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« L’agriculture en quête de sens » à lire dans La Croix

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Les manifestations d’agriculteurs se multiplient partout en France, avec 77 points de blocage recensés jeudi 25 janvier à la mi-journée. À l’heure de la crise climatique, le secteur est confronté à une multitude d’injonctions contradictoires. Selon le Haut Conseil pour le climat, il existe pourtant une voie pour une agriculture durable et rémunératrice. Un dossier de La Croix.

Agriculture : Les Français face à leurs contradictions

La crise met en avant les injonctions contradictoires auxquelles sont confrontés les agriculteurs

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La crise agricole fait ressortir les fortes tensions entre des exigences difficilement compatibles, notamment entre la protection de l’environnement et les prix bas, ou encore les objectifs politiques affichés et la réalité du terrain.

L’arbitrage entre prix bas et consommation responsable

Les Françaises et les Français veulent « manger mieux », c’est-à-dire sain, mais aussi « local » et « responsable ». Selon l’Observatoire société et consommation (Obsoco), le critère le plus important au moment de l’achat d’un produit alimentaire, c’est le fait qu’il soit produit en France. Les consommateurs français sont également 66 % à porter attention à la juste rémunération des producteurs. Avec le retour de l’inflation depuis deux ans, le critère du prix a cependant pris une place de plus en plus importante. « La volonté de consommer sain et responsable est toujours là, assure Emily Mayer, experte de la consommation à l’institut Circana. Mais la contrainte est telle que ce n’est pas toujours possible. » En deux ans, les prix de l’alimentaire ont augmenté de 22 %. Les ventes de produits bio, elles, dégringolent depuis 2020, après une progression continue. « C’est le cas des œufs bio, trop chers. En revanche, celles des œufs de plein air progressent : aux yeux des consommateurs, c’est un bon compromis, un surcoût acceptable », nuance-t-elle. Les dépenses alimentaires, par ailleurs, ne pèsent pas de la même manière pour tout le monde. « La moitié des Français les plus modestes disent devoir se restreindre pour des raisons financières, contre un quart seulement des plus aisés », avance Agnès Crozet, directrice associée à l’Obsoco.

À ses yeux, chacun doit prendre sa part de responsabilité et le faire selon ses moyens : « La transition écologique et alimentaire sera difficilement soutenable si on n’accompagne pas la partie de la population la plus précaire. »

Des agriculteurs coresponsables et victimes de la crise environnementale

Le sujet fâche, mais c’est un fait : en France, le modèle agricole a des conséquences néfastes sur le climat et l’environnement. L’agriculture représente 18 % des émissions totales de PPP
gaz à effet de serre du pays, selon le dernier rapport du Haut Conseil pour le climat (HCC). C’est le deuxième secteur le plus émetteur après les transports.

La production agricole est en outre l’une des premières causes de l’érosion de la biodiversité. Selon l’Office français de la biodiversité (OFB), les écosystèmes sont fragilisés par la conversion de milieux naturels en surfaces agricoles et surtout par l’utilisation d’intrants (pesticides, engrais). Ces produits chimiques détériorent aussi la qualité des sols et s’y infiltrent jusqu’aux nappes phréatiques, menaçant les ressources en eau potable.

Moteur de la crise environnementale, l’agriculture en est aussi une des premières victimes. Le changement climatique accentue et multiplie les phénomènes météorologiques extrêmes : des sécheresses, qui mettent cultures et élevages en situation de stress hydrique ; des températures extrêmes, menaçant la survie des cheptels ; des inondations, emportant les cultures et détériorant la qualité des sols… « Ces événements combinés et en cascade exposent (les agriculteurs à des) pertes de rendement additionnelles », avance la présidente du HCC, Corinne Le Quéré. Avec un réchauffement moyen de 2 °C, la plupart des « cultures en France seraient exposées à des pertes moyennes de rendement de plus de 10 % par rapport aux rendements actuels », estime le rapport.

