Créé à Bruxelles, le Network of Foundations for Wildlife Conservation (NFWC) entend renforcer les coopérations internationales entre fondations engagées dans la protection de la faune sauvage et de la biodiversité. Son ambition : partager les expériences de terrain, développer des méthodes de conservation fondées sur la science et mieux faire reconnaître la contribution des initiatives privées dans les politiques européennes. Membre fondateur du réseau, la Fondation François Sommer défend une approche qui cherche à concilier préservation du vivant, gestion durable des terres et vitalité économique des territoires.

Comment déverrouiller les données de la nature pour améliorer la gestion et la conservation des terres exploitables ?
En bref
Le Network of Foundations for Wildlife Conservation (NFWC) est un réseau international de fondations indépendantes engagé dans la protection du vivant sauvage. Soutenu et coordonné par l’European Landowners’ Organization (ELO), il s’est doté d’un premier cadre stratégique le 2 octobre 2026 à Bruxelles.
Ses trois priorités sont de renforcer les coopérations internationales, de partager les résultats des initiatives de conservation et de faire entendre les expériences de terrain dans les débats européens sur la biodiversité, la restauration de la nature et son financement.
La Fondation François Sommer, reconnue d’utilité publique depuis 1966, compte parmi ses membres fondateurs.
Comment protéger la faune sauvage tout en maintenant des activités agricoles, forestières et économiques viables ? Comment financer durablement la conservation de la nature et mieux prendre en compte les réalités des gestionnaires de terrain dans les décisions publiques ? Ces questions sont au cœur du Network of Foundations for Wildlife Conservation (NFWC), un réseau international de fondations dont les orientations ont été précisées lors d’une réunion organisée à Bruxelles début octobre 2026.
Soutenue et coordonnée par l’European Landowners’ Organization (ELO), l’initiative vise à rapprocher des fondations indépendantes qui gèrent des terres au service de la faune et de la flore sauvages. Confrontées à des défis communs, notamment le changement climatique et l’érosion de la biodiversité, elles souhaitent mutualiser leurs expériences et faire connaître les pratiques qui contribuent effectivement à la conservation des écosystèmes.
La démarche repose sur une conviction : les initiatives de protection de la nature doivent pouvoir s’appuyer sur des connaissances scientifiques, des résultats documentés et des solutions adaptées aux réalités économiques et écologiques des territoires.
Un réseau international pour partager les expériences de conservation
Les fondations gestionnaires d’espaces naturels disposent d’une expérience de terrain qui peut contribuer à faire progresser les pratiques de conservation. Mais les défis auxquels elles sont confrontées dépassent souvent les frontières nationales : évolution des habitats, adaptation au changement climatique, financement des actions de restauration ou encore articulation entre protection des espèces et activités humaines. Le NFWC entend faciliter les échanges entre ces acteurs, mais aussi avec les scientifiques, les gestionnaires de terres et les décideurs publics.
Son cadre stratégique initial, adopté à la réunion du 2 octobre, repose sur trois priorités :
- Connecter les fondations à l’échelle internationale. Le réseau souhaite développer les relations entre fondations de différents pays et favoriser les échanges avec les gestionnaires, les scientifiques et les décideurs. L’objectif est de partager les connaissances, de rapprocher les expériences et de faciliter la mobilisation des ressources nécessaires à la conservation.
- Démontrer l’efficacité des initiatives de conservation. Les membres entendent partager les résultats, les enseignements et les éléments de preuve issus des actions menées sur le terrain. Il s’agit de mieux comprendre les conditions dans lesquelles les initiatives privées peuvent contribuer à la restauration de la biodiversité et de faciliter la diffusion des pratiques pertinentes.
- Faire entendre l’expérience du terrain dans les débats européens. Le réseau souhaite contribuer aux discussions sur les politiques de biodiversité, la restauration de la nature et le financement de la conservation. Les retours d’expérience des gestionnaires doivent permettre d’éclairer les décisions publiques et de mieux prendre en compte les conditions concrètes de mise en œuvre.
Cette articulation entre coopération internationale et dialogue européen constitue le fil conducteur du projet : apprendre des expériences conduites dans différents pays pour améliorer les pratiques et nourrir les décisions à l’échelle des territoires.
La Fondation François Sommer, membre fondatrice du réseau

