3 sujets, 3 histoires qui se répondent comme des échos dans la ville : comment peut-on mesurer vraiment ce qu’un arbre nous apporte en terme de bénéfices, comment nos villes ont progressivement tourné le dos à l’eau, et comment végétaliser un immeuble peut se retourner contre ses habitants ? Les réponses à ces trois questions avec le Podcast Daily Green.

Ce qu’un arbre représente vraiment pour nos villes
Le nombre d’arbres à planter, cela on peut le compter. Les arbres qui rafraîchissent le mieux, on les connaît. Cependant, ce que l’on ne sait jamais vraiment mesurer, c’est ce qu’un arbre représente pour les gens qui vivent à côté : ce souvenir d’enfance, ce sentiment d’appartenance au quartier, ce bénéfice pour la communauté. Des chercheurs de l’Université d’Aberystwyth viennent peut-être de développer un outil pour changer ça : Tree Value Visions.

Leur constat de départ est simple : le Royaume-Uni vise 30 000 hectares plantés par an pour lutter contre les fortes chaleurs et la perte de biodiversité. Une problématique qui nous est plus que jamais commune. Mais ces décisions se prennent surtout sur ce qui est facile à chiffrer, on peut parler de carbone stocké, de l’effet visuel, du nombre d’arbres. Le lien entre les habitants et ces arbres, lui, reste très largement absent des calculs. L’outil propose plusieurs façons de considérer un arbre en ville, inspirées des quatre cadres de vie de l’IPBES :
- Vivre dans : l’arbre appartient à l’identité du lieu.
- Vivre de : l’arbre est une ressource, il produit des fruits comestibles, par exemple.
- Vivre avec : l’arbre offre un endroit agréable pour se sociabiliser ou se divertir.
- Vivre comme : l’arbre peut nous aider à nous reconnecter à la nature.
Concrètement, des ateliers auprès de panels d’habitants représentatifs, d’agents municipaux et d’élus ont été mis en place. Enquête, questionnaire sur les valeurs de chacun(e), hiérarchisation, puis relier les priorités à des actions concrètes. L’outil est déjà testé dans plusieurs villes britanniques, dont Cardiff, Édimbourg et Camden. Alors, qu’est-ce qui devrait peser le plus aujourd’hui en ville : le nombre d’arbres, ou l’attachement des habitants et les bénéfices sociaux qu’ils en tirent ? Très certainement les deux.

Lien vers l’outil
Tree Value Visions
Podcast Daily Green : Le plus grand centre de ressources de nature en ville
Plante & Cité : le plus grand centre de ressources « Nature en ville » avec Caroline Gutleben

Avant, on se baignait dans cette ville !
L’histoire de la piscine Marina de Ramsgate, au sud de l’Angleterre, est intéressante à plusieurs titres. Cet espace aquatique a été fermé en 1975 et détruit en 1988 pour laisser place à un parking. C’était pourtant un lieu de vie urbain. Des milliers de familles se retrouvaient chaque week-end pour profiter d’une infrastructure complète :
- 760 000 litres d’eau de mer filtrée
- des vestiaires pour 1 700 personnes
- des cafés avec terrasses…
- et même un lac de canotage
Cette disparition progressive raconte en fait une autre histoire. Dans ces années-là, l’essor du tourisme de masse vers l’Espagne et la Grèce vide petit à petit les piscines britanniques. Nous sommes passés d’un urbanisme centré sur l’habitant et ses besoins sociaux à un urbanisme pensé pour la voiture. Mais comme les temps changent, un projet de réouverture, porté par un collectif, Heritage Lab Ramsgate pourrait redonner vie à ce complexe aquatique.

Podcast Daily Green : Les villes baignables
L’architecte du vivant et les villes baignables avec Hicham Karkouch
Une fois végétalisés, les habitants ont fui ces immeubles
En 2020, ce complexe d’immeubles a été livré à Chengdu, capitale de la province du Sichuan en Chine. L’ensemble des 826 appartements a été vendu. Pourtant, à la livraison, seule une dizaine de familles s’y sont installées, comme le confirment plusieurs médias comme The Standard HK ou The Conversation.

Très rapidement, les immeubles ont été envahis de moustiques. On imagine l’inconfort que cela a apporté. Les habitants n’ont tout simplement pas pris la peine de s’installer. En réalité, le problème ne vient pas de cette végétalisation luxuriante en elle-même, mais surtout d’un défaut de conception :
- Un climat humide avec une longue mousson : des jardinières sans drainage deviennent des points d’eau stagnante, terrain de jeu idéal pour les moustiques.
- Des plantes inadaptées, sélectionnées à la base pour filtrer la pollution, trop volumineuses et trop denses : elles ont servi de nid à insectes.
- Peu d’habitants, donc peu d’entretien individuel des balcons : la végétation luxuriante reste un lieu idéal pour les insectes.
- Seulement 4 interventions d’entretien par an : la maintenance a été largement sous-estimée.
En conclusion, si ces végétaux ont été considérés comme un simple revêtement décoratif et fonctionnel, pas comme une infrastructure vivante. Lorsque l’on demande à un écosystème de s’entretenir tout seul, il ne se comporte certainement pas comme on le souhaite. Sur ce genre de projet, on s’est aussi peu soucié du terrain que du jardinier. Si cette mésaventure date de 2020, le projet n’a pas été abandonné, il est bel bien vivant, mais aucune informations sur le taux de remplissage des appartements. Source : Archpaper / The Conversation.
Podcast Daily Green : Hunnu City, la nouvelle ville des steppes mongoles
Hunnu City : la nouvelle ville de Mongolie entre héritage et innovation avec Luca Bertacchi


Le podcast Daily Green – la nature en ville
Daily Green en version audio, c’est toutes les deux semaines une ou un nouvel(le) invité(e) engagé sur des sujets de nature en ville, d’architecture, d’urbanisme et paysage.



