Les Étages Éditions Les Étages Éditions

Cap sur le « Groenland – Échos arctiques » : le récit en BD d’une expédition scientifique

Une odyssée poétique et engagée de Lauriane Miara

Une exploration scientifique en voilier au Groenland donne naissance à un livre drôle et profond : « GROENLANDÉchos arctiques« , en librairie le 26 août 2026. Lauriane Miara n’évite aucun sujet chaud du moment : les désirs d’annexion de Trump, les horreurs de la colonisation des Inuits, la débâcle écologique en cours; mais le ton de la fable l’emporte et elle nous embarque dans un voyage initiatique, onirique et savoureux. Une BD qui fusionne science et poésie aux éditions Les Étages.

« L’écho est la réflexion du son par un obstacle qui le répercute. J’entends par échos arctiques les messages perceptibles émis par les milieux et les sociétés arctiques auxquels nous devrions tendre l’oreille. »

Lauriane Miara

A propos de l’autrice, Lauriane Miara

Artiste illustratrice, Lauriane Miara a très tôt pris la tangente vers une vie de voyages, de longues randonnées et de carnets bien remplis. Alors qu’elle dessine depuis ses premières années de vie, elle découvre l’illustration sur le tard et en fait son métier au hasard des rencontres. Amoureuse des grands espaces, elle met en avant la beauté et l’élégance des milieux naturels. Elle évoque leur fragilité et questionne la place de l’homme dans ces espaces. Sensibles et légères, ses illustrations à l’aquarelle et à l’encre lui permettent de raconter des histoires, de convoquer le rêve et de transmettre des messages d’un trait léger. Alaska, Islande, Scandinavie, Mongolie… Lauriane est attirée par les étendues froides dans lesquelles elle puise ses idées et monte ses carnets de voyage.

La nature alpine nourrit le parcours artistique de Lauriane Miar

« Je vis à Bourg-Saint-Maurice, au pied de la station de ski des Arcs. Les montagnes alpines nourrissent mon travail artistique, en particulier celles que je vois tous les jours : les montagnes de la Vanoise, du Beaufortain et du versant italien du massif du Mont-Blanc. J’approche la montagne par la marche de façon quasi quotidienne, en restant dans un secteur proche de chez moi. Cette pratique me permet de réfléchir aux travaux en cours, de mettre de l’ordre dans mes pensées et de revenir à l’atelier avec de nouvelles idées. Carnet et crayon en poche, je profite toujours de ces courtes escapades pour réaliser quelques croquis. Par ailleurs, je pratique la marche longue, lointaine, celle qui nécessite de sortir la carte IGN, de tracer un itinéraire au doigt en veillant aux courbes de niveau. Je pars alors pour une longue journée, quelques jours ou quelques semaines. J’emporte toujours un carnet et une boîte d’aquarelles dans mon sac à dos, bien que la météo et la fatigue ne permettent pas toujours de dessiner. Je note alors mes idées succinctement pour peut-être les travailler plus tard. La montagne est pour moi le lieu de grandes observations, je m’applique à comprendre comment elle vit et évolue au fil des jours, des saisons, année après année. Finalement, j’affine ma connaissance de la montagne grâce au dessin« .

Qu’elle est la genèse de Groenland ?

