Le Y7, Sommet de la Jeunesse du G7, dénonce l’absence de l’écologie et condamne « l’exclusion des questions climatiques des priorités de l’Agenda du G7 2026″. Face à ce constat, Cdurable.info publie l’appel de la jeunesse engagée à financer les « solutions fondées sur la nature« . Le texte a été traduit en français en conservant toute la solennité, l’urgence et la précision technique de leurs 136 recommandations autour de 3 priorités pour lutter contre la polycrise : les déséquilibres démographiques et économiques, les perturbations technologiques et la crise écologique

Appel à l’action destiné aux dirigeants du G7 pour lutter contre la polycrise
les jeunes expriment des inquiétudes croissantes face à des politiques qui semblent souvent privilégier les actions à court terme au détriment de solutions durables, équitables, inclusives et d’avenir
Nous, jeunes représentants des membres du G7 réunis à Paris du 17 au 20 mai 2026, appelons de toute urgence les dirigeants du G7 à prendre des mesures décisives, concrètes et percutantes pour lutter contre la polycrise.

Le paysage mondial actuel ne se définit plus par des crises isolées et de court terme. Il est plutôt caractérisé par la polycrise : un réseau complexe de défis interconnectés qui s’amplifient mutuellement et entraînent des risques systémiques. Les déséquilibres économiques et démographiques, les perturbations technologiques, les bouleversements géopolitiques et la crise écologique convergent pour remodeler l’ordre mondial.
Partout dans le monde, les jeunes expriment des inquiétudes croissantes face à des politiques qui semblent souvent privilégier les actions à court terme au détriment de solutions durables, équitables, inclusives et d’avenir. En réponse, le Y7 appelle à des approches qui non seulement répondent aux défis présents, mais jettent également les bases d’un avenir résilient, soucieux des besoins des générations futures et des enjeux pressants de demain.
Cela exige un engagement renouvelé en faveur du multilatéralisme, ancré dans le respect du droit international, une gouvernance inclusive, la protection des écosystèmes, un accès équitable aux opportunités d’innovation numérique et des réponses d’avenir aux défis économiques associés au vieillissement des populations. De plus, en cette période de polycrise, nous condamnons l’exclusion des questions climatiques des priorités de l’agenda du G7 de 2026.
nous condamnons l’exclusion des questions climatiques des priorités de l’agenda du G7 de 2026

Le Y7 exhorte les dirigeants du G7 à adopter des actions audacieuses, coordonnées et multilatérales pour lutter contre la polycrise, notamment :
- Anticiper et traiter les impacts économiques, sociaux et culturels d’une société vieillissante en concevant un nouveau pacte social entre les générations actuelles et futures.
- Développer un cadre international régissant les usages civils et militaires de l’intelligence artificielle (IA) et des technologies émergentes, parallèlement à des mécanismes garantissant une mise en œuvre efficace et coopérative.
- Défendre le droit international et renforcer les approches coopératives face aux défis mondiaux et aux menaces hybrides auxquelles sont confrontés les membres du G7, en réaffirmant leur soutien indéfectible aux institutions et conventions internationales, notamment celles facilitées par l’ONU.
- Combattre la manipulation de l’information, y compris la désinformation climatique, en établissant un cadre multilatéral contraignant applicable aux plateformes numériques, garantissant la responsabilité des contenus publiés et la protection des scientifiques et des militants, une transparence algorithmique accrue et une surveillance significative.
- Réorienter les flux financiers publics et privés vers des investissements d’avenir, en particulier vers les solutions climatiques et fondées sur la nature, afin de soutenir une croissance durable, de sortir progressivement des énergies fossiles et de relever les défis structurels à long terme.
Nous nous réjouissons d’avoir pu nous réunir à Paris et échanger avec les responsables du gouvernement français et les représentants des membres du G7 en France. Le Y7 a hâte de présenter personnellement ces recommandations aux dirigeants du G7 lors du sommet du G7 2026 à Évian.

1. Lutter contre les déséquilibres démographiques et économiques
Le vieillissement de la population façonne nos économies et nos sociétés, exerçant une pression croissante sur les marchés du travail, les systèmes de protection sociale, l’accès au logement et la résilience économique à long terme. À mesure que les équilibres démographiques évoluent, les gouvernements doivent adapter leurs institutions et leurs politiques pour soutenir une croissance durable et inclusive. Dans ce contexte, les questions démographiques doivent être placées au cœur de la prise de décision multilatérale.
