Alors que l’été caniculaire a éveillé les consciences et mis l’eau au centre des débats, les professionnels français du traitement de l’eau à la parcelle, représentés par l’ATEP, souhaitent peser dans les débats publics de la campagne présidentielle pour que la transition hydrique soit engagée comme une priorité nationale, un pilier essentiel à la stratégie d’adaptation au changement climatique. Pour nourrir les projets des candidats, l’ATEP a rédigé un manifeste « l’eau n’attendra pas », préfacé par le paléoclimatologue français Jean Jouzel et mettant en avant 10 propositions concrètes qui devront être engagées au cours du prochain quinquennat (2027-2032).

2027-2032 : FAIRE DE L’EAU UNE PRIORITÉ NATIONALE
Faire de l’eau une question centrale du débat politique, alors que le réchauffement climatique raréfie la ressource et rend stratégiques sa préservation et son partage
À moins de six mois de l’élection présidentielle, les Acteurs du Traitement des Eaux de la Parcelle (ATEP) interpellent les candidats sur la gestion de l’eau en publiant « L’eau n’attendra pas », un manifeste qui formule dix propositions concrètes pour la période 2027-2032.

« Les solutions existent. Récupération, traitement, réutilisation, recyclage, infiltration, gestion décentralisée : elles sont maîtrisées, éprouvées et déjà déployées en France comme chez nos voisins européens. Le principal défi n’est plus seulement technique. Il est désormais politique, économique et culturel. »
Marc Sengelin, Président de l’ATEP
L’urgence de repenser nos usages de l’eau potable
Un Français consomme en moyenne 150 litres d’eau potable par jour, dont seulement 1 à 2 litres pour boire
L’ATEP revient sur de nombreuses données concernant l’utilisation de l’eau potable. Un Français en consomme en moyenne 150 litres par jour, dont seulement 1 à 2 litres pour boire (source : SISPEA). Les toilettes, le lave-linge, l’arrosage et le nettoyage représentent près de la moitié des usages d’un logement, et pourraient ne pas utiliser de l’eau potable. Dans le même temps, 1 litre d’eau sur 5 est perdu dans les réseaux à cause des fuites (OFB, Observatoire national des services publics d’eau et d’assainissement). Et sur les 7 milliards de m³ d’eaux usées traitées chaque année en France (SDES), moins de 1% sont réutilisés, contre environ 14 % en Espagne (Cerema).
« L’eau : un cycle qui s’accélère, des déséquilibres qui s’aggravent.
Avec environ +1,5°C de réchauffement planétaire, le cycle de l’eau s’accélère sans se répartir mieux : il pleut davantage là où l’eau abonde, et moins là où elle manque. La France n’est pas le pays le plus menacé, mais elle doit anticiper et engager des actions concrètes. »
Jean Jouzel, Climatologue et glaciologue, ancien Vice-pdt du groupe scientifique du GIEC

La parcelle, un levier encore sous-exploité
8 milliards de m³ de pluie tombent chaque année sur les toitures de France
En complément des actions de sensibilisation ou de la modernisation et de l’entretien des réseaux, la réponse de l’ATEP passe notamment par le bâtiment et la parcelle. Récupérer l’eau de pluie, réutiliser les eaux grises, infiltrer les eaux pluviales, traiter les eaux usées au plus près de leur production. Environ 8 milliards de m³ de pluie tombent chaque année sur les toitures de France, soit une fois et demie l’eau potable produite, et un bâtiment équipé peut réduire jusqu’à 44 % ses prélèvements d’eau potable si l’ensemble des usages autorisés ou expérimentés est couvert (estimations ATEP). Les solutions existent et sont déjà déployées. Pour changer d’échelle, quatre freins restent à lever selon l’ATEP : le financement, la maintenance, le modèle économique des services d’eau et la gouvernance.

- Réserver l’eau potable aux usages qui l’exigent : dans un logement, près de la moitié des usages, comme les toilettes, le lave-linge ou l’arrosage, ne requièrent pas une eau de qualité potable.
- Faire de la parcelle un complément des réseaux : récupérer, réutiliser et infiltrer l’eau au plus près de l’endroit où elle tombe soulage les réseaux, limite le ruissellement et réduit les prélèvements sur une ressource commune.
- Penser l’eau comme nous avons appris à penser l’énergie. Dès la conception des bâtiments, puis dans la durée, avec un entretien régulier et une traçabilité des installations.
Nos dix propositions traduisent ces trois messages clés en mesures concrètes.
10 propositions concrètes de l’ATEP pour la période 2027-2032
Ce manifeste a pour vocation d’alerter et de mobiliser les élus, actuels et futurs, autour de trois axes majeurs.

