Coopérative Oasis

La Force du Collectif : expériences en éco-lieux au service du vivant et du vivre ensemble

Des réponses concrètes aux grands défis sociétaux de notre temps

À la croisée de l’essai, du reportage et du manifeste, « La Force du Collectif » explore 16 manières dont les écolieux répondent à des enjeux sociétaux, allant de la préservation patrimoine au renouveau démocratique, en passant par le soin des plus jeunes comme des aînés. Cet ouvrage mêle les points de vue de chercheurs (sociologues, géographes, anthropologues…) avec ceux des personnes qui vivent ces alternatives au quotidien. Le tout, illustré d’aquarelles donnant à voir la richesse et la diversité des lieux rencontrés. 

« La Force du Collectif » explore la manière dont les écolieux irriguent la société d’imaginaires mais aussi d’expérimentations concrètes au service du vivant. Ils ouvrent la voie à de nouvelles manières de vivre ensemble et apportent des réponses concrètes aux grands défis sociétaux de notre temps. 


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Contribuer à la campagne de pré-vente de La force du collectif, ce n’est pas juste acheter un livre. C’est soutenir un réseau de plus de 1400 écolieux en France, qui font des choix de vie parfois radicaux au service du vivre-ensemble, de la justice sociale, de la démocratie et du vivant.

Dans un monde qui valorise l’individualisme, ce livre défend une autre voie : celle du soin des relations, du partage, de la mise en commun et de l’action collective. Cette campagne est une invitation à faire partie de celles et ceux qui ne se contentent pas d’observer, mais qui s’engagent, relaient et construisent.


5 extraits du livre sur 5 thèmes

  • Le changement de vie, 
  • L’enfance 
  • Le bien vieillir 
  • La gestion des conflits
  • La démocratie

Changement de vie avec Margalida Reus, co-fondatrice de l’Arche de Saint-Antoine

Qui n’a pas eu envie d’aller vers un mode de vie plus sobre et résilient, loin du confort des villes ou des maisons individuelles, en cohérence avec des prises de consciences écologiques, sociales et politiques ? Sauter le pas n’a rien d’évident. Cela implique souvent beaucoup d’aspects de notre vie, et certaines prises de risque : déménagement, démission, nouvelles relations, nouveaux projets. La peur de se retrouver isolé·es, de faire face aux incompréhensions de l’entourage ou à des formes d’instabilité économique peuvent être des freins. À tous âges, ils et elles sont pourtant de plus en plus nombreux à « bifurquer », en changeant de métier ou en s’éloignant du confort des grandes villes, d’un salaire bien rémunéré ou d’une carrière toute tracée, quitte à sacrifier parfois leur niveau de vie. Ce qui les traverse c’est la conviction que la meilleure façon d’agir, c’est de faire des choses qui nous rendent vivants, heureux, et de revenir dans l’ici et maintenant.

la meilleure façon d’agir, c’est de faire des choses qui nous rendent vivants, heureux, et de revenir dans l’ici et maintenant

La quête de sens et l’exigence de cohérence

Le besoin d’alignement et de sens qui traverse tant de récits d’habitant·es d’écolieux résonne profondément avec l’histoire de Margalida Reus, cofondatrice de l’Arche Saint-Antoine. « L’incohérence, c’est ça qui te bouffe l’âme », dit-elle. Née à Majorque sous la dictature franquiste, elle s’engage très tôt dans les luttes étudiantes, féministes et culturelles, dans un contexte où « les femmes n’avaient ni droit au divorce ni à l’avortement ».

Militante infatigable, nationaliste catalane et féministe radicale elle consacre sa jeunesse à la conquête des libertés collectives, jusqu’au jour où, à vingt-cinq ans, une image la fait vaciller. Elle se voit promise à une carrière sans saveur : « un collègue enseignant partait à la retraite avec une montre en or. Je me suis vue, moi, avec la même montre, et j’ai compris que ce n’était pas ça que je voulais vivre. » Elle quitte tout, animée par une exigence simple et radicale.

