Chantal Jouanno sans tabou : pour que s’évanouisse la vague climato-sceptique

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Après dix-huit mois d’expérience gouvernementale, Chantal Jouanno, publie Sans tabou, aux éditions La Martinière. Déplorant que « le monde politique travaille très peu avec les intellectuels », elle échange avec le directeur d’Emmaüs Charles-Edouard Vincent, celui de Sciences-Po Richard Descoings, l’économiste Jean-Paul Fitoussi, le philosophe Dominique Bourg (proche de Nicolas Hulot) et la primatologue Jane Goodal. Elle justifie : « Je n’ai pas voulu écrire cette histoire seule. Ce livre parle donc de notre monde à plusieurs voix, parce que, c’est ainsi, je n’ai pas toutes les réponses. Parce que c’est dans le débat et dans l’écoute, sans tabou ni oeillères, que nous relèverons les défis qu’il nous lance ».

Dans ce livre, la secrétaire d’État à l’Écologie revient aussi sur son parcours politique et ses engagements écologiques. « Chaque jour est un combat contre nos certitudes. C’est un combat politique contre des impasses, fait d’espoirs fondés et de déceptions sans fard. Ce livre en est le témoignage libre. Il est la chronique de mon cheminement pour l’écologie, depuis l’élan du Grenelle de l’environnement jusqu’aux aléas de la taxe carbone en passant par les désillusions de Copenhague. Il est aussi la chronique d’un cheminement à l’épreuve du pouvoir ». Sans faire de véritables révélations, Chantal Jouanno ne veut pas être réduite à l’adjointe du ministre de l’Écologie. Au contraire, elle écrit : « Le 18 juin 2007, Jean-Louis Borloo prend la suite d’Alain Juppé dans des conditions douloureuses. Il n’est pas enthousiasmé par son nouveau poste et son prédécesseur n’est pas ravi de le quitter. Il s’enferme dans un silence bougon. On s’appelle souvent mais je peine à le convaincre qu’il contribue à une page d’histoire. Comme me le confiait un proche du numéro 2 du Gouvernement : « Pour un peu, on dirait que c’est Jouanno qui a recruté Borloo ! ». » Elle revient également sur l’abandon de la taxe carbone : « Ce 25 mars, j’ai dit et répété que j’étais « désespérée » de l’abandon de la taxe carbone, désespérée que l’écolo-scepticisme ait trouvé le devant de la scène ces dernières semaines. Les éléments s’enchaînent et se déchaînent. Certains élus de la majorité sont furieux. L’opposition me flatte -accolade fatale ? » Elle constate un peu amère : « Les grands partis ont beaucoup de mal à pleinement intégrer l’écologie comme fondement de leurs programmes ; le sujet est souvent assimilé à du cadre de vie qu’on fait quand il reste un peu d’argent à la fin du mois. Et comme en ce moment, il ne reste plus d’argent à la fin du mois, on parle de tout sauf d’écologie. » Au fil des pages, le chemin vers « l’écologie apaisée et heureuse » que Chantal Jouanno appelle de ses vœux apparaît donc comme un exercice d’équilibrisme. Si pour être audible auprès d’une majorité de moins en moins réceptive aux problèmes écologiques, elle tacle les Verts (« On ne défend pas l’écologie en s’opposant au nucléaire »), réaffirme son attachement au Président de la république (son « meilleur allié intellectuel »), Chantal Jouanno exprime aussi son adhésion à l’analyse de Tim Jackson, auteur de Prospérité sans croissance et reconnaît que « nous n’échapperons pas à la décroissance de nos consommations matérielles ». Il est donc loin le temps où Chantal Jouanno planchait sur les fondements d’une « écologie de droite ». Il s’agit désormais pour elle de défendre la sobriété sans décroissance (« l’enjeu est la pérennité de la croissance économique ») et de réguler sans interdire. « Notre avenir est là […] dans une écologie qui soit un surcroît d’humanité », conclut-elle. Le prochain remaniement ministériel précisera si la majorité adhère à cet avenir la. En attendant, le projet de loi de finances 2011 prévoit une baisse de 2% du budget alloué à son ministère…

Références

L’auteur : Née en 1969, titulaire d’un BTS de commerce international et diplômée de l’ENA, Chantal Jouanno est secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie depuis janvier 2009. Elle a été conseillère pour le développement durable à la présidence de la république en 2007 puis présidente de l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). Elle a par ailleurs remporté treize titres de championne de France de Karaté, dont celui de 2010, et douze Coupes de France. Sans tabou : pour que s’évanouisse la vague climato-sceptique de Chantal Jouanno – Editeur : La Martinière – Date de publication : 23/09/2010 – 200 pages – ISBN-13: 978-2732443959 – Prix public : 18,50 €

 

David Naulin
David Naulinhttp://cdurable.info
Journaliste de solutions écologiques et sociales en Occitanie.

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