Végétalisation des villes

Les espaces verts urbains en France : une création de valeur via les bienfaits sanitaires et écologiques

Par Guillaume Moukala Same pour le Cabinet Asterès

À l’approche des élections municipales de 2026, la présence d’espaces verts urbains devient un enjeu écologique et sanitaire pour les villes dans leur adaptation au changement climatique. L’étude du cabinet Asterès, « L’impact des espaces verts urbains en France », réalisée en 2024 par Guillaume Moukala Same, apporte une évaluation chiffrée des effets sanitaires, environnementaux et économiques de la végétalisation des villes.

LES ESPACES VERTS URBAINS EN FRANCE : UNE CRÉATION DE VALEUR VIA LES BIENFAITS SANITAIRES ET ENVIRONNEMENTAUX

Espaces verts urbains : un enjeu pour les municipales 2026 ?

Les espaces verts en France en chiffres

Cette étude adopte une approche unique en économie et propose une première évaluation du volume et de la valeur des services sanitaires et environnementaux rendus par les espaces verts, qui engobent toutes les surfaces et éléments naturels en milieu urbain, publics et privés, à l’exception des points d’eau.

Ainsi, en France pour l’année 2023, Asterès a quantifié les bienfaits des espaces verts urbains à :

  • 22 000 vies sauvées,
  • 275 000 pathologies évitées,
  • 20 Mt de CO2 stocké
  • 1,4°C de moins en moyenne en été,
  • l’équivalent de 2,3 Md€ de valeur tangible créée pour la société.

En intégrant l’activité directe générée par les entreprises du paysage et des végétaux, l’empreinte économique totale des espaces verts en milieu urbain est estimée à 5,6 Mds€ en 2023.

Ces résultats objectivent le rôle des espaces verts comme outil de politique publique et d’adaptation au réchauffement climatique : santé, adaptation climatique, attractivité territoriale et dynamisme économique.

L’analyse de 70 publications académiques et rapports
internationaux pour évaluer l’effet des espaces verts sur la santé

L’exposition aux espaces verts en milieu urbain présente de multiples bénéfices sanitaires, environnementaux et sociaux.

L’impact des espaces verts sur la santé physique et mentale en France

Asterès a examiné plus de 70 publications académiques et rapports internationaux pour évaluer l’effet des espaces verts sur la santé, l’environnement et les relations sociales.

Sur le plan sanitaire, il semble se dégager un consensus sur les effets positifs des espaces verts sur la mortalité, la prévalence de certaines maladies chroniques telles que le diabète de type 2, ainsi que le développement cognitif, le bien-être et la santé mentale, le poids des nouveau-nés, et certains facteurs non médicaux influant sur la santé comme la qualité du sommeil, même si les mécanismes exacts restent complexes et parfois difficiles à déterminer. En outre, les espaces verts pourraient potentiellement avoir des effets bénéfiques sur le risque d’obésité, de démence et de maladies cardio-neurovasculaires mais les preuves sont à l’état actuel des connaissances fragiles ou ambiguës.

Sur le plan environnemental, les mécanismes d’action sont bien connus : les espaces verts jouent un rôle clé dans la diminution des températures urbaines en période estivale, la réduction des émissions de CO2, l’amélioration de la qualité de l’air, l’atténuation des nuisances sonores et l’augmentation de la capacité d’absorption des eaux pluviales.

Concernant les aspects sociaux, il est établi que des espaces verts bien conçus (notamment une conception qui favorise la surveillance naturelle et garantit une bonne illumination des espaces) et bien entretenus (maintenance des lieux et gestion des espaces verts) favorisent la sécurité perçue et réelle et renforcent les liens communautaires.

À l’inverse, les espaces verts mal conçus et mal entretenus peuvent attirer les activités criminelles, le vandalisme et le trafic de drogue.

L’impact des espaces verts sur la santé physique et mentale en France

Les résultats de l’impact des espaces verts : 22 000 vies sauvés …

En s’appuyant sur cette revue de littérature, Asterès estime que les espaces verts ont un impact
significatif sur la santé et l’environnement
, notamment sur la prévalence du diabète chez les personnes âgées, la santé mentale, la mortalité, la température locale et un impact non négligeable
sur d’autres pathologies chroniques et les puits de carbone.

