Entreprendre à quel prix ? Diriger, décider, développer, tenir dans la durée : à force d’avancer, certains entrepreneurs finissent par payer leur réussite d’un prix plus discret que la simple fatigue. Après 14 ans auprès de 400 entrepreneurs et dirigeants, Ombeline Becker, fondatrice de NOŪS, met en lumière ce coût invisible du succès : la fracture entre ce que l’on construit et ce que l’on est réellement. Auteure chez hachette de « Leadership Spirituel« , elle a accepté de répondre aux questions essentielles Cdurable.

Réussir sans se trahir, c’est cela le Leadership Spirituel
Ombeline Becker, fondatrice de NOŪS, nomme la vraie cause du mal-être entrepreneurial et propose une voie rare : le leadership spirituel. Auteure de Leadership Spirituel – Le Lotus et l’Éléphant (Hachette – 2024), créatrice du podcast Vérité et du collectif L.I.B.R.E.S, Ombeline Becker documente un phénomène concret : des entrepreneurs expérimentés qui ne manquent ni de stratégie ni d’ambition, mais d’un espace pour tenir leur expansion sans se trahir.
Un parcours au croisement du business et de la transformation intérieure

Diplômée en affaires et finances internationales et d’un mastère entrepreneuriat à Toulouse Business School en 2004, Ombeline Becker démarre sa carrière dans de grandes entreprises françaises comme cadre marketing et commerciale Europe. Sept ans plus tard, une crise de sens agit comme un point de bascule. Un bilan de compétences révèle ce qui était déjà là : une capacité profonde à accompagner, à écouter, à transformer. En 2012, elle lance son activité de coaching — sans anticiper que l’entrepreneuriat lui-même deviendrait un chemin initiatique. Dix ans plus tard, elle fonde NOŪS pour affirmer un choix : ne plus dissocier l’humain, le spirituel et le vivant du business, de la croissance et de l’argent. En 2023, elle crée le podcast Vérité — espace rare dans le paysage francophone où des dirigeants engagés témoignent de leur transformation intérieure sans posture ni performance. En 2024, chez Hachette elle publie Leadership Spirituel — un guide pratique et initiatique pour réconcilier l’entrepreneuriat et l’intégrité.
Un second livre est en préparation, consacré au prix du succès — et aux raisons profondes pour lesquelles tant de femmes restent absentes des comités de direction, alors même que leur légitimité n’est plus à démontrer. Elle est basée entre Le Castellet (Var) et le bassin d’Arcachon (Gironde), anime des séminaires et reçoit en coaching premium des entrepreneurs et dirigeants qui cherchent la pièce manquante de leur puzzle. Elle est membre du Réseau Entreprendre Var, en tant qu’experte en leadership auprès des lauréats.
Une fracture silencieuse au cœur du monde entrepreneurial
Le livre qui réconcilie entrepreneuriat et spiritualité
Fatigue décisionnelle, perte d’élan, sentiment diffus d’incohérence malgré des résultats tangibles. Ces signaux, longtemps tus, traversent aujourd’hui une part croissante du monde entrepreneurial. Selon une étude CPME, 23 % des dirigeants présentent un risque de burnout — un chiffre en hausse constante depuis la crise du Covid. Et pourtant, les solutions proposées restent les mêmes : mieux s’organiser, mieux déléguer, mieux « équilibrer ».
Ombeline Becker part d’un autre postulat : le burn-out du dirigeant n’est pas un problème d’agenda. C’est le signal d’une faille d’intégrité laissée trop longtemps sans réponse.
Après 14 ans de terrain auprès de 400 entrepreneurs et de dirigeants, elle nomme ce que beaucoup ressentent sans pouvoir le formuler : le vrai frein à l’expansion n’est ni le marketing, ni le réseau, ni le mindset — c’est la fracture entre qui vous êtes et ce que vous construisez.

"Il ne s’agit pas d’un manque de compétences, ni d’un défaut d’ambition. C’est une dissociation progressive entre ce que l’on construit à l’extérieur et ce que l’on est réellement. Une réussite obtenue parfois au prix d’un renoncement plus ou moins conscient à soi-même." — Ombeline Becker
Quel est le prix psychique de la performance ? Quelles sont les raisons profondes pour lesquelles tant de femmes restent encore à distance des plus hauts niveaux de pouvoir.