La tension entre autosuffisance alimentaire et environnement

Pour certains, les normes environnementales seraient trop nombreuses, trop lourdes et nuiraient à la compétitivité de l’agriculture française. C’est l’un des moteurs de la mobilisation des agriculteurs, à commencer par l’obligation de maintenir, à partir de 2024, 4% des terres en jachère, imposée par la nouvelle PAC (politique agricole commune), qui veut faire de l’Europe une championne de la transition. À l’inverse, d’autres estiment que la question environnementale est instrumentalisée, et que la PAC est encore trop « productiviste », favorisant davantage les grandes exploitations au détriment de la transition.

« Nous ne sommes pas dans un productivisme acharné, juge Vincent Chatellier, économiste à l’Inrae. Et la baisse en France de l’autosuffisance alimentaire pour certaines productions crée un sentiment de décrochage. » Le pays importe désormais 20 % de sa consommation de viande bovine ou 30 à 40 % de ses volailles. Prix de vente, charges, départs à la retraite des exploitants… les moteurs dépassent le débat autour des normes.

« En revanche, l’une des raisons de la mobilisation pourrait être dans une dissociation entre les objectifs politiques affichés et la réalité du terrain, poursuit le chercheur. Quand l’Europe vise 25 % de surface de bio en 2030 contre 10 % aujourd’hui, alors que les marchés ne sont pas porteurs, les agriculteurs s’interrogent. Ou lorsque l’on s’attaque aux pesticides sans que les pertes de volumes soient couvertes par une hausse des prix. »

Si certaines revendications de la FNSEA visent spécifiquement des mesures environnementales, le débat dépasse le cas de politiques spécifiques aux yeux de Vincent Chatellier : « Il semble que beaucoup critiquent avant tout la sur-administration ». Dans cette protestation multiforme, la Confédération paysanne demande par exemple une simplification des démarches, sans pour autant revenir en arrière sur l’environnement.

Un exécutif en tenaille entre le terrain français et les compromis européens

En octobre 2017, Emmanuel Macron plaidait pour « inventer une nouvelle France agricole, car le modèle dans lequel nous nous sommes enferrés n’est pas soutenable ». Six ans après, les oppositions dénoncent les contradictions du camp présidentiel, qui tente de concilier agriculture et transition écologique. « Il faut que l’exécutif cesse d’avoir un double langage » sur les normes environnementales, a affirmé mercredi 24 janvier le président du Sénat, Gérard Larcher. « On n’a pas le droit de dire à Paris que l’on soutient les agriculteurs et de faire le contraire à Bruxelles », a renchéri François-Xavier Bellamy, eurodéputé et tête de liste LR aux élections européennes.

Il est reproché aux macronistes d’avoir œuvré au compromis sur la nouvelle politique agricole commune (PAC), approuvée en novembre 2021 et en vigueur depuis ce mois de janvier. Ou d’avoir sou- tenu l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et la Nouvelle-Zélande en novembre 2023. L’eurodéputé Renaissance Pascal Canfin est en particulier la cible des protestations. Président de la commission environnement au Parlement européen, il est l’artisan du « pacte vert » de l’UE, qui cristallise la colère même s’il n’est pas encore en vigueur.

Il est aussi reproché à l’exécutif ses revirements. Dernier exemple marquant : la France s’est abstenue, en novembre 2023, lorsque la Commission européenne a décidé de renouveler l’autorisation du glyphosate dans l’UE pour dix ans. En 2017, Emmanuel Macron avait pourtant promis une interdiction totale du pesticide en France, « au plus tard dans trois ans », avant de changer d’avis en 2019. L’année suivante, le gouvernement avait été contraint de changer de pied sur une réintroduction temporaire des insecticides néonicotinoïdes, « tueurs d’abeilles », pour la culture de la betterave. Avant de renoncer à cette dérogation en janvier 2023.

  • Par Sarah Dupont, Camille Richir, Corinne Laurent et Maxime Bertail

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