Hommage à Jane Goodall - ChangeNOW

Galitt Kenan, directrice du Jane Goodall Institute France, engagée pour la biodiversité, l’éducation et la paix

Elle a accepté de répondre aux questions Cdurable

Quelques mois après la disparition de la Dr Jane Goodall, le Jane Goodall Institute France participait à ChangeNOW dans un esprit d’hommage et de transmission. L’occasion d’honorer l’héritage exceptionnel de Jane Goodall et de rappeler que sa vision, son message d’espoir et son engagement pour le vivant continuent de guider les actions de l’institut à travers le monde. Un hommage à celle qui a profondément marqué les consciences et inspiré des générations d’acteurs du changement. Galitt Kenan, sa directrice, a accepté de répondre aux questions essentielles Cdurable.

« Nous devons apprendre à vivre en paix et en harmonie, non seulement entre nous, mais aussi avec la nature qui nous entoure. Avec tous les êtres vivants qui la composent. Nous faisons partie de cette nature. Nous en dépendons pour partie également. Il est temps que chacun d’entre nous agisse. Car chaque geste compte. Il faut agir. Maintenant. Sans attendre. En Afrique et en France, nous cherchons à avoir des impacts concrets, locaux, sur le long terme. »

Hommage à Jane Goodall

Tout est interconnecté :
les hommes, les autres animaux, la nature.

Dr. Jane Goodall
Jane Goodall (3 avril 1934 – 1er octobre 2025)
©Vincent Calmel

Jane Goodall est née le 3 avril 1934 à Londres, en Angleterre. À l’âge de 26 ans, portée par sa passion pour la faune africaine, elle est allée jusqu’à Gombe, en Tanzanie, où elle a commencé son étude historique sur les chimpanzés à l’état sauvage, s’immergeant dans leur habitat en tant que voisine plutôt qu’en tant qu’observatrice distante.

JGI/Hugo van Lawick

Sa découverte en 1960 que les chimpanzés fabriquent et utilisent des outils a bouleversé le monde scientifique et redéfini la relation entre les humains et les animaux. En 1977, elle a fondé le Jane Goodall Institute (JGI) afin de poursuivre son travail à travers le monde et pour les générations futures. L’Institut poursuit les recherches sur le terrain à Gombe et s’appuie sur l’approche innovante du Dr Jane en matière de conservation, qui reconnaît le rôle central que jouent les humains dans le bien-être des animaux et de l’environnement.

Engagez-vous avec le Jane Goodall Institute France et le programme Roots & Shoots pour agir concrètement en faveur des hommes, des animaux et de notre environnement partagé.

En 1991, elle a créé Roots & Shoots, un programme mondial qui aide les jeunes de 75 pays à devenir des citoyens et des leaders compatissants dans leur vie quotidienne. Avant son décès récent, le Dr Goodall parcourait le monde près de 300 jours par an, parlant des menaces qui pèsent sur la faune sauvage, des crises environnementales et des raisons qui lui donnaient espoir.

Messagère de la paix des Nations Unies depuis 2002, le Dr Goodall s’est distinguée par son engagement sans faille à partager son message d’espoir et à inciter les individus du monde entier à agir et à faire la différence, chaque jour.

Dans ses livres et ses discours, elle soulignait l’interdépendance de tous les êtres vivants et le pouvoir collectif de l’action individuelle. Le Dr Goodall était Messagère de la paix des Nations unies et Dame Commandeur de l’Empire britannique. Plus récemment, elle a reçu la Médaille présidentielle de la liberté des États-Unis en 2025, pour sa contribution à la science et son engagement sans faille en faveur de notre planète et a délivré un « Speech for History » à l’UNESCO.

Impact du Jane Goodall Institute en France et à l’international

En 2025, l’action du Jane Goodall Institute a continué de produire des résultats concrets et mesurables à l’échelle internationale.