«  Je cherchais une cohérence entre mes pensées et mes actes » 

Margalida Reus
Co-fondatrice de l’Arche de Saint-Antoine

Cette quête la conduit, en 1982, à rejoindre une communauté de l’Arche, fondée par Lanza del Vasto. Elle sourit encore du paradoxe : « Moi, la féministe athée, j’allais rejoindre une communauté fondée par un homme qu’on appelait le patriarche. » Là, elle découvre pour la première fois des personnes « qui vivaient au quotidien ce en quoi elles croyaient ». La vie communautaire agit comme une révélation intérieure : « c’était comme un oignon : j’enlevais couche après couche pour aller à l’essentiel.«   

Créées en 1948 par Lanza del Vasto, disciple de Gandhi, et inspirées des ashrams indiens, les communautés de l’Arche revendiquent depuis leur origine une vie empreinte de quête de non-violence, de simplicité volontaire et d’engagement spirituel, elles ont irrigué le mouvement alternatif depuis les années 50.

Margalida y découvre pour la première fois des personnes « qui vivaient au quotidien ce en quoi elles croyaient ». L’expérience d’une vie communautaire réelle, incarnée, où le travail, le partage, la spiritualité et la sobriété ne sont plus des slogans mais un quotidien, sont pour elle une révélation. « C’était comme un oignon : j’enlevais couche après couche pour aller à l’essentiel. » Là, elle comprend que la vraie transformation est intérieure. « J’ai compris la différence entre important et essentiel : la lutte pour mon pays, ma culture, la liberté, est important. Mais découvrir qui je suis, et comment je veux me donner au monde est essentiel ». 

Alors qu’elle ne devait y rester que deux mois, elle restera plusieurs années dans cette communauté. Margalida y découvre la dimension concrète de la non-violence : « dans la dictature, on pensait qu’il y avait les bons et les méchants. J’ai compris qu’il fallait d’abord se transformer soi-même. À quoi bon défendre des idées si ta vie dit autre chose ? ». Elle découvre aussi son être intérieur, sa dimension spirituelle, qui devient le socle de sa vie.

En 1987, elle cofonde l’Arche de Saint-Antoine, dans une ancienne abbaye en Isère. Les débuts sont rudes, mais fondateurs : « Il y avait très peu de sanitaires, un seul poêle pour chauffer… et malgré tout ça, les gens revenaient. » Ce lieu devient un espace où se relient vie spirituelle, engagement social et sobriété, bien avant que ces mots ne circulent largement. « Ce que Pierre Rabhi a appelé plus tard la sobriété heureuse, nous le vivions déjà », raconte-elle (…).

Dans ce chapitre, découvrez d’autres témoignages inspirants

Danièle BacheréInstigatrice du Coq à l’âme : « J’étais dans mon pavillon de banlieue, proche de la retraite. Et là, je ne sais pas pourquoi, j’ai su que c’était ça qu’il fallait faire. Chiche, une oasis tous les 20 kilomètres dans 20 ans ! »
­Clara Aube, Documentariste et éleveuse de chevaux : « Je me suis dit : je peux organiser ma vie matérielle pour survivre, mais moi je veux vivre. Je veux une vie nourrissante, humainement, artistiquement, avec peu d’argent mais du sens. La réponse, c’était le collectif »
­Cassandre Bachelier, Formatrice et facilitatrice en coopération, co-fondatrice de SALGOS : « On veut créer un lieu ouvert, accueillant, en lutte, au service du territoire »

Placer les générations futures au cœur des projets

la place des enfants en oasis

Sobriété, autonomie alimentaire, préservation du vivant : les « invariants » des oasis témoignent d’une attention particulière à la viabilité du monde pour les générations futures. Lorsqu’ils rejoignent une oasis, les parents citent comme facteur le bien-être de leurs enfants ; et une certaine recherche, en ce qui les concerne, de leur propre épanouissement dans leur rôle. En cause : l’hyper-urbanisation et l’éclatement géographique des familles qui génèrent un isolement pouvant aller jusqu’à l’épuisement. En France, 68 % des mères se disent fatiguées physiquement, 57 % se disent moralement épuisées, et 20 % ont déjà développé un burn-outparental. « Il faut tout un village pour élever un enfant » : si ce proverbe africain revient au goût du jour dans nos société occidentales, c’est pour pointer les carences d’une société où les solidarités sont à réinventer.