Notre appel vise à favoriser la solidarité intergénérationnelle, et non la division entre les générations. À soutenir les personnes qui souhaitent avoir des enfants, et non à pousser les femmes à la maternité. À renforcer une croissance inclusive, et non à encourager des réponses d’exclusion face au changement démographique.

Protéger l’investissement public d’avenir face aux pressions des dépenses démographiques
- Allouer un minimum de 5 % du PIB à l’investissement public d’avenir afin de soutenir une croissance durable et de répondre aux défis structurels à long terme.
- Limiter strictement l’emprunt public au financement des investissements à long terme et à la gestion des crises, en excluant les dépenses courantes telles que les pressions liées aux dépenses de vieillissement.
- Établir un pacte social par lequel les gouvernements du G7 s’engagent à veiller à ce que les ressources libérées par la baisse des taux de natalité soient réorientées vers des priorités d’avenir plutôt qu’absorbées par les dépenses courantes liées à l’âge.
Réformer les systèmes de retraite pour garantir la durabilité et l’équité intergénérationnelle
- Associer des retraites publiques justes et durables à des éléments renforcés de capitalisation, afin de garantir la stabilité financière à long terme, l’équité intergénérationnelle et la résilience face aux changements démographiques.
- Soutenir le vieillissement actif par des politiques qui encouragent le maintien sur le marché du travail des adultes plus âgés, des parcours de retraite flexibles et l’indexation de l’âge de la retraite sur l’espérance de vie, afin de répartir équitablement la charge du maintien du système de retraite entre toutes les générations.
- Atténuer les pressions démographiques par des politiques de migration de main-d’œuvre efficaces et équitables qui maintiennent la stabilité sociale et garantissent une intégration réussie dans la population active et la société.
Moderniser les systèmes de protection sociale pour refléter l’évolution des trajectoires de vie, des modèles d’emploi, des responsabilités de soins et de la mobilité professionnelle
- Intégrer formellement le travail non rémunéré de soins aux personnes âgées et à la famille dans les systèmes de protection sociale (crédits de pension pour les aidants, congés de proche aidant, éligibilité à l’assurance et soutien au revenu), en reconnaissant que le vieillissement démographique crée une charge de travail invisible portée de manière disproportionnée par les adultes en âge de travailler, en particulier les femmes.
- Repenser les systèmes nationaux de protection sociale pour refléter les transitions de vie de plus en plus non linéaires des jeunes générations, en étendant le soutien à ceux qui occupent des emplois à temps partiel, des emplois de plateformes (gig work) et des emplois précaires grâce à des prestations transférables et simplifiées (ex: avantages employeurs essentiels, prestations d’État, formation professionnelle) qui suivent les individus d’un emploi et d’une étape de vie à l’autre.
- Établir un accord du G7 sur la portabilité des retraites pour garantir que les travailleurs migrants puissent conserver et cumuler leurs cotisations de retraite d’une juridiction à l’autre, renforçant ainsi la mobilité de la main-d’œuvre et la sécurité financière à long terme.
Élargir l’accès des jeunes à un logement abordable et réduire les inégalités de logement intergénérationnelles
- Lever les barrières structurelles d’accès à la propriété pour les jeunes générations, en particulier celles causées par la hausse des prix de l’immobilier et l’accès limité à des financements abordables, qui peuvent freiner la natalité et aggraver la crise démographique.
- Réduire les coûts, les délais et les incertitudes dans la construction de logements en s’attaquant aux obstacles administratifs et réglementaires.
- Développer l’accès des jeunes au logement abordable en investissant dans la construction et l’entretien de logements publics et accessibles, en accordant un accès prioritaire aux jeunes et en créant des incitations pour que les propriétaires privés louent à des jeunes.
- Empêcher une financiarisation accrue du logement, limiter les investissements spéculatifs, s’attaquer aux logements vacants de longue durée, réguler les locations de courte durée et lutter contre les incitations existantes qui maintiennent artificiellement la pénurie de logements et gonflent la valeur des actifs, en veillant à ce que le logement soit traité avant tout comme un bien social.

Réduire les inégalités de richesse intergénérationnelles en élargissant l’accès des jeunes au capital et à l’accumulation d’actifs
- Mettre en place des politiques de constitution de patrimoine pour les jeunes, telles que des dotations de capital de départ ou des comptes fiduciaires financés par l’État à la naissance (sur le modèle des baby bonds), fournissant sous conditions un capital fondateur pour la constitution d’actifs afin de réduire les disparités de richesse intra-générationnelles et le fossé de richesse intergénérationnel.
