L’Agence Régionale de la Biodiversité et de l’Environnement (ARBE) de Provence-Alpes-Côte d’Azur publie « Regard sur l’eau 2026 », pour mieux appréhender les enjeux liés à l’eau et accompagner la passage à l’action. Cette publication peut intéresser les élus, agents des collectivités territoriales, entreprises, mais également le grand public. Elle vise, dans un contexte marqué par la montée en puissance des effets du changement climatique, à aider les acteurs locaux à prendre des décisions éclairées pour leurs territoires.

Données clés pour mieux comprendre les défis à relever
- les départements alpins assurent près de 72 % de l’approvisionnement régional en eau, tandis que les Bouches-du-Rhône, le Var et le Vaucluse concentrent 87 % des volumes prélevés ;
- près de 2,5 milliards de m³ d’eau sont prélevés en région par an (chiffres 2023), et près de 17 % du territoire régional est considéré, aujourd’hui, en situation d’insuffisance structurelle vis-à-vis de la ressource en eau ;
- une hausse de la température des cours d’eau de 2 à 3 °C est attendue d’ici la fin du siècle ;
- la diminution du manteau neigeux pourrait atteindre – 50 % aux altitudes basses d’ici 2030 ;
- on estime que la recharge des nappes souterraines devrait baisser -10 % à – 25 % sur la période 2045-2065 par rapport à 1970-2000

Alors que la France vient de connaître un nouvel été marqué par des épisodes de canicule, une sécheresse précoce et sévère, conduisant à des tensions croissantes sur la disponibilité de l’eau, la question de la gestion de cette ressource vitale n’a jamais été aussi stratégique. En région Provence-Alpes-Côte d’Azur, particulièrement exposée aux effets du changement climatique, les défis sont déjà visibles : cours d’eau fragilisés, pression accrue sur les nappes, augmentation des besoins en eau et multiplication des épisodes extrêmes. Et l’ensemble des acteurs se mobilise pour agir plus vite et plus fort !
C’est dans ce contexte que l’Agence Régionale de la Biodiversité et de l’Environnement Provence-Alpes-Côte d’Azur (ARBE), dans le cadre de sa mission d’animation de l’Observatoire Régional de l’Eau et des Milieux Aquatiques (OREMA), publie « Regard sur l’eau »1. Comme sa précédente édition de 2017, ce panorama régional, réalisé avec les principaux partenaires institutionnels de l’eau en région, propose un état des lieux de l’eau, des milieux aquatiques et de la biodiversité aquatique en 2026 ainsi que des pressions subies, et présente des réponses, notamment les politiques liées à l’eau et des exemples d’actions concrètes mises en œuvre en région.
Cette publication est susceptible d’intéresser les élus, agents des collectivités territoriales, entreprises, mais également le grand public. Elle vise notamment, dans un contexte marqué par la montée en puissance des effets du changement climatique ces dernières années, à aider les acteurs locaux à prendre des décisions éclairées pour leurs territoires.

Regard sur l’Eau en Provence-Alpes-Côte d’Azur Édition 2026

Regard sur l’Eau en Provence-Alpes-Côte d’Azur Édition 2026
« Préserver l’eau, c’est préserver notre qualité de vie, notre économie, notre biodiversité et notre capacité collective à faire face au changement climatique. L’eau est l’un des éléments structurants de notre territoire. Elle l’a façonné et doté d’un patrimoine naturel riche et diversifié alliant montagnes, littoral et grandes vallées. Elle participe à sa biodiversité exceptionnelle (1ère région de France métropolitaine en nombre d’espèces) et à sa forte attractivité. De fait, les besoins en eau sont croissants pour satisfaire les nombreux usages (eau potable, irrigation, hydroélectricité, industries, production agricole, activités nautiques et de loisirs) et viennent questionner la disponibilité et le partage de la ressource.
Cette nouvelle synthèse inédite de « Regard sur l’eau en Provence-Alpes-Côte d’Azur » permet d’en comprendre tous les enjeux en région afin de les intégrer dans l’ensemble des démarches des différents acteurs. »
Une région sous tension face à des besoins en eau toujours plus importants

