Biodiversity Footprint for Agricultural Transition

BFAT pour mesurer l’impact des pratiques agricoles sur la biodiversité

Un cadre clair pour évaluer, piloter et valoriser leur contribution à la transition agroécologique

L’agriculture est un levier central de la transition écologique, responsable d’une part significative de la perte de biodiversité, elle devient aussi un puissant moteur de régénération des écosystèmes — à condition de faire évoluer les pratiques. C’est dans cette perspective qu’est né BFAT, pour Biodiversity Footprint for Agricultural Transition. Portée par I Care by Bearing point et CDC Biodiversité, cette initiative volontaire vise à répondre à un besoin encore peu couvert : mesurer de manière rigoureuse et opérationnelle l’impact des pratiques agricoles sur la biodiversité.

Mieux comprendre les effets des pratiques agricoles sur l’eau, le carbone et la biodiversité est un levier clé pour piloter la transition écologique.

En combinant expertise scientifique et finalité opérationnelle, BFAT ambitionne de fournir aux acteurs économiques un cadre clair pour évaluer, piloter et valoriser leur contribution à la transition agroécologique.

Une gouvernance hybride pour garantir rigueur et impact

Afin de concilier exigence scientifique et applicabilité opérationnelle, BFAT s’inscrit dans un cadre de gouvernance multipartite. Le projet fédère un large écosystème d’acteurs : un comité scientifique, composé notamment de l’INRAE, du Muséum national d’Histoire naturelle et de plusieurs universités, assure la solidité des fondements scientifiques.

Avec 15 ans d’expérience en matière de restauration d’écosystèmes agricoles, Biospheres est leader du développement et du déploiement de l’agriculture régénératrice à grande échelle. Biospheres accompagne les organisations à avoir des impacts positifs directs, concrets et mesurés sur l’environnement, les émissions de CO2 et la durabilité des filières.

En parallèle, des partenaires techniques spécialisés dans l’agriculture, comme Agro-solutions et Biospheres, contribuent à l’ancrage agronomique du projet. Des initiatives internationales de référence sur la biodiversité, des organismes publics et ONG (OFB, WWF, ADEME, TNFD, SBTN, Regen10, FAIRR) sont consultés pour garantir la compatibilité avec le cadre d’engagement actuel en matière de biodiversité.

Mais surtout, BFAT est conçu pour être utilisé concrètement par les acteurs économiques. De grands groupes industriels tels que L’Oréal, Kering, BNP Paribas ou InVivo en sont déjà sponsors, et des entreprises comme Carrefour ou Louis Dreyfus Company participent en tant qu’utilisateurs pilotes.

Cette gouvernance croisée permet d’assurer la robustesse méthodologique, tout en garantissant une appropriation concrète par les acteurs économiques de la chaîne de valeur.

Un périmètre global pour une évaluation ambitieuse et différenciante

BFAT s’attaque à un défi de taille : évaluer l’impact biodiversité des pratiques agricoles à l’échelle mondiale, en tenant compte des spécificités locales. Le projet progresse par étapes, en se concentrant d’abord sur les commodités agricoles les plus répandues ou à fort impact. À ce jour, 7 commodités dans 16 pays producteurs ont été évaluées. Parmi ces commodités, l’enjeu est de différencier l’impact des pratiques agricoles.

Mais l’approche de BFAT ne s’arrête pas à l’analyse par culture ou produit. Elle va plus loin en différenciant l’effet de la mise en place de ces pratiques agricoles sur l’impact des commodités.

Deux approches complémentaires sont développées :

  • La première consiste à regrouper les pratiques en modes de production, qu’ils soient encadrés par des labels (comme l’agriculture biologique ou des certifications d’agriculture régénérative) ou qu’ils relèvent de démarches reconnues sur le terrain, comme l’agroforesterie ou l’agriculture de conservation.
  • La seconde approche permet d’évaluer l’effet de pratiques prises isolément, ce qui est particulièrement utile pour les acteurs qui n’ont pas de certification mais connaissent les techniques qu’ils appliquent.

En partant des données les plus fines (au niveau de la parcelle), l’objectif est de fournir des résultats exploitables à différents niveaux d’une chaîne de valeur : produit, ferme, fournisseur, entreprise, portefeuille d’investissements.

Des résultats concrets pour orienter la transition agroécologique

L’un des grands apports de BFAT réside dans la capacité à fournir des résultats compatibles avec les différents cadres d’évaluation environnementale existants. Le projet s’inscrit dans une logique
multi-niveaux, en s’adaptant aux besoins variés des parties prenantes, qu’il s’agisse de producteurs, d’industriels ou d’investisseurs.