Il faut tout un village
pour élever un enfant

Les oasis participent-elles à recréer le fameux « village » qui manque si cruellement aux parents épuisés d’aujourd’hui ? À quelles conditions ? Quelle place le projet éducatif peut-il prendre dans la construction d’une oasis, au service de quel projet de société ?

Reprendre sa souveraineté dans l’accompagnement des enfants

Des terrains d’expérimentations de pédagogies alternatives

Pour Sophie Rabhi  l’objectif principal est de créer un « continuum » éducatif entre temps en famille, temps d’apprentissage et vie en oasis. Dès le début de son parcours professionnel, Sophie Rabhi mène des projets liés à l’enfance, à commencer par l’ouverture, en 1999, d’une école au sein de la ferme de ses parents Pierre et Michèle Rabhi, la Ferme des Enfants, qu’elle développe jusqu’en 2008 avant de l’installer au cœur d’un projet d’oasis qu’elle crée avec son mari : le Hameau des Buis.

Sophie Rabhi

« L’environnement oasis est très favorable à l’enfant, explique-t-elle. Des adultes essaient d’y mettre en musique des modes de vie plus ajustés au vivant sous toutes ses formes, plus respectueux aussi de nos biorythmes […].Je pense que l’une des grandes difficultés de nos sociétés, qui est en travail dans les oasis, c’est de trouver les moyens d’arrêter que les institutions se substituent à notre pouvoir personnel et à notre autonomie »

Pour leur nouveau projet en Haute-Garonne, Sophie Rabhi et Laurent Bouquet ont fait le choix de séparer plus distinctement oasis et école, créant deux structures juridiques séparées : l’Oasis de Poul’art d’une part, et la Ferme des Enfants 2.0, d’autre part. Une démarche coûteuse en temps, en argent et en énergie qui peut toutefois garantir la pérennité du modèle. La Ferme des Enfants 2.0 a ouvert à la rentrée 2025 avec 35 enfants et une équipe pédagogique constituée de quatre piliers et de services civiques en renfort. « Nous nous sommes appuyés sur notre expérience de vingt-et-un ans pour souligner que notre intention est de contribuer à une société plus écologique et plus respectueuse des humains et notamment des enfants (…). »

Appliquer les principes de la permaculture à l’éducation : le regard de Ramin Farhangi

Ramin Farhangi

« L’apprentissage du soin aux autres et la mise en place de postures de coopération sont des compétences qui ne s’apprennent pas dans les livres. Comme pour l’apprentissage des langues, c’est l’immersion qui est la plus efficace : pour qu’un enfant développe ses capacités relationnelles, il a besoin de vivre dans un milieu diversifié où il aura la liberté d’interagir avec des personnes différentes et d’âges variées. C’est tout l’inverse qui se produit dans une école standardisée : on regroupe les enfants en classe d’âges identiques pour faciliter le processus industriel d’enseignement. »

Ramin compare les processus de standardisation à l’œuvre dans l’agriculture intensive à ceux des systèmes éducatifs classiques, et prône le fait de s’inspirer de la permaculture en matière d’apprentissage. « La permaculture consiste à observer chaque plante pour faire en sorte qu’elle soit la plus productive et épanouie possible en tenant compte de la complexité et de la richesse de son milieu. On regarde les interactions entre les plantes, les insectes, la structure des sols, le climat et la chaleur, etc. » Pour Ramin, appliquer les principes de la permaculture à l’éducation, c’est « déstandardiser » l’enseignement et créer les conditions favorables à l’épanouissement de l’enfant en accord avec son milieu, dans une boucle de rétroactions vertueuses (…).

appliquer les principes de la permaculture à l’éducation

Vivre ensemble pour vieillir mieux et autrement

La population française vieillit rapidement : d’ici 2050, plus de 23 millions de personnes auront plus de 60 ans, dont 5 millions plus de 85 ans. Aujourd’hui déjà, 40 % des personnes dépendantes vivent seules. La parution en 2022 des Fossoyeurs de Victor Castanet a mis en lumière la crise du vieillissement et d’un système à bout de souffle comme le symptôme de notre impuissance collective.