Des concepts redéfinis : spiritualité, leadership spirituel, expansion
Cette fracture, entre qui vous êtes et ce que vous construisez, ne distingue pas les secteurs — elle traverse tous les milieux où la performance est devenue une fin en soi, au détriment de ce qui fait tenir une entreprise dans la durée : la cohérence entre qui on est et ce qu’on construit. Et elle concerne particulièrement les femmes : aujourd’hui encore, elles ne représentent que 25 % des dirigeants d’entreprises et à peine un tiers des créateurs d’entreprise, malgré une forte dynamique entrepreneuriale (source).
Cette réalité révèle moins un manque de compétences qu’un système et des croyances qui limitent l’accès à la croissance et aux niveaux de revenus élevés. Au fond, elles croient qu’accéder au prochain niveau implique de renoncer à ce qui les définit.





Podcast Vérité

À la croisée du business, de l’âme et du vivant. Pour les entrepreneurs.es et dirigeants.es qui n’ont plus le luxe de se trahir pour réussir.
Plus de 80 épisodes publiés, 15000 écoutes.
Questions Cdurable à Ombeline Becker
Questions Cdurable !
ou c’est pas durable ?
Au delà des communiqués, qui ne présentent souvent que le « meilleur », et du développement durable, qui ne fait que tenter de réduire les impacts négatifs d‘une croissance volumique, nous nous intéressons aujourd’hui, 21 ans après la création de Cdurable.info, aux questions essentielles. Alors Cdurable ou pas ? 9 questions qui nous invitent à Comprendre pourquoi Agir & Coopérer avec le vivant, Cdurable !

1 — Quelle est la nature de ma relation avec le vivant ?
Le vivant est présent partout — dans ma vie, dans mon travail, dans ma façon de comprendre l’entrepreneuriat.
Je vois les entreprises comme des organismes vivants, quelle que soit leur taille. Même avant qu’elles n’existent administrativement : il y a déjà une énergie, une intention, quelque chose qui cherche à prendre forme. Le vivant ne sépare rien. Il prend tout. Il a soif d’évolution, de résilience, d’adaptation, de circularité, de régénération.
La notion d’écosystème est au cœur de mon approche. Une entreprise ne vit pas seule — elle s’inscrit dans un réseau de relations, d’influences, d’interdépendances. Exactement comme dans la nature : rien n’existe en isolation. L’entrepreneur qui comprend cela cesse de vouloir tout contrôler — et commence à cultiver les conditions favorables à sa propre expansion, comme on prend soin d’un sol avant d’y planter quelque chose.
C’est de là que vient ce que j’appelle l’expansion — non pas une croissance forcée, mais un élan naturel, comme celui d’une plante qui cherche la lumière. On ne force pas un séquoia à pousser. On crée les conditions pour qu’il devienne ce qu’il est déjà en puissance.
Ma relation au vivant, c’est aussi une façon d’habiter le monde : entre Le Castellet, dans le Var, et le bassin d’Arcachon en Gironde, je vis dans deux espaces où la nature impose son rythme. Ce n’est pas un décor — c’est une école permanente de discernement et d’humilité.
La nature, une école permanente de discernement et d’humilité

2 — Quels sont mes besoins et choix d’alimentation ?
Je suis à l’écoute de mon corps et de ses besoins.
Pas de case, pas de régime, pas d’idéologie alimentaire — juste une attention à ce que je ressens et à ce que mon corps me dit. Ce qui est difficile aujourd’hui, c’est de ne plus pouvoir se fier à grand-chose. Même l’eau que l’on boit n’est plus fiable — et c’est notre ressource la plus fondamentale. J’ai la chance de vivre dans des environnements relativement préservés, entre le Var et le bassin d’Arcachon. Mais même là, se nourrir avec qualité et fiabilité reste un défi réel.
Ce que cette époque m’a appris sur l’alimentation, c’est la même chose qu’elle m’a appris sur l’entrepreneuriat : le discernement ne s’externalise pas. On ne peut plus déléguer à une étiquette, une certification ou une tendance le soin de savoir ce qui nous convient. Il faut réapprendre à sentir, à tester, à ajuster — à faire confiance à son propre ressenti plutôt qu’à une norme extérieure.
3 — Quel est mon type d’habitat actuel et idéal ?
Au calme, avec de l’espace, de la nature et de l’eau à proximité.
Loin des antennes 5G et de la pollution électromagnétique — une vigilance que je prends au sérieux et qui oriente mes choix de vie. Mais je ne pourrais pas vivre isolée. J’ai besoin de vivant dans mes relations autant que dans mon environnement. Ce qui me nourrit profondément, ce sont les conversations vraies — avec des leaders d’influence, des entrepreneurs, des bâtisseurs d’impact. Des gens qui pensent, qui construisent, qui s’engagent. Couper ça serait couper une partie essentielle de mon énergie.
Mon habitat idéal, c’est cette réconciliation : le calme et la nature comme socle de régénération, une communauté humaine exigeante et créative comme carburant d’expansion. Le bassin d’Arcachon et Bordeaux incarnent aujourd’hui cette qualité d’espace — nature, eau, énergie créative et écosystème entrepreneurial vivant. C’est vers cet ancrage que je cherche à construire la prochaine étape de ma vie.
Le calme et la nature comme socle de régénération, une communauté humaine exigeante et créative comme carburant d’expansion