Regard sur l’Eau en Provence-Alpes-Côte d’Azur Édition 2026
D’après Regard sur l’eau 2026, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur se caractérise par une répartition inégale entre la disponibilité de la ressource en eau et les usages : les départements alpins assurent près de 72 % de l’approvisionnement régional en eau, tandis que les Bouches-du-Rhône, le Var et le Vaucluse concentrent 87 % des volumes prélevés.
- D’un côté, grâce à des aménagements hydrauliques développés depuis l’époque romaine, notamment autour de la Durance, les Alpes jouent le rôle de véritable « château d’eau » naturel régional en alimentant une grande partie du territoire.
- De l’autre, le littoral méditerranéen concentre populations, activités économiques et besoins croissants en eau. La gestion de l’eau y est confrontée à un double enjeu : prévention des inondations et anticipation du déficit quantitatif.
Cette organisation historique montre aujourd’hui ses limites, notamment face au changement climatique. Lors des années les plus sèches, les tensions entre les différents usages et l’absolue nécessité de laisser la part d’eau à la nature (67 % pour l’agriculture, 24 % pour l’alimentation en eau potable et 9 % pour les activités industrielles) deviennent de plus en plus difficiles à arbitrer.

Des écosystèmes aquatiques d’une richesse exceptionnelle à préserver

Regard sur l’Eau en Provence-Alpes-Côte d’Azur Édition 2026
Avec plus de 24 000 km de cours d’eau, 6 090 zones humides couvrant près de 179 000 hectares et plus de 1 000 km de littoral, la région offre une grande diversité de milieux aquatiques abritant une biodiversité exceptionnelle. Parmi les milieux les plus emblématiques figurent :
- les adoux, petits cours d’eau alimentés par des résurgences de nappes caractéristiques des Alpes du Sud. Leur débit, leur température et leurs paramètres physiques étant constants sur l’année, ils constituent notamment des réservoirs de biodiversité, des zones de reproduction, des refuges thermiques ou des abris lors des crues.
- les cours d’eau intermittents, typiques du climat méditerranéen et capables d’abriter une biodiversité adaptée à l’alternance entre eaux et assecs.
- les zones humides (tourbières, des prairies alluviales, des mares, des marais, des sources, des ruisselets d’altitude), véritables réservoirs de biodiversité, alliées indispensables pour la régulation naturelle de l’eau (rôle d’éponge : limitation des inondations et restitution de l’eau en période de sècheresse) mais aussi capacité forte de stockage de carbone. Elles sont supports de vie : en France, 100 % des amphibiens, 50 % des oiseaux et 30 % des plantes remarquables et menacées dépendent directement des zones humides.
Ces milieux jouent un rôle essentiel dans la préservation de la qualité de l’eau, la prévention des inondations, le stockage du carbone et l’adaptation au changement climatique. Ils nous rendent de nombreux services inestimables et il faut par conséquent les préserver. Par exemple, protéger les zones humides coûte 5 fois moins cher que de compenser la perte des services qu’elles nous rendent.
Des pressions multiples renforcées par le changement climatique

