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Avec les Solutions fondées sur la Nature, le vivant devient un allié de l’adaptation au changement climatique

7 territoires français lauréats des Trophées Life Artisan ont pu accroître leur Résilience grâce aux SfN

Planter des arbres pour rafraîchir une ville, rendre à une rivière ses méandres pour amortir les crues, cultiver avec le vivant plutôt que contre lui : voilà, en quelques images, ce que recouvrent les Solutions fondées sur la Nature (SfN). En juillet 2026 à Rennes, la 3ᵉ édition des Trophées de l’adaptation au changement climatique du programme européen Life ARTISAN (Accroître la Résilience des Territoires par l’Incitation aux Solutions fondées sur la Nature), a récompensé sept territoires français qui en font la démonstration. Un dossier de l’ADEME pour comprendre, exemples à l’appui, comment la nature peut devenir notre meilleure alliée face au dérèglement climatique.

7 lauréats des Trophées de l’adaptation au changement climatique Life ARTISAN 2026

Les « Trophées de l’Adaptation au Changement Climatique Life ARTISAN » récompensent les projets français de l’Hexagone et des Outre-mer exemplaires d’adaptation au changement climatique qui s’appuient sur des solutions fondées sur la nature (SFN). Les solutions fondées sur la nature mobilisent le fonctionnement naturel des écosystèmes pour diminuer les vulnérabilités liées aux risques climatiques, et préserver la biodiversité.

« Adaptation des territoires et des populations »

Atténuer et s’adapter : deux réponses complémentaires

Avant de parler de solutions fondées sur la nature (SfN), un petit détour s’impose. Face au changement climatique, on peut agir sur deux fronts. Le premier, c’est l’atténuation : limiter nos émissions de gaz à effet de serre pour éviter que le climat ne se dérègle toujours plus. Le second, c’est l’adaptation, c’est-à-dire composer avec les conséquences actuelles et à venir : chaleurs plus intenses, inondations plus fréquentes, mer qui monte… C’est sur ce second terrain que l’on retrouve les solutions fondées sur la nature. Pour s’adapter à l’urgence climatique, plusieurs familles de réponses existent. On peut construire des ouvrages en dur, s’organiser autrement à travers des plans de prévention ou de gestion de crise, ou encore s’appuyer sur le vivant et les solutions dites vertes. C’est cette troisième option qui forme le territoire des SfN. « Les solutions fondées sur la nature viennent nous aider à nous adapter au dérèglement climatique en prenant appui sur le vivant et les écosystèmes, tout en améliorant l’état de ces écosystèmes », résume Rémi Rousselet, chargé de projet Solutions d’adaptation fondées sur la nature à l’ADEME. Autrement dit, elles répondent à deux enjeux, le climat et la biodiversité. Mais le meilleur moyen de le comprendre, c’est encore de descendre sur le terrain.

Reconnexion marine de la basse vallée de la Saâne

Reconnexion marine de la basse vallée de la Saâne

Débétonisation du Canal de Loëze à Bourg-en-Bresse

Débétonisation du Canal de Loëze à Bourg-en-Bresse

Cultiver avec le vivant, pas contre lui

Changement de décor : direction la Guadeloupe et le projet EXPLORER, porté par l’INRAE. L’enjeu : une agriculture capable de tenir face à un climat qui se dérègle. La micro-ferme expérimentale y déploie tout un éventail de pratiques qui, mises bout à bout, sont autant de solutions fondées sur la nature. « Le point commun, c’est un autre regard sur le sol, traité comme une ressource précieuse : on limite le labour, on nourrit la terre au compost et on la couvre avec du paillage plutôt qu’aux intrants chimiques, on alterne les cultures, on laisse parfois la parcelle en jachère pour qu’elle se régénère » explique Rémi Rousselet. On creuse aussi des mares qui jouent les éponges en absorbant l’excès d’eau l’hiver et en la restituant l’été, quand la culture a soif. On plante enfin des haies et des « plantes auxiliaires » : une ronce, souvent mal-aimée, est une pépinière d’insectes et d’oiseaux qui chassent les ravageurs des cultures. Cultiver avec le vivant, c’est aussi développer l’agroforesterie, soit le fait de planter des arbres au milieu des champs. « Ces arbres fournissent de l’ombre pour les cultures, une matière organique restituée au sol par les racines. Ils sont aussi un refuge pour les prédateurs naturels des nuisibles » souligne Rémi Rousselet. Et bien souvent, cela débouche sur des rendements augmentés. C’est précisément ce que défend, en Occitanie, l’ONG Envol Vert avec son projet Au Pré de Mes Arbres, qui accompagne des agricultrices et agriculteurs dans cette transition.