  • 🌿 Plus d’un million d’hectares d’habitats naturels sont aujourd’hui protégés grâce à des plans d’action de conservation intégrant recherches scientifiques, corridors écologiques et pratiques d’agroforesterie durables.
  • 🦍 290 chimpanzés et un gorille ont reçu des soins au sein des sanctuaires gérés par l’Institut, leur offrant protection, réhabilitation et espoir d’un avenir meilleur. Ces sanctuaires accueillent également de nombreux oiseaux et mammifères.
  • 🔬 Deux centres de recherche scientifique poursuivent les études initiées il y a plusieurs décennies par le Dr Jane Goodall. La science demeure plus que jamais au cœur des actions menées.
  • 🌳 4,7 millions d’arbres d’essences locales ont été plantés de manière réfléchie, au bon endroit, par les bonnes personnes, dans une vision de long terme intégrée à des projets globaux de restauration des écosystèmes.
  • 🫱🏼‍🫲🏽 130 communautés locales sont accompagnées sur le temps long grâce à des programmes alternatifs et durables, améliorant les revenus tout en renforçant la capacité à préserver les ressources naturelles.
  • 📕 600 jeunes filles ont pu reprendre le chemin de l’école et bénéficier d’un accompagnement de qualité à travers des programmes de mentorat porteurs d’émancipation et d’avenir.

En 2025, le Jane Goodall Institute France a poursuivi et amplifié son action sur le territoire.

Galitt Kenan
Directrice du Jane Goodall Institute France
  • 🌱 Jeunesse et engagement citoyen
    • 568 groupes Roots & Shoots se mobilisent pour un monde meilleur, en faveur des humains, des animaux et de la nature.
    • 34 649 jeunes sont engagés dans des projets concrets, avec une présence renforcée dans les zones rurales et périurbaines, où 9 055 arbres ont été plantés.
    • 149 étudiants ont été accompagnés, coachés ou mentorés dans leurs initiatives.
    • 97 % d’entre eux se déclarent aujourd’hui plus solidaires et plus généreux.
  • 🌿 Nature et recherche scientifique
    • 60 hectares font l’objet d’études d’impact scientifique au sein de la réserve Jane Goodall du Trégor, en Bretagne, en partenariat avec l’ASPAS.
    • 4 projets de bien-être animal, portés par des étudiants auxiliaires vétérinaires, ont été récompensés par le Prix Bruno Pelletier.
    • 3 projets de recherche scientifique ont été distingués par le Prix du Jeune Chercheur sur la relation homme animal.
  • 📣 Plaidoyer et rayonnement
    • 4 campagnes de plaidoyer ont été menées aux côtés de coalitions d’ONG engagées.
    • Sur la question du trafic d’animaux sauvages, un travail d’expertise discret mais impactant est conduit aux niveaux français et européen.
Le Jane Goodall Institute France réalise de nombreuses actions en France. « Notre objectif est de participer à un mouvement global en faveur de la protection du vivant. De sensibiliser et inciter à l’action le plus grand nombre à l’importance de protéger, prendre soin, de notre planète : des hommes, des autres animaux et de notre environnement partagé.« 


Questions Cdurable à Galitt Kenan

Questions Cdurable !
ou c’est pas durable ?

Au delà des communiqués, qui ne présentent souvent que le « meilleur », et du développement durable, qui ne fait que tenter de réduire les impacts négatifs d‘une croissance volumique, nous nous intéressons aujourd’hui, 20 ans après la création de Cdurable.info, aux questions essentielles. Alors Cdurable ou pas ? 9 questions qui nous invitent à Comprendre pourquoi Agir & Coopérer avec le vivant, Cdurable !

1 – Quelle est la nature de ma relation avec le vivant ?

Ma relation au vivant est profondément empreinte de respect, d’émerveillement et de responsabilité.

Je ne me perçois pas comme extérieure à la nature, mais bien comme une composante à part entière de cet ensemble complexe et interdépendant. Cette conscience influence mon regard sur le monde : chaque être vivant, chaque écosystème a une valeur intrinsèque qui mérite attention, considération et respect.

Je me sens partie intégrante du monde vivant

Cette relation est à la fois intime et engagée. Intime, parce qu’elle nourrit mon rapport au quotidien, ma sensibilité, mon besoin de lien avec la nature. Engagée, parce qu’elle guide concrètement mes choix de vie, qu’ils soient personnels ou professionnels. Elle m’invite à agir avec cohérence, humilité et lucidité face aux enjeux environnementaux actuels qui sont si importants (crises géopolitiques, sociologies, de la chute de la biodiversité et du climat par exemple).

2 – Quels sont mes besoins et choix d’alimentation ?

Je privilégie une alimentation végétarienne, avec une approche parfois flexitarienne.

Ce choix s’inscrit dans une volonté de réduire mon impact sur les animaux, mais aussi sur l’environnement, notamment en termes d’empreinte carbone et de consommation de ressources.

