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Zambie : à qui profite le cuivre ? Le scandale Glencore/Mopani

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Mardi 31 mai 2011 à 20h35 sur France 5

Zambie : à qui profite le cuivre ? Le scandale Glencore/Mopani

mercredi 25 mai 2011
Posté par David

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En mai 2011, la plus puissante société de négoce de matières premières, Glencore, ouvre une partie de son capital aux bourses de Londres et Hong-Kong, rompant avec 37 ans de tradition du secret. La multinationale basée dans un accueillant paradis fiscal (le canton de Zoug en Suisse) pèse déjà 60 milliards de dollars. Avec cette opération, elle espère dégager entre 9 et 11 milliards de dollars supplémentaires. C’est la troisième plus grande introduction en bourse jamais réalisée en Europe.

Bien sûr, il y a l’envers du décor, mais vous n’en trouverez pas une ligne dans les documents financiers remis par la multinationale pour attirer les investisseurs, et pas beaucoup plus dans les journaux économiques, enthousiasmés par la réussite attendue de cette formidable opération.

Grâce au travail de deux jeunes réalisatrices, il y a désormais moyen de s’informer très facilement sur les méthodes de cette multinationale. Pendant deux ans, Alice Odiot et Audrey Gallet sont allées enquêter en Zambie, un des pays les plus pauvres du monde, où Glencore exploite des mines de cuivre parmi lesquelles la mine de Mopani. C’est la plus importante source directe de cuivre de Glencore. Pourtant, depuis dix ans, elle est déficitaire , ne paie plus d’impôt sur ses bénéfices à la Zambie et a licencié trois mille des mineurs qui travaillaient pour elle depuis des années. La méthode d’extraction, financée notamment par la Banque européenne d’investissement (En 2004, la BEI a accordé à Glencore un prêt environnemental de 48 millions d’euros) est efficace mais extrêmement dangereuse : les habitants souffrent de problèmes pulmonaires, de peau et sont victimes de cancers. Car les cheminées de la mine Mopani rejettent dans l’air du dioxyde de soufre, un gaz toxique, et le processus d’extraction du cuivre entraîne une pollution des sols et de l’eau par l’acide sulfurique. La députée européenne Eva Joly dénonce le scandale : "Je pense que, dans quelques décennies, nous allons regarder cela avec les mêmes yeux que nous regardions la colonisation ou l’esclavage."

De cette enquête en Afrique australe, les réalisatrices nous ramènent des images qui racontent comment, grâce à un système d’évasion fiscale élaborée, la plus puissante société de négoce de matières premières au monde exploite à son profit quasi exclusif le cuivre zambien, ne laissant au gouvernement que des miettes de bénéfices et aux populations locales une pollution massive de l’air et des sous-sols. L’exploitation des gisements miniers des pays du Sud par les multinationales du Nord dans des conditions plus que contestables n’est ni une découverte, ni le seul fait de Glencore (même si son fondateur, Marc Rich, fut jadis condamné à 325 années de prison aux Etats-Unis pour corruption, évasion fiscale et commerce avec l’ennemi, avant d’être amnistié par Clinton). Mais Zambie, à qui profite le cuivre ?, le film d’Alice Odiot et Audrey Gallet que France 5 diffuse mardi 31 mai à 20h35, a l’immense mérite de décortiquer très clairement tous les rouages de cette exploitation et ses conséquences économiques, sociales et environnementales. Vous pouvez également voir ce film en intégralité sur le site de France 5 jusqu’au 7 juin prochain en cliquant ici.

Scandale Glencore/Mopani : plus de 50 députés demandent un moratoire sur les financements européens aux mines en Afrique

Communiqué des Amis de la Terre du 24 mai : Suite aux révélations accablantes sur les impacts de la mine de Mopani, en Zambie, qui a bénéficié de fonds européens pour le développement via la Banque européenne d’investissement (BEI), plus de cinquante députés européens interpellent aujourd’hui la Commission et la Présidence de l’Union européenne (UE). Leur demande : un moratoire sur les financements publics de l’UE aux projets miniers en Afrique (vous pouvez télécharger cette lettre en cliquant ici). Les Amis de la Terre France soutiennent cette démarche et exhortent les institutions européennes à engager un débat sérieux sur la dépendance de l’Europe aux matières premières et sur ses politiques vis-à-vis des pays du Sud.

Le géant Suisse Glencore réalise aujourd’hui une entrée en Bourse record à Londres alors qu’un scandale a récemment éclaté au sujet des activités de sa filiale en Zambie, Mopani Copper Mine (MCM). En 2005, Mopani a bénéficié d’un prêt de 48 millions d’euros sur les ressources de l’aide au développement européenne, via la Banque européenne d’investissement (BEI) pour la construction d’une nouvelle fonderie sur le site de Mufulira.

Enquêtant sur le projet, les Amis de la Terre France et l’ONG zambienne CTPD ont mis à jour les pratiques controversées qui l’entourent : évasion fiscale, pollutions massives à l’acide, dégradation des conditions de vie des mineurs, expulsions forcées... (Télécharger le rapport de CTPD et des Amis de la Terre "Projet Mopani : l’Europe au cœur d’un scandale minier" en cliquant ici).

Savior Mwambwa, directeur de l’ONG zambienne CTPD, commente : "Mopani délocalise ses profits en Suisse pour éviter de payer des impôts en Zambie. La compagnie paie des salaires très bas aux mineurs, et est responsable de pollutions graves autour du site de Mufulira, notamment d’émissions très toxiques d’acide sulfurique dans l’air. Dans ces conditions, il est difficile de soutenir que le projet contribue au développement."

Pour les députés européens signataires de la lettre ouverte rendue publique aujourd’hui, Mopani pourrait n’être "qu’un exemple parmi tant d’autres".

Anne-Sophie Simpere, des Amis de la Terre, explique : "La BEI a investi dans de multiples projets miniers en Afrique, dans des pays souvent sensibles, alors que les industries extractives sont une activité extrêmement risquée. La banque n’a aujourd’hui ni les normes, ni les procédures, ni les capacités de les évaluer et de suivre leur réalisation. Nous soutenons donc l’appel des députés à un moratoire sur les financements publics de l’Union européenne aux projets miniers - y compris via la BEI - tant que des normes et procédures strictes et contraignantes ne sont pas en place pour garantir que des cas comme Mopani ne se reproduiront pas."

Cette demande intervient alors que les initiatives pour les matières premières de la Commission européenne semblent au contraire vouloir augmenter les prêts de la BEI aux mines en Afrique, pour assurer l’accès aux minerais de l’Europe.

Anne-Sophie Simpere conclut : "Au lieu de nous accaparer les gisements africains, il faudrait questionner notre dépendance aux minerais. Ce sont des ressources finies dont l’extraction a un coût environnemental et social lourd. Les exploiter pour alimenter la surconsommation d’une partie du monde est irresponsable."

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