Des collectifs inventent d’autres manières de vieillir

Dans un pays où le grand âge rime encore trop souvent avec isolement, précarité et établissements d’accueil saturés, des collectifs inventent d’autres manières de vieillir. Et pourtant, Partout sur le territoire, des femmes et des hommes refusent la résignation. Ils imaginent des habitats solidaires et autogérés, mutualisent les espaces, cultivent des jardins partagés et réapprennent à prendre soin les uns des autres.

Prendre soin les uns des autres

Le lien social comme déterminant majeur de santé

Les chercheurs sont à cet égard unanimes : la solitude nuit gravement à la santé. Elle augmente les risques de dépression, de maladies cardiovasculaires, de déclin cognitif et même de mortalité précoce, selon une étude publiée en 2023 dans Nature Human Behaviour. À l’inverse, les études convergent : ceux qui restent actifs, reliés, engagés, vivent mieux et plus longtemps. Comme le constate Pierre Lévy, accompagnateur de projets d’habitat participatif à l’association Regain et cofondateur de l’habitat intergénérationnel Les Colibres à Forcalquier, « vivre en habitat participatif, c’est prolonger la vie en bonne santé : les liens sociaux, l’activité, le sentiment d’utilité en sont les piliers ».

Dans cette perspective, l’habitat participatif, particulièrement adapté à l’âge de la retraite tant que l’autonomie est préservée, peut représenter une alternative aux structures médico-sociales. L’étude MADoPA sur le bien vieillir en écolieu bouscule nos représentations du grand âge : le vieillissement y est moins vécu comme une gestion du risque que comme une manière de conduire sa vie et de lui donner sens, animée par le désir de vivre ensemble selon ses aspirations. Ce qui les relie, c’est une écologie vécue au quotidien, fondée sur l’entraide et l’harmonie. Dans ces lieux, les aîné·es contribuent activement à la vitalité du collectif.

Les témoignages de ce chapitre

On y voit la vie en mouvement, avec des personnes de 80 ans en pleine forme, qui continuent à bricoler, jardiner, débattre : une autre manière de vieillir »Hervé Michel, co-auteur de l’étude MADoPa
Il y a une solidarité de la vie. Il n’y a pas d’un côté les jeunes et de l’autre les vieux : on se prend en charge ensemble, c’est le fil conducteur de l’accompagnement des aînés »Danièle Bacheré, cofondatrice de l’Oasis du Coq à l’Âme
Les retraité·es sont souvent les plus actifs dans le soin apporté aux espaces communs. Ils nous apprennent à prendre soin du vieillir, à accueillir les changements, à en faire quelque chose de collectif et de vivant. Vieillir, ce n’est pas un gros mot : c’est apprendre à changer ensemble »Clarisse Gimat, membre de l’écohameau du Plessis

Des solidarités précieuses aux limites assumées

Ces collectifs n’ont cependant pas vocation à tout prendre en charge. Fonctionnant sur l’entraide informelle et la confiance, ils avancent souvent par tâtonnements. Pierre Lévy le rappelle : « La solidarité repose sur des affinités, des amitiés construites durant la période de vie en commun. Bien souvent, le lien créé entre personnes d’une même génération, qui partagent un rythme et des préoccupations proches, est plus efficace que la complémentarité intergénérationnelle. Mais quand la dépendance est trop forte, c’est souvent la famille qui prend le relais. Chaque écolieu est différent, tout dépend des liens qui se sont créés. Il y a des cercles d’entraide qui se forment, parfois jusqu’à la fin de la vie. » Chaque lieu compose ainsi avec ses propres ressources, ses liens et ses seuils.

Pour la sociologue Audrey Valin, spécialiste de l’adaptation du logement au vieillissement, « le tâtonnement et l’envie d’essayer des solutions, la volonté de recréer du lien et du collectif […] semblent être la clé pour éviter le piège de la solution unique. Je crois beaucoup aux projets expérimentaux portés par les habitant·es eux-mêmes » explique-t-elle. Elle rappelle que cette idée n’est pas nouvelle : les béguinages offraient déjà aux femmes seules un modèle de vie collective, libre et solidaire. Nés au xiiie siècle dans les Flandres, ces ensembles de petites maisons groupées autour d’un jardin et d’une chapelle accueillaient des femmes seules – veuves, célibataires, parfois religieuses – qui vivaient en communauté sans prononcer de vœux. Ces béguines, figures d’émancipation avant l’heure, assuraient mutuellement leur subsistance et leur soutien spirituel. Aujourd’hui, les béguinages modernes s’en inspirent, portés par des bailleurs sociaux dans les Hauts-de-France, proposant une alternative entre le chez-soi et la résidence collective. « Le modèle du béguinage illustre cette volonté de créer du collectif à partir d’une culture de la solidarité » ajoute-t-elle.

