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La terre d’au-delà : Une fable prémonitoire

de François Belpaire, artiste peintre, graveur et sculpteur

lundi 9 novembre 2009
Posté par Cyrille

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Sur la terre dévastée par toutes les calamités que les prophètes de malheur nous avaient pourtant annoncées, des groupes d’humains se réinventent un mode de vie à même les débris du passé.

Deux jeunes gens partent à l’aventure pour explorer la variété des solutions adoptées par chacun. Chemin faisant, ils font des rencontres tantôt surprenantes, tantôt inquiétantes ou émouvantes.

Le lecteur constate que "plus ça change, plus c’est pareil".

Nos jeunes voyageurs voudraient bien aider leurs semblables à éviter les erreurs de leurs pères, avec des résultats discutables sinon catastrophiques.

Une fable morale pour ceux qui se demandent où s’en va le monde...



« Partout on nous parle des changements climatiques, de l’épuisement du pétrole et des nappes phréatiques, de la fin de la croissance économique et de l’effondrement du système capitaliste, des risques de pandémie, de la surpopulation qui nous guette, des guerres mondiales à venir ou déjà commencées, de l’holocauste nucléaire qui ne manquerait pas de se produire...

Plusieurs ouvrages se consacrent à évaluer les effets de chacun de ces facteurs de risque. Personne ne s’aventure cependant à imaginer ce qui résulterait de tous ces dangers, s’ils agissaient de concert, en interaction les uns avec les autres. Dans ce roman, j’ai essayé de brosser un tableau de ce que ça pourrait donner. Ce n’est pas très scientifique, bien sûr, et nul ne peut prédire le futur de façon certaine au-delà d’un horizon rapproché - et encore ! Mais ce n’est guère rassurant. Ce récit imaginaire, cette fable, est pourtant basée sur une étude bien documentée de l’évolution présente de notre monde. Dans la post-face, je tente de démontrer les fondements de la prospective qui sert d’assise à ce roman.

J’ai écrit cette histoire pour moi-même d’abord, juste pour voir, comme on fait un croquis d’un projet pour se faire une idée de ce que ça donnera. Puis j’ai pensé que ça valait d’être communiqué à d’autres qui se posent le même genre de questions.

Aucun des nombreux éditeurs auxquels j’ai soumis le manuscrit n’a partagé mon idée, je n’ai collectionné que des refus. J’ai donc résolu de diffuser ce texte via internet, par le site www.lulu.com, qui permet de faire de l’autoédition accessible à tous. Le lecteur intéressé pourra y acheter une copie imprimée du livre ou encore, télécharger une copie gratuite en format PDF, qu’il pourra lire à son aise sur son écran d’ordinateur ou sur sa liseuse électronique.
 »

François Belpaire

- Contacter l’auteur

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 Les fondements de ce livre

Postface et justification par l’auteur :

L’histoire [« La Terre d’au delà »] est une fiction, que j’aime
qualifier de fable prémonitoire. Rien ne nous assure que
les désastres que j’y ai imaginés se produiront, ni surtout
qu’ils se produiront de la façon que j’ai évoquée ou selon
la chronologie proposée. Tout indique cependant que
nous sommes bien partis pour ça. Ou pour pire encore. Et
qu’on pouvait le voir venir de loin.

Sans prétendre à une revue exhaustive de la
documentation sur le sujet, rappelons ici quelques points
de repère.

La fin de la croissance

Dans leur fameux Rapport au club de Rome [1], une équipe du MIT concluait dès 1972 (ma traduction) :
Si les tendances actuelles du développement de la
population mondiale, de l’industrialisation, de la
pollution, de la production alimentaire et de
l’épuisement des ressources se poursuivent sans
modification, les limites de la croissance sur cette
planète seront atteintes quelque part dans le
courant du prochain siècle. Le résultat le plus
probable de ceci sera un déclin plutôt brutal et
incontrôlable tant de la population que de la
capacité industrielle.

Notons que l’étude du MIT exclut expressément l’impact
d’événements "discontinus" tels que les guerres ou les
épidémies, il faut donc la considérer comme
particulièrement optimiste. Quelles que soient les valeurs
accordées aux différentes variables du modèle
mathématique utilisé, ces chercheurs arrivent au même
résultat : compte tenu de sa nature exponentielle, la
croissance mondiale bute sur un mur avant l’an 2100.

