre confirme que les entreprises multinationales sont le principal vecteur des transferts internationaux de technologie. Il vise à favoriser les transferts de technologie à destination des pays d’accueil et à promouvoir leur contribution aux capacités d’innovation de ces pays.
X. Concurrence
Ce chapitre montre combien il importe que les entreprises multinationales exercent leurs activités d’une manière compatible avec tous les textes législatifs et réglementaires applicables en matière de concurrence, en prenant en compte le droit de la concurrence de tous les pays dans lesquels leurs activités risquent d’avoir des effets anticoncurrentiels. Les entreprises doivent s’abstenir de conclure des accords contraires à la concurrence, qui nuisent à un fonctionnement efficace des marchés nationaux et internationaux.
XI. Fiscalité
Les Principes directeurs sont le premier instrument international de responsabilité des entreprises à traiter de fiscalité. Ils s’inspirent, en les enrichissant, d’un imposant corpus de travaux menés sur la fiscalité, notamment le Modèle de convention fiscale de l’OCDE et le Modèle de convention des Nations Unies concernant les doubles impositions entre pays développés et pays en développement. Cet important chapitre contient des recommandations fondamentales en matière de fiscalité
Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales sur la conduite responsable des entreprises
Guide OCDE sur le devoir de diligence pour une conduite responsable des entreprises
Le principe de diligence raisonnable de la CSRD n’est rien d’autre qu’un « Plan Do Check Act » appliqué à la chaîne de valeur de l’entreprise et à ses enjeux de durabilité.
L’ISO 26000 est l’un des piliers de la CSRD et « quand on a compris ça« , selon Thomas Pinet, « c’est là que tout devient plus simple. »
PLAN : Cartographier les impacts et risques de durabilité pour l’entreprise. C’est l’analyse de double matérialité.
DO : Déployer les actions. Les bonnes intentions ne suffisent pas, il faut des procédures claires, des responsabilités définies, des ressources allouées.
CHECK : Mesurer les progrès. Sans indicateurs précis, pas d’amélioration possible. Comme pour la qualité, la production ou les ventes, l’entreprise doit faire pareil pour la durabilité.
ACT : Ajuster le plan d’actions si un indicateur dévie ou qu’une action ne donne pas les résultats espérés. Réviser et adapter : la CSRD ne demande pas la perfection, elle exige l’amélioration continue.
La diligence raisonnable est une démarche méthodique familière :
Identifier les risques
Mettre en place des actions
Mesurer les résultats
Adapter sa stratégie
La CSRD demande simplement à l’entreprise d’appliquer cette même rigueur à ses enjeux de durabilité. Ce n’est pas un nouveau fardeau réglementaire. C’est l’application d’une méthode que l’entreprise maîtrise déjà à un nouveau domaine. Une fois qu’on comprend ça, tout devient plus simple.
Perspectives mondiales du financement du développement durable 2025
Vers une architecture plus résiliente et inclusive
Dix ans après que la communauté internationale a pris, à Addis-Abeba, l’engagement d’accroître les financements à l’appui du développement, le fossé qui sépare les sommes mobilisées par les économies en développement et émergentes et celles dont elles ont besoin pour atteindre leurs objectifs, qui se chiffrent en milliers de milliards de dollars, ne cesse de se creuser. En l’absence de réformes de grande ampleur, le déficit de financement devrait s’aggraver, pour atteindre 6 400 milliards USD d’ici à 2030, année d’échéance des Objectifs de développement durable (ODD).
Le déficit grandissant de financement des Objectifs de Développement Durable
Les dernières Perspectives mondiales du financement du développement durable appellent à une refonte majeure du système mondial afin de mobiliser des ressources pour bâtir un avenir durable pour tous.
« Ce n’est pas parce qu’on formera les adultes au climat qu’ils passeront à l’action, car comprendre ne suffit pas » nous rappelle Pierre-Henry Dodart, Administrateur de l’État engagé pour la transition écologique. « Sans leviers concrets et sans confiance en leur capacité à agir, l’engagement des adultes restera limité » nous dit cette étude de l’Université de Californie.
