La régénération comme nouveau modèle économique, c’est le plaidoyer de Jérémy Dumont pour remettre le vivant au cœur de l’entreprise. Et si la performance d’une entreprise se mesurait aussi à sa capacité à régénérer le vivant ? Face aux canicules, aux incendies, à l’effondrement de la biodiversité et aux limites des modèles économiques fondés sur l’extraction des ressources et une croissance volumique, le Président fondateur de Nous sommes Vivants, le collectif de la transition écologique, publie un dossier qui propose un véritable changement de paradigme. Son ambition est de montrer comment passer d’une économie qui limite ses impacts à une économie qui augmente les capacités du vivant, en s’inspirant de l’arbre dont l’exploitation forestière n’a pas encore de modèle économique régénératif …

« Cet été, la France a brûlé : 42 000 hectares parcourus, 260 000 personnes évacuées, 14 500 entreprises évacuées en Gironde dont 13 000 à l’arrêt, le 30 juillet qui est aussi le jour du dépassement. En sept mois, nous avons consommé ce que les écosystèmes régénèrent en un an.

Plus d’eau retenue, plus de sol, plus d’espèces, plus de bois de qualité. Une forêt sait le faire, à condition qu’on paie ceux qui la conduisent. Car une pratique ne dure que si quelqu’un la finance. Cela tient en quatre maillons : une parcelle qu’on peut nommer, un cahier des charges qui dit comment on la conduit, une conception de produit qui traduit cette conduite, une étiquette qui permet de la rémunérer.
Le vivant, ce n’est pas la nature en face de nous. C’est nous aussi. Ce qui a brûlé cet été le prouve par l’absurde : il n’y a pas une forêt d’un côté et une filière de l’autre, c’est un même tissu avec 260 000 personnes évacuées et 13 000 entreprises à l’arrêt fin juillet.
L’information principale de ce dossier : dans le bois, ce modèle économique régénératif n’existe pas encore. Aucun référentiel ne le certifie, aucun cas français ne le démontre. Les filières qui ont franchi ce pas l’ont fait ailleurs : le lait, l’huile, le thé, le champagne. »
La régénération comme nouveau modèle économique : le plaidoyer de Jérémy Dumont pour remettre le vivant au cœur de l’entreprise

Et si la performance d’une entreprise se mesurait aussi à sa capacité à régénérer le vivant ?
Face aux canicules, aux incendies, à l’effondrement de la biodiversité et aux limites des modèles économiques fondés sur l’extraction des ressources, Jérémy Dumont publie un dossier qui propose un véritable changement de paradigme. Son ambition est de montrer comment passer d’une économie qui limite ses impacts à une économie qui augmente les capacités du vivant.
comment passer d’une économie qui limite ses impacts à une économie qui augmente les capacités du vivant ?
Particulièrement documenté, ce dossier invite à regarder l’arbre autrement. Non plus uniquement comme un puits de carbone ou une ressource forestière, mais comme un pilier du vivant dont dépendent les sols, l’eau, la biodiversité, le climat local… et, finalement, l’économie elle-même.
l’arbre, un pilier du vivant dont dépendent les sols, l’eau, la biodiversité, le climat local … et donc l’économie elle-même


Sortir du « tunnel carbone »
L’une des idées fortes du dossier consiste à montrer les limites d’une approche centrée exclusivement sur les émissions de CO₂. Selon Jérémy Dumont, la plupart des entreprises savent aujourd’hui mesurer leur empreinte carbone. En revanche, elles disposent encore de peu d’outils pour intégrer réellement leurs dépendances au vivant dans leurs décisions stratégiques. Le risque est alors de réduire la transition écologique à une logique de compensation, sans transformer le modèle économique lui-même.
Dépasser une vision où l’arbre
n’est qu’un stock de carbone
L’auteur appelle ainsi à dépasser une vision où l’arbre ne serait qu’un stock de carbone. Il rappelle que l’arbre joue simultanément un rôle essentiel dans le cycle de l’eau, la fertilité des sols, le rafraîchissement des territoires, la biodiversité et la santé humaine.

Régénérer plutôt que simplement restaurer
Le dossier distingue clairement quatre niveaux d’action :
- limiter les impacts ;
- les réduire ;
- restaurer les milieux dégradés ;
- régénérer les capacités du vivant.
Cette dernière étape constitue le cœur de la démarche proposée. Régénérer ne signifie pas revenir à un état antérieur, mais permettre à un territoire, à un écosystème ou à une organisation de devenir plus robuste et plus vivant qu’auparavant. Cette définition dépasse largement le cadre de la forêt : elle concerne aussi les entreprises, les territoires et leurs modèles d’affaires.

