Et si la manière dont une entreprise traite ses invendus en disait plus long sur sa RSE que ses rapports d’engagement ? Pour Thibaut Brecville, CEO de Done, le don de produits non alimentaires reste la grande voie sous-exploitée de l’économie circulaire, coincée entre déstockage, destruction et recyclage. Pourtant, face à des entreprises sommées de prouver l’impact réel de leurs engagements, ce levier coche simultanément les trois cases de la RSE : environnementale, sociale et économique. Le frein n’est plus réglementaire — la loi AGEC a clarifié le cadre — mais culturel. Une tribune qui plaide pour faire du don un véritable indicateur de maturité RSE.

La RSE est entrée dans une nouvelle ère
La responsabilité sociétale des entreprises connaît une profonde transformation. Longtemps évaluée à travers des politiques internes, des engagements volontaires ou des indicateurs de conformité, elle est désormais jugée à l’aune de ses résultats concrets. Entre les nouvelles obligations de reporting, les attentes des investisseurs et l’exigence croissante des consommateurs, la RSE doit démontrer son impact.
Cette évolution oblige les entreprises à reconsidérer certaines décisions opérationnelles qui, jusqu’ici, relevaient essentiellement de la gestion logistique. La manière dont elles traitent leurs invendus ou leurs stocks dormants en fait désormais partie. Derrière ces produits immobilisés se joue une question beaucoup plus large : celle de la capacité d’une entreprise à préserver la valeur qu’elle a créée.
Le don, cette quatrième voie encore sous-estimée
Chaque année, plusieurs milliards d’euros de produits non alimentaires restent inutilisés dans les entrepôts des entreprises françaises. Face à ces stocks, trois réflexes dominent encore : le déstockage, la destruction ou le recyclage. Pourtant, une quatrième voie mérite aujourd’hui d’être pleinement intégrée aux stratégies RSE : le don.
Cette approche ne consiste pas simplement à éviter le gaspillage. Elle répond à une logique plus exigeante : préserver la fonction première du produit aussi longtemps que possible. C’est d’ailleurs le principe fondateur de l’économie circulaire. Recycler demeure indispensable lorsqu’un produit ne peut plus être utilisé. Mais lorsqu’il est encore fonctionnel, sa plus grande valeur réside dans son usage, non dans les matériaux qui le composent. Le don devient alors une véritable stratégie de préservation de la valeur, bien au-delà d’une simple alternative à la destruction.
Un levier qui répond simultanément aux trois piliers de la RSE

L’intérêt du don tient précisément à sa capacité à répondre aux trois dimensions qui structurent désormais les politiques RSE.
Sur le plan environnemental, il évite la destruction de produits neufs et d’occasion, limite le recours à de nouvelles productions et réduit les émissions associées au traitement des déchets. Sur le plan sociétal, il apporte des ressources concrètes à des associations dont les besoins augmentent alors même que leurs moyens financiers se contractent. Enfin, sur le plan économique, il permet aux entreprises de transformer un coût de stockage ou de destruction en création de valeur, tout en bénéficiant d’un cadre fiscal qui accompagne cette démarche.
Peu de dispositifs permettent aujourd’hui de produire simultanément un impact environnemental, social et économique aussi immédiat. C’est précisément ce qui fait du don un outil particulièrement pertinent à l’heure où les entreprises cherchent à démontrer l’efficacité réelle de leurs engagements.
Le principal frein n’est plus réglementaire, mais culturel
Si le potentiel est largement reconnu, le don demeure encore insuffisamment développé dans les entreprises françaises. Ce retard ne traduit pas un manque de volonté. Il révèle surtout une perception persistante de complexité.
Beaucoup de dirigeants, notamment dans les PME et les ETI, continuent d’associer le don à une démarche lourde, réservée aux grands groupes disposant de services RSE structurés. D’autres méconnaissent encore le cadre réglementaire ou les possibilités offertes par le don de produits non alimentaires. Pourtant, la loi AGEC a profondément fait évoluer le paysage et les solutions permettant d’organiser des dons de manière sécurisée, traçable et rapide existent désormais.
L’enjeu est donc moins juridique qu’organisationnel. Il consiste à faire évoluer les réflexes de gestion des entreprises afin que le don soit envisagé dès qu’un produit ne peut plus être commercialisé, avant même d’étudier des solutions de destruction ou de recyclage.
Faire du don un indicateur de maturité RSE
Les entreprises sont aujourd’hui confrontées à une exigence nouvelle : prouver que leur stratégie RSE produit des effets mesurables. Cette évolution invite à dépasser une logique de conformité pour entrer dans une logique de transformation.
Dans cette perspective, le don ne devrait plus être considéré comme une action périphérique ou un simple geste de solidarité. Il constitue un révélateur de la capacité d’une entreprise à préserver la valeur de ses ressources, à conjuguer performance économique et intérêt général, et à produire un impact concret. C’est probablement à cette condition que la RSE franchira une nouvelle étape : celle où les engagements se mesureront aux usages réellement préservés.