- Réduire les barrières structurelles à la constitution de patrimoine par des incitations fiscales ciblées pour les moins de 35 ans, des financements publics à faible taux d’intérêt pour l’entrepreneuriat, l’éducation et l’accession à la propriété, et des programmes d’autonomie financière permettant une gestion éclairée des actifs.
- Créer des incitations fiscales et autres pour encourager des transferts de richesse intergénérationnels plus précoces, permettant l’accès au capital au moment où il a le plus grand impact économique.
- Soutenir l’accession à la propriété des jeunes par des mécanismes tels que des programmes de premier logement pour les jeunes, des programmes de prêts hypothécaires à faible apport garantis par l’État, des modèles de location-vente, la propriété partagée et des incitations pour les promoteurs privés.
Élargir la participation au marché du travail par des politiques d’emploi inclusives et adaptées à la démographie
- Créer des incitations économiques pour une participation significative, productive et centrée sur l’humain à la population active en investissant dans un vieillissement actif et en bonne santé, ainsi que dans la formation tout au long de la vie, la montée en compétences (upskilling) et la reconversion (reskilling) pour prévenir l’obsolescence des connaissances.
- Éliminer les barrières structurelles à la participation au marché du travail en s’attaquant à la « pénalité de maternité », en réformant les systèmes de congé parental grâce à des congés adéquatement rémunérés pour les deux parents et des quotas non transférables pour les pères, et en améliorant l’intégration des migrants et des jeunes NEET (ni en emploi, ni en études, ni en formation) dans la population active.
- Inciter les employeurs à relever les défis auxquels sont confrontés les aidants professionnels par un soutien administratif, une plus grande flexibilité du temps de travail et un meilleur équilibre avec la vie personnelle, leur permettant de mieux soutenir leurs proches dépendants sans nuire à leur participation au marché du travail ou à leur productivité.
Améliorer l’accès à un emploi stable et renforcer le développement de la main-d’œuvre pour l’avenir du travail
- Inciter les employeurs à embaucher et à former des travailleurs en début de carrière par le biais de l’apprentissage, de passerelles de l’école au travail, de partenariats public-privé et de subventions salariales temporaires, en particulier dans les secteurs durables et émergents, tout en veillant à ce que les rôles de premier échelon soutenus par des fonds publics offrent des salaires décents, un développement des compétences, la stabilité contractuelle et des perspectives d’évolution.
- Instaurer des pactes de talents sectoriels dans les secteurs en pénurie de main-d’œuvre qui requièrent des compétences stratégiques, notamment la santé, la construction et l’énergie verte, afin de rendre ces secteurs plus attractifs pour les jeunes travailleurs en garantissant des parcours de formation.
- Garantir des conditions de travail durables ainsi que des salaires minimums justes et équitables, alignés sur le coût de la vie.
Moderniser l’éducation, la formation tout au long de la vie et les systèmes de mobilité professionnelle
- Moderniser les systèmes d’éducation et de formation par une coopération plus étroite avec l’industrie, des programmes d’études plus flexibles et un soutien ciblé au développement des compétences.
- Garantir l’accès à l’enseignement post-secondaire par des frais de scolarité abordables, des bourses élargies couvrant également les frais de subsistance, et des systèmes de remboursement basés sur le revenu qui réduisent le risque d’un endettement insoutenable.
- Soutenir les transitions professionnelles et améliorer la reconnaissance des qualifications et des diplômes grâce à des temps de formation rémunérés garantis et des financements dédiés.
Renforcer la représentation politique et la participation des jeunes générations dans les processus de décision
- Mandater des évaluations d’impact ex ante déterminant les répercussions sur la jeunesse et les générations futures pour toute législation ayant des implications financières.
- Institutionnaliser la représentation politique des jeunes par le biais d’organes consultatifs permanents de la jeunesse dotés d’une influence formelle sur les politiques à long terme.
- Abaisser le droit de vote et l’âge minimal d’éligibilité à 18 ans pour tous les mandats électoraux.
- Renforcer l’éducation civique au sein des écoles secondaires pour sensibiliser les jeunes à la possibilité de poursuivre des carrières politiques et à s’engager davantage dans la vie de la cité.