Comment l’éducation des adultes peut renforcer l’engagement climatique communautaire
On parle beaucoup d’éducation au climat ou au développement durable pour les jeunes, mais les adultes aussi ont besoin de se former pour mieux comprendre les enjeux et surtout passer à l’action.
Une étude de l’Université de Californie montre que des approches spécifiques peuvent renforcer les connaissances mais surtout la confiance en sa capacité d’agir et l’engagement collectif pour l’environnement.
Que retenir de cette étude ?
1 – Comprendre ne suffit pas
Comprendre le changement climatique ne garantit pas de modifier ses comportements.
Ce qui fait la différence ? Un apprentissage qui combine connaissances scientifiques, échanges sociaux et réflexion sur ses propres valeurs. Plus on se sent relié à une communauté engagée, plus on a envie d’agir.
2 – Apprendre ensemble
Beaucoup de personnes pensent que leur action individuelle est insignifiante.
Pourtant, l’étude montre que se former et partager ses préoccupations avec d’autres permet d’augmenter la confiance en sa capacité d’agir et de s’impliquer davantage dans des actions locales.
3 – La force du groupe
Parler du changement climatique reste difficile, y compris dans les cercles proches.
Après une formation adaptée, les participants se sentent plus à l’aise pour expliquer les enjeux, mais aussi pour transmettre des solutions concrètes et éviter la paralysie face à l’ampleur du problème.
4 – Nos actions comptent
Au-delà des petits gestes individuels, il s’agit de développer des initiatives bénéfiques pour la communauté, comme des actions locales pour la résilience climatique, des projets éducatifs ou des engagements associatifs.
Ce sont ces dynamiques collectives qui permettent un changement à grande échelle.
5 – Communiquer sur le climat
L’un des freins majeurs à l’engagement climatique est la difficulté à parler du sujet. Beaucoup de personnes hésitent à aborder ces thématiques par crainte de créer des tensions ou de ne pas maîtriser suffisamment le sujet. Un apprentissage approfondi des techniques de communication bienveillante permet aux participants d’aborder ces discussions de manière constructive.
6 – Initiatives locales
L’étude met en avant le rôle essentiel du soutien social. Participer à une formation collective crée un sentiment d’appartenance et de solidarité, ce qui facilite la mise en action. Les réseaux locaux formés à l’issue de la formation jouent un rôle fondamental en offrant un appui moral et en permettant aux participants de partager leurs expériences et leurs idées.
Conclusion
L’éducation climatique des adultes représente une opportunité majeure pour renforcer l’action environnementale à l’échelle locale.
L’expérience du programme UC Climate Stewards montre que pour encourager un engagement effectif, il est essentiel de ne pas se limiter à l’apport de connaissances scientifiques.
La formation doit aussi inclure le développement de compétences en communication, la consolidation du lien social et des stratégies concrètes pour l’action.
Les professionnels de l’éducation à l’environnement peuvent s’inspirer de cette approche pour concevoir des formations qui favorisent une implication citoyenne à long terme. En combinant science, communication et engagement communautaire, il est possible d’encourager des transformations profondes et durables dans la manière dont les individus et les collectivités abordent les défis climatiques.
Former les adultes au climat, c’est donner les moyens d’agir, individuellement et collectivement.
Une étude1 menée par NSF, leader mondial de la sécurité et qualité alimentaires, révèle que seulement 50% des consommateurs belges estiment que les étiquettes alimentaires actuelles fournissent suffisamment d’informations pour faire des choix alimentaires éclairés. Cette étude met en lumière le rôle crucial de l’étiquetage des aliments dans les décisions des consommateurs et la promotion de la santé publique.
