Depuis plus de cinquante ans, les alertes sur le climat ne cessent de s’amplifier. Après le développement durable et la transition énergétique, les dirigeants politiques et les pouvoirs économiques proposent un nouveau narratif : l’adaptation. Alors que nous savions, pourquoi ne s’est-il rien passé ? Comment le réchauffement climatique a pu devenir un choix ? La série Arte « FUCK LA PLANÈTE – Le choix du réchauffement » retrace en trois épisodes l’histoire des alertes climatiques depuis plus d’un siècle. Mais l’humain est-il « Une espèce à part » ? L’Homme n’est pas unique. De l’infiniment grand à l’infiniment petit, cette série d’animation diffusée sur Arte en 2018 et à revoir en intégralité, observe l’humanité à la loupe et replace l’Homme dans un univers dont il n’a jamais été le centre.

Une espèce à part
Prendre quelques minutes pour contempler l’univers de l’extérieur de son nombril
L’Homme n’est pas unique. De l’infiniment grand à l’infiniment petit, cette série d’animation observe l’humanité à la loupe et replace l’Homme dans un univers dont il n’a jamais été le centre. De l’univers aux gènes, des écosystèmes au corps humain, chaque épisode permet d’appréhender des grandeurs et concepts difficilement imaginables par notre cerveau. Arte nous permet de la regarder à nouveau dans son intégralité.
Pour Jean Jalbert, cette série pose LA question
L’humain immature, capable du meilleur comme du pire, parviendra-t-il à l’âge de raison avant de bruler sa propre maison ?

Cet extrait de la magistrale série de Franck Courchamp et Clément Morin « Une espèce à part », pose LA question qui devrait mobiliser toutes les composantes de la société, citoyens, élus, entreprises …
« L’homme a développé le consumérisme, la destruction des terres et des mers, l’exploitation d’autres espèces en même temps que de la sienne. Il a réussi la prouesse de souiller les plus hauts sommets du monde et les plus profonds océans, l’intérieur des espèces et l’extérieur de sa planète…/… Il semble privilégier la croyance au savoir, l’avoir à l’être, et l’image du bonheur au bonheur lui-même. Il se pense maître de tout, mais ne se maîtrise pas. Il est la seule espèce à avoir développé la capacité de détruire son propre environnement sans avoir développé la sagesse de ne pas le faire. L’humain si précoce et encore immature, capable du meilleur comme du pire, parviendra-t-il à l’âge de raison avant de bruler sa propre maison ? Cette question est tout sauf insignifiante. »
Une espèce à part (intégrale) – Série documentaire Arte
FUCK LA PLANÈTE – Le choix du réchauffement
Depuis plus de cinquante ans, les alertes sur le climat ne cessent de s’amplifier. Alors que nous savions, pourquoi ne s’est-il rien passé ? Comment le réchauffement climatique a pu devenir un choix ? Alors que la montée des eaux est déjà une actualité comme à Jakarta, la série montre comment une bataille s’est jouée entre lanceurs d’alerte et scientifiques, politiques, industriels et économistes, en façonnant les choix qui nous mènent à la crise climatique.
Dès le XIXe siècle, des savants comprennent que l’industrialisation et les énergies fossiles modifient l’atmosphère. Après la Seconde Guerre mondiale, des chercheurs du projet Manhattan alertent sur une « expérience géophysique sans précédent ». Mais les enjeux militaires et économiques prennent le dessus. Dans les années 1970, malgré les premières conférences internationales et les avertissements du MIT, les chocs pétroliers relancent massivement le charbon.
Aux États-Unis, les travaux du climatologue James Hansen et du rapport Charney confirment qu’un réchauffement majeur est inévitable. Pourtant, sous Reagan, les économistes favorables au libre marché imposent une logique coût-bénéfice : un réchauffement de 3°C devient « acceptable » au regard de la croissance. La mondialisation accélère, la Chine modernise ses mines de charbon et les émissions explosent.
Devant l’évidence, l’industrie fossile organise la contre-attaque. Des groupes comme la Global Climate Coalition financent le climatoscepticisme, influencent les médias et freinent toute régulation internationale. Malgré les COP, le GIEC et les mobilisations écologistes, les intérêts économiques dominent.
Le documentaire montre ainsi que le réchauffement n’est pas une fatalité scientifique mais le résultat de choix politiques, économiques et idéologiques souvent au bénéfice des élites, tandis que les populations les plus vulnérables restent en première ligne.
