Université de Graz - Austrian Science Fund (FWF)

A quoi sert la vérité si personne ne veut l’entendre ?

Réponses à l’information climatique axée sur les menaces et les solutions

Les reportages peuvent-ils motiver les gens à adopter un comportement respectueux du climat ? C’est la question à laquelle une équipe de recherche interdisciplinaire de l’Université de Graz a entrepris de répondre. Leur réponse est : oui, mais – et il y a beaucoup de buts. Un article de Johannes Gress pour Austrian Science Fund (FWF)

Alarmisme ou objectivité ? Quelles émotions les nouvelles climatiques déclenchent-elles dans son public ? Une vaste étude montre qu’un sentiment d’auto-efficacité est le facteur décisif. © unsplash+

« Méga vague de chaleur », « températures extrêmes », « feux de forêt qui font rage dans le sud de l’Europe », « crise climatique hors de contrôle », … Face à une telle agression de titres dystopiques, il est compréhensible que les gens veuillent mettre leur journal de côté ou abandonner les nouvelles du soir pour des émissions de divertissement.

Pour les professionnels des médias, c’est un problème. L’impact de la crise climatique devient de plus en plus grave, de sorte qu’ils adaptent leur terminologie en conséquence. Au lieu du réchauffement climatique ou du changement climatique, ils parlent maintenant du dérèglement climatique ou de la crise climatique. Cela peut être techniquement exact, mais le public ne l’apprécie pas toujours. Très peu de gens aiment être confrontés à des catastrophes 24 heures sur 24. Par conséquent, les professionnels des médias sont confrontés à la question : à quoi sert la vérité si personne ne veut la lire, l’entendre ou la regarder ?

Réponses à l’information climatique axée sur les menaces et les solutions

Une équipe interdisciplinaire de l’Université de Graz s’est concentrée sur ce dilemme. Dans le cadre du projet « Réponses à l’information climatique axée sur les menaces et les solutions » (RAISON), des chercheurs des domaines de la science des systèmes, de la linguistique, des sciences sociales, de la psychologie, des neurosciences, du traitement du langage naturel (NLP) et de l’informatique ont étudié le reporting climatique et son impact sociétal. Leur principale préoccupation était la mesure dans laquelle les messages axés sur les menaces et les solutions peuvent promouvoir ou entraver un comportement respectueux du climat.

Le projet de recherche interdisciplinaire REASON étudie les aspects informationnels et émotionnels de la communication climatique et leurs effets sur les bénéficiaires et la société.

RAISON – Réponses aux nouvelles climatiques axées sur la menace et les solutions
Un projet de recherche financé par la FWF sur les aspects informationnels et émotionnels de la communication climatique et son impact sur la société.
© Felippe Lopes – stock.adobe.com

Des solutions plutôt que malheur et morosité

Les chercheurs ont examiné l’impact sociétal du reportage sur le climat en ce qui concerne trois dimensions : la communication climatique médiatique, la perception de soi et les réactions psychologiques inconscientes des bénéficiaires. La chercheuse principale Marie Kogler est scientifique en systèmes environnementaux à l’Université de Graz. Elle mène des recherches en utilisant des méthodes mathématiques pour étudier les interactions entre l’environnement, la société et l’individu : « Il était clair pour moi que si je devais aborder des sujets aussi complexes que l’information climatique, les opinions et les émotions, j’aurais besoin de collaborateurs de tous les domaines pertinents. » À première vue, collaborer à travers un si large éventail de disciplines différentes et parfois très diverses semble difficile, mais en fin de compte, il était « plus facile que prévu et incroyablement gratifiant », note Kogler.

Afin d’analyser la façon dont les questions climatiques sont couvertes, l’équipe de recherche a examiné les articles des neuf médias autrichiens avec la plus forte circulation de 2002 à 2023 – un total d’environ 100.000 rapports. L’analyse du corpus a révélé une tendance claire : depuis 2016, la couverture climatique est devenue beaucoup plus intensive et nuancée. « Cette étude a dans une certaine mesure démystifié l’hypothèse simpliste selon laquelle le journalisme climatique répand principalement le malheur et la morosité », explique Kogler. Des analyses détaillées de la couverture médiatique à partir de 2018 montrent que les messages axés sur les solutions apparaissaient au moins aussi souvent que les messages axés sur les menaces.

La question de l’auto-efficacité

Et quel effet cela a-t-il sur les lecteurs, les auditeurs et les téléspectateurs ? À l’aide de deux études de cas empiriques, les chercheurs ont examiné les réponses du public aux rapports axés sur la menace et axés sur les solutions : les gens sont-ils prêts à changer leur comportement en raison d’informations climatiques – en conduisant moins, en évitant les voyages en avion ou en réduisant la viande, par exemple ? Sont-ils plus susceptibles de le faire lorsque les rapports mettent en évidence des solutions concrètes ?