« Adaptation des filières économiques et des modes de production »

« Au pré de mes arbres » : mise en place de systèmes agroforestiers

« Au pré de mes arbres » : mise en place de systèmes agroforestiers

Transition vers une agriculture climato-intelligente basée sur l’agroécologie en Guadeloupe

Transition vers une agriculture climato-intelligente basée sur l’agroécologie en Guadeloupe

Rendre aux rivières leur liberté

Cela fait des siècles que l’homme rectifie les cours d’eau, les canalise ou les détourne pour les éloigner des cultures . Or, il existe une SfN qui consiste à faire l’inverse : rendre à la rivière son tracé naturel. Car un cours d’eau à l’état naturel ressemble davantage à un grand serpent qui progresse par méandres qu’à un long canal rectiligne. Et cela change tout en cas de crue. « Une rivière qui déborde en mille lacets inonde de façon bien plus maîtrisée qu’une « autoroute » rectiligne qui lâche d’un coup avec un gros débit » souligne Rémi Rousselet. C’est tout le sens du projet ReyDeCa, lauréat Life ARTISAN en Auvergne-Rhône-Alpes, mené autour de Bourg-en-Bresse par le syndicat du bassin versant de la Reyssouze. En plein centre-ville, le Canal de Loëze, entièrement bétonné et en surchauffe l’été, a été débétonné. « On lui a rendu des berges naturelles et un rôle d’îlot de fraîcheur » indique Rémi Rousselet. En amont, sur la Reyssouze et le Dévorah, on a recréé des méandres et ménagé des zones d’expansion des crues, c’est-à-dire des parcelles rendues à l’eau et chargées d’accueillir l’hiver le trop-plein qui déborde. Résultat : une zone humide reparaît et avec elle un cortège d’espèces qui l’apprécient, des libellules aux amphibiens en passant par les oiseaux. L’eau, d’ailleurs, concerne  plusieurs lauréats de cette édition des Trophées de l’Adaptation. En Normandie, la basse vallée de la Saâne a été reconnectée à la mer et a retrouvé son lit naturel. Dans le Grand-Est, le ruisseau de Montigny a été restauré au cœur du terroir de l’AOP Chaource. En Bourgogne-Franche-Comté, c’est la Clauge amont et ses milieux humides qui ont été restaurés. Avec à chaque fois la même intuition : plutôt qu’une digue coûteuse qui artificialise et prive les riverains d’un espace de promenade et de fraîcheur, on laisse à l’eau la place de faire son travail. Car la nature travaille (aussi) dans notre intérêt.

« Adaptation des modes de gestion des écosystèmes »

Restauration du ruisseau de Montigny et de ses habitats annexes

Restauration du ruisseau de Montigny et de ses habitats annexes

Restauration écologique de la Clauge forestière et ses milieux humides

Restauration écologique de la Clauge forestière et ses milieux humides

En ville, planter plutôt que bétonner

Tout le monde l’a expérimenté un jour de canicule : sous un arbre, il fait plus frais. Et ce n’est pas qu’une histoire d’ombre. L’arbre « transpire » par ses feuilles (on parle d’évapotranspiration), un peu comme la peau d’un corps humain, et ce phénomène rafraîchit l’air alentour. Les arbres en ville, c’est donc une solution verte d’adaptation : ils rafraîchissent, filtrent l’air et abritent la biodiversité. On pourrait objecter qu’une ombrière artificielle fait aussi de l’ombre. « C’est vrai, mais elle coûte souvent plus cher, ne respire pas, ne filtre pas l’air et n’accueille aucune faune » pointe Rémi Rousselet. En somme, pourquoi construire ce que la nature sait déjà faire ? « Il faut évidemment agir en bonne intelligence, en fonction des enjeux du territoire, rappelle Rémi Rousselet, car dans une ville très dense, aux rues étroites et au sous-sol encombré de réseaux, on ne peut pas planter des arbres partout. Si tel est le cas, une ombrière peut redevenir la meilleure option ». 

