À l’approche des élections municipales, les enjeux climatiques et énergétiques s’imposent comme des questions centrales pour l’avenir des territoires. Face à l’intensification du dérèglement climatique et à la dépendance persistante aux énergies fossiles, les communes et intercommunalités disposent de leviers décisifs pour accélérer la transition. Analyse des principaux enseignements des travaux réalisés par The Shift Project et l’association The Shifters à l’heure de choisir les prochaines équipes municipales.

Les communes en première ligne face au dérèglement climatique
Les impacts du dérèglement climatique se multiplient sur les territoires français : vagues de chaleur plus fréquentes, sécheresses prolongées, tensions sur la ressource en eau, recul du trait de côte ou dépérissement des forêts.
Ces phénomènes ont des conséquences directes sur la vie quotidienne et l’économie locale. Les collectivités doivent faire face à la baisse des rendements agricoles, à la diminution de la production hydroélectrique, à des infrastructures fragilisées ou encore à des fermetures ponctuelles d’écoles lors d’épisodes climatiques extrêmes.
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Mais la vulnérabilité des territoires ne provient pas uniquement du climat.
Elle est également liée à la forte dépendance de la France aux énergies fossiles. Selon les analyses du Shift Project, celles-ci représentent encore 72 % de l’exposition énergétique du pays. Cette dépendance expose les collectivités aux fluctuations des prix de l’énergie et aux tensions d’approvisionnement.
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Des élus locaux déjà conscients de l’urgence

Ces réalités sont largement perçues par les élus municipaux eux-mêmes. Selon les résultats de la Grande Consultation des maires et élus municipaux menée par The Shift Project et The Shifters :
- plus de 99 % des élus interrogés déclarent avoir observé au moins un phénomène climatique extrême sur leur territoire
- 70 % considèrent la préservation de l’environnement comme l’une des priorités du prochain mandat.
Les motivations pour agir sont étroitement liées aux préoccupations concrètes des habitants. Les élus citent en priorité :
- l’amélioration de la qualité de vie et de la santé des habitants (77 %)
- la réduction des dépenses énergétiques (75 %).
Comme le résume un élu interrogé, « Le climat, même quand on ne le met pas en priorité numéro un, revient dans tous les dossiers : écoles, eau, voirie, personnes âgées… »
Quatre grands leviers d’action pour les communes
Les communes et les intercommunalités disposent de nombreuses compétences structurantes pour renforcer la résilience des territoires. Les travaux du Shift Project identifient quatre domaines clés d’action locale.
1. Repenser l’alimentation territoriale

Les collectivités peuvent jouer un rôle majeur dans la transformation des systèmes alimentaires.
Par exemple :
- renforcer les liens entre villes et territoires agricoles
- soutenir les circuits courts et la vente directe
- orienter la restauration collective – notamment les cantines scolaires – vers des produits locaux et davantage d’alternatives végétales
- protéger le foncier agricole contre l’urbanisation
- valoriser les biodéchets par le compostage et le retour au sol.
La mise en place d’un Projet Alimentaire Territorial (PAT) permet de structurer une stratégie locale d’approvisionnement alimentaire de proximité et de coordonner les acteurs du territoire.
2. Transformer les mobilités locales

Les collectivités sont également responsables de l’organisation des mobilités.
Les stratégies doivent être adaptées aux spécificités de chaque territoire :
- dans les zones urbaines : développer transports collectifs, vélo et marche
- dans les zones rurales : soutenir covoiturage, transports à la demande et électrification des véhicules
- améliorer les connexions ferroviaires entre territoires
- limiter l’étalement urbain afin de réduire les déplacements contraints.
La transition des mobilités repose ainsi autant sur les infrastructures que sur l’aménagement du territoire.
3. Réinventer l’urbanisme et le logement

Les communes influencent directement la forme des villes et la performance énergétique des bâtiments.
Parmi les priorités identifiées :
- soutenir la rénovation thermique des logements et bâtiments publics
- désartificialiser les sols et développer la nature en ville pour atténuer les canicules
- freiner l’étalement urbain et mobiliser les logements vacants
- revitaliser les centres-villes et centres-bourgs
- préserver les espaces naturels et zones humides.
Ces choix d’aménagement conditionnent à la fois les émissions de gaz à effet de serre et la qualité de vie des habitants.
4. Relocaliser l’économie et renforcer la résilience territoriale

Les collectivités peuvent également agir sur l’économie locale.
Plusieurs leviers existent :
- développer l’économie circulaire (réparation, réemploi, recyclage)
- relocaliser certaines activités pour réduire la dépendance aux chaînes d’approvisionnement mondialisées
- maintenir les services essentiels dans les territoires ruraux
- soutenir les énergies renouvelables locales, associant les citoyens
- adapter les modèles touristiques dans les territoires de montagne ou littoraux.
Selon les analyses du Shift Project, les ressources locales – biomasse, bois, eau – joueront un rôle croissant dans la production d’énergie décarbonée. Les conséquences sont multiples pour les territoires :
- hausse des factures énergétiques pour les ménages et les collectivités
- fragilisation des services publics locaux (transports, bâtiments, équipements sportifs)
- ralentissement de certaines activités industrielles
- perturbations des chaînes logistiques et commerciales.
Dans ce contexte, la transition énergétique n’est plus seulement une question environnementale : elle devient un enjeu de résilience économique et sociale pour les territoires.
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Une mobilisation citoyenne autour des municipales
En amont du scrutin, l’association The Shifters a mené une campagne nationale de sensibilisation aux enjeux climat-énergie. Près de 800 bénévoles issus de 40 groupes locaux ont rencontré des listes candidates pour échanger sur leurs programmes et réaliser un diagnostic des politiques locales.
Des débats publics et conférences ont également été organisés dans plusieurs villes françaises – de Toulon à Toulouse en passant par Paris, Lyon ou Chamonix – afin d’inscrire les enjeux climatiques au cœur du débat démocratique local. À Chamonix, un débat réunissant les candidats a rassemblé plus de 350 participants, soit près de 5 % de l’électorat local, illustrant l’intérêt croissant des citoyens pour ces questions.
Élections municipales 2026 : faire des enjeux énergie-climat une priorité des politiques locales
Faire des enjeux énergie-climat un sujet central du débat municipal ne sera pas évident, en particulier avec le climat politique actuel. Cela suppose une mobilisation citoyenne capable d’élever le niveau de compréhension collective, de dépasser les approches partielles et de replacer les décisions locales dans un cadre de contraintes réelles. Concrètement, chacun d’entre nous peut s’engager sous des formes multiples.

La transition se joue dans les territoires… mais aussi au niveau national
Si les communes disposent de leviers importants, elles ne peuvent agir seules. De nombreuses décisions structurantes – politiques industrielles, transports nationaux, fiscalité énergétique – relèvent également de l’échelon national. Dans cette perspective, The Shift Project publiera prochainement un rapport intitulé « Réussir la transition dans l’incertitude : la méthode Shift en 20 chantiers ». Présenté notamment par Jean‑Marc Jancovici, ce travail analysera les conditions de réussite de la décarbonation française dans des secteurs clés : transports, rénovation des bâtiments, industrie, agriculture ou ferroviaire. Un jalon important dans la préparation du débat public en vue de l’élection présidentielle de 2027.
La transition écologique : des décisions internationales aux actions locales
Les élections municipales rappellent une évidence : la transition écologique ne se joue pas uniquement dans les grandes décisions internationales ou nationales. Elle se construit aussi dans les choix quotidiens d’aménagement, de mobilité, d’alimentation et d’économie locale.
L’avenir climatique se décide aussi dans chaque commune.