2. Lutter contre les perturbations technologiques
Les développements technologiques rapides menacent de bouleverser nos fondements socio-économiques, avec un impact particulier sur la jeunesse. Les délégués de la jeunesse du G7 2026 exhortent le G7 à développer un avenir numérique sûr, durable et démocratique pour les générations qui subiront les coûts vertigineux de la polycrise actuelle.
Nous appelons les dirigeants du G7 à:
- Mettre en œuvre un cadre multilatéral de gouvernance de l’IA et accroître la transparence dans le déploiement des technologies émergentes.
- Tenir les entreprises technologiques pour responsables afin de protéger les jeunes des préjudices causés par les biais algorithmiques et la désinformation.
- Garantir un accès inclusif et équitable à l’éducation et à la technologie pour accroître les opportunités économiques et d’innovation.

Renforcer les cadres globaux de gouvernance des technologies émergentes au niveau du G7
- Mettre en place un Conseil permanent de gouvernance des technologies émergentes (ETGC) du G7, composé d’autorités nationales indépendantes et incluant un groupe permanent de représentants de la jeunesse, chargé de standardiser les procédures d’autorisation, de supervision et de réponse aux incidents sur la base des principes d’Hiroshima sur l’IA.
- Renforcer le mandat des autorités nationales indépendantes responsables de la surveillance du cycle de vie des technologies d’IA émergentes.
- Aligner les attentes de sécurité du G7 et l’accès au marché via des garde-fous communs et des cadres de conformité mutuelle discrétionnaires avec reconnaissance accélérée.
- Développer un label de confiance du G7 (G7 Trust Label) volontaire pour évaluer les systèmes d’IA sur la base de leur conformité aux normes éthiques, aux exigences de sécurité, à la protection des mineurs et aux critères de durabilité environnementale.
Assurer la transparence et réduire les biais à travers les écosystèmes d’IA
- Garantir des normes de protection des données robustes et interopérables, fondées sur la transparence, le pré-consentement éclairé, la collecte minimale de données et la traçabilité, en alignement avec le RGPD.
- Restreindre le transfert commercial, la vente ou l’exploitation automatisée de données sensibles (biométriques, santé, données générées par des mineurs) et d’autres données personnelles sans le consentement de leurs propriétaires.
- Exiger un étiquetage clair, un tatouage numérique (watermarking) visible et encodé, des métadonnées et des mécanismes d’application rapide pour les contenus générés ou matériellement manipulés par l’IA.
- Mettre en œuvre un cadre de risque financier de l’IA coordonné au niveau du G7, exigeant la divulgation de l’utilisation de systèmes d’IA à haut risque dans les activités financières afin de réduire les externalités négatives systémiques.
Investir dans des écosystèmes souverains conjoints d’innovation et de R&D
- Augmenter les investissements nationaux et coordonnés du G7 dans les technologies émergentes et la R&D pour soutenir la compétitivité à long terme via des mécanismes de financement.
- Établir des programmes d’accès public au calcul et aux actifs stratégiques du G7, fournissant du matériel, des crédits cloud et des financements, en particulier aux ONG, aux universités et aux PME.
- Lancer des programmes conjoints d’échange d’étudiants et de talents au sein du G7 afin d’élargir les opportunités partagées de formation et d’innovation pour les chercheurs et les professionnels.
Promouvoir des opportunités économiques équitables à l’ère numérique
- Étudier l’impact de l’IA et de l’automatisation sur le paysage économique pour coordonner un cadre de cartographie des compétences sur le marché du travail et un mécanisme de rapport.
- Coordonner une stratégie de reskilling et d’upskilling du G7 pour veiller à ce que la transformation économique tirée par l’IA renforce la protection des travailleurs, la productivité, l’innovation, la compétitivité, et réponde à la diversité des besoins sociaux.
- Établir des programmes d’apprentissage et de stages en alternance au sein du G7 en donnant la priorité au développement des jeunes et des profils en début de carrière, avec des incitations fiscales pour les entreprises qui investissent dans la jeunesse.
- Promouvoir des mécanismes fiscaux obligeant les entreprises qui réduisent leurs effectifs grâce à l’IA, sans réinvestir dans le capital humain, à soutenir la réintégration et la mobilité sur le marché du travail.

Bâtir un monde numérique inclusif et sécurisé
- Garantir l’accès à des technologies abordables et sûres pour tous, telles que les ordinateurs et l’accès à Internet, en particulier pour les groupes vulnérables.
