Blocage du détroit d’Ormuz, flambée des prix du pétrole : comme en 2022, la crise géopolitique remet la sobriété au premier plan. Si les Français se montrent favorables à cette démarche, leurs pratiques peinent à évoluer en conséquence, tandis que l’action publique demeure trop centrée sur les gestes individuels. Comment réinterroger nos besoins et nos usages afin de modérer la production et la consommation de biens et services mobilisant des ressources ? Quel rôle les politiques publiques peuvent-elles jouer pour accompagner cette évolution ? Pour éclairer ces enjeux, le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan présente un nouveau rapport « Sobriété, des gestes individuels aux choix collectifs », accompagné d’une synthèse.


« La sobriété revient dans l’actualité en période de crise, de vie chère. Elle repose souvent sur des petits gestes individuels. Elle doit enfin acquérir une dimension de long terme, centrale et assumée dans nos politiques publiques, en complément de l’efficacité et de l’innovation. En soulignant deux éléments : ses bénéfices plus larges que la réduction des émissions de gaz à effet de serre, notamment en termes de santé et de souveraineté ; et son aspect symbolique, pour que chacun contribue aux efforts collectifs de manière juste. »
Clément Beaune
Haut-commissaire à la Stratégie et au Plan.
La sobriété, levier incontournable pour la transition écologique, la souveraineté et la santé publique
La sobriété consiste à modérer la production et la consommation de biens et de services mobilisant des ressources, en réinterrogeant nos besoins et nos usages.
Complémentaire de l’efficacité et de l’amélioration technologique, la sobriété constitue un levier essentiel pour atteindre les objectifs environnementaux. Selon les scénarios, elle permettrait de réduire les émissions de gaz à effet de serre d’environ 10 à 30 % et de diminuer d’environ un cinquième la consommation d’énergie, de matériaux primaires et d’eau. Au-delà de ses bénéfices environnementaux, elle contribue également à renforcer notre souveraineté, en réduisant les dépendances aux importations, et à améliorer la santé publique, notamment en favorisant les mobilités actives, une alimentation plus équilibrée et une moindre exposition aux pollutions.

Des pratiques individuelles contraintes par quatre environnements
Repenser la sobriété comme le résultat de choix collectifs
Les actes de consommation ne relèvent pas uniquement de choix individuels. Le rapport invite ainsi à repenser la sobriété, non plus comme une démarche reposant sur les seuls comportements individuels, mais comme le résultat de choix collectifs. Il formule des propositions pour inscrire la sobriété dans une stratégie de long terme, en agissant sur quatre environnements qui façonnent nos pratiques :
- l’environnement cognitif, qui renvoie à l’information et à la sensibilisation ;
- l’environnement économique, qui touche aux incitations financières et à la rentabilité des alternatives sobres ;
- l’environnement physique, qui a trait aux infrastructures, à l’aménagement du territoire et à l’offre des entreprises ;
- l’environnement socioculturel, qui repose sur les normes et représentations collectives, encore largement marquées par des incitations à la surconsommation.
Agir sur ces différents environnements est indispensable pour rendre les pratiques sobres accessibles à tous, notamment aux ménages les plus modestes. En effet, pour ces derniers, la sobriété est souvent une contrainte. Sans accompagnement social, ils ont peu de marges d’adaptation aux évolutions économiques ou réglementaires, faute de moyens ou d’alternatives accessibles.

Inscrire la sobriété dans une stratégie publique de long terme
Pour dépasser la seule responsabilisation individuelle, le rapport recommande d’intégrer la sobriété dans toutes les politiques publiques. Les auteurs préconisent notamment de renforcer la qualité de l’information environnementale, de mobiliser les instruments économiques en veillant à leurs effets redistributifs, de développer les infrastructures et les offres favorisant des pratiques sobres et d’accompagner l’adaptation du système productif. Ils appellent également à agir plus profondément sur l’environnement socioculturel, en encadrant davantage la publicité, en promouvant des récits positifs de la sobriété, en renforçant l’exemplarité de l’État et en soutenant la délibération citoyenne sur l’évolution des modes de vie. L’objectif :
Faire de la sobriété non plus une responsabilité strictement individuelle, mais un choix collectif rendu plus facile, accessible et désirable par l’action publique
Auteurs

Adjoint au directeur du département Environnement

Cheffe de projet

Cheffe de projet « Territoires et société »