La pollution atmosphérique et le réchauffement de la
planète

Il est de bon ton, ces jours-ci, de s’alarmer de la pollution,
et plus particulièrement des gaz à effet de serre et de leur
impact sur le "réchauffement du climat". De 1990 à 2007,
plusieurs rapports successifs du Groupe
intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat
(GIEC), créé par les Nations Unies en 1988, ou du
Programme environnemental des Nations Unies (UNEP) [2],
confirment et précisent d’année en année la menace que
ceci constitue pour le milieu terrestre. Comme le lecteur
intéressé à pu le lire ou l’entendre à satiété, les
changements climatiques sont déjà en marche et ils ont
commencé à perturber sérieusement l’environnement de
notre planète, quoiqu’en dise l’administration Bush. Hubert
Reeves [3] nous a fourni récemment une bonne synthèse
de l’état de la situation. Augmentation de la fréquence et
de l’intensité des écarts météorologiques, désertification
de régions jadis fertiles, recul des glaces et du pergélisol
dans l’arctique, migration et menace de disparition
d’espèces animales et végétales, élévation du niveau des
mers, affaiblissement de la couche d’ozone, tous ces
phénomènes se poursuivront pendant le siècle à venir,
même si on ramenait le taux de pollution à 10% au
dessous du niveau de 1990, comme le voudrait le traité
de Kyoto. Or, tout indique que les champions pollueurs du
monde sont en train de torpiller même cette timide
tentative de sauver le vaisseau du naufrage.
La vie comme telle n’est sans doute pas à risque de
disparaître. Elle a prouvé sa résilience depuis plusieurs
centaines de millions d’années, à travers bon nombre de
glaciations et autres impacts de météorites. Des espèces
disparaissent, d’autres s’adaptent et évoluent. Ce grand
jeu du vivant a en soi une beauté grandiose. Homo
sapiens est cependant une des espèces menacées dans
un avenir prévisible et il ne démontre guère de capacité
d’adaptation à la hauteur du défi !

La fin du pétrole

Mais il y a pire, et plus urgent peut-être que le
réchauffement de la planète. On peut prévoir que le taux
d’émission des GES (gaz à effets de serre) diminuera de
façon draconienne au cours des années à venir, malgré
l’incurie des pays industrialisés, à mesure que la
production de pétrole diminuera inexorablement alors que
la demande d’énergie augmentera prodigieusement avec
la croissance des économies émergentes (la Chine et
l’Inde notamment). Les prix de l’énergie exploseront (Ça
ne fait que commencer !) et l’économie énergivore
s’effondrera face à l’incapacité de la majorité du monde à
en payer le coût. M. King Hubbert calculait, en 1959, que
la production de pétrole des États-Unis atteindrait un pic
en 1969 et ne pourrait que décliner par la suite, à mesure
que les meilleurs gisements s’épuisent et que l’on serait
obligé de se rabattre sur d’autres champs pétrolifères
moins rentables. Les événements lui ont donné raison.
Appliquée à la production mondiale de pétrole, la "courbe
de Hubbert" prédit, selon les auteurs, qu’on atteindrait le
pic mondial de production quelque part entre 2005 et
2015 environ – autant dire maintenant [4].

L’énergie fossile – et plus particulièrement le pétrole –
sont des ingrédients incontournables de tous les éléments
constituants de notre "civilisation" technologique. Quel
que soit l’objet manufacturé, les procédés de fabrication
en sont tributaires, que ce soit pour sa matière première,
pour sa fabrication même ou pour son transport. Les
matières plastiques, les fibres synthétiques, un grand
nombre de produits chimiques (dont des engrais, des
pigments et des médicaments), un nombre croissant
d’objets sont produits à partir du pétrole. Pourtant nous
nous soucions à peine d’en assurer la récupération et le
recyclage.

