Comment sortir des logiques de guerre ? Il est désormais impératif de rompre avec les logiques de puissance et de brutalisme qui paralysent la marche du monde. Les modèles actuels, dominés par les intérêts nationaux à court terme et la confrontation, sont incapables de répondre aux défis globaux qui menacent nos écosystèmes. Face à la fragilité du vivant et à la complexité des crises, nous devons substituer la domination par la coopération et la dénonciation par la résolution en nous mettant d’accord sur les échelles de temps.

Une « auto-régulation créatrice » pour bâtir une autorité morale
Cette déclaration pose les jalons d’une « auto-régulation créatrice » pour bâtir une autorité morale fondée sur l’accord et le respect de principes universels.
Vers une Fondation Mondiale
L’objectif est la création d’une institution visant soit à faire évoluer l’ONU pour garantir le respect du droit, soit à bâtir une nouvelle organisation mondiale des peuples et des nations. Sa force ne résidera pas dans la puissance étatique, mais dans le soutien et le respect inspirés aux populations.
Trois principes éthiques fondamentaux :
- Équité : Garantir à chaque individu une place avec une égale dignité.
- Régulation : Soumettre toute action à une étude préalable d’impact sur les écosystèmes.
- Apaisement : Privilégier systématiquement le dialogue, la concertation et le débat public face aux litiges.

Un Protocole de Résolution : 12 phases en 4 étapes
Pour naviguer dans la complexité et l’incertitude, nous adoptons une méthode rigoureuse structurée autour de quatre attitudes clés :
- Établir la confiance : entamer l’échange dans la bienveillance, s’accorder sur le cadre approprié, décider d’un sujet à traiter.
- Aboutir à un commun avec lucidité: reconnaître les spécificités de chacun, se mettre d’accord sur les fragilités, s’accorder sur les accords partagés.
- Prendre des risques : poser les questions qui pourraient fâcher, accepter les transformations subséquentes pour réduire les tensions, reformuler les nouvelles orientations retenues.
- Se préparer aux incertitudes établir les règles communes, élaborer les principes à respecter, identifier les critères d’utilité pour un renouvellement.
Les outils de la souveraineté populaire
La souveraineté réelle repose sur des moyens concrets permettant aux citoyens d’être acteurs de leur destin :
- e-Démocratie et Identité Numérique : Développer une identité numérique infalsifiable pour permettre des consultations en temps réel et garantir une information crédible, à l’abri des manipulations.
- Maisons de la Résilience : Créer des espaces locaux pour tisser des liens sociaux et adapter les solutions globales aux réalités du terrain.
- Biens Communs Mondiaux : Assurer la gestion collective et non marchandisée des ressources écologiques, naturelles et des réseaux numériques.
- Éducation et Transformation : Promouvoir une nouvelle éducation à la démocratie pour favoriser l’intelligence collective et permettre à chacun de sortir de la victimisation et réduire les manipulations.

Une approche pragmatique
Ce modèle refuse les réponses maladroites aux problèmes complexes. Il intègre son propre dispositif d’évaluation par un organisme indépendant pour s’assurer que les engagements pris sont contraignants, durables et servent l’intérêt des générations futures.

Approfondir sur l’habitabilité de la terre
Vers une science de l’habitabilité de la Terre