4 — Quelle activité physique favorise mon bien-être et ma santé ?
La danse fait partie de mon ADN.
J’ai commencé la danse classique à 4 ans, à 6 ans j’étais déjà sur mes pointes — un monde où l’excellence, le mouvement et l’élégance ne sont pas des options mais des exigences. Cette discipline m’a formée bien au-delà du corps : elle m’a appris ce que signifie incarner quelque chose, tenir une posture, travailler dans la durée.
Aujourd’hui, j’anime mes semaines entre circuit training en petit groupe, yoga et danse classique. Trois pratiques qui se complètent : la puissance, la souplesse, la grâce.
Et la marche — essentielle. Pas comme performance sportive, mais comme outil de reconnexion. Quand l’agitation mentale prend trop de place, marcher remet le corps en premier. Ça rebranche au vivant, au rythme naturel, à ce qui est simple et réel.
Mon rapport au corps est le même que mon rapport à l’entrepreneuriat : ni forcer, ni stagner. Trouver le mouvement juste.
Marcher rebranche au vivant, au rythme naturel, à ce qui est simple et réel

5 — Quels savoirs m’ont permis de comprendre comment agir ?
Mon parcours intellectuel suit une trajectoire initiatique : Les fondations sont rationnelles Puis est venue L’intelligence émotionnelle, spirituelle Et enfin, le quantique, les lois du vivant, l’invisible
Mon parcours intellectuel suit une trajectoire que je reconnais aujourd’hui comme initiatique : du plus dense au plus subtil, sans jamais abandonner ce qui précédait.
Les fondations sont rationnelles : la stratégie d’entreprise, le marketing, la finance, la négociation — tout ce que mes études et sept ans en corporate m’ont transmis. Ces savoirs m’ont donné une rigueur, une capacité à lire un système, à identifier les leviers. Ils restent présents dans chaque accompagnement.
Puis est venue la psychologie humaine — comprendre ce qui se joue sous la surface des comportements, des décisions, des résistances. L’intelligence émotionnelle comme premier niveau de lecture de l’invisible.
Puis l’intelligence spirituelle — la capacité à percevoir ce qui ne se mesure pas mais qui oriente tout : l’intention, le sens, la vision, l’alignement.
Et enfin, le quantique, les lois du vivant, l’invisible — cette compréhension que tout est relié, que nos croyances les plus profondes façonnent notre réalité, que ce qui se joue à l’intérieur se manifeste à l’extérieur. Pas comme une croyance — comme une observation répétée, confirmée par 14 ans de terrain.
Ces couches ne se remplacent pas. Elles se superposent. C’est leur intégration qui constitue ce que j’appelle une approche intégrale.
6 — Quel est le sens que je donne à mon travail ?
C’est cette question qui m’a fait quitter le corporate assez tôt dans ma carrière. Je ne comprenais pas pourquoi mobiliser autant d’énergie et de temps — au détriment de tout le reste — simplement pour gagner un salaire et payer un loyer exorbitant à Paris. J’entendais mes collègues se plaindre à la machine à café et se languir de leur prochain RTT. Quelque chose en moi refusait cette équation.
Mon grand-père disait : « le travail, c’est la santé. » Sauf que beaucoup y perdent leur santé. Parce que tant que le travail est vécu comme un devoir ou une contrainte, il crée des sacrifices — et des failles dans notre intégrité.
Pour moi, travailler est un acte de contribution
Pour moi, travailler est un acte de contribution. Une façon de prendre sa place dans un écosystème et d’y apporter ce que l’on est. Dans la nature, rien n’est isolé, rien n’est autonome — tout contribue à l’équilibre et l’évolution du système. L’entrepreneur qui comprend ça cesse de travailler pour survivre et commence à travailler depuis ce qu’il est vraiment.
C’est là que le travail devient expansif plutôt qu’épuisant. C’est là que commence le leadership spirituel.
Quand L’entrepreneur cesse de travailler pour survivre et commence à travailler depuis ce qu’il est vraiment, C’est là que commence le leadership spirituel.