Même si on ne considère le pétrole que dans sa
dimension "source d’énergie", aucune combinaison de
produits de rechange ne peut actuellement compenser
son absence, en quantité, en coût et en qualité [5]
. Le gaz naturel ? Il obéit à une courbe semblable et on calcule
que la demande dépassera l’offre dans quelques années.
Les sables bitumineux ? Même si leur extraction devient
rentable avec la hausse du prix du brut, leur exploitation
exige des quantités d’eau et produit des lacs de boues
toxiques gigantesques, tout en n’assurant
l’approvisionnement que pour quelques années. Le
charbon ? Il paraît qu’il en reste pour plusieurs siècles,
mais à quel prix pour l’atmosphère terrestre ?
L’hydrogène, comme on sait, ne constitue pas une source
d’énergie, seulement une façon – qui peut être commode,
dans certaines circonstances – de l’entreposer, puisqu’il
faut toujours davantage d’énergie pour la produire que ce
qu’on peut en tirer. Le nucléaire produit des déchets qui
demeurent radioactifs pour des siècles, mais surtout, les
stocks mondiaux d’uranium qui constituent son intrant de
base n’assurent guère plus d’un demi-siècle
d’approvisionnement. La fusion nucléaire ? On est loin
d’avoir trouvé le moyen de la réaliser de façon contrôlée
pour plus qu’une infime fraction de seconde et l’énergie
produite n’a pas dépassé, dans les meilleurs cas, 65% de
l’énergie requise pour la produire. Les bio-carburants ? Il
faudrait doubler la superficie cultivée du monde pour
répondre aux besoins des véhicules actuels (voir plus bas
pour la crise agricole appréhendée). L’énergie éolienne ou
les cellules solaires ? Les superficies requises pour les
installer sont telles qu’elles ne pourront jamais répondre
qu’à une fraction des besoins d’énergie du monde. Quant
à l’énergie hydroélectrique, la majeure partie des rivières
exploitables sont déjà harnachées. Et encore, je ne
considère ici que de la valeur énergétique du pétrole,
sans considérer aussi son importance comme source de
matières premières.

Enlevez le pétrole – ou seulement le pétrole bon marché –
et la très grande majorité des objets de notre confort
quotidien disparaissent ou deviennent hors de prix. Quand
le coût en énergie pour pomper un baril de pétrole
dépassera la valeur en énergie que l’on peut extraire de
ce baril, la limite absolue sera atteinte et "l’or noir" sera
condamné à devenir un produit de luxe tout à fait
marginal. [6]
Et qu’arrive-t-il à une denrée dont la disponibilité diminue
alors que la demande croît impérieusement ? D’abord il y
une flambée des prix, avec les effets que l’on peut prévoir
sur l’économie. Puis ceux-ci se répercuteront
inévitablement sur les tensions mondiales entre les pays
riches qui s’accaparent de la marchandise convoitée et le
reste du monde, qui contemple à la télévision (s’ils y ont
accès) comment l’écart se creuse entre les uns et les
autres. Quand l’injustice devient trop criante, la violence
éclate et tente de ramener l’équilibre. Cela est déjà
commencé : quel autre enjeu justifie la guerre menée
actuellement par les puissances occidentales au Moyen-
Orient ? S’il n’y a plus assez de pétrole pour tout le
monde, on se l’accapare pour maintenir notre propre
confort ("the american way of life..."), et tant pis pour les
autres. Et si les autres, les Chinois par exemple, sont
puissants, cela ne se fera pas sans opposition. D’aucuns
considèrent la guerre en Irak comme le prélude de la
troisième guerre mondiale [7].

Face à la pénurie d’un denrée considérée essentielle pour
la vie, plusieurs solutions sont possibles. On peut faire un
grand effort concerté pour l’économiser et la partager. On
peut limiter le nombre des utilisateurs (en contrôlant la
croissance de la population mondiale). Ou on peut
s’approprier de force la chose convoitée pour se
retrancher, avec quelques autres privilégiés, derrière des
fortifications infranchissables dont on interdit l’accès au
reste de l’humanité. N’est-ce pas cette dernière option qui
est actuellement en train de s’installer dans le monde,
derrière les murs et les frontières qui se consolident et les
puissances militaires qui s’affirment ? Jacques Attali [8] avance les termes d’archipel ou de bunkers des riches
pour décrire comment une élite se barricade dans des
îlots protégés contre la convoitise des nomades laissés
pour compte, comme cela se voit déjà dans ces banlieues
clôturées et défendues par une milice privée. Je n’ai donc
pas eu à chercher très loin pour imaginer les forteresses
des Kyriarches (chapitre II).