« En 2023, le jeu de hasards heureux m’a menée à bord du voilier de recherche scientifique suisse Forel qui partait en expédition sur la côte ouest du Groenland. Membre de l’équipage, j’étais embauchée pour réaliser de courtes bande dessinées de vulgarisation scientifique à destination d’un public scolaire. Embarquée pour deux mois et demi, j’ai eu tout le loisir de dessiner à d’autres fins : icebergs, glaciers, montagnes granitiques et oiseaux de mer sont les sujets que j’ai pu travailler. Initialement, je n’envisageais pas de réaliser une bande dessinée à partir de cette expédition. Aussi extraordinaire que fût cette aventure, l’immobilité physique induite par la navigation m’a fait croire que j n’aurais pas suffisamment de matière pour en faire un récit. Une forme de quotidien et de normalité s’installe toujours dans le voyage, au point parfois d’oublier que l’on vit quelque chose de spécial. De retour à terre, j’ai réalisé que je venais de vivre une aventure hors du commun, et qu’il y avait beaucoup à raconter. C’est bercée par un léger mal de terre que j’ai commencé à imaginer une bande dessinée. Plus qu’un carnet, je voulais raconter les reliefs des enseignements tirés de ce voyage, notamment en ce qui concerne les liens avec le vivant. Au Groenland, le rapport à l’animal est aux antipodes de ce que nous connaissons en Occident. Ici, il n’est ni un enfant qu’on habille ni une ressource industrielle. Il a une place essentielle et respectée dans la société humaine. Ce respect s’exprime dans les pratiques de chasse, où rien n’est gaspillé et où tout est partagé. C’est ce point précis qui a déclenché chez moi l’envie de faire cette bande dessinée ».

Qu’entends-tu par « échos arctiques » ?

« L’écho est la réflexion du son par un obstacle qui le répercute. J’entends par échos arctiques les messages perceptibles émis par les milieux et les sociétés arctiques auxquels nous devrions tendre l’oreille. Premièrement, la culture inuite nous confronte dans notre rapport au vivant. Cela, je l’ai éprouvé intimement puisque, auparavant, je pouvais faire preuve de sensiblerie vis-à-vis des animaux. Cela se traduisait par une intolérance face à toute forme de mise à mort d’un animal, sans distinction, ainsi que par une volonté vive de protéger les animaux. Le terme protéger en dit d’ailleurs long sur notre façon de percevoir l’animal : un animal n’a pas besoin d’être protégé, il est suffisamment fort. Il a besoin d’être respecté. Ici, donc, j’ai compris qu’infantiliser ne signifie pas respecter. L’autre voix, tonitruante, est celle des glaciers. Au Groenland plus qu’ailleurs, le dérèglement climatique est à l’œuvre. La fonte de la calotte polaire, deuxième plus grande masse de glace sur Terre, transforme les habitats et menace l’habitabilité du monde. Les habitants de l’île ne se questionnent plus à ce sujet, ils cherchent les voies d’adaptation à ce phénomène, entre menace, transformation, acclimatation et opportunité. D’autre part, les Groenlandais émettent une volonté d’indépendance vis-à-vis des pouvoirs impérialistes passés et actuels. Dans le même temps, nous devrions nous pencher sur le miroir que le Groenland nous tend et nous demander de qui et de quoi nous dépendons. Le dernier écho est plus subtil à percevoir pour nous autres Occidentaux : il est celui des icebergs, des oiseaux, de la mer, des narvals, des plantes, des montagnes… Au Groenland, tout ce qui compose la Terre possède une voix. Ces voix racontent des histoires transmises par les humains de génération en génération depuis des milliers d’années ».

Quand la formation scientifique fusionne avec la poésie

« On oppose traditionnellement la science et la poésie. La première est souvent perçue comme objective, fournissant la connaissance et les outils. La seconde est liée à l’imaginaire, fournissant l’émotion et l’intuition. Il s’agit d’une vision très dichotomique du monde à laquelle je n’adhère pas. Science et poésie participent ensemble aux évolutions de la société et sont au service de l’humanité. Quand elles s’assemblent, elles permettent d’entrevoir des perspectives riches de sens, de beauté ou d’espoir. Je suis issue d’une formation scientifique : je m’orientais vers la recherche en paléoclimatologie. Parallèlement, le dessin évolue avec moi depuis l’enfance comme une vie parallèle. Forte de ce double bagage, je cherche à combiner ces deux domaines dans mes différents travaux ».