Katie Glover, Responsable EMEA des Affaires Réglementaires et du Droit Commercial chez NSF
« Cette étude souligne un écart significatif entre les attentes des consommateurs et les pratiques actuelles d’étiquetage.
l’industrie alimentaire doitprendre des mesures décisives pour améliorer la transparence et l’exhaustivité de l’étiquetage des aliments afin de répondre aux besoins évolutifs des consommateurs belges ».
Katie Glover, Responsable EMEA des Affaires Réglementaires et du Droit Commercial chez NSF
Les principales conclusions de l’étude NSF :
73% des adultes belges lisent les étiquettes alimentaires avant de faire un achat, ce chiffre atteint 83% chez les 18-34 ans.
75% des répondants considèrent que des informations plus détaillées sur les allergènes sont précieux sur les étiquettes alimentaires, suivies par des informations complètes sur la transformation (72%).
47% des consommateurs belges sont prêts à payer plus cher pour des produits avec un étiquetage complet et transparent, avec une hausse tarifaire moyenne de 10-12%.
Seulement 38% des répondants estiment que les étiquettes actuelles abordent adéquatement les préoccupations de durabilité, soulignant un écart important par rapport aux attentes des consommateurs.
65% des consommateurs considèrent que les scores d’impact environnemental sont un ajout utile à l’étiquetage des aliments, reflétant des préoccupations croissantes en matière de durabilité.
Bien que ces lacunes présentent des défis pour l’industrie alimentaire, elles offrent également des opportunités significatives d’innovation, de pertinence et de croissance. Alors que le paysage alimentaire belge continue d’évoluer pour répondre aux consommateurs de plus en plus motivés par des préoccupations de santé personnelle et des considérations environnementales plus larges, les fabricants de produits alimentaires doivent répondre à cet appel à une plus grande transparence.
« Le fait que la moitié des consommateurs belges se sentent mal informés par les étiquettes alimentaires actuelles est un appel clair à l’action pour l’industrie. En donnant la priorité à la clarté, à la standardisation et à la transparence dans l’étiquetage des aliments, nous pouvons permettre aux consommateurs de prendre des décisions plus éclairées sur leurs choix alimentaires. Cela contribue non seulement à de meilleurs résultats en matière de santé publique, mais favorise également un système alimentaire plus durable et renforce la confiance entre les fabricants de produits alimentaires et le public belge. »
Livre Blanc « l’avenir de l’étiquetage alimentaire »
Cette étude de NSF fournit des informations précieuses aux fabricants de produits alimentaires, aux détaillants et aux décideurs politiques, et une feuille de route pour améliorer les pratiques d’étiquetage des aliments afin de répondre aux demandes des consommateurs et d’améliorer les résultats en matière de santé publique.
NSF reste engagé à travailler avec l’industrie alimentaire pour développer des solutions innovantes qui répondent aux attentes évolutives des consommateurs et aux exigences réglementaires.
Depuis plus de 80 ans, NSF, organisation globale et indépendante, se consacre à l’amélioration de la santé de l’homme et de la planète en élaborant des normes de santé publique et en fournissant des services d’essai, d’inspection, de certification et de conseil ainsi que des solutions numériques aux secteurs de l’alimentation, de la nutrition, du traitement de l’eau, et des sciences de la vie.
NSF compte 40 000 clients dans 110 pays et collabore avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la sécurité alimentaire, la qualité de l’eau et la sécurité des dispositifs médicaux.
Étude indépendante menée par Opinium Research entre le 11 et le 18 octobre 2024 auprès de 1 000 adultes belges, pondérée pour être représentative au niveau national. ↩︎
Distinguer une étude scientifique sérieuse d’une pseudo-étude, ce n’est pas toujours simple. Entre articles sensationnalistes, résultats contradictoires et conflits d’intérêts bien cachés, difficile de s’y retrouver. La BD de Marine Joumard apporte des clés essentielles pour démêler le vrai du faux et mieux comprendre la fiabilité des études scientifiques.
