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Rapport mondial sur la durabilité des entreprises 2025

Le « Global Corporate Sustainability Report 2025 » est une lecture utile pour toute organisation engagée dans une démarche d’impact positif. Ce rapport publié par l’OECD-OCDE est une synthèse des tendances qui redéfinissent le paysage économique et stratégique de demain. Othmane Khaoua, Développeur économique et Accompagnateur d’entreprises à impact, en retire cinq faits saillants.

La durabilité des entreprises

La durabilité des entreprises désigne l’intégration des considérations environnementales et sociales dans la stratégie, les activités et la publication d’informations d’une entreprise.

Elle contribue à un cadre solide de gouvernance et de prise de décision, tout en aidant les investisseurs à mieux comprendre les risques et opportunités à long terme d’une entreprise.

Le Rapport mondial sur la durabilité des entreprises 2025 de l’OCDE livre des enseignements sur la manière dont les entreprises mettent en œuvre les recommandations liées à la durabilité issues des Principes de gouvernance d’entreprise du G20 et de l’OCDE. Ces recommandations portent sur la diffusion d’informations, le dialogue entre l’entreprise et ses actionnaires, les responsabilités du conseil d’administration et les intérêts des parties prenantes.

Principes de gouvernance d’entreprise du G20 et de l’OCDE

Rapport mondial sur la durabilité des entreprises 2025

Cette édition contient une analyse approfondie du secteur de l’énergie, qui évalue les objectifs de réduction des émissions, la rémunération des dirigeants des entreprises du secteur, les dépenses en capital et les investissements dans les activités de recherche et de développement écologiques.

Entre 2022 et 2024, davantage d’entreprises ont publié des informations en matière de durabilité

91 % de toutes les sociétés cotées (par capitalisation) publient des informations liées à la durabilité 
81 % des sociétés cotées (par capitalisation) qui publient des informations liées à la durabilité ont recours à des services d’assurance indépendants
$671 milliards USD, c’est le montant consacré aux dividendes et aux rachats d’actions par les sociétés cotées du secteur de l’énergie en 2024, soit trois fois plus qu’en 2015, tandis que l’activité d’investissement est restée stable

À l’échelle mondiale, 91 % des entreprises par capitalisation boursière ont communiqué des informations liées à la durabilité en 2024, contre 86 % en 2022. L’Europe (98 %), les pays développés de la région Asie-Pacifique hors États-Unis (94 %) et les États‑Unis (93 %) affichaient les taux de publication les plus élevés. Le nombre absolu d’entreprises publiant des informations liées à la durabilité a lui aussi progressé, mais représente toujours une fraction modeste – moins d’un tiers – du nombre total de sociétés cotées.

L’assurance des informations liées à la durabilité est une pratique courante, même sur les marchés dépourvus d’exigences réglementaires

En 2024, plus de 5 000 entreprises (81 % de la capitalisation boursière) qui ont communiqué des informations en matière de durabilité ont fait certifier ces informations par un prestataire de services externe. La majorité d’entre elles s’appuient sur l’assurance limitée (56 %), et beaucoup moins sur l’assurance raisonnable (17 %). À l’échelle mondiale, plus de la moitié des missions d’assurance de l’information en matière de durabilité sont effectuées par des auditeurs.

Assurance des informations relatives à la durabilité, 2024
Source: OCDE (2025), Rapport mondial sur la durabilité des entreprises 2025

Les investisseurs institutionnels peuvent jouer un rôle important dans la transition climatique 

En tant que détenteurs d’une part significative du capital des sociétés fortement émettrices de GES et des grandes entreprises qui développent des technologies vertes

Les investisseurs institutionnels, qui détiennent aujourd’hui 47 % du capital des sociétés cotées dans le monde, procèdent à des allocations de portefeuille comparables dans les entreprises fortement émettrices et dans celles qui investissent dans les nouvelles technologies vertes. Les investisseurs institutionnels détiennent la part la plus significative du capital (36 %) des 100 sociétés cotées les plus fortement émettrices de gaz à effet de serre (GES). Ils possèdent aussi d’importantes participations (37 %) dans les 100 entreprises ayant déposé le plus grand nombre de brevets verts.

Actionnariat des 100 sociétés les plus fortement émettrices de GES et les plus innovantes en R-D verte, 2024
Source: OCDE (2025), Rapport mondial sur la durabilité des entreprises 2025

Les questions de durabilité, supervisées par les conseils d’administration et prises en compte pour déterminer la rémunération des dirigeants

En 2024, dans 70 % des entreprises par capitalisation boursière, le conseil d’administration supervisait les questions liées au climat, contre 53 % en 2022. En outre, les deux tiers des entreprises sont dotées d’un comité chargé de superviser les risques associés à la durabilité. La part des entreprises qui versent à leurs dirigeants une rémunération variable indexée sur des critères de durabilité a également augmenté, passant de 60 à 67 %. 

Les investissement des sociétés cotées du secteur de l’énergie restent stables, malgré une augmentation des flux nets de trésorerie 

La réduction des émissions de GES nécessitera des investissements massifs dans des technologies destinées à remplacer l’utilisation des combustibles fossiles.

Entre 2015 et 2024, les flux nets de trésorerie provenant des activités d’exploitation ont augmenté de 32 %, permettant aux sociétés cotées du secteur de l’énergie de tripler les dividendes et rachats d’actions, tandis que la trésorerie nette allouée aux investissements a crû de moins de 5 %. Considérés dans leur ensemble, ces éléments laissent penser que la condition impérative pour atteindre la neutralité carbone n’est pas tant l’existence de liquidités que celle d’une réserve de projets susceptibles d’attirer les investissements.

Trésorerie des entreprises du secteur de l’énergie en Milliards USD, 2024
Source: OCDE (2025), Rapport mondial sur la durabilité des entreprises 2025

5 faits saillants du rapport par Othmane Khaoua

🤝 🌎 🕊Othmane Khaoua, Développeur économique et Accompagnateur d’entreprises à impact
  • 1. Résilience renforcée par les critères ESG : Les entreprises dotées d’un cadre ESG solide démontrent une résilience nettement supérieure face aux chocs économiques et géopolitiques. Leur capacité d’adaptation et leur accès aux financements responsables en font des acteurs plus pérennes.
  • 2. La transition juste, levier d’attractivité et de performance : La transition juste n’est plus un simple slogan : elle devient un facteur clé d’attractivité pour les talents, en particulier les jeunes générations. Les organisations qui intègrent l’équité sociale et la formation voient leur engagement interne et leur marque employeur s’améliorer significativement.
  • 3. Économie circulaire et modèles régénératifs en essor : Les approches circulaires et régénératives ne se limitent plus à des initiatives ponctuelles. Elles deviennent des modèles économiques viables, démontrant que création de valeur et régénération des écosystèmes peuvent — et doivent — aller de pair.
  • 4. Convergence entre performance durable et financière : Le rapport souligne une corrélation de plus en plus forte entre robustesse ESG et rentabilité à long terme, renforçant l’idée qu’une stratégie durable est aussi une stratégie gagnante sur les marchés.
  • 5. Collaboration multi-acteurs comme accélérateur d’impact : Les alliances entre entreprises, institutions, associations et territoires amplifient l’efficacité et la portée des transitions, prouvant que les défis systémiques appellent des réponses collectives.

Que peut-on faire ?

Renforcer l’interopérabilité entre les cadres de publication d’informations liées à la durabilité

Les instances d’établissement des normes pourraient s’efforcer d’améliorer l’interopérabilité des référentiels de publication d’informations liées à la durabilité. Cela permettrait de réduire les coûts de conformité pour les entreprises implantées dans plusieurs juridictions et d’améliorer la comparabilité, la fiabilité et la pertinence des données liées à la durabilité.

Inciter les entreprises publiques à montrer l’exemple en matière de durabilité

Les pouvoirs publics peuvent encourager les entreprises qu’ils contrôlent à montrer l’exemple en matière de durabilité et à catalyser la transition vers une économie bas carbone. Les entreprises publiques étant souvent présentes dans des secteurs stratégiques tels que l’énergie qui sont exposés aux risques environnementaux et sociaux, elles sont idéalement placées pour promouvoir la durabilité.

Promouvoir des cadres de gouvernance qui favorisent l’engagement effectif des actionnaires

Étant donné que les allocations de portefeuille des investisseurs institutionnels ne font pas de distinction systématique entre les entreprises fortement émettrices et celles qui investissent dans les nouvelles technologies vertes, les initiatives de mobilisation des actionnaires ciblant les gros émetteurs pourraient être complétées par de nouveaux dispositifs prenant en compte les efforts d’allocation et de bonne gestion des investissements au profit d’entreprises très innovantes.

Améliorer la viabilité financière des projets relatifs aux énergies vertes

Des mesures pourraient être prises pour garantir l’existence d’une réserve de projets viables dans le secteur de l’énergie, en encourageant les entreprises à affecter une plus grande part de leur capital à de nouveaux investissements.

Principaux faits et chiffres (infographie)

Le rapport version abrégée

Rapport complet & Publications associées

Ma Carto Climat pour explorer la vulnérabilité de votre organisation aux risques climatiques

Canicules, inondations, sécheresses, tensions sur les matières premières ou ruptures logistiques … Autant d’aléas qui peuvent fragiliser la continuité des activités et remettre en cause des choix stratégiques. Pour aider les entreprises, collectivités et établissements publics à anticiper ces défis, l’AMRAE, l’ADEME et la DGE ont conçu un outil gratuit accessible en ligne. Son objectif : permettre de réaliser en toute autonomie une première cartographie des risques climatiques.

ENTREPRISES ET ORGANISATIONS PUBLIQUES FACE AUX RISQUES CLIMATIQUES : RELEVEZ LE DEFI !

Réaliser une cartographie des risques climatiques

En quelques étapes il est possible pour les entreprises, collectivités et établissements publics de :

  • Évaluer la sensibilité de leurs activités aux aléas climatiques,
  • Mesurer l’évolution de ces aléas aux horizons 2030, 2050 et 2100,
  • Identifier leur niveau actuel de maîtrise et les marges de progression.

À l’issue de cette première cartographie, les livrables sont :

  • Un rapport personnalisé et illustré qui synthétise l’ensemble des informations renseignées.
  • Une photographie claire des expositions.
  • Un premier socle pour bâtir un parcours d’adaptation au changement climatique et se lancer dans un diagnostic des risques climatiques physiques.

DE NOMBREUSES QUESTIONS SE POSENT FACE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE

  • Savez-vous comment vos activités résisteraient à une sécheresse prolongée ?
  • Quel serait l’impact d’une inondation sur vos infrastructures et vos chaînes logistiques ?
    Jusqu’où une canicule répétée pourrait fragiliser vos salariés et votre productivité ?

Avec macartoclimat.fr, il est possible d’explorer gratuitement les vulnérabilités de votre organisation aux risques climatiques et d’obtenir un rapport personnalisé qui vous permettra de vous lancer dans le parcours de l’adaptation au changement climatique !

Parcours de l’adaptation au changement climatique

POSER UN DIAGNOSTIC
AVEC MA CARTO CLIMAT

Face à la multiplication des aléas climatiques graduels et extrêmes actuels et à venir, la pérennité des entreprises est en jeu : effets sur les conditions de travail, fiabilité des infrastructures de transports et des réseaux, perturbations des chaînes d’approvisionnement, disponibilité de la ressource en eau, condition d’accueil des clients, …

Réduire les émissions de gaz à effet de serre de votre entreprise est IMPERATIF pour éviter que le climat ne se dérègle encore davantage (objectif d’atténuation), et adapter l’activité de votre entreprise à la trajectoire de réchauffement climatique en France de +2°C en 2030, +2,7°C en 2050 et +4°C en 2100 devient indispensable (objectif d’adaptation)

Impacts : Canicule, sécheresse, inondation, incendie… la hausse mondiale de la température perturbe le système climatique et aggrave certains risques. Retrouvez ici une sélection des phénomènes principaux qui touchent la France, pour mieux savoir à quoi s’attendre et comment s’y adapter.

Dès maintenant, parallèlement à vos actions d’atténuation, vous pouvez intégrer l’adaptation au changement climatique dans vos prises de décision et investissements.

Ma carto climat vous permettra de démarrer votre diagnostic des risques physiques climatiques. Cet outil s’adresse prioritairement aux entreprises, mais peut également être utilisé par les acteurs publics (collectivités territoriales, établissements publics, opérateurs de l’Etat, etc.) pour faire un auto diagnostic des risques climatiques physiques pesant sur leur organisation.

Parcours d’adaptation au changement climatique pour les entreprises
Il existe deux parcours :
Un parcours d’adaptation partiel : il résulte de réactions à des évènements spécifiques conduisant à la mise en place d’actions ponctuelles (économie d’eau, rafraîchissement…) et leur évaluation en vue d’une optimisation à court terme. Il ne comporte pas de perspective stratégique et ne représente pas un objectif final en soi. Ces actions ponctuelles peuvent néanmoins amener vers un parcours d’adaptation complet.
Un parcours d’adaptation complet : il comporte les étapes de diagnostic, de stratégie et de suivi & évaluation. C’est le parcours recommandé, car il est le seul à permettre d’intégrer les risques climatiques sur le long terme. De plus, il conduit l’entreprise à construire des trajectoires d’adaptation, depuis des ajustements à la marge de ses activités et process, jusqu’à des transformations plus profondes.
Il est indispensable pour les entreprises d’ancrer leur démarche d’adaptation dans les dynamiques existantes au niveau du territoire et de la filière.

Parcours d’adaptation et ressources

1/ Pour favoriser la prise de conscience et le déclenchement du passage à l’action



Travailler avec les acteurs relais, filières et les territoires sur lesquels vous êtes implantés vous fera gagner du temps dans l’élaboration de votre démarche.

LIFE ARTISAN : Accroître la Résilience des Territoires au changement climatique par l’Incitation aux Solutions fondées sur la Nature pour l’adaptation au changement climatique.

2/ L’étape clé du diagnostic : plusieurs outils existent

Ma carto climat est un autodiagnostic en ligne qui permet de visualiser vos risques climatiques.
Pour approfondir cet autodiagnostic, il vous est recommandé de réaliser un Climadiag expert si votre CCI le propose ou de vous engager dans un Diag Adaptation.

● L’accompagnement des CCI grâce à leur outil Climatdiag expert vise à évaluer la « climatosensibilité » des entreprises.

● La méthodologie OCARA pour PME, en accès libre et gratuit sur le site de la librairie de l’ADEME, est développée par Carbone 4 en partenariat avec l’ADEME et Bpifrance

● Le dispositif Diag Adaptation, financé par l’ADEME et opéré par Bpifrance, repose sur la méthode OCARA pour PME

● La méthodologie OCARA développée par Carbone 4 en partenariat avec l’ADEME, un diagnostic pour une analyse plus approfondie, davantage utilisée par les grandes entreprises

3/ La stratégie d’adaptation et son plan d’actions

Votre stratégie permet de construire vos trajectoires d’adaptation et déterminer les actions à mettre en place.

Quelques ressources et outils :

● Le guide Comment prendre des décisions pour s’adapter au changement climatique ?
● Les outils ACT Adaptation et ACT Pas à pas climat
● Les actions de rafraîchissement des espaces de travail avec la géothermie, finançables par l’ADEME
● Les actions liées à la sobriété hydrique, à la désimperméabilisation des sols et à la biodiversité finançables par les agences de l’eau
● Les actions liées à l’environnement de travail des collaborateurs : ressources sur le site de l’INRS

4/ Suivi et évaluation de la stratégie d’adaptation

L’outil ACT Adaptation : il évalue la stratégie d’adaptation de l’entreprise, depuis l’analyse des risques physiques jusqu’à la gouvernance, en tenant compte de l’ensemble de la chaîne de valeur.

CADRE D’ÉVALUATION ACT ADAPTATION : QUESTIONS GUIDANT L’APPLICATION

Ressources pour aller plus loin

Imaginer demain pour agir aujourd’hui : 5 scénarios d’usage des terres et de sécurité alimentaire

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Imaginer demain une agriculture sans pesticides chimiques de synthèse, l’avenir de l’élevage européen, la prévention de l’émergence des zoonoses, la place des micro-organismes dans les systèmes alimentaires1. Pour agir aujourd’hui, la Direction de l’expertise scientifique collective, de la prospective et des études d’INRAE publie son guide de conduite des prospectives basées sur l’analyse rétrospective, l’identification des signaux faibles et la construction d’un tableau morphologique pour concevoir des scénarios cohérents.

Qu’est-ce que la méthode prospective ?

La méthode utilisée à la Direction de l’Expertise scientifique collective, de la Prospective et des Études (DEPE) d’INRAE combine une approche des scénarios basée sur l’analyse morphologique, l’analyse rétrospective des dynamique passées, l’organisation d’ateliers prospectifs où sont débattues les hypothèses d’évolution future, et l’élaboration de récits décrivant des futurs pluriels et contrastés.

En fonction du sujet traité, ces méthodes sont combinées dans certains cas à des outils de modélisation et de simulation quantitative, ou à des méthodes de construction de trajectoires d’évolution, ou encore à des méthodes de changement d’échelle permettant une déclinaison régionale des scénarios.

Les scénarios élaborés tracent les contours d’un espace des futurs possibles.

Ils visent à éclairer le débat public, les acteurs parties prenantes, la recherche et les décideurs publics et à aider les acteurs et organisations à réfléchir à leurs orientations, actions et projets en anticipant les enjeux futurs (souhaitables, redoutés ou simplement possibles) posés par l’espace des futurs possibles.

Tableau morphologique de la prospective Agrimonde-Terra et les combinatoires d’hypothèses correspondant aux cinq scénarios d’usage des terres et de sécurité alimentaire mondiale en 2050 (Mora et al., 2019)

Les différents collectifs mobilisés dans une prospective

L’équipe projet

La qualité de la prospective et le respect des délais reposent de façon déterminante sur la constitution d’une équipe projet regroupant les compétences nécessaires. Elle a non seulement pour mission
de réaliser la synthèse des connaissances disponibles, de proposer des analyses rétrospectives des
tendances passées et de formaliser des hypothèses d’évolution des variables mais aussi de préparer les réunions du groupe d’experts, les animer et rédiger l’ensemble des livrables, dont elle assurera en grande partie la diffusion. Elle se charge également de la logistique des réunions et de l’organisation de la phase de mise en débat et de restitution. Cette équipe projet doit donc
regrouper des compétences sur le fond, des compétences d’animation et de méthodologie prospective,
ainsi que des compétences rédactionnelles et de communication et de gestion de projet.

Composition et rôles des différents collectifs mobilisés dans une prospective

Le comité d’experts

La réflexion prospective repose de façon déterminante sur un comité d’experts composé de scientifiques et d’acteurs parties prenantes du sujet étudié. En effet, une des spécificités de la prospective est d’intégrer des acteurs parties prenantes afin de prendre en compte leurs connaissances issues de l’expérience, leurs projets et visions du futur dans la réflexion. Le comité d’experts doit donc rassembler des experts du sujet étudié, qu’ils soient chercheurs spécialisés ou acteurs parties prenantes non académiques, mais aussi des spécialistes reconnus de certains moteurs d’évolution (sociologues, géographes, historiens, philosophes…).

Le comité d’experts est libre de construire les hypothèses et les scénarios de son choix.

Méthode de couplage entre approche des scénarios et simulation quantitative dans la prospective Agriculture européenne sans pesticides chimiques (Mora et al., 2023 ; modifié d’après Mora et al., 2020)

Méthode pour répondre aux finalités de la prospective

Pour chaque prospective, la méthodologie est adaptée à la problématique et aux finalités, qu’il s’agisse d’explorer les devenirs possibles d’une situation de forte incertitude, d’imaginer les conséquences possibles d’une rupture à venir, ou bien de construire des trajectoires de transition vers des futurs souhaitables.

La mise en place de groupes thématiques et d’ateliers thématiques

Au regard de la complexité et de l’ampleur des sujets étudiés, et de la nécessité de développer une approche à la fois analytique et systémique, des ateliers thématiques composés d’experts spécialistes sont organisés dans les phases d’analyse rétrospective et de construction des hypothèses d’évolution.