Une pratique artisanale du dessin, en écho aux biotopes traversés

« Ma pratique du dessin est organique. Je suis très attachée aux sensations physiques du grain du papier, aux textures, aux mélanges, aux sons, aux éléments… Le travail sur papier implique d’entrer dans un temps particulier, celui du dessin. Il nécessite une disponibilité et une concentration totales, que l’approche numérique ne requiert pas. C’est cet état psychique que je recherche en travaillant de façon artisanale. Sous certains aspects, Groenland relève du bricolage. Réalisées dans le secret de mon atelier, toutes les planches sont dessinées et peintes à la main, à l’encre de Chine et à l’aquarelle. Par ailleurs, j’ai posé moi-même devant mon appareil photo pour travailler quasiment toutes les attitudes des personnages. Enfin, j’ai réalisé le lettrage à la plume, en ignorant que tous les auteurs de bande dessinée utilisent des polices d’écriture construites à partir de leur écriture. C’est ce qui m’a valu le sobriquet de « dinosaure » de la part de mon éditrice, mais ça me convient ! Seule coquetterie numérique : dans un souci de modernité et d’expérimentation, j’ai ajouté des couleurs chaudes numériquement ».

Les Étages éditions

Une maison d’édition dans un hameau de haute montagne, c’est accepter de devoir monter ses planches de dessin à ski en hiver, bivouaquer dans la salle à manger façon refuge les jours de bouclage, se recentrer sur l’essentiel et être au cœur de son propos.

C. Cam

« Récits, témoignages, beaux livres, romans graphiques : célébrer la nature, la montagne sous toutes ses faces, et mettre en lumière les trajectoires humaines et artistiques qu’elles engagent. Située à 1 600 mètres d’altitude, au cœur du massif des Écrins, notre maison d’édition est un observatoire de haute montagne, un refuge où accueillir des démarches artistiques concentrées sur la nature, les paysages, la façon de les arpenter, de les explorer, d’y vivre tout simplement. Peu de titres, de petites collections, une construction progressive qui vise le long terme : notre démarche est avant tout une recherche d’équilibre« .

■ Titre : Groenland, échos arctiques
■ Auteur : Lauriane Miara
■ Maison d’édition : Les Etages
■ Date de parution : 26/08/2026
■ ISBN : 979-1-0982924-2-2
■ Prix : 29 euros
■ Pagination : 128 pages

Cyrille Souche
Cyrille Souchehttps://cdurable.info
Directeur de la Publication Cdurable.info qui a eu 20 ans en 2025 ... L'occasion de supprimer la publicité et d'un nouveau départ vers un webmedia participatif d'intérêt général, avec pour raison d'être de recenser et partager les solutions utiles et durables pour agir et coopérer avec le vivant. Je suis ouvert à toute proposition de coopération mutuellement bénéfique au service de la régénération du vivant.

Lire aussi

Newsletter

spot_img

Sur Cdurable

Les cinq questions à se poser avant de s’installer à la campagne

Le Diagnostic « Territoire Fertile » conçu par par...

Développer notre attention aux espèces vivantes non humaines avec les communs de Zoepolis

Zoepolis est un laboratoire de recherche indépendant transdisciplinaire qui...

Un kit citoyen pour lever les freins au développement des forêts comestibles dans nos villes

Quels sont les vrais freins au développement des forêts...

L’éco-anxiété informe et l’éco-lucidité transforme

Et si on arrêtait de parler uniquement d'éco-anxiété ?...

« Fuck la Planète ! » et exploiter le vivant pour répondre à nos besoins croissants … mais l’humain est-il une espèce à part ?

Depuis plus de cinquante ans, les alertes sur le climat ne cessent de s’amplifier. Après le développement durable et la transition énergétique, les dirigeants...

L’Institut de Recherche et d’Innovation Citoyenne (IRIC) veut bâtir le commun des souverainetés populaires

Face à la défiance démocratique et au verrouillage du jeu politique traditionnel, l’Institut de Recherche et d’Innovation Citoyenne (IRIC) annonce la tenue de son...

Lionel Mallecourt, auteur de la Théorie de la Conscience Évolutive et fondateur du mouvement Les Gardiens du Vivant

Fondateur du mouvement Les Gardiens du Vivant et auteur de la Théorie de la Conscience Évolutive, Lionel Mallecourt se consacre à la recherche d’un...