Avec humour et pédagogie, elle nous guide à travers les étapes clés pour évaluer la fiabilité d’une étude
Les étapes clés pour évaluer la fiabilité d’une étude
✔️ La source : est-ce une revue scientifique reconnue ? Les revues sérieuses passent par l’évaluation par les pairs, où d’autres experts vérifient la qualité de l’étude avant publication. Attention aux revues pseudo-scientifiques qui ne suivent pas ce processus rigoureux.
✔️ Les auteurs : qui sont les auteur·e·s ? Sont-ils affiliés à des universités ou instituts de recherche crédibles ? Leur expertise dans le domaine est un bon indicateur de la fiabilité de l’étude.
✔️ La méthodologie : l’échantillon est-il représentatif de la population étudiée ? Une étude sur 10 personnes ne donnera pas les mêmes conclusions qu’une étude sur 10 000. La rigueur méthodologique est essentielle pour des résultats solides.
✔️ La reproductibilité : d’autres chercheurs ont-ils reproduit l’étude avec des résultats similaires ? La reproductibilité est un pilier de la science, même si elle est difficile à vérifier pour le grand public.
✔️ Les conflits d’intérêts : l’étude est-elle financée par une entreprise qui pourrait en tirer profit ? Par exemple, une étude sur les bienfaits d’un produit financée par son fabricant doit être prise avec des pincettes.
✔️ La cohérence des résultats : les conclusions correspondent-elles aux données présentées ? Une marge d’erreur élevée ou des résultats trop spectaculaires doivent alerter.
✔️ La réception par les pairs : L’étude a-t’elle été commentée ou citée dans d’autres travaux de recherche ? Garder à l’esprit que la recherche évolue et les nouvelles découvertes remettent en question les précédentes.
Savoir distinguer une étude rigoureuse d’une pseudo-science est central sur les enjeux environnementaux. Développer un regard critique sur les sources d’information est essentiel.
Former les citoyens à l’analyse des données scientifiques, c’est leur donner les moyens de prendre des décisions éclairées et d’agir en connaissance de cause. Une compétence clé pour une transition écologique fondée sur des faits, et non sur des approximations.
Cette BD est un outil précieux pour renforcer cette culture du doute constructif et de la rigueur scientifique. À diffuser largement !
L’Autorité des Normes Comptables publie une contribution à la réflexion sur la connectivité entre les informations financières et de durabilité en lien avec les enjeux climatiques : quelles cohérence et complémentarité attendre des informations présentées dans l’état de durabilité (normes ESRS) et les états financiers (normes IFRS ou normes françaises) ?
Pourquoi cette contribution à la réflexion ?
L’objectif est de mieux comprendre l’articulation entre ces deux piliers de l’information des entreprises afin d’accompagner les parties prenantes dans l’appropriation de ces sujets complexes et évolutifs.
Cette contribution est pédagogique et ne présente pas de caractère normatif. Elle a été préparée par un groupe de travail de l’ANC, rassemblant des experts du reporting financier, du reporting de durabilité et des enjeux climatiques.
Cette contribution à la réflexion présente l’articulation et les synergies attendues des informations présentées dans l’état de durabilité (normes ESRS) et les états financiers (normes IFRS ou normes françaises).
Le rapport aborde les points suivants :
✅ Un décryptage des exigences ESRS sur les effets financiers des enjeux climatiques et des principes applicables aux états financiers (IFRS et normes françaises) sous forme de questions-réponses pédagogiques
✅ Des courtes études de cas sectorielles illustrant les effets des risques physiques et de transition
✅ Des pistes de réflexion pour les entreprises et les autorités sur l’amélioration de la connectivité
L’ANC participe à l’appropriation des normes de durabilité en diffusant des guides pédagogiques, en organisant des webinaires et en intervenant lors d’évènements.
Évaluation des risques climatiques et de la résilience
Enjeux climatiques : Quels liens entre les états financiers et l’état de durabilité ?
