Face aux crises énergétiques qui touchent l’Europe, il est crucial d’intensifier les efforts pour décarboner la France et essentiel d’agir pour libérer notre économie de sa dépendance structurelle aux énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon). Dans ce contexte d’incertitude énergétique et climatique, la réussite de tout projet économique pour la France est conditionnée, pour Le Shift Project, au succès de la décarbonation, qui redonne de la liberté d’action et est la condition de notre souveraineté. Pour éclairer le débat public à un an de l’élection présidentielle, il publie une étude qui apporte des enseignements et propositions pour sécuriser la transformation de l’économie, et rendre la décarbonation française robuste aux aléas des 25 prochaines années.

« La sortie des combustibles fossiles doit devenir la colonne vertébrale des politiques publiques »
Jean-Marc Jancovici
Du Plan de transformation de l’économie française (PTEF) au Plan robuste pour l’économie française (PREF)
Dans un monde qui se fragmente et soumis à des chocs, les systèmes se grippent, les prévisions se faussent et les plans ne se déroulent pas comme prévu. Il y a 5 ans, Le Shift Project présentait son Plan de Transformation de l’Économie Française (PTEF), un ensemble de 15 rapports thématiques et d’une synthèse proposant des mesures concrètes pour réduire de 5 % par an les émissions de gaz à effet de serre de la France. Cette feuille de route réaliste et chiffrée de notre décarbonation, dans la lignée d’autres scenarios (RTE, ADEME, négaWatt), veillait à la cohérence entre l’énergie bas-carbone disponible, les emplois nécessaires et la réduction de nos émissions nationales au bon rythme. Cependant, ce plan supposait en filigrane un contexte stable et prévisible, sans explorer
les risques liés à l’échec partiel ou total de certaines mesures. L’étude « Réussir la transition dans l’incertitude » réinterroge les analyses et recommandations du PTEF à l’aune des probables chocs, perturbations et aléas des 25 prochaines années.
L’objectif du Shift Project est de sécuriser la transition en tenant compte du fait que le monde sera incertain
L’objectif du Shift Project est de sécuriser la transition en tenant compte du fait que le monde sera incertain, et que les acteurs français ne pourront pas tout maîtriser dans les décennies à venir.
Ce rapport « Réussir la transition dans l’incertitude » constitue la première brique technique de son Plan Robuste pour l’Économie Française (PREF), un travail collectif, financé par plus de 30 000 donateurs et porté depuis plus d’un an par des milliers de membres bénévoles des Shifters et de professionnels engagés. Un livre synthèse sortira le 14 octobre 2026 en librairie.

20 chantiers prioritaires à mener pour réussir la décarbonation
Premier pilier du Plan Robuste pour l’Économie Française, cette analyse plonge au cœur de
20 grands chantiers : ceux sans lesquels la transition bas-carbone ne réussira pas.
- Transports : déploiement du vélo, extension des transports en commun, généralisation de la voiture électrique (sobre), massification du train, décarbonation de l’aérien (SAF et baisse du trafic), relance du fret ferroviaire, déploiement des camions électriques
- Logement : rénovation des habitations, déploiement des pompes à chaleur (PAC)
- Numérique : maîtrise du déploiement des centres de données
- Industrie : production d’acier bas-carbone, production d’hydrogène bas-carbone, captage et séquestration de carbone (CCS)
- Agriculture : transformation de nos systèmes d’élevage (baisse sélective des cheptels bovins), transformation de notre gestion de l’azote (légumineuses), maintien et développement des puits de carbone naturels, agricoles et forestiers
- Énergie : prolongation du nucléaire historique et lancement du nouveau nucléaire (EPR2), déploiement des énergies renouvelables (photovoltaïque, éolien terrestre, éolien en mer), déploiement soutenable des bioénergies


comprendre ce qu’il faut pour que ça marche vraiment et identifier ce qui risquerait de tout faire échouer

Pour chacun, Le Shift Project a interrogé des dizaines d’experts et consulté les professionnels des filières concernées avec pour objectif : comprendre ce qu’il faut pour que ça marche vraiment et identifier ce qui risquerait de tout faire échouer (manque de main d’œuvre, retards industriels, évolution lente des usages…).
En conclusion, le succès de chaque chantier de décarbonation dépend de conditions clés, dont la réalisation reste incertaine et dont la maîtrise totale ne peut être garantie — c’est autant de défis à relever pour réussir la décarbonation. Selon les chantiers, il s’agit notamment d’accélérer un déploiement industriel ou infrastructurel, de développer des technologies aujourd’hui peu matures, de faciliter les évolutions des usages et des comportements, de tenir un rythme de recrutement et de formation, ou d’obtenir des conditions agronomiques ou sylvicoles favorables.

Quels choix face aux incertitudes ? 6 enseignements clés pour sécuriser la transition
Le Shift Project a mené une analyse de robustesse imaginant des trajectoires dégradées de décarbonation, pour mieux les éviter. Ces trajectoires chiffrées ont été construites à partir de variantes – en termes d’émissions de GES, de consommation d’énergie, de cuivre, et d’emploi – supposant des issues plus ou moins optimistes pour chaque chantier.
grandes lignes d’action pour une décarbonation française réussie dans un contexte incertain
La cartographie des possibles obtenue leur a permis de proposer de grandes lignes d’action pour une décarbonation française réussie dans un contexte incertain. Pour Le Shift Project, la France peut encore réussir sa décarbonation : si elle en fait, dès le prochain quinquennat, une priorité politique et économique absolue.
la France peut encore réussir sa décarbonation : si elle en fait une priorité politique et économique absolue
Même dans un contexte incertain, où les imprévus seront inévitables, la transition peut aboutir. En revanche, tout affaiblissement de l’ambition ou tout retard dans sa mise en œuvre accroîtrait les tensions autour des ressources énergétiques, dans un monde déjà marqué par l’instabilité et les aléas.