Et si les oasis transformaient notre rapport au conflit ?

Tandis que, pendant très longtemps, la dispute ou le débat étaient des arts codifiés, comme avec la disputatio du Moyen Âge, l’arrivée des réseaux sociaux, engendre aujourd’hui une grande violence dans le débat public. La société se clive de toutes parts. Selon un sondage 2023-2025 par Elabe, les deux tiers des personnes interrogées estiment par exemple que « ce qui divise les Français aujourd’hui est plus fort que ce qui les rassemble ». Démagogie des politiques, place des clashs dans les médias et sur des réseaux tels que X (anciennement Twitter), cancel culture… plusieurs approches montrent que la société moderne ne sait effectivement pas gérer le débat collectif, révélateur de la diversité sociale, de façon apaisée. « On ne se parle plus, on se confronte », écrit le philosophe Antoine Vuille dans son livre Contre la culture du clash – Débat d’idées et démocratie (2024). Le débat se transforme alors en conflit. Il est ainsi devenu omniprésent et nous fait peur.

la société moderne ne sait effectivement pas gérer le débat collectif, révélateur de la diversité sociale, de façon apaisée

Les écolieux, quant à eux, font face à une vie collective qui oblige à se frotter à la diversité des opinions. Ils doivent alors bâtir un autre regard sur le conflit et sur la façon de le gérer. Pendant plusieurs années, ce sujet n’était que peu abordé dans les échanges entre habitant·es des oasis. Il est devenu central depuis le début des années 2020 quand tous ont réalisé qu’ils partageaient cette réalité un peu « honteuse »… et qui, pourtant, permet de faire grandir notre humanité et l’inclusion de nos différences.

Un format inhabituel de relations : le point de vue de Daphné Vialan

Après avoir vécu six ans dans la communauté de l’Arche de Saint-Antoine, Daphné Vialan est accompagnatrice de collectifs et a notamment travaillé à la Coopérative Oasis de septembre 2021 à début 2024. Elle partage, dans un livre intitulé Vivre ensemble en écolieu sorti en 2023 aux éditions Yves Michel, ce qu’elle a appris en aidant les groupes à développer une bonne « hygiène relationnelle » et en particulier à changer de regard sur le conflit.

Daphné mentionne que « les écolieux ont développé une réflexion plus poussée, notamment par l’importance qu’ils donnent à la facilitation des échanges et la recherche des enjeux systémiques, qui permettent de prendre de la hauteur ». Pour elle, les habitant·es des écolieux construisent progressivement un sentiment d’appartenance et une fierté progressive à « faire groupe » qui les encouragent à prendre chacun·e une certaine responsabilité sur le système dans son ensemble et à se donner les moyens d’une recherche d’harmonie. Ils se sentent par exemple concernés par les points de vue différents qu’incarnent d’autres membres. Ils ne peuvent pas s’ignorer car ils partagent leur espace de vie. 

Cela implique de dépasser ses propres opinions pour composer avec celles des autres. Daphné met cela en regard avec ce qu’elle appelle « la logique de parti », qu’on observe bien sûr dans la sphère politique mais aussi dans différents espaces sociaux : personne n’a alors intérêt à aller au-delà de la logique qu’il ou elle défend. Dès lors, les membres d’une oasis qui veulent avancer ensemble doivent surmonter leurs polarités et coopérer. Ils doivent s’engager sur certaines règles, en conscience des bienfaits qu’elles auront sur l’ensemble du groupe (…)

les membres d’une oasis qui veulent avancer ensemble doivent surmonter leurs polarités et coopérer