Fondation française reconnue d’utilité publique depuis 1966, la Fondation François Sommer est présidée par Henri de Castries. Basée à Paris et présente en Europe et en Afrique, elle figure parmi les membres fondateurs du NFWC. En rejoignant cette initiative, elle souhaite développer les échanges avec d’autres structures d’intérêt général confrontées aux mêmes enjeux de gestion des terres et de préservation du vivant sauvage.
Pour Alban de Loisy, directeur général de la Fondation François Sommer, la protection de la faune sauvage et la vitalité économique des territoires ne doivent pas être considérées comme des objectifs contradictoires.
« La protection de la faune sauvage et la vitalité des territoires ne sont pas incompatibles. »
Alban de Loisy, directeur général de la Fondation François Sommer
Il précise l’ambition portée par cette coopération :
« En réunissant fondations, agriculteurs, forestiers et scientifiques, nous voulons démontrer qu’il existe des voies concrètes pour concilier les usages et la préservation du vivant, et faire en sorte que ces expériences nourrissent les décideurs, en particulier au niveau européen. » Cette approche privilégie le dialogue entre les acteurs qui gèrent les espaces naturels, ceux qui étudient leur fonctionnement et ceux qui élaborent les politiques publiques. L’enjeu est de faire circuler les connaissances dans les deux sens : les résultats scientifiques peuvent guider les pratiques de terrain, tandis que les expériences des gestionnaires peuvent contribuer à identifier les difficultés rencontrées et les conditions de réussite des mesures de conservation.

Financer la conservation : un enjeu économique et fiscal
La protection de la biodiversité ne dépend pas uniquement des pratiques de gestion. Elle suppose également de disposer de moyens financiers adaptés et d’un cadre réglementaire qui permette aux initiatives de conservation de s’inscrire dans la durée. Cette dimension a occupé une place importante dans les discussions de Bruxelles. Les participants ont notamment examiné les différences entre les systèmes fiscaux européens applicables aux espaces protégés. Les échanges ont porté sur plusieurs pistes : la fiscalité foncière et successorale, la prise en compte des contraintes liées à la conservation dans l’évaluation des biens et la reconnaissance du patrimoine naturel, notamment au regard des dispositifs existant pour le patrimoine culturel. Une autre question a été soulevée : les conditions d’accès du public associées à certains avantages fiscaux sont-elles toujours compatibles avec la protection des habitats sensibles et des espèces qui en dépendent ?
Ces sujets doivent encore être approfondis. La réunion n’a pas encore permis l’adoption d’une politique fiscale commune, mais elle a fait apparaître l’intérêt d’une comparaison des dispositifs nationaux et d’un meilleur partage des expériences. Derrière ces discussions se trouve un enjeu essentiel : comment reconnaître la contribution des propriétaires et gestionnaires qui consacrent des terres à la conservation, alors que ces espaces peuvent générer peu de revenus tout en apportant des bénéfices écologiques à la collectivité ? Pour le NFWC, la question du financement fait partie intégrante de la recherche de solutions durables. La préservation du vivant sauvage suppose de mieux comprendre les coûts supportés par les gestionnaires, les bénéfices collectifs de leurs actions et les mécanismes susceptibles d’encourager les initiatives efficaces.

Restaurer la nature : mieux associer les gestionnaires aux décisions européennes
Les échanges de Bruxelles ont également porté sur les politiques européennes de biodiversité et de restauration de la nature. Ion Codescu, de la direction générale de l’environnement de la Commission européenne, a présenté les plans nationaux de restauration, les financements, les crédits nature et la mise en œuvre des directives relatives aux oiseaux et aux habitats. Les discussions ont souligné l’importance d’associer suffisamment tôt les fondations et les gestionnaires de terres à la conception et à l’application des politiques publiques.

