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Le financement de la transition écologique à l’épreuve du réalisme économique

« Nous avons un avenir si nous savons tenir ensemble trois grands objectifs : le climat, l’industrialisation et la souveraineté ». Cette phrase d’Emmanuel Macron résonne comme un défi pour les entreprises françaises engagées dans la transition écologique. Notamment pour les PME et ETI innovantes qui peinent à trouver un financement. Pour donner à leurs entreprises cette ressource financière vitale, les dirigeants doivent aller chercher des solutions sur tous les terrains, depuis les emprunts bancaires et les aides institutionnelles jusqu’aux levées de fonds, en passant par des financements alternatifs plus rapides et flexibles.
  • Premier objectif : la neutralité carbone en 2050.
  • Deuxième objectif : l’industrialisation pour aller vers le plein emploi.
  • Troisième objectif : la souveraineté.
Dans son discours du 8 novembre 2022, Emmanuel Macron a clairement fixé le cap ; à charge pour les entreprises de s’y tenir. Dans ce discours fondateur où le chef de l’Etat évoque l’éventualité d’un Buy European Act (à l’instar de l’Inflation Reduction Act des États-Unis), il souligne surtout l’un des points fondamentaux pour atteindre ces objectifs : les difficultés de financement des entreprises. Il met en évidence que la transition écologique doit s’accompagner, « pas simplement de règles, de contraintes et de rendez-vous, mais d’une stratégie massive d’investissements publics et privés » : « C’est pourquoi l’Etat, avec ses opérateurs, l’Ademe, Bpifrance et tous ses partenaires, en particulier les consulaires, se donne pour objectif d’accompagner 26.000 PME et ETI industrielles d’ici 5 ans sur une stratégie complète. » Près d’une année après cette déclaration d’intention, le financement reste un véritable défi pour les entreprises qui assurent cette transition écologique, impliquant à la fois une grande capacité d’innovation et de vision à long terme ; des sociétés qui sont par ailleurs elles-mêmes confrontées à l’inflation des prix de l’énergie (gaz et électricité), la flambée des coûts des matières premières, sans oublier les difficultés à recruter. Jacques Chanteclair, directeur France de Lhoist, l’un des leaders mondiaux de la production de chaux, résume cette problématique en une formule lapidaire : « Nous avons besoin de temps et d’argent ». Ce constat résume bien le défi des entreprises, notamment face à des investisseurs privés qui attendent souvent un retour à court terme là où les ETI de la transition écologique raisonnent davantage à longue échéance.

Cumuler les possibilités de financement

D’où l’importance des fonds d’aides ciblés de Bpifrance et l’Ademe, les deux principaux établissements publics impliqués dans cette transition écologique, qui peuvent permettre d’accéder à court ou moyen terme à un financement pour l’installation de panneaux solaires, l’utilisation de biogaz, l’amélioration des procédés industriels, le déploiement de matériaux biosourcés… L’Ademe propose ainsi une multitude d’outils de financement pour accompagner les entreprises dans leur transition écologique, en particulier dans la décarbonation de l’industrie ; l’agence a par ailleurs récemment lancé l’appel à projets Decarb Flash, qui vise à financer des actions rapides de réduction de la consommation d’énergies fossiles dans de petits sites industriels. Au niveau européen, le Fonds pour une transition juste est l’un des principaux outils dont dispose l’UE pour soutenir les régions dans leur transition vers la neutralité climatique d’ici à 2050. L’UE a également lancé un plan de 890 M€, fin 2022, pour stimuler tous les projets d’innovation. Lhoist fait justement partie de ces entreprises qui ont pu obtenir un financement dans le cadre d’un programme européen pour l’innovation et la transition écologique. Grâce à la technologie innovante de captage du CO2 baptisée CryocapTM (propriété d’Air Liquide), Lhoist pourrait réduire les émissions de CO2 de son usine de Réty (Pas-de-Calais) de plus de 600.000 tonnes par an à partir de 2028, soit 95% des volumes de CO2 émis par le site chaque année. L’entreprise va également profiter du système d’échanges de quotas d’émission de CO2 sur le principe pollueur-payeur, mis en place au sein de l’Union européenne, pour réaliser ses ambitions de bilan carbone négatif d’ici cinq ans. Ces dispositifs d’aides peuvent -et doivent, dans l’idéal- être cumulés aux possibilités d’emprunts bancaires spécifiques. Dont les « prêts verts » réservés aux PME et ETI, qui permettent de financer un projet de transition écologique et énergétique, avec un montant pouvant atteindre 5 M€ sur 2 à 10 ans. Autre option bancaire : le « prêt économies d’énergie » (PEE) à destination des TPE et PME ; ce prêt participatif peut aller jusqu’à 500 K€, sur une durée de 3 à 7 ans. Il sert à financer des équipements permettant d’améliorer l’efficacité énergétique de l’entreprise éligible aux certificats d’économies d’énergie (CEE). Pour autant, toute cette palette de dispositifs et solutions de financement ne suffisent pas toujours à combler des besoins visant au développement des entreprises. Notamment en ce qui concerne les start-ups, pour lesquelles la levée de fonds est presque inévitablement la première étape dans le développement : elle permet d’obtenir le « carburant » nécessaire pour faire avancer le projet.

Des solutions de financement réactives

Pour convaincre les investisseurs, Business Angels ou Venture Capital, c’est généralement l’innovation et les perspectives de croissance qui font ici la différence, comme en témoigne le cas de la start-up lyonnaise JoKer Bike, qui développe depuis 2020 une solution originale de mobilité écologique, en adaptant les vélos pour augmenter leur capacité de transport sans modifier leur taille. Une façon de rendre les vélos plus fonctionnels (pour amener son enfant à l’école, faire ses courses ou effectuer des livraisons, par exemple). Grâce à cette idée innovante, la start-up vient de lever 750 K€ auprès d’investisseurs locaux. Ce qui va lui permettre d’accélérer le développement de nouveaux produits d’ici la fin de l’année. « Nous comptons aussi recruter deux nouveaux salariés, notamment sur la partie commerciale pour disposer d’une équipe de six personnes. Grâce à cette levée de fonds, nous ambitionnons de dépasser le million d’euros de CA en 2024 », ajoute le créateur et patron de l’entreprise, Kervin Castanhola. Mais que faire lorsque les perspectives de croissance sont plus lointaines et les besoins de financement urgents ? Dans cette situation -qui refroidit à la fois les banques et les investisseurs traditionnels-, il faut aller chercher des financements alternatifs, comme l’a fait Alexandre Borgoltz, à la tête de la société DBT, une ETI pionnière et leader sur le marché des solutions de charge pour véhicules électriques. En février 2020, et en seulement un mois, DBT a signé un premier accord de financement par OCA (Obligations Convertibles en Actions) de plus de 10 M€ avec Alpha Blue Ocean (ABO). Ce family office français est l’un des principaux spécialistes de ce type de financement. « Cela nous a permis d’honorer le carnet de commandes en cours et de « rebooster » toute l’activité. Je peux dire que ce partenariat financier nous a sauvé », ajoute Alexandre Borgoltz, qui a ainsi consolidé le « retournement » stratégique de DBT, et posé les bases d’un développement durable de l’entreprise. Car ces solutions de financement alternatifs présentent par ailleurs l’avantage d’être généralement beaucoup plus rapides et flexibles qu’une levée de fonds classique. Et donc de conjurer les deux défis majeurs d’une économie en cours de réindustrialisation sur fond de transition écologique : le temps et l’argent.

 

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