Épisode 1 – Les Premières Alertes
RÉSUMÉ : À Jakarta, la montée des eaux illustre l’impact déjà visible du changement climatique. Pourtant, les alertes scientifiques se succèdent depuis le XIXᵉ siècle. Des premiers travaux sur l’effet des activités humaines aux rapports du MIT et aux sommets internationaux, les avertissements ont été ignorés, freinés par des intérêts économiques, énergétiques et géopolitiques.
Nous sommes aujourd’hui 8 milliards d’humains, dont près d’un milliard vivent dans des zones côtières déjà touchées ou bientôt menacées par le changement climatique. Jakarta en est l’un des symboles les plus frappants : chaque année, les moussons inondent la ville, qui s’enfonce progressivement sous son propre poids tandis que le niveau de la mer continue de monter. Malgré ces bouleversements, la vie quotidienne se poursuit et les habitants s’adaptent tant bien que mal.
Cette situation soulève une question essentielle : pourquoi les avertissements scientifiques n’ont-ils pas conduit à une action plus rapide ? Dès le XIXᵉ siècle, certains chercheurs identifient les effets potentiels de l’industrialisation sur l’atmosphère et envisagent déjà une hausse importante des températures. Au milieu du XXᵉ siècle, des scientifiques liés au projet Manhattan alertent à leur tour sur le caractère inédit de l’expérience climatique menée par l’humanité avec les énergies fossiles. Dans le contexte de la Guerre froide, ces connaissances intéressent également les stratèges militaires, qui imaginent utiliser les phénomènes climatiques comme armes, contribuant au développement de nouvelles infrastructures scientifiques.
À partir des années 1970, les alertes se multiplient. L’étude du MIT sur les limites de la croissance et la conférence de Stockholm marquent une prise de conscience internationale. Mais le premier choc pétrolier conduit les grandes puissances occidentales à relancer massivement le charbon, reléguant les préoccupations environnementales au second plan. Face à cette contradiction, scientifiques et militants tentent d’alerter l’administration Carter. Le changement climatique devient alors un enjeu politique mondial, même si les réponses restent largement insuffisantes. Pour les climatologues, une certitude s’impose : les conséquences de l’inaction finiront par se manifester.
Épisode 2 – Économistes VS climatologues
RÉSUMÉ : À la fin des années 1970, les scientifiques confirment qu’un réchauffement de 3 °C est probable, mais l’arrivée de Reagan freine l’action climatique au profit des intérêts économiques. Malgré les preuves apportées par les glaces de Vostok, il faut attendre le témoignage de James Hansen en 1988 pour que le climat devienne un enjeu mondial et conduise à la création du GIEC.
À la fin des années 1970, le président Carter, malgré sa relance du charbon pour garantir l’approvisionnement énergétique des États-Unis, demande aux meilleurs climatologues d’évaluer les risques du réchauffement climatique. Sous la direction de Jules Charney, un comité scientifique conclut qu’un doublement du CO₂ entraînerait un réchauffement d’environ 3 °C au cours du XXIᵉ siècle. Aujourd’hui, les scientifiques savent qu’un tel niveau de réchauffement n’a pas été atteint depuis trois millions d’années, lorsque le niveau des mers était environ 24 mètres plus élevé.
L’élection de Ronald Reagan marque un tournant. Les réglementations environnementales sont démantelées et un nouveau rapport de l’Académie des sciences, bien que riche en alertes, est encadré par une direction favorable au marché. Sa conclusion appelle à attendre, misant sur les progrès technologiques plutôt que sur une réduction des émissions. Dans le même temps, l’économiste William Nordhaus développe une analyse coût-bénéfice qui présente un réchauffement de 3 °C comme économiquement « optimal », tandis que les financements du climatologue James Hansen sont réduits.
Au milieu des années 1980, les alertes scientifiques semblent s’essouffler alors que la Chine accélère son industrialisation grâce au charbon, avec le soutien technologique d’entreprises occidentales. En Antarctique, les carottes de glace de Vostok révèlent 150 000 ans d’histoire du climat et démontrent clairement l’augmentation inédite du CO₂ depuis la révolution industrielle. Cette preuve renforce les arguments des climatologues. En 1988, James Hansen témoigne devant le Congrès américain et affirme publiquement que le réchauffement climatique est en cours. Son intervention marque un tournant mondial : le climat devient un enjeu politique majeur et les pays du G7 créent le GIEC, laissant espérer une mobilisation internationale.