7 — Quelle énergie j’utilise pour mes usages et besoins ?
Être écologique avec soi-même avant de l’être avec le monde : c’est le socle
La première énergie que je gère avec le plus de soin, c’est la mienne — mes pensées, mes émotions, mon corps. Être écologique avec soi-même avant de l’être avec le monde : c’est le socle. On ne peut pas prendre soin du vivant si on dilapide sa propre vitalité.
Pour le reste, je fais comme je peux — avec conscience, sans injonction. Je roule en électrique, j’évite les emballages plastiques, je fais le tri, je consomme le plus local possible. Mais ici aussi, il est difficile de savoir à quoi se fier vraiment. Les certifications, les labels, les tendances vertes — tout mérite discernement.
Je refuse les injonctions dans un sens comme dans l’autre : ni la culpabilisation écologique, ni le déni. Vivre en conscience est ce qui compte le plus. Chacun définit ses propres limites — et surtout les limites de son intégrité. C’est vrai pour l’entrepreneuriat. C’est vrai pour l’écologie. C’est la même exigence.
Vivre en conscience
est ce qui compte le plus
8 — Quelle est mon implication personnelle pour l’intérêt général ?
« Sois le changement
Gandhi
que tu veux voir dans ce monde »
C’est ma citation phare depuis longtemps — et elle résume mieux que tout ma façon de comprendre l’engagement. J’ai conscience que mes actes, mes pensées, mon énergie ont un impact sur l’extérieur. Que l’intérieur façonne l’extérieur. Que pour changer quelque chose dans le monde, je dois d’abord le changer en moi. Ce n’est pas une posture spirituelle abstraite — c’est une observation concrète, confirmée par 14 ans d’accompagnement.
Cette quête de cohérence, d’intégrité, d’engagement et de responsabilité est présente dans toutes les sphères de ma vie. Je suis loin d’être parfaite. Je fais de mon mieux — avec la conviction que « faire de mon mieux » n’est pas une excuse, mais une direction.
Et c’est précisément dans ce sens que j’accompagne mes clients. Quand un entrepreneur clarifie son intégrité, prend la responsabilité de son impact, aligne ses actes à ses valeurs — il ne change pas seulement son entreprise. Il change quelque chose dans son écosystème relationnel, familial, professionnel. C’est de cette façon que mon travail devient, à sa mesure, une contribution à l’intérêt général.
Mon travail devient, à sa mesure,
une contribution à l’intérêt général
9 — Quels sont mes liens de coopération et ma participation au bien commun ?
La coopération est au cœur
de tout ce que je construis.
Le collectif L.I.B.R.E.S. est d’abord un espace de co-construction entre pairs — des entrepreneurs qui s’entraident, se challengent, créent ensemble des conditions de croissance mutuelle. Pas une relation verticale entre un expert et des apprenants, mais un écosystème vivant.
Je suis membre du Réseau Entreprendre Var en tant qu’experte en leadership auprès des lauréats — une façon concrète de mettre mon expérience au service des projets locaux et des humains qui les dirigent. Et plus largement, je crois que chaque entrepreneur qui trouve son alignement contribue au bien commun — parce qu’il prend de meilleures décisions, crée des relations plus saines et construit des entreprises qui servent quelque chose de plus grand que le profit.
Chaque entrepreneur qui trouve son alignement contribue au bien commun

Le Réseau vous accompagne aussi financièrement au travers de prêts d’honneur pour vous donner les clés pour réussir et dépasser vos peurs !
10 — Quel est le message essentiel que vous souhaitez faire passer à nos visiteurs ?
Cessez de choisir entre qui vous êtes
et ce que vous construisez.
Nous vivons dans une époque qui nous demande de séparer — le travail et le sens, la performance et les valeurs, l’ambition et l’intégrité, le business et le vivant. Et nous nous épuisons à naviguer entre ces fractures.
Mon message est simple : la réconciliation est possible. En soi d’abord. Et quand elle se fait en soi, elle rayonne partout — dans l’entreprise, les relations, les choix du quotidien, l’impact sur le monde.
Réussir sans se trahir — ce n’est pas un idéal réservé à quelques-uns. C’est un chemin accessible à tous ceux qui acceptent de poser cette question : depuis quel espace intérieur est-ce que j’agis ?
Réussir sans se trahir