Avez-vous vraiment la capacité de tenir vos objectifs en 2027 ?
Pas votre entreprise dans l’absolu, vous, dans votre organisation, avec vos moyens réels et ce qui vous freine au quotidien. Vos capacités à tenir vos objectifs RSE et financiers.
L’entreprise peut-elle devenir régénérative ?
Le dossier s’adresse directement aux dirigeants. La question n’est plus seulement de réduire les externalités négatives, mais de concevoir des produits et des chaînes de valeur qui financent directement la régénération des écosystèmes dont dépend l’activité économique.
Concevoir des produits et des chaînes de valeur qui financent directement la régénération des écosystèmes dont dépend l’activité économique
À travers plusieurs exemples, Jérémy Dumont montre comment relier une parcelle forestière, un cahier des charges, un produit vendu et une rémunération capable de financer des pratiques sylvicoles favorables au vivant. Cette logique est illustrée par plusieurs cas d’entreprises et par les travaux conduits avec le collectif Nous Sommes Vivants.
Une lecture qui interpelle
Plus qu’un livre blanc, ce dossier constitue une invitation à repenser les fondements mêmes de l’économie.
Il propose de remplacer une logique de compensation par une logique de contribution, où la création de valeur repose sur la capacité à renforcer durablement les écosystèmes, les territoires et les communautés humaines. Cette réflexion sur l’économie régénérative relie écologie, stratégie d’entreprise, conception des produits et modèles économiques.
l’économie régénérative relie écologie, stratégie d’entreprise, conception des produits et modèles économiques
Pour Cdurable.info, ce dossier offre une contribution inspirante au débat sur les transitions écologiques : il ne s’agit plus seulement de « faire moins de mal », mais d’apprendre à créer des activités dont le développement contribue directement à la régénération du vivant. À l’heure où les entreprises sont appelées à démontrer leur contribution à la société autant que leur performance économique, cette proposition mérite d’être discutée, enrichie… et expérimentée.
Dossier « La régénération comme modèle : de l’arbre au modèle économique »
Numérique régénératif : réduire l’empreinte et contribuer au vivant
« Le numérique peut-il être régénératif et à quelles conditions ? Le numérique dématérialise. Son fonctionnement, non : il repose sur des terminaux, des câbles sous-marins, de l’eau qui refroidit les serveurs. Et un paradoxe traverse le secteur : ses moteurs de croissance — 5G, IA générative, datacenters — sont précisément ceux qui pèsent le plus. +18 à 45 % d’empreinte carbone avec la 5G d’ici 2030 (ADEME/Arcep). Plus on croît, plus on impacte. La réponse tient en deux temps :
- 1️⃣ Réduire l’empreinte — éco-conception, sobriété, réparabilité. C’est la condition, mais le produit reste le même.
- 2️⃣ Contribuer au vivant — quand l’usage du service renforce les capacités d’un territoire et de ses habitants. La contribution n’est pas un à-côté : c’est la finalité de l’offre.
Ce passage se joue sur un seul levier : l’Innovation. Pas de nouveaux produits, un retournement de finalité dans le brief de conception. On ne part plus seulement de la demande marché, mais aussi du potentiel des milieux habités. Un exemple concret, issu de notre travail avec Orange Innovation : une Livebox qui passe en mode dégradé pendant les sécheresses. Le terminal ne commence plus par « quelle performance délivrer ? » mais par « dans quel état est le territoire que ce service connecte ? ». Plus le service est utilisé, plus il s’adapte aux conditions du vivant.«
Textile régénératif : retisser la chaîne de valeur du sol au vêtement
Et si la régénération était le vrai modèle économique du textile ? Sur le bassin de Roquefort, six cent cinquante mille brebis. Leur lait est tracé par une appellation et payé à prix garanti ; leur laine finit brûlée, ou vendue cinq centimes le kilo. Même animal, même territoire, deux destins. Et le pull tricoté ici, garanti à vie, part se faire filer en Italie faute de filature française.
Le pays s’est désindustrialisé. La moitié des forces de l’industrie textile ont disparu entre 1996 et 2015, et la France importe près du double de ce qu’elle produit. Teillage, filature, tissage : les ateliers du milieu de chaîne ferment les uns après les autres. L’amont agricole tient, l’aval sait faire — entre les deux, plus rien ne relie ce qui se passe au champ à ce qu’on lit sur une étiquette.
La réponse que tout le monde saisit porte un nom, et elle est juste : le Made in France. Mais c’est une origine, pas un niveau de contribution. Elle s’obtient sur la dernière transformation — un vêtement assemblé ici à partir d’une fibre importée dit où il a été cousu, rien de ce qu’il fait vivre. Pour qu’une origine devienne une contribution, il faut retisser les liens tout au long de la chaîne de valeur : entre le sol et la fibre, entre la fibre et l’atelier, entre l’atelier et la marque, entre la marque et celui qui porte le vêtement. C’est ce que le collectif appelle le Made in France contributif, et en a fait un manifeste, remis à trois ministères.