Concrètement, BFAT produit plusieurs types d’indicateurs. Sur le terrain, il s’agit de données de production ou d’indicateurs écologiques. À un niveau plus systémique, l’outil permet de calculer les pressions exercées sur les écosystèmes, en s’alignant sur les méthodologies d’analyse de cycle de vie et les pressions sur la biodiversité identifiées par l’IPBES. Les résultats captent aussi l’état de la nature — par exemple l’intégrité écologique des sols ou la diversité spécifique d’un écosystème. Enfin, BFAT peut agréger l’ensemble de ces données pour fournir une mesure synthétique de l’impact sur la biodiversité.

Cette granularité permet non seulement de répondre aux exigences croissantes en matière de reporting environnemental, mais aussi d’éclairer les décisions stratégiques. En donnant une visibilité sur l’effet des pratiques agricoles, BFAT permet aux acteurs d’identifier les leviers les plus efficaces pour réduire leur empreinte biodiversité et orienter leurs investissements vers
des solutions plus durables
.

La note méthodologique de BFAT est une réponse à l’appel de l’IPBES sur la mise en action des entreprises

BFAT permet aux acteurs d’identifier les leviers les plus efficaces pour réduire leur empreinte biodiversité et orienter leurs investissements vers des solutions plus durables.

Les enjeux à venir du projet

Comme toute initiative pionnière, BFAT fait face à plusieurs défis. Le premier concerne la disponibilité des données scientifiques. Certaines pratiques ou effets ne sont pas encore bien documentés dans la littérature. BFAT contribue ainsi à mettre en lumière ces angles morts et à orienter les financements vers les projets de recherche les plus pertinents.

Le deuxième enjeu tient à la vérification des modèles sur le terrain. Les estimations produites à large échelle doivent être validées localement pour gagner en précision. Des collaborations avec des acteurs agricoles seront nécessaires pour renforcer cette dimension.

Enfin, la traçabilité dans les chaînes de valeur reste un point de blocage important pour les entreprises et institutions financières. Même si BFAT permet déjà d’identifier les modes de production ou produits les plus favorables à la biodiversité, leur mise en œuvre concrète exige un accès plus précis aux données tout au long de la chaîne de valeur, du champ au produit final.

Note méthodologique du Biodiversity Framework for Agricultural Transition (BFAT)

L’agriculture reste un sujet clé de la transition écologique, pourtant les outils pour évaluer concrètement les effets des pratiques sur la biodiversité restent encore limités. En effet, les méthodes existantes mesurent largement les impacts environnementaux de l’agriculture, mais elles différencient encore peu les pratiques agricoles — alors même que les connaissances scientifiques montrent leur influence majeure sur les sols, la biodiversité, la qualité des écosystèmes ou encore les émissions de gaz à effet de serre. C’est pour répondre à ce besoin qu’est né le projet Biodiversity Framework for Agricultural Transition (BFAT).

La force de BFAT repose sur sa capacité à différencier les impacts entre modes de production agricoles (conventionnel, biologique, régénératif, conservation des sols, agroforesterie) grâce à une granularité à l’échelle des pratiques.

La note méthodologique (en anglais) publie pour la première fois :

  • les principes scientifiques et opérationnels du cadre BFAT ;
  • l’approche retenue pour intégrer les pratiques agricoles dans les indicateurs de pression utilisés en ACV (émissions GES, eutrophisation, usage de l’eau, ecotoxicité…) et dans les indicateurs d’état de la nature, dont la Mean Species Abundance (MSA) issue du modèle GLOBIO ;
  • la méthode développée pour affiner les modèles existants, en particulier les classes d’usage des sols, afin qu’ils reflètent plus fidèlement la réalité des pratiques dans les champs ;

L’ensemble constitue un socle structurant pour documenter de manière comparable et scientifique les leviers de réduction d’impact et les contributions positives des pratiques agroécologiques et régénératives.

Désormais déployé sur des filières agricoles variées (cultures végétales annuelles, pérennes, et animales), et un nombre croissant de géographie, la méthode BFAT a permis de produire des résultats concrets en faveur de l’agroécologie, avec notamment :

  • une augmentation significative de la biodiversité dans les systèmes herbagers et biologiques ;
  • un potentiel de séquestration carbone accru dans les systèmes intégrant davantage de prairies permanentes ;

Ces éléments ouvrent la voie à des applications opérationnelles pour les acteurs des filières agricoles, les entreprises et les institutions financières : pilotage des plans de transition, reporting CSRD/TNFD/SBTN, mesure d’impact, contractualisation avec les producteurs, et conception de trajectoires bas carbone & nature.

Cyrille Souche
Cyrille Souchehttp://cdurable.info
Directeur de la Publication Cdurable.info qui a eu 20 ans en 2025 ... L'occasion de supprimer la publicité et d'un nouveau départ vers un webmedia participatif d'intérêt général, avec pour raison d'être de recenser et partager les solutions utiles et durables pour agir et coopérer avec le vivant. Je suis ouvert à toute proposition de coopération mutuellement bénéfique au service de la régénération du vivant.

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