Contribution à la réflexion de l’Autorité des Normes Comptables
Pourquoi ne fait-on rien (ou si peu ?) face à l’ampleur des risques environnementaux ? Un ouvrage collectif liste 101 obstacles aux changements nécessaires pour la sauvegarde de notre espèce comme du vivant.Dans cet extrait du Manuel d’un monde en transition(s) (éditions de l’Aube, 2025), la professeure associée en transition écologique et entrepreunariat social Fanny Verrax nous parle du biais cognitif de « statu quo » et appelle à un changement d’échelle comme de référentiel pour le surmonter.De plus le changement climatique, l’effondrement de la biodiversité ou l’acidification des océans n’ont pas débuté hier et ne s’arrêteront pas demain. Alors pourquoi parler de crise environnementale ou climatique ? La réponse de Nataly Botero, Enseignante-chercheure en sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris-Panthéon-Assas pour The Conversation France.
Deux personnes devant une route inondée dans l’État du Queensland, Australie (juin 2023). Frozygraphie/Shutterstock
Est-ce vraiment pertinent de parler de « crise climatique » ou de « crise écologique » ?
C’est devenu un lieu commun pour parler de tous les ravages liés à l’environnement, à la biodiversité ou au changement climatique : « crise ». Mais ces cinq lettres passent souvent sous silence le temps long des bouleversements actuels, leurs causes, leurs complexités, et réduisent nos réponses possibles.
Crise économique, sanitaire, migratoire, démographique et désormais écologique : nous vivons dans une société « crisophile ». La « crise » devient un prêt-à-penser et un lieu commun. Cette manière d’envisager les difficultés majeures auxquelles sont confrontées nos sociétés demeurent de fait un parti-pris spécifique, mais aussi peut-être problématique.
De fait, la définition même de la crise renvoie à une période critique mais passagère, avec un début et une fin. Or, les bouleversements écologiques qui prennent place actuellement (dérèglements climatiques, destructions de la biodiversité, pollutions généralisées…) se caractérisent par une temporalité longue. Lire les problèmes écologiques actuels dans les termes de la crise peut ainsi constituer une barrière empêchant de voir, à la fois, leurs causes structurelles et leurs conséquences sur le long terme.
Mais alors, pourquoi parle-t-on sans cesse de crise malgré tout ?
Le succès de cette vision alarmiste de l’écologie semble être corrélé au récit de la résilience qui, en proposant des mécanismes d’adaptation, présente les crises comme dépassables. Faire preuve de résilience permettrait un retour à l’équilibre en conjurant le moment critique.
Retour sur une crise écologique de plus en plus invoquée et simultanément contestée.
Le caractère provisoire des crises
Du point de vue étymologique, parler d’une crise permanente ou chronique constitue un contre-sens. Du latin crisis, ce mot a d’abord été utilisé en médecine pour parler de phénomènes pathologiques qui se manifestent de façon intense durant un court laps de temps.
Il désigne alors une période particulièrement grave constituant un point de bascule : guérison ou décès. Ce moment de cristallisation des enjeux devient un appel urgent à la décision, « crise » et « critique » ayant en commun la racine grecque krinein (résoudre, juger). Dans la mesure où parler de crise implique de faire un choix et/ou un passage à l’action, elle comporte une dimension éminemment pragmatique.
La sociologue Natacha Ordioni explique que ce terme a migré de la médecine vers d’autres domaines au cours du XIXe siècle : la crise permet alors de désigner l’état de dysfonctionnement d’un système, devenu incapable d’assurer ses fonctions.
Ce décloisonnement s’est fait à partir d’usages métaphoriques, la métaphore permettant de se figurer l’inconnu à travers du connu en rapprochant deux domaines d’expérience a priori éloignés. C’est grâce à ce glissement sémantique que divers problèmes de société ont commencé à être interprétés dans les termes de la crise : un krach financier aigu mais passager, une baisse ponctuelle de la natalité, un épisode d’intense conflictualité sociale et politique.
