Le secteur agricole a subi des évolutions majeures ces dernières décennies, dans un contexte d’accélération des crises climatiques, environnementales, sanitaires mais aussi géopolitiques. Les productions végétales, en grandes cultures, maraîchage, viticulture et arboriculture, constituent une part importante dans la ferme France, avec une augmentation de 36 % en volume depuis 1980. Ces productions jouent un rôle crucial dans la construction de la souveraineté alimentaire française, mais elles font face, comme beaucoup d’autres filières, à des difficultés de production. Ce dossier de l’Inrae illustre des travaux et innovations prometteuses pour aider les filières végétales à rester compétitives et les accompagner pour produire durablement.

Éditorial
Le secteur agricole a subi des évolutions majeures ces dernières décennies, dans un contexte d’accélération des crises climatiques, environnementales, sanitaires mais aussi géopolitiques. Les productions végétales, en grandes cultures, maraichage, viticulture et arboriculture, constituent une part importante dans la ferme France, avec une augmentation de 36 % en volume depuis 19801. Ces productions jouent un rôle crucial dans la construction de la souveraineté alimentaire française, mais elles font face, comme beaucoup d’autres filières, à des difficultés de production : l’année 2024 a par exemple enregistré une baisse de 10 % en volume des productions végétales liée à des conditions météorologiques défavorables qui ont particulièrement affecté la production de vin et celle des grandes cultures.

© INRAE – M.C. Maître
Du fait de la sécheresse et des températures estivales, la production de maïs en 2025 a reculé de près de 10 %, avec une baisse de 2 % par rapport à la moyenne 2020-2024. Concernant le blé tendre, une chute de la production est observée en 2020 et 2024, avec une reprise en 2025, mais « l’effet ciseau » est constaté pour la troisième année consécutive, les prix de vente ne couvrant pas les charges de production.
L’enjeu est donc de s’adapter aux nouvelles conditions climatiques dans un contexte de diminution des intrants attendue (engrais, produits phytosanitaires, eau…), en assurant la performance économique, sociale et environnementale des exploitations et des filières.
La recherche travaille plusieurs leviers, tels que les pratiques de production (diversification des cultures, agriculture de précision…), le biocontrôle, ou encore l’innovation variétale. Cette dernière s’appuie nécessairement sur la disponibilité de ressources génétiques qui font l’objet de caractérisation et de conservation. Ces ressources sont à la base de l’amélioration des plantes. Au-delà des leviers travaillés, l’objectif des scientifiques est aussi d’accompagner, aux côtés des instituts techniques et du conseil agricole, les agriculteurs à tous les niveaux. Dans un contexte de diversification des pratiques mais aussi des cultures et des produits, la question des débouchés est aussi investiguée : comment diversifier les revenus des agriculteurs et structurer, organiser les filières à l’échelle des territoires, en prenant en compte les attentes des consommateurs et les freins des filières.

L’agriculture irriguée compte pour environ 58 % de la consommation d’eau en France. En 2020, en France, 6,8 % des surfaces agricoles ont été irriguées, soit plus de 1,8 million d’hectares. L’agroécologie regroupe plusieurs pratiques qui permettent de réduire les besoins en eau, notamment en visant à capter et conserver au maximum l’eau dans les sols. Sur le bassin Adour-Garonne, le programme BAG’AGES, coordonné par INRAE et réalisé en collaboration avec 20 partenaires de la recherche, du développement agricole et 60 agriculteurs, a mis en évidence des modifications fortes en termes de capacité d’infiltration des sols grâce aux pratiques agroécologiques. Grâce à 5 ans d’expérimentations au champ et en laboratoire, d’enquêtes et de modélisations, les scientifiques montrent que la diversification et l’allongement des rotations, la mise en place de couverts végétaux d’interculture, combinées à l’arrêt du travail du sol, permettent d’accroitre les capacités de rétention des sols (réservoir utilisable) de l’ordre de 10 à 15 %, comparativement à des sols régulièrement travaillés par un labour.
Ce meilleur stockage de l’eau dans les sols permet plus de disponibilité en eau pour les plantes en période de sécheresse, les sols restituant mieux l’eau sur la durée. Les capacités d’infiltration de l’eau dans les sols sont 2 à 5 fois plus élevées dans les systèmes agro-écologiques mais aussi plus stables dans le temps que dans les systèmes labourés. La performance économique globale (viabilité économique et financière, indépendance, transmissibilité et efficience globale) est de même niveau quel que soit le type d’exploitation, bien que légèrement augmentée par l’allongement et la diversification de la rotation. Le programme BAGHEERA, démarré en 2025, prolonge cette stratégie et implique des agriculteurs pour tester notamment la réponse des cultures et la résilience des systèmes dans un contexte de réduction du niveau d’irrigation.
© INRAE – C. Maître
Pour répondre aux problématiques des filières végétales, INRAE s’appuie sur ses unités de recherches mais aussi sur un réseau de 19 unités expérimentales, support de ses recherches et contribuant à l’innovation agronomique et variétale. Associées à ce dispositif, de nombreuses collaborations fructueuses avec l’ACTA-les instituts techniques agricoles (Arvalis, Terres Inovia, CTIFL, IFV, etc.) et des groupements d’intérêt scientifique, dans différents domaines recouvrant plusieurs filières afin de rassembler de nombreuses expertises scientifiques et techniques sur des enjeux partagés.
Ce dossier illustre des travaux et innovations prometteuses pour aider les filières végétales à rester compétitives et les accompagner pour produire durablement.

1. Innover pour des variétés résistantes et résilientes

Pour déployer des variétés résistantes aux bioagresseurs et plus résilientes face au changement climatique, INRAE s’implique dans la conservation, la gestion, la diffusion et la mobilisation du matériel végétal à travers la gestion ou co-gestion de 16 centres de ressources biologiques (CRB). L’institut mène un travail de caractérisation des ressources génétiques au profit de la création variétale opérée par ses partenaires, mais aussi sa filiale Agri Obtentions, en ancrant les objectifs de production dans une démarche de diminution de l’utilisation des intrants et de durabilité.
2. Accompagner pour des pratiques durables

Accroître la performance environnementale et économique des filières végétales nécessite la mobilisation de différents leviers agronomiques comme l’utilisation de variétés adaptées, la diversification des cultures, le biocontrôle ou encore le développement de l’agriculture de précision. INRAE, en collaboration, avec ses partenaires académiques, les acteurs du développement agricole et les réseaux d’agriculteurs, travaille sur des pratiques agronomiques innovantes et des itinéraires techniques plus pertinents pour des systèmes plus durables.
3. Prendre en compte les attentes des marchés dans les transitions

Les liens entre agriculteurs et les secteurs en aval de la production sont essentiels à la durabilité des filières végétales. C’est pourquoi INRAE travaille à l’échelle des systèmes agroalimentaires, de l’amont à l’aval, dans le cadre de projets de recherche. Les transitions imposent de considérer la valorisation des productions incluant des perspectives de nouvelles filières en impliquant les acteurs des territoires et en prenant en compte les attentes des consommateurs, l’évolution des marchés et les freins des filières.
Dossier Inrae Productions végétales agricoles :
innover pour des filières compétitives et durables
- Source : Insee, compte de l’agriculture de 1980 à 2024, compte prévisionnel 2024 arrêté en novembre 2024. ↩︎



