La Nef, coopérative financière pionnière de la finance éthique en France, a publié le bilan 2025 de son dispositif d’épargne de partage. Plus de 300 000 euros reversés à des associations et près d’un tiers des épargnants choisissent de donner tout ou partie de leurs intérêts. Son Président, Ivan Chaleil, a accepté de répondre aux questions essentielles pour Cdurable.

La Nef : + de 330 000 € reversés à des associations grâce à l’épargne de partage en 2025
Les chiffres clés
- 331 498 € reversés à 16 associations partenaires en 2025
- 27 % des épargnants de La Nef choisissent de donner tout ou partie de leurs intérêts

Un dispositif lancé dès 1993, précurseur en France
Le principe est simple : les épargnants peuvent choisir de reverser une partie (ou la totalité) des intérêts générés par leur livret ou compte à terme à l’une des 16 associations partenaires. La Nef a choisi de soutenir des structures agissant pour la solidarité internationale, l’agriculture paysanne et biologique, les nouveaux modèles énergétiques ou le zéro déchet.
Parmi elles : Amnesty International France, Action contre la Faim, Terre de Liens, Zero Waste France, négaWatt, Habitat & Humanisme, Colibris, ou encore Réseau Cocagne.

Ce mécanisme, proposé depuis plus de 30 ans par La Nef, s’est démocratisé, y compris sur des produits d’épargne réglementés comme le LDDS (livret de développement durable et solidaire). Pour la Nef, ce partage d’intérêts ajoute une dimension solidaire aux engagements rigoureux qu’elle défend en parallèle sur l’usage des fonds collectés via ses produits d’épargne :
financer uniquement des projets à impact social, environnemental ou culturel.
Ce que ces dons permettent concrètement :
La Fondation Terre de Liens témoigne : en 2025, l’engagement des épargnants a permis d’acquérir 5 nouvelles fermes, d’accompagner 58 paysannes et paysans, de planter 10 400 mètres de haies et de créer ou restaurer 14 mares. Un diagnostic climat, testé sur 3 fermes, a été déployé nationalement.

Du côté de Zero Waste France, les dons issus des produits solidaires de La Nef ont contribué au financement d’une équipe de 9 salariées et à la mise en œuvre de nombreuses actions : mobilisation pour une loi anti fast fashion, déploiement de la campagne #StopIncinération et poursuite du combat pour généraliser le réemploi des emballages.

Une banque éthique, écologique, solidaire et coopérative
La finance joue un rôle clé dans la transformation écologique et sociale de notre société
C’est en partant de ce principe que la Nef, en tant que banque indépendante, défend 4 engagements essentiels : la banque éthique, écologique, solidaire et coopérative.

« Nous mettons l’humain et la planète au cœur de nos actions, en prêtant uniquement à des projets à impact positif. Notre modèle repose sur la conviction qu’une autre finance est possible, plus juste, plus transparente, et plus respectueuse des besoins de chacun et de notre environnement. »
Ces engagements définissent l’identité de la Nef, une :
La Nef incarne un modèle bancaire prouvant qu’une banque alternative et éthique est non seulement viable, mais essentielle, même dans un contexte économique complexe. Fondée en 1988 par les pionniers de la finance éthique en France, la Nef repose sur quatre principes fondamentaux : le circuit court de l’argent (et la non-spéculation), la transparence, la gouvernance démocratique et le financement exclusif de projets à impact positif.

En tant que banque indépendante, la Nef n’est rattachée à aucun grand groupe bancaire, marquant une vraie rupture dans un système financier dominé par la concentration.
Sa mission est claire : collecter l’épargne pour financer des projets qui contribuent à un monde plus juste et durable, tout en garantissant une transparence totale sur l’utilisation des fonds. La Nef est, depuis 40 ans, le seul établissement financier français à publier la liste complète de ses financements.

Il est possible de réconcilier finance et éthique, en privilégiant l’utilité sociale et environnementale au lieu de l’optimisation des profits.

Questions Cdurable à Ivan Chaleil
Questions Cdurable !
ou c’est pas durable ?
Au delà des communiqués, qui ne présentent souvent que le « meilleur », et du développement durable, qui ne fait que tenter de réduire les impacts négatifs d‘une croissance volumique, nous nous intéressons aujourd’hui, 20 ans après la création de Cdurable.info, aux questions essentielles. Alors Cdurable ou pas ? 9 questions qui nous invitent à Comprendre pourquoi Agir & Coopérer avec le vivant, Cdurable !

Quelle est la nature de ma relation avec le vivant ?
Le vivant, pour moi,
ça commence par l’humain.
J’ai toujours fait des métiers de lien, j’ai une grande famille, et le lien social est au cœur de ce que je suis. Mais il y a aussi, depuis le plus jeune âge, un attachement profond à la terre et aux animaux. J’ai un pied-à-terre en Ardèche, au milieu de nulle part, entouré d’arbres et de nature. Cet ancrage me permet d’avoir un très bon équilibre de vie.
Le silence du vivant est parfois extrêmement régénérateur.
Quels sont mes besoins et choix d’alimentation ?
C’était déjà le cas avant, mais les vingt et quelques années passées à la Nef ont renforcé cette conviction : je suis consommateur bio en grande partie, pas exclusivement.
Je privilégie autant que possible une alimentation locale, type panier paysan, et pas uniquement pour les fruits et légumes ; aujourd’hui, l’offre s’est très bien développée pour d’autres types de produits aussi.
Ayant trois enfants, je n’évite pas toujours le fast-food, il faut le dire. Mais mon mantra depuis cinq ou six ans, c’est de manger de moins en moins de viande, et de consommer au maximum local et bio.

