Fondation Santé et Radiofréquences: «L’Etat semble faire table rase de notre travail»

Un article du Journal de l'Environnement

La recherche sur les effets sanitaires des ondes électromagnétiques risque-t-elle de disparaître? C’est ce que craint la Fondation Santé et Radiofréquences qui porte depuis 5 ans les travaux dans ce domaine. Dans un communiqué du 6 juillet, son conseil scientifique menace de démissionner. Explications avec la présidente Martine Hours, épidémiologiste à l’Inrets (1).

Une interview de la présidente Martine Hours, épidémiologiste à l’Inrets par Sabine Casalonga du Journal de l’Environnement. Votre conseil scientifique (2) menace de démissionner le 22 octobre à l’issue des Rencontres scientifiques de la Fondation. Pourquoi? Nous tirons la sonnette d’alarme car la recherche consacrée à l’étude des liens entre exposition aux radiofréquences et santé risque de disparaître faute de financement. La Fondation a été créée en 2005 grâce à un budget public-privé de 4,8 millions d’euros pour une durée de 5 ans. Sa fin est donc programmée pour janvier 2010. Mais ce qui nous étonne c’est que la synthèse des conclusions de la table ronde «Radiofréquences, santé et environnement» ne mentionne pas ce qui a été réalisé par la Fondation depuis 4 ans. L’Etat semble faire table rase de notre travail. D’ailleurs, le fait que la Fondation n’ait pas été invitée à ce «Grenelle des ondes» est un signe de désintérêt complet. La table ronde a conclu à la nécessité de revoir l’organisation et le financement de la recherche dans ce domaine. Qu’en pensez-vous ? Nous ne sommes pas opposés à une évolution de la structure, mais aucune alternative crédible n’est proposée pour l’instant. Confier la programmation de la recherche à l’Agence nationale de la recherche (ANR) n’apparaît pas comme une bonne solution, le champ de recherche marginal des radiofréquences risquant d’être dissous parmi les très nombreux autres projets financés par cette agence. Avez-vous obtenu une réponse du ministère suite à votre communiqué? Le président et la directrice de la Fondation ont été invités à participer aux groupes de travail du Grenelle sur l’information scientifique et la recherche. C’est plutôt une bonne nouvelle. Le mode de gouvernance de votre Fondation financée à 50% par l’Etat et à 50% par les industriels, ces derniers étant membres du conseil d’administration, n’est-il pas problématique? La Fondation est justement née de la volonté de couper les liens entre les industriels et la recherche par la création d’une structure «pare-feu» où le conseil scientifique bénéficie d’une indépendance totale dans ses choix scientifiques. Une des orientations de la table ronde propose une redevance versée par les opérateurs pour mettre un terme aux controverses liées au financement actuel. N’est-ce pas une bonne solution? Si mais c’est un leurre! Le ministère nous a affirmé que dans un contexte politique de réduction des prélèvements obligatoires, la création d’une taxe supplémentaire n’était pas envisageable. Vous dites, dans votre communiqué, ne pas accepter que votre «intégrité intellectuelle soit mise en cause»? A quoi faites-vous référence ? En écoutant les seules critiques des associations à notre encontre, l’Etat donne du crédit à leur argumentation, alors même que ce sont les autorités publiques qui ont voulu la création de la Fondation. Nous avons de peur de jouer le rôle de «fusible» pour l’Etat qui évite ainsi de prendre Quel est le bilan de la Fondation depuis 4 ans ? Grâce à 4 appels à projet, la Fondation a financé 26 programmes de recherche pour un montant de 2,9 millions €. Des études de biophysique sur l’impact des ondes sur les tissus humains ou de dosimétrie sur l’évaluation des doses reçues par le fœtus ont par exemple été conduites. Une dizaine sera encore en cours fin 2009. La Fondation a également joué un rôle d’animation et de diffusion scientifique en organisant une exposition pour le grand public («Les ondes en questions»). Elle est également parvenue à instaurer un échange avec les ONG en créant une instance de dialogue dont les associations Priartem et Agir pour l’environnement sont membres. Quels champs de recherche demeurent à explorer? Il nous manque des données concernant les effets des radiofréquences chez les jeunes enfants, sur le risque neurologique à long terme (maladies de Parkinson et Alzheimer), mais aussi des études plus sérieuses sur le lien avec la stérilité masculine. (1) Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité (2) Martine Hours (présidente), Olivier Borraz, Lawrie Challis, Jean-Claude Debouzy, Frédérique De Fornel, Joël Hamelin, Gérard Ledoigt, Jean-Pierre Marc-Vergnes, Astrid Nehlig, Christian Person, Tullio Tanzi, Denis Zmirou-Navier

 

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