Dans ce chapitre également …

Véronique Guérin, Autrice, psychosociologue et fondatrice de l’Oasis Mycelium : Quand on lui demande d’évoquer le conflit en écolieu, elle invite tout d’abord à se questionner sur le type de relations que nous entretenons et leur singularité.
Sophie Rabhi, co-fondatrice du Hameau des Buis et de la Ferme des Enfants : Pour elle, la paix ne vient pas des méthodes et des outils, mais avant tout par d’une posture. Elle s’intéresse à ce qui fait que des personnes posent systématiquement problème alors que d’autres vivent naturellement une forme de tranquillité et de gentillesse.
Jorge Ochoa, Ancien habitant de l’Arche de Saint-Antoine : Creusant les questions relationnelles, il a développé puis diffusé le concept de polarité dans le réseau des oasis. Il s’est appuyé pour cela sur les travaux de Beena Sharma, présidente de la Vertical Development Academy aux États-Unis, qui s’est elle-même inspirée de la vision intégrale de l’écrivain américain Ken Wilber.

Créer un terreau fertile à un renouveau démocratique

Nous voici déjà à la fin de notre découverte d’extraits du livre « La Force du Collectif« … Pour ce dernier épisode, on part à la rencontre d’habitant·es d’écolieux engagé·es dans des processus démocratiques innovants, dans ou en dehors des temps électoraux ! 

à la rencontre d’habitant·es d’écolieux engagé·es dans des processus démocratiques innovants

L’exemple de la Caserne Bascule, à Joigny

Qu’elles s’engagent ouvertement en politique ou non, les oasis participent toutes à leur manière à renouer avec un certain idéal démocratique : par l’inscription de leurs actions dans une histoire et des courants de pensée qui les précèdent, par les modes de gouvernance qu’elles choisissent, par le soutien qu’elles apportent aux luttes et leur implication dans des actions militantes « hors les murs », par les modes d’éducation qu’elles défendent, par les liens qu’elles tissent avec des institutions tant sur le plan local que national… Mais cet idéal démocratique ne peut s’incarner à grande échelle qu’à condition que les oasis soient reliées entre elles, et qu’elles constituent ainsi un « archipel » d’initiatives porteuses de sens pour l’ensemble de la société. 

Un « archipel » d’initiatives porteuses de sens pour l’ensemble de la société

Cette notion d’archipel est à mettre en relation avec le municipalisme, une approche politique qui met la commune (la ville, le village, le quartier) au centre de la démocratie, plutôt que l’État national. L’idée principale est que les décisions doivent être prises au plus près des habitant·es, là où la vie quotidienne se déroule. Le municipalisme défend notamment la participation directe des citoyen·nes aux prises de décision, via des institutions locales fortes qui agissent en toute transparence. Le communalisme ou municipalisme libertaire, théorisé par Murray Bookchin, va un cran plus loin en proposant de remplacer l’état centralisé, le capitalisme et la démocratie représentative par des communes autogérées et reliées entre elles. « Libertaire » signifie ici le rejet de toute domination imposée et une réappropriation collective des processus démocratiques.

Les oasis, des laboratoires pour une démocratie directe

À la Caserne Bascule, à Joigny, on a fait le choix d’une gouvernance fondée sur l’horizontalité, l’autonomie et la responsabilisation, « au plus près de l’action », explique Phil Becquet, l’un des fondateurs du projet. La forme juridique de l’association a été pensée pour incarner ces grands principes : le bureau est collégial, avec une coprésidence, et l’association fonctionne par cercles thématiques autonomes.

« On utilise les principes de gouvernance partagée pour donner la chance à chacun·e de se sentir légitime et de pouvoir prendre des décisions sur un périmètre donné.