Les adhérents de l’ATEP ont formulé dix propositions concrètes pour agir efficacement et rapidement face à une situation que le dérèglement climatique rend de plus en plus pressante. S’engager aujourd’hui pour agir dès 2027, c’est faire collectivement le choix d’être acteurs plutôt que spectateurs, et donner aux élus des leviers concrets.


ACCOMPAGNER ET INCITER
- 1 – Créer un « France Rénov’Eau » :
- Conseiller les particuliers et financer les études préalables ;
- Accompagner l’installation de systèmes de récupération d’eau de pluie, de recyclage des eaux grises ou de gestion des eaux pluviales ;
- Mobiliser les agences de l’eau, les collectivités et l’Anah pour soutenir les travaux.
- 2 – Rendre visible la performance hydrique des bâtiments. Intégrer un volet « eau » au diagnostic de performance énergétique (DPE) afin d’évaluer :
- La consommation d’eau potable ;
- Le potentiel de récupération de l’eau de pluie ;
- Les possibilités de réutilisation des eaux grises ;
- La gestion des eaux pluviales ;
- La performance des installations d’assainissement.
- 3 – Atteindre 10 % de réutilisation des eaux usées traitées d’ici 2030 et fixer des objectifs spécifiques pour les autres eaux non conventionnelles. Pour y parvenir :
- Sécuriser et faciliter les usages autorisés ;
- Adapter les niveaux de traitement aux usages réels ;
- Soutenir financièrement les projets de réutilisation.
- 4 – Faire de l’eau de pluie une ressource pour les territoires. 4 leviers pour agir :
- Récupérer et stocker l’eau de pluie ;
- Intégrer sa gestion dès l’aménagement ;
- Adapter les solutions aux réalités locales ;
- Mobiliser les réserves existantes, notamment contre les incendies.
- 5 – Accélérer la réhabilitation de l’assainissement non collectif. Nous proposons de :
- Sécuriser les financements et mettre en place des aides nationales ciblées ;
- Instaurer une provision lors de la vente d’un bien comportant une installation non conforme afin de garantir la réalisation des travaux ;
- Encourager les technologies permettant, lorsque cela est pertinent, de valoriser les eaux traitées.
CONCEVOIR AUTREMENT
- 6 – Intégrer l’eau dès la conception des bâtiments. Rendre obligatoire une étude de faisabilité « eau » sur :
- La récupération de l’eau de pluie ;
- Le potentiel de réutilisation des eaux grises à l’échelle de la parcelle ou du groupement de parcelles ;
- Les capacités d’infiltration et la gestion des pluies ;
- La solution d’assainissement adaptée.
- 7 – Garantir la conformité avant raccordement au réseau d’eau potable.
- Conditionner le raccordement au réseau public d’eau potable à une attestation de conformité des installations intérieures, délivrée avant leur mise en service.
GARANTIR LA PERFORMANCE DANS LE TEMPS
- 8 – Garantir un entretien effectif et tracé. Nous proposons :
- Un entretien effectif et périodique, adapté à chaque équipement : celui de l’ANC, déjà obligatoire, et celui des installations d’eau de pluie et d’eaux grises ;
- Une traçabilité des interventions dans le Carnet d’information du logement.
- 9 – Créer une véritable « carte d’identité de l’eau » du logement. Nous proposons :
- D’identifier les équipements ;
- De conserver leur historique ;
- De tracer leur entretien et les travaux ;
- De transmettre ces informations à chaque propriétaire.
- 10 – Faire de la gestion de l’eau à la parcelle un pilier de la planification écologique. Nous proposons de créer les conditions d’un changement d’échelle avec :
- Des outils pour permettre aux collectivités d’agir ;
- Un cadre pour inscrire la gestion de l’eau dans l’aménagement des parcelles ou groupements de parcelles ;
- Une gouvernance qui associe les professionnels, en réactivant le PANANC1 ;
- Des formations pour renforcer les compétences et diffuser les bonnes pratiques.
Manifeste de l’ATEP « L’eau n’attendra pas »
A propos de l’ATEP – Acteurs du Traitement des Eaux de la Parcelle

Créé le 1er octobre 2020, l’ATEP (Acteurs du Traitement des Eaux de la Parcelle) fédère les acteurs du traitement et de la gestion de l’eau à la parcelle : fabricants, entreprises de services, bureaux d’études, installateurs et partenaires scientifiques et institutionnels. Elle compte plus d’une trentaine d’entreprises adhérentes
- PANANC : Plan d’actions national pour l’assainissement non collectif. ↩︎

