L’indice NAT40 met les entreprises du CAC 40 à l’épreuve de la nature. Les grandes entreprises sont au cœur d’un paradoxe : elles contribuent largement à la dégradation des écosystèmes, alors même que leur activité dépend profondément de la nature et des services qu’elle rend. Tous les secteurs sont concernés, comme le rappelle le dernier rapport de l’IPBES sur les entreprises et la biodiversité. Avec l’indice NAT40, le WWF FRANCE a souhaité mesurer le niveau de maturité des entreprises du CAC 40 sur les sujets nature : eau douce, océans, pollutions, biodiversité, ressources.

Lorsqu’on parle des relations entre les entreprises et la nature, on se focalise en général sur les impacts que ces dernières exercent sur les écosystèmes : pollutions de l’eau, artificialisation des sols, surexploitation des ressources (ex : surpêche), car les acteurs économiques apparaissent parmi les principaux moteurs de la dégradation de la biodiversité.
Cependant on oublie que l’économie dépend en grande partie de la nature pour fonctionner ! En réalité, la nature fournit gratuitement des services à l’économie : les “services écosystémiques” comme l’approvisionnement en eau et en denrées alimentaires, la pollinisation des cultures par les insectes, l’épuration de l’eau par les sols, la protection contre les catastrophes naturelles par les massifs forestiers ou les zones humides, etc. Des services qui, en se raréfiant, deviennent encore plus vitaux pour tous les secteurs de l’économie. Lorsqu’ils disparaissent, ces services occasionnent de fait d’importantes pertes voire une disparition du tissu économique, ou sont parfois remplacés par des solutions technologiques moins performantes et plus coûteuses (pollinisation par des drones, désalinisation de l’eau de mer, ouvrages de génie civil pour contrer les crues, etc.).
De plus, il existe des seuils écologiques, qui lorsqu’ils sont atteints, entrainent une dégradation soudaine et brutale des écosystèmes, parfois irréversible. C’est par exemple le cas des lacs soumis à un apport excessif en nutriments, des forêts tempérées soumises aux pluies acides, ou encore au niveau global de l’acidification des océans du fait de l’absorption de CO2.
L’économie est aujourd’hui engagée dans une spirale délétère qui fragilise les bases mêmes sur lesquelles elle repose.
Aujourd’hui la Banque centrale européenne (BCE) estime que 72% des entreprises de la zone euro soit environ 3 millions d’entreprises, « dépendent de manière critique des services écosystémiques et seront confrontées à d’importants problèmes économiques en raison de la dégradation des écosystèmes »

L’INDICE NAT40
CLASSEMENT DES ENTREPRISES DU CAC 40 SELON LEUR PERFORMANCE EN MATIÈRE DE PRÉSERVATION DE LA NATURE.
Le WWF a analysé les documents légaux rédigés par les entreprises selon les normes européennes, en se focalisant sur certains des aspects clés de leurs stratégies environnementales parmi lesquels : leurs analyses de matérialité (la manière dont elles définissent les sujets écologiques sur lesquels elles doivent agir), les objectifs environnementaux qu’elles se fixent, et les plans d’action qu’elles mettent en œuvre.

Les grands enseignements de cette étude sont les suivants :
- 57 % des entreprises présentent une priorisation de leurs enjeux nature en décalage avec l’évaluation WWF.
- L’amont des chaînes de valeur (production des matières premières agricoles, exploitation minière, transformateurs, etc.) est le principal angle mort.
- 80 % des entreprises ont des cibles climat alignées sur l’Accord de Paris (SBTi), mais une seule a adopté des cibles scientifiques sur la nature (SBTN)
- Les plans d’action sont incomplets et très rarement budgétés.

EAU DOUCE ET OCÉANS
La gestion de l’eau illustre un décalage structurel entre engagement déclaratif et transformation opérationnelle. Les entreprises mesurent davantage leurs consommations que leur contribution réelle au maintien de l’équilibre hydrique des territoires. L’approche reste majoritairement volumétrique, et non systémique.
- Si de nombreuses entreprises considèrent à juste titre le sujet de l’eau comme étant matériel pour elles,
30% jugent tout de même le sujet comme étant non prioritaire… - La prise en compte des conditions locales (stress hydrique) reste très insuffisante dans la fixation des objectifs.
- Les entreprises affichent parfois des objectifs globaux de réduction des prélèvements, mais sans articulation claire avec les capacités de régénération des nappes phréatiques ou les contextes territoriaux.
- Les chaînes d’approvisionnement (producteurs des matières premières, fournisseurs, etc.) sont largement négligées dans la fixation des objectifs liés à l’eau.
- Peu d’entreprises relient leurs objectifs à des référentiels scientifiques robustes comme le cadre SBTN.

BIODIVERSITÉ
La biodiversité demeure un angle mort stratégique. Si la gouvernance est globalement structurée, les enjeux nature restent dilués dans des politiques RSE larges et peu opérationnelles. Le manque d’alignement scientifique fragilise la crédibilité des stratégies publiées.
Les entreprises de l’agroalimentaire ou dépendantes de matières premières renouvelables ont globalement mieux identifié leurs impacts. Toutefois, la traduction opérationnelle reste incomplète, notamment dans l’accompagnement des fournisseurs vers des pratiques soutenables.
- Près de 50% des entreprises du CAC 40, dont de nombreux grands acteurs industriels considèrent le sujet de la biodiversité comme n’étant pas matériel.
- Les objectifs biodiversité sont rarement alignés sur les limites planétaires ou les références scientifiques.
- Les engagements crédibles « zéro déforestation » restent minoritaires.
- La prise en compte insuffisante des impacts biodiversité au niveau des chaînes d’approvisionnement et des fournisseurs demeure le principal point faible des stratégies.

KERING, première entreprise du classement NAT 40
Kering opère dans le secteur du luxe, caractérisé par une forte dépendance à des matières premières naturelles sensibles (cuir, fibres textiles, ressources agricoles), concentrant l’essentiel des impacts environnementaux en amont de la chaîne de valeur. Le modèle repose sur des filières mondialisées, à forte intensité de transformation, exposées aux enjeux de biodiversité, d’eau et de pollution.

L’étude complète NAT 40 du WWF
Les Français et le lien entre nature et activité économique