Regard sur l’Eau en Provence-Alpes-Côte d’Azur Édition 2026
Les milieux font l’objet d’une surveillance régulière avec près de 128 stations de suivis en rivières et 144 en eaux souterraines déployées par l’Agence de l’Eau et ses partenaires. D’après Regard sur l’eau 2026, l’état global des masses d’eau régionales demeure relativement satisfaisant, avec près de 56 % des masses d’eau en bon état en 2025, mais contrasté entre les territoires et les types de milieux. Les eaux continentales sont majoritairement en bon état, contrairement aux eaux littorales, subissant les pressions croisées continentales et maritimes. Les milieux aquatiques sont confrontés simultanément :
- à la surexploitation de la ressource. Ce sont près de 2,5 milliards de m³ d’eau qui sont prélevés en région par an (chiffres 2023), et aujourd’hui, près de 17 % du territoire régional est considéré en situation d’insuffisance structurelle vis-à-vis de la ressource en eau.
- aux pollutions agricoles, industrielles et domestiques. 90 % des stations prélevées en région ont présenté une contamination par les pesticides sur la période 2020-2022. En 2020, des substances pharmaceutiques étaient détectées dans 100 % des cours d’eau. Des pollutions lumineuse et thermique impactent également les milieux aquatiques et leurs habitants. Il est également important de se rappeler que les polluants accumulés sur l’ensemble du bassin versant finissent dans le milieu marin.
- à l’artificialisation et l’imperméabilisation. La moitié des cours d’eau régionaux présente une altération hydromorphologique. En 2024, en région, un obstacle à l’écoulement a été référencé tous les 2 km.
- au développement d’espèces exotiques envahissantes. 140 espèces végétales et 51 espèces animales exotiques envahissantes ou potentiellement envahissantes inféodées aux milieux aquatiques sont recensées en région.
- et aux effets grandissants du changement climatique. Toutes les composantes du grand cycle de l’eau sont ou seront touchées par le changement climatique. Les projections montrent notamment :
- Une hausse de la température des cours d’eau de 2 à 3 °C d’ici la fin du siècle ;
- Une diminution du manteau neigeux pouvant atteindre – 50 % aux altitudes basses d’ici 2030 qui devrait avoir pour conséquence une modification du régime hydrologique des cours d’eau ;
- Une baisse des débits moyens annuels de – 10 % à – 20 % d’ici 2050 et jusqu’à – 50 % pour les débits estivaux à la fin du siècle ;
- Une diminution de la recharge des nappes souterraines de -10 % à – 25 % sur la période 2045-2065 par rapport à 1970-2000 ;
- Une augmentation de la fréquence et de l’intensité des évènements extrêmes, tels que les sécheresses, les vagues de chaleur et les inondations.

Ces évolutions risquent d’accentuer les conflits d’usage et de fragiliser encore davantage les écosystèmes aquatiques. Pourtant, la préservation des écosystèmes naturels constitue un levier essentiel d’adaptation au changement climatique. Ils sont nos meilleurs alliés pour lutter contre le changement climatique et faire face aux conséquences qui en découlent.
Préserver les milieux naturels, c’est aussi lutter contre le changement climatique !
Des solutions existent et sont déjà à l’œuvre dans les territoires

Face à ces défis, Regard sur l’eau 2026 a identifié plusieurs leviers d’action :
- Mieux partager la ressource grâce à une gestion plus sobre, solidaire et concertée de l’eau.
- Préserver et restaurer les milieux aquatiques par la reconquête des cours d’eau, la restauration des zones humides et la protection des nappes.
- Réduire les consommations et les pollutions en améliorant des pratiques agricoles, la sobriété des usages, la réduction des pollutions et l’optimisation des réseaux.
- Mobiliser l’ensemble des acteurs. Collectivités, syndicats de rivière, associations, entreprises et citoyens ont déjà engagé de nombreuses actions innovantes sur le terrain.
Pour les mettre en œuvre, le message porté par Regard sur l’eau 2026 est clair : l’adaptation est possible à condition d’agir collectivement. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, des politiques volontaristes mobilisent l’ensemble des acteurs autour d’objectifs communs pour accélérer l’adaptation des territoires. Elles impliquent d’intégrer les enjeux de l’eau dans l’ensemble des politiques publiques, qu’il s’agisse d’aménagement, d’urbanisme, de développement économique ou de préservation de la biodiversité, afin de construire des territoires plus sobres, durables et résilients face aux effets du changement climatique. On peut citer :
- Les stratégies régionales : la Stratégie régionale pour la Biodiversité Provence-Alpes-Côte d’Azur 2025-2035 et le Plan de transformation écologique et énergétique en Provence-Alpes-Côte d’Azur intègrent des objectifs permettant de relever le défi « Disposer d’eau » ainsi que le SOURSE (Schéma d’orientation pour une utilisation raisonnée et solidaire de la ressource en eau) et le plan Or bleu.
- Le Plan de Bassin d’Adaptation au Changement Climatique du Bassin Rhône-Méditerranée (PBACC) établit la stratégie à l’échelle du bassin Rhône-Méditerranée et fixe des objectifs à atteindre collectivement d’ici 2030. Il est traduit en 30 défis et propose un panier de solutions pour passer à l’action.

