De temps en temps un livre fait irruption dans le monde en semblant tout casser sur son passage : plus rien n’est plus comme avant une fois qu’on l’a lu. Comme son précédent ouvrage No Logo, Naomi Klein signe avec La stratégie du choc un nouveau livre qui marquera certainement son époque.
La stratégie du choc - La montée d’un capitalisme du désastre de Naomi Klein - Editeur : Actes Sud, Leméac - Parution : 30/04/2008 - 590 pages - EAN13 : 9782742775446 - Prix public : 25,00 €
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Un extrait : Voici quelques chiffres qui donnent une idée de l’ampleur de la transformation : en 2003, le gouvernement des Etats-Unis passa 3.512 marchés avec des sociétés chargées d’exécuter des fonctions liées à la sécurité ; au cours de la période de 22 mois ayant pris fin en août 2006, la sécurité intérieure au sens large - d’une importance économique négligeable avant 2001 - vaut aujourd’hui 200 milliards de dollars.
L’auteur : Naomi Klein : Journaliste et auteur canadienne née à Montréal et vivant à Toronto. Depuis la parution de No Logo, Naomi Klein est devenue l’une des portes paroles d’une génération d’alter-mondialistes. De Seattle à Gènes, ceux qui rêvent d’un monde meilleur utilisent ses idées.
Un capitalisme de catastrophe
Extrait d’un compte rendu du livre par le prix Nobel d’économie Josph Stiglitz publié dans Le New York Times et traduit par Courrier International :
Il n’y a pas de hasard dans le monde tel que le voit Naomi Klein. A la Nouvelle-Orléans, à la suite des inondations occasionnées par l’ouragan Katrina en août 2005, beaucoup d’habitants noirs et pauvres ont été chassés de la ville, et la plupart des écoles publiques ont été remplacés par des charter schools (établissements financés par les fonds publics et gérés par le privés). La torture et les assassinats au Chili du temps du général Pinochet (1973-1990) et pendant la dictature militaire en Argentine (1976-1983) ont été un moyen de briser la résistance au marché. L’instabilité de la Pologne et de la Russie après l’effondrement du communisme, et de la Bolivie après l’hyperinflation des années 1980 a permis aux gouvernements de ces pays d’imposer une thérapie de choc économique à une population réfractaire. Et puis il y a la « stratégie de Washington pour l’Irak » : »Traumatiser et terroriser le pays tout entier, détruire délibérément ses infrastructures, laisser mettre à sac sa culture et son histoire, puis réparer les dégâts en inondant le pays d’appareils ménagers bas de gamme et de produits alimentaires de mauvaise qualité importés ».
Dans son ambitieux livre « The Shack Doctrine » (La doctrine du choc), Noami Klein examine l’histoire économique des cinquante dernières années et la montée de l’intégrisme du marché dans le monde. Le « capitalisme de catastrophe » comme l’appelle Noami Klein, est un système violent qui nécessite parfois le recours à la terreur. Comme Pol Pot proclamant l’année zéro à l’arrivée au pouvoir des Khmers rouges au Cambodge, en 1975, Le capitalisme extrême affectionne les pages blanches, trouvant souvent un débouché après une crise ou un « choc ». la crise asiatique de 1997, par exemple, nous dit Naomi Klein, a fourni au Fonds monétaire international (FMI) l’occasion de mettre en place des programmes dans la région et a ouvert la voie à la privatisation de nombreuses entreprises publiques, rachetées par des banques et des multinationales occidentales. Le tsunami de décembre 2004 a donné aux autorités srilankaises la possibilité de chasser les pêcheurs du front de mer pour vendre des terrains à des groupes hôteliers. Les attentats du 11 septembre 2001 ont permis à G.W.Bush de lancer une guerre destinée à convertir l’Irak à l’économie de marché. [...]
Naomi Klein n’est pas économiste mais journaliste, et elle a parcouru le monde pour savoir ce qui s’est réellement passé sur le terrain lors de la privatisation de l’Irak, au lendemain du tsunami asiatique, pendant la transition polonaise vers le capitalisme et dans les années qui ont suivi l’arrivée au pouvoir du Congrès national africain (ANC) en Afrique du Sud. [...]
Certains lecteurs verront peut-être dans les données recueillies par Noami Klein la preuve d’une vaste conspiration, idée qu’elle rejette explicitement. Ce ne sont pas les conspirations qui ravagent le monde, mais l’accumulation de mauvais choix, de politiques vaines et d’injustices petites et grandes. Ces décisions sont cependant guidées par des conceptions plus larges. Les intégristes du marché n’ont jamais vraiment compris les institutions nécessaires au bon fonctionnement d’une économie et encore moins le tissu social dont les civilisations ont besoin pour prospérer. Naomi Klein termine sur une note d’espoir en parlant des organisations non gouvernementales et des militants du monde entier qui tentent de changer les choses. Au terme de 500 pages de The Shock Doctrine, il est clair qu’ils ont du pain sur la planche.









Le commerce équitable, entre utopie et marché