Quel est mon type d’habitat actuel et idéal ?
J’ai actuellement l’habitat idéal, justement parce qu’il est double. D’un côté, un appartement en centre-ville de Lyon, dans une rue piétonne, où tout se fait à pied, à vélo ou en métro. De l’autre, un pied-à-terre en rase campagne ardéchoise, où je ne croise personne d’autre que des brebis et des oiseaux.
C’est cet équilibre entre l’effervescence urbaine et le silence de la nature qui rend le tout idéal. Il faut les deux.
Quelle activité physique favorise mon bien-être et ma santé ?
Au quotidien,
c’est beaucoup de marche et de vélo.
Je fais entre une demi-heure et une heure de vélo chaque jour, et au moins une demi-heure de marche. Et le péché mignon, c’est de jouer au foot toutes les semaines avec les amis.

Quels savoirs m’ont permis de comprendre comment agir ?
Les savoirs académiques
m’ont beaucoup aidé.
D’abord, j’ai fait une fac d’économie où je me suis orienté vers l’économie internationale, le développement, les notions de centre et de périphérie, d’accaparement des ressources par une partie de la planète au détriment d’une autre. Cela m’a profondément touché et poussé à agir. Ensuite, j’ai intégré une école de commerce à Lyon, très orientée développement et humanitaire, où il fallait choisir un continent sur lequel se spécialiser.
J’avais choisi l’Afrique
et j’y suis parti travailler.
Ces expériences académiques ont nourri une conviction probablement déjà présente : la vie, ce n’est pas juste laisser passer le temps. Il faut agir contre les inégalités qui sont face à nous, et qui existent parfois depuis des centaines d’années. Depuis, ce sont aussi beaucoup de rencontres, de conférences et de podcasts qui continuent de nourrir cette réflexion.

Quel est le sens que je donne à mon travail ?
Je ne m’imagine pas travailler trente ou cinquante heures par semaine sans que cela ait du sens.
J’ai eu la chance de choisir et d’être choisi par une entreprise coopérative avec un ADN extrêmement fort : social, solidaire, écologique et culturel. Savoir que la Nef a du sens donne du sens à chacune de mes journées. C’est facile d’aller travailler quand on est porté par un tel projet.
Quelle énergie j’utilise pour mes usages et besoins ?
Ce n’est pas le sommeil,
parce que j’en manque pas mal !
C’est l’activité physique qui me donne l’énergie nécessaire pour être opérationnel : la marche, le vélo, le foot. Et le fait de retrouver un autre rythme avec la famille le soir et le week-end permet de maintenir un bon équilibre.

Quelle est mon implication personnelle pour l’intérêt général ?
Mon travail à la Nef est déjà, en soi, une forme d’implication pour l’intérêt général.
Mais au-delà, j’ai quelques engagements associatifs. Ce que j’apprécie, c’est d’inverser les rôles : la semaine, j’occupe un poste à forte responsabilité ; le soir et le week-end, je préfère être l’aidant, l’exécutant. Donner un coup de main à l’agriculteur du coin, siéger au conseil d’administration d’une association. Cette implication personnelle prolonge naturellement mon engagement professionnel.
Quels sont mes liens de coopération et ma participation au bien commun ?
Une bonne partie de mon métier consiste précisément à tisser des liens de coopération.
La Nef agit dans le champ de la finance éthique, mais l’enjeu est de connecter notre action avec d’autres secteurs : l’énergie, l’alimentation, l’économie circulaire, la culture. Le bien commun ne peut pas être la finance d’un côté et l’alimentation de l’autre.
Mon travail au quotidien, c’est de rendre tout cela plus collectif et plus coopératif.
Carte blanche : quel est le message essentiel que vous souhaitez faire passer à nos visiteurs ?
J’ai deux messages. Le premier concerne la Nef : je voudrais pousser chacun à reprendre la responsabilité de son argent. Se poser la question de où il va, considérer que nous sommes tous acteurs de la finance, y compris de la finance mondiale, qui n’est finalement que l’addition de nos finances individuelles.
Mon invitation : réfléchir à où notre argent pourrait être engagé de façon plus vertueuse et plus transparente.
Mon second message est plus général, et très lié au climat actuel : j’invite chacun à être modéré et dans la nuance. Un philosophe avait dit : « Il faut être exagérément modéré. » J’aime beaucoup cette phrase, et j’y ajoute la notion de nuance. Dans un monde de clivage, accepter qu’on ne sait pas tout et que rien n’est tout blanc ou tout noir pourrait beaucoup nous aider en tant que société.