En matière d’écologie, s’il est vrai que l’intensité et la gravité des bouleversements actuels ne fait plus débat, c’est dans leur dimension temporaire ou provisoire que l’usage du terme de « crise » semble ne pas permettre une lecture appropriée des phénomènes, bien qu’il se soit généralisé dans les discours médiatiques.
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Dix années de « crise » dans les médias
Pour comprendre l’évolution de l’usage de ce mot dans la société, il peut être intéressant de regarder ses occurrences dans la presse écrite depuis une dizaine d’années. C’est à partir de la base des données Europresse, donnant accès à de nombreux médias écrits et en ligne, que nous avons constitué un corpus pour les expressions « crise climatique », « crise écologique », « crise environnementale » et « crise de la biodiversité » à partir des journaux comme le Monde, Libération, le Figaro, la Croix, le Nouvel Obs, le Point, 20 Minutes, Paris Match, Courrier international et l’Humanité.
Remarquons que l’usage privilégié est celui du terme au singulier, ayant pour effet d’oblitérer la pluralité des problèmes qui, bien qu’interconnectés, gardent leurs propres caractéristiques. Cette homogénéisation empêche également de voir les expressions différenciées et localisées des problématiques écologiques. Ainsi amalgamée, la « crise » fait preuve d’une inflation notoire, à partir de 2019-2020 ;
Évolution des expressions comportant le mot crise dans les médias écrits. Fourni par l’auteur
Avant cette date, entre 2014 et 2018, le terme est peu usité et reste stable dans les médias analysés. Alors que « crise climatique » est attestée par une trentaine d’occurrences en 2014, elle grimpe à presque 500 en 2022 et 2023. Ceci ne semble pas pouvoir s’expliquer par la tenue d’évènements annuels donnant lieu à une médiatisation accrue comme les COP. C’est entre 2019 et 2020 que les expressions « crise climatique » et « crise écologique » connaissent une augmentation significative, phénomène qui pourrait trouver ses origines dans une sorte de contamination lexicale due à la crise du Covid-19.
Florilège de titres d’articles de presse française mentionnant la crise climatique ou la crise environnementale. Captures d’écran
De quelle crise parle-t-on ?
On pourrait voir dans « crise écologique » et « crise environnementale » des équivalents discursifs qui entrent en concurrence, mais force est de constater que la seconde ne rencontre pas le succès de la première : est-elle trop longue et pas assez concise ? Trop lisse et pas assez percutante ? Si tel était le cas, cela pourrait également expliquer le faible usage de « crise de la biodiversité », qui ne recueille que 83 occurrences en dix ans, face à l’expression « effondrement de la biodiversité » (qui la devance largement, avec 303 occurrences).
L’une comme l’autre peuvent être remplacées par « sixième crise d’extinction », mais ce procédé de numérotation pose également problème et biaise la compréhension : il laisse entendre qu’il y a eu plusieurs crises d’extinction en amont et que, en conséquence, nous en sortirons bien indemnes.
Cette croyance est peut-être aussi le symptôme du faible intérêt social, politique et médiatique suscité par la destruction de la biodiversité, également confirmé par les récentes études menées par l’Observatoire des médias sur l’écologie. En analysant des productions audiovisuelles d’information générale, il rappelle que la biodiversité « est en moyenne deux à quatre fois moins abordée que le changement climatique ». Cette attention moindre portée aux enjeux écosystémiques tient aussi peut-être d’une particularité française, comme le postule l’historienne des sciences Valérie Chansigaud dans son ouvrage Les Français et la nature. Pourquoi si peu d’amour ? (2017).
Une crise qui n’interpelle même plus ?
L’usage répété de ces expressions par les médias semble en tout cas produire un paradoxe. D’une part, le terme crise atténue l’importance des destructions de la biodiversité et des chamboulements climatiques contemporains en les présentant comme éphémères, tout en passant sous silence leur vitesse inédite et leur origine anthropique.