La quantification des scénarios

Avec l’ampleur géographique croissante des sujets (mondial, européen), la modélisation numérique est de plus en plus fréquemment mobilisée dans le cadre des prospectives afin d’évaluer l’impact quantitatif des différents scénarios à différentes échelles.

Règles générales d’estimation quantitative des régimes alimentaires à partir des hypothèses qualitatives de régimes alimentaires en 2050 (Le Mouël et al., 2018)

La création des trajectoires menant à des futurs souhaitables

Les enjeux liés aux différentes formes de transition vers des systèmes sociotechniques plus durables nécessitent désormais d’identifier des trajectoires de transition vers des futurs souhaitables.

Il s’agit selon un raisonnement rétroprojectif (ou « backcasting ») de partir d’une situation finale souhaitée pour définir une succession d’étapes et d’actions nécessaires pour y parvenir, en tenant compte des dynamiques d’évolution possible favorables ou défavorables au but visé. L’identification de cette succession d’étapes permet de caractériser la trajectoire de transition vers un scénario souhaitable.

Dans le cadre de la prospective Agriculture européenne sans pesticides chimiques en 2050, des
trajectoires de transition ont été construites pour chacun des trois scénarios européens. Un groupe d’experts dédié à la transition a travaillé sur la construction de ces trajectoires lors d’ateliers prospectifs participatifs dans lesquels ils ont identifié, pour chaque scénario, les principales étapes pour atteindre les objectifs intermédiaires souhaités appelés jalons, les obstacles et opportunités qui y sont liés, et les actions à mettre en place pour les atteindre (Kok et al., 2011).

Ensuite, les jalons et actions ont été assemblés de façon chronologique et logique sur une frise de backcasting, en partant de 2050 et jusqu’en 2023. La figure ci-dessous présente un exemple de trajectoire
produite lors de ces ateliers, et sa version retravaillée sous forme de cadran.

Exemple de trajectoire de transition construite pendant un atelier prospectif dans le cadre de la prospective Agriculture européenne sans pesticides chimiques en 2050 sous la forme de frise chronologique (en haut) et sa version retravaillée sous forme de cadran (en bas) (Mora et al., 2023)

Agrimonde-Terra : Agriculture européenne sans pesticides chimiques en 2050

INRAE a été saisi par le Programme Prioritaire de Recherche (PPR) « Cultiver et protéger autrement » pour conduire une prospective sur une agriculture européenne sans pesticides chimiques à l’horizon 2050.

© INRAE

Cette prospective mobilise une approche systémique qui relie l’émergence de systèmes agricoles sans pesticides au devenir des systèmes alimentaires, des territoires, de la biodiversité, des politiques publiques et aux conséquences du changement climatique.

Elle a pour objectif de construire des scénarios d’agriculture sans pesticides chimiques pour l’Europe en 2050, en répondant à deux questions.

  1. Quelles pourraient être les différentes formes d’agriculture sans pesticides chimiques en 2050, avec quelles conséquences sur la production, l’usage des terres, le commerce et la biodiversité ?
  2. Quelles pourraient être les différentes trajectoires vers ces formes d’agriculture sans pesticides ?

Guide prospective INRAE : imaginer demain pour agir aujourd’hui

  1. Des projets réalisés par l’INRAE dans le cadre des programmes et équipements prioritaires de recherche français et du programme européen Horizon Europe. ↩︎

Aurore Médieu, Responsable Transition écologique et économie circulaire chez ESS France, répond aux questions Cdurable

Quelles sont les solutions alternatives portées par l’économie sociale et solidaire (ESS) pour transformer nos modèles agricoles et alimentaires, dans la perspective de la neutralité carbone à l’horizon 2050 ? L’ESS, avec ses coopératives, mutuelles et associations, innove sur l’ensemble de la chaîne de valeur alimentaire – production, transformation, distribution, restauration collective, éducation à l’alimentation, et préservation de la biodiversité – et propose des réponses collectives et durables aux grands défis du secteur. Aurore Médieu, Responsable Transition écologique et économie circulaire chez ESS France, a accepté de répondre aux 9 questions essentielles pour Cdurable.

Des réponses collectives et durables aux grands défis agricoles

  • Développement de filières agricoles locales et biologiques et adaptation au changement climatique (semences biologiques, libres de droit et reproductibles, réhabilitation des haies, coopérations entre producteurs et magasins pour sécuriser les producteurs…)
  • Accès à la terre et installation des nouveaux agriculteurs, notamment via des foncières solidaires (Foncière solidaire, Fondation Terre de Liens…)
  • Attractivité du métier d’agriculteur en limitant les impacts sur la vie personnelle avec de nouvelles formes d’organisation collective.
  • Formation et transmission des savoir-faire agricoles en s’appuyant sur des formats « découvertes » permettant la mise en réseau de porteurs de projets et de paysans installés et insertion professionnelle
  • Lutte contre la précarité alimentaire et accompagnement des publics fragiles, avec une attention particulière à l’inclusion sociale et à la santé
  • Structuration de filières alimentaires locales durables grâce à la mutualisation des outils de transformation, de conditionnement et de distribution, permettant ainsi aux producteurs de mieux maîtriser leurs débouchés, de répondre aux besoins alimentaires du territoire et de renforcer la sécurité alimentaire par la coopération entre acteurs locaux.
  • Valorisation locale des biodéchets tout en impliquant les acteurs territoriaux dans la gestion, la prévention et la transformation des déchets organiques en ressources utiles à l’agriculture.

L’agriculture et l’alimentation durables disponibles sur Carteco

L’agriculture et l’alimentation durables disponibles sur Carteco

Carte des initiatives de la transition écologique et solidaire !

Cette carte référence les structures de l’économie sociale et solidaire engagées au cœur des territoires pour accélérer la transition écologique. A ce jour, quatre secteurs d’activité sont référencés :

  1. gestion des ressources et des déchets,
  2. agriculture et alimentation durables,
  3. mobilité responsable
  4. et bâtiment durable.

Scénarios de l’ADEME : comment l’ESS contribue à la neutralité carbone ?

La chambre représentative de l’économie sociale et solidaire a réalisé un livret mettant en lumière les solutions innovantes de l’ESS pour répondre aux scénarios proposés par l’ADEME afin de permettre à la France d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.


Atlas de l’ESS : pour un économie qui transforme notre alimentation

Le rôle joué par les entreprises de l’ESS pour rendre plus durable notre alimentation est fondamental. Il contribue à transformer en profondeur et de façon cohérente l’ensemble de la filière alimentaire.

Ecologique, social et territorialisé, le système alimentaire selon l’ESS recouvre aussi un enjeu démocratique.

L’ESS favorise le développement de l’agriculture biologique, par l’accompagnement à la conversion agroécologique des exploitations, l’aide à l’installation de paysans et par une gestion durable et collective du foncier agricole. Les 250 000 adhérents d’associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP) refondent quant à eux, à l’échelle locale, la relation entre les besoins des consommateurs et ceux des producteurs pour faire de l’alimentation un véritable bien commun.

Alors que l’accès du plus grand nombre à une alimentation durable et de proximité est un enjeu majeur de notre époque, de nombreuses structures de l’ESS organisent des événements au cours du Mois de l’ESS.

En novembre, le Mois de l’ESS c’est le mois des acteurs qui font l’économie sociale et solidaire pour témoigner de ce qu’elle peut apporter à notre société en pleine transition ET le mois de tous les citoyens et citoyennes qui souhaitent découvrir cette économie !

Développer une alimentation circulaire dans les territoires

Les démarches d’économie circulaire qui proposent d’avoir une meilleure utilisation des ressources et de minimiser la production de déchets sont porteuses de solutions pour cheminer vers une alimentation plus vertueuse. Ce livret vise à fournir aux collectivités des exemples concrets, à travers des retours d’expérience de partenariats entre des collectivités et des acteurs de l’ESS, permettant de valoriser des solutions opérationnelles pour développer une alimentation plus circulaire dans leur territoire.

Questions Cdurable à Aurore Médieu

Questions Cdurable !
ou c’est pas durable ?

Au delà des communiqués, qui ne présentent souvent que le « meilleur », et du développement durable, qui ne fait que tenter de réduire les impacts négatifs d‘une croissance volumique, nous nous intéressons aujourd’hui, 20 ans après la création de Cdurable.info, aux questions essentielles. Alors Cdurable ou pas ? 9 questions qui nous invitent à Comprendre pourquoi Agir & Coopérer avec le vivant, Cdurable !

Aurore Médieu, Responsable Transition écologique et économie circulaire chez ESS France

1 – Quelle est la nature de ma relation avec le vivant ?

J’ai grandi dans un petit village, dans une ancienne ferme, et cela a beaucoup influencé mon rapport au vivant et à la nature. J’ai d’ailleurs choisi de réaliser mes études dans le but de contribuer à la préservation des écosystèmes.

J’ai un besoin important de pouvoir passer du temps dans la nature à l’occasion de mes temps de repos, c’est ce qui me ressource le plus.

2 – Quels sont mes besoins et choix d’alimentation ?

L’alimentation est pour moi l’un des moyens importants de prendre soin de ma santé, surtout quand l’on sait que 55% des déterminants de santé sont liés à l’alimentation et à l’habitat. Je réalise la majorité de mes courses alimentaires chez Biocoop, ce qui me permet de répondre à deux engagements importants pour moi :

  • d’une part, consommer des aliments issus d’une agriculture biologique, locale si possible, pour limiter au maximum l’impact sur les écosystèmes,
  • et d’autre part, consommer au sein d’une coopérative qui permet de s’assurer que les bénéfices générés sont principalement réinvestis pour le développement du projet et pour rémunérer au juste prix les paysan·nes.

J’essaie de cuisiner au maximum mes repas, je consomme peu de viande dans mon quotidien à la maison et la privilégie à l’occasion des repas au restaurant. Il n’est cependant pas toujours aisé de respecter ce cadre lors de mes nombreux déplacements professionnels, où je suis souvent dans l’obligation d’acheter des produits préparées.

Trouver un magasin Biocoop

3 – Quel est mon type d’habitat actuel et idéal ?

Je vis actuellement en habitat partagé en plein centre-ville. Cela correspond pour le moment à mon idéal dans la mesure où cela me permet d’avoir un accès facilité à de nombreux services de proximité tout en me déplaçant principalement à vélo ou en transport en commun, cela me coûterait de devoir utiliser la voiture dans mon quotidien. Cela est par ailleurs cohérent pour moi avec les enjeux d’emprise foncière de l’habitat :

l’habitat collectif est un moyen efficace de lutter contre l’artificialisation des sols.

L’habitat partagé, groupé, coopératif, inclusif, participatif est un phénomène apparu dans les années 80 qui remet en cause nos modes de vie individualistes.

4 – Quelle activité physique favorise mon bien-être et ma santé 

Je fais deux entraînements de handball par semaine, en plus des matches, et cela me permet d’avoir une activité physique régulière dans un cadre convivial.

Les activités physiques sont également au cœur de mes vacances : voyages à vélo, randonnées en montagne, etc.

5 – Quels savoirs m’ont permis de comprendre comment agir ?

Ma formation initiale a été déterminante dans mon rapport au monde et aux écosystèmes. J’ai suivi une formation d’ingénieure agronome qui m’a permis de mieux comprendre comment fonctionne le vivant et pourquoi il faut en prendre soin. Mon métier m’amène également à rencontrer un grand nombre de personnes qui contribuent activement à la transition écologique dans les territoires, et qui me permettent de progresser dans ma compréhension technique des différents enjeux.


Podcast « Bâtissons des futurs solidaires«  avec Aurore Médieu, Responsable Transition écologique et économie circulaire chez ESS France

6 – Quel est le sens que je donne à mon travail ?

Mon travail occupe une place importante dans ma vie. En étant responsable des questions de transition écologique au sein d’ESS France, la Chambre française de l’économie sociale et solidaire, j’œuvre à la réalisation de deux de mes convictions les plus importantes :

agir au quotidien pour protéger les écosystèmes et défendre l’intérêt général par des actions de justice sociale.

Transition écologique

7 – Quelle énergie j’utilise pour mes usages et besoins ?

Je me fournis en énergie auprès de la coopérative Enercoop.

Cela me permet d’avoir la garantie de contribuer au développement de projets d’énergies renouvelables locales et à gouvernance partagée. Pour mes déplacements, je n’ai pas de voiture, j’utilise beaucoup le train. En ville, je me déplace principalement à pied ou à vélo, et de façon plus ponctuelle en tram ou bus.

8 – Quelle est mon implication personnelle pour l’intérêt général ?

L’investissement que je mets au quotidien dans mon travail constitue ma principale contribution à l’intérêt général :

soutenir des projets collectifs issus des territoires qui proposent des solutions concrètes de transition écologique pour les habitant·es.

9 – Quels sont mes liens de coopération et ma participation au bien commun ?

De même, mes engagements professionnels m’amènent à travailler de manière systématique dans des cadres de coopération et à agir pour le bien commun en contribuant, à mon petit niveau, à la préservation des écosystèmes en limitant la pression des activités humaines.

10 – Carte blanche : quel est le message essentiel que vous souhaitez faire passer à nos visiteurs ?

Il me semble important de prendre conscience de nos liens d’interdépendance aux écosystèmes : prendre soin de l’environnement, c’est aussi prendre soin de soi et des autres.

Il est urgent d’agir vu les constats des scientifiques, et cela ne doit pas être vécu comme une contrainte car la transition écologique de nos modèles est source de plein d’innovations sociales très enthousiasmantes et qui permettent, entre autres, de recréer beaucoup de lien social à travers des initiatives collectives.

L’humain, la planète, la démocratie : ESS France en action

ESS France, la voix de l’économie sociale et solidaire

Reconnue représentative par la loi du 31 juillet 2014 relative à l’ESS, ESS France fédère les organisations nationales représentant les différentes formes statutaires de l’Économie sociale et solidaire (ESS) ainsi que les Chambres régionales de l’ESS, et les réseaux de l’ESS qui souhaitent s’investir dans ses activités en valorisant son appartenance à ce « mode d’entreprendre et de développement ».

Depuis les territoires, jusqu’à l’échelle européenne et internationale, ESS France contribue, depuis plus de vingt ans, au développement de l’économie sociale et solidaire dans toutes ses dimensions.

Rapport d’activité 2024

Un repas de fête sans viande est-il concevable en France ?

Dans l’imaginaire collectif français, un repas de fête se passe difficilement de viande, perçue comme la pièce centrale sans laquelle le plat apparaît incomplet. À l’heure où les impératifs climatiques nous invitent à réduire notre consommation carnée, il est temps de montrer que le végétal aussi peut être le cœur de la gastronomie.

Notre imaginaire du repas gastronomiques reste très associé, en France, à la présence de viande. Rawpixel.com/Shutterstock

Par Bruno Cardinale de l’Université Le Havre Normandie


Évolution de la consommation d’aliments carnés aux XIXe et XXe siècles en Europe occidentale d’Yvan Lepage
Revue belge de Philologie et d’Histoire

Les Français comptent parmi les plus gros consommateurs de viande au monde. Cette réalité peut sembler surprenante. D’abord, parce que le nombre de flexitariens augmente. Ensuite, parce que les enjeux sanitaires dûs à une consommation excessive de viande ne sont plus ignorés. Enfin, parce que cette habitude semble relativement nouvelle.

Comme le rapportent les historiens de l’alimentation, la tradition culinaire française s’est longtemps appuyée sur les céréales, sur les légumes secs et sur les soupes, la viande restant réservée aux grandes occasions. Nous en consommons en moyenne deux fois plus aujourd’hui qu’en 1920.

Dès lors, comment comprendre cet attachement à la viande, alors même que les discours écologiques se multiplient et que sa consommation diminue en moyenne en France ? Selon les données récentes du ministère de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire, cette baisse s’explique en fait davantage par la hausse des prix des produits carnés que par une véritable préoccupation environnementale ou nutritionnelle.

Pourquoi on mange moins de viande en France
La consommation de viande aurait baissé de 10 % en France depuis les années 2010. Shutterstock

Pour mesurer l’influence encore limitée des politiques publiques sur les pratiques alimentaires, il est particulièrement instructif de pencher sur un objet culturel emblématique : le repas gastronomique des Français, traditionnellement centré sur la viande.

Incarnation de l’art de vivre à la française, ce repas structuré et codifié a été inscrit sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) en 2010. Selon la définition de cette dernière, le patrimoine culturel immatériel est

« traditionnel, contemporain et vivant à la fois : il ne comprend pas seulement les traditions héritées du passé, mais également les pratiques rurales et urbaines contemporaines, propres à divers groupes culturels ».

Manger flexitarien, végétarien ou végétalien sauvera-t’il notre avenir, biodiversité et climat ?

Autrement dit, le repas gastronomique, en tant que pratique vivante, peut lui aussi évoluer face aux enjeux de transition alimentaire. Cette évolution est d’autant plus nécessaire que la gastronomie joue un rôle central dans la transmission des normes alimentaires. C’est souvent à travers ces repas que les enfants apprennent ce qu’est un « vrai bon repas ».

La définition même du repas gastronomique des Français insiste sur cette fonction éducative :

« Des personnes reconnues comme étant des gastronomes, qui possèdent une connaissance approfondie de la tradition et en préservent la mémoire, veillent à la pratique vivante des rites et contribuent ainsi à leur transmission orale et/ou écrite, aux jeunes générations en particulier. »

Dès lors, la diminution globale de la consommation de viande touche-t-elle également ces repas gastronomiques ? Que transmet-on aujourd’hui, implicitement, lors de ces moments qui continuent de structurer l’apprentissage culinaire des plus jeunes ?

Le repas gastronomique, moment de partage résolument carné

Mariage, communion, anniversaire… dès qu’un événement prend une dimension gastronomique, la viande (et en particulier la viande rouge) reste le point d’orgue du repas. Notre étude des représentations sociales, menée auprès de 424 mangeurs, confirme que la viande occupe une place centrale dans l’imaginaire collectif du repas gastronomique.

Sur le terrain, nous avons également observé plus de 18 000 mangeurs lors de 226 repas de mariage. Les chiffres sont éloquents : plus de deux convives sur trois choisissent une viande rouge, principalement du bœuf, qui, à lui seul, pèse presque autant que toutes les autres options réunies. Le poisson additionné aux plats végétariens ne représentent qu’un dixième des choix, tandis que la volaille et le veau assurent une transition limitée. La demande pour les plats végétariens, l’agneau ou le porc demeure marginale, voire inexistante.

Ces constats soulèvent une question centrale : si les moments symboliques de partage sont systématiquement centrés sur la viande, peut-on réellement transmettre à nos enfants une culture alimentaire plus végétale ?

Restauration scolaire : tout savoir sur le menu végétarien hebdomadaire

Bien que les plus jeunes soient sensibilisés aux questions écologiques et qu’ils consomment moins de viande que leurs parents, prescrire un repas végétarien par semaine à la cantine ne suffit pas à optimiser la transition alimentaire.

Transformer les représentations du « vrai repas »

Textures et saveurs de petits pois. Bruno Cardinale, Fourni par l’auteur

Il faut transformer durablement les représentations sociales, en agissant notamment sur le noyau central. Celui-ci désigne les éléments cognitifs les plus stables, les plus partagés et les moins questionnés. Ces idées perçues comme évidentes structurent notre manière de penser ce qu’est, par exemple, un « vrai repas ».

Selon la théorie des représentations sociales, agir sur les éléments les plus visibles et les plus partagés permet de modifier en profondeur les ancrages collectifs.

En tant que modèle normatif à forte valeur symbolique, le repas gastronomique constitue donc un levier stratégique. En transformant ce moment d’exception, on peut potentiellement influencer les pratiques du quotidien.

Dès lors, comment végétaliser davantage le menu gastronomique ?

Pour répondre à cette question, nous avons analysé les cartes de 43 restaurants aux positionnements divers, allant du fast-food au restaurant gastronomique. Notre étude fait émerger sept stratégies mobilisées au sein de diverses formules de restauration et directement transposables au repas gastronomique.