Mes choix alimentaires sont guidés par la conscience écologique

Mes choix alimentaires sont guidés par plusieurs dimensions : la santé, bien sûr, mais aussi une réflexion éthique et écologique. J’essaie d’adopter une alimentation la plus consciente possible, en m’interrogeant sur l’origine des produits, leurs modes de production, et leurs impacts.

Cependant, je reste lucide sur mes propres contradictions.

Il m’arrive de ressentir une forme de dissonance cognitive entre mes valeurs et certains choix du quotidien. Plutôt que de la nier, je l’accepte comme faisant partie d’un cheminement, d’un processus d’évolution vers plus de cohérence. « Chaque geste compte », dit-on, et je suis convaincue.

3 – Quel est mon type d’habitat actuel et idéal ?

Je vis dans un environnement qui permet encore un lien avec la nature.

Mon habitat actuel me permet déjà de maintenir un certain lien avec la nature, ce qui est essentiel à mon équilibre. J’y trouve des espaces de respiration, de calme et une forme de connexion au vivant, même si celle-ci reste parfois limitée.

Mon habitat idéal serait un lieu encore plus intégré à son écosystème

Mon habitat idéal serait un lieu encore plus intégré à son environnement naturel. Un espace conçu dans une logique de sobriété, respectueux des ressources et des cycles naturels. J’imagine un lieu favorisant la biodiversité, où la présence du végétal et du vivant serait centrale, et où les choix architecturaux et énergétiques seraient pensés de manière durable.

Au-delà du lieu en lui-même, cet habitat idéal incarnerait un mode de vie plus simple, plus lent, plus aligné avec les rythmes du vivant.

un mode de vie simple et harmonieux

4 – Quelle activité physique favorise mon bien-être et ma santé ?

Les activités en lien avec la nature sont essentielles pour moi

Les activités physiques qui nourrissent mon bien-être sont celles qui me reconnectent à la nature et à mon corps. La marche, en particulier, occupe une place importante : qu’elle soit en forêt, en montagne ou dans des espaces naturels, elle me permet de ralentir, d’observer et de me recentrer.

Toute pratique douce qui permet de se reconnecter au corps et au vivant

Je privilégie des pratiques douces, accessibles, qui ne sont pas dans la performance mais dans l’écoute de soi. Ces moments sont essentiels pour maintenir un équilibre physique et mental. Ils constituent aussi des temps de respiration dans un quotidien parfois dense, et me permettent de retrouver une forme de clarté et d’apaisement.

5 – Quels savoirs m’ont permis de comprendre comment agir ?

Ma compréhension du monde et de la manière d’agir s’appuie sur une diversité de savoirs. Les connaissances scientifiques ont joué un rôle fondamental en me permettant de saisir les enjeux environnementaux et les mécanismes à l’œuvre.

Mais au-delà des savoirs théoriques, ce sont aussi les expériences de terrain, les rencontres et les échanges qui ont façonné mon regard. Les personnes engagées, les initiatives locales, les témoignages concrets ont nourri ma réflexion et renforcé mon envie d’agir.

Connaitre pour mieux aimer, comprendre pour mieux protéger.

L’approche du Dr Jane Goodall m’inspire particulièrement : « connaître pour mieux aimer, comprendre pour mieux protéger ». Cette philosophie résume bien l’idée que la connaissance est un levier essentiel pour susciter l’engagement et le respect du vivant.

Fondé par le Dr Jane Goodall, le Jane Goodall Institute œuvre depuis plus de 45 ans pour la protection des chimpanzés, la préservation des écosystèmes et le développement de programmes éducatifs favorisant l’engagement des jeunes et la construction d’une paix durable entre les humains, les autres animaux et la nature. En incitant les gens à préserver le monde naturel que nous partageons tous, l’Institut a pour mission d’améliorer la vie des personnes, des animaux et l’environnement pour préserver le monde naturel. Car tout est lié et chacun peut faire la différence.

6 – Quel est le sens que je donne à mon travail ?

Mon travail est porteur de sens dans la mesure où il contribue à recréer du lien entre les humains et le vivant. Dans un monde où cette connexion tend à se distendre, il me semble essentiel de favoriser la prise de conscience et de proposer des actions concrètes.

Encourager des actions concrètes pour un futur plus respectueux et plus conscient.

Je perçois mon activité comme une manière d’agir, à mon échelle, pour un futur plus respectueux et plus conscient. Même si cela peut parfois sembler modeste — une goutte d’eau dans un ensemble bien plus vaste — je suis convaincue que ces contributions individuelles ont leur importance et participent à un mouvement collectif plus large.