Pour bien marquer le point, le géologue Richard C.
Dunkan [9] a avancé la théorie d’Olduvai : pour lui, l’apogée
de la civilisation industrielle que nous vivons ne sera
jamais qu’un bref intermède de quelques dizaines
d’années (de 1930 à 2025 environ) dans l’histoire de
l’humanité, qui s’étend sur plusieurs dizaines de milliers
d’années. Après un sommet, rendu possible par la
disponibilité d’immenses quantités d’énergie à bon
marché, et que Dunkan situe vers 1990, il ne peut y avoir
qu’une régression abrupte qui nous ramènera – ironise-t-il
– à l’âge de pierre. Nous vivrons alors comme ces
hominiens dont L.S.B. Leakey a trouvé les crânes et les
outils de pierre taillée dans les gorges d’Olduvai en
Tanzanie. On a vu comment le "professeur Holloway" a
fait son profit de cette théorie (chapitre III).
Quant à la troisième guerre mondiale, peut-être
l’éviterons-nous ? Peut-être les hommes au pouvoir
seront-ils devenus des sages ? Peut-être au moins
auront-ils assez de retenue pour résister à la tentation de
déchaîner leur arsenal nucléaire, qui dort toujours dans
les soutes ? Espérons, c’est tout ce qu’on peut faire. Mais
devant un enjeu aussi immense que la survie, les
humains sont prêts à tenter n’importe quoi. On sait à peu
près comment une guerre commence, on ne sait jamais
comment elle finira.

La pénurie d’eau douce

Et puis il y a une autre menace, toute proche. Avec une
vision plus large, le spécialiste des questions agricoles
mondiales, conseiller de plusieurs présidents des États-
Unis, Lester R. Brown [10] publiait son "Plan B" (2003). Il y prévoit l’effondrement prochain de la capacité de nourrir la
population du monde. C’est principalement l’épuisement
des ressources en eau douce qui en sera la cause. La
fameuse "révolution verte" qui a permis d’augmenter la
productivité agricole depuis un demi-siècle et de mieux
nourrir la population grandissante de la planète, repose
principalement sur des moyens plus efficaces d’extraire
l’eau des nappes phréatiques souterraines ou des cours
d’eau pour irriguer les cultures (et un peu aussi sur la
disponibilité d’engrais chimiques et de pesticides, produits
notamment à partir du pétrole). Or, les cours d’eau sont
surexploités au point que plusieurs grandes rivières
s’assèchent avant d’atteindre la mer (le Nil, le Fleuve
Jaune, l’Indus, le Colorado...). Les glaciers, qui servent de
régulateurs de débit pour de nombreux grands fleuves,
fondent à vue d’oeil. De nombreuses réserves d’eau
souterraines s’épuisent plus vite qu’elles ne se
reconstituent. Certaines d’entre elles sont des nappes
dites "fossiles", qui furent constituées à la fin de la
dernière ère glaciaire (il y a 12 000 ans !) et dont les
géologues prévoient l’épuisement au cours des quelques
années à venir sans qu’elles ne puissent se renouveler.
Ceci serait notamment le cas dans les grandes plaines
productrices de céréales, tant en Chine et aux Indes
qu’aux États-Unis. Or s’il y a des solutions de rechange
partielles à la pénurie de pétrole, il n’y en a guère au
manque d’eau douce (le dessalement de l’eau de mer
n’est évidemment pas envisageable, car trop coûteux en
énergie). Ajoutez à cela l’érosion des sols et la
désertification qui sont des problèmes largement
répandus dans le monde, les changements climatiques
déjà mentionnés et les inégalités sociales qui
s’accentuent, avec leur train de conséquences
(analphabétisme, épidémies, croissance démographique
hors contrôle, tensions sociales et situations de guerre,
migrations massives vers les pays riches...) Il y a là tous
les ingrédients pour provoquer une déflagration majeure
au niveau de la planète.

Que faire ?

Heureusement, il y a un remède, nous explique encore
L.R. Brown. C’est ce qu’il appelle le "Plan B". Pour aussi
peu annuellement qu’un dixième de ce que les grandes
puissances dépensent en matériel de guerre, soit 62
milliards de dollars (contre les 662 milliards des budgets
militaires), il propose un ensemble de mesures qui
inverseraient l’évolution fatale. Le plan est relativement
simple. Il comprendrait, au niveau planétaire, l’instruction
élémentaire pour tous, un programme d’alphabétisation
des adultes, une vaste campagne d’hygiène reproductive
et de planification familiale, l’utilisation généralisée du
condom, un programme de repas scolaires pour les 44
pays les plus pauvres, l’assistance aux jeunes mères et
aux enfants d’âge préscolaire pour ces mêmes pays, et
un régime universel de soins de santé. (Les changements
dans les pratiques d’irrigation et d’exploitation agricole,
chers à cet auteur, suivraient sans doute par surcroît.) Ce
plan d’attaque ressemble beaucoup à celui qu’on trouvait
déjà dans le rapport du Club de Rome, que nous
mentionnions plus haut, et dans d’autres sources
similaires. Le temps presse cependant et il y a urgence.
Brown compare la situation à celle qui prévalait aux États-
Unis d’Amérique après l’attaque sur Pearl Harbor : en
quelques mois seulement, toute l’économie américaine a
été convertie d’une entreprise commerciale à une
industrie de guerre, ce qui fut un exploit gigantesque. Un
virage aussi colossal est nécessaire, et tout de suite, pour
éviter la catastrophe.