- Promouvoir la littératie en matière d’IA et de technologie, co-conçue avec les jeunes, les écoles, les universités, les bibliothèques et les institutions communautaires, en mettant l’accent sur l’inclusion des communautés vulnérables.
- Favoriser les opportunités pour les femmes et les groupes minoritaires de poursuivre des études scientifiques et technologiques afin de renforcer leur progression de carrière, réduire les biais et encourager des résultats socio-économiques équitables.
- Atténuer les campagnes de désinformation et de mésinformation grâce à la transparence algorithmique, des mécanismes de crash-test des algorithmes et la détection de bots afin de lutter contre la polarisation, la discrimination et le biais de confirmation.
Protéger les enfants et les jeunes à l’ère numérique
- Établir un cadre global du G7 supervisé par l’ETGC, plaçant la protection de la jeunesse au centre du déploiement de l’IA, incluant des normes obligatoires de sécurité dès la conception (safety-by-design) et adaptées à l’âge comme conditions préalables à l’accès au marché et aux opérations.
- Garantir aux utilisateurs un certain niveau de contrôle sur leurs algorithmes de recommandation de contenu, en particulier sur les plateformes de jeux et de médias sociaux.
- Classer par défaut les données des mineurs comme sensibles, y compris les données déduites comme étant générées par eux, et restreindre le profilage comportemental ainsi que les contenus qui les ciblent.
- Mettre en œuvre des initiatives locales qui soutiennent et encouragent l’engagement des jeunes dans des activités physiques, sociales et culturelles.
Traiter les risques de santé publique associés à l’usage des technologies
- Reconnaître les risques liés aux technologies comme un enjeu de santé publique formel au niveau du G7, et les intégrer dans les stratégies nationales de prévention, de bien-être et de santé mentale.
- Développer des indicateurs communs de bien-être numérique du G7 dans les stratégies nationales de santé publique, avec un rapport annuel en coopération avec les organismes internationaux compétents.
- Missionner l’ETGC pour superviser les évaluations d’impact sanitaire sur les effets mentaux, cognitifs et comportementaux des systèmes d’IA, avec un examen renforcé pour ceux simulant des interactions émotionnelles (tels que les agents conversationnels / chatbots).
- Exiger des entreprises qu’elles mettent en œuvre des protections contre l’usage addictif, en particulier pour les mineurs, et établir une responsabilité claire pour les dommages physiques ou mentaux causés par leurs systèmes.
Assurer un accès résilient, diversifié et durable aux matières premières critiques
- Mettre en œuvre un cadre du G7 pour soutenir une infrastructure technologique résiliente, comprenant un registre conjoint des fournisseurs de matières premières stratégiques et critiques basé sur des évaluations partagées des risques, ainsi que des mécanismes coordonnés d’achats groupés pour ces matériaux.
- Établir une liste de surveillance partagée des intrants critiques et un système d’alerte précoce pour surveiller les risques géopolitiques et leurs impacts potentiels sur les chaînes de valeur technologiques mondiales.

3. Lutter contre la crise écologique
Maintenir la crise écologique
a l’agenda du G7
À une époque marquée par des priorités concurrentes au sein de la polycrise, nous appelons les dirigeants du G7 à maintenir la crise écologique à l’agenda du G7, à respecter les limites planétaires, à accélérer la transition vers un avenir durable, inclusif et résilient, et à prolonger les actuels Objectifs de Développement Durable au-delà de 2030.
Les propositions ci-dessous visent à sauvegarder notre avenir collectif en protégeant les systèmes essentiels en tant que droits fondamentaux, en accélérant des transitions justes et durables grâce à la mobilisation de capitaux publics et privés à grande échelle, et en redéfinissant la cohésion sociale face au franchissement des limites planétaires.

Reconnaître les systèmes essentiels comme des biens communs universels
Nous définissons les systèmes essentiels comme les systèmes naturels et anthropiques (construits par l’homme) dont dépendent toutes les économies, les sociétés et les êtres humains : un climat stable, une nature et des écosystèmes florissants, de l’eau douce, de l’air propre, des sols sains, des systèmes alimentaires, les soins de santé, les infrastructures de transport critiques et un accès minimal à l’énergie.
- Les reconnaître comme les fondations mondiales partagées de la prospérité humaine, de la résilience et de la stabilité planétaire, qui doivent être protégées, gérées de manière durable et accessibles à tous de façon équitable.