Racines, Restaurant gastronomique végétal

L’imitation

L’une des approches consiste à supprimer les produits animaux normalement présents dans la recette, par exemple le chili sin carne, ou d’en proposer une version pescétarienne, par exemple le cassoulet de poisson), afin de préserver un visuel proche du plat original.

Illusion d’un foie gras. Bruno Cardinale, Fourni par l’auteur

Le cuisinier peut aussi utiliser des substituts très proches de la viande en apparence. Certaines marques, comme Redefine Meat, développent des « viandes végétales » appelées new meats, déjà implantées dans des chaînes comme Hippopotamus.

Sur le site de Redefine Meat, la rubrique « Trouver un restaurant » illustre le déploiement de ces alternatives végétales.

Dans un cadre gastronomique, l’imitation peut prendre des formes plus artisanales, par exemple la création d’un foie gras végétal à partir de produits bruts.

L’expérience

Soupe au pistou. Bruno Cardinale, Fourni par l’auteur

Ici, l’objectif n’est pas de copier la viande, mais de proposer une expérience culinaire végétarienne esthétique et narrative capable de séduire par son originalité et sa mise en scène. Il s’agit, la plupart du temps, d’une stratégie particulièrement prisée des chefs de la restauration gastronomique.

Des établissements comme Culina Hortus ou des recettes comme le célèbre gargouillou de Michel Bras incarnent l’expérience gastronomique végétale, dans une logique d’auteur, artistique, éthique et sensorielle.

La reconversion

Légumes rôtis. Bruno Cardinale, Fourni par l’auteur

Cette stratégie consiste à puiser dans la mémoire culinaire collective, en mobilisant des hors-d’œuvre ou des accompagnements traditionnellement végétariens, comme plats principaux.

On peut par exemple proposer en guise de plat, des ravioles de Royan par essence végétales, une soupe au pistou ou des légumes rôtis.

Dans cette logique de reconversion, il est aussi question d’inverser la proportion de légumes et de viandes dans une recette, comme chez Datil, restaurant étoilé au guide Michelin, où « l’assiette met en valeur le végétal avant tout (fruits et légumes à égalité), agrémenté d’un soupçon de protéines animales ».

La coproduction

Cette méthode repose sur des options de personnalisation, laissant au client la liberté de composer lui-même un plat végétarien selon ses préférences. Elle s’appuie sur un besoin de flexibilité et d’adaptation aux mangeurs dits « combinatoires ».

Tacos végétariens à réaliser soi-même. Bruno Cardinale, Fourni par l’auteur

Ces derniers naviguent entre différents régimes alimentaires (omnivore, flexitarien, végétarien) et souhaitent ajuster leur choix au gré des occasions. Cette approche est largement développée dans de nombreux modèles de restauration : pizzerias, crêperies, bars à tacos, cafétérias ou chaînes de fast-food comme Subway…

Dans ces formats, les clients peuvent librement sélectionner leurs ingrédients, sans nuire à l’organisation du service.

En restauration gastronomique, on pourrait imaginer un service sur chariot, présentant une sélection d’éléments à combiner soi-même, à l’image du traditionnel plateau de fromages.

La coexistence

Il s’agit d’incorporer des alternatives végétariennes dans un menu traditionnellement carné, sans modifier l’identité globale de la marque ni son positionnement historique.

C’est une approche courante dans des enseignes comme Hard Rock Café, Léon ou La Criée, dans lesquelles les propositions végétariennes existent, mais sont souvent diluées dans la carte.

Elles sont généralement intégrées sans rubrique spécifique ni signalétique particulière, et occupent une place marginale dans l’offre globale. Parfois, ces alternatives ne figurent même pas : le convive peut simplement demander la suppression de la viande ou du poisson dans la recette.

Ce type d’adaptation est également fréquent en restauration gastronomique où les menus sont adaptés selon les régimes des mangeurs.

Mais, selon un constat empirique issu de nos observations de terrain, cette pratique reste souvent insatisfaisante. De nombreux végétariens font état de leur frustration lorsqu’on leur sert uniquement les accompagnements des plats carnés, aboutissant à des assiettes peu équilibrées et perçues comme une solution de second choix.

L’engagement

Cette stratégie consiste à faire du végétal un pilier identitaire de la marque, en l’affichant comme une preuve d’engagement éthique.

Ici, le végétal n’est pas une option marginale : il devient une valeur centrale revendiquée. L’enseigne s’adresse directement aux mangeurs militants, soucieux de l’environnement, de leur santé et du bien-être animal. Il s’agit d’une rupture assumée, marquant une position forte en matière de responsabilité sociale.

Des enseignes comme Cojean illustrent bien cette approche, avec plus de 60 % de leur carte consacrée à des plats végétariens ou végétaliens. On retrouve également des propositions engagées chez Paul, qui communique sur le développement d’une offre végétale.

Certains restaurants gastronomiques se positionnent aujourd’hui avec cette stratégie, comme Culina Hortus ou encore Racines.

L’importation

« Importer » consiste à proposer une expérience gastronomique complète, codifiée et légitime, mais issue d’une autre culture que la tradition occidentale. Plutôt que de transformer les plats habituels, elle s’appuie sur des cuisines où la place du végétal est historiquement centrale et socialement valorisée.

Thali. Bruno Cardinale, Fourni par l’auteur

On retrouve cette approche dans les thalis indiens, les bibimbaps coréens, la cuisine macrobiotique japonaise ou encore les mezzés méditerranéens. Ces modèles offrent des repas complets, structurés et socialement reconnus, sans que la viande en soit nécessairement l’élément principal.

Ils permettent finalement de déléguer la légitimité à une culture alimentaire valorisée, et d’éviter aux mangeurs une dissonance cognitive.

En restauration gastronomique, ces plats importés peuvent être sublimés et laisser libre cours à la créativité des chefs.

Des stratégies complémentaires

Ces sept stratégies ne s’excluent pas : elles peuvent coexister et se combiner au sein d’une même offre, d’un même restaurant, voire d’un même repas gastronomique.

L’imitation, l’expérience, la reconversion, la coproduction, la coexistence, l’engagement et l’importation ne sont pas des chemins parallèles, mais des leviers complémentaires que les chefs et les restaurateurs peuvent mobiliser avec créativité et cohérence.

En mélangeant ces approches, il devient possible d’ancrer progressivement de nouvelles représentations sociales, de végétaliser les pratiques sans brusquer les traditions, et surtout de transmettre aux jeunes générations une autre façon de penser le « vrai bon repas ».

Racines, Restaurant gastronomique végétal

Au-delà des enjeux culturels et environnementaux, la dimension économique mérite aussi d’être soulignée. Pour les chefs engagés, l’offre végétale peut devenir un signe distinctif et renforcer leur image auprès d’un public soucieux d’éthique, de nutrition et d’environnement. Pour les grandes enseignes, elle représente un levier de différenciation commerciale et un moyen d’attirer une clientèle plus large.

Enfin, dans un contexte où la viande reste coûteuse, la rentabilité des plats peut être améliorée sans perte de qualité, grâce à l’acte culinaire du chef, qui mobilise son savoir-faire pour valoriser les ingrédients végétaux. Dans les écoles hôtelières, inspecteurs, proviseurs et enseignants, sensibles à la végétalisation, conduisent déjà des actions de formation, organisent des événements et réforment les programmes pour accompagner cette transition.

Bruno Cardinale, Maître de conférences et chercheur en marketing, Université Le Havre Normandie

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


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Pourquoi le vert est-il la couleur de la nature ?

Les couleurs chatoyantes d’un coquelicot ou d’une mésange attirent le regard, mais elles remplissent également d’innombrables fonctions pour le vivant. Dans son récent livre, « Toutes les couleurs de la nature », paru aux éditions Quae, Frédéric Archaux, ingénieur-chercheur à l’Inrae, explore ces questions couleur par couleur. Nous reproduisons ci-dessous le début du chapitre consacré à la couleur verte.

Une grenouille Pelophylax esculentus. Petrpodhajsky / shutterstock

Par Frédéric Archaux de l’Inrae


Images de science : de la chlorophylle là où on ne l’attend pas

S’il ne fallait retenir qu’une seule couleur pour caractériser le vivant, ce serait assurément le vert, celui de la chlorophylle : la vie sur Terre n’aurait certainement pas été aussi florissante sans ce pigment révolutionnaire capable de convertir l’énergie du Soleil en énergie chimique.

Et sans les organismes photosynthétiques, des minuscules bactéries océaniques aux immenses séquoias, quel aurait été le destin des animaux ? Certains d’entre eux hébergent même dans leur propre organisme ces précieux alliés !

Le séquoia de Chine, l’arbre derrière le fossile
Le métaséquoia peut atteindre les 50 mètres de hauteur dans ses stations naturelles. Zauber2011, CC BY-NC-ND

La photosynthèse ? Un « Soleil vert »

Toutes les couleurs de la nature
Frédéric Archaux

Notre appartenance au règne animal et notre régime alimentaire omnivore nous font oublier à quel point pratiquement tout le vivant repose sur un processus clé assuré presque exclusivement par d’autres règnes : la photosynthèse, ou comment convertir l’énergie lumineuse en énergie chimique stockée dans des molécules organiques.

Cette énergie permet ensuite de créer d’autres molécules, parfois très complexes, de faire marcher nos muscles, de maintenir notre température corporelle, etc. Le vert est la couleur par excellence de cette photosynthèse, celle du pigment majeur qui capte et convertit l’énergie lumineuse, la chlorophylle (du grec khloros, vert, et phullon, feuille).

Bien sûr, tous les organismes photosynthétiques ne sont pas verts, car d’autres pigments (non chlorophylliens) peuvent masquer la chlorophylle. Pour ne citer qu’un exemple parmi tant d’autres, la photosynthèse chez les algues rouges repose exclusivement sur la chlorophylle A (la plus répandue sur Terre et sous l’eau), mais ces algues produisent également des carotènes et des protéines (phycobiliprotéines) de couleurs bleue et rouge, qui capturent l’énergie lumineuse puis la transmettent à la chlorophylle.

Il n’y a donc pas une mais des chlorophylles, A, B, C, D et F (sans parler des sous-types cl, c2, c3…), et la liste n’est probablement pas terminée (la forme F a été découverte en 2010). Si la chlorophylle A est universelle, la forme B se retrouve surtout chez des plantes, la C chez des algues brunes, des diatomées et des dinoflagellés, la D et la F chez des cyanobactéries. Si la chlorophylle E manque à l’appel, c’est qu’elle a été extraite en 1966 d’une algue, mais n’a toujours pas été décrite !

Du côté de leur composition chimique, ces molécules sont très proches de l’hème de notre hémoglobine, mais avec plusieurs différences de taille : l’ion métallique piégé est un ion magnésium et non ferrique. Surtout, au lieu de capter l’oxygène atmosphérique, la chlorophylle, elle, en rejette en découpant des molécules d’eau pour récupérer les atomes d’hydrogène.

La chlorophylle ressemble beaucoup à notre hémoglobine, mais elle renferme un atome de magnésium (Mg, au centre) et non de fer. Et ça change tout ! Société chimique de France

La cascade biochimique est particulièrement complexe : la chlorophylle est la pièce maîtresse, parfois présente en plusieurs centaines d’unités, de photosystèmes qui comprennent d’autres molécules par dizaines. La très grande majorité des molécules de chlorophylle absorbent des photons et transmettent cette énergie d’excitation par résonance aux molécules voisines.

Les chlorophylles absorbent les radiations bleue et rouge, réfléchissant le jaune et le vert : voilà l’explication de la couleur des plantes. Les deux pics d’absorption peuvent varier sensiblement selon les types de chlorophylle. De proche en proche, cette énergie parvient jusqu’à une paire de molécules de chlorophylle, dans le centre de réaction du photosystème dont l’ultime fonction est de produire, d’un côté, les protons H+ et, de l’autre, les électrons.

Ces protons ainsi libérés peuvent alors être combinés au dioxyde de carbone (CO2) de l’air et former du glucose, un sucre vital au métabolisme de la plante et de tous les étres vivants. La réaction, qui consomme de l’eau et du CO, relargue comme déchet du dioxygène (O2).

La compétition pour la lumière explique la course au gigantisme des arbres, ces ogres captent jusqu’à 99 % de la lumière quand la canopée est fermée.

Au fond, la conséquence la plus importante de l’apparition de la photosynthèse a été d’accroître de manière considérable la production primaire sur Terre, alors que celle-ci était initialement confinée à proximité des sources hydrothermales produisant du dihydrogène et du sulfure d’hydrogène, la photosynthèse a permis au vivant de se répandre partout à la surface du globe, pourvu que s’y trouvent de la lumière et de l’eau.

La photosynthèse capte près de six fois l’équivalent de la consommation énergétique de toute l’humanité pendant que nous relarguons des quantités invraisemblables de CO, par extraction d’énergies fossiles (35 milliards de tonnes chaque année), les organismes photosynthétiques en stockent entre 100 milliards et 115 milliards de tonnes par an sous forme de biomasse. Le joyeux club des consommateurs de CO2, comprend, outre les cyanobactéries à l’origine de la photosynthèse, d’autres bactéries, les algues et les plantes (par endosymbiose d’une cyanobactérie qui liera entièrement son destin à celui de la cellule eucaryote au fil de l’évolution, donnant naissance aux chloroplastastes).

Pourtant, le rendement de la photosynthèse demeure modeste : de l’ordre de 5 % de l’énergie lumineuse incidente est effectivement transformée en énergie chimique, soit dix fois moins que les meilleurs panneaux photovoltaïques actuels.

Viens voir un petit vert à la maison

D’autres règnes du vivant ont fait de la place à ces organismes, au bénéfice de tous les protagonistes (symbioses) ou parfois au détriment des organismes photosynthétiques. Les lichens, qui comprennent environ 20 % des espèces de champignons connues, prennent des teintes variées, qui vont du gris au jaune, à l’orange, au rouge et au vert. Dans tous les cas, ces organismes qui s’accrochent (le mot « lichen » dérive du grec leikho, lécher) sont des assemblages d’espèces auxquels les scientifiques ne cessent d’ajouter des membres.

Les pigments, de jaune or à rouge, des lichens forment une couche de surface anti-UV dont bénéficie toute la communauté qui constitue le lichen. Mtaylor848/Creative Commons, CC BY

Pendant près de cent quarante ans, on a pensé qu’il s’agissait d’une simple association entre un champignon ascomycète et une algue, avant de découvrir que la colocation pouvait être partagée avec une cyanobactérie chlorophyllienne ou fixatrice d’azote, plusieurs algues, un autre champignon (une levure basidiomycète, l’autre grand embranchement des champignons), ou encore des protistes (des eucaryotes unicellulaires) et des virus.

En résumé, les lichens sont des mini-communautés qui peuvent regrouper trois règnes du vivant, sans compter les virus ! On continue cependant de placer ces communautés au sein des champignons, car seuls ces derniers réalisent une reproduction sexuée. La grande variabilité de la coloration des lichens provient de la résultante entre les pigments exprimés par tous les colocataires.

Quand des animaux volent les chloroplastes des algues

Le règne fongique n’a pas l’exclusivité de l’endosymbiose avec les algues, tel est aussi le cas par exemple des cnidaires.

L’anémone verte vit en symbiose avec des zooxanthelles (des algues) et sert de refuge à de petits crustacés et de petits poissons. Craig D./Flickr, CC BY-SA

On peut citer dans cet embranchement, qui comprend notamment les coraux, l’actinie verte, une anémone que l’on trouve de la Manche à la Méditerranée. Elle héberge dans ses bras verdâtres à pointe rosée des zooxanthelles, des algues photosynthétiques. L’anémone perd sa jolie coloration en l’absence de ses hôtes et dépérit.

Spécimen de mouton de mer Costasiella Kuroshimae. Alif Abdul Rahman, CC BY-SA

Le mouton de mer est une curieuse limace de mer qui présente sur son dos des excroissances fusiformes vertes à pointe rose et jaune, appelées cérates. Cette espèce asiatique, qui mesure moins d’un centimètre, vit à faible profondeur. Elle parvient à ne pas digérer immédiatement les chloroplastes des algues chlorophylliennes qu’elle avale et à les faire migrer vers ses appendices dorsaux. Si le sujet est encore débattu, il semble que ces plastes continuent d’être fonctionnels et de fournir un complément en sucres bienvenu en période de disette.

Ce processus, appelé kleptoplastie (du grec kleptes, voleur), est connu, outre chez ces gastéropodes marins, chez deux autres vers plats et chez divers eucaryotes unicellulaires (certains foraminifères, dinoflagellės, ciliés, alvéolés), chez qui les plastes demeurent fonctionnels une semaine à deux mois après l’ingestion des algues.

Parente américaine de notre salamandre tachetée avec qui elle partage notamment une livrée noire rehaussée de points jaunes (la marque aposématique qu’elle est toxique), la salamandre maculée a noué, elle aussi, un partenariat avec une algue photosynthétique : Oophila amblystomatis.

L’œuf gélatineux dans lequel se développe l’embryon présente une coloration verte causée par la prolifération de l’algue. Il a été démontré expérimentalement que ces algues ont un effet très bénéfique sur la croissance et la survie des embryons de la salamandre, probablement grâce à l’oxygène que libère l’algue tandis que celle-ci bénéficie des déchets azotés produits par le métabolisme de l’embryon. Un véritable cas de symbiose donc.

Salamandre tachetée Ambystoma maculatum. Peter Paplanus, CC BY

Pendant plus d’un siècle, on a pensé que les algues présentes dans les mares fréquentées par l’amphibien colonisaient les œufs, mais l’imagerie de pointe associée à la recherche de l’ADN de l’algue dans les tissus des embryons a révélé une tout autre histoire : les algues envahissent les tissus de l’embryon durant son développement, où elles semblent s’enkyster.

La salamandre adulte continue d’ailleurs de contenir ces algues en vie ralentie, bien qu’en quantité de moins en moins importante avec le temps : on retrouve en particulier dans ses voies reproductrices et les femelles semblent capables de transmettre certaines d’entre elles directement à leurs œufs ! Les scientifiques cherchent encore à comprendre comment un vertébré est parvenu dans son évolution à se laisser envahir par une algue sans provoquer une attaque en règle de son système immunitaire !

Frédéric Archaux, Chercheur, Inrae

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Toutes les couleurs de la nature de Frédéric Archaux aux Éditions Quae

Le loup mal-aimé, les ressorts de la pub d’Intermarché au succès planétaire

En quelques jours, la publicité d’Intermarché a eu un succès viral époustouflant. Un milliard de personnes l’auront regardée. Un tel phénomène conduit à s’interroger sur les raisons de cette réussite, d’autant que l’enseigne, elle, n’est pas présente dans le monde entier ! Quels ressorts intimes ce film a-t-il mis en mouvement ? Il était une faim, ou le récit d’un conte ordinaire par Intermarché…

Le Mal-Aimé, la publicité d’Intermarché, a rencontré un succès mondial aussi fulgurant qu’inattendu. Comment l’expliquer ? Agence Romance pour Intermarché

Par Frédéric Aubrun de l’INSEEC Grande École et Marie-Nathalie Jauffret


Le 6 décembre 2025, les chaînes françaises diffusent une publicité sous la forme d’un conte de Noël relatant l’histoire d’un loup rejeté par les habitants de la forêt. L’animation est accompagnée des paroles de Claude François le Mal-Aimé (1974), et se termine sur le logo de la grande enseigne de distribution française Intermarché avec la signature : « On a tous une bonne raison de commencer à mieux manger. » Le spectateur ne s’y trompe pas : il s’agit bien d’une publicité, doublée d’un discours moralisateur.

Si le format long (2 minutes 30) et le registre émotionnel constituent une formule habituelle de la part d’Intermarché et de son agence partenaire Romance, qui accompagne la marque depuis sept ans, le récit du Mal-Aimé surprend par son parti pris esthétique, alternant des plans en live et une partie animée en 3D, produite par la société montpelliéraine Illogic Studios, un format hybride qui tranche avec les publicités précédentes de l’enseigne.

