Projet de rapport facteur 4 : diviser par 4 les émissions de gaz à effet de serre

Diviser par 4 les émissions françaises de gaz à effet de serre (GES) à l’horizon 2050 est un objectif ambitieux et volontariste affiché par notre pays, et qui mêle tout un ensemble de considérations -techniques, technologiques, économiques, sociétales…-, avec en toile de fond des choix et des enjeux majeurs pour les politiques publiques.
Le facteur 4 oblige à penser et à agir à long terme, dans un monde où tant de forces ont tendance à nous ramener vers le court terme. Le succès légitime et durable du concept de développement durable y pousse déjà, avec l’accent mis sur les questions d’environnement, de pollution et de climat, le thème central et mobilisateur de la solidarité entre générations, l’exigence de la bonne gouvernance (publique et privée), etc. Imaginer l’horizon 2050 requiert des efforts supplémentaires, et de se tourner d’abord vers les scientifiques pour leur demander à cette échéance lointaine –mais qui se prépare aujourd’hui– ce qui est avéré, ce qui l’est moins et ce qui ne l’est pas du tout. La démarche s’applique au point de départ, lorsqu’elle concerne les relations entre les émissions de GES et le changement climatique. Mais elle touche à de nombreux autres aspects.
Puisque « à long terme nous sommes tous morts » (Keynes), un rapport comme le nôtre ayant comme cible 2050, donc bien au-delà de l’horizon du Protocole de Kyoto, doit se préoccuper de la question du cheminement vers l’objectif final et des rendez-vous intermédiaires. Pour ces rendez-vous, il faudra développer la méthodologie et les indicateurs de performance appropriés, assurer la lisibilité et la cohérence des actions.
Qu’attendre des scénarios à long terme ? Qu’ils encadrent un peu le raisonnement sans étouffer l’imagination, la créativité et le volontarisme. On se doute bien que les émissions de GES vont dépendre de tout un ensemble de variables, parmi lesquelles figurent la croissance économique, la démographie, etc. Pour ces paramètres essentiels, au fur et à mesure que l’horizon de l’analyse s’éloigne, les prévisions se transforment en hypothèses plus ou moins fiables, plus ou moins normatives. On sait aussi que l’énergie représente autour de 70% du problème de GES et de la solution de la division par 4. Il n’est pas étonnant que les divers scénarios branchés sur le facteur 4 soient avant tout, mais heureusement pas seulement, des scénarios énergétiques.
En creux, par leur difficulté à les intégrer convenablement, les scénarios font aussi ressortir l’importance de deux grandes catégories de points de bifurcation : les changements technologiques et l’évolution des comportements. La vision schumpétérienne des changements technologiques paraît s’imposer ici comme ailleurs : le progrès technique n’est pas un processus linéaire, les innovations de processus interviennent par grappes, avec des sauts qualitatifs à la clef, et il est fort difficile d’anticiper les inventions de demain et de modéliser la genèse des nouvelles technologies à l’horizon 2050 pour les transports (automobiles, aériens…), pour l’habitat, pour l’industrie ou la filière forestière, agricole et agro-alimentaire (avec les espérances ouvertes par la biomasse et les biocarburants), etc. Nous sommes entrés dans un monde de ressources rares, comme en témoignent les tensions dans le secteur de l’énergie, les défis sur l’accès à l’eau, à l’air non pollué. L’espace des biens « libres » s’est considérablement rétréci, autre façon de dire que celui des biens « économiques » caractérisés par la rareté s’est élargi. Parmi les raretés ressenties aujourd’hui, il faudrait essayer de pressentir celles qui sont transitoires et celles qui, au contraire, vont être durables. Pour partie –et pour partie seulement- certaines raretés d’aujourd’hui reflètent notre incapacité collective à anticiper les bifurcations technologiques de demain. Quant aux comportements, individuels ou collectifs, ils vont jouer le rôle décisif pour la réalisation ou non de la division par 4. Ce qui renvoie à l’étude de la dynamique de ces comportements, à l’importance de la formation et de l’information, au rôle exact des politiques publiques pour les infléchir dans telle ou telle direction. En mêlant technologies et comportements, on retrouve les défis bien connus et essentiels relatifs aux économies d’énergie et à l’amélioration, déjà enregistrée depuis les chocs pétroliers des années 1970 mais pas achevée, de l’efficacité énergétique.

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