Les Mains dans la Terre – Naissance d’un écovillage, réalisé par Antoine Trichet, est un film documentaire proposé dans le cadre de la Sélection Films Cdurable avec Jupiter Films. « Un film pour avoir les mains dans la terre, la tête dans les étoiles et les pieds sur terre. » Alors que nous n’avons jamais été aussi connecté, il est grand temps de Regarder, Écouter et Rencontrer. Revenir à l’essentiel sans revenir en arrière. Que pouvons-nous faire ensemble que nous ne pourrions pas faire seuls ? … Il n’est pas nécessaire de créer un écovillage pour répondre à cette question. Mais apprendre à devenir suffisamment autonomes pour pouvoir choisir librement de coopérer.

Nous n’avons jamais été aussi connecté
Nous n’avons probablement jamais disposé d’autant de moyens pour communiquer. Un téléphone dans la poche nous permet de parler instantanément avec quelqu’un à l’autre bout du monde, d’accéder à presque toute la connaissance humaine, de travailler, apprendre, créer et désormais dialoguer avec une intelligence artificielle. Ce sont des outils extraordinaires. Le problème n’est donc probablement pas la technologie elle-même. Mais peut-être la place que nous lui laissons prendre.
Dans une rue, sur le quai de la gare ou une salle d’attente, à l’abribus, combien de regards croise-t-on encore ? Nous marchons parfois les yeux rivés sur un écran, des écouteurs dans les oreilles, entourés de dizaines de personnes et pourtant enfermés dans notre propre bulle. Nous pouvons choisir ce que nous voulons voir, ce que nous voulons entendre et même, progressivement, éviter ce qui nous dérange.
- Ne plus croiser le regard de l’autre.
- Ne plus entendre la conversation voisine.
- Ne plus avoir à supporter le silence.
- Ne plus nous confronter à celui qui ne pense pas comme nous.
La technologie nous rapproche à certains égards, mais elle peut aussi nous permettre de nous isoler avec une efficacité que nous n’avions jamais connue. L’enjeu n’est évidemment pas de revenir en arrière. Encore moins d’opposer artificiellement intelligence artificielle et intelligence humaine. Il s’agit peut-être simplement de nous souvenir de l’essentiel. Utiliser les outils sans leur abandonner toute notre attention.

Regarder, Écouter, Rencontrer.
Mettre les mains dans la terre et la tête dans les étoiles, tout en gardant le juste milieu. Entre la terre sous nos pieds et les cent ciels que notre imagination peut encore explorer, il reste peut-être un espace précieux : celui de la relation humaine.
Le collectif n’est pas un long fleuve tranquille. Faire ensemble, à deux ou à plusieurs n’est pas toujours chose aisée. Nous pouvons même parfois nous demander pourquoi nous nous sommes lancés dans l’aventure. Il suffit de penser au village d’Astérix de René Goscinny. On y discute fort, on s’agace, on se dispute. Nous ne sommes pas toujours d‘accords. Et pourtant, lorsque quelque chose d’essentiel est en jeu, le village est là. Cette image est amusante, mais elle raconte peut-être quelque chose de très juste sur la vie collective. Un groupe solide n’est pas nécessairement un groupe dans lequel il n’existe jamais de conflit. C’est un groupe qui a appris à ne pas se désagréger au premier conflit.

Comme dans toutes les relations humaines, la tentation de partir peut parfois être grande. Changer d’association, changer de travail, changer de groupe d’amis, couper le contact. Bloquer un numéro, ne plus répondre.
Il existe évidemment des situations dans lesquelles partir est nécessaire. Mais fuir systématiquement le désaccord nous prive aussi d’un apprentissage fondamental : celui de la réparation.
Un os fracturé, lorsqu’il se ressoude correctement, forme autour de la fracture un cal osseux qui consolide la zone. Il peut en aller de même, symboliquement, pour une relation ou un collectif. Une difficulté traversée ensemble ne garantit évidemment rien. Mais lorsque nous réussissons à comprendre ce qui s’est passé, à nous parler, à reconnaître nos erreurs et à reconstruire quelque chose, le groupe peut sortir transformé de l’épreuve. Non pas parce que la fracture n’a jamais existé. Mais parce qu’il a appris qu’elle pouvait être réparée. Peut-être est-ce également cela, le « vivre ensemble ». Ne pas rechercher une harmonie artificielle où personne ne dérangerait jamais personne. Mais apprendre à traverser les désaccords sans immédiatement considérer l’autre comme un ennemi.