Épisode 3 – Le temps des lobbyistes et des idéologues
RÉSUMÉ : À la fin des années 1970, les scientifiques confirment qu’un réchauffement de 3 °C est probable, mais l’arrivée de Reagan freine l’action climatique au profit des intérêts économiques. Malgré les preuves apportées par les glaces de Vostok, il faut attendre le témoignage de James Hansen en 1988 pour que le climat devienne un enjeu mondial et conduise à la création du GIEC.
Après l’alerte lancée par James Hansen et la création du GIEC, l’industrie des énergies fossiles redoute qu’une prise de conscience mondiale menace son modèle économique. À l’approche du Sommet de la Terre de Rio en 1992, où les États s’engagent à coopérer face au changement climatique, les grandes compagnies pétrolières, charbonnières et électriques créent la Global Climate Coalition. Cette organisation finance des études biaisées, soutient des experts climatosceptiques, conteste les travaux du GIEC et mène un lobbying intense pour retarder toute régulation.
Parallèlement, la mondialisation s’accélère. Entre 1990 et 2010, le commerce maritime explose, la production est délocalisée vers l’Asie et les multinationales organisent des chaînes d’approvisionnement mondiales fondées sur une énergie abondante et bon marché. Malgré les alertes scientifiques, la croissance économique demeure la priorité. Au début des années 2000, James Hansen tente de convaincre plusieurs gouvernements de l’urgence climatique. Il dénonce des responsables politiques qui n’acceptent que les résultats conformes à leurs intérêts et prévient que ce déni conduira à une catastrophe environnementale.
Si la Global Climate Coalition disparaît, sa stratégie perdure à travers des think tanks pro-marché, regroupés notamment au sein du réseau Atlas, qui combattent les politiques climatiques et soutiennent des courants conservateurs et populistes. Lors des conférences internationales sur le climat, ces organisations et les représentants de l’industrie fossile continuent d’exercer une influence majeure sur les négociations. Alors que le réchauffement atteint déjà +1,5 °C, la prévention laisse progressivement place à l’adaptation. Bangkok, New York, le Japon ou Jakarta investissent dans des projets destinés à faire face à la montée des eaux. À Jakarta, la nouvelle capitale est construite à Bornéo, au prix d’une importante déforestation, tandis que la majorité des habitants reste confrontée aux inondations.
Le récit s’achève sur l’idée qu’en l’absence d’une action suffisante, l’adaptation risque d’accentuer les inégalités et de dessiner une véritable dystopie.
Titre : F**K LA PLANÊTE, LE CHOIX DU RÉCHAUFFEMENT
Format : 3 X 45 min
Auteurs : Jean Robert VIALLET et Jean-Baptiste FRESSOZ
Production : Victor EDE / Cinéphage Productions
Co-produit par : Petra SELIŠKAR / Petra Pan Film
Montage : Catherine CATELLA
Musique : Filip SIJANECCo-produit par : ARTE France & RTV Slovenia
© Cinéphage Productions, Petra Pan Film, ARTE France, RTV Slovenia 2026
Note du réalisateur

Il n’est plus une journée sans que l’on nous parle de plan climat, d’énergie vertes, d’environnement. Dans les discours mainstream, ici le développement durable, là la transition énergétique, là encore la neutralité carbone… Pourtant, personne n’y croit vraiment. Les expressions sont creuses. Tous les curseurs sont dans le rouge. L’exploitation des énergies fossiles ne cesse de croître, les émissions de CO2 aussi, la consommation de masse et le tourisme global augmentent, les pollutions massives par l’industrie et par l’agriculture s’amplifient, la terre brûle, le climat se dérègle, les océans se réchauffent, les glaces fondent, l’eau vient à manquer. Et rien. Depuis 50 ans, rien ne change.
Étrangement, tout se déroule comme si nous étions incapables de transformer nos systèmes techniques tant ils sont massifs et mondialisés. Tout se passe comme si nous étions désormais éternellement dépendants d’une économie de marché, globale, libérale et dérégulée. Tout se passe comme s’il n’y avait comme seul horizon, seul levier politique, qu’un technosolutionisme qui devrait un jour nous sortir de l’impasse. Alors, depuis quelques années, un nouveau concept émerge dans les discours politiques des chefs d’état, dans les rapports scientifiques, dans les instances internationales. L’Adaptation. Bientôt le concept pénètrera toutes les strates de nos sociétés. Le raisonnement est le suivant : puisque le réchauffement est en train d’advenir, puisque nous sommes incapables de l’empêcher sans sacrifier nos modes de vie, que nous reste-t-il ? Une seule issue : atténuer les effets du CO2 et s’adapter. En langage politique cela donne : « Soyons pragmatiques. Les sociétés vont avoir à faire face à de nouveaux enjeux ». En langage “corporate“ ça se traduit en « faisons du changement climatique une opportunité » …
L’éternelle croissance, le progrès infini sont peut-être un pacte faustien duquel nous ne saurions nous libérer. Il faut le reconnaitre, c’est complexe. On ne passe pas d’un système économique à un autre si facilement. On ne renonce pas aisément à la promesse d’un confort toujours plus abondant. On ne met pas au diapason toute une planète profondément inégalitaire. On n’impose pas aux nations du monde entier une même feuille de route, quand chacune a comme priorité la défense de ses intérêts propres, de sa souveraineté.