  1. Dans un premier temps, Asterès a collecté auprès de l’Agence européenne de l’environnement (AEE) des données sur la superficie couverte par des espaces verts dans 72 zones urbaines françaises, englobant ainsi plus d’un tiers de la population française.
  2. Dans un deuxième temps, Asterès a appliqué les effets sanitaires et environnementaux des espaces verts identifiés par la littérature à ce périmètre pour évaluer l’impact des espaces verts en 2023, et dans un scénario crédible de progrès des villes les moins vertueuses en les alignant sur la moyenne, corrigée de la surface et de la population – Asterès a en effet remarqué, à l’aide d’un modèle de régression linéaire multiple, que 43 villes présentaient des surfaces d’espaces verts relativement faibles compte tenu de leur surface et de leur population.
    • Sur le plan sanitaire, Asterès estime que les espaces verts ont évité en 2023 le traitement de plus de 275 000 pathologies chroniques et problèmes de santé mentale ainsi que plus de 22 000 décès. L’impact sur les cas de diabète de type 2 représente 6% de la prévalence chez les séniors, l’impact sur les prescriptions d’anti-dépresseurs 8% des traitements chez la même classe d’âge, et l’impact sur la mortalité 3% des décès en 2023. L’impact sur les autres pathologies chroniques est plus mesuré. Asterès estime que plus de 22 000 pathologies chroniques et troubles mentaux et plus de 2 000 décès supplémentaires pourraient être évités dans un scénario de progrès des villes les moins vertueuses. Notons que certains effets avérés des espaces verts n’ont pu être pris en compte faute de méthode, notamment les effets sur la durée du sommeil, le risque de TDAH ou encore le poids des nouveau-nés.
    • Sur le plan environnemental, Asterès estime que les espaces verts stockaient en 2023 20 Mt de CO2, ont absorbé 11 000 tonnes de polluants, évitant 1 500 cas d’asthme, et abaissé la température locale de 1,4°C en moyenne en été, évitant plus de 800 visites à l’hôpital en période de vague de chaleur. Le volume de CO2 stocké par les arbres urbains équivaut à 3% des émissions absorbées par les forêts françaises sur 25 ans, en maintenant la performance des forêts actuelles constante. Les arbres ont également absorbé 2,0% des émissions PM10, 0,6% des émissions de NO2, et moins de 0,5% des émissions pour les autres polluants. Asterès estime que 3 Mt de CO2 supplémentaires pourraient être stockées, 1 700 t de polluants supplémentaires pourraient être absorbés et que la température locale pourrait être abaissée de 0,2°C supplémentaire en été, dans un scénario de progrès des villes les moins vertueuses. Notons que certains effets n’ont pu être pris en compte faute de méthode ou donnée, notamment les effets de la qualité de l’air sur d’autres pathologies chroniques que l’asthme, ou encore les effets de la température locale la consommation d’énergie, la productivité ou le retrait-
      gonflement des argiles.
Les bienfaits des espaces verts dans la société

Une création de valeur par les espaces verts estimée à 2 Mds€

Asterès estime que les espaces verts ont créé au moins 2,3 Mds€ de valeur en 2023 et pourraient en créer 310 M€ supplémentaire dans le scénario d’amélioration.

LES ESPACES VERTS URBAINS EN FRANCE : UNE CRÉATION DE VALEUR VIA LES BIENFAITS SANITAIRES ET ENVIRONNEMENTAUX
Les espaces verts créent de la valeur tangible à l’échelle mondiale

Dans le détail, la valeur créée par les effets sanitaires s’élève à 525 M€ en 2023 et pourrait augmenter de 45 M€ si les villes les moins vertueuses s’alignaient sur la moyenne à taille et population égale, et la valeur créée par les effets environnementaux s’élève à 1 800 M€ et pourrait augmenter de 270 M€ dans le scénario d’amélioration. Pour des dépenses publiques et privées dans les espaces verts estimées à 3,3 Mds€ en 2023, cela signifie que chaque euro d’activité dans les espaces verts génère 0,7€ supplémentaire de valeur sanitaire et environnementale pour la collectivité.

Ce chiffrage n’inclut que des flux monétaires tangibles :

  • pour la santé, les dépenses de santé évitées pour l’Assurance maladie et les organismes complémentaires ainsi que les pertes de production évitées pour les entreprises,
  • et pour l’environnement, les dommages futurs évités via la séquestrations de CO2. Deuxièmement, les pertes de production ont été chiffrés à l’aide de la méthode des coûts de friction, qui se place du point de vue de l’employeur et ne prend en compte que la production non compensée par les collègues.
  • Troisièmement, le coût des décès n’est pas comptabilisé, le manque d’information sur leur répartition par âge empêchant dans la plupart des cas d’estimer les pertes de production.
  • Quatrièmement, le coût social du carbone retenu correspond à la fourchette basse des estimations trouvées dans la littérature.
Les bienfaits des espaces verts dans la société

Une invitation à questionner nos politiques publiques et nos méthodes d’évaluation

En ayant à la fois des effets environnementaux et sanitaires, et à la fois des impacts locaux et globaux, les espaces verts questionnent nos politiques publiques et nos méthodes d’évaluation
économique
. Cette étude économique adopte une approche unique pour mettre en lumière deux phénomènes :

  • premièrement l’imbrication des effets environnementaux et sanitaires des espaces verts
  • et deuxièmement le décalage entre les payeurs et bénéficiaires des espaces verts.

Ces phénomènes ne sont en réalité pas propres aux espaces verts : rares sont les activités économiques neutres pour la santé et l’environnement et rares sont les politiques publiques qui permettent de comptabiliser ces effets.

L’impact sanitaire et environnemental des activités économiques a longtemps été considéré comme ne faisant pas partie du champ de l’analyse économique.

Au-delà de l’intérêt pour l’analyse de l’impact des espaces verts, cette étude fournit un premier cadre pour analyser les effets sanitaires et environnementaux conjointement, qui pourrait être ensuite appliqué à de nombreux secteurs d’activité, sortant l’économie de son isolement en offrant une vision élargie de la valeur créée (ou détruite) par les activités humaines.

Les espaces verts urbains, lieux de santé publique, vecteurs d’activité économique – Etude Asterès

Étude Asterès : Les espaces verts urbains en France : une création de valeur via les bienfaits sanitaires et environnementaux

Asterès est un cabinet d’études économiques à la confluence de la recherche et du conseil

Cyrille Souche
Cyrille Souchehttp://cdurable.info
Directeur de la Publication Cdurable.info qui a eu 20 ans en 2025 ... L'occasion de supprimer la publicité et d'un nouveau départ vers un webmedia participatif d'intérêt général, avec pour raison d'être de recenser et partager les solutions utiles et durables pour agir et coopérer avec le vivant. Je suis ouvert à toute proposition de coopération mutuellement bénéfique au service de la régénération du vivant.

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