Savoir observer est peut-être aussi important que savoir planter
Nous pouvons apprendre à cultiver une terre. À construire. À récupérer l’eau. À produire une partie de notre alimentation. Mais vivre ensemble demande d’autres apprentissages, parfois plus subtils.
- Observer avant de parler.
- Regarder ce qui se passe réellement plutôt que réagir immédiatement.
- Accepter quelques instants de silence.
- Écouter sans déjà préparer notre réponse.
- Puis, lorsque la parole devient nécessaire, apprendre à en user avec conscience.
- Dire ce qui doit être dit sans chercher à blesser.
- Exprimer un désaccord sans réduire l’autre à ce désaccord.
- Poser une question plutôt qu’asséner une certitude.
- Savoir se taire et savoir observer lorsque le silence commencerait au contraire à éloigner.
Nous avons peut-être tellement pris l’habitude de répondre immédiatement — message, commentaire, notification, réaction, que nous oublions parfois cette étape simple : observer.
Le silence n’est pas nécessairement une absence. Il peut être un espace. Celui dans lequel une pensée se forme. Une émotion retombe. Des regards se croisent.
Alors une réponse différente devient possible.
La parole, lorsqu’elle arrive ensuite, peut retrouver son véritable rôle :
non pas pour vaincre l’autre, mais créer un pont. Une synergie.
Ces apprentissages peuvent sembler éloignés des grandes questions écologiques. Ils en sont pourtant peut-être au cœur. Car que serait une transition écologique sans une évolution de notre manière d’être en relation ? Avec les autres, la société et la nature. Nous pouvons planter des milliers d’arbres, construire des bâtiments exemplaires et inventer les technologies les plus performantes. Mais si nous ne savons plus nous écouter, coopérer, nous confronter sans nous détruire et parfois nous réconcilier, quelque chose continuera de manquer.

Revenir à l’essentiel sans revenir en arrière
Il ne s’agit donc pas de choisir entre le progrès et la terre. Entre un smartphone et un potager. Entre l’intelligence artificielle et l’intelligence collective. Ces oppositions sont probablement trop simples, notre époque nous offre des outils extraordinaires. À nous de décider ce que nous voulons en faire. L’intelligence artificielle peut nous aider à chercher, comprendre, organiser, écrire ou imaginer, tout comme un téléphone peut maintenir un lien entre des personnes séparées par des milliers de kilomètres. Internet peut transmettre en quelques secondes un savoir qui demandait autrefois plusieurs jours de recherche. C’est d’ailleurs son origine !
Mais aucun de ces outils ne peut entièrement remplacer l’expérience d’une présence, d’une rencontre humaine. Un repas partagé. Une main tendue. Un chantier réalisé ensemble. Une conversation qui dure plus longtemps que prévu. Un désaccord que l’on réussit enfin à dépasser. Ou simplement quelques personnes réunies autour d’une table après une journée passée les mains dans la terre. Le progrès n’a peut-être de sens que s’il nous permet de rester profondément humains. Retourner à l’essentiel ne signifie pas renoncer à demain. Cela signifie peut-être simplement nous souvenir de ce que nous ne voulons pas perdre en chemin.

La Terre sous nos pieds.
Le ciel au-dessus de nos têtes.
Et entre les deux, nous et les autres.

Ce que nous pouvons faire ensemble
Le précédent article consacré à Permaculture, la voie de l’autonomie posait une question : que pouvons-nous reprendre en main à notre propre échelle ? Peut-être pouvons-nous aujourd’hui en ajouter une seconde :
Que pouvons-nous faire ensemble que nous ne pourrions pas faire seuls ?
Quelles compétences existent autour de nous ? Qu’avons-nous réellement besoin de posséder individuellement ? Que pourrions-nous partager ? À qui pourrions-nous transmettre ce que nous avons, savons ? Et auprès de qui pourrions-nous apprendre ?
Il n’est pas nécessaire de quitter sa maison, de créer un écovillage ou de transformer entièrement sa vie pour commencer à répondre à ces questions. Il suffit peut-être de regarder autrement celles et ceux qui nous entourent. Car derrière chaque voisin, chaque association, chaque agriculteur, chaque artisan, chaque bénévole ou chaque citoyen se trouve une expérience, une compétence, une vision ou une idée que nous ne possédons pas nécessairement nous-mêmes. Et derrière nous se trouve également quelque chose que nous pouvons apporter aux autres. C’est peut-être cela, finalement, faire société.

Ne pas chercher à devenir totalement autosuffisants
Mais apprendre à devenir suffisamment autonomes pour pouvoir choisir librement de coopérer. Suffisamment différents pour nous enrichir mutuellement. Et suffisamment reliés pour ne pas avoir à affronter seuls les difficultés qui nous attendent. Seuls, nous irons parfois plus vite. Ensemble, nous irons souvent plus loin. Mais surtout, ensemble, nous pouvons essayer de construire un chemin sur lequel d’autres pourront continuer à avancer après nous.

Les Mains dans la Terre – Naissance d’un écovillage, réalisé par Antoine Trichet, est disponible au cinéma, en DVD et en VOD chez Jupiter Films.
Un film documentaire proposé dans le cadre de la Sélection Films Cdurable avec Jupiter Films.
« Un film pour avoir les mains dans la terre, la tête dans les étoiles et les pieds sur terre. »
Aujourd’hui on dénombre plus de 2200 écovillages sur le territoire français. Créer son habitat, tendre vers l’autonomie, maîtriser son alimentation ou simplement vivre ensemble… Autant de regards originaux dans ce film sur un lieu incarnant différents aspects de la Vie au travers de huit résidents et de nombreux bénévoles qui s’activent pour construire un espace où des avenirs différents sont possibles.
Et si la qualité de vie primait sur la rentabilité et la productivité ?
« C’est en se mettant en action que l’on peut espérer résoudre les problèmes du monde. »

