Un rapport Ernst & Young publié à l'occasion du Forum Mondial de l'Eau

Les entreprises méconnaissent les risques opérationnels liés à la rareté de l’eau

... alors qu'un tiers de la population mondiale pourrait vivre en zone de stress hydrique en 2030

Alors que le Premier ministre vient d’ouvrir officiellement le World Water Forum qui a lieu à Marseille jusqu’au 17 mars, Ernst & Young publie les enseignements de son rapport Preparing for water scarcity, raising business awareness on water issues. Ce rapport vise à sensibiliser les entreprises aux enjeux opérationnels liés à l’eau et analyse les méthodes ainsi que les outils d’évaluation et de mesure mis à la disposition des entreprises pour progresser en la matière.

Localement, des déséquilibres croissants entre besoin et ressource en eau Les prélèvements d’eau douce ont triplé dans le monde depuis 50 ans, principalement du fait de la croissance démographique [[Rapport Nations Unies, Objectifs du Millénaire pour le développement, 2010]]. Un tiers de la population mondiale pourrait vivre à l’horizon 2030 dans une zone de stress physique d’eau [[WRG, 2009 : Water Resource Group, Charting Our Water Future]]. Des bassins économiques mondiaux clés tels que l’ouest des Etats-Unis, le Mexique, l’Australie, la Chine du nord, le pourtour méditerranéen, l’Afrique et l’Inde, sont de plus en plus fréquemment touchés par la rareté ou la pollution de l’eau. Les entreprises méconnaissent les risques liés au stress hydrique, en particulier dans les pays émergents Un rapport récemment publié « CDP Water disclosure Global Report 2011 » montre, par exemple, que sur 190 entreprises internationales interrogées, seule la moitié considère l’eau comme un risque potentiel pour leur entreprise. «Les enjeux opérationnels liés à la rareté de l’eau peuvent être localement plus urgents et plus visibles que ceux liés au changement climatique. Ils peuvent constituer un risque au développement de l’activité économique notamment sur la chaîne de production dans les pays émergents. Les secteurs agroalimentaires, de production énergétique, minier ou encore high-tech devraient être les premiers concernés», commente Philippe Aubain, responsable des problématiques eau, au sein du département environnement et développement durable d’Ernst & Young France. « L’empreinte eau », une méthode innovante pour mieux mesurer les consommations d’eau Les principaux postes de consommation d’eau sont invisibles pour le consommateur final, puisqu’il s’agit à 80% des usages agricoles et industriels. Les usages domestiques représentent quant à eux, moins de 20% de la consommation. L’impact sur l’eau peut être mesuré via un indicateur environnemental appelé « empreinte eau (water footprint)», en référence à l’empreinte carbone. Cet indicateur permet de chiffrer l’utilisation directe et indirecte de l’eau d’un pays, d’une entreprise et/ou d’un produit. Exemple : l’empreinte eau d’un verre de jus d’orange est estimée à 170 litres d’eau « virtuelle » au Brésil ou en Floride [[Water Footprint Network (http://www.waterfootprint.org)]], ce qui peut avoir un impact en cas d’irrigation importante. « En France, dans le cadre du projet d’affichage environnemental des produits initié par la loi Grenelle II (12 juillet 2010), plus de 25 expérimentations, en particulier dans le secteur agro-alimentaire, ont déjà retenu l’empreinte eau comme l’un des indicateurs significatifs à afficher » précise Eric Mugnier, associé au sein du département Environnement et développement durable d’Ernst & Young France et chargé d’accompagner les pouvoirs publics dans la réalisation du bilan de l’expérimentation sur l’affichage. Sensibiliser les entreprises et les consommateurs aux enjeux de la rareté de l’eau D’importantes initiatives participatives, telles que le « CEO Water Mandate », le projet de norme ISO sur l’empreinte eau ou encore le « Global Water Tool© » du World Business Council for Sustainable Development (WBCSD) ont été lancées ces dernières années pour sensibiliser les acteurs aux enjeux de la rareté et de la qualité de l’eau et développer des méthodologies et outils adaptés. Malgré cela, la plupart des entreprises se heurtent à la prise en compte de la dimension locale du stress hydrique ainsi qu’aux subtilités des terminologies en cours de développement. « Les entreprises gagnent à procéder par étape en expérimentant une empreinte eau sur un périmètre pilote (installation, pays…) avant de la généraliser à l’ensemble des activités. A l’instar de l’empreinte carbone, l’empreinte eau est un outil pragmatique et prometteur, permettant indéniablement de sensibiliser les entreprises aux enjeux liés à l’eau. A terme, le sujet eau devrait influer plus notablement les modèles économiques des entreprises », conclut Philippe Aubain.

 

David Naulin
David Naulinhttps://cdurable.info
Journaliste de solutions écologiques et sociales en Occitanie.

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