Tribune Cdurable

Écologie préventive : pourquoi attendons-nous la catastrophe pour dépenser ?

Brice Masseix
, Entrepreneur et ancien conseiller municipal de Torcy

Tribune Cdurable à Brice Masseix, entrepreneur, ancien élu local et citoyen engagé en Seine-et-Marne. Pourquoi attendre la catastrophe et l’urgence pour dépenser ? Il nous invite à passer à l’écologie préventive pour donner une valeur présente à ce qui nous protégera demain …

Brice Masseix
Entrepreneur, ancien élu local et citoyen engagé en Seine-et-Marne. Mon parcours s’est construit au fil d’expériences professionnelles et humaines diverses.

Une canalisation remplacée avant la rupture, une zone humide préservée, un sol rendu perméable : ces décisions attirent rarement l’attention. Elles contribuent pourtant à protéger nos territoires. Pour Brice Masseix, donner une véritable place à l’écologie préventive suppose de revoir nos priorités budgétaires et notre manière d’évaluer l’action publique.

Après une inondation, les dégâts sont visibles. Les routes coupées, les logements dégradés et les commerces fermés rendent immédiatement compréhensible la nécessité de dépenser. Avant la catastrophe, financer des travaux pour en limiter les conséquences demande davantage d’explications. Le risque paraît encore lointain et d’autres besoins semblent plus urgents.

Cette différence de perception pèse sur nos décisions. Nous acceptons de mobiliser des moyens considérables lorsque la crise survient, alors que les dépenses d’entretien et de prévention doivent continuellement justifier leur utilité.

l’enjeu de l’écologie préventive : donner une valeur présente à ce qui nous protégera demain

C’est tout l’enjeu de l’écologie préventive : donner une valeur présente à ce qui nous protégera demain. Et accepter qu’une politique utile ne produise pas toujours un résultat spectaculaire.

L’entretien mérite une ambition politique

Une canalisation enterrée n’attire l’attention que lorsqu’elle fuit ou qu’elle casse. Tant que l’eau arrive au robinet, son état reste une préoccupation lointaine pour la plupart des habitants. Pourtant, connaître les réseaux, détecter les pertes et programmer leur renouvellement relève pleinement de la protection de la ressource.

Demander aux usagers de réduire leur consommation est nécessaire. Mais cet effort doit s’accompagner d’une exigence comparable envers les infrastructures qui acheminent l’eau. Un habitant peut surveiller sa consommation ; il ne peut pas réparer le réseau dont dépend son logement.

Cette responsabilité collective dépasse la seule question de l’eau. Elle concerne aussi l’isolation des bâtiments publics, la préservation des sols ou la durée de vie des équipements. Repousser un entretien peut alléger un budget à court terme. Cela ne signifie pas que le besoin disparaît. Il peut même devenir plus coûteux à traiter lorsque la dégradation s’aggrave.

Nous devons donc cesser de considérer la maintenance comme une dépense secondaire, moins ambitieuse que la construction d’un nouvel équipement. Prendre soin de l’existant constitue déjà un projet politique.

Préserver les milieux naturels fait partie de la prévention

L’écologie préventive ne se limite pas aux infrastructures techniques. Elle suppose également de reconnaître les fonctions assurées par les milieux naturels et de leur laisser la place nécessaire.

Dans nos aménagements, nous avons longtemps privilégié l’évacuation rapide des eaux de pluie. Les surfaces imperméables favorisent pourtant le ruissellement et peuvent accentuer la saturation des réseaux. Redonner aux sols une capacité d’infiltration, lorsque les conditions locales le permettent, contribue à réduire cette pression.

Désimperméabiliser une cour d’école, préserver une zone humide ou restaurer un espace d’expansion des crues répond à cette logique. Ces choix peuvent également favoriser la biodiversité et améliorer le cadre de vie. Leur intérêt dépasse donc le seul coût des dommages qu’ils permettent de limiter.

Chaque territoire exige toutefois des réponses adaptées. La nature du sol, les usages et les risques doivent guider les interventions. La prévention demande une connaissance précise du terrain, des compétences et un suivi dans le temps. Elle ne se décrète pas à partir d’un catalogue de solutions identiques pour toutes les communes.

Le coût du report doit entrer dans les arbitrages

Les élus locaux doivent répondre à des besoins nombreux avec des moyens limités. Les écoles, la voirie, les équipements sportifs ou la propreté appellent des décisions immédiates. Il serait trop facile de leur reprocher chaque investissement différé sans tenir compte de ces contraintes.

La question est plutôt de savoir comment mieux arbitrer. Lorsqu’un projet de prévention est examiné, son coût apparaît clairement dans le budget. Les conséquences possibles de son report sont souvent moins lisibles : réparations d’urgence, interruptions de service, pertes de ressources ou aggravation de la vulnérabilité du territoire. Ces conséquences ne peuvent pas toutes être chiffrées avec certitude. Elles doivent néanmoins faire partie de la décision. Une économie apparente peut simplement transférer une charge vers les habitants, un autre acteur public ou le mandat suivant.

Cela suppose de programmer les interventions sur plusieurs années, en fonction de l’état du patrimoine et des risques. Cela exige aussi des financements suffisamment stables et un accès à l’ingénierie pour les collectivités qui ne disposent pas des équipes nécessaires.

La capacité d’anticiper ne devrait pas dépendre uniquement de la richesse d’un territoire.

Les citoyens doivent pouvoir comprendre les résultats

La prévention rencontre une difficulté particulière : lorsqu’elle fonctionne, une partie de son résultat tient à ce qui ne s’est pas produit. Il est difficile d’attribuer avec certitude l’absence de dégâts à un aménagement précis. Cela ne condamne pas pour autant les collectivités à communiquer sur des bénéfices abstraits.

Elles peuvent rendre compte de l’évolution des pertes d’eau, des surfaces désimperméabilisées, de l’état des équipements ou de la consommation énergétique des bâtiments. Elles peuvent expliquer pourquoi certains travaux ont été retenus et pourquoi d’autres attendront.

Cette transparence permet aux habitants de juger une politique sur des résultats suivis dans le temps. Elle donne aussi du sens aux efforts demandés. La sobriété est plus crédible lorsque chacun peut constater que les acteurs publics prennent leur part.

Il faut également regarder qui supporte le coût des investissements. Une politique environnementale ne peut ignorer les ménages qui peinent déjà à payer leur logement, leur énergie ou leurs déplacements. Prévenir doit contribuer à protéger les habitants, y compris les plus fragiles.

Nous ne supprimerons pas tous les risques. L’adaptation de nos territoires ne dispense pas non plus de réduire les émissions et les pressions sur les écosystèmes. Mais nous pouvons éviter de laisser s’accumuler des fragilités connues jusqu’au moment où l’urgence décide à notre place.

Une catastrophe évitée ne s’inaugure pas. Il faut pourtant lui faire une place dans nos budgets.

Cyrille Souche
Cyrille Souchehttps://cdurable.info
Directeur de la Publication Cdurable.info qui a eu 20 ans en 2025 ... L'occasion de supprimer la publicité et d'un nouveau départ vers un webmedia participatif d'intérêt général, avec pour raison d'être de recenser et partager les solutions utiles et durables pour agir et coopérer avec le vivant. Je suis ouvert à toute proposition de coopération mutuellement bénéfique au service de la régénération du vivant.

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