- Garantir leur accès à travers les cadres juridiques et politiques nationaux, en leur accordant la même priorité stratégique que la stabilité financière et la défense nationale.
- S’engager à ne pas les exploiter, et déployer à la place des garanties partagées pour soutenir le renforcement des ressources essentielles des pays.
Protéger les systèmes essentiels de l’effondrement écologique
- S’engager à supprimer progressivement les subventions néfastes à l’environnement, y compris les subventions aux combustibles fossiles, qui menacent la protection des systèmes essentiels au plus tard d’ici 2030.
- Faire progresser la neutralité en matière de dégradation des terres en promouvant une planification durable de l’utilisation des sols afin de minimiser la perte de terres arables, conformément au Pacte pour la Nature 2030 du G7.
- Développer au niveau du G7 des stratégies coordonnées pour renforcer la résilience de systèmes alimentaires durables, incluant le soutien à une agriculture résiliente au climat et à des chaînes d’approvisionnement régionales diversifiées, en reconnaissant l’interdépendance de la terre, du sol et de l’eau comme le socle de la sécurité alimentaire.
- Reconnaître que le monde entre dans un état de faillite hydrique et intégrer l’eau, l’assainissement et l’hygiène (WASH) dans le plan de travail de la Coalition pour l’eau du G7 ainsi que dans les autres plans de travail nationaux.
- Adopter des stratégies nationales globales et scientifiques pour éliminer les usages non essentiels des polluants toxiques émergents, y compris les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS), avec des limites de rejet légalement contraignantes pour les produits chimiques dangereux d’ici 2030.
- Ériger l’économie circulaire au rang de priorité stratégique en l’intégrant dans les politiques économiques et industrielles nationales, soutenue par des objectifs clairs, des financements dédiés et des cadres réglementaires robustes pour accélérer l’efficacité des ressources, renforcer la sécurité d’approvisionnement et réduire les déchets.
Anticiper et atténuer les risques pour les systèmes essentiels
- Mesurer les menaces pesant sur les systèmes essentiels en adoptant des indicateurs communs, des normes de divulgation et des outils de crash-test au niveau du G7 ; mener des évaluations nationales régulières et publiques de la résilience, et intégrer leurs résultats dans la prise de décision publique.
- Diriger une initiative mondiale sur la sécurité des points de basculement afin de coordonner les mécanismes de réponse d’urgence pour les événements climatiques à fort impact (points de basculement), faciliter le partage de données à l’échelle mondiale et intégrer les points de basculement du système terrestre dans la modélisation économique afin d’atténuer le risque financier systémique.
- Standardiser les cadres de cartographie des risques nationaux au niveau national en termes d’interprétation, de fréquence des mises à jour et de disponibilité publique, avec des financements dédiés alloués aux communautés ayant des responsabilités d’adaptation en première ligne, y compris les gouvernements infranationaux.
- Veiller à ce que les industries émergentes qui impactent les systèmes essentiels, telles que les centres de données et la fabrication de puces électroniques (conséquences des technologies d’IA), se conforment à des mesures strictes : utilisation exclusive d’énergies à faibles émissions, équipements efficaces et utilisation durable de l’eau, avec l’engagement d’atteindre le zéro net et d’être positives pour la nature au plus tard d’ici 2050.
- Rendre obligatoire la publication de rapports publics sur la consommation d’énergie par type de carburant et sur l’utilisation de l’eau par ces industries émergentes.

Œuvrer pour une transition juste afin de renforcer la cohésion sociale
- Institutionnaliser des cadres de transition juste conformément à l’avis consultatif de 2025 de la Cour internationale de Justice (CIJ), en reconnaissant l’action climatique comme une obligation légale des États protégeant les droits humains fondamentaux des générations présentes et futures, et en garantissant des mécanismes de responsabilité ainsi qu’une participation équitable des communautés affectées et marginalisées.
- Garantir une transition juste pour les travailleurs, les communautés et les industries s’éloignant des secteurs à fortes émissions grâce à des programmes de reconversion accessibles, en établissant des partenariats à long terme entre les agences gouvernementales, les universités, les institutions professionnelles, les employeurs et des fonds d’investissement régionaux dédiés, sans pour autant bloquer l’activité économique sociétale.
Sortir progressivement des combustibles fossiles
- S’engager à une élimination totale des combustibles fossiles conformément à l’objectif de $1,5^\circ\text{C}$ de l’Accord de Paris et des trajectoires scientifiques, en reconnaissant qu’ils déclenchent des crises énergétiques et économiques à répétition.