Intermarché, Le Mal-Aimé.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que l’agence Romance signe un « conte de Noël » pour Intermarché. En 2017 déjà, elle racontait l’histoire d’un petit garçon qui, avec sa grande sœur, cherchait à sauver Noël en apportant des légumes au Père Noël pour que celui-ci puisse passer par la cheminée, le tout porté la chanson de Henri Salvador, J’ai tant rêvé (2003). L’agence Romance a confié qu’elle devait normalement tourner la suite de ce conte avant de finalement produire à la place le Mal-Aimé.

Intermarché, J’ai tant rêvé.

Un conte Made in France sans IA

Le conte du Mal-Aimé intervient dans un contexte bien particulier, marqué par une augmentation des images générées par l’intelligence artificielle (IA). Dernièrement, c’est Coca-Cola qui a sorti un nouveau film d’animation de Noël entièrement conçu par IA avec le studio américain Secret Level. Ce spot dure une minute et met en scène des animaux et les célèbres camions rouges de la marque pour un voyage à travers le monde. Le spot s’achève sur un père Noël inspiré des illustrations de Haddon Sundblom, figure emblématique de l’histoire de la marque.

Coca-Cola | Holidays Are Coming.

Le paysage audiovisuel et publicitaire tend à se modifier par le recours croissant aux images conçues par les intelligences artificielles génératives. Dans ce contexte, le choix d’Intermarché de conserver des techniques traditionnelles qui requièrent la participation d’une soixantaine de personnes est loué par les spectateurs en France comme à l’international.

Comme l’explique le cofondateur d’Illogic Studios Lucas Navarro :

« Pour le faire, c’était important de passer par de vrais artistes très talentueux et non pas de faire appel à l’IA donc, c’est vraiment un choix qu’on a fait. »

La logique du Père Noël en publicité

Ce conte auquel le public adhère va à l’encontre des théories qui présentent le public comme crédule et adhérant à tous les messages marketing. Le sociologue français Baudrillard présente la publicité comme une « logique de la fable et de l’adhésion », c’est-à-dire que les spectateurs veulent y croire, et cette acceptation reliée à l’émotion fait le succès de la publicité (au sens large).

Le Loup d’Intermarché (la suite)

En racontant l’histoire d’un loup mal-aimé qui apprend à manger sainement, Intermarché ne vend pas des légumes, mais propose un véritable conte de Noël aux spectateurs. La publicité en tant que « logique de la fable et de l’adhésion » telle qu’explicitée par Baudrillard bat ici son plein. Personne n’y croit vraiment, et pourtant nous y adhérons tous !

Comme l’explique le sociologue :

« C’est toute l’histoire du Père Noël : les enfants non plus ne s’interrogent guère sur son existence et ne procèdent jamais de cette existence aux cadeaux qu’ils reçoivent comme de la cause à l’effet – la croyance au Père Noël est une fabulation rationalisante. »

La publicité fonctionne en effet sur le même schéma : l’adulte accepte de redevenir un enfant à la vision de cette publicité qu’il reçoit comme un cadeau.

@momo.cooking Je reproduis la tarte du loup de la pub @Intermarché . 🐺 Merci pour cette magnifique leçon de vie et la mise en lumière des bons produits et du bien manger. 🥕🍄‍🟫🥧 COMMENTE RECETTE POUR LA REPRODUIRE CHEZ TOI ! 📃 Recette pâte brisée : 130g de farine 75g de beurre 6g de sucre 2.5g de sel un oeuf GARNITURE : Oignon, poireaux, carottes, champignons de paris #intermarche #publicite #loup #recette ♬ Le mal aimé – Claude François

Le spectateur qui regarde le loup carnivore se transformer en loup végétarien pour se faire des amis devient également complice de cette fable. Et pour garder cette émotion intacte, Intermarché ne montre aucune trace de prix ou d’étiquette, relayant le discours commercial au second plan.

En effet, loin de la réalité quotidienne et des soucis économiques traversés par la France, ce conte de Noël se projette autour du vivre-ensemble. Les rires et les sourires parcourent les personnages différents de ce foyer français dans lequel le feu crépite, non loin d’une table autour de laquelle des adultes, dont une maman soucieuse de son fils qui s’ennuie et un oncle célibataire, apprécient les festivités dînatoires.

Quand le loup entre dans la bergerie

Le loup qui est un louvard (un loup adolescent) s’interroge sur son manque d’amis et les controverses qu’il soulève. Par sa personnalité en effet, le loup représente l’instinct sauvage, les pulsions qui guident le canidé à consommer de la viande et à menacer ses futurs amis jusqu’à les tuer, les sacrifier pour ses propres besoins alimentaires.

Tel un serial killer infiltré dans la société qui doit apprendre à devenir végétarien pour être accepté. Bourdieu parlerait de la violence symbolique quand un changement d’identité est requis pour se fondre dans le groupe. Les spectateurs préfèrent y voir un sens de l’adaptation et le refus d’une violence qui pourrait détruire le groupe social et amical.

Mais le loup reste le malheureux anti-héros de l’histoire. Il est vrai que ce premier niveau de lecture sert à propager l’idée que la violence ne peut être admise dans un groupe social et qu’il est important durant ces festivités d’être soudé malgré les tempéraments de chacun et chacune.

La morale de cette histoire

L’utilisation du symbole de la restriction de la consommation de viande, sert-elle à déculpabiliser une clientèle qui économiquement ne pourra peut-être pas consommer de viande en ces périodes festives au profit du végétal ? Les motivations d’un changement de culture alimentaire peuvent aussi être écologiques (réduction d’eau, d’utilisation des terres, etc.), éthiques (protection animale…) ou exprimer la recherche d’être en meilleure santé.

Pour Noël, on n’exclut personne

Thierry Cotillard, le président du groupement Mousquetaires, qui détient les enseignes Intermarché, a tout de même tenu à clarifier son intention : « C’est pas ça le message. Le message, c’est “on n’exclut personne” […], c’est le vivre-ensemble », et non la promotion du végétarisme. Mais la démarche de l’enseigne est pourtant bien construite autour du « mieux manger », message que l’agence Romance parvient bien à mettre en scène depuis sept ans dans ses publicités.

En se positionnant comme accompagnatrice de ce changement de paradigme alimentaire, Intermarché endosse par là même un rôle de prescripteur moral qui dépasse sa dimension commerciale, rejoignant d’autres éthos de marques. La marque se présente en effet moins comme un distributeur que comme un garant éthique capable de guider ses consommateurs vers des choix plus responsables.

Frédéric Aubrun, Enseignant-chercheur en Marketing digital & Communication au BBA INSEEC – École de Commerce Européenne, INSEEC Grande École et Marie-Nathalie Jauffret, Chercheure – Prof. Communication & Marketing

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


Avec L’ARCHE : PROTOCOLE NOÉ. En route VERS LA RÉGÉNÉRATION DU VIVANT

Les recettes du loup

L’histoire d’un loup qui se met à mieux manger pour se faire des amis. En hiver, il n’y a pas que les belles histoires pour se réchauffer le cœur. Il y a aussi les bons petits plats. Intermarché propose les Recettes du loup pour une Faim de loup ?

Hydrogène vert : un couteau suisse de la décarbonation qui peine à réellement émerger

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L’hydrogène vert ou décarboné revient régulièrement sur le devant de la scène depuis vingt-cinq ans, drainant un flux régulier de capitaux comme le montre le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie, sorti il y a quelques semaines. Comment expliquer que, depuis aussi longtemps, cette énergie et ses technologies associées peinent à décoller, tout en continuant à susciter des investissements ? On parle d’« innovation éternellement émergente » pour désigner ce phénomène paradoxal propre à la transition.

Éternel challenger, l’hydrogène peine encore à s’imposer. Pour comprendre ce phénomène, il faut considérer de façon plus large l’environnement concurrentiel des applications de ce vecteur énergétique, par exemple l’essor des voitures électriques. Shutterstock

Par Valery Michaux, Enseignante chercheuse Neoma Business School


La place de l’hydrogène vert (ou bas carbone) suscite aujourd’hui des controverses plus vives que jamais. Certains ont peur d’une récupération par le secteur des énergies fossiles, qui pourrait être tenté de promouvoir l’hydrogène bleu produit à partir de gaz naturel.

© Stéphane Jungers / Reporterre

D’autres annoncent l’effondrement de cette filière naissante en France.

Il faut dire que le passage brutal à l’électrique des taxis parisiens à hydrogène Hype, lancés en 2015 lors de la COP21, envoie un signal hautement symbolique de la forte déstabilisation des acteurs français de l’hydrogène. Les débats autour du potentiel de cette énergie ne sont pas nouveaux : depuis vingt-cinq ans, l’hydrogène suscite un engouement récurrent et des investissements importants, sans pour autant décoller, son adoption demeurant relativement limitée.

Pourquoi Hype abandonne ses taxis hydrogène à Paris ?

Des innovations qui ne trouvent pas leur public, il y en a beaucoup, mais le cas de l’hydrogène est un peu différent. Nous nous sommes penchés sur le sujet pour tenter de résoudre ce paradoxe qui dure depuis les années 2000, à travers une étude longitudinale socioéconomique sur l’hydrogène.

Transition énergétique et compétition entre technologies vertes
Le cas de l’hydrogène décarboné dans la mobilité
Par Valéry Michaux

Habituellement, les analyses classiques se concentrent sur les caractéristiques de l’innovation en elle-même pour expliquer leur adoption ou non-adoption : dans le cas de l’hydrogène, elles portent sur les technologies liées à la production et la distribution d’hydrogène vert et décarboné, sur leurs caractéristiques (coûts, rendement énergétique, facilité d’utilisation, etc.), sur les effets de réseaux (existence d’infrastructures de production et de stations de rechargement) ou sur les utilisateurs et les consommateurs.

L’originalité de notre recherche qui s’intéresse plus particulièrement à la mobilité, repose sur une autre grille d’analyse : l’approche dite multiniveau, qui resitue les innovations dans un contexte de concurrence avec d’autres technologies répondant aux mêmes besoins, tout en prenant en compte les conséquences des évolutions géopolitiques et sociétales sur les secteurs économiques.

Elle met en outre l’accent sur la façon dont le contexte politique, sociologique et géopolitique est susceptible de créer dans le temps assez de tensions pour déstabiliser les usages des acteurs du secteur.

Les « couleurs » de l’hydrogène, un discours trompeur pour la transition énergétique
Installations de vapocraquage utilisées pour produire de l’hydrogène à partir de méthane. BASF, CC BY-NC-ND

Une « innovation perpétuellement émergente »

Nos résultats montrent un phénomène propre à la transition énergétique que nous avons appelé : « innovations perpétuellement émergentes ». Ce phénomène ne peut être compris qu’en tenant compte de trois éléments distincts fortement corrélés.

  • Tout d’abord, l’analyse d’une innovation verte ne peut faire abstraction des évolutions induites par le contexte géopolitique sur les représentations collectives de ce qu’est la transition énergétique et comment la gérer.
  • Ensuite, ces évolutions transforment le contexte de concurrence et d’arbitrages entre différentes innovations vertes visant à répondre aux mêmes besoins de décarbonation.
  • Enfin, il existe des phénomènes de verrouillage sociotechnique autour de certaines innovations vertes qui viennent encore modifier le contexte de ces concurrences intertechnologiques et influencer à leur tour les arbitrages de tous les acteurs du secteur.

L’hydrogène est un très bon exemple de ces technologies perpétuellement émergentes.

Le mythe d’une voiture qui ne rejette que de l’eau

Comment fonctionnent les voitures à hydrogène ?

Reprenons le cours de son histoire. Jérémy Rifkin, prospectiviste américain, publie en 2003 un ouvrage qui va faire le tour du monde, l’Économie hydrogène.

L’économie hydrogène
Après la fin du pétrole, la nouvelle révolution économique
Jeremy Rifkin, Nicolas Guilhot

Pour faire face à la diminution des ressources en pétrole, explique-t-il, il faudra développer une économie décentralisée fondée sur la production locale d’énergies renouvelables et le stockage de cette énergie intermittente dans l’hydrogène vert.

La représentation collective qui se construit à l’époque autour de ce gaz vert est marquée par le fait que les véhicules électriques à l’hydrogène ne rejettent que de l’eau et que le produire localement diminuera la dépendance de l’occident aux pays pétroliers. Cette vision s’érige en mythe partout dans le monde à mesure que le problème du changement climatique devient central.

Outre ne rejeter que de l’eau, l’hydrogène vert est aussi neutre en carbone.

Cette vision va influencer le développement de l’hydrogène dans la mobilité, d’abord aux États-Unis puis, à partir du début des années 2010, en Europe. Dès 2015, plusieurs régions en France et en Europe lancent des expérimentations locales autour d’écosystèmes hydrogène dédiés à la production et à la mobilité locale.

Développement de la filière hydrogène : quels usages privilégier ? Quels défis surmonter ?
144 experts (industriels, du conseil, administration ou académie) de l’énergie (20 % de spécialistes en efficacité énergétique ; 25 % en multi-énergie ; 12 % en hydrogène ; 16 % en ENR ; 8 % en mobilité ; 5 % en nucléaire ; 3 % en énergies fossiles ; 11 % autre) ont participé à au baromètre de l’énergie sur l’avenir de la filière hydrogène en France. Baromètre du marché de l’énergie — GEM, CC BY-NC-ND

La concurrence de la voiture électrique

Entre 2015 et 2019, on observe une déstabilisation du moteur thermique dans la mobilité et le renforcement de cette vision de la transition très centrée sur les émissions de gaz à effet de serre et la qualité de l’air dans les villes (notamment à la suite du scandale sanitaire du dieselgate).

Dès 2019-2020, l’UE met en place des normes beaucoup plus strictes et les constructeurs sont forcés de s’adapter. Ils se tournent alors vers la seule technologie mature à l’époque : la voiture électrique à batterie. En effet, si l’hydrogène est évoqué de longue date dans le futur de la mobilité, les véhicules à batterie sont dans la course depuis plus longtemps. La troisième génération de batteries est déjà présente, le réseau de recharges, bien que sommaire, existe. Et le carburant – l’électricité – ne pose aucun problème.

La voiture électrique s’est imposée face à la voiture à hydrogène, car les technologies de batteries étaient plus matures au moment où l’Union européenne a légiféré sur la décarbonation des mobilités. Shutterstock

Face à l’hydrogène qui ne possède aucune infrastructure, les jeux sont faits. Les expérimentations en la matière passent au second plan et les territoires hydrogène prennent du retard. En théorie de l’innovation, ce phénomène est connu sous le nom d’effet de verrouillage, qui se crée autour d’une technologie qui devient dominante.

Parc mondial de voitures électriques dans certaines régions, 2010-2022
Remarques : VEB = véhicule électrique à batterie ; VPH = véhicule hybride rechargeable. Le parc de véhicules électriques présenté dans ce graphique concerne les véhicules légers de tourisme. En « Europe », les pays de l’Union européenne, la Norvège et le Royaume-Uni représentent plus de 95 % du parc de véhicules électriques en 2022 ; ce total inclut également l’Islande, Israël, la Suisse et la Turquie. Les principaux marchés de la catégorie « Autres » comprennent l’Australie, le Brésil, le Canada, le Chili, le Mexique, l’Inde, l’Indonésie, le Japon, la Malaisie, la Nouvelle-Zélande, l’Afrique du Sud, la Corée et la Thaïlande. Les données statistiques relatives à Israël sont fournies par les autorités israéliennes compétentes et relèvent de leur responsabilité. L’utilisation de ces données par l’OCDE est sans préjudice du statut du Golan, de Jérusalem-Est et des colonies israéliennes en Cisjordanie au regard du droit international. Source : Analyse de l’AIE basée sur les données communiquées par les pays, ACEA, EAFO, EV Volumes et Marklines.

Entre 2020 et 2022, les experts considèrent toutefois encore l’hydrogène comme une technologie clé dans la mobilité lourde. C’est sans compter sur la vitesse extrêmement rapide des effets de verrouillage. Environ 320 000 camions électriques et 220 modèles étaient en circulation fin 2022 dans le monde : une hausse spectaculaire et totalement inattendue, même par les experts. À titre de comparaison, il n’y avait que 12 modèles de poids lourds hydrogène à pile à combustible disponibles fin 2022 dans le monde.

Le coup de grâce de la guerre en Ukraine

2022 marque aussi le début de la guerre en Ukraine, qui va déclencher une crise énergétique et une flambée de l’inflation qui achèveront de reléguer l’hydrogène au second plan dans la mobilité. Parallèlement, notre vision de la transition évolue beaucoup à cette période. L’énergie devient une ressource précieuse que l’on ne peut plus gaspiller : la philosophie de l’économie circulaire est de plus en plus intégrée.

Or fabriquer de l’hydrogène vert (ou décarboné) à partir d’électricité renouvelable est moins efficace qu’utiliser directement cette électricité, en raison des pertes liées aux rendements de conversion. Face aux limites planétaires, il est impératif de prolonger la durée de vie de nos objets de consommation tout en garantissant leur recyclage complet. Les Allemands saisissent dès 2023 cette opportunité pour imposer une nouvelle vision de l’hydrogène qui permettrait de continuer à utiliser nos bonnes vieilles voitures thermiques.

Carburants de synthèse, biocarburants, kérosène vert… De quoi parle-t-on exactement ?

Lors de la décision finale pour interdire les moteurs thermiques en 2035 à l’échelle européenne, l’Allemagne force les autres pays européens à laisser la porte ouverte : les moteurs thermiques resteront autorisés, à condition d’avoir recours à des e-fuels ou des carburants de synthèse liquides « zéro émission » produits à partir d’hydrogène vert ou décarboné.

Cette décision a pour effet de continuer à déstabiliser la filière hydrogène dans la mobilité car les investisseurs ne savent finalement plus sur quelles technologies hydrogène parier : gaz/pile à combustible ? Liquide/moteur thermique ?

Une solution parmi d’autres

Global Hydrogen Review 2025

Pourtant, cette situation tout à fait originale continue d’expliquer pourquoi partout dans le monde, on maintient un niveau d’investissement dans cette technologie, et pourquoi elle reste perçue comme une solution pour le futur, parmi les autres.

L’hydrogène est un couteau suisse, que l’on peut utiliser pour substituer des matières premières ou des énergies fossiles dans le cadre de nombreux processus industriels, y compris pour fabriquer des fertilisants bas carbone. Le récent rapport de l’Agence internationale de l’énergie montre une progression sans précédent des investissements dans les e-fuels à base d’hydrogène vert ou décarboné.

Il demeure toutefois en concurrence avec d’autres solutions, avec lesquelles il est comparé en matière de coûts financiers et énergétiques, d’impacts environnementaux et de consommation de ressources. Quelles technologies gagneront cette saine rivalité ? Il n’y a pas de bonne réponse, tout dépendra des cas d’usage.

Valery Michaux, Enseignante chercheuse, Neoma Business School

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


L’économie de l’hydrogène, ou quand le rêve de Jules Verne se confronte aux réalités industrielles

L’hydrogène, déjà vanté par Jules Verne en 1875, ne pourra être vraiment « vert » que s’il est produit à partir de renouvelables. Le premier enjeu de la révolution de l’hydrogène consiste donc à basculer vers une production non carbonée, et ceci à l’échelle industrielle.

Et si la biodiversité devenait un véritable levier de performance pour la ville ?

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La biodiversité peut-elle devenir un véritable levier de performance pour la ville ? Les Contrats de Performance Biodiversité (CPB), développés par CDC Biodiversité, apportent une réponse concrète à cet enjeu en 6 étapes, avec une solution opérationnelle pour renforcer durablement la biodiversité en milieu urbain, au service des territoires et de leurs usagers.