À Villefranche-de-Rouergue, en Occitanie, le projet Renouv’Eau illustre bien cette reconquête du minéral par le végétal. Une place très bitumée, transformée en parking surchauffé six jours sur sept et qui accueillait un marché le dimanche, a été végétalisée. Les places de stationnement n’ont pas été supprimées d’un trait de plume, mais redéployées ailleurs dans le village. « C’est une manière d’embarquer les commerçants, d’abord inquiets de voir disparaître le parking devant leur vitrine » précise Rémi Rousselet. Le projet s’est doublé de la renaturation du ruisseau Notre-Dame, qui traverse le cœur de bourg. Car la restauration des cours d’eau fait aussi partie des solutions fondées sur la nature.

« Gouvernance »

Désimperméabilisation et renaturation de la Place Fontanges

Désimperméabilisation et renaturation de la Place Fontanges et du ruisseau Notre-Dame, par la Ville de Villefranche-de-Rouergue

Ni solution miracle, ni recette unique

Faut-il en conclure qu’il suffit de « laisser faire la nature » ? Ce serait aller trop vite. La première règle d’or, c’est de ne pas opposer les solutions entre elles. Là où il n’y a pas de dune, inutile de rêver de dunes. Dans une rue parisienne saturée de réseaux, l’arbre cède parfois la place à l’ombrière. L’adaptation se pense toujours localement et à plusieurs échelles à la fois. « Une commune qui érige une digue de roche pour se protéger peut déplacer les courants, et donc le risque, vers la commune voisine. Ces effets en cascade imposent de raisonner à l’échelle du territoire, pas seulement de la parcelle » précise Rémi Rousselet. Autre subtilité : faire confiance à la nature est à la fois la force et la difficulté des SfN. On sait comment se comportera une digue en béton dans trente ans. On prévoit beaucoup moins bien ce que deviendra une forêt qu’on vient de planter. Le vivant est moins docile que nos modèles d’ingénierie. D’où la nécessité d’un suivi dans la durée et d’une capacité à réajuster.

Reste enfin un chantier bien humain : le regard que nous portons sur la nature. Laisser un espace en libre évolution ? Certains habitants risquent de le trouver « sale » ou négligé. Creuser une mare ? La première réaction sera de se dire « et les moustiques ? ». Pourtant, une mare attire aussi les libellules, chauves-souris, oiseaux et se révèle bien moins propice aux moustiques que l’eau stagnante d’une coupelle de fleurs au fond du jardin. Réussir une SfN, c’est donc autant un travail de pédagogie et de gouvernance que de technique. Le projet Renouv’Eau à Villefranche du Rouergue, salué pour avoir associé habitants, commerçants et acteurs du territoire, l’a bien montré.

Côté financement, comment ça se passe ?

« C’est le nerf de la guerre » estime Rémi Rousselet. Or, il n’existe pas de « guichet unique » du financement des SfN. Selon le type de projet et le lieu, les fonds sont à chercher du côté public (Agence de l’eau pour l’hydraulique douce, certains départements pour la plantation de haie, appels à projets européens et/ou des régions, intercommunalités…) ou privé (certaines fondations privées financent des SFN). Par ailleurs, pour construire leurs projets, les collectivités disposent de plusieurs boîtes à outils. L’Office français de la biodiversité (OFB) propose des ressources interactives en ligne, avec une version pour les décideurs et une autre, plus technique, pour les services. L’ADEME met à disposition Plus Fraîche Ma Ville, un service numérique pour créer son projet et où les « solutions vertes » et « bleues » relèvent des SfN. Enfin, le programme Nature 2050, porté par la Caisse des Dépôts, documente des sites suivis scientifiquement jusqu’en 2050, avec de précieux retours d’expérience à l’appui.



Place aux Solutions fondées sur la Nature !
Pour adapter nos territoires au changement climatique

Cyrille Souche
Cyrille Souchehttps://cdurable.info
Directeur de la Publication Cdurable.info qui a eu 20 ans en 2025 ... L'occasion de supprimer la publicité et d'un nouveau départ vers un webmedia participatif d'intérêt général, avec pour raison d'être de recenser et partager les solutions utiles et durables pour agir et coopérer avec le vivant. Je suis ouvert à toute proposition de coopération mutuellement bénéfique au service de la régénération du vivant.

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