R3 et Bpifrance dévoilent dans cette étude l’état des lieux de l’affichage environnemental textile en France et en Europe. A la mesure des freins et leviers de déploiement que leurs travaux permettent de faire émerger, ils formulent 7 recommandations pour faire de cet outil, une véritable boussole, tant pour les consommateurs que pour les entreprises.

Ces travaux s’appuient sur de nombreux témoignages d’acteurs clés, tels que le Ministère de la Transition Écologique, le CESIAe, Holis Earth, Clear Fashion, Sessùn, Décathlon, Atelier Tuffery ou encore la Fédération Française du Prêt-à-Porter Féminin.
L’affichage environnemental dans le secteur textile : une boussole vers la transformation de la filière
Le secteur de la mode est à la croisée des chemins, entre un modèle mondialisé de fast fashion et une filière française et européenne qui s’efforce de répondre aux exigences environnementales et sociales, dans un contexte de concurrence dérégulée.
En Europe, la consommation textile représente la 4e source de pression environnementale et climatique. L’industrie de la mode est, par exemple, responsable de 8 à 10 % des émissions de dioxyde de carbone mondiales et le lavage des textiles synthétiques représenterait entre 16 % et 35 % des microplastiques présents dans les océans.

l’affichage environnemental pour accompagner la transformation durable de la filière
Dans ce contexte, l’étude explore le rôle de l’affichage environnemental pour accompagner la transformation durable de la filière et identifier les freins à lever, en particulier pour les TPE-PME, afin de les aider à s’approprier cet outil comme un levier de transformation.
Philippe Kunter, Directeur du Développement Durable et de la RSE de Bpifrance : « L’affichage environnemental structure la donnée, aide à comprendre où se situent les impacts majeurs, favorise l’écoconception, renforce la relation avec les fournisseurs et ouvre la voie à une différenciation par la qualité, la durabilité et la transparence. Il contribue aussi à renforcer la confiance entre les acteurs, des fabricants aux consommateurs, via une information plus claire, plus vérifiable et plus équilibrée dans un secteur souvent marqué par des asymétries d’information et des fragilités sociales. »

Nicolas Bernard, directeur pôle PME/ETI de R3, co-rédacteur de l’étude: « L’affichage environnemental doit apparaître comme un levier structurant, capable de renforcer la transparence, d’introduire une logique de bonus/malus plus équitable, et surtout d’inciter le consommateur à se tourner vers des produits mieux conçus, plus durables, plus responsables. Sa vertu première est d’exister, de créer un langage commun et de rendre comparables des réalités qui ne l’étaient pas. Nous devons réussir à rééquilibrer le marché, soutenir l’innovation responsable et redonner de la valeur aux produits qui le méritent. »

Affichage textile environnemental : 2 méthodes coexistent
Deux méthodologies coexistent : la méthode française, issue d’une démarche volontaire d’évaluation des impacts, et celle de l’Union européenne, structurée autour de l’éco-conception, de la transparence des produits et de leurs impacts.
- Un socle commun d’évaluation basé sur l’analyse de cycle de vie : l’initiative Product Environmental Footprint de la Commission européenne
- La méthode PEF approfondie : les PEFCR (Product Environmental Footprint Category Rules)
- La méthode française, pionnière en Europe, portée par l’Ademe : Ecobalyse
Des travaux sont en cours entre le Ministère de la Transition Écologique, l’ADEME et plusieurs instances européennes pour faire converger ces méthodes et atteindre un objectif commun : fournir un outil fiable, reproductible et scientifiquement robuste pour des résultats cohérents sur l’impact.

– une approche métrique et scientifique : l’ACV permet de quantifier les impacts environnementaux et de comparer différents produits sur des
bases objectives et vérifiables,
– une approche globale « du berceau à la tombe » (from cradle-to-grave) : elle prend en compte l’intégralité du cycle de vie d’un produit, depuis
l’extraction des matières premières jusqu’à la fin de vie (recyclage par exemple), en passant par la confection, le transport, et l’utilisation
(notamment les lavages et la durabilité),
– une approche multicritère : elle vise à être la plus exhaustive possible en regroupant 16 indicateurs d’impact environnemental
CAS PRATIQUE | Comparaison d’un T-shirt fast fashion et d’un T-shirt Traditionnel avec la méthode française Ecobalyse

De l’expérimentation à l’avantage stratégique, les entreprises pionnières ouvrent la voie