- Développer des feuilles de route nationales d’élimination des fossiles d’ici la fin de l’année 2027, en établissant des calendriers clairs pour une transition juste et équitable.
- Rejoindre la Coalition pour l’élimination des incitations aux combustibles fossiles, y compris les subventions (COFFIS).
- Réorienter les investissements dans les combustibles fossiles vers des technologies qui contribuent à la décarbonation et à l’indépendance énergétique (énergies renouvelables et bas-carbone) en appliquant le principe du pollueur-payeur et en garantissant une redistribution équitable des revenus du carbone pour soutenir les ménages à faible revenu dans la transition et les mécanismes de financement climatique.
- Mettre fin à tout soutien financier public pour l’expansion de nouveaux combustibles fossiles et décourager l’investissement privé dans de nouveaux sites d’extraction, tout en garantissant la sécurité énergétique.
Mettre en œuvre une gouvernance éthique et équitable des minéraux critiques
- Reconnaître la nécessité de diversifier et de sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques pour la transition énergétique, et souligner l’importance de le faire sans reproduire des dynamiques extractivistes.
- Salué l’adoption du cadre de la gouvernance des minéraux critiques du G20 et s’appuyer sur les résultats du sommet du G7 de Kananaskis de 2025 en soutenant la mise en œuvre de Partenariats juste pour les minéraux critiques dans les pays riches en ressources du Sud global.
- Veiller à ce que ces partenariats respectent des normes environnementales et des droits humains élevés, protègent les peuples autochtones et les communautés locales, et garantissent leur participation significative tout au long du développement du projet.
- Promouvoir un partage juste des bénéfices, la création de valeur locale, le développement des compétences et le transfert de technologies pour s’assurer que les minéraux critiques favorisent le développement durable dans les pays dotés de ces ressources.
- Établir des normes communes de diligence raisonnable (due diligence), de traçabilité, de transparence et de gouvernance équitable entre les pays du G7 et les pays partenaires afin de soutenir l’investissement responsable et de renforcer la responsabilité tout au long des chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques.
Mobiliser le capital privé pour l’environnement
- Faire progresser la taxonomie des investissements durables, notamment en lançant un Nature Impact Protocol (Protocole d’impact sur la nature), modélisé sur le Greenhouse Gas Protocol, afin de développer des méthodologies standardisées, open-source et scientifiques pour mesurer les impacts et les dépendances des entreprises vis-à-vis de la nature à travers les secteurs et les écosystèmes.
- Dé-risquer l’investissement privé dans l’atténuation et l’adaptation au climat et respecter formellement le Nouvel Objectif Collectif Quantifié sur le financement de la lutte contre le changement climatique.
- Soutenir les cadres pour des marchés de crédits de biodiversité de haute intégrité, établir des exigences obligatoires de compensation de la biodiversité pour les secteurs à fort impact, et développer des cadres réglementaires favorables qui créent une demande pour ces crédits de biodiversité.
- Réformer les règles de comptabilité des entreprises, en veillant à ce que le capital naturel apparaisse dans les bilans, valorisé à ses coûts de préservation, reconnaissant ainsi que les règles du système financier doivent intégrer les limites planétaires en conditionnant la rentabilité des entreprises à la protection de la biodiversité.
Mobiliser le capital public pour les systèmes essentiels
- Respecter l’engagement historique de consacrer 0,7 % du RNB à l’Aide Publique au Développement (APD).
- Augmenter le financement climatique et soutenir la réforme de l’architecture financière internationale pour garantir un accès équitable aux pays, en particulier du Sud global, en augmentant le volume total des subventions et en assurant la mise en œuvre intégrale des cadres d’adéquation des fonds propres (Capital Adequacy Frameworks).
- Fournir un allègement global de la dette pour les pays lourdement endettés du Sud global.
- Intégrer les risques systémiques liés au climat dans les mandats des institutions financières publiques.
- Mobiliser des financements nationaux et internationaux pour les startups et les PME qui s’efforcent de renforcer les systèmes essentiels, grâce à des financements publics coordonnés, des institutions financières de développement et des instruments de financement mixte.
- Développer une stratégie coordonnée du G7 pour stabiliser les pools d’assurance soutenus par l’État face aux risques écologiques extrêmes, qui sont amplifiés par le changement climatique.
