Pour le Parlement européen, la Banque mondiale doit sortir des fossiles

Le Parlement européen a voté cette semaine une nouvelle Résolution [[Lire la Résolution sur la stratégie énergétique de la Banque mondiale pour les pays en développement en cliquant ici.]] qui enjoint la Banque mondiale à mettre fin à ses soutiens aux énergies fossiles, et l’encourage à adopter une politique énergétique progressiste et ambitieuse. Les députés européens demandent à la Banque de se tourner vers le financement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, et de favoriser les modèles énergétiques décentralisés répondant aux besoins des communautés locales.

En janvier 2010, la Banque mondiale a lancé une révision de sa Stratégie Energie. La nouvelle Stratégie guidera les investissements de la Banque dans ce secteur pour les dix prochaines années, et aura ainsi une influence massive sur les choix énergétiques développés dans les pays les plus pauvres. La Résolution votée hier par les députés européens note l’importance de ce processus et s’inquiète de la tendance de la Banque à investir massivement dans les centrales à charbon, qui enferment les pays en développement dans des modèles très intensifs en carbone pour des décennies.

Anne-Sophie Simpere, des Amis de la Terre, confirme : « En 2010, la Banque mondiale a investi 6,6 milliards de dollars dans les énergies fossiles, soit 126 % de plus que l’année précédente. 4,4 milliards de dollars sont allés dans de méga centrales à charbon, dont celle de Medupi en Afrique du Sud, projet auquel la population locale était massivement opposée en raison de ses impacts environnementaux et sociaux désastreux ».

Les députés européens rappellent les engagements des dirigeants du G20 de mettre fin aux subventions publiques aux fossiles, et encouragent la Banque mondiale à supprimer ses prêts aux énergies fossiles d’ici 2015, pour rediriger ses financements vers les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique.

Au-delà de la question des énergies fossiles, la Résolution appelle la Banque mondiale à protéger les droits des communautés locales et à fixer des objectifs de développement clairs dans tous les projets financés. Un rapport de l’ONG Oil Change International publié en octobre 2010 démontrait en effet qu’aucun des projets d’énergie fossile financé par la Banque mondiale n’avait permis d’améliorer l’accès à l’énergie des plus pauvres [[Oil Change International, Energy for the poor ? octobre 2010.]].

Enfin, le Parlement européen alerte la Banque mondiale sur les risques des projets nucléaires, de grands barrages et d’agrocarburants, s’inquiétant du fait que la Banque mondiale les considère comme des énergies propres.

Anne-Sophie Simpere confirme : « Les grands barrages peuvent avoir des impacts catastrophiques sur les populations locales, en impliquant par exemple des déplacements forcés de communautés, et la perte de leurs moyens de subsistance, tandis que l’énergie produite sera bien trop chère pour elles. » Elle conclut : « La Résolution votée hier par le Parlement européen est très encourageante. Sur cette base, les Etats européens, pourraient avoir une position exemplaire dans le cadre de la révision de la Stratégie Energie de la Banque mondiale. La France est l’un des principaux actionnaires de la Banque : l’administrateur français à la Banque mondiale, et au ministère des Finances doivent soutenir les positions ambitieuses du Parlement européen. »

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