Entre nos mains, qui sortira en salles le 6 octobre prochain, a été présenté à Cannes en mai dernier dans la sélection de l’Association pour le cinéma indépendant et sa diffusion (Acid). Dans ce documentaire, Mariana Otero a suivi des salariés - majoritairement des femmes - qui, confrontés à la faillite de leur entreprise de lingerie, tentent de la reprendre sous forme de coopérative (Scop).
Au fur et à mesure que leur projet prend forme, ils se heurtent à leur patron et à la réalité du "marché". L’entreprise devient alors un petit théâtre où se jouent sur un ton espiègle, entre soutiens-gorge et culottes, des questions fondamentales économiques et sociales. Les salariés découvrent dans cette aventure collective une nouvelle liberté.
Mariana OTERO était l’invitée de Pascale CLARK dans l’émission Comme on nous parle ce jeudi 30 septembre de 9h à 10h sur FRANCE INTER. Pour (ré)écouter cette émission cliquez ici.
Bande-annonce
Rencontre avec les salariés d’ENTRE NOS MAINS
Mariana Otero explique pourquoi elle a souhaité réalisé ce film : "Avec "Entre nos mains", je voulais porter mon regard sur une "utopie" qui se
confronte au réel en racontant l’histoire de "gens" qui sont amenés très concrètement à remettre en question leur manière de vivre ou de travailler et à se penser ou se percevoir autrement, à travers d’autres pratiques.
C’est pourquoi je me suis intéressée aux Scop, des entreprises qui fonctionnent sous forme de coopérative. Elles "révolutionnent" intimement notre manière instituée de travailler et de vivre ensemble et amènent chacun à penser différemment son rapport au travail, aux collègues, aux proches, et plus généralement à revoir sa manière "d’être au monde". Il m’a semblé que le meilleur moyen de montrer cette révolution à la fois intime et collective était de filmer non pas une Scop déjà existante, mais plutôt le prélude à sa naissance, c’est-à-dire la période courant sur quelques mois durant laquelle les salariés
envisagent de construire ensemble leur propre coopérative.
C’est ainsi que je suis arrivée à Starissima, une entreprise de lingerie féminine située à proximité d’Orléans, constituée majoritairement de femmes (c’est pour cela que je dirais elles plutôt que ils, écorchant délibérément ainsi notre sacro-sainte règle de grammaire !). Pour la plupart, elles ont travaillé dans ce lieu toute leur vie durant sans jamais se syndiquer - à l’exception de l’une d’entre elles - et ne se sont même jamais mises en grève malgré leurs insatisfactions et leurs maigres salaires. Starissima est donc une entreprise figée depuis des décennies dans un système hiérarchique et paternaliste fort, "à l’ancienne" pourrait-on dire, mais aussi paradoxalement, à l’image du monde salarial actuel, moins syndiqué et politisé qu’il y a une trentaine d’années.
Avec cette possibilité de travailler en coopérative, des femmes d’origines culturelles différentes, habituées à travailler "en clans" et de manière individualiste, allaient devoir travailler ensemble : l’enjeu pour elles était de taille. Mais plutôt que de décrire le processus économique en lui-même, ce qui m’intéressait, c’était de filmer - dans la suite de mon film précédent "Histoire d’un secret" - le politique à hauteur d’hommes et de femmes, et de le faire au quotidien, en essayant de m’approcher au plus près de chacun, de son évolution singulière, pour essayer d’en dégager au final un sens plus général et plus vaste. Et de faire ainsi de cette entreprise un petit théâtre aux personnages divers et attachants où allaient se jouer des questions fondamentales économiques et sociales".
"Dès le départ, le patron de Starissima a accepté que je filme dans son entreprise, poursuit Mariana Otero. C’est suffisamment rare pour être remarqué et loué car les entreprises sont malheureusement la plupart du temps des lieux "invisibles" alors qu’elles font partie intégrante, à plus d’un titre, de la vie de tout un chacun. S’il a accepté que je filme les salariés dans le cadre du projet de coopérative, il a toutefois refusé d’être filmé puisque, me disait-il, il ne ferait pas partie de la future entreprise. Quand finalement, en cours de route, il a changé d’avis et voulu "entrer" dans le capital de la Scop pour en devenir un des associés, il a maintenu son refus d’apparaître dans le film. Si cela a pu au début me poser un problème, très vite j’ai compris que son absence était plutôt intéressante : l’enjeu du film, à ce moment-là, ne tenait pas à sa personne mais à sa fonction, l’ancienne puis la nouvelle qu’il voulait s’attribuer dans la Scop. Son apparition serait devenue anecdotique. Le laisser hors-champ lui donnait finalement plus de force et paradoxalement de présence. L’invisibilité du patron, à l’intérieur d’une entreprise pour une fois "visible" prenait alors tout son sens.