La marque française Sessùn a engagé une démarche progressive de transparence. Elle affiche le Fashion Score de Clear Fashion en boutique, puis l’étend à son site internet. Cette initiative rend visibles des informations clés sur ses produits et valorise les efforts engagés : choix de matières certifiées, relations durables avec ses partenaires, traçabilité, bien-être animal, ainsi que les dimensions sociales et sanitaires.
L’exemple de Sessùn illustre les étapes de mise en œuvre : la marque a d’abord testé l’affichage en boutique avant de le déployer sur son site web.
L’enseigne Décathlon a également participé aux expérimentations, identifiant plusieurs enjeux organisationnels : coût de construction des outils, structuration des données, formation des équipes et communication clients.
Le constat qui est fait est que répondre à ces enjeux est essentiel pour garantir que l’affichage environnemental devienne un outil opérationnel et crédible pour le consommateur.
L’Atelier Tuffery est confronté à la pression des prix tirés vers le bas par l’ultra fast fashion, et la difficulté à sécuriser une trésorerie suffisante pour résister aux fluctuations du marché. Pour pallier le désavantage compétitif, l’entreprise parie sur le « made in France » et l’écologie en mettant en avant plusieurs leviers d’adaptation dont l’appropriation progressive d’outils de transparence, devenus indispensables pour répondre aux attentes clients et aux obligations réglementaires et valoriser ses pratiques vertueuses.
Les outils de traçabilité et d’affichage environnemental peuvent devenir un levier stratégique, non seulement pour améliorer l’impact environnemental des produits, mais aussi pour renforcer la compétitivité des petites structures, souvent menacées par les dynamiques du marché.

L’étude met en lumière des freins de différentes natures auxquels sont confrontées les TPE-PME …
D’abord, des freins liés aux coûts d’implémentation (outils, formation et adaptation des process) qui restent élevés, en particulier pour les entreprises aux marges limitées. Ensuite, la question de prise en main de l’outil demeure parfois complexe. Les chaînes d’approvisionnement opaques et fragmentées rendent la collecte de données fiables difficile. Cette difficulté est accentuée par la divergence entre la méthode française et le référentiel européen PEF, qui limite la comparabilité à l’échelle européenne. Aussi, certains indicateurs sont jugés trop subjectifs, comme la « durabilité émotionnelle ». Enfin, la question des priorités pèse également, la RSE étant encore parfois perçue comme une contrainte au sein des entreprises.

… mais l’affichage environnemental présente des opportunités stratégiques.
L’affichage environnemental encourage l’écoconception et une meilleure compréhension du cycle de vie des produits. Il agit comme un référentiel commun permettant d’identifier des leviers d’amélioration continue. Par ailleurs, l’émergence d’un nouvel écosystème de prestataires spécialisés, notamment en traçabilité et en calcul d’empreinte carbone, limite le besoin d’expertise interne et rend le dispositif plus accessible. Les entreprises qui adoptent tôt ce dispositif peuvent ainsi se différencier et renforcer leur notoriété auprès de consommateurs sensibles aux enjeux environnementaux.


7 recommandations opérationnelles pour réussir la mise en œuvre et le déploiement de l’affichage environnemental
- Impliquer davantage l’État pour encadrer le déploiement. Assurer une stabilité méthodologique avant la généralisation du dispositif, en développant la collecte automatisée des données, en facilitant l’accès à des bases de données open source pour les entreprises et en harmonisant les méthodes au niveau français et européen.
- Adopter une approche pluraliste en faisant coexister plusieurs instruments de mesure afin de débattre des critères qui comptent vraiment. Penser l’affichage environnemental comme un levier complémentaire à d’autres outils pour accompagner la transition du secteur et lutter contre la fast fashion.
- Privilégier un indicateur commun en faisant converger la méthode française et la future méthode européenne pour renforcer la comparabilité, la crédibilité et la cohérence du marché intérieur.
- Assurer la fiabilité de la méthode en mettant en place une gouvernance scientifique indépendante, appuyée sur des données publiques mutualisées.
- Renforcer la pédagogie pour faire de l’affichage un outil de confiance, en rendant l’information plus lisible et compréhensible pour le public.
- Vulgariser les impacts environnementaux pour favoriser l’adhésion du public et déployer une communication positive qui valorise les marques vertueuses, encourage la seconde main et mobilise les influenceurs et médias spécialisés pour ancrer durablement ces nouveaux comportements d’achat.
- Intégrer l’affichage environnemental dans une approche plus globale en prenant en compte les dimensions sociales, sanitaires, culturelles et réglementaires.
AFFICHAGE ENVIRONNEMENTAL : un levier pour transformer
durablement la filière textile ?

Enjeux, opportunités
et freins pour les TPE-PME
Nicolas Bernard, directeur pôle PME/ETI de R3, co rédacteur de l’étude: « À plus long terme, l’objectif est de rendre l’affichage environnemental obligatoire, tout en l’enrichissant progressivement de nouveaux indicateurs sociaux, sanitaires et d’économie circulaire. L’une des limites du dispositif actuel est en effet son angle exclusivement environnemental, qui laisse de côté les enjeux humains de la chaîne textile : conditions de travail, équité salariale, sécurité sanitaire. Ces dimensions constituent pourtant des impacts majeurs du secteur et ne peuvent être absents d’une évaluation complète. La durabilité textile ne peut être réduite à la seule empreinte carbone ou matérielle. Une approche plus globale permettrait de rendre visibles des dimensions aujourd’hui absentes de l’affichage réglementaire. »
Textile et Cuir 2050 : Quelle place dans la décarbonation de l’économie ?
Un rapport intermédiaire du ShiftProject consacré à l’analyse de l’empreinte carbone et énergétique de ces filières et à l’identification de leurs leviers de transformation.
- Plus d’infos sur : Theshiftproject.org/publications/textile-et-cuir-2050-rapport-intermediaire