Une fois qu’un rôle a été attribué au sein de l’une des instances, l’idée, c’est de donner une autonomie d’action aux groupes sans que l’ensemble des cercles n’ait à se prononcer. »

Phil Becquet,
Co-fondateur de la Caserne Bascule

Le collectif est ouvertement soutenu par le maire en place depuis sa création : il est installé dans une ancienne caserne qui appartient à la commune et qui a été mise à disposition du groupe avec un loyer modeste, après un appel à projet. Mais si certains membres de l’écolieu soutiennent et parfois s’engagent sur des listes pour les prochaines élections, le projet en soi ne revendique pas d’appartenance à un bord politique. Phil Becquet rappelle tout d’abord une limite formelle : en tant qu’association loi 1901, la Caserne Bascule ne peut pas se transformer en acteur partisan. De plus, elle occupe un bâtiment municipal avec un bail précaire. Cette relation crée une vulnérabilité politique : une prise de position trop frontale pourrait mettre en danger l’existence même du lieu. « Étant locataires de la mairie, on a quand même des limites dans ce qu’on peut faire. » Phil est clair sur les risques en cas de changement de majorité : « Il y a de très fortes chances que, si le Rassemblement national est élu […], on subisse une fermeture administrative. » Soutenir officiellement une liste exposerait donc la Caserne Bascule à des représailles politiques.

Même sans soutien officiel, ce projet n’est pas neutre : le lieu agit concrètement comme une infrastructure de mobilisation démocratique et « base arrière de la transition », à travers par exemple la mise à disposition de salles pour des campagnes d’appels et de porte-à-porte… Plutôt que d’endosser une étiquette partisane, elle agit sur le terrain avec des valeurs démocratiques en incitant à la participation au vote et à la mobilisation citoyenne (…)

Autres témoignages dans ce chapitre

  • Camille Perrin, d’Ecoravie à Dieulefit (Drôme) : En 2020, Camille Perrin, s’est engagée sur une liste citoyenne et a été élue conseillère municipale. Elle évoque d’emblée des résistances culturelles locales : soupçons d’entre-soi, accusations de vouloir prendre le pouvoir, attentes de perfection pesant sur les élu·es écologistes. « Quand tu t’affiches avec des valeurs écolos… Si t’es pas parfait, tu te fais tailler. » Elle a cherché à insuffler dans l’équipe municipale des pratiques issues d’Écoravie : décisions par consentement, élections sans candidat·es, météo des émotions en début de réunion, méthodes issues de l’éducation populaire… Mais sans les nommer explicitement. « C’était naturel pour moi d’amener mon savoir-faire en matière de gouvernance horizontale », explique-t-elle. Elle ne s’est pas ré-engagée sur une liste en 2026.
  • Thomas Lefrancq, habitant et cofondateur du Château Partagé à Dullin (Savoie) : Ancien premier adjoint au maire de Dullin, Thomas vient d’être réélu aux dernières élections municipales. Lors de son précédent mandat, Thomas assume de ne pas avoir amené des outils trop marqués idéologiquement. « Le Château Partagé a une grosse étiquette politique qui fait que je marche sur des œufs, c’est-à-dire que je n’amène pas d’outils comme l’élection sans candidat·es au sein de ma liste. […] Le travail de mon premier mandat était juste d’amener un cadre sécurisant pour tout le monde, sans nommer les outils. » Pour Thomas Lefrancq, le lien humain précède le débat politique formel et les institutions (…)  Face aux fractures politiques, Thomas Lefrancq défend une approche relationnelle novatrice, fondée sur une éthique du dialogue issue de son expérience en écolieu.

La force du collectif – Comment les écolieux transforment la société

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À propos de l’éditeur : Terre Vivante

Terre vivante est une maison d’édition indépendante (Scop), implantée au cœur de la nature, qui porte les valeurs de l’écologie depuis 1980.

Cette démarche éditoriale s’inscrit dans un projet plus large, avec la publication d’un magazine de jardinage bio, Les 4 Saisons, et l’accueil du public dans son Centre écologique.

Grâce à ses auteurs experts et engagés, elle produit des contenus inspirants et accessibles (livres, magazine, vidéos, podcasts…) qui explorent les modes de vie écologiques et les futurs souhaitables.


Cyrille Souche
Cyrille Souchehttp://cdurable.info
Directeur de la Publication Cdurable.info qui a eu 20 ans en 2025 ... L'occasion de supprimer la publicité et d'un nouveau départ vers un webmedia participatif d'intérêt général, avec pour raison d'être de recenser et partager les solutions utiles et durables pour agir et coopérer avec le vivant. Je suis ouvert à toute proposition de coopération mutuellement bénéfique au service de la régénération du vivant.

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