Or, rien ne se passe. Au sommet du G8 à Gleneagles, en
Écosse (Juillet 2005), le communiqué final promet un peu
d’aide pour l’Afrique mais remet à plus tard les actions
envisagées concernant l’environnement. À Bali, en
décembre 2007, la 13ème conférence des Nations Unies
sur les changements climatiques arrive péniblement à une
résolution finale où l’on s’entend qu’il faut prévoir une suite
au protocole de Kyoto, qui expire en 2012, et réduire
sérieusement les gaz à effets de serre, mais sans préciser
d’objectif chiffré. Au Canada, l’automne 2008 marque
l’échec fracassant d’une campagne électorale
courageuse, basée sur un "virage vert" qui prévoit une
taxe sur les émissions de carbone et, à terme, une bourse
de carbone avec des plafonnements rigoureux. Même
l’élection de Barack Obama à la présidence américaine ne
promet peut-être pas de changements majeurs dans les
orientations, malgré les espoirs qu’elle suscite à travers le
monde. Une crise économique mondiale qui s’amorce
relègue aussitôt à l’arrière-plan tout ce qui ne concerne
pas directement le sauvetage du système capitaliste, et
toujours on cherche la solution dans la même direction :
croissance, croissance, croissance. Personne ne songe
vraiment à remettre en question le fonctionnement sociopolitico-
économique qui nous conduit à l’impasse.

Si on veut que ça bouge, il va falloir pousser fort sur les
instances décisionnelles. Il faut alerter l’opinion mondiale,
il faut créer une vague de fond dans la mentalité
collective. Il faut penser un peu plus loin que notre petit
confort acquis, puisqu’il ne l’est pas pour longtemps de
toutes façons.

C’est ce genre de réflexions qui m’a amené à écrire cette
fable, en imaginant un monde qui se situe au-delà des
grands cataclysmes appréhendés. Cette projection
futuriste n’a pas de prétention scientifique, mais elle est
fondée sur les évaluations les plus crédibles que j’ai pu
trouver de l’état de la situation du monde. Je reconnais
aussi que j’ai triché un peu, peut-être... : je me suis facilité
la vie en faisant mourir les neuf dixièmes de l’humanité,
dans les divers cataclysmes antérieurs à ce récit, de
manière à laisser de l’espace à ceux qui restent pour s’y
refaire une existence. De tels élagages de la population
mondiale semblent pourtant s’être produites à quelques
occasions, au cours de l’histoire ou de la préhistoire.
Peut-être, dans un livre prochain, tenterai-je d’imaginer le
monde futur avec l’hypothèse d’une population mondiale
qui dépasserait les dix milliard. Ce sera hallucinant !
Je sais, mon histoire convaincra les croyants et laissera
sceptiques ceux qui ne veulent pas entendre. Mais sait-on
jamais. Partout où je passe, ces jours-ci, j’entends parler
des craintes des gens. Je veux joindre ma voix au concert
grandissant de ceux qui veulent arrêter la machine
infernale. Nous vivons dans l’époque la plus riche, la plus
gâtée de l’histoire humaine, et nous sommes de plus en
plus nombreux à croire que cela ne peut pas durer, que la
dégringolade est inévitable... À moins que ? Mais si
quelque chose doit changer, il faudra faire plus que
troquer la voiture pour la bicyclette de temps en temps ou
manger végé une fois par semaine. Il faut une
redistribution rigoureuse de la richesse et une révision
draconienne des moyens de production au niveau
mondial. Et pour cela, il faut mobiliser un poids politique et
social assez fort pour faire bouger la structure du pouvoir
et l’inertie du confort de Monsieur Toutlemonde.
Mais que peut-on faire ? Tout comme Jean et Pierre dans
notre histoire, chacun se sent tragiquement impuissant
face à un système global qui semble s’emballer tout seul.
Personne cependant ne peut plaider l’ignorance pour
justifier son inaction. Depuis au moins trente ans, sans
répit, les experts nous indiquent la voie à suivre et nous
avertissent que le temps d’agir efficacement s’abrège
dangereusement.