Le Contrat de Performance Biodiversité (CPB)

Le Contrat de Performance Biodiversité est une offre de services destinée aux propriétaires et/ou gestionnaires d’espaces extérieurs privés comme publics. Il permet de développer la biodiversité et le bien être des usagers

Développé par CDC Biodiversité, le Contrat de Performance Biodiversité (CPB) repose sur une approche globale et de long terme :

  • des objectifs écologiques et sociaux co-définis, dans un cadre budgétaire maîtrisé ;
  • un plan d’actions co-construit, déployé sur plusieurs années ;
  • des indicateurs de suivi pour mesurer l’évolution réelle de la biodiversité ;
  • une gestion frugale, adaptée aux contextes écologiques locaux ;
  • et un accompagnement des équipes, via des ateliers de sensibilisation, pour ancrer durablement les bonnes pratiques.

Les 6 étapes du Contrat de Performance Biodiversité

  • ÉTAPE 1 : Réaliser un diagnostic écologique du site et analyser les usages.
  • ÉTAPE 2 : Définir des objectifs et des indicateurs écologiques, économiques et sociaux.
  • ÉTAPE 3 : Élaborer un plan d’actions qui mobilise les Solutions fondées sur la Nature (SfN)
  • ÉTAPE 4 : Réaliser les aménagements et travaux de génie écologique.
  • ÉTAPE 5 : Former les gestionnaires et mettre en œuvre les actions d’entretien sur le long terme.
  • ÉTAPE 6 : Relever et analyser les indicateurs de suivi pour évaluer l’atteinte des objectifs.

Exemple : Suivi des indicateurs de CPB sur 3 parcs d’activités d’Icade


Retour d’expérience : podcast Virage(s)

Avec Josephine Brune, responsable transition environnementale à la direction RSE d’Icade

Joséphine Brune, Responsable transition environnementale ICADE

Renaturation, de la contrainte à l’opportunité : désartificialiser pour mieux valoriser son patrimoine

Nos villes ont chaud, elles respirent mal, cherchent de l’ombre, de la fraîcheur et de la vie. Nous avons parfois oublié de les regarder comme des organismes vivants, faits de sol, d’eau, d’arbres et d’espèces avec lesquelles nous devons mieux cohabiter, sous peine de ne plus pouvoir habiter nos propres cités. À la pointe de cette renaturation, la foncière Icade a été la première à signer un contrat de performance biodiversité avec CDC Biodiversité, un engagement fort pour rendre de la place à la nature au cœur de trois grands parcs d’affaires du nord-est parisien.

Mais comment concilier performance économique et reconquête écologique ? Comment renaturer des hectares de sols artificialisés sans perdre de vue les réalités d’une foncière ? Réponse avec Joséphine Brune, responsable transition environnementale à la direction RSE du groupe Icade qui nous emmène à Aubervilliers au parc des portes de Paris pour nous raconter sa métamorphose.

Journée nationale de la résilience (JNR) et de la préparation aux risques

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La Journée nationale de la résilience (JNR) est une initiative gouvernementale visant à diffuser, à l’ensemble de la société, une véritable culture de la résilience et de la préparation aux risques. Inscrite dans la loi depuis 2023, elle consacre le principe du citoyen acteur de sa propre sécurité.

Un an après le passage du cyclone Chido, la France a été, une nouvelle fois, éprouvée par des crises de grande ampleur (tempête Garance, épisodes d’inondations intenses, feux de forêt dans l’Aude, événements météorologiques d’une fréquence inédite…).

Faire de la résilience un réflexe citoyen, pour que celui-ci devienne acteur de sa propre sécurité.

Qu’est-ce que la « Journée nationale de la résilience » ?

La Journée nationale de la résilience vise à sensibiliser, informer et acculturer tous les citoyens aux risques qui les environnent, dans une logique d’exercices pratiques. L’objectif est que chacun connaisse les bons comportements à adopter en cas de catastrophe naturelle ou technologique.

L’ambition est de s’informer, de savoir réagir, et de savoir se protéger.

L’adaptation des territoires aux risques naturels accentués par le changement climatique (cyclones, feux de forêt, variabilité des précipitations, …), ainsi qu’au risque de séisme ou d’éruption volcanique est une nécessité qui impose que leurs habitants connaissent mieux ces phénomènes. Par ailleurs, il est également important d’informer les citoyens sur les risques associés aux activités industrielles.

Journée internationale pour la réduction des risques de catastrophes

Portée par le ministère de la transition écologique, le ministère de l’intérieur et le ministère des Outre-mer, cette journée a vocation à se déployer sur l’ensemble du territoire national. Elle vise la mobilisation de l’ensemble des parties prenantes : employeurs, élus et collectivités territoriales, établissements d’enseignement, opérateurs publics, associations, experts et spécialistes chargés de la prévention et de la gestion des catastrophes, médias et, au-delà, l’ensemble des citoyens.

Connaître les risques près de chez soi

Une cérémonie pour mettre à l’honneur les acteurs de la résilience

Le 19 décembre 2025, à l’Hôtel de Beauvau, le ministère de l’Intérieur et le ministère de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature ont récompensé les projets les plus remarquables portés dans le cadre de la Journée Nationale de la Résilience (JNR).

Cérémonie nationale des prix de la résilience
19 décembre 2025, à l’Hôtel de Beauvau

Ces prix, nationaux, thématiques et territoriaux, distinguent des actions innovantes portées par des collectivités, des associations, des entreprises, des établissements scolaires, des acteurs du secours, des services de l’État…, qui contribuent à ancrer durablement dans les territoires une culture du risque

Avec plus de 15 000 actions menées cette année sur l’ensemble du territoire hexagonal et ultramarin, la JNR confirme sa montée en puissance et l’engagement croissant de la société française.
Les initiatives sont consultables sur carte-jnr.fr

Renforcer une culture durable de la prévention

La résilience se construit dans le temps long : elle suppose de connaître les risques, de s’y préparer et de s’adapter en tirant les leçons de chaque crise. Dispositif interministériel coordonné par le ministère de l’Intérieur, la JNR incarne la convergence entre l’action publique, la mobilisation associative, l’engagement des entreprises et la participation citoyenne

L’eau en 2050 : comprendre les enjeux d’un choc hydrique pour nos territoires et nos écosystèmes

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2050, le choc hydrique ? Sauf transformation radicale des usages, la majeure partie du territoire français pourrait être sous tension hydrique dès 2050, menaçant à la fois les écosystèmes et nos usages quotidiens (agriculture, industrie, eau potable). La Note d’analyse et le replay de la Webconférence du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan sur les graves tensions à venir sur les écosystèmes et les usages de l’eau.

L’eau en 2050 : comprendre les enjeux pour nos territoires et nos écosystèmes

Dans le prolongement de travaux sur la demande en eau à l’horizon 2050, le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan a proposé une webconférence pour présenter les principaux enseignements de ces études et les mettre en débat, en présence d’experts.

Ils identifient, à l’échelle de la France, découpée en quarante bassins versants, les périodes de l’année au cours desquelles des tensions sur la ressource en eau de surface pourraient apparaître, c’est-à-dire lorsque les besoins environnementaux ou la demande humaine en eau ne sont pas satisfaits.

Webconférence « 2050 : le choc hydrique ? »

Au programme :

  • 🔹 Quelles sont les conséquences du changement climatique sur le cycle de l’eau ?
  • 🔹 Comment les écosystèmes sont-ils affectés ?
  • 🔹 Doit-on prévoir une augmentation des tensions entre les différents usages (activités agricoles, activités industrielles, usages domestiques, etc.) ?
  • 🔹 Quels efforts de sobriété s’imposent dès lors ?

En présence notamment de :

Hélène Arambourou, adjointe au directeur du département Environnement au Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan et coordinatrice de la note ;
Florence Habets, hydroclimatologue, directrice de recherche au CNRS et professeure attachée à l’ENS ;
Simon PORCHER, professeur à l’université Paris Dauphine PSL et auteur de l’ouvrage « La fin de l’eau » ? (Fayard, 2024).

Les débats sont animés par Simon FERRIERE, chef de projet au sein du département Environnement au HCSP et co-auteur de la note.

Note d’analyse « L’eau en 2050 : graves tensions sur les écosystèmes et les usages »

A propos du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan

Le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan contribue à l’action publique par ses analyses et ses propositions. Il éclaire les choix collectifs sur les enjeux démographiques, économiques, sociaux, environnementaux, sanitaires, technologiques et culturels, dans un cadre national et européen.

www.strategie-plan.gouv.fr

Les engagements pris en faveur de la transition écologique d’un sport français plus responsable et durable

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L’année 2025 a été charnière pour consolider les engagements pris en faveur d’un sport plus responsable et durable, en capitalisant sur l’héritage des Jeux Olympiques et Paralympiques (JOP) de Paris 2024. Le sport, moteur d’inspiration, doit montrer l’exemple pour protéger la planète et son avenir. Pour accélérer la transition écologique du sport, bilan des actions et priorités du ministère des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative.

Les moments clés vers un sport sobre et résilient

Renforcer l’écoresponsabilité des acteurs du sport

Parce qu’il touche des millions de pratiquants et passionne le grand public, le sport a un rôle clé pour entraîner la société vers la sobriété énergétique et montrer que performance et responsabilité peuvent aller de pair.

Au centre de plusieurs enjeux et facteurs de développement, le sport et les investissements qui en découlent sont des atouts essentiels pour atteindre les objectifs de développement durable (ODD). Il s’agit en France comme à l’étranger :

  • De comprendre les impacts du sport sur les ODD et plus particulièrement sur l’environnement ;
  • De partager les bonnes pratiques d’écoresponsabilité de l’écosystème sportif ;
  • D’accompagner les acteurs de l’écosystème sportif pour accélérer leur transition écologique.

Tendre vers un sport plus sobre en ressources

La consommation énergétique du sport

Selon les données du service statistique du ministère de la transition énergétique, la consommation énergétique du secteur des activités sportives, récréatives et de loisirs se sont élevées à 11,95TWh en 2019, soit environ 1 % des consommations de toutes les activités économiques. Le chauffage et l’éclairage constituent les deux principaux postes de consommation énergétique dans le sport, pesant respectivement 43 % et 18 %.

Adapter les pratiques sportives au changement climatique

Le plan national d’adaptation des pratiques sportives au changement climatique 2024-2030 liste les effets du changement climatique sur le sport et 30 mesures à mettre en place d’ici 2030.

Un plan national d’adaptation des pratiques sportives au changement climatique

En décembre 2024, le ministère en charge des sports publiait son premier plan national d’adaptation des pratiques sportives au changement climatique (PNACC sport). Ce plan constitue la contribution du Sport au PNACC3 publié par le ministère en charge de la transition écologique.

Fruit d’un travail collaboratif avec l’ensemble des acteurs du sport de près de deux ans, ce rapport offre un panorama de l’ensemble des conséquences du changement climatique sur le sport et liste 30 mesures d’adaptation, dont 6 principales. Il s’agit de préparer et permettre une adaptation des pratiques sportives conformément à la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC).



Bilan 2025 des actions Sport & Développement durable

Le ministère se félicite de l’impact de ses programmes éducatifs, notamment le dispositif Savoir Rouler à Vélo, qui a permis de former 260 000 enfants de 6 à 11 ans en 2025. Ce succès est le fruit d’un travail interministériel (Sports, Éducation nationale et Transition écologique), du niveau central aux services déconcentrés, et concerté avec les acteurs du sport.

La transition écologique a structuré les actions politiques et réglementaires.

Le 1er janvier 2025 a marqué l’entrée en vigueur de la Loi Labbé interdisant l’usage des produits phytopharmaceutiques sur les pelouses sportives. Afin d’accompagner la filière vers une trajectoire de réduction de l’usage de ces produits, des usages restent autorisés par l’arrêté du 10 janvier 2025, et une feuille de route vers le 0% de phyto est en cours de finalisation avec les gestionnaires de terrains et les acteurs du sport.

En matière d’adaptation au changement climatique, des avancées majeures ont eu lieu. Le premier COPIL du Plan national d’adaptation des pratiques sportives au changement climatique (PNACC sport) s’est tenu en 2025 pour déterminer les pilotes et enclencher les premières mesures, dont l’étude de vulnérabilité et la conception d’un programme de sensibilisation et de formation des décideurs du sport.

Le pôle ressources a élargi son périmètre aux enjeux de la transition écologique et se nomme désormais le « Pole ressources national transition écologique et sports de nature (PRNTESN)« .

L’accompagnement de la filière dans la réduction de son empreinte carbone a été renforcé. Le site COACH CLIMAT évènements, héritage direct de Paris 2024, a permis d’accompagner 465 évènements en 2025. Parmi ces événements, 357 ont réalisé une estimation de leur empreinte carbone totale et un gain carbone médian de 13% a été enregistré grâce aux actions planifiées.

Pour aider concrètement les organisateurs, une nouvelle boîte à outils « Évènements sportifs écoresponsables » a été publiée, offrant plus de 400 ressources organisées autour de 17 thématiques clés, comme la mobilité et l’inclusion. Ce travail est également le fruit de l’héritage des JOP Paris 2024.

L’engagement des acteurs est aujourd’hui massif. Sur 124 fédérations et ligues de sport professionnel, 88 Chartes des 15 engagements écoresponsables des fédérations et des ligues de sport professionnel (sièges) ont été signées, et 47 plans d’actions transmis. De même, les 22 directeurs d’établissements du sport ont unanimement signé la nouvelle stratégie « Responsabilité Sociétale et Environnementale » 2025-2028.

Cet élan collectif se manifeste également par des travaux sur la sobriété hydrique, avec la publication en avril 2025 du Plan de sobriété hydrique des acteurs du tourisme, co-construit avec la DGE, Domaine Skiable de France, la Fédération Française de Golf et l’Union Sport et Cycles.


Les réalisations de 2025 confirment que le sport français est un moteur essentiel de la transition. L’infographie ci-dessous illustre les succès et les orientations qui guideront l’action future, notamment le déploiement du programme « MOB’SPORT» à partir de 2026 et la maintenance d’Optimouv.

Une alliance entre technologie citoyenne et défense du “Made in France” pour lutter contre le francolavage

Derrière les drapeaux bleu-blanc-rouge et le slogan évoquant le “Made in France” se cache parfois une autre réalité. Le francolavage – ou french washing – désigne les pratiques marketing qui entretiennent la confusion entre création française et fabrication réelle, trompant le consommateur et dévalorisant le travail des entreprises qui produisent vraiment en France. Face à la montée de ces pratiques trompeuses, la Fédération Indépendante du Made in France (FIMIF) et l’application Better Things ont décidé d’unir leurs forces avec un partenariat stratégique pour renforcer la vigilance citoyenne et offrir un dispositif de signalement simple et digital directement intégré à l’application Better Things.

Stop au francolavage et défense du réel « Made in France »

« Une avancée majeure pour la protection des consommateurs et la défense du véritable fabriqué en France »

Grâce à ce partenariat, les utilisateurs de Better Things pourront désormais signaler simplement et rapidement les cas suspects de francolavage.

Ces signalements seront automatiquement transmis à la FIMIF, qui poursuivra ses missions de traitement, de vérification et de plaidoyer auprès des instances compétentes.Ce nouveau canal d’alerte s’inscrit dans la volonté commune des deux partenaires d’agir concrètement contre toute utilisation abusive de l’argument “fabriqué en France”.

Éric Florin, Président de la FIMIF

« Cette collaboration est une avancée majeure pour la protection des consommateurs et la défense du véritable fabriqué en France »

« La synergie entre nos expertises renforcera l’impact de notre action et élargira la portée de nos outils d’action citoyenne. »

Éric Florin, Président de la FIMIF
Stéphane Devulder, fondateur de Better Things

« Mettre la technologie au service de causes d’intérêt général fait partie de notre ADN. Intégrer le dispositif de signalement du francolavage dans Better Things, c’est offrir un levier concret à chaque citoyen pour soutenir une consommation plus transparente et responsable. »

Stéphane Devulder, fondateur de Better Things

Alliance entre expertise institutionnelle et technologie citoyenne

Expertise institutionnelle : la FIMIF

Créée en 2015, la FIMIF est un acteur de référence pour la promotion et la défense du Made in France. Elle œuvre depuis plusieurs années à dénoncer le francolavage, notamment à travers une étude de référence publiée en 2021, et a mis en place un canal d’alerte vers la DGCCRF pour permettre aux citoyens de signaler les dérives constatées sur le terrain.

« Mettre la technologie au service de causes d’intérêt général fait partie de notre ADN.»

Technologie citoyenne : Better Things

De son côté, Better Things, lancée en 2025 par Stéphane Devulder, est une application mobile qui permet, en un scan, d’identifier le pays d’origine d’un produit non alimentaire, de comprendre le contexte social et environnemental du pays concerné, et d’interpeller anonymement les marques pour encourager la transparence.

Son objectif : rendre visible une information souvent introuvable en magasin et donner aux consommateurs un levier d’action simple et concret.

Cette alliance illustre la complémentarité entre un acteur de terrain reconnu et une technologie citoyenne engagée pour la transparence.

La mise en service du dispositif “Alerte francolavage”, remonte au 8 novembre 2025, lors de la signature publique du partenariat sur le stand FIMIF au Salon du Made in France (Paris Expo – Porte de Versailles).

Better Things, une application pour agir et consommer responsable

Et si un simple scan suffisait à :

  • Identifier l’origine d’un produit non-alimentaire
  • Découvrir le contexte écologique et social du pays d’origine
  • Faire entendre votre voix directement auprès des marques ?

C’est ce que propose Better Things, l’application indépendante française, disponible sur Android et iOS. Un projet 100 % citoyen, sans culpabilisation, mais avec un objectif clair :

Redonner du pouvoir aux consommateurs face aux grandes marques.

Informer pour changer

Cette application est un outil d’information et surtout d’action pour construire la consommation responsable de demain. C’est aussi un accélérateur pour améliorer la transparence sur l’origine des produits.

Via l’application Better Things, vous faites entendre votre voix auprès des marques. Vous pouvez aussi proposer des alternatives plus responsables.

  1. S’informer
  2. Agir
  3. Changer

Ensemble, construisons une consommation qui respecte davantage notre planète.

L’utiliser c’est déjà agir

Comment cela fonctionne ? Chez vous ou en magasin, transformez vos habitudes en 3 étapes.

  1. Identifier : Scannez un code-barres pour ajouter ou évaluer un produit.
  2. Évaluer : Consultez le Better Score pour comprendre le contexte écologique et social dans le pays d’origine.
  3. S’exprimer : Partagez votre avis avec les marques. Votre voix porte !

Le sujet de Better Things est en priorité le non-alimentaire. Il reste tellement à faire pour développer le « consommer local ».

Plus nous sommes nombreux à nous exprimer, plus nous renforçons le mouvement pour une consommation plus durable et responsable.

La mairie est à vous ! Avec les listes citoyennes et participatives pour reprendre le pouvoir dans vos communes et le partager …

74% des Français•es ne veulent plus des partis à la tête des communes, selon un sondage Ifop1. Alors que la démocratie représentative traverse une crise de confiance profonde, plus de 60 communes en France ont choisi une autre voie depuis les élections municipales de 2020 : celle d’une démocratie locale vivante, partagée et transformatrice. Le rapport « Prendre le pouvoir pour le partager », porté par la coopérative Fréquence Commune, documente cette aventure collective et inédite, marquée par la montée en puissance d’une alternative politique locale fondée sur une démocratie plus directe et délibérative, bien au-delà de la simple participation citoyenne.

Quels résultats pour les Listes Citoyennes et Participatives aux Municipales 2026 ?

159 communes remportées :
deux fois plus de listes citoyennes gagnantes par rapport à 2020 !

L’issue du second tour des élections municipales 2026 marque une étape de consolidation pour les listes citoyennes et participatives (LCP). Avec 159 listes citoyennes et participatives élues en France (contre 66 en 2020, soit plus de deux fois plus), ces démarches confirment leur capacité à s’installer durablement dans le paysage politique français. 

Ces 2 640 élus majoritaires bénéficient d’une légitimité forte, illustrée par un taux de participation de 64,5 % dans les communes où les listes citoyennes et participatives l’ont emporté.

