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Quand le Rêve de Dan’A croise la Théorie du U et l’itinérance en groupe avec des ânes

Par Denis Cristol, consultant en apprenance collective, stimulateur d’écosystèmes innovants et chercheur associé à Paris Ouest Nanterre

La recherche action entreprise par le laboratoire d’innovation pédagogique du Rêve de Dan’A croise la Théorie U du chercheur Otto Scharmer du MIT et l’itinérance avec des ânes. A froid pour la PHVA, il s’agit d’essayer de comprendre ce qui se joue et par quelles expériences passent les groupes. Explications par Denis Cristol, consultant en apprenance collective, stimulateur d’écosystèmes innovants et chercheur associé à Paris Ouest Nanterre et Rennes 2

Théorie du U d’Otto Scharmer et itinérance en groupe avec des ânes

« Ce n’est que lorsque nous sommes perdus (…) que nous commençons à nous trouver… »

David Thoreau – Walden ou la vie dans les bois
Denis CristolConsultant en apprenance collective, stimulateur d’écosystèmes innovants et chercheur associé à Paris Ouest Nanterre et Rennes 2

La progression de l’itinérance proposée s’inscrit dans une logique proche de la Théorie U, mais déplacée dans une expérience vécue du corps, du vivant et de la relation avec les ânes.

Il ne s’agit pas seulement de comprendre une dynamique collective, mais de la traverser sensoriellement et symboliquement.

Les ânes jouent ici un rôle de médiateurs du rythme, de la qualité d’attention et de la relation au milieu.

Être là

Le premier mouvement consiste à quitter progressivement le régime de dispersion mentale pour entrer dans une présence située. Marcher avec un âne oblige à ralentir. L’animal ne répond ni à l’injonction ni à l’accélération artificielle. Il oblige à ajuster le pas, la respiration, l’attention au terrain, à la météo, aux sons, aux tensions du corps. Dans la logique du U, cette étape correspond à la suspension des automatismes et à l’ouverture du regard. L’enjeu n’est plus de « produire » immédiatement quelque chose ensemble, mais de redevenir perceptif. Être là signifie sentir ce qui est vivant : en soi, dans le groupe, dans le paysage. Les ânes deviennent alors des révélateurs d’état intérieur. Une tension, une impatience ou une distraction se transmettent immédiatement dans la relation. L’animal agit comme une forme de miroir silencieux.

Être là signifie sentir ce qui est vivant : en soi, dans le groupe, dans le paysage

Faire binôme

Après la présence vient la relation singulière. Chaque participant construit un lien avec un âne : trouver le rythme commun, apprendre à guider sans contraindre, sentir les moments de résistance ou de coopération. Cette phase engage une transformation importante : passer d’une logique de maîtrise à une logique d’accordage. Le binôme humain–âne devient un espace d’apprentissage relationnel. Dans la théorie du U, cela rejoint l’ouverture du cœur : la capacité à entrer en relation autrement, en développant écoute, confiance et réciprocité. Beaucoup découvrent que l’efficacité relationnelle ne repose pas d’abord sur le contrôle mais sur la qualité de présence. Le binôme révèle également les styles relationnels implicites : certains tirent, d’autres hésitent, certains surprotègent, d’autres s’effacent. Le vivant rend visibles ces habitudes.

Le binôme humain–âne devient un espace d’apprentissage relationnel

Troupeau d’humains / troupeau d’ânes

Le troisième mouvement élargit la relation au collectif. Les humains ne marchent plus seulement avec « leur » âne ; ils apprennent à circuler dans une dynamique plus vaste où plusieurs rythmes, besoins et sensibilités coexistent. Le troupeau d’ânes devient une pédagogie concrète du collectif vivant. Les ânes montrent des phénomènes subtils : régulation spontanée des distances, vigilance distribuée, leadership mouvant, attention aux plus fragiles, synchronisation implicite. Le groupe humain commence alors à percevoir qu’un collectif n’est pas une addition d’individus mais un système de relations. Dans le U, cette étape correspond au déplacement du regard vers le système dans son ensemble. Les participants découvrent souvent que les tensions du groupe ne viennent pas uniquement des personnes mais des rythmes, des peurs, des asymétries d’attention ou des difficultés d’accordage.

Le troupeau d’ânes devient une pédagogie concrète du collectif vivant

Itinérance robustesse : Explorer les chemins de la robustesse, de l’intime au planétaire, en itinérance avec des ânes dans le Haut-Languedoc

Ma singularité dans le nous

Lorsque le collectif devient plus cohérent, une question essentielle apparaît : comment exister pleinement sans se dissoudre dans le groupe ? L’expérience avec les ânes est précieuse ici, car le troupeau n’efface jamais la singularité animale. Chaque âne garde sa manière d’avancer, sa sensibilité, son tempérament, tout en participant à un mouvement commun. Cette étape correspond à un approfondissement du « presencing » chez Otto Scharmer : entendre ce qui cherche à émerger depuis soi au sein du collectif. Les participants sont amenés à reconnaître leurs ressources singulières, leurs vulnérabilités, leur manière propre de contribuer. Le « nous » n’est plus vécu comme une fusion mais comme une composition vivante de différences accordées. La marche, les temps de silence, les récits partagés et la relation aux animaux permettent souvent de ressentir corporellement cette articulation entre individuation et appartenance.

Le « nous » n’est plus vécu comme une fusion mais comme une composition vivante de différences accordées

Un seul souffle

Le dernier mouvement n’est pas l’uniformité mais la synchronisation sensible. Après plusieurs jours d’itinérance, il arrive que le groupe entre dans des moments rares où les rythmes semblent s’accorder naturellement : le pas ralentit ensemble, les paroles deviennent plus sobres, les décisions circulent avec fluidité, les ânes avancent calmement. Cette expérience évoque moins une performance collective qu’un état de cohérence. Le groupe devient capable d’attention distribuée, d’ajustement mutuel et de création commune sans surpilotage permanent. Dans la théorie du U, cela correspond au passage vers le « co-creating » : faire émerger ensemble une action plus juste à partir d’une qualité de présence partagée. Le symbole du souffle est important : respirer ensemble signifie habiter un même milieu sans perdre sa singularité. Ce n’est plus seulement un groupe qui coopère ; c’est une communauté momentanée d’attention au vivant.

faire émerger ensemble une action plus juste à partir d’une qualité de présence partagée

Itinérance avec des ânes ou la métamorphose des systèmes d’apprentissage

Prochaine itinérance du 25 au 31 juillet 2026 sur le thème « S’initier à l’art du conte pour révéler les récits de soi, du vivant et des territoires en transformation. »

Trois bénéfices clés de l’Expérienciel « Rêve de Dan’A »


INTEX – INITIATIVE POUR LE DEVELOPPEMENT HUMAIN PAR L’EXPERIENTIEL®
Le rêve de Dan’a (du nom d’une déesse de la fécondité celte) est une exploration de nouvelles manières d’agir et de vivre en connexion avec les autres et la nature.

Cyrille Souche
Cyrille Souchehttp://cdurable.info
Directeur de la Publication Cdurable.info qui a eu 20 ans en 2025 ... L'occasion de supprimer la publicité et d'un nouveau départ vers un webmedia participatif d'intérêt général, avec pour raison d'être de recenser et partager les solutions utiles et durables pour agir et coopérer avec le vivant. Je suis ouvert à toute proposition de coopération mutuellement bénéfique au service de la régénération du vivant.

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