7 – Quelle énergie j’utilise pour mes usages et besoins ?

Je tends vers une utilisation plus responsable de l’énergie, en privilégiant autant que possible la sobriété. Réduire mes consommations, éviter le superflu, questionner mes besoins réels font partie de ma démarche quotidienne.

Lorsque cela est possible, je m’oriente également vers des sources d’énergie renouvelables, dans une logique de transition et de réduction d’impact.

j’essaie aussi de cultiver une “énergie” humaine tournée vers la coopération et l’engagement.

Mais au-delà de l’énergie matérielle, je m’interroge aussi sur l’énergie humaine que je mobilise et que je diffuse. J’essaie de cultiver une énergie tournée vers la coopération, l’écoute et l’engagement, en cohérence avec les valeurs que je souhaite porter.

8 – Quelle est mon implication personnelle pour l’intérêt général ?

Mon engagement est à la fois professionnel et personnel.

Mon implication pour l’intérêt général s’inscrit à la fois dans ma vie professionnelle et personnelle. Elle se traduit par mes choix de consommation, mes engagements, mais aussi par ma volonté de sensibiliser et mobiliser autour des enjeux environnementaux et sociétaux.

L’intérêt général et le vivant sont liés.

Je considère que l’intérêt général est intimement lié à la préservation du vivant. Protéger les écosystèmes, respecter les autres formes de vie, c’est aussi préserver les conditions de vie humaines. Cet engagement est une manière de contribuer, à mon niveau, à un monde plus juste, plus équilibré et plus durable.

9 – Quels sont mes liens de coopération et ma participation au bien commun ?

La coopération est essentielle : c’est ensemble que nous pouvons faire évoluer les pratiques et construire des solutions durables

La coopération est au cœur de ma manière d’agir. Je travaille en lien avec différents acteurs : partenaires, associations, citoyens engagés, structures diverses. Ces collaborations permettent de croiser les regards, de mutualiser les compétences et de construire des solutions plus pertinentes.

Je suis convaincue que les transformations nécessaires ne peuvent se faire de manière isolée. Elles nécessitent une mobilisation collective, impliquant l’ensemble des acteurs de la société : individus, organisations, entreprises, institutions et gouvernements.

œuvrons tous ensemble
pour un monde meilleur

C’est dans cette dynamique collective que se construit le bien commun, à travers des actions concrètes, mais aussi une vision partagée. Car c’est uniquement si nous œuvrons tous ensemble (individus, associations, entreprises, institutions, gouvernements) que nous pourrons œuvrer pour un monde meilleur.

10 – Carte blanche : quel est le message essentiel que vous souhaitez faire passer à nos visiteurs ?

Chacun de nous a un rôle à jouer.
Les petits gestes comptent,
les prises de conscience aussi.

Chacun de nous a un rôle à jouer. Il n’est pas nécessaire d’être parfait pour agir, ni d’attendre d’avoir toutes les réponses. Ce qui compte, c’est de commencer, à son rythme, avec ses moyens. Les petits gestes ont leur importance, tout comme les prises de conscience. Chaque pas vers plus de respect et de cohérence contribue à un mouvement plus large.

Le vivant a besoin de notre attention, de notre respect et de notre engagement, dès aujourd’hui

Le vivant a besoin de notre attention, de notre respect et de notre engagement dès aujourd’hui. Le respect est d’ailleurs au cœur de toute relation : avec les autres humains, avec les animaux, et avec notre environnement partagé.

Dans un monde où les formes de violence, qu’elles soient physiques ou verbales, sont de plus en plus visibles, faire le choix de l’empathie devient un acte fort, presque un acte politique.

Cultiver cette empathie,
c’est déjà participer à transformer le monde.

À propos de l’Institut

Créé en 1977 par le Dr. Jane Goodall à l’international et en 2004 en France, le Jane Goodall Institute est une ONG de conservation environnementale reconnue dans le monde entier pour son sérieux, son impact et l’espoir qui l’anime.

Cyrille Souche
Cyrille Souchehttp://cdurable.info
Directeur de la Publication Cdurable.info qui a eu 20 ans en 2025 ... L'occasion de supprimer la publicité et d'un nouveau départ vers un webmedia participatif d'intérêt général, avec pour raison d'être de recenser et partager les solutions utiles et durables pour agir et coopérer avec le vivant. Je suis ouvert à toute proposition de coopération mutuellement bénéfique au service de la régénération du vivant.

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