Plusieurs difficultés rencontrées sur le terrain ont été évoquées : les incertitudes juridiques après des améliorations volontaires en faveur de la biodiversité, les risques de contentieux, certaines interprétations nationales des règles européennes et les conséquences de la présence de grands carnivores sur le pâturage conservatoire et le maintien des milieux ouverts. Les participants ont notamment appelé à des incitations concrètes, à une meilleure reconnaissance des actions de conservation déjà réalisées et à des financements adaptés aux conditions locales.
Le représentant de la Commission européenne a souligné l’intérêt d’une gestion adaptative et de l’implication des parties prenantes. Il a également invité les participants à apporter des exemples précis de difficultés et de solutions opérationnelles. Ces échanges illustrent l’un des objectifs du NFWC : faire remonter les réalités du terrain dans les débats européens, sans se limiter à des déclarations de principe. Le réseau pourrait notamment contribuer à ce dialogue en réunissant des études de cas, des connaissances techniques et des exemples de conservation réussie. Il s’agit, à ce stade, d’une orientation de travail : aucun engagement financier spécifique ni aucune modification réglementaire n’ont été décidés lors de la réunion.

S’inspirer des expériences internationales pour faire progresser les pratiques
Le partage d’expériences ne se limitera pas aux fondations européennes. Les participants ont évoqué l’intérêt des dispositifs américains de conservation foncière, notamment les land trusts et les conservation easements. Ces outils, qui permettent dans certaines conditions d’organiser la protection de terres sur le long terme, pourraient constituer des sources d’inspiration pour les acteurs européens. Leur éventuelle adaptation reste toutefois à explorer : aucun projet spécifique n’a été arrêté sur ce sujet.
Le réseau entend également s’appuyer sur les coopérations existantes avec l’ELO, Friends of the Countryside et le label Wildlife Estates. Ces acteurs disposent de compétences complémentaires en matière de conservation, de gestion des terres et de dialogue avec les institutions européennes. Le choix organisationnel retenu est celui d’un réseau souple, sans nouvelle structure administrative permanente ni hiérarchie supplémentaire. Chaque fondation conserve son indépendance, ses priorités et ses activités. Les travaux doivent rester pragmatiques, en fonction du temps et des moyens disponibles. Cette souplesse doit permettre de privilégier les échanges utiles, les visites de terrain et quelques thèmes de travail communs plutôt que de multiplier les structures et les procédures.

Des expériences locales aux solutions utiles aux territoires
La création du NFWC pose une question centrale pour la transition écologique : comment transformer des initiatives locales de conservation en connaissances utiles à d’autres territoires et en décisions publiques mieux adaptées ? Pour y répondre, le réseau mise sur la coopération entre fondations, mais aussi sur le dialogue avec les scientifiques, les professionnels de la gestion des terres et les décideurs. L’enjeu ne sera pas seulement de présenter des initiatives prometteuses. Il faudra également documenter leurs résultats, comprendre leurs limites, identifier les conditions de leur réussite et déterminer dans quelle mesure elles peuvent être reproduites ailleurs. Cette exigence est essentielle pour distinguer les intentions des résultats effectivement observés. Une méthode efficace dans un contexte écologique ou économique donné ne peut pas nécessairement être transposée telle quelle à un autre territoire. En privilégiant le partage d’expériences et les connaissances issues du terrain, le NFWC entend contribuer à une approche plus opérationnelle de la conservation de la nature.

La protection du vivant sauvage ne se résume pas à préserver des espèces ou des espaces : elle implique aussi de construire les conditions économiques, scientifiques et réglementaires permettant aux écosystèmes de prospérer dans la durée.
Le réseau devra désormais traduire son cadre stratégique en travaux concrets, en choisissant ses premiers thèmes de coopération et en organisant les échanges entre ses membres. Sa capacité à documenter les résultats et à les faire connaître aux décideurs européens sera déterminante pour mesurer sa contribution à la préservation de la biodiversité. Cdurable.info contribuera à la diffusion des initiatives inspirantes et retours d’expérience utiles de ce réseau de fondations pour protéger le vivant sauvage …