Les enjeux de la transformation politique et démocratique sont énormes dans un contexte qui s’illustre par une violence sociale et politique, un environnement médiatique et politique qui s’organise autour des idées portées par la droite et l’extrême droite, la peur, une vie politique qui favorise les partis politiques, l’élitisme, parfois le clientélisme, qui disqualifie l’écologie et les femmes, et qui ne condamne pas encore assez le racisme et les discriminations. Il s’agit d’une bataille culturelle profonde qui se joue dans le temps long.  Malgré ces vents contraires, près de 159 communes participatives sont élues en mars 2026, c’est plus du double par rapport à 2020 et cela est en partie lié à l’héritage des communes pionnières élues en 2020. 

 Ces victoires ne sont plus des exceptions, mais le signe d’une transformation de fond qui s’incarne à travers une nouveau paysage municipal de villages et des villes participatives à découvrir parmi lesquelles : Vaour, Le Bourget-du-Lac, Plessé, La Montagne, Saint-André-lez-Lille, Crest, Plaisance-du-Touch, Penne, La Roche-sur-Foron, Castanet Tolosan, Notre-Dame-des-Landes, etc.

Municipales 2026 : 74% des Français•es ne veulent plus des partis à la tête des communes

À un peu plus de deux mois du scrutin municipal, un sondage Ifop1 réalisé pour Fréquence Commune met en lumière une aspiration nette et majoritaire des Français à un profond renouvellement de la démocratie locale. Quatre enseignements majeurs se dégagent.

Des citoyens sans étiquette partisane plébiscités pour gérer la commune

Lorsqu’ils sont interrogés sur les profils jugés les plus aptes à gérer leur commune et à répondre aux besoins locaux, les Français expriment une préférence claire :

74 % estiment que les élus municipaux devraient être issus de la société civile et non membres d’un parti politique.

2/3 des Français•es souhaitent une liste citoyenne et participative dans sa commune en 2026

Cette aspiration au renouvellement se traduit très concrètement dans le regard porté sur les élections municipales à venir.

66 % des Français souhaitent qu’une liste citoyenne et participative se présente dans leur commune en 2026, soit plus de 30 millions de personnes à l’échelle nationale.

La préférence des candidats potentiels pour les listes citoyennes et participatives

Lorsqu’il s’agit de s’engager personnellement, la dynamique est encore plus nette. Parmi les Français qui envisagent de se présenter aux élections municipales, les 3/4 (75 %) déclarent qu’ils le feraient dans une liste citoyenne et participative, plutôt que sur une liste portée par un parti politique.

Les Français·es veulent tourner la page d’un fonctionnement municipal trop vertical

Au-delà des profils et des listes, le sondage révèle également une remise en question profonde du modèle représentatif traditionnel à l’échelle municipale. Près de 3/4 des Français (74 %) estiment que le fonctionnement actuel de la démocratie locale n’est plus satisfaisant et souhaitent une implication beaucoup plus forte des citoyennes et citoyens dans les décisions municipales.

La vague des nouvelles listes citoyennes est lancée

Ce sondage confirme une aspiration profonde : les Français veulent reprendre la main sur leurs communes. Ils souhaitent des élus issus de la société civile, une politique locale et une gouvernance plus ouverte, plus partagée et tournée vers les sujets concrets. C’est exactement la vocation des listes citoyennes participatives.

Fréquence Commune a déjà inventorié 470 listes citoyennes participatives pour les municipales de 2026 et anticipe d’en compter près de 1 000 d’ici le 15 mars 2026. Le mouvement continue, partout en France, la relève est là pour assurer un nouveau mandat et pousser toujours plus loin la démocratie locale.

Accéder aux résultats détaillés de l’IFOP ->

Prendre le pouvoir pour le partager

Expériences et apprentissages des communes participatives 2020-2026

Fruit de plus d’un an d’enquête de terrain, plus de 100 entretiens individuels et d’une immersion dans la réalité de 21 communes participatives, ce rapport de 290 pages donne à voir les pratiques, les défis et les apprentissages de celles et ceux qui, à l’échelle municipale, ont tenté de faire de la politique autrement.

Ce rapport propose une analyse dense de 21 communes (grandes et petites) qui ont tenté, parfois avec audace, de réinventer l’action publique locale. Assemblées citoyennes décisionnaires, conseils municipaux élargis à des non-élu.e.s, réorganisations internes plus horizontales, décisions collectives sur la fiscalité locale, l’aménagement urbain ou encore la sécurité alimentaire : autant d’expérimentations concrètes, parfois radicales, dont ce rapport tire les enseignements – sans occulter les échecs, les limites ni les tensions rencontrées.

Résumé exécutif

Ce rapport est écrit par Élisabeth Dau, spécialiste des dynamiques démocratiques locales et du municipalisme depuis 15 ans, Léa Legras et Cléa Fache, toutes deux chargées d’étude au sein de la coopérative Fréquence Commune. Ces dernières ont co-fondé le projet Climate Change – Commons and Radical Democracy in Europe, un tour d’Europe de 4 mois pour aller à la rencontre d’acteur·rices sur la démocratie locale et les communs.

Réparer la démocratie depuis les territoires

Ces communes – de Vaour (328 habitant.e.s dans le Tarn) à Poitiers (90 240 habitant.e.s dans la Vienne) – ont transformé leurs institutions : gouvernance partagée, implication directe des habitant·es, expérimentations démocratiques ambitieuses, redistribution du pouvoir jusque dans les services municipaux. Elles se confrontent aussi aux limites du cadre légal, aux tensions politiques et aux défis d’une intercommunalité souvent opaque.

La démocratie locale réinventée par les communes participatives

Pourquoi lancer une liste citoyenne et participative ?
Pour prendre le pouvoir et le partager !

Cartographie des communes et des collectifs participatifs

Des territoires en résistance et qui prennent soin

Dans un contexte de montée de l’extrême droite, de précarité accrue et de violences politiques, ces communes s’affirment comme des digues démocratiques. Elles réinventent le rôle des élu·es, « féministisent » et « dépatriarcalisent » la vie politique, défendent les libertés associatives et posent les bases de villes et villages-refuges.

25 fiches pour inspirer les dynamiques collectives, pour promouvoir la démocratie locale

Mettre en œuvre la parité sociale en politique

L’idée centrale de la parité sociale, c’est simplement représenter la société telle qu’elle est

Le principe est simple : une démocratie représentative fonctionne mieux quand les personnes qui décident ressemblent à celles qu’elles représentent. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas : les classes supérieures occupent l’essentiel des positions politiques. Lors des municipales par exemple, les catégories populaires ne représentent que 21% des élues3, ce qui est deux fois moins que leur part dans la population ! A l’image de la parité femmes-hommes, la parité sociale propose des méthodes concrètes (recrutement, composition de liste, etc.) pour corriger cet écart. Objectif : une politique plus juste, plus efficace et plus crédible.

La parité sociale est un enjeu central pour les municipales à venir. Les listes citoyennes participatives (LCP) offrent une opportunité unique : remettre les habitant·es au centre de la politique locale, en valorisant la diversité des expériences et des parcours. L’absence de parité sociale dans les instances décisionnelles renforce les écarts et éloigne les citoyennes de la politique, tandis qu’une représentation plus équilibrée favorise la justice démocratique et la confiance collective, et tout particulièrement à l’échelle communale.

Cette notion de parité sociale peut faire émerger des émotions fortes — confrontation, sentiment d’injustice, culpabilité, réactions défensives ou malaise. L’objectif n’est pas de juger ni, d’assigner des rôles, mais de prendre conscience, pour soi et autrui, de l’effet des privilèges et des obstacles structurels vécus par certaines tranches de personnes. Elle doit donc être abordée avec soin.

Féministiser la politique : une autre manière d’exercer le pouvoir

Le rapport met en lumière une ambition forte portée par de nombreuses communes participatives : féministiser la politique. Il ne s’agit pas seulement d’augmenter la présence des femmes en politique, mais de transformer en profondeur les pratiques du pouvoir.

Coopération, horizontalité, soin des individus et du collectif : ces principes, inspirés des luttes féministes, guident une nouvelle manière de gouverner. En intégrant les personnes minorisées, en prenant en compte les inégalités systémiques et en valorisant des formes d’organisation non patriarcales, ces communes expérimentent une démocratie plus inclusive, plus juste et profondément transformatrice.

Reprendre la main sur les ressources locales

Face aux urgences sociales, écologiques et économiques, les communes participatives ont aussi entrepris de se réapproprier les ressources de leurs territoires : eau, alimentation, terres agricoles, énergie, forêts ou patrimoine local.

Leur objectif : absorber les chocs, garantir un accès équitable, développer une économie locale et solidaire, et renforcer l’autonomie collective.

Ces initiatives s’accompagnent de pratiques démocratiques innovantes, pour politiser les arbitrages nécessaires en temps de restrictions budgétaires.

Plutôt que de décider seul.e.s dans l’urgence, les élu·es impliquent les habitant·es dans les choix cruciaux pour préserver les services publics et construire des communs durables.


La Boussole Démocratique

Le guide « La mairie est à VOUS » contient l’ensemble des fiches outils développées par le réseau Actions Communes, pour inspirer les dynamiques collectives et pour promouvoir la démocratie locale. C’est un outil à destination des listes citoyennes et participatives, en vue des élections municipales 2026.


Ces politiques locales ouvrent des voies concrètes vers des territoires plus justes, résilients et souverains.

Un souffle pour 2026

Ce rapport n’est ni un manuel, ni une évaluation. C’est une invitation à apprendre, s’inspirer, se relier. Dans une période où nous glissons tous les jours un peu plus dans une nuit démocratique, il montre que d’autres voies sont possibles.

Tous·tes ces élu·es, ces agent·es et ces habitant·es témoignent combien le mandat des communes participatives a été un remède à l’impuissance et à la résignation.

déjà 300 listes citoyennes constituées en prévision des prochaines élections municipales. La scic Fréquence commune vous accompagne pour créer la vôtre !

Loin d’être réservée aux grandes villes, cette capacité d’expérimentation et de réinvention humble et joyeuse, depuis les territoires, trace des pistes concrètes pour redonner de l’espoir à la démocratie locale. Un potentiel plein de promesses pour les futures mairies de 2026.

Rapport complet « Prendre le pouvoir pour le partager »


Mairie-me pour exprimer ses priorités locales

Le Collectif pour une Transition Citoyenne (CTC), qui fédère plus de 60 partenaires majeurs (dont ATTAC, Oxfam, la Fondation pour le Logement des Défavorisés, Alternatiba, le Mouvement Colibris, France Nature Environnement, Enercoop, Artisans du Monde), a lancé Mairie-Me, une plateforme simple, indépendante et apartisane, qui permet à chaque Français·e d’exprimer ses priorités locales à l’approche des élections municipales.

Concrètement, chaque habitant·e peut répondre en ligne à 5-10 questions sur son idéal concernant la démocratie locale, le transport, l’alimentation etc. Les contributions seront agrégées et anonymisées. Elles seront transmises aux collectifs locaux, qui s’en serviront pour construire leur « Pacte citoyen« , texte permettant d’interpeller directement les candidat·es et de les inviter à intégrer des mesures de justice sociale et écologique dans leur programme. 

  1. Accéder au rapport IFOP – résultats détaillés ↩︎
  2. Accéder au rapport IFOP – résultats détaillés ↩︎
  3. Rapport Tous les mêmes ?, Démocratiser la politique ↩︎

(Re)faire commune : 12 engagements pour soutenir le tissu associatif local et répondre aux besoins des territoires

Les 15 et 22 mars 2026 auront lieu les élections municipales. Alors que les associations se sont très largement mobilisées le 11 octobre pour dire que « Ca ne tient plus« , les élections municipales seront l’occasion de mobiliser les acteurs locaux autour des enjeux de la vie associative.

Le Mouvement associatif a travaillé autour de 12 engagements afin de soutenir le tissu associatif local et répondre aux besoins des territoires. Ces propositions se regroupent en 4 thématiques : engagement, financement, coopération et accompagnement.


Un guide pour faciliter la conclusion de contrats de vente directe d’énergie renouvelable par les personnes publiques

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Pour développer les énergies renouvelables, la FNCCR publie, avec EY Société d’Avocats et AEC Énergie & Climat, un guide de référence consacré aux PPA (Power Purchase Agreement) publics : « La conclusion de contrats de vente directe d’énergie renouvelable par les personnes publiques ».

Le paysage énergétique français s’est profondément recomposé en quelques années. Volatilité des marchés, crise sanitaire, guerre en Ukraine, tensions sur les prix du gaz et de l’électricité : ces chocs successifs ont mis sous pression les budgets publics et réduit les marges de manœuvre des collectivités.

Dans ce contexte exigeant, la transition énergétique n’est plus une ambition lointaine : elle s’affirme comme une nécessité stratégique, portée par des objectifs européens et nationaux de décarbonation, mais aussi par une attente citoyenne forte.

Les contrats d’achat direct d’électricité renouvelable s’inscrivent pleinement dans cette nouvelle donne. Ils ouvrent la voie à une énergie plus locale, plus maîtrisée, plus prévisible. En créant un lien direct entre producteurs et acheteurs publics, ils sécurisent l’investissement, renforcent l’acceptabilité territoriale et permettent aux collectivités de reprendre la main sur leur trajectoire énergétique, tant sur le plan économique qu’environnemental.

La loi APER a introduit la possibilité pour les personnes publiques de conclure des contrats de vente directe d’électricité renouvelable en droit français. Cette évolution vise à favoriser la décarbonation et à sécuriser l’approvisionnement en énergie verte des collectivités et établissements publics.

La loi APER1 pour l’accélération de la production d’énergies renouvelables a marqué une première avancée majeure en reconnaissant explicitement la capacité des acteurs publics à recourir à ces contrats. Mais des zones d’incertitude subsistent encore, freinant le déploiement massif des PPA (Power Purchase Agreement). C’est précisément pour lever ces obstacles que ce guide opérationnel est un outil pédagogique conçu pour accompagner les personnes publiques dans la conclusion de ces contrats et ainsi réduire l’incertitude qui, trop souvent, paralyse les projets.

La dynamique collective qui réunit les différents acteurs (collectivités, producteurs, fournisseurs, agrégateurs et institutionnels) traduit une conviction partagée : les PPA2 publics ne sont pas qu’une technique contractuelle. Ils sont des instruments de souveraineté énergétique locale, de résilience budgétaire et d’accélération de la transition.

  1. Loi n°2023-175 du 10 mars 2023 relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables ↩︎
  2. Power Purchase Agreement ↩︎

Guide « La conclusion de contrats de vente directe d’énergie renouvelable »

Agroécologie : un modèle d’agriculture qui respecte la santé des sols et le vivant

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Intensification agricole, artificialisation des sols et dérèglement climatique : autant de facteurs qui concourent à la dégradation des sols en France. Une dynamique qu’il faut absolument enrayer. Fermes d’Avenir, avec le soutien du programme « Transition en commun » de Radio France et France TV, lance sa première campagne grand public pour défendre la santé des sols et promouvoir l’agroécologie.  

Développer un modèle agricole qui respecte les sols

En France, 73% des sols cultivés sont d’ores et déjà dégradés, et 90% pourraient l’être d’ici à 2050 selon la FAO.

Alerter sur ce risque et informer sur les solutions  : c’est l’un des objectifs de l’association Fermes d’Avenir. Depuis 2013, elle accompagne les agriculteurs dans la transition vers l’agroécologie, qui restaure la fertilité des sols et protège les écosystèmes

Un film engagé avec le réalisateur Mickaël Denis

“Les crises agricoles se succèdent, mais la question centrale n’est jamais réglée : Comment mieux rémunérer ceux qui nous nourrissent ? J’en ai eu marre d’entendre toujours les mêmes parler pour les agriculteurs. J’ai donc décidé de faire un tour de France pour leur donner directement la parole.” 

Mickaël Denis

 
Du 17 au 31 décembre 2025, un spot télévisé sera diffusé gracieusement sur France 2, France 3 et France 5, complété par une campagne radio sur France Inter, France Info et le réseau ICI du 24 au 31 décembre, puis une seconde vague du 21 février au 1er mars 2026 sur les ondes de Radio France. Ces diffusions s’inscrivent dans “Transition en commun”, dispositif par lequel France TV et Radio France mettent leurs espaces publicitaires à disposition d’acteurs engagés pour la transition écologique. 

Bande annonce du documentaire Leurs Champs du Cœur, réalisé par Mickaël Denis et distribué par Mimiozart. Le documentaire est accessible en VOD sur Vimeo

Réalisé à partir d’images du documentaire “Leurs Champs du Cœur”, de Mickaël Denis, le spot met en lumière des agriculteurs qui incarnent l’agriculture de demain. Sorti en 2025 et tourné notamment au sein de fermes du réseau de Fermes d’Avenir, ce documentaire rappelle que les agriculteurs ne peuvent pas supporter seuls les coûts de la transition agroécologique et doivent être mieux rémunérés pour le rôle qu’ils jouent dans la préservation de nos biens communs (sols, eau, biodiversité…).

Comment assurer une production alimentaire de qualité, rémunératrice pour ceux qui la produisent et accessible au plus grand nombre ? C’est cette question insoluble qui sert de point de départ à un tour de France de 15 agriculteurs qui nous parlent de leurs galères, des solutions possibles, de la beauté du métier aussi. A cœurs ouverts, ils nous livrent des témoignages sincères, touchants, qui donnent envie de se mettre en mouvement pour, collectivement, améliorer notre manière de nous nourrir.

10% des recettes seront reversés à l’association Solidarité Paysans


L’agroécologie, une solution au changement climatique ? Viticulture & Climat

Avec Alain Canet, Marceau Bourdarias, Hervé Coves, Konrad Schreiber et Serge Zaka, retour sur l’événement « Viticulture et Climat » qui a eu lieu finnovembre 2025, à la Cave de Lugny, à l’initiative de « Viticulture & Climat : agir durablement en Bourgogne », deux journées consacrées à l’avenir du vignoble face aux défis climatiques.


Qu’est-ce que l’Agroécologie ?

Contrairement à l’agriculture biologique, l’agroécologie n’est définie par aucun cahier des charges et nombre d’acteurs sont perdus dans la complexité des définitions, des référentiels et des orientations sur la transition agroécologique. En 2019, Fermes d’Avenir a imaginé différents outils autour d’un visuel pédagogique, appelé la Fleur de l’Agroécologie, afin de proposer une définition plus structurée et mieux illustrer la vision portée par l’association.

La Fleur de l’Agroécologie

La Fleur représente, au travers de ses pétales, 12 défis agroécologiques essentiels auxquels l’agriculture et l’alimentation doivent répondre, et qui sont répartis en 3 approches. Chez Fermes d’Avenir, nous entendons par « agroécologique », tout modèle de ferme ou de système alimentaire territorial qui permet à la fois de répondre aux défis sociaux, économiques et environnementaux liés à l’alimentation et l’agriculture. 

La Fleur de l’Agroécologie est protégée sous une licence Creative Commons. Possibilité de la réutiliser en respectant les conditions spécifiques de cette licence, en particulier en citant Fermes d’Avenir.

Approche économique

  • Viabilité économique : Ferme qui permet de générer une rémunération décente pour les agriculteurs, et de maintenir le niveau d’investissement nécessaire pour pérenniser l’activité.
  • Conditions de travail : Ferme qui limite la pénibilité physique et mentale, permet de maîtriser le temps de travail et d’introduire des jours de repos pour l’agriculteur.
  • Résilience : Ferme résistante aux aléas économiques, naturels, sanitaires et politique.
  • Autonomie : Ferme qui équilibre son autonomie et sa dépendance vis-à-vis des ressources extérieures pour assure la production.

Approche sociale

  • Sécurité alimentaire : Ferme qui produit suffisamment pour nourrir sa communauté, tant en quantité, qualité et diversité, avec des prix de vente accessibles à tous.
  • Santé publique : Ferme qui préserve la santé de ses travailleurs, de ses consommateurs, et de ses riverains. Pour une ferme en élevage, la ferme garantit le bien-être animal.
  • Goût et terroir : Ferme qui valorise les savoir-faire gastronomiques, qui préserve les variétés ou espèces anciennes et qui prend soin de son terroir.
  • Connexion au territoire : Ferme qui nourrit des liens avec les acteurs de son territoire et qui reconnecte les citoyens à leur alimentation.

