A l’occasion de la Journée mondiale de la biodiversité le 22 mai, l’Agence régionale de la Biodiversité et de l’Environnement [ARBE] Provence-Alpes-Côte d’Azur nous invite à poser un Regard sur la nature. Elle dresse l’état des lieux de la biodiversité régionale et le bilan des actions mises en place pour réduire les pressions qu’elle subit.

Une biodiversité exceptionnelle qui reste fragilisée par les activités humaines
L’Agence régionale de la Biodiversité et de l’Environnement [ARBE] Provence-Alpes-Côte d’Azur, dans le cadre de sa mission d’animation de l’Observatoire Régional de la Biodiversité [ORB]1, publie la 5ème synthèse sur l’état de la biodiversité en Provence-Alpes-Côte d’Azur : Regard sur la nature – édition 2025. Cette nouvelle édition dresse le bilan d’une biodiversité exceptionnelle qui reste fragilisée par les activités humaines et témoigne de l’impact positif des actions mises en place pour la préserver. Alors que la Région Sud pilote depuis 1 an une Stratégie Régionale Biodiversité, cette publication apporte ainsi une connaissance précieuse pour les décideurs publics et privés.

Le Sud se lève pour la nature
Une biodiversité régionale exceptionnelle et essentielle

L’édition 2025 de Regard sur la nature confirme que le patrimoine naturel de la région reste remarquable avec une grande diversité d’habitats marins, terrestres et aquatiques. Il abrite le plus grand nombre d’espèces animales et végétales de France métropolitaine (proportion des espèces présentes en région par rapport à la France métropolitaine) :

- 65 % des espèces végétales
- 85 % des espèces d’oiseaux nicheurs
- 63 % des espèces d’amphibiens et de reptiles
- 85 % des espèces de papillons de jour
- 83 % des espèces de criquets, sauterelles et grillons (orthoptères)
- 77 % des espèces de libellules et demoiselles (odonates)
- 57 % des espèces d’éphémères
- 88 % des espèces de chauve-souris.

Dans le cadre de l’Indice Région Vivante, l’Agence a calculé à partir des nombreux inventaires réalisés menés sur 325 vertébrés sur une période de 20 ans en région que 41 % des espèces étaient en déclin.
41 % des espèces
sont en déclin depuis 20 ans
L’indice Région Vivante
Focus sur 3 espèces

L’Aigle de Bonelli : rapace méditerranéen emblématique classé « en danger critique d’extinction » dans la liste rouge régionale oiseaux menacés de disparition de Provence-Alpes-Côte d’Azur, poursuit sa progression. En 2025, Provence-Alpes-Côte d’Azur abrite plus de la moitié de la population française : sur les 51 couples nicheurs présents en France, 27 nichent en Provence-Alpes-Côte d’Azur (dont 20 dans les Bouches-du-Rhône). Ces effectifs sont en progression constante avec la recolonisation d’un nouveau département (Alpes-de-Haute-Provence) et le cantonnement de 2 couples dans le Var et le Vaucluse. L’électrocution demeure la cause de mortalité la plus importante et la neutralisation des pylônes dangereux restent une priorité. La perte d’habitats par le « grignotage » des espaces naturels par des projets d’aménagement est également particulièrement préoccupante (extension de carrières, ZAC, parcs photovoltaïques au sol…).

La Loutre d’Europe : confirme son retour dans la région. Vraisemblablement disparue dans les années 1970 (Mathevet 1996), elle est de nouveau établie en région depuis 2009. Elle a d’abord recolonisé le cours du Rhône et ses milieux connexes dans le nord du département du Vaucluse et en limite des Bouches-du-Rhône. Depuis 2009, sa présence a été mise en évidence de manière plus ou moins ponctuelle dans la grande majorité des affluents du Rhône et de la Durance. Elle semble pérenne dans la plupart des rivières permanentes du Vaucluse, dans la Durance moyenne et aval, ainsi qu’en Camargue. Les départements des Alpes-de-Haute-Provence et des Hautes-Alpes sont encore en cours de colonisation. L’espèce est absente de la quasi-totalité des départements du Var et des Alpes-Maritimes (elle a toutefois été reconfirmée à plusieurs reprises dans la vallée de la Roya depuis le passage en 2020 de la tempête dévastatrice Alex).

La Reine des Alpes, plante rare, emblématique et endémique des Alpes, fait l’objet de mesures de gestion (pâturage et fauche tardifs) et renforcement des populations (récolte de graines, tests de germination, analyse des conditions écologiques favorables) qui visent à endiguer son déclin. Autrefois menacée par la cueillette abusive, le reboisement et le changement des pratiques agricoles, elle fait l’objet d’une attention particulière en vue de sa préservation et notamment, le lancement en 2025 du projet « Royaume », dont le Parc national des Écrins est chef de file, avec les parcs nationaux du Mercantour et de la Vanoise, qui vise à activer différents leviers afin de contrecarrer le déclin observé (expérimentations avec des agriculteurs, migration assistée de l’espèce, renforcement de populations, chantiers collaboratifs avec les citoyens).