Dans L’HOMME A MANGÉ LA TERRE, je déployais une histoire autour de l’interrogation « comment en sommes-nous arrivés là », un récit qui débutait avec la révolution industrielle et s’achevait à l’aube des années 80, à l’arrivée au pouvoir de Thatcher et Reagan. Avec ce film, j’ai fait des centaines de projections-débats face à des publics de toutes sortes, dans des cinémas de petites villes et villages, des collèges, des universités, des grandes écoles, des associations, des festivals … À chaque projection, une interrogation sans cesse réitérée, en particulier par la jeune génération : « pourquoi n’avons-nous pas changé de trajectoire ? ». Voilà donc la question centrale de ce nouveau film.
F**K LA PLANÊTE, LE CHOIX DU RÉCHAUFFEMENT commence donc dans les années 50 et s’achève aujourd’hui pour explorer cette énigme historique : Face aux alertes, pourquoi ne s’est-il rien passé ? C’est une histoire de silences coupables, d’atermoiements, de renoncements, d’inerties sans fin, de passions humaines et d’intérêts privés. J’ai conscience que cette proposition est une histoire complexe, globale et transversale dans le même esprit que ce nous avions fait avec L’HOMME A MANGÉ LA TERRE. C’est un récit écrit avec l’historien des sciences, des techniques et de l’environnement Jean-Baptiste Fressoz. Un récit développé avec une des connaissances les plus pointue en la matière, mené avec le soin de s’adresser à nous tous, parce qu’il répond à une question qui nous concerne tous. Et là, reviendra la même question existentielle et poignante. Pourquoi, dans les 5 décennies qui viennent de s’écouler, n’avons-nous pas changé de trajectoire ? Comment avons pu laisser nos décideurs choisir le réchauffement de notre climat ?
A propos de Jean-Robert Viallet

Jean-Robert Viallet est réalisateur et journaliste. Il a reçu le prix Albert Londres en 2010 pour sa trilogie LA MISE À MORT DU TRAVAIL, une immersion au cœur de grands groupes mondialisés. Son travail s’intéresse aux zones grises des pouvoirs, aux fractures de la société contemporaine et à la question environnementale. Il a travaillé sur le business des camps de redressement pour adolescents aux États- Unis (LES ENFANTS PERDUS DE TRANQUILITY BAY), sur le trafic d’armes international (UNE FEMME À ABATTRE). Il s’est intéressé aux liaisons dangereuses entre vendeurs d’armes et partis politiques français dans une série documentaire en six épisodes de 52‘ à propos duquel le quotidien Le Monde écrit : « Aussi haletante, alambiquée et humainement puissante que les meilleures séries de fiction, MANIPULATION, une histoire française méritera d’être revue en regardant les six épisodes à la suite, pour mieux en goûter l’exaltante et terrifiante dramaturgie ». Après un film au cœur de la France des marges et des oubliés de l’économie globale (LA FRANCE EN FACE), il co-signe avec Alice Odiot un diptyque sur deux familles confrontées à la justice (JUSQU’A CE QUE LA MORT NOUS SEPARE, LE MAUVAIS ŒIL). Il réalise ensuite une enquête mondiale sur la marchandisation de l’enseignement supérieur (ETUDIANTS : L’AVENIR À CRÉDIT). En 2019 il termine L’HOMME A MANGÉ LA TERRE, une fresque toute archives qui raconte une contre-histoire du progrès. DES HOMMES, co-réalisé avec Alice Odiot, long-métrage documentaire sélectionné à l’ACID-CANNES 2019, est sorti en salle en février 2019. En 2022 il réalise Système Total, anatomie d’une multinationale de l’énergie. En 2025, il co-réalise à nouveau avec Alice Odiot le long-métrage documentaire STUPS, sorti en salle en septembre 2025.