Le Colostre © Baptiste ROULET
Dans ce cadre, l’Agence Régionale de la Biodiversité et de l’Environnement, pilote plusieurs actions :
- L’ARBE anime le réseau régional des gestionnaires de milieux aquatiques (RRGMA). Ce réseau de 57 membres réunit les institutionnels, des syndicats de rivières, des intercommunalités portant la compétence « Gestion de l’Eau et des Milieux Aquatiques et Prévention des Inondations », des associations/fondations de gestionnaires. Il a pour vocation la promotion et la préservation d’une gestion intégrée de l’eau et des milieux aquatiques par bassin versant. Il permet de favoriser les échanges de bonnes pratiques et de mener des actions communes, pour une montée en compétences des gestionnaires.
- L’ARBE accompagne les communes et les intercommunalités dans une gestion intégrée de l’eau et des milieux aquatiques en les conseillant sur la gestion durable des eaux pluviales (désimperméabilisation des cours d’école, parkings, place..), la végétalisation, les continuités écologiques bleues et turquoises, l’utilisation sobre de la ressources, la lutte contre les pollutions,
- L’ARBE anime l’Observatoire Régional de l’Eau et des Milieux Aquatiques (OREMA) en partenariat avec la Région Sud, la DREAL, l’OFB et l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée Corse. Outil d’information et de valorisation des connaissances, d’analyse et d’aide à la décision, l’OREMA a pour objectif d’analyser les enjeux et favoriser la prise en compte de l’eau et des milieux aquatiques dans les actions, programmes et politiques des pouvoirs publics.

REGAIN, UNE DÉMARCHE POUR ACCOMPAGNER L’ÉVOLUTION DES PRATIQUES AGRICOLES VERS DES AGROSYSTÈMES PLUS DURABLES
Au plus près du terrain, des structures gestionnaires sont à l’œuvre. Elles déclinent opérationnellement les solutions réglementaires et les politiques volontaristes, tout en mettant en œuvre la compétence GEMAPI (Gestion des Milieux Aquatiques et Prévention des Inondations) pour répondre aux enjeux de l’eau et intégrer la gestion des milieux aquatiques au sein des réflexions sur l’aménagement du territoire.

Qu’il s’agisse d’économies d’eau, de préservation ou de restauration des milieux aquatiques, de nombreuses solutions mises en œuvre par les collectivités, les syndicats de rivière, les associations ou les entreprises privées, ont déjà fait leur preuve. Ainsi :
- Les Solutions fondées sur la Nature (SfN), telles que la restauration hydromorphologique des cours d’eau, la reconnexion aux zones humides alluviales ou encore la renaturation des berges, permettent de renforcer la résilience des milieux aquatiques tout en améliorant leurs fonctionnalités écologiques.
- Parallèlement, certaines solutions techniques, comme la réutilisation des eaux usées traitées ou les dispositifs de stockage, peuvent contribuer à sécuriser certains usages.
Toutefois, leur efficacité à moyen et long terme repose sur leur intégration dans une stratégie globale de gestion durable de la ressource, fondée en priorité sur la sobriété des usages et l’adaptation des pratiques aux disponibilités réelles en eau. Il s’agit donc aujourd’hui que l’ensemble des acteurs puissent s’en inspirer pour adapter la gestion de l’eau aux enjeux du changement climatique et à ses impacts.
Regard sur l’eau en Provence-Alpes-Côte d’Azur – Édition 2026
Ressources de l’ARBE

- Cette deuxième édition de « Regard sur l’eau » en Provence-Alpes-Côte d’Azur a été réalisée en partenariat avec plusieurs acteurs de l’eau et des milieux aquatiques en région, avec le soutien de la Région Sud, de la DREAL, de l’OFB et de l’Agence de l’Eau Rhône – Méditerranée Corse. ↩︎