Blanc N., Ader M., Berlantini G., Coumoul X., Depoux A., Devès M., Gaillardet J., Hillenkamp I., Magnan C., Milon A-S., Reber B., Revet S. ; Vers une Habitabilité de la Terre, Centre des Politiques de la Terre, Université Paris Cité, (2025), 56 pages.
Jamais on n’a autant parlé de la Terre
Les unes des médias font quotidiennement état de la dégradation des conditions environnementales à toutes les échelles spatiales, qu’il s’agisse de l’augmentation continue de la teneur en gaz carbonique (CO2) de l’atmosphère, de l’acidification des océans, de la disparition des forêts tropicales, des inondations côtières, de la baisse phénoménale de la diversité des êtres vivants en lien avec les contaminations par de nombreuses substances toxiques, de la pollution plastique, de la subsidence des villes ou des séismes causés par l’hyper-exploitation des nappes phréatiques. Si la commission internationale de stratigraphie a finalement décidé de ne pas faire de l’Anthropocène une nouvelle période géologique en 2024, le constat fait par la communauté des scientifiques qui étudient la Terre et la vie sur la Terre est sans appel. L’action humaine a atteint
des proportions géologiques : cela signifie que les activités humaines, au même titre que la dynamique mantellique ou les variations de rayonnement solaire, influencent la partie de la planète que les humain.e.s habitent et dont il.elle.s tirent les ressources nécessaires à la satisfaction de leurs besoins. Ces activités font/sont en train de faire bifurquer la trajectoire historique de cette fine pellicule fragile de sa
surface, au risque que, par endroits, elle ne puisse plus être habitable d’ici à une ou quelques générations, l’exemple le plus concret étant celui de la montée des eaux faisant disparaitre des îles-nations.
Habiter évoque l’idée d’une résidence dans un endroit particulier sur un plus ou moins long terme. Ce verbe mobilise deux notions centrales des sciences de la Terre au sens large : le temps et l’espace, autrement dit l’histoire et la géographie. Végétaux, animaux et humain∙e∙s, sans oublier les microorganismes (Margulis, Sagan, 1997), vivent dans ces lieux dans le temps et dans l’espace, les transformant en territoires habités dès lors qu’ils y tissent des liens et des interactions biochimiques sur le long terme.
Pour cela, le concept des limites planétaires (Rockström et al., 2009, mis à jour par Steffen et al., 2015) qui travaille à définir à l’échelle globale les conditions nécessaires à la persistance des sociétés humaines actuelles sur Terre doit être mis à l’épreuve des territoires. L’enjeu est de caractériser et comprendre les diverses manières expérimentées par les humain∙e∙s, organisé∙e∙s en groupes sociaux, d’habiter différents territoires par le passé, au présent et dans le futur. Ces connaissances donneront le
pouvoir d’imaginer des manières d’habiter des territoires en pleine mutation. Les sciences de l’habitabilité, dont l’objectif est le développement d’une intelligence collective de l’habitabilité, y contribuent essentiellement et sont donc de première importance aujourd’hui. Le développement de connaissances sur l’habitabilité requiert d’allier des perspectives temporelles plurielles, locales à globales, à des espaces qualifiés d’habitables (ou d’inhabitables). Ces savoirs mobilisent l’interdisciplinarité pour comprendre les
conditions permettant de préserver l’habitabilité de la planète, selon une démarche rétroactive consistant à corriger selon les apprentissages et les expériences. L’habitabilité est alors redéfinie comme le résultat des stratégies d’atténuation, d’adaptation et de transformations visant à respecter les limites et trajectoires planétaires lesquels se déploient à partir de choix socio-économiques, sanitaires, scientifiques,
politiques et au gré des mobilisations collectives à différentes échelles et mobilisant différents types de valeurs (par exemple, le climat et la justice sociale) (Blanc et al., 2022).
L’habitabilité est redéfinie comme le résultat des stratégies d’atténuation, d’adaptation et de transformations visant à respecter les limites et trajectoires planétaires
L’enjeu est de contrer la progression de l’« inhabitabilité » des territoires – néologisme qui rend compte du laisser-aller face à l’urgence à agir, au risque du délaissement d’une partie de la population.
Une Terre au défi de l’habitabilité
Le Centre des Politiques de la Terre vise à produire une recherche interdisciplinaire d’excellence, visible et attractive en France et à l’international, en collaboration avec des porteurs d’enjeux agissant aussi bien à l’échelon local qu’au niveau global.
Ayant pour objet de répondre aux enjeux scientifiques et politiques soulevés par divers diagnostics sur l’état de la planète (effets grandissants des activités industrielles et agricoles sur les grands équilibres de la biosphère, perturbation des grands cycles de l’eau, du carbone ou de l’azote, etc.), le Centre s’est donné pour mission de développer de nouvelles manières de connaître et de gouverner ces phénomènes socio-environnementaux, tout en s’inscrivant dans une relation transformée entre science et société.