Approche environnementale

  • Biodiversité : Ferme qui préserve, voire régénère son capital biodiversité dans les surfaces exploitées mais aussi dans tout l’écosystème de sa ferme.
  • Fertilité des sols : Ferme qui préserve, voire régénère la fertilité endogène à long terme de ses sols.
  • Climat et Énergie : Ferme qui tend vers un bilan carbone positif, conjugué à une réduction des émissions de gaz à effet de serre et de la consommation d’énergie, pour lutter contre le réchauffement climatique.
  • Ressources naturelles : Ferme sobre dans l’usage des ressources naturelles non renouvelables et qui préserve la qualité des biens communs.

La Fleur de l’Agroécologie permet d’expliquer 3 messages clefs de notre vision :

  • 1 – L’agroécologie est une approche globale
  • 2 – L’agroécologie doit se focaliser sur les caps et l’atteinte de résultats plutôt que sur les pratiques
  • 3 – La ferme « parfaite » n’existe vraisemblablement pas, l’agroécologie implique équilibres et compromis

Pour plus d’explications, n’hésitez pas à regarder la vidéo explicative ci-dessous :

Vous pouvez vous situer sur les différents défis et créer votre propre Fleur de l’Agroécologie grâce à un formulaire interactif. Vous pouvez également télécharger le référentiel complet (80 pages) et la synthèse (25 diapositives).

Télécharger les outils liés à la fleur de l’agroécologie

Planifier la décarbonation par les ressources locales : eau, sol, biomasse et énergies

Alors que le secrétaire général à la planification écologique (SGPE) poursuit sa tournée dans le cadre de la saison 2 des COPs régionales, The Shift Project attire l’attention sur un enjeu crucial : celui des risques de conflits d’usage locaux pour des ressources nécessaires à la transition : eau, sol, biomasse et énergies. Dans ce nouveau rapport, le groupe de réflexion propose de concilier décarbonation et spécificités territoriales en adoptant le prisme des ressources locales dans l’exercice de la planification écologique.

Se passer des énergies fossiles tout en répondant aux besoins énergétiques de la France mobilisera de l’électricité, des biocarburants, du biométhane ou encore des biocombustibles dont la production nécessite de grandes quantités d’eau, de sols, de bois et de biomasse agricole. En plus d’être limitées, ces ressources sont inégalement réparties sur le territoire, déjà allouées à d’autres usages non énergétiques et menacées par le changement climatique.

Reprendre notre destin énergétique et climatique en main revient donc à relocaliser les risques peu maîtrisables d’un système fondé sur les énergies fossiles vers un système plus contraint mais plus maîtrisable fondé sur les ressources dont nous disposons. Les territoires ont donc un rôle crucial à jouer pour décider de l’allocation de ces ressources et assurer leur pérennité.

Cascade de la décarbonation par les ressources locales

Les risques de conflits d’usage sur les ressources locales vont s’accroître entre secteurs, au sein d’un territoire ou entre territoires :

  • sur l’électricité : en combinant les effets de l’électrification (mobilité, fret, industrie) et ceux de la réindustrialisation, le cumul des nouveaux besoins en électricité pourraient atteindre jusqu’à 22,3 TWh en Seine Maritime, soit l’équivalent de la production de près de deux nouveaux EPR.
  • sur le bois-énergie : la hausse prévue des usages énergétiques du bois (+ 28 % dès 2030 par rapport à 2020) devrait accentuer la concurrence avec son usage industriel, et renforcer la dépendance de certains territoires à une ressource dont ils disposent relativement peu.
  • sur la biomasse agricole : produire localement la biomasse agricole nécessaire pour atteindre le plafond réglementaire d’incorporation de carburants conventionnels impliquerait de mobiliser l’équivalent de 7 % supplémentaire de la surface agricole utilisée (SAU) nationale, entrant de facto en concurrence avec la production alimentaire.
Face à la double contrainte carbone qui s’impose à elle – raréfaction progressive des énergies fossiles d’une part, intensification des effets du changement climatique d’autre part – la France et ses territoires n’ont pas d’autres alternatives que d’engager une transformation profonde des modèles énergétiques, économiques et d’aménagement du pays.

Pour réduire ces conflits d’usages,
deux choix sont possibles :
augmenter la disponibilité ou
contenir la hausse de la demande.

Le premier choix repose soit sur l’augmentation de la production, ce qui accroît dangereusement la pression sur les infrastructures notamment sur les réseaux électriques, soit sur l’augmentation des importations, ce qui maintient notre dépendance à des pays étrangers, nous exposant à des risques d’approvisionnement.

Le second choix repose sur l’application de leviers de sobriété et d’efficacité qui apparaissent comme plus maîtrisables et/ou mobilisables à plus court terme.

La double contrainte carbone, un enjeu commun, mais de fortes disparités. Les émissions territoriales de gaz à effet de serre sont, avec les dépendances aux énergies fossiles,
les deux faces d’une même pièce qui traduit des morphologies économiques, démographiques
ou spatiales différenciées selon les territoires.

Si la dépendance aux énergies fossiles est commune à l’ensemble des territoires, elle se traduit néanmoins par d’importantes disparités en fonction des spécificités locales (topographie, démographie, spécialisation économique, etc). Les territoires n’ont donc pas les mêmes leviers pour se sevrer des fossiles.

Par exemple, pour la mobilité quotidienne, certains territoires pourront plus facilement développer le report modal de la voiture individuelle thermique vers les transports en commun ou les mobilités actives, tandis que d’autres devront maintenir une part plus importante de voiture individuelle et s’appuyer davantage sur leur électrification. 

Contenir les conflits d’usage locaux suppose donc l’application des leviers de façon différenciée en fonction des spécificités territoriales. Si l’activation des leviers de décarbonation ou de réduction des conflits d’usage relève de choix maîtrisables, les impacts du changement climatique, eux, ne le sont pas.

Dans un monde désormais en dérive climatique, planifier exige d’intégrer des marges de sécurité et d’adapter en continu nos prévisions, nos infrastructures et nos stratégies d’action.

Hausse des émissions de CO2 et la température annuelles au niveau mondial.
A gauche : Hausse des émissions annuelles de CO2. Source : Global Carbon Project 2024, traduction par The Shift Project
A droite : Hausse de la température annuelle mondiale à la surface de la Terre, par rapport à l’époque préindustrielle. Source : Global Climate Highlight 2024, Copernicus, traduction par The Shift Project

Les recommandations du Shift Project pour
Planifier la décarbonation par les ressources locales

  1. Fixer un cadre propice à une planification par les ressources locales, en explicitant le
    rôle double des territoires dans la mise en œuvre des leviers de décarbonation et dans la
    mobilisation des ressources locales clés, tout en prenant en compte les capacités
    différenciées des territoires du fait de leurs spécificités.
  2. Mettre en place une planification par les ressources locales, à toutes les échelles,
    en pensant le plan de décarbonation de l’économie française de façon matricielle, avec
    non seulement un découpage sectoriel des leviers, mais aussi avec de grandes
    orientations territoriales de leur application.
  3. Mesurer pour anticiper, en s’appuyant sur davantage de données territoriales, en
    étendant la couverture des données publiques territorialisées aux secteurs encore
    sous-documentés et en intégrant la question des flux de ressources entre territoires.
  4. Ancrer la culture de la planification par les ressources locales en caractérisant
    systématiquement la dimension territoriale des leviers de décarbonation, et en formant
    élus, agents de l’Etat et agents territoriaux à la planification par les ressources locales

Synthèse du rapport

Rapport final

Guide méthodologique

La Souveraineté par la décarbonation :
Voie nécessaire pour la France et l’Europe

Parce que l’énergie est indispensable à notre économie, The Shift Project a souhaité mettre en lumière l’exposition de la France au risque énergétique. Après une première publication en avril 2025, les équipes de recherche ont poursuivi leur travail inédit de cartographie et de quantification des flux énergétiques de la France de 1995 à 2022

Le diagnostic est sans appel : nos modes de vies et le fonctionnement de nos entreprises dépendent toujours à plus de 70 % des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon), part qui n’a pas baissé depuis 1995. Dans un contexte marqué par l’épuisement progressif de sources de pétrole et de gaz critiques pour l’Europe, et par le retour de fortes tensions géopolitiques, la dépendance à des pays fournisseurs extérieurs à l’Europe met à risque nos économies. La décarbonation n’est plus seulement une nécessité climatique, elle est une condition indispensable à notre souveraineté.

Synthèse du rapport

Et si la renaissance industrielle passait par une démarche Made in France à visée régénérative ?

Le « Made in France » est à la croisée des chemins. Pendant des décennies, produire français était un acte de résistance, pour s’opposer à la désindustrialisation, freiner la perte de savoir-faire séculaire et refuser la baisse de qualité inhérente à une production mondialisée, standardisée, à bas prix. Pour Jérémy Dumont, fondateur de Nous sommes Vivants, le collectif de la Transition écologique, aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement de résister, mais de produire en France pour régénérer la France. La mission devient réparer son économie, sa société et son environnement en fonction de la singularité et du potentiel de chaque territoire.

Bienvenu dans l’ère du Made in France Régénératif

La régénération est un chemin. La régénération c’est la capacité du vivant à atteindre sa pleine capacité dans son milieu de vie. Après une phase de conformité et de réduction des impacts négatifs les entreprises sont en croissance en triple impacts : économique, environnementale et sociale. Elle contribuent de part leur activité à la prospérité des territoires.


4 pistes sont explorées pour que les entreprises Françaises implantées sur leurs territoires visent la régénération :

  • 1️⃣ Agroécologie, Sols & Forêts. Ce secteur est au cœur de la restauration du patrimoine naturel français (sols, forêts, eau).
  • 2️⃣ Mode, Textile & Artisanat. Ce secteur est essentiel pour la restauration du patrimoine culturel et l’évitement de l’obsolescence.
  • 3️⃣ Industrie, Réparation & Mobilité. Ce secteur transmet des savoir-faire et allonge le cycle de vie des objets pour réduire la pression sur les écosystèmes.
  • 4️⃣ Services, Finance & Social. Ce secteur est essentiel pour réparer le vivant et le tissu social (lien, transmission, financement éthique).

Jérémy Dumont, fondateur de Nous sommes Vivants, le collectif de la Transition écologique

Le Made in France « Classique » respectait des normes élevées pour réduire ses impacts. La démarche Made in France Régénératif est une démarche de Contribution Positive Nette en triple impact. L’entreprise ne se demande plus seulement comment réduire son empreinte carbone, mais elle pose une question existentielle : « Est-ce que la France va mieux parce que notre usine existe ? ».

Dans ce paradigme, l’activité industrielle doit devenir un outil pour restaurer les sols, revitaliser la biodiversité, purifier l’eau et contribuer positivement au tissu social local. La proximité géographique est la condition sine qua non de la régénération. Le Made in France devient un levier d’impacts dont les contributions doivent être valorisées sur les produits pour engager les consommateurs finaux dans une démarche vertueuse.

Le principe du « Triple impact gagnant »

Comment opérer cette bascule conceptuelle et opérationnelle ? La réponse réside dans l’abandon de l’arbitrage économique contre social ou environnemental, propre au développement durable, pour celle de la synergie et de l’intégration écosystémique des impacts.

Dans le modèle régénératif, une décision n’est validée que si elle sert simultanément les trois piliers : la Nature, l’Humain, et l’Économie. Il ne s’agit plus de répartir la valeur, mais de la créer par l’interaction de ces trois dimensions.

Prenons l’exemple du sourcing des matières premières :

  • Gain Économique (La Résilience) : En maîtrisant sa chaîne d’approvisionnement locale, l’entreprise se protège des fluctuations des cours mondiaux. Elle vend un produit à haute valeur ajoutée, faisant de l’écologie un facteur de résilience économique.
  • Gain Environnemental (La Nature) : Ces plantes (lin, chanvre) nécessitent peu d’eau, aucun pesticide et, grâce à leurs racines profondes, structurent et aèrent les sols, stockant du carbone. La culture régénère la terre.
  • Gain Social (L’Humain) : En travaillant avec des coopératives agricoles locales, l’industriel sécurise des revenus pour les agriculteurs et maintient des savoir-faire de teillage et de filature sur le territoire.

L’ordre des priorités évolue :

  1. La nature d’abord : Sols, eau, biodiversité, qualité des milieux.
  2. Les humains ensuite = Savoir-faire, qualité de vie au travail, santé, dignité, lien social.
  3. L’économie en conséquence : Robustesse, emplois durables, valeur territoriale, souveraineté.
Récit d’une exploration collective autour de l’industrie régénérative par un groupe de dirigeantes et dirigeants industriels en Pays de La Loire
Programme conçu et animé par Open Lande et le CDM avec le soutien de l’ADEME – Septembre 2021 – Mai 2022

Les usines comme organes du territoire

L’idée de l’usine régénérative met fin à la notion de concurrence stérile qui a longtemps dominé notre pensée économique. Sur un même territoire, les entreprises de secteurs différents – qu’elles soient manufacturières, agricoles ou de services – deviennent profondément interdépendantes par nécessité stratégique.

Cette coopération territoriale n’est pas qu’une simple commodité logistique ; elle régénère la densité des liens sociaux et économiques au sein du bassin d’emploi. En échangeant des flux et en partageant des risques, les chefs d’entreprise et les équipes reconstruisent un tissu de confiance, de connaissance mutuelle et de réciprocité.

Ce maillage coopératif est la garantie ultime contre la délocalisation. La stratégie de l’entreprise s’arrime à un écosystème symbiotique de relations vivantes.

On peut déménager une machine-outil, mais on ne peut pas déraciner un réseau d’interdépendances local.

C’est ici, dans cette densité de liens restaurés et cette solidarité systémique, que la régénération ancre durablement et profondément l’emploi. Le coût de la délocalisation devient alors le coût de la destruction d’un écosystème entier.

La fierté nationale

Au-delà de la philosophie, le Made in France régénératif porte une mission humaniste qui peut raviver la fierté nationale en cultivant le vivant et les capacités humaines.

© Logo Fabriqué en France

Régénérer les sols : En exigeant des matières premières issues de l’agriculture bio, l’industrie française peut devenir le premier financeur de la transition agricole. Chaque T-shirt en lin, chaque meuble en bois sourcé localement, chaque produit cosmétique bio devient un mandat donné à l’agriculture pour régénérer les organismes vivants dans l’humus, abriter les oiseaux et stocker l’eau. Le « Made in France » devient le gardien des paysages français.

RÉSEAU COCAGNE (Insertion par le maraîchage biologique)

Régénérer les hommes : La désindustrialisation a laissé des cicatrices profondes : territoires sinistrés, perte de fierté, sentiment d’abandon. Le modèle régénératif replace l’humain au centre. Il ne s’agit pas de réintroduire le travail à la chaîne abrutissant du XXe siècle, mais de valoriser l’intelligence de la main et l’agilité technologique. Une entreprise régénérative s’investit dans la formation de ses bassins d’emploi. Elle ne « consomme » pas des ressources humaines ; elle développe des talents. Elle recrée du lien social en ouvrant ses portes, en expliquant son métier, en redevenant une fierté locale.

Régénérer la France. Nous avons les atouts pour devenir la première nation industrielle régénérative au monde : une agriculture diverse, une énergie décarbonée, des ingénieurs de talent, une culture de l’artisanat et une prise de conscience citoyenne forte.

Ce chemin demande du courage. Il demande aux investisseurs d’accepter des temps de retour différents, basés sur la robustesse à moyen terme plutôt que sur le profit à court terme. Il demande aux consommateurs de comprendre que le « prix juste » inclut la régénération Il demande aux industriels de devenir des jardiniers du vivant autant que des ingénieurs de la matière.

© Convention des Entreprises pour le Climat

Preuves par l’exemple : quand l’industrie devient jardinière

Cette vision n’est pas une utopie, elle est déjà à l’œuvre dans nos territoires. Voici comment le Made in France régénératif transforme chaque secteur en visant la régénération :

1. Industrie & Économie Circulaire : « Chaque réparation évite une mine »

RENAULT RE-FACTORY (Automobile, reconditionnement industriel)

Dans l’ancien monde, réparer était une corvée. Dans l’économie régénérative, c’est un acte de sauvegarde écologique majeur.

  • L’impact : En prolongeant la durée de vie des équipements (électroménager, auto), on évite l’extraction de matières premières vierges. Extraction évitée = habitats naturels préservés.
  • L’exemple : Le reconditionnement industriel automobile à Flins ou la réparation d’électroménager (ex: Envie) ne font pas que créer des emplois locaux ; ils soulagent physiquement la pression sur la croûte terrestre.

2. Agroécologie & Textile : « Sans débouché, pas de sols vivants »

LAINES PAYSANNES (Textile, sauvegarde du pastoralisme)

L’industrie a le pouvoir d’être le premier financeur de la transition agricole.

  • L’impact : En s’engageant sur des volumes et des prix justes pour des matières comme le lin, le chanvre ou la laine, l’industriel donne un mandat à l’agriculteur pour soigner la terre. « Ce vêtement commence dans un sol vivant ».
  • La preuve : Des filières textiles entières (ex: Atelier Tuffery, Laines Paysannes) se reconstruisent non pas sur le prix bas, mais sur la capacité des fibres à structurer les sols et à préserver l’eau.

3. Mobilité & Santé : « Le vélo soigne la ville »

REBIRTH (incl. Matra, Solex, Angell) (Mobilité électrique légère)

L’industrie du cycle ne vend pas seulement des déplacements, elle vend de la santé publique.

  • L’impact : Fabriquer des vélos en France, c’est réduire la place de la voiture, donc favoriser un air plus sain et une biodiversité urbaine retrouvée.
  • La synergie : C’est l’exemple parfait du triple gagnant : des emplois industriels qualifiés (Humain), une ville respirable (Vivant) et une filière d’excellence (Économie).

4. Eau & Territoire : « Protéger l’eau, c’est soigner les sols »

EAU DE PARIS (Gestion de l’eau potable liée à la qualité des sols)

Même les services publics entrent dans la danse. Pour garantir une eau potable de qualité à Paris, il ne faut pas seulement traiter l’eau, il faut aider les agriculteurs en amont à réduire leurs intrants.

L’eau devient le vecteur d’une transition agroécologique massive qui restaure les milieux aquatiques.

30 exemples de Made in France à visée régénérative

Les exemples sont des activités localisées en France, analysées selon quatre critères simples :

  • Un métier clair, exercé quelque part en France
  • Un impact contributif sur le vivant (biodiversité, sols, eau, …)
  • Un impact humain tangible (savoir-faire, qualité de vie, santé, …)
  • Une activité économique viable, créatrice d’emplois non délocalisables.
PIVETEAU BOIS (Bâtiment, Stockage carbone issu de forêts gérées)

Ils montrent que la régénération du vivant est déjà à l’œuvre en France — discrète, souvent imparfaite — mais bien réelle.

Un nouveau récit national

Face aux géants mondiaux qui parient sur le volume et le low-cost, la France doit gagner la bataille de la valeur, du sens et de la résilience.

La France ne gagnera jamais la bataille du « moins cher ». Mais elle a tout pour gagner celle du « mieux disant ». Qui n’est pas forcement plus cher : économies sur les achats, création de valeur et donc de marge, prix qui restent accessibles, consommateurs qui achètent, inclus dans la démarche vertueuse.

Notre agriculture, nos ingénieurs, nos artisans et nos territoires sont les briques de cette nouvelle économie. Le Made in France Régénératif n’est pas une étiquette, c’est un projet de société. Produire en France, c’est désormais prendre soin du monde.

Nous avons les atouts pour devenir la première nation industrielle régénérative au monde : une agriculture diverse (sols vivants ), une culture de l’artisanat (savoir-faire couture ) et une prise de conscience citoyenne forte (participation coopérative ).

Jérémy Dumont, fondateur du Collectif de la Transition écologique

La renaissance industrielle est en marche. Elle ne sera pas faite de cheminées fumantes, mais de boucles vertueuses, de sols vivants et de territoires solidaires. Produire en France, c’est désormais bien plus que fabriquer des objets : c’est cultiver un avenir en commun.