L’urgence est d’accélérer, sans compromis.
La France a pris trop de retard pour faire l’impasse sur les chantiers majeurs, qu’il va falloir tous mener de front. Cependant, si elle parvient à accélérer sur l’ensemble des chantiers, elle regagnera du pouvoir de décision sur sa trajectoire au cours de la décennie 2040.
Sécuriser la décarbonation demande de déployer simultanément tous les leviers de décarbonation :
- 1. la production d’énergies bas-carbone française ;
- 2. l’électrification massive de l’économie ;
- 3. la maîtrise de la consommation d’énergie ;
- 4. la réduction des émissions de carbone hors combustion ;
- 5. la préservation des puits de carbone naturels.
Il est nécessaire de ne faire l’impasse sur aucun de ces leviers.
L’électrification massive des équipements est incontournable pour une décarbonation poussée de l’économie française, et pour mettre à l’abri les ménages français des prochaines crises sur les énergies fossiles. L’électrification des machines et équipements doit s’accélérer : petites voitures électriques abordables, pompes à chaleur, procédés industriels électriques, flottes de camions électriques doivent faire l’objet de planifications dédiées.

Il faut, selon Le Shift Project, inciter, accompagner, contrôler et protéger les industries européennes pour qu’elles électrifient leurs procédés et qu’elles produisent des équipements électriques
abordables. Il faut aider et accompagner les ménages à s’en équiper. Le plein déploiement prendra une quinzaine d’années pour la voiture. Chaque petite voiture électrique abordable vendue mettra à l’abri un ménage des futurs chocs sur l’essence. Chaque pompe à chaleur qui remplacera une chaudière à gaz mettra à l’abri un ménage des futurs chocs sur le gaz.
Chaque petite voiture électrique abordable vendue mettra un ménage à l’abri des futurs chocs sur l’essence
Électrifier nos équipements demande une forte hausse de la production électrique bas-carbone française.

Renoncer au nucléaire ou ralentir le rythme de déploiement des énergies renouvelables, c’est risquer de manquer d’électricité bas-carbone et souveraine dès la décennie 2030. Les modélisations du Shift Project montrent que stopper le déploiement des EnR mène à manquer d’électricité dès la décennie 2030 ; sortir volontairement du nucléaire mène à manquer d’électricité au cours de la décennie 2040. Renoncer au déploiement des EPR2 fait reposer le destin électrique de la France sur la prolongation du parc nucléaire actuel à 70 ans et sur un déploiement plein et sans faute des EnR. Déployer les EnR à un rythme modéré fait reposer le destin électrique de la France sur la prolongation du parc nucléaire actuel à 70 ans et sur un déploiement de plus de 6 EPR2 en 2050.
stopper le déploiement des EnR mène à manquer d’électricité dès la décennie 2030
sortir du nucléaire mène à manquer d’électricité au cours de la décennie 2040

Maîtriser la consommation des différentes énergies (carburants liquides, gaz, électricité) est indispensable pour sécuriser la décarbonation française.
- La maîtrise de la consommation d’électricité permet d’éviter des conflits d’usages sur l’électricité, entre électrification des équipements, production de carburants électriques (efuels) et usages actuels des ménages.
- Pour les équipements qu’on ne saura pas faire fonctionner à l’électricité, la maîtrise de la consommation de carburants liquides et de gaz permet d’éviter la surexploitation de la biomasse (ou de l’électricité pour les e-fuels) pour les produire et d’en limiter les impacts agroécologiques.
Il faut ainsi démultiplier l’usage du vélo, déployer les transports en commun et le train, réduire le trafic aérien, rénover massivement les logements, continuer à améliorer l’efficacité des équipements, maîtriser le déploiement des centres de données.

La décarbonation de l’économie repose sur un défi majeur : une transformation profonde des compétences et de l’emploi.
La décarbonation ne se fera pas sans formation

La décarbonation ne se fera pas sans formation. Certains métiers se transforment fortement, comme les mécaniciens automobiles, mais tous les métiers sont concernés à divers degrés. Cela doit être planifié sans délai : créer ou transformer une formation peut prendre 2 à 10 ans.
La décarbonation nécessite des centaines de milliers d’emplois supplémentaires dans des secteurs clés : rénovation des bâtiments, ferroviaire, électricité… Les profils à recruter sont principalement des ouvriers et techniciens. Ces emplois sont souvent en tension et peu attractifs : la qualité des emplois doit être améliorée pour attirer et fidéliser les professionnels.
Pour les secteurs dont l’activité doit décroître (aérien, transport poids lourds, énergies fossiles…), un dialogue sans tabou doit être ouvert entre représentants des salariés et des employeurs, pour projeter les évolutions d’activité et leur conséquence sur les emplois dans chaque entreprise et chaque filière.

Synthèse « RÉUSSIR LA TRANSITION DANS L’INCERTITUDE : LA MÉTHODE SHIFT EN 20 CHANTIERS »

Rapport final – « RÉUSSIR LA TRANSITION DANS L’INCERTITUDE : LA MÉTHODE SHIFT EN 20 CHANTIERS »