Combattre la désinformation et améliorer l’éducation sur les systèmes essentiels
- Renforcer le financement public de la recherche scientifique indépendante et de la communication en fournissant un soutien adéquat et à long terme aux entités gouvernementales, aux organisations de la société civile et aux acteurs éducatifs qui comblent les lacunes dans les connaissances climatiques.
- Intégrer les crises du climat, de la biodiversité et de l’environnement, ainsi que la littératie informationnelle, dans les programmes scolaires, la formation continue et le secteur privé au sein des pays du G7, afin d’armer les citoyens, en particulier les enfants et les jeunes, face à la désinformation.
- Protéger les scientifiques, les journalistes indépendants et les militants contre le harcèlement juridique (notamment les procédures bâillons).

Communiqué final en anglais
Comprendre la polycrise avec Open Diplomacy
Précis de lucidité pour négocier un tournant historique

Face à la polycrise, délivrons-nous de l’illusion obsédante de la stabilité
Au cours des derniers mois, les tressaillements de l’actualité ont consacré une valeur cardinale pour de nombreux dirigeants français : celle de la « stabilité ». Stabilité gouvernementale, économique, voire psychologique — comme en témoignent la kyrielle d’études et d’articles sur le moral et la santé mentale des Français. Mais quelle pertinence peut avoir cette préoccupation, alors que la guerre est à nos portes, que l’Europe s’est éloignée de la frontière technologique depuis longtemps et que les dérèglements climatiques fracturent le monde tel qu’on le connaissait ?
En vérité, l’obsession pour la stabilité est un leurre, une ruse de l’Histoire bien commode pour nous détourner de la nouvelle réalité dans laquelle nous évoluons : une polycrise se produit et nous projette dans une époque radicalement nouvelle.
Cette polycrise procède de quatre grandes crises systémiques qui s’amplifient mutuellement. La brutalisation du monde change tous les paradigmes géopolitiques. L’accélération de l’anthropocène bouleverse tous les équilibres écologiques. Le décrochage économique, technologique et démographique de l’Europe s’opère au détriment de tout notre modèle social. Enfin, s’ajoute une crise politique, comme si les dirigeants publics avaient renoncé à assurer un avenir désirable aux générations futures. Ces phénomènes de rupture se conjuguent et s’alimentent mutuellement. Leurs rétroactions produisent un phénomène inédit aux conséquences dramatiques : la polycrise.
Voilà la montagne que nous refusons de gravir, puisque nous ne trouvons pas le flanc propice pour commencer l’ascension. Alors, par où commencer pour inverser cette logique mortifère, pour aller contre les vieux réflexes qui nous enferment dans l’obsession du lendemain plutôt que la projection sur les dix, vingt, trente prochaines années ?
Cela ne peut commencer que par un effort de lucidité radicale. Il nous faut admettre ce changement d’ère et en nommer la cause. Pour nous libérer d’une sidération qui nous tyrannise. Pour renouer avec une véritable éthique de l’action. Indispensable point de départ, la lucidité seule ne suffira donc pas. Il nous faut désormais percer à jour l’illusion de la stabilité et lui donner un sens nouveau. À l’heure de la polycrise, elle ne peut plus être synonyme d’immobilisme ou de rétablissement d’un ordre ancien. Dans cette époque nouvelle, la stabilité relève nettement plus du flux laminaire que de l’état statique. Il s’agit de maintenir la cohérence dans le mouvement, de faire durer l’action malgré les turbulences.
Cette stabilité redéfinie suppose un leadership d’une nature nouvelle. Un leadership qui accepte le déséquilibre, qui renonce aux certitudes mais qui assume ses convictions. Un leadership qui ne se replie pas dans la gestion mais porte une vision d’architecte pour l’avenir, qui endosse les transformations d’ampleur qui s’imposent sans rogner sur le temps de la délibération. En somme, il nous faut faire le deuil de l’idée que les dirigeants dont nous avons besoin sont les gardiens de nos anciens totems réconfortants.
Les leaders que nous devons encourager en tant que citoyens sont ceux qui ordonnent un nouveau rapport au temps long comme à l’urgence, qui recomposent la grammaire du récit collectif et qui embrassent la complexité de la technique non comme outil mais comme déterminant de l’Histoire. C’est à cette hauteur qu’il faut désormais penser la stabilité : non pas comme l’organisation de notre impuissance face à la marche du monde mais comme l’art de l’affronter en gardant le cap, sans se dissoudre.