Fondé en 2019, le CPT a permis de faire émerger une communauté interdisciplinaire de recherche fondée sur l’exploration conjointe de la nature et des sociétés par les sciences expérimentales (physiques et biologiques) et les sciences humaines et sociales. Une Terre au défi de l’habitabilité. Université et enjeux des savoirs de la Terre, texte de positionnement stratégique, définit son agenda de recherche pour les années à venir et concrétise ces trois années de dialogue interdisciplinaire.
Le principe habitabilité par Baptiste Morizot et Laurent Neyret
A quoi sert le droit face à la destruction sans précédent des conditions de la vie sur Terre ? – La question se pose, à l’heure où s’achève ce premier quart de XXIe siècle, face au contraste entre, d’un côté, le niveau sans précédent du réchauffement climatique et de l’effondrement de la biodiversité, et de l’autre, le plafonnement des mesures juridiques prises par l’humanité pour protéger les conditions de la vie sur Terre. Changement climatique, perte de biodiversité, maladies, décès, pertes économiques, migrations, conflits : tout est lié. Dix ans après l’Accord de Paris qui a marqué un formidable élan diplomatique, politique, civique et juridique en faveur du climat et de l’environnement, le droit, dont on n’a plus que jamais besoin, est fragilisé. La preuve en est la manière dont le droit de l’environnement – la branche du droit dont on pouvait légitimement s’attendre à ce qu’elle serve de rempart aux atteintes aux conditions de la vie – est touché sur deux de ses bords.
La légitimité du droit de l’environnement est attaquée – « Drill baby drill », « déréglementation la plus conséquente de l’histoire des États-Unis » , le droit de l’environnement est au bout du fusil de ceux qui – en toute mauvaise foi et sous couvert de simplification, – pas seulement aux États-Unis, mais aussi en Europe, en France – répondent à l’appel décomplexé contre un droit de l’environnement soi-disant « contrainte injustifiée », « obstacle à la compétitivité », au profit de la force qui génère actuellement les effets de destruction les plus massifs et systématiques : l’extractivisme, entendu ici comme la forme illimitée de l’économie extractive.
L’efficacité du droit de l’environnement est discutée – Désillusion ou conviction, face à l’aggravation de la crise climatique et écologique, un sentiment grandit qui met en doute la capacité du droit de l’environnement à empêcher les cataclysmes climatiques, écologiques et humains, fragilisant l’édifice pourtant considérable des lois de l’environnement. Un tel mouvement de fragilisation est aggravé par le contexte de polycrises – sécuritaire, sanitaire, climatique, sociale, démocratique – où certains s’emploient à mettre en concurrence les fins ; fin de conflits, fin du mois, fin du monde.
Dialogue entre un juriste et un philosophe – C’est dans un tel contexte qu’il faut comprendre la publication du produit d’une discussion au long cours entamée il y a plusieurs années, après la COP21, entre un juriste et un philosophe. Ce dialogue avait pour énigme originelle la nécessité de comprendre les raisons profondes de l’incapacité du droit à protéger les conditions de la vie sur Terre, et l’ambition de formuler les prémisses de ce dont le droit aurait besoin pour résoudre cette impuissance, et se hausser à la hauteur du défi climatique et écologique qui nous frappe. Loin de tout solutionnisme juridique qui prétendrait répondre à l’urgence, le vecteur ici consistait à viser l’altitude analytique maximale pour prendre le temps de questionner, à l’échelle du siècle, les transformations structurelles nécessaires au droit environnemental et au droit le plus fondamental pour les rendre capable de protéger ce qui doit être protégé : l’humanité dans ses interdépendances avec la biosphère et l’aventure de la vie sur Terre.
Convoquer l’inventivité juridique pour raviver le droit face aux atteintes à la vie sur Terre – Face à l’ampleur historique des enjeux climatiques et environnementaux, l’heure n’est pas au renoncement, mais à l’engagement, par le droit. Un foisonnement d’initiatives existe qui montre combien la société se mobilise en utilisant le droit comme levier majeur. Comme au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour les droits humains, à l’heure où l’humanité et l’ensemble de la vie sur Terre telles que nous les connaissons, sont menacées, le droit a besoin d’un nouvel élan.
Pour y parvenir, il est nécessaire de comprendre le parcours qui a mené le droit de l’environnement – branche du droit censément dédiée à la protection des conditions de la vie – à son plafonnement actuel, d’où il ressort que l’infrastructure du droit de l’environnement est fondamentalement fragilisée par l’absence de valeur cardinale protégée (I). A partir de là, l’entreprise de refondation devient possible, en découvrant par un raisonnement philosophique et une analyse juridique croisés, un principe capable de contribuer à la robustesse d’un droit environnemental augmenté, inscrit au niveau supérieur fondamental du droit : le principe habitabilité (II).