La biodiversité nous rend des services inestimables
De l’alimentation aux loisirs, de la santé à la formation des sols, de la pollinisation à la régulation de la qualité de l’air et des événements climatiques extrêmes, la biodiversité est indispensable au bien-être et à la santé de l’Homme. Sa dégradation nous impacte directement en dégradant les nombreux services qu’elle nous rend gratuitement au quotidien.
la biodiversité est indispensable au bien-être et à la santé de l’Homme

Des pressions qui fragilisent la biodiversité
L’édition 2025 de Regard sur la nature met à nouveau en exergue les 5 principales pressions reconnues comme responsables du déclin de la biodiversité à l’échelle mondiale, identifiées en Provence-Alpes-Côte d’Azur : la destruction et la fragmentation des habitats, la surexploitation des ressources naturelles, les pollutions, les espèces exotiques envahissantes et le changement climatique. Elles se cumulent, agissent en synergie, ce qui amplifie leurs impacts sur les écosystèmes.

- La consommation régionale des espaces naturels, agricoles et forestiers, si elle tend à ralentir depuis peu, continue de grignoter nos paysages et constitue une menace majeure sur les habitats et les espèces qui y vivent. L’équivalent de 29 700 terrains de football a été consommé en 15 années, principalement pour nos habitations (62.8 %) et nos activités (25 %).
- La fragmentation par les routes et l’urbanisation qu’elle engendre, particulièrement marquée sur le littoral et dans les plaines provençales et littorales, compromet également le déplacement des espèces et leurs réponses à l’adaptation au changement climatique.
- Les pollutions engendrées par nos activités industrielles, agricoles et domestiques restent bien présentes en particulier sur les cours d’eau côtiers, les affluents de l’étang de Berre et dans les plaines de Vaucluse.
- La région constitue une porte d’entrée pour les espèces exotiques envahissantes, dont certaines comme la Fourmi électrique, ne sont connues à l’échelle nationale qu’en Provence-Alpes-Côte d’Azur.
- La température moyenne régionale a progressé de + 2.3 °C depuis les années soixante avec des effets déjà visibles sur les espèces et les habitats, sur terre comme en mer.
L’impact positif de l’action collective

La conservation de la biodiversité patrimoniale – particulièrement riche en Provence-Alpes-Côte d’Azur – et la préservation de la biodiversité commune constituent des enjeux majeurs pour le territoire. L’engagement collectif des différents acteurs (État, Région, collectivités, entreprises, gestionnaires d’espaces naturels, associations) en faveur de la biodiversité régionale et la mise en œuvre d’usages favorables progressent :

- Les aires protégées terrestres se développent : plus de 14 ont été créées ou agrandies depuis 2021, et une 9e réserve naturelle régionale a vu le jour en 2026.
- La récente élaboration d’une stratégie régionale relative aux espèces animales exotiques envahissantes offre un cadre commun aux acteurs de la région pour mieux connaître et agir sur ces espèces.
- La région Provence-Alpes-Côte d’Azur demeure la 1e région bio de France.
- La mobilisation des acteurs publics et privés dans la lutte contre la pollution plastique est en progression constante depuis 2019 avec aujourd’hui plus de 400 signataires des dispositifs charte régionale sans déchet plastique et Plage sans déchet plastique mais aussi 73 collectivités et 20 entreprises engagées pour la nature ou 246 communes sont concernées par la réalisation d’un atlas de la Biodiversité communale.
- Enfin, la connaissance de la biodiversité régionale, indispensable pour préserver et agir, continue de s’améliorer. 245 communes sont concernées par au moins un atlas de la biodiversité communale, plus de 14 200 000 observations naturalistes sont mises à disposition sur la plateforme régionale Silène et une nouvelle plateforme régionale sur les espèces animales exotiques envahissantes est en cours de création.

Exemple d’action : création de la 9e réserve naturelle régionale et première réserve de Vaucluse La Réserve naturelle régionale Ermitage Escampeaux, d’une superficie de 254 ha, permettra la protection d’habitats emblématiques – chênaies vertes et pubescentes, pelouses steppiques, falaises calcaires ...- et des espèces remarquables qui y vivent. Plus de 400 espèces végétales comme la Nivéole de Fabre, plante endémique, et plus de 300 espèces animales y ont été inventoriées tels que le Hibou Grand-Duc, la Magicienne dentelée et 17 espèces de Chauves-Souris.

La nature, une alliée
pour répondre aux besoins vitaux
Respirer, disposer d’eau, se nourrir
Des résultats positifs sont observés lorsque des actions fortes sont menées :
- La pression exercée par les ancres des bateaux sur les herbiers de Posidonie du littoral régional a diminué depuis 2020 grâce à l’évolution de la réglementation, aux campagnes de sensibilisation auprès des usagers et au développement de l’utilisation d’une application mo bile fournissant des cartes marines précises.
- Les stratégies concertées pour la conservation des espèces les plus menacées menées dans le cadre des plans d’action et de leur déclinaison régionale portent leurs fruits : les effectifs de l’aigle de Bonelli continuent de progresser, plus de 21 120 cas ont été traités sur la plateforme « SOS médiation, chauves-souris en détresse ».
- La pollution lumineuse en cœur de nuit a reculé en 10 ans et passe de 32 % du territoire fortement impacté en 2014 à 24 % en 2023 grâce à l’évolution de la réglementation, la recherche de sobriété lumineuse et une meilleure prise en compte de l’environnement nocturne. Le retour d’espèces de Chauves-souris est déjà constaté dans des secteurs qui ont été éteints.
Regard sur la nature : l’état de la biodiversité en PACA
- pour le compte de la Région Sud, la DREAL et l’OFB ↩︎