 La solution est simple et épouvantablement difficile

Sans prétendre être expert en la matière, je connais quelques
pistes évidentes. Aucune contribution n’est insignifiante
mais c’est la somme de toutes qui fera une différence.
Tous les moyens pour remédier à la menace existent
. Un
certain nombre de ces moyens relèvent de la technologie
et peuvent être mis en place pour soulager, mais non pour
annuler le problème (production d’énergies alternatives,
techniques agricoles "durables", limitation de la production
des déchets et technologie sérieuse du recyclage, etc.,
etc.) Rien cependant ne bougera vraiment sans un
nouveau pacte social au sein de l’humanité, basé sur le
souci de l’équité et du bien-être d’autrui. À la base, il faut
une volonté collective (politique), partagée par
suffisamment de monde sur la planète pour infléchir la
trajectoire du monstre que nous avons engendré
.

J’imagine un immense parti vert mondial, dont la charte
énoncerait, sous l’article un, le principe fondamental :
Prendre soin de la vie sous toutes ses formes. Et cela va
du souci de ma voisine malade, en passant par le respect
du petit marais au bord de la rivière, jusqu’à l’abolition des
subventions déloyales à l’agriculture des pays riches et la
remise des dettes des pays pauvres. Cela demandera
évidemment une inversion majeure de la hiérarchie des
valeurs mercantiles et dominatrices qui prévalent
actuellement. Cela prendra de la générosité, de l’humilité,
de la compassion et une immense détermination partagée
par tous
.

Je repense souvent à cette fable, entendue quelque part
(si j’en connaissais l’auteur, je lui en reconnaîtrais
volontiers le crédit) : Un voyageur arrive en enfer. Il y voit
de nombreux convives attablés à un immense banquet.
Les mets les plus riches et les plus savoureux débordent
des plats. Pour manger, chaque convive dispose d’une
grande fourchette d’or pur, trop longue cependant pour
qu’il puisse la porter à sa bouche. Chacun se
contorsionne pour attraper un morceau et l’espace
résonne des hurlements de rage des malheureux, qui
meurent éternellement de faim et de gourmandise frustrée
faute de pouvoir engouffrer une bouchée de ces délices
inaccessibles... Le même voyageur continue sa route, il
arrive au paradis. Il y trouve un grand nombre de convives
attablés à un immense banquet. La table déborde des
plats gastronomiques les plus fins. Chaque convive
dispose, pour s’en servir, d’une longue fourchette d’or pur,
trop longue pour qu’il puisse se la porter à la bouche.
Alors chacun choisit avec soin une bouchée... et l’offre à
un autre convive, assis un peu plus loin, juste à portée de
sa fourchette. Des murmures de satisfaction et de
bonheur remplissent la place, pour l’éternité...

Ah, et puis encore ceci : certains lecteurs auront peut-être
reconnu, dans le cheminement de Jean (au chapitre XVI),
l’inspiration du Cantique des créatures de François
d’Assise
. On a beau être mécréant, mon saint patron, le
poverello, je crois bien qu’il tenait là quelque chose.


lulu-logo La terre d’au-delà, une fable prémonitoire, par François Belpaire.
2009. 214 pages. Autoédition distribuée par Lulu.com.

- Téléchargement gratuit (PDF)

- Version imprimée en ISD (impression sur demande) : 15,42 euros


[1D.H. Meadows, D.I. Meadows, J. Randers & W.W. Behrens III, The
limits of growth
. A report to The Club of Rome. Abstract by E. Pestel,.

[2On trouve les résumés de ces rapports sur le site : www.unep.org.

[3H. Reeves, Le mal de terre. Éditions du Seuil, 2003.

[4Voir notamment : wolf.readinglitho.co.uk.

[5Voir notamment www.dieoff.org/synopsis.htm.

[6Pour une bonne synthèse de toute cette question de "la fin du pétrole", voir : Paul Roberts, The end of oil : on the edge of a perilous new world. Boston, Houghton Mifflin, 2004.

[7Par exemple : El Hassan Bin Talal, The Third World War is now. In : The Globe and Mail, Toronto, April 7, 2004, Page A19.

[8Notamment : J. Attali, Fraternités : une nouvelle utopie. Fayard,
1999.

[9R.C. Dunkan, The Olduvai Theory. Institute for Energy and Man, 1996.

[10L.R. Brown, Plan B : Rescuing a Planet under Stress and a Civilization in Trouble. New York, W.W. Norton & Co, 2003. Notons que l’auteur produit des mises à jour continuelles de son diagnostic de la planète, notamment par ses rapports annuels (State of the world, depuis 1984) et par son site web www.earth-policy.org.

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