Les avant-premières sont programmées pour la plupart, en soirée. Merci de vous rapprocher de votre cinéma pour plus de précision sur l’horaire et les participants. Le producteur Archipel 33 tient régulièrement à jour sur son site la liste des avant-premières, n’hésitez pas à le consulter régulièrement en cliquant ici.
SEPTEMBRE 2010
OCTOBRE 2010
MERCREDI 6 OCTOBRE 2010 : SORTIE NATIONALE et les débats continuent
NOVEMBRE 2010
La sortie de ce film est l’occasion de revenir sur les Scop (société coopérative de production) ces entreprises de forme SA ou SARL qui reposent sur un principe de démocratie d’entreprise et de priorité à la pérennité du projet. Avec au moins 51 % du capital et 65 % des voix, les salariés associés participent aux grandes décisions stratégiques en Assemblée Générale selon le principe "1 personne = 1 voix" : chacun en effet, quel que soit le nombre de part sociale qu’il détient, son travail ou sa fonction, bénéficie du même pouvoir et devient co-responsable de l’entreprise. Démocratie, égalité, équité, solidarité, transparence et responsabilité sociale sont les valeurs défendues par les Scop. Ces Scop renversent complètement l’organisation prescrite du travail et la division dirigeants/exécutants qui aujourd’hui imprègnent l’ensemble de notre société et de son fonctionnement. Cette organisation redonne du sens au travail des salariés et plus généralement à leur vie.
Les Scop sont présentes dans tous les métiers, y compris les plus innovants comme les biotechnologies, l’édition de logiciels, le conseil en innovation et connaissent un développement régulier en France depuis plus de quinze ans. À fin 2009, on comptait 1 925 sociétés coopératives et participatives adhérant à la Confédération des Scop réunissant 40 424 salariés hors filiales non coopératives et plus de 50 000 en comptant ces filiales.
D’un point de vue purement économique, les Scop résistent souvent mieux aux turbulences et aux crises, du fait de l’engagement de chacun dans l’activité de l’entreprise, mais aussi parce qu’une grande partie
des bénéfices sert non pas à rétribuer les associés, mais à alimenter un fonds de réserve qui leur permet de faire face en cas de difficultés. Ainsi, sur le dernier exercice connu (chiffres 2008), le chiffre d’affaires toutes Scop confondues reste constant à 3,9 milliards d’€, de même que la valeur ajoutée à 1,8 milliard. Malgré une conjoncture défavorable, l’activité a encore progressé de 2,6 % et la valeur ajoutée s’est maintenue. Même si les excédents nets de gestion (bénéfices des Scop) ont baissé de 12 %, le niveau de 158 millions d’€ reste pour autant bien au dessus des résultats nets enregistrés jusqu’en 2006, qui avait vu un record à 140 millions d’€. Enfin, les Scop ont continué de consolider leurs fonds propres, qui passent de 1 à 1,125 milliard d’€, soit une progression de 12,5 % en un an.
La taille moyenne de 21 salariés par Scop cache une forte disparité des situations. Comme pour les autres PME, les plus petites sont les plus nombreuses (plus de 1 000 Scop font moins de 10 salariés), mais ces Scop rassemblent moins de 12 % des effectifs salariés des Scop. A contrario, moins de 10 % des Scop sont des entreprises de 50 salariés et plus et qui rassemblent plus de la moitié des emplois Scop. Les entreprises de 10 à 50 salariés représentent quant à elles un tiers du total des Scop, tant en nombre d’entreprises qu’en emplois. Dans la durée, la part des Scop de 10 à 50 salariés tend à diminuer, avec des emplois relativement plus nombreux dans les Scop les plus petites (moins de 10 salariés) et les plus grandes (plus de 50 salariés).
Pour en savoir plus sur les SCOP, je vous conseille de lire notamment les coopératives face à la crise un dossier réalisé par Interdépendances en janvier dernier, en cliquant ici. Pour rentrer en contact avec le Réseau d’accompagnement à la création, la reprise et la transmission d’entreprises en coopérative - Les Scop, cliquez ici. Vous trouverez sur ce site toutes les informations nécessaires pour créer votre coopérative, de nombreuses publications, un annuaire...
Entre nos mains