Un projet éolien peut-il revitaliser les territoires ruraux ? Quels impacts positifs pour l’emploi, la fiscalité et l’attractivité ?

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Si les projets éoliens suscitent des oppositions, qu’il est important de prendre en compte pour garantir leur acceptabilité sociale, ils peuvent aussi devenir de véritables leviers de revitalisation pour un territoire rural, en combinant création d’emplois, nouvelles recettes fiscales et gain d’attractivité économique et touristique. Lorsqu’il est co-construit avec les acteurs locaux, un projet éolien ne se limite pas à produire de l’électricité : il contribue aussi à redonner des marges de manœuvre aux communes et à diversifier les revenus des habitants et, en particulier, des agriculteurs.

​L’éolien, un moteur d’emplois locaux

La filière éolienne est aujourd’hui l’un des premiers employeurs des énergies renouvelables en France, avec plus de 28 000 emplois directs et indirects recensés pour l’année 2022, en hausse de plus de 40% depuis 2019. Ces emplois couvrent l’ensemble de la chaîne de valeur d’un projet éolien : études environnementales et paysagères, génie civil, transport, installation, exploitation et maintenance, avec une forte présence dans les régions rurales où se situent les parcs.

Les chiffres de l’éolien terrestre
© 2025 France Renouvelables

​À l’échelle d’un territoire, un projet éolien mobilise tout un tissu de PME locales : bureaux d’études, entreprises de travaux publics, hébergement, restauration … Il en découle une activité économique indirecte significative pendant plusieurs années.

L’éolien dynamise l’emploi local
Source : info-eolien.fr

Une fois le parc en service, des techniciens de maintenance, recrutés ou formés sur place, peuvent assurer le suivi des machines pendant toute la durée de vie du projet, consolidant la pérennité d’emplois non délocalisables.

Dynamique de l’évolution des emplois éoliens

​Des retombées fiscales structurantes

Un projet éolien constitue une nouvelle base fiscale pour les communes rurales, via l’IFER (Imposition forfaitaire sur les entreprises de réseaux) et diverses taxes locales. Les textes prévoient qu’au moins 20% du produit de l’IFER éolien reviennent directement à la commune d’implantation, le reste étant partagé entre l’intercommunalité et le département, ce qui garantit un bénéfice concret pour les collectivités de terrain.

En pratique, les recettes fiscales générées représentent de l’ordre de 10 000 à 12 000 euros par MW installé et par an, offrant des ressources régulières sur toute la durée d’exploitation du parc.

Ces montants permettent de financer des projets locaux très concrets : rénovation d’écoles, amélioration de la voirie, création d’équipements culturels ou sportifs, ou encore investissements dans l’efficacité énergétique des bâtiments communaux.

Chaine de valeur locale. Le développement de l’éolien terrestre implique la fabrication de composants tels que les pales, les générateurs, les mâts et les systèmes de contrôle. En favorisant une production locale de ces composants, la France peut développer une chaîne de valeur domestique, attirant des investissements et créant des opportunités pour les entreprises françaises. Cela renforce la compétitivité industrielle du pays. En 2019, le chiffre d’affaires cumulé des entreprises liées à l’éolien terrestre représentait 5,8 milliards d’Euros.
Source : france-renouvelables.fr

Une diversification des revenus agricoles

Pour les agriculteurs, l’implantation d’éoliennes sur les terres agricoles crée une source de revenu complémentaire stable, sans remettre en cause l’activité principale.

Les loyers versés par l’exploitant du projet éolien sont généralement contractualisés sur 15 à 25 ans, ce qui sécurise une partie des revenus de l’exploitation dans un contexte de forte volatilité des prix agricoles.

Les montants perçus peuvent atteindre plusieurs milliers d’euros par an et par éolienne, contribuant à financer une transition agroécologique (diversification des cultures, réduction des intrants, investissements dans un matériel plus sobre) ou à faciliter la transmission des fermes.

Cette diversification renforce la résilience économique des exploitations et participe à maintenir une activité agricole dynamique, condition essentielle à la vitalité des campagnes.

Attractivité d’un territoire en transition

Loin de se résumer à des mâts dans le paysage, un projet éolien peut devenir un symbole de territoire en transition énergétique, attractif pour de nouvelles entreprises et pour les habitants en quête de cohérence écologique.

Plusieurs collectivités développent des actions pédagogiques, des visites de parcs et des circuits d’écotourisme autour de l’énergie, ce qui enrichit l’offre touristique locale sans concurrencer les atouts naturels existants.

Les études menées sur le lien entre tourisme et éolien montrent que, dans la majorité des cas, l’impact sur la fréquentation reste faible, tandis que l’image de territoire innovant et engagé dans la neutralité carbone peut devenir un argument de différenciation.

Pour les jeunes ménages et les entrepreneurs, le fait de s’installer dans une commune qui porte un projet éolien cohérent avec la transition écologique est souvent perçu comme un signe de dynamisme et de capacité à se projeter dans l’avenir.

Une opposition à prendre en compte

Les riverains expriment souvent des inquiétudes liées au paysage, au bruit, aux effets stroboscopiques ou encore à la préservation de la biodiversité, en particulier pour les oiseaux et les chauves-souris.

L’opposition à l’énergie éolienne
Source : info-eolien.fr

Des associations locales ou nationales contestent parfois la pertinence de certains projets, en identifiant des défauts de concertation, une répartition jugée inégale des bénéfices économiques, ou le risque de dépendance à des groupes industriels perçus comme éloignés des réalités rurales.

Dans certains cas, ces tensions se traduisent par des recours juridiques, allongeant les délais de développement et pouvant fragiliser la relation de confiance entre promoteurs, élus et habitants.

Pour que le projet éolien reste un levier de transition plutôt qu’un motif de fracture, une concertation approfondie, la transparence sur les impacts, la prise en compte des enjeux paysagers et écologiques, ainsi qu’un partage plus équitable de la valeur au bénéfice des communautés locales sont des conditions essentielles.

Focus éolien & biodiversité : des solutions pour la nature

Avec ce livret d’expertise de France renouvelables, l’association porte-parole des énergies renouvelables électriques en France dresse un état des lieux des apports de la filière éolienne à la biodiversité de nos territoires. Ce document a été rédigé avec l’ensemble de la chaîne d’acteurs liés aux problématiques de biodiversité dans les projets éoliens : constructeurs et exploitants, bureaux d’études et associations de protection de l’environnement.

Un levier de projets collectifs pour la transition

En France, la loi APER encourage de plus en plus le partage de la valeur autour des projets d’énergies renouvelables, permettant de soutenir des projets municipaux en lien avec l’énergie, la biodiversité ou la mobilité durable. Un projet éolien peut ainsi cofinancer, par exemple, la rénovation thermique de bâtiments publics, l’installation de panneaux solaires en toiture ou la création de chemins de découverte de la biodiversité pour les écoles.

Pour les territoires ruraux, ces retombées économiques permettent de faire de la transition énergétique un moteur d’emplois, de justice territoriale et de sobriété.

Pour une transition énergétique plus axée sur la valeur partagée

Dans cette tribune, Jean-Baptiste Boyer, co Président d’Énergie Partagée, revient sur les enjeux majeurs du forum EnerGaïa 2025 et l’importance de dépasser la logique d’acceptabilité pour aller vers une véritable appropriation territoriale des projets d’énergies renouvelables. Il aborde les limites des mécanismes de partage de la valeur purement financiers, la nécessité d’impliquer citoyens et collectivités dans l’investissement et la gouvernance, les bénéfices économiques, sociaux et écologiques des projets d’énergie citoyenne et l’urgence de changer d’échelle pour atteindre les objectifs de transition énergétique.

Energaïa, le forum des énergies renouvelables les 10 & 11 décembre 2025
Le Forum 100% EnR – Parc des Expositions de Montpellier – France

Le Forum EnerGaïa, porté par la Région Occitanie, offre des solutions environnementales pour les territoires, les villes et les industries engagés dans la transition énergétiqueLa 18e édition du Forum, qui s’est tenue du 10 et 11 décembre 2025 au Parc des Expositions de Montpellier a accueilli 22 500 participants. Une fréquentation record, en phase avec l’augmentation du nombre d’exposants, qui a plus que doublé ces trois dernières années et qui confirme la dynamique remarquable des acteurs de la transition énergétique.

Forum EnerGaïa 10 et 11 décembre 2025 à Montpellier – 100% énergies renouvelables
Jean-Baptiste Boyer, co Président d’Énergie Partagée

Dans un contexte de crise climatique et de crise de la biodiversité, la « transition énergétique » se caractérise aujourd’hui par trois grands phénomènes : l’électrification des usages, la maîtrise de la demande en énergie et le développement massif des énergies renouvelables, pour permettre de remplacer les énergies fossiles encore présentes à plus de 40 % dans notre mix énergétique.

Tous les scénarios1 prospectifs s’accordent sur ces points et le caractère indispensable du déploiement des énergies renouvelables pour faire notre part en termes de lutte contre la crise écologique.

L’important est donc davantage de savoir comment permettre le développement massif des énergies renouvelables. C’est à cet endroit que le partage de la valeur apparaît comme une solution facilitatrice. Derrière ce terme peuvent se cacher des mises en œuvre très différentes, allant de la distribution de chèques énergie à des prix d’électricité réduits pour les riverains des projets à la participation des acteurs locaux à l’investissement et à la gouvernance des projets.

Si tous ces mécanismes ont en commun la volonté d’accroître les retombées locales des projets d’énergies renouvelables, il est évident qu’ils ne se valent pas. Lorsque des mesures de partage de la valeur sont mises en œuvre, elles sont, la plupart du temps, purement financières, ce qui place les personnes concernées dans une relation strictement commerciale vis-à-vis du projet.

De fait, il s’agit d’actions visant à une simple acceptation et la véritable question : quel est le prix de la paix ? Dans le pire des cas, ces rétributions sont parfois présentées comme une forme de compensation d’un dommage subi, installant l’idée que la proximité des énergies renouvelables est néfaste pour les riverains. Pourtant, la perception des éoliennes est très positive en France, en particulier pour les personnes résidant à moins de 10 km d’un parc éolien2.

La perception positive des éoliennes est nettement majoritaire, et de manière encore plus marquée pour les personnes résidant à moins de 10 km d’un parc éolien.

Comment alors penser que ces mécanismes peuvent permettre de passer de 15 % d’énergies renouvelables dans notre mix énergétique actuel à plus de 70 %3 en 2050 ?

Si travailler l’acceptabilité est une première approche, la question de l’appropriation des projets paraît beaucoup plus pertinente au regard des enjeux. Il est possible de faire le parallèle avec les statuts de locataire ou de propriétaire. Dans le premier cas, il est bien évidemment possible d’apporter quelques modifications à la marge mais les paramètres sont figés, la réflexion se cantonne au fait de savoir si le loyer est juste ou non. Dans le second, il est possible de décider de très nombreux paramètres.

Carte de l’énergie citoyenne partout en France et tout près de chez vous.

Partout en France, près de 450 projets de ce type existent déjà. Les citoyens et les collectivités créent des installations d’énergies renouvelables labellisées ou participent à leur investissement et à leur gouvernance. On y décide à plusieurs les choix d’implantation au regard des différents impacts et retombées. Mais on peut également y choisir ce qui sera fait de l’énergie produite.

Les retombées économiques locales des projets citoyens d’énergie renouvelable
Les énergies renouvelables sont un moteur de développement pour les territoires. Maîtrisées et financées par les collectivités territoriales et les habitants, les installations citoyennes d’énergie renouvelable maximisent les retombées économiques locales.

Ces projets citoyens rapportent au moins deux fois plus aux territoires d’implantation que des projets privés classiques.

Ces retombées économiques supplémentaires sont en outre réalisées sans compromis avec l’exemplarité écologique. Avec la participation des collectivités, il est également possible d’inscrire une installation de production d’énergie renouvelable dans son territoire, en priorisant notamment les zones d’implantation potentielles les unes par rapport aux autres plutôt qu’en répondant au coup par coup aux sollicitations des développeurs sur un projet précis. Cet exercice de planification permet de faire le lien avec les consommations du territoire.

Si les projets d’énergies renouvelables sont trop souvent perçus comme de simples opportunités financières sous couvert d’écologie, la participation des acteurs du territoire à la gouvernance des projets permet de replacer l’installation de production comme un moyen de subvenir à nos besoins énergétiques, en laissant de côté les énergies fossiles.

Créer ou rejoindre un projet d’énergie citoyenne est un bon moyen de passer à l’action. Engagez-vous !

  1. ADEME, negaWatt, The Shift project : Comprendre 2050 ; Réseau et Transport d’Électricité ↩︎
  2. Sondage Harris Interactive : les français et l’éolien ↩︎
  3. Considéré dans les différents scénarios ADEME par exemple ↩︎

La Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de la France et accroitre ses puits de carbone

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Réduire les émissions territoriales de GES et accroitre le puits

Ce document fixe la trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre jusqu’en 2050 et constitue le cadre stratégique pour atteindre la neutralité carbone, conformément aux engagements internationaux de la France. Il est cohérent avec la trajectoire européenne 2040 adoptée récemment au Conseil de l’Union Européenne.

La SNBC, qu’est-ce que c’est ?

La Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) est la feuille de route de la France pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre et accroitre ses puits de carbone. C’est notre cadre d’action en matière d’atténuation du changement climatique.
La loi prévoit sa révision tous les cinq ans.
La SNBC 2, encore en vigueur, a été adoptée
par décret en avril 2020. Depuis 2021, le
Gouvernement prépare la troisième édition
de la SNBC.

La SNBC 3 s’articule autour de huit grands objectifs qui structurent la trajectoire nationale vers la neutralité carbone :

  1. Réduire de moitié les émissions territoriales de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à 1990 ;
  2. Atteindre la neutralité carbone en 2050, en équilibrant émissions et absorptions du territoire ;
  3. Garantir la souveraineté énergétique et sortir des énergies fossiles, en mettant fin à la production d’électricité à partir de charbon dès 2027, à la consommation de pétrole d’ici 2045 et de gaz fossile en 2050, et en assurant la disponibilité d’énergie décarbonée, électricité et biomasse ;
  4. Réduire la consommation finale d’énergie, c’est-à-dire l’énergie au stade de son utilisation par le consommateur final, grâce à la sobriété et à l’efficacité énergétique dans tous les secteurs ;
  5. Consolider les puits de carbone naturels, notamment via la gestion durable des forêts et des sols ;
  6. Faire de la transition un levier de compétitivité, en offrant de la visibilité aux acteurs économiques et en adaptant les efforts à la capacité de chaque filière ;
  7. Assurer une transition juste et soutenable, qui protège l’emploi, le pouvoir d’achat et l’équilibre entre les territoires ;
  8. Diminuer l’empreinte carbone globale de la France, en intégrant pour la première fois les émissions importées, selon un principe de préférence européen.
QUELS SONT LES GRANDS OBJECTIFS STRATÉGIQUES DE LA NOUVELLE SNBC ?

Une planification écologique au service de la transition et de la croissance

Lancée en 2022 par le Président de la République, la planification écologique vise à assurer une transition écologique cohérente avec les impératifs économiques et sociaux afin de faire de la neutralité carbone un moteur de compétitivité et de croissance durable.

La SNBC a pour ambition d’apporter de la visibilité de long terme sur les   technologies vertes et les investissements nécessaires à la décarbonation de l’économie et des usages. Elle se présente comme un véritable guide destiné à :

  • Orienter les stratégies industrielles françaises vers la décarbonation ;
  • Offrir aux Français les clés pour orienter leur consommation vers des solutions décarbonées (mobilité, logement, etc.).

Fruit de trois années de travail collectif, associant tous les ministères, les filières économiques, les experts scientifiques et les collectivités locales, la SNBC 3 trace une feuille de route réaliste. Elle repose sur des hypothèses crédibles d’évolution des comportements et des usages (électrification, réduction du gaspillage, etc.).

Une stratégie fondée sur les atouts français et la concertation

La SNBC 3 met en avant les forces structurelles françaises : un mix électrique déjà largement décarboné, des filières industrielles vertes émergentes (pompes à chaleur, batteries, transport ferroviaire, matériaux bas-carbone), des ressources naturelles (agriculture, forêts) qui contribuent activement à l’absorption du carbone.

Elle a été élaborée à l’issue d’une concertation étroite avec les entreprises, la communauté scientifique, les citoyens et les collectivités locales. Leur participation à cette consultation publique a été essentielle pour enrichir et finaliser la stratégie, en ancrant sa mise en œuvre dans les territoires.

Devenir le premier pays à fixer un objectif en empreinte pour réduire notre impact global et développer notre politique industrielle

Une ambition climatique, industrielle et souveraine

Cette stratégie démontre qu’une accélération de la transition écologique est réalisable dans le cadre des technologies actuelles et des moyens économiques et des ressources matérielles dont dispose la France.

La mise en œuvre de cette stratégie nécessite une déclinaison à l’échelle locale, afin que les leviers les plus adaptés à chaque territoire puissent être mobilisés.

Monique BARBUT, ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature, a déclaré : «Le lancement de cette ultime consultation du projet de SNBC 3, dix ans après lAccord de Paris, symbolise la continuité de l’engagement climatique de la France. Cette stratégie dessine l’avenir d’une France décarbonée et souveraine. Nous disposons désormais d’une véritable stratégie pour éclairer la décision publique et orienter les politiques les plus efficaces en matière de transition écologique. Nous avons désormais tous les outils pour faire de ce grand défi écologique une source durable de prospérité et de progrès pour l’ensemble des Françaises et des Français.»

Empreinte carbone : Devenir le premier pays à fixer un objectif d’empreinte pour réduire notre impact global et développer notre politique industrielle

Résumé de la SNBC 3

Projet de Stratégie nationale bas-carbone 3 (SNBC 3)

Présentation du projet de SNBC 3 par Pierre-Henry Dodart, Administrateur de l’État engagé pour la transition écologique

Ce document constitue la feuille de route de long terme pour lutter contre le changement climatique et s’adapter, en cohérence avec l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050. Il s’agit d’une version “projet”, rendue publique pour nourrir les travaux des instances obligatoires et permettre à chacun de s’en saisir, avant une consultation finale du public et une adoption prévue au printemps 2026.

Ce que porte la SNBC 3 :

  • ✔️ Une trajectoire révisée de réduction des émissions de gaz à effet de serre, avec des budgets carbone pour 2024-2028, 2029-2033 et 2034-2038
  • ✔️ Un objectif clair d’environ –5 % d’émissions par an d’ici 2030
  • ✔️ 7 objectifs stratégiques, parmi lesquels réduire de moitié les émissions territoriales hors puits de carbone, garantir la souveraineté énergétique et sortir des énergies fossiles, garantir une transition juste, soutenable et compétitive sur les plans socio-économique, etc.

    La SNBC 3 articule :

    ✔️ des orientations sectorielles : transports, agriculture, industrie, bâtiments, énergie, déchets, puits de carbone,
    ✔️ des orientations en empreinte carbone, pour traiter aussi les émissions importées,
    ✔️ des orientations transversales, pour embarquer l’ensemble des acteurs publics et privés.

    La démarche s’inscrit dans la planification écologique engagée depuis 2022 et repose sur :
  • un important travail de concertation, avec plus de 7 600 propositions et 1,2 million de votes lors de la consultation nationale de 2024,
  • une modélisation prospective approfondie, fondée sur des milliers d’hypothèses sectorielles,
  • une analyse rétrospective de la mise en œuvre de la SNBC 2, afin d’identifier les leviers efficaces et points de vigilance.

Le projet intègre davantage les aspects sociaux, en mettant en adéquation les gisements de réduction d’émission avec l’accompagnement envisagé (aides pouvant être ciblées, soutenabilité pour les ménages, etc.).

Un document dense, structurant, qui mérite d’être lu car c’est une base de discussion collective sur la trajectoire climatique de la France pour les quinze prochaines années.

Pierre-Henry Dodart, Administrateur de l’État engagé pour la transition écologique

> Vers la 3ème Stratégie nationale
bas-carbone (SNBC 3)