D’autre part, le contenu alarmiste du terme cherche à créer une prise de conscience par le choc, comme d’autres expressions à forte charge émotionnelle visant à heurter les esprits (« urgence écologique », « polluants éternels », « catastrophes naturelles »). Mais à force de vouloir choquer et mobiliser par l’émotion, la surenchère discursive risque à la fois d’affaiblir la perception de la gravité des phénomènes et de diminuer la vocation de mise en action des mots.
Le registre alarmiste et anxiogène de la crise peut tantôt déboucher sur une léthargie paralysante, tantôt sur l’urgence d’agir. C’est là qu’intervient le récit de la résilience, compatible avec la vision de la crise comme un événement certes pénible, mais surmontable.
L’illusion de la résilience
Les années 2000 voient émerger le mouvement des villes en transition, initié par l’auteur et enseignant britannique Rob Hopkins. Dans son Manuel de transition, de la dépendance au pétrole à la résilience locale (2010), il souligne la nécessité de « nouvelles histoires dépeignant de nouvelles possibilités », ces histoires portant sur l’avènement d’une société postcroissance et postcarbone. Le mouvement de transition propose alors des solutions pour concrétiser ce passage.
La France a été sensible à cette vision nouvelle de l’écologie, avec la promulgation de la loi de « transition énergétique pour la croissance verte » en 2016 et de la loi « Climat et résilience », en 2021. Le ministère chargé des questions environnementales a été également renommé en ministère de l’aménagement du territoire et de la transition écologique, dénomination actuellement en vigueur.
La puissance publique s’est progressivement éloignée de l’approche prônée par le développement durable (en vogue dans les années 2000 et 2010) pour se rallier à celle de la transition, dont les maîtres-mots sont « résilience » et « adaptation ».
Cependant, loin de concentrer ses efforts au questionnement ou au renversement des causes à l’origine des crises, la résilience prône l’adaptation à un monde dans lequel les conditions de vie se sont irrémédiablement dégradées. L’avènement des crises et des catastrophes étant présenté comme une fatalité, il s’agit désormais de vivre avec, en se préparant sans cesse au pire.
La résilience agit ainsi comme remède de la crise, en la traitant comme un problème à part entière et non comme le signe de quelque chose d’autre. Ces deux notions semblent ainsi symptomatiques d’une société qui s’est montrée jusque-là incapable d’envisager des processus sur le long terme.
Crise et résilience constituent alors des filtres interprétatifs spécifiques et même des « technologies du consentement », comme l’explique le sociologue Thierry Ribault. Selon lui, s’il n’est pas possible pour tout un chacun d’empêcher la survenue de phénomènes globaux d’une extrême gravité, embrasser le récit de la résilience donne au moins l’impression d’être acteurs de notre propre destinée, de nous « battre » contre un avenir qui ne s’annonce pas très radieux. Les individus comme les États tentent alors de se donner les moyens de s’accommoder aux effets néfastes des crises.
Le caractère alarmiste du mot crise et l’intensité de son usage peuvent alors avoir des effets contre-productifs, en biaisant notre compréhension des enjeux et en affaiblissant notre capacité d’action.
Manuel d’un monde en transition(s), sous la direction de Lucas Verhelst, éditions de l’Aube, 2025.
Pourquoi ne fait-on rien (ou si peu ?) face à l’ampleur des risques environnementaux ? Cette question vous a sûrement traversé l’esprit. Un ouvrage collectif tâche précisément d’y répondre en listant 101 obstacles aux changements nécessaires pour la sauvegarde de notre espèce comme du vivant.
Ces obstacles peuvent être de nature soit neuropsychologique, soit politique, soit sociologique ou bien liés à la constitution des savoirs. Et pour les surmonter, 101 pistes d’action sont proposées. Dans cet extrait du Manuel d’un monde en transition(s) (éditions de l’Aube, 2025), la professeure associée en transition écologique et entrepreunariat social Fanny Verrax nous parle du biais cognitif de « statu quo » et appelle à un changement d’échelle comme de référentiel pour le surmonter.