« Ce qui est intéressant, c’est que l’effet direct n’a pas pu être mesuré en fonction de la distinction entre les énoncés axés sur la solution et les déclarations axées sur les menaces », explique Annina Thaller, chercheuse postdoctorale à l’Institute for Environmental Systems Science de l’Université de Graz et en charge de la partie « recherche sociale empirique » du projet. Plus importantes étaient les émotions déclenchées par ces déclarations. Les rapports « Doom and Gloom » – c’est-à-dire les scénarios menaçants – conduisent de nombreux lecteurs à vivre des émotions telles que l’anxiété climatique ; pour certains, cela se traduit par le désespoir ou l’apathie, tandis que d’autres sont motivés à devenir politiquement actifs. Il existe un double avantage comparable aux rapports axés sur les solutions. Ils peuvent transmettre un sentiment de bien-être et ainsi atténuer l’engagement, ou ils peuvent motiver en mettant en évidence des pistes d’action concrètes.

Les chercheurs concluent qu’il n’existe pas de solutions uniques en matière de communication climatique. Par conséquent, la communication doit être adaptée au public cible spécifique. L’hypothèse commune selon laquelle les médias n’ont besoin que d’offrir aux lecteurs, aux auditeurs ou aux téléspectateurs plus de solutions est trop simpliste.

La plupart des lecteurs ne manquent pas d’informations ou de connaissances sur le changement climatique. Selon Thaller, le facteur décisif est la question de « l’auto-efficacité » : les gens ont-ils le sentiment que leurs actions peuvent faire la différence ? C’est là que la situation devient complexe, car cette question va bien au-delà de la communication climatique et touche à des facteurs tels que le revenu, le statut, l’environnement social et les infrastructures existantes. Si une communauté n’a pas accès aux transports en commun, ses résidents ont plus de mal à abandonner leurs voitures, quels que soient les médias qu’ils consomment.

Surmonter le désespoir

L’équipe de neurosciences coordonnée par Florian Fischmeister à l’Université de médecine de Vienne a approfondi un niveau et a étudié les réactions psychophysiologiques aux nouvelles liées au climat. Les participants ont reçu un total de 57 déclarations différentes sur le thème du climat, et des IRM ont été utilisées pour observer les réactions que ces déclarations ont déclenchées dans le cerveau. « Le cerveau a réagi de la même manière aux déclarations climatiques menaçantes et axées sur la solution. Dans l’ensemble, cependant, les nouvelles négatives sur le climat ont été traitées un peu moins facilement que les nouvelles neutres », explique Gabija Aurylaitè, membre de l’équipe du projet. Un fait frappant : « Les messages axés sur la solution ont également montré un peu plus d’activité dans les zones associées à la mobilisation. Cependant, cette conclusion est toujours préliminaire et nécessite une enquête plus approfondie. »

Le projet de recherche se poursuivra jusqu’à la fin de l’année, mais Kogler et l’équipe du projet ont l’intention de tendre la main avec leurs conclusions. Ils partagent les résultats avec les journalistes, les ONG et les politiciens par le biais d’ateliers et de webinaires. Ces initiatives visent à aider à développer des stratégies concrètes pour améliorer la communication climatique dans le but de motiver les gens à adopter un comportement plus respectueux du climat – même s’il n’y a pas de solution miracle.

À propos des chercheurs

Marie Kogler travaille comme chercheuse principale de la FWF au Département des sciences des systèmes environnementaux de l’Université de Graz. Elle a reçu le « Prix d’excellence » du ministère de l’Éducation pour sa thèse sur l’émergence du comportement collectif dans les réseaux complexes.

Annina Thaller est responsable de la composante empirique de recherche sociale du projet et travaille comme chercheuse postdoctorale à l’Institut pour les sciences des systèmes environnementaux de l’Université de Graz. Ses recherches portent sur la mobilité durable, l’équité et le changement de comportement.

Cyrille Souche
Cyrille Souchehttps://cdurable.info
Directeur de la Publication Cdurable.info qui a eu 20 ans en 2025 ... L'occasion de supprimer la publicité et d'un nouveau départ vers un webmedia participatif d'intérêt général, avec pour raison d'être de recenser et partager les solutions utiles et durables pour agir et coopérer avec le vivant. Je suis ouvert à toute proposition de coopération mutuellement bénéfique au service de la régénération du vivant.

Lire aussi

Newsletter

Sur Cdurable

Slow Food, le mouvement qui relie plus 1 000 fermes agroécologiques dans le monde

Au centre de l’Iran, une petite ferme familiale est...

L’Ehpad vert : Quand le grand âge rencontre la transition écologique

Deux grandes transformations traversent aujourd’hui nos sociétés : la...

Quelle est la durabilité des appareils reconditionnés ?

Alors que le marché français du gros électroménager traverse...

Slow Food, le mouvement qui relie plus 1 000 fermes agroécologiques dans le monde

Au centre de l’Iran, une petite ferme familiale est devenu la 1 000ème Ferme Slow Food. Une étape importante pour ce réseau mondial qui...

Et si le Vivant nous parlait ? Les Leçons du Vivant en 4 volumes gratuits pour voyager de l’Univers à la conscience

Que nous diraient le Photon, le Temps, la Forêt, l’Océan, nos Émotions ou notre propre Corps si nous pouvions les écouter ? Avec Les...

Premier rassemblement mondial de peuples autochtones pour décoloniser la conservation de la nature

« Ce n'est pas de la conservation. Ce n'est rien de plus qu'un cartel » : La déclaration historique de plus de 60 représentant·es...