Le biais de « statu quo » est un biais cognitif de résistance au changement qui, par principe, nous fait percevoir toute situation nouvelle comme présentant plus de risques que d’avantages. Au-delà de « l’aversion du risque », autre biais bien documenté, le biais de « statu quo » traduit également notre préférence collective pour l’inertie et le maintien des habitudes.
Il est intéressant de constater qu’il existe un domaine dans lequel le biais de « statu quo » se manifeste peu : l’innovation technologique, assimilée à un progrès qu’il ne serait pas nécessaire de questionner. En revanche, bon nombre de propositions innovantes de nature sociale, économique ou politique, nécessaires à la transition écologique, se heurtent à ce fameux biais de « statu quo ».
Dans le domaine de la mobilité, par exemple, privilégier les modes doux, ne plus se déplacer seul en voiture (autosolisme), rouler moins vite, partir moins loin en vacances… tous ces changements essentiels se heurtent à l’illusion de l’impossibilité de faire autrement que ce que nous faisons aujourd’hui, à cette idée que ce serait trop compliqué, trop chronophage, trop liberticide. Bref, que la situation actuelle, même si elle n’est pas idéale, représenterait, dans un certain sens, le meilleur des mondes possibles.
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Prenons garde au décalage du point de référence
Que faire face à une inertie de principe ? Tout d’abord, il s’agit de reconsidérer le temps long. En 1800, un individu parcourait en moyenne cinq kilomètres par jour, en une heure environ. Aujourd’hui, nous consacrons toujours une heure quotidienne à nos déplacements, mais nous parcourons en moyenne 50 kilomètres par jour. Pourquoi une telle distance, à cette vitesse, avec ce moyen de transport (la voiture individuelle thermique) serait-elle intrinsèquement meilleure ou plus désirable que toutes les autres façons de se déplacer ?
N’y a-t-il pas une forme d’ethnocentrisme et d’arrogance présentiste à penser que notre façon de vivre serait nécessairement plus désirable ? À moins que ce ne soit la vitesse ou la distance en elles-mêmes qui représentent des valeurs intrinsèques ? Que dire alors d’un monde où l’on parcourait en moyenne 100 ou 200 kilomètres par jour ? Serait-il nécessairement meilleur ?
La conscience du temps long, s’appuyant sur des réalités historiques documentées, et une extrapolation des évolutions possibles, permettrait de considérer nos pratiques contemporaines pour ce qu’elles sont : non pas un idéal, mais une pause arbitraire dans une évolution aux multiples détours.
Cette parade est cependant d’autant plus difficile à effectuer que nous nous heurtons collectivement à un décalage du point de référence, élément essentiel de l’amnésie écologique. Le point de référence renvoie à une situation qui est considérée collectivement comme une norme. Prenons un exemple concret : l’évolution des normales saisonnières de Météo France.
Tous les dix ans, l’institution élabore de nouvelles normes météorologiques, calculées sur une période de référence de trente ans. Pour la période allant de 1960 à 1990, les normales s’établissaient à partir d’une température annuelle moyenne de 11,82 °C. Pour la période allant de 1990 à 2020, la température annuelle moyenne passait à 12,97 °C. Dès lors, cette température constitue la nouvelle normale, le nouveau point de référence.
Le concept de décalage du point de référence a été notamment établi par le biologiste Daniel Pauly pour caractériser l’évolution des écosystèmes marins causée par la surpêche, mais qui peut aujourd’hui s’appliquer à de nombreux domaines : le retrait du trait de côte, l’effondrement de la biodiversité, la déforestation, etc.
En effet, les générations successives transforment le monde et le dégradent, mais la mémoire ou l’expérience de ce qui est perdu est rarement transmise, et la nouvelle situation constitue une nouvelle norme. Ainsi, contre le biais de « statu quo », il faut bien sûr interroger le passé et explorer l’avenir afin de resituer nos pratiques actuelles dans un contexte, mais également documenter le présent, pour que les destructions actuelles ne deviennent pas le nouveau